#RDLS120 - YouTube / Mali / Révolutions citoyennes
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 70 %Attaque 25 %Défensif 5 %
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 5:00Jean-Luc MélenchonChiffre
« Nous sommes aujourd'hui 460 mille abonnés à cette chaîne Youtube, on peut donc penser qu'à ce rythme bon ben, on va atteindre, dans les prochains mois, le demi million. »
- 7:00Jean-Luc MélenchonChiffre
« depuis huit ans, c'est 80 millions de vues »
- 21:00Jean-Luc MélenchonFait
« la question de l'eau comme structurant de fond du tableau écologique qui va être une question qui va aller croissant »
- 25:00Jean-Luc MélenchonFait
« le néolibéralisme qu'on appelle "néo" pour dire "nouveau", qui a désorganisé la société partout en la réduisant aux individus qui la composent »
- 31:00Jean-Luc MélenchonFait
« la révolution citoyenne au Mali, ce ne sont pas des revendications religieuses, ils n'ont besoin de personne pour croire ce qu'ils veulent et pratiquer dans leur vie privée le respect des lois de leur religion »
- 35:00Jean-Luc MélenchonFait
« Les revendications que dépose le mouvement, le M5, et la révolution citoyenne au Mali, ce ne sont pas des revendications religieuses »
- 40:00Jean-Luc MélenchonFait
« il y a eu une révolution citoyenne là-bas et puis parce que notre armée est présente sur place »
- 42:00Jean-Luc MélenchonFait
« ça fait sept ans qu'on y est, on est quand même en droit de se poser des questions, savoir ce qu'on fait là depuis sept ans »
Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Bonjour, c'est la 120ème édition de la Revue de la Semaine. Je signale qu'on est toujours au mois d'août, hein. Bon, le travail a repris pour moi avec les AMFiS d'été dans la Drôme, c'est reparti fort et vite.
Voilà. Alors, j'ai déjà un emploi du temps plein comme un œuf mais pourtant je vais à nouveau faire une pause parce que j'ai beaucoup de travaux d'écriture, de choses qu'il faut terminer, qui ont été commencées cet été et… bref ! Et s'est ajouté le fait que mon discours à Valence a bien plu et qu'on a décidé d'en faire une brochure, donc il faut passer du style "langage parlé" au style écrit, ça prend des heures.
Ici ou là, couper et puis je voudrais mettre des fiches dedans qui précisent des aspects de mon discours, vous aurez bientôt ça en ligne parce que, l'année écoulée, Antoine a organisé sur mon blog un système d'édition que je voudrais perfectionner et peut-être traiter avec aussi une entreprise pour que les gens qui téléchargent aient un produit fini ou qu'on puisse le télécharger sur une liseuse, exercice auquel je me suis mis cet été et pour tout vous dire j'ai lu, pour la première fois, un livre, (je n'ai pas fini… plus de 500 pages !) avec cet outil-là. Et un livre pas possible quoi !
C'est le discours sur "la première décade de Tite-Live", du philosophe Machiavel. Mais alors j'ai découvert qu'on pouvait souligner et tout ça, enfin c'est génial, ça m'a bien plu. On va essayer donc de produire des textes, mes textes, qui souvent sont transcrits mais bon, après ils se mettent en tas… J'ai besoin de gens qui nous aident à retranscrire, j'ai besoin de gens qui nous aident à faire le passage de l'oral à l'écrit, c'est à dire des relectures qui modifient, mais ça peut pas être des changements radicaux.
Bref si ça vous intéresse vous vous dirigez sur mon équipe, sur l'adresse qui correspond à ce site. Alors c'est la 120ème Revue, et ce n'est pas rien que cet instrument qui s'est créé progressivement. Nous sommes aujourd'hui 460 mille abonnés à cette chaîne Youtube, on peut donc penser qu'à ce rythme bon ben, on va atteindre, dans les prochains mois, le demi million.
C'est tout à fait considérable parce que pour moi et pour Antoine qui filme, c'est un encouragement extraordinaire à faire ce travail, c'est devenu progressivement mon premier émetteur politique, qui a un impact infiniment plus grand que tous les articles qu'on peut écrire sur moi, ça tombe bien, c'est tout des méchancetés (rire) donc ça, on rectifie par… Bon, donc ça rend dérisoires toutes sortes de choses qui s'écrivent sur mon compte. D'autres sont sympa, de temps à autre, il faut pas dire, mais c'est surtout que ça permet de vulgariser une pensée, moi c'est ce à quoi je ne m'attendais pas et on m'avait dit que c'est ça qui vous plaît… bon, très bien donc je vais le faire, continuer à le faire. Et là on a regardé sur les 365 derniers jours, vous savez c'est formidable dans tous ces outils, il y a des outils de comptabilité donc on arrive à tout savoir, combien il y a de monde, combien viennent, combien de temps ils restent, c'est formidable quoi !
Et on a remarqué que sur les 365 derniers jours, donc c'est une année à partir de ce jour-ci, nous avons eu 19 millions de vues. Alors c'est considérable, on a regardé, Antoine a regardé quand est-ce qu'avait été la première image mise en ligne sur la chaîne Youtube, il n'y avait pas de Revue de la Semaine tout ça, à l'époque. C'était il y a huit ans, on a démarré ça dans un coin de nos activités, c'était la chaîne Youtube qui démarrait.
À l'époque, en plus, c'était pas très connu ces histoires de chaîne Youtube, moi-même je ne comprenais rien à ce que ça voulait dire, et au total donc depuis huit ans, c'est 80 millions de vues et sur la dernière période évidemment 2017 c'est beaucoup plus important comme outil, et donc on peut penser que si on ne nous coupe pas le Youtube, je sais pas pourquoi on nous le couperait mais qui sait ? , bon on a là un bel outil de communication et d'échange voilà ! Bon, je voulais vous dire tout ça parce que moi ça me fait plaisir de savoir que tout ça sert à quelque chose.
Ce sont beaucoup de gens qui, les uns suivent parce que ça les intéresse de voir comment je m'y prends, d'autres c'est pour apprendre, d'autres parce que ça leur fait plaisir, et puis maintenant tout ça est publié en podcast, c'est bien ça Antoine ? C'est à dire qu'on n'est pas obligé de rester collé devant son écran d'ordinateur, on peut se mettre ça, se l'écouter en faisant du jogging ou je ne sais quoi, je ne vous dis pas de le faire, moi j'ai appris qu'il y en avait qui le faisaient, j'ai à dire que, ben, je ne sais pas comment on peut faire un truc pareil, mais pourquoi pas, si ça existe, c'est là, ça fait plaisir à ceux qui le font, tout va bien, ça les distrait de l'effort. Je comprends de quoi il s'agit parce que cet été j'ai fait des longueurs de piscine et c'est vrai qu'un des problèmes, c'est qu'au bout d'un moment… on s'ennuie quoi !
Alors je ne me vois pas aller dans l'eau avec mes écouteurs et je sais pas quoi ! C'est pas ça le sujet, mais vous autres qui courez pendant des kilomètres… comme ça, ben peut-être que ça vous aide. Bon, allez maintenant assez parlé, le générique. [Musique] Bon, d'abord je voudrais vous parler d'un fait politique mondial, c'est le déferlement des vagues de révolutions citoyennes.
Les révolutions citoyennes, c'est le surgissement sur la scène publique du Peuple, je dis bien le Peuple, c'est-à-dire pas seulement les ouvriers et les salariés, c'est les gens, on dit aussi en général, qui vont dans la rue, qui protestent contre le pouvoir en place, ses incuries, son incapacité, sa corruption etc. et la maltraitance démocratique des peuples. Alors, dans la période récente, on en a déjà cité toute une série ici.
Bon, il y avait celles évidemment d'Amérique latine : le Chili, le Panama, en Haïti, que sais-je, enfin bon, il y a toute une série. Mais tout ça aussi était arrivé sur le continent africain et au Moyen-Orient, et on a eu une première vague dite "des printemps arabes" et puis ensuite, dans la période récente une deuxième vague. Cette deuxième vague, elle s'était surtout polarisée sur le Soudan, où il y a eu une révolution citoyenne victorieuse qui a donné lieu à un compromis entre les différentes composantes de la société pour mettre un gouvernement transitoire.
Alors, personne n'en a parlé parce que le pétrole qui se trouve dans ce coin-là, il est là, dans la main ferme des uns ou des autres. Et puis il y a eu la révolution en Irak, ce qui était incroyable, un pays en guerre, martyrisé au cours des 20 dernières années, une révolution citoyenne active, efficace, très mobilisante dans le pays, évidemment, a reçu des coups, et la révolution citoyenne au Liban qui a pris la forme spectaculaire, pour le Liban, d'une manifestation non seulement contre le pouvoir en place mais également contre la forme de l'organisation politique de la société clanifiée par les religions ou les ethnies. C'est au point qu'il y a eu une réaction qui venait autant du pouvoir politique, comme dans tous les pays, déployant de la répression, mais avec beaucoup de difficultés parce que les forces de police, et militaires, du Liban sont très nationalistes et n'aiment pas intervenir contre le peuple.
Ils se sentent motivés par le peuple, mandatés par lui, et ne le vivent pas comme un ennemi, comme c'est le cas en France ou dans d'autres pays comme ça. Donc cette révolution au Liban a suggéré à un moment donné à des forces politiques liées à des forces religieuses une adversité, c'est-à-dire qu'ils sont allés se frapper avec les manifestants. Et puis ensuite cette affaire-là elle se passe aussi sur un plein d'autres endroits, ça a été le cas en Biélorussie récemment, et ces jours derniers, c'est en Thaïlande, un pays qui est une monarchie plutôt tranquille, jusque là, et où les gens protestent contre le régime, son incurie etc. etc.
Donc nous sommes dans le monde entier dans une vague de révolutions citoyennes. Et maintenant, les traits communs à ces révolutions, vous savez qu'on les a discernés, expliqués, je vous les ai présentés ici même : l'unanimité que les gens essayent de créer, l'auto-désignation comme peuple, c'est-à-dire les gens disent : "nous sommes le peuple" ou, comme en Algérie "un seul héros : le peuple" etc. etc.
Et puis des éléments de visibilité, tantôt Gilets jaunes, tantôt masques "anonymous" mais surtout : le drapeau national, et ça ne veut pas dire pour autant que ce sont des révolutions nationalistes, au sens où elles seraient agressives contre d'autres pays. C'est une manière de s'identifier tous ensemble, de dire "nous sommes le peuple de tel endroit et c'est nous la légitimité, c'est nous qui représentons le pays et pas vous les dirigeants politiques qui êtes au pouvoir". Alors ça, maintenant on sait comment, à chaque fois, ça se déroule.
Chaque révolution introduit une composante, des aspects, qui diffèrent de l'une à l'autre, et qui ensuite se retrouvent dans les suivantes, parce que la visibilité de ces révolutions fait que, ben, les gens sont au courant donc souvent, ils font "comme". Alors on trouve des Gilets jaunes partout dans le monde dans les grandes manifs, on trouve des masques d'anonymous mais parfois surgissent des acteurs, par exemple en Biélorussie, c'est la classe ouvrière organisée, ça c'est une nouveauté, des ouvriers des très grandes usines qui interviennent en tant qu'ouvriers et en tant que classe ouvrière. Jusqu'à présent dans les révolutions populaires, évidemment dans les révolutions citoyennes, les ouvriers sont là, c'est eux le gros de la troupe de la population, mais ils n'apparaissaient pas en tant que tels.
Là, on a des usines qui défilent en Biélorussie et des syndicats des usines qui interviennent. Ce sont des faits intéressants, mais le plus fondamental, c'est comment se superposent les causes de la révolution citoyenne. Tantôt, c'est un fond de l'air écologique, c'est-à-dire : il n'y a plus d'eau, ou alors ni de l'eau potable ni même parfois de l'eau tout court, pour se laver.
D'autres fois, c'est : il n'y a plus d'électricité, donc toutes les machines et tout ce qui, dans la vie, permet d'assurer la vie quotidienne par l'électricité est suspendu etc. Mais souvent, c'est l'eau qui est le fond de scène. On n'en parle jamais, hein, mais partout ce problème est apparu : il est apparu en Irak, il est apparu au Liban, il est apparu au Chili, au point au Chili, que l'ONU est intervenue pour dire : "ça ne peut plus durer que la priorité soit donnée à l'arrosage des golfs ou à l'arrosage des élevages ou des cultures intensives, avocats et compagnie, etc." C'est l'ONU qui dit : "il faut arrêter avec ça, la priorité doit être donnée aux êtres humains".
Donc c'est la question de l'eau comme structurant de fond du tableau écologique qui va être une question qui va aller croissant, et vous savez qu'on a décidé d'en faire une cause globale chez nous, les Insoumis, pour la suite des événements et notamment pour notre politique en France. À cette couche écolo qui donne le fond du tableau, arrive la couche sociale et économique, c'est-à-dire que pour vivre, on a besoin d'accéder à des réseaux, et que les réseaux, c'est le réseau d'électricité c'est le réseau des routes et des ponts, c'est tous ces trucs quoi ! C'est aussi des réseaux plus sophistiqués comme la santé ou l'éducation.
Et pour y accéder, ben problème : soit il n'y en a pas, soit c'est loin. Et pourquoi c'est comme ça ? Parce qu'il y a l'effet des politiques néolibérales.
C'est le néolibéralisme qu'on appelle "néo" pour dire "nouveau", qui a désorganisé la société partout en la réduisant aux individus qui la composent : il n'y a plus de collectif, les réseaux c'est le privé, la société est composée d'individus, il y en a même comme Mme. Thatcher qui disait : "la société n'existe pas, il n'y a que des gens" et c'est donc le libéralisme en marchandisant tout, en faisant du profit sur tout, en introduisant des normes pour faire disparaître les services publics au profit de prestations privées, qu'évidemment tout le monde ne peut pas se payer, et qui favorisent une fracture dans la société où il y a la grande masse qui n'a rien et un tout petit nombre qui a tout. Et ce qui permet la sécession des riches comme on dit, c'est-à-dire : ils vivent à part.
Après vous avez Macron qui passe pour montrer du doigt les musulmans en les désignant comme du séparatisme. Mais les vrais séparatistes dans toutes nos sociétés ce sont les riches, qui sont dans leurs coins, dans leurs cités, qui ont leurs réseaux pour se transporter, pour se nourrir, pour collecter l'eau, pour l'énergie, pour tout quoi. Donc ça, c'est la deuxième couche, et la troisième, c'est la désorganisation de la vie quotidienne, vécue comme une impasse : vous n'arrivez plus à vivre, tout simplement.
Soit que vous n'avez pas les sous pour vous alimentez et vous loger, soit que, comme il n'y a rien qui marche, eh bien vous ne savez pas quoi faire pour arriver à régler les problèmes qui se posent à vous, vous n'avez pas choisi, mais il faut faire avec. Bon… C'est la conjonction de ces trois niveaux qui fait que les gens disent : "ceux qui sont au pouvoir, ça va pas le faire". Donc moi personnellement, je m'en fous de ce qu'ils racontent.
Ce qui compte, c'est ce qu'ils font. Et quand vous avez une crise comme la pandémie du covid-19, eh bien, le covid désorganise la société capitaliste libérale parce que les longues chaînes d'interdépendance pour produire quoi que ce soit se rompent, parce que dans tel pays, tout le monde est confiné, dans tel autre, telle activité ne marche plus etc. Donc la chaîne se coupe à plusieurs endroits et toutes sortes de produits ne sont pas livrés, ne sont pas ramassés, ne sont pas mis en conserve, ne sont pas etc. tout quoi !
Alors, les pays qui s'en sortent le mieux, et notamment le plus vigoureusement, ce sont les pays qui ont une structure étatique forte. Évidemment dans ce domaine le record, c'est la Chine parce qu'elle a rebondi avec une rapidité absolument incroyable, parce qu'elle dispose de structures collectives, d'un état, d'une monnaie, tout ça quoi ! La Chine, ça se résume pas à la répression politique, c'est une très grande société, très complexe et dans laquelle il existe un état.
Donc c'est une démonstration qui est faite. Évidemment, moi, je ne souhaite pas mettre en place un régime comparable à celui de la Chine, mais il y a une leçon à tirer de ça, il ne faut pas se croire toujours les plus forts les plus malins. Quand on n'est même pas foutu de fabriquer des masques en tissu on baisse le ton !
Voilà, c'est ça qui s'est passé dans ce pays. Donc, cette vague des révolutions citoyennes, elle est commencée en France, elle a commencé avec les Gilets jaunes et elle va évidemment, compte tenu du désordre qui va croissant, du choc social de la rentrée, elle va se manifester et s'amplifier de manière qui sera comme d'habitude imprévue, c'est pas là où on croit que ça se passe que ça se passe, bon bref, mais il faut être prêt à l'accueillir, à la comprendre, et surtout à comprendre que le jeu du pouvoir, de ses médias et de tout ça, va consister à diviser les gens. À chaque fois ils font pareil hein : alors les Gilets jaunes ils étaient violents, ils étaient antisémites… enfin que des choses qui ne sont pas vraies, mais ça servait à opposer les gens les uns aux autres et à ne pas se regarder avec bienveillance, d'autant que beaucoup de gens ont découvert les invisibles dans l'épisode des Gilets jaunes.
Ils ne savaient plus qui c'était, Voilà, alors je voulais vous en parler pour vous dire : il y a des causes qui sont générales, qui sont mondiales, qui vont aller en se durcissant, la pagaille économique mondiale va s'accroître, la pagaille écologique, ça maintenant, c'est irréversible et, dans toute cette situation, il faut qu'on essaye à chaque fois de trouver la manière de sortir par le haut, c'est-à-dire : il ne suffit pas, mais il faut le faire, de dénoncer les responsables, les coupables etc. Il faut le faire parce que ça aide à réfléchir, ça ne tombe pas comme ça, mais c'est surtout qu'il faut à chaque fois proposer des choses positives pour régler les problèmes, pas en parler seulement, les régler ! Voilà, c'est dans cet état d'esprit que j'ai parlé de la stratégie des causes communes et c'est ça qu'on va développer pendant toute l'année, ce concept de cause commune et j'en ai parlé dans mon discours à Valence, je suis heureux de commencer ma série de l'année avec ça aussi.
Voilà, ça c'était mon premier point. Bon, maintenant, je vous parle du Mali. Pourquoi je vous en parle ?
Parce qu'il y a eu une révolution citoyenne là-bas et puis parce que notre armée est présente sur place. Les gens ont oublié, le temps qui passe hein ! ça fait sept ans qu'on y est, on est quand même en droit de se poser des questions, savoir ce qu'on fait là depuis sept ans, si le résultat, c'est qu'à la fin, personne n'est content.
Bon, et en particulier que le pouvoir qui était en place et que notre pays a soutenu à bout de bras, je veux dire les autorités, je dis "notre pays" parce que il faut bien appeler les choses, a été renversé par l'action populaire où il y a eu des semaines de révolution, présence dans la rue des Maliens, et puis à la fin les structures de l'État une à une s'effondrant, l'armée, elle aussi, a fait, a subi les conséquences de cette désorganisation générale venant du sommet du pouvoir de l'État, et elle est intervenue dans ce processus de révolution citoyenne. Il faut être très prudent sur ce qu'on en dit, nous spécialement les Français, parce que notre réputation est engagée et qu'il y a beaucoup d'incompréhension ici, en France, mais aussi là-bas, sur ce que doit être le rôle notre pays. Il y a quelque chose qui est frappant dans les commentaires, vous regarderez à la télévision, vous avez souvent les mêmes personnes, comme d'habitude hein, qui interviennent sur 50 plateaux là et puis qui répètent la même chose.
Et quand vous les écoutez, il n'y a pas de révolution citoyenne au Mali. Pour eux, il y a une tentative de putsch islamique sur fond de "grogne sociale", ils disaient au début, hein. Le peuple, ça grogne, ça gronde, c'est des bêtes, donc il grogne, la grogne !
Bon, alors, mais récupérée par les islamistes. Alors, comme cette histoire ne tient pas debout parce que, en effet la religion musulmane est très importante au Mali, il y a beaucoup de croyants, mais c'est pas ça qui en fait des islamistes c'est-à-dire des gens qui voudraient un régime politique fondé sur la religion, c'est le contraire. Le mouvement citoyen et son état-major, le M5, ont toujours dit qu'ils voulaient une république laïque et le chef spirituel d'une partie des musulmans du Mali, qui est très célèbre, a lui-même dit : "mais moi je ne suis candidat à rien du tout" et là d'ailleurs, il a dit moi je retourne dans ma mosquée parce que bon, je suis imam et c'est ça que je veux faire, imam et pas autre chose".
Bon. Donc on ne va pas dire "il n'y a pas d'islamistes au Mali", oui il y en a, mais c'est pas eux qui dirigent la révolution. De même dans les Gilets jaunes, vous pouvez dire "ben, il y a de l'extrême droite".
Oui c'est vrai, il y en a, c'est une opinion qui existe en France, hein, mais c'est pas eux qui dirigent le mouvement les Gilets jaunes. Donc il faut accepter l'idée que le peuple, par définition, il est divers. Ce qui compte, ce n'est pas ce qu'il croit de manière intime, c'est ce qu'il fait, et les revendications qu'il dépose.
Les revendications que dépose le mouvement, le M5, et la révolution citoyenne au Mali, ce ne sont pas des revendications religieuses, ils n'ont besoin de personne pour croire ce qu'ils veulent et pratiquer dans leur vie privée le respect des lois de leur religion, ils ne demandent rien, ils demandent des services publics qui marchent, ils demandent la paix, ils demandent des routes qui soient des routes et pas des pistes, un service de santé qui fonctionne, que les gamins puissent aller à l'école et être éduqués, voilà ce qu'ils demandent. Et ça c'est une langue universelle. Nous, on demande la même chose, nous on demande la même chose, nous autres Français on est des Maliens parce qu'on demande aussi des écoles où nos gosses sont convenablement accueillis et éduqués et ainsi de suite, je ne vais pas vous refaire toute la liste.
Donc ceux qui ont raconté que c'était une révolution islamiste ont, de propos délibéré, essayé d'exciter l'opinion française contre la révolution malienne. Et puis comme ça ne marchait pas, ils en ont inventé une autre derrière c'est : "c'est un coup monté des Russes". Je vous dis regardez bien sur les plateaux qui raconte ça.
Et c'est pas plus un coup monté des Russes dans cette histoire que des Chinois, des Martiens ou des Vénusiens. C'est une révolution citoyenne des Maliens, il faut se faire à l'idée qu'au Mali, il y a des Maliens et que les Maliens et les Maliennes sont des êtres humains, qui présentent des revendications d'être humain que le capitalisme est incapable de satisfaire. Alors évidemment que, si les Français continuent à se comporter comme ça, c'est-à-dire à ne rien voir arriver, à ne rien comprendre et à ne jamais rien faire d'autre que des menaces ou des injures, en niant la révolution citoyenne, à la fin, les Russes vont être mieux vus que les Français.
Bon, moi je voudrais éviter ça, je préfère que les Maliens, qui sont quand même un peuple frère quoi, ils parlent… nous avons en commun l'usage de la langue française, ils parlent bien d'autres langues sur place mais pas mal de monde parle français, donc pour ceux qui ne comprennent pas les langues africaines et qui sont français, ben, la communication est possible, alors vous pouvez vous renseigner : lisez ce qu'ils disent, ce qu'ils écrivent, ce qu'ils publient, il y a des sites, renseignez-vous bon sang ! Il ne faut pas croire ce que racontent trois ou quatre types qui répètent tout le temps la même chose sur les chaînes de télé, et qui sont eux-mêmes des intervenants dans la situation politique parce qu'ils saoulent les Français, ils intoxiquent le pouvoir politique en lui racontant des salades, aussi, des salades intéressées parce que comme toujours, il y a des clans il y a des factions, chez les français, à propos du Mali. Alors nous, on est la faction, aussi, mais côté peuple, nous, on est du côté de la révolution citoyenne.
On nous dit "ah oui mais, ils n'ont pas fait ci, ils n'ont pas fait ça". D'accord, ils ne l'ont pas fait, ils vont peut-être le faire. En tout cas, on a confiance en eux, on est avec eux.
Après, c'est eux qui font leur histoire, le peuple malien fait l'histoire du Mali, point. Et nous, ça nous va très bien. Alors j'ai lu dans un article que bon, la présence militaire française confortait l'idée de la grandeur de la France.
Mais attendez, la France est grande par bien des choses, pas seulement par son armée. D'ailleurs l'armée française ne demande rien. Ce sont les premiers qui ont dit, les militaires : "Attendez, si vous nous faites faire une intervention militaire et que vous n'avez pas de solution politique, vous allez dans le mur".
Eh ben ça tombe bien, on y est arrivé ! On y est arrivé parce qu'il n'y avait pas de solution politique, on a soutenu un pouvoir corrompu et détesté, et maintenant ce sont les français qui ont l'air d'être des occupants. Nous ne sommes pas des occupants du Mali !
Moi, j'ai dit à tous mes interlocuteurs maliens que j'ai eus au téléphone, je leur ai dit : "écoutez, l'armée française ne se mêle pas de répression du mouvement populaire donc elle n'est pas votre ennemi, la révolution citoyenne malienne n'a pas pour ennemi l'armée française. Elle peut avoir pour adversaire politique le gouvernement français actuel parce que ce gouvernement soutient tel ou tel, ou le président en place, OK, mais ce n'est pas nous, ça n'engage ni l'armée ni le peuple français, parce que le peuple français il n'a pas de contentieux avec le peuple malien. Je voulais vous dire tout ça pour que vous vous méfiiez parce que l'intoxication, c'est pour vous faire admettre je ne sais quoi.
Les nouvelles qu'on reçoit, évidemment c'est compliqué. Là, les amis, une révolution ce n'est jamais un processus simple. L'armée est intervenue, l'armée malienne, bon alors, pour eux aussi c'est compliqué, parce que les gens disent : "attendez, on n'a pas fait une révolution citoyenne pour mettre au pouvoir un comité militaire, ça n'était pas ça le projet" et les militaires, comme ils sont liés au peuple malien et qu'ils ne sont pas fous, ils voient bien ce qui se passe, eux, ils connaissent la situation au Mali, là ils disent : "Nous, on n'a pas fait ça pour accaparer le pouvoir" donc ils cherchent un compromis pour trouver une forme de stabilité de la formule politique.
Ça, ce n'est pas à nous de nous prononcer là-dessus, mais ils essayent. Pour trouver, faire en sorte que le mouvement de la révolution citoyenne constitue le gouvernement, alors ils cherchent un équilibre, je ne vais pas entrer dans les détails parce que ça change d'heure en heure. Mais ils discutent, on n'est pas dans une situation de violence ou je ne sais pas quoi, l'armée est intervenue et a tué tout le monde comme ça a été le cas au Chili ou dans les pays que soutiennent les Américains et la presse française hein, si vous voulez, ce n'est pas la Bolivie.
En Bolivie, ils ont viré Evo Morales en l'accusant de choses fausses, ils ont mis à la place une folle qui arrivait dans le parlement en brandissant une bible, je ne sais pas si vous avez vu cette histoire-là, si ça avait été un coran mon vieux, on en aurait entendu parler d'un bout à l'autre de à Terre. Une bible ! Et cette dingue s'est autoproclamée présidente de la république, il n'y a pas d'élection, et bon il y a eu de la répression, des massacres etc. de la part de ceux qui sont arrivés au pouvoir, qui se sont mis à courser les indiens dans les rues comme des animaux et à tuer les syndicalistes etc.
Bon mais ça, c'est bien, ça, c'est soutenu par la presse occidentale, les États-Unis, ça, c'est bien ! Vous savez comme moi que c'est un des signes de la décomposition de l'ordre des choses. Regardez bien : ils sont tous en train de dire : "ah oui en Biélorussie, ça peut plus durer, le président doit s'en aller".
Alors le mec, il dit "mais moi, je viens d’être élu". "Ah oui, mais vous n'avez pas été élu correctement alors allez vous-en de là, il faut faire de nouvelles élections" etc. Ah bon, très bien !
Donc ça colle pour la Biélorussie, moi je suis d'accord, hein. Alors pourquoi ça colle pas pour le Mali ? Pourquoi au Mali, vous dites le contraire au gars qui a été mal élu lui aussi ?
Vous dites : "ah ben non, celui-là, il faut le maintenir" ? C'est un échec TO-TAL de la diplomatie française, je ne parle pas des diplomates là, je parle des trois ou quatre têtes d’œuf qui manient cette manœuvre et qui nous ont envoyé dans le mur parce qu'ils n'ont rien vu arriver. Ils ont continué, y compris quand les militaires sont intervenus en disant : "il faut immédiatement rétablir le président sortant, lequel président sortant a dit : "ah non, non, non, moi j'ai démissionné de mon plein gré, je ne reviens pas".
Donc les dirigeants français, Macron et son équipe et ses conseillers n'ont jamais mis les pieds en Afrique, je terminerai là dessus, ils nous ont envoyé dans le mur. Vous comprenez les gens, c'est-à-dire qu'ils ont dit à Macron : "non non, mais ne vous inquiétez pas, on a la situation en main, on a demandé aux autres chefs d'États de venir pour rétablir la loi et l'ordre etc." Tout ça, tout est planté, tout s'est cassé la figure, le gars que le gouvernement français soutenait a fichu le camp, il dit qu'il ne veut pas revenir, un désastre !
Ils n'ont rien vu arriver, ils ont été incapables de s'organiser et pendant ce temps, ils continuent à faire courir leurs marionnettes qui disent : "oh la la, c'est une révolution trafiquée par les Russes, c'est un truc islamiste, ça raconte n'importe quoi, ce qui les empêche de comprendre la situation. Alors ça va de soi que certains médias ont joué un rôle lamentable dans ce domaine. On ne va pas les nommer pour pas leur faire de peine, surtout que comme ils parlent très mal le français, ils interprètent mes propos euh… ils sont français pourtant, hein… d'une manière erronée.
Ils aiment bien pour avoir une belle dispute avec Mélenchon, qu'est-ce qu'on ne ferait pas, hein ?! Comme on n'est pas là à dire "ah bravo, ce que vous dites est super intelligent", non, ce que vous dites est faux mesdames, messieurs, voilà, et il y a des gens plus sérieux que vous, sur place.
Je ne veux pas nommer de médias, mais il y a des médias sérieux sur place et puis des médias qui sont des clowns, qui racontent, comment dire, des choses qui leur auront été suggérées peut-être, hein ? Par des bons connaisseurs qui nous ont conduit tout droit à ce ridicule. Moi mon idée, c'est la suivante : maintenir les liens de fraternité avec le peuple malien pour qu'il sache que les français n'ont aucune envie d'occuper militairement le Mali, n'ont aucune envie de choisir leur président, leurs ministres et leurs députés à leur place, d'accord ?
Les maliens font la politique du Mali, et nous les français, on fait la politique chez les français Et ensuite on se retrouve, on se parle d'égal à égal. Alors c'est clair qu'on n'est pas égaux en puissance économique mais en dignité humaine et en droit politique, oui nous sommes égaux. Un malien, une malienne égal un français, égal une française parce que ce sont tous les deux des êtres humains qui, chacun dans leur contexte essayent de faire pour le mieux, pour leur pays et pour leur famille.
Alors je voulais vous le redire parce qu'en ce moment, ça se joue d'accord ? Ne tombez pas dans le panneau, les gens, ne croyez pas la propagande officielle qui continue à vous faire des peurs, ils ne connaissent que ça, vous foutre la trouille ! Au Mali, vous savez à peine où c'est, on ne vous montre pas sur la carte hein, mais oh !
Les islamistes ! Les russes ! Les chinois ! et je ne sais pas qui la prochaine fois, vont être évoqués.
Alors, c'est sûr que des dirigeants pareils, ils ne font rien pour la grandeur de la France. Mais moi, je pense que… je voulais vous dire que l'autre jour, j'étais assez fier de voir ça… il y avait la manif sur la place centrale, il y avait UN drapeau français. C'est pas mal, non ?
On n'est pas ennemi ! Et sur le drapeau, il y avait mon nom ! Eh ben, ça m'a fait plaisir parce que je me suis dit : "ben, le message est arrivé jusque là bas".
Il y a des gens là bas qui se sont dit : "Ah ben, il y a des français qui sont d'accord avec nous. Ah ben, ça tombe bien, ce sont les Insoumis, ils sont comme nous, ils sont insoumis ! ".
Voilà, ça c'était mon petit chapitre Mali. Bon alors là, ça fait déjà 30 minutes que je parle. Antoine m'a dit "terminé, si on coupe ici ou là une ou deux respirations, ça fait pile 30 minutes, on ne doit pas dépasser.
Notre objectif, c'est d'arriver à 20. Il faut que ça passe super bien. On n'est pas près d'y arriver parce que pareil à Valence, on m'avait dit 1h15, pouf 1h45 !
Bon, écoutez, moi, je fais ce que je peux. C'est bon, je ne vais pas le faire autrement, je fais comme je peux. Alors bon ben, au revoir.
Si ça vous a plu, vous mettez des pouces bleus, nous, ça nous recharge la batterie. Si vous découvrez que ça vous intéresse, vous vous abonnez, c'est gratuit, ça le restera. Plus vous êtes nombreux, plus… Ben quand ça vous intéresse, vous passez donc ça crée, ça maintient un petit lien entre nous, que dit cet homme ?
Bon ben, on va voir que qu'il raconte, ce que j'ai à dire et je pense que c'est bien pour quelqu'un comme moi qui est sur la scène publique, souvent, on doit hein… C'est "Bon monsieur Mélenchon, pouvez vous nous dire ce que vous pensez de la Lune, de Mars et de Vénus ? S'il vous plaît, il nous reste quatre secondes sur le sujet", vous connaissez le truc. Voilà.
Donc pour moi, c'est bien de pouvoir avoir cette rencontre puis vous, vous me regardez, vous écoutez, vous apprenez des choses parfois et puis le regard des gens est toujours plus profond que ce qu'on croit, c'est-à-dire qu'il voit des choses que vous même parfois vous ne voyez pas à votre sujet, mais surtout ils accèdent à une relation honnête, parce qu'une c'est une relation sincère, je ne vous raconte pas des histoires, je raconte ce que je crois. Après vous en faites ce que vous voulez, vous aussi, vous croyez ce que vous voulez et vous analysez à votre manière, mais dans cet échange, peut-être que ça vous aide. Voilà, moi je suis content de faire ça, je suis content de reprendre l'année politique sur des tâches intellectuelles parce que là, je vais beaucoup écrire.
Voilà, à la semaine prochaine ! – Sous-titrage : Le Crayon d'oreille -
Jean-Luc Mélenchon