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interviewSud Radio — L'invité politique· 22 mai 2026 20 min

L'invité politique Sud Radio - Avec Roland Lescure, ministre de l'Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Sud Radio, l'invité politique, Maxime Liedot.

0:08
Roland Lescure

Il est 8h14 sur Sud Radio et mon invité politique ce matin, et Roland Lescure, ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique. Bonjour Monsieur le Ministre. Bonjour. Merci d'être au micro de Sud Radio ce matin dans ce contexte où on a forcément besoin de vous entendre, de vos précisions, de vos compléments d'informations au lendemain des aides annoncées par le Premier ministre dans un contexte bien sûr de crise au Moyen-Orient. La première question est simple, combien, combien, c'est la question, ces aides, combien elles vont coûter pour les finances publiques dans une période où on ne cesse de dire que l'État est proche de ses sous ?

0:39
Présentateur

C'est pour ça qu'on est parcimonieux dans les aides publiques, on fait attention. Au total on sera à la fin de l'été, et je vais expliquer pourquoi on se projette jusqu'à la fin de l'été, c'est important, à 1,2 milliard de dépenses qu'il va falloir financer.

0:51
Roland Lescure

Donc la totalité des aides distribuées par l'État, 1,2 milliard.

0:54
Présentateur

1,2 milliard, on est à peu près à 400 millions jusqu'à présent, et on va rajouter un peu plus de 700 millions, et donc on arrive à 1,2 milliard à la fin de l'été. Le raisonnement qu'a voulu tenir le Premier ministre c'est le suivant, c'est que jusqu'à il y a un mois, franchement on se disait ce conflit peut-être qu'il ne va pas durer très longtemps. Vous vous souvenez qu'il y a un mois, on venait d'annoncer un cessez-le-feu, il y avait des négociations au Pakistan, ça semble être, il y a une éternité, mais à l'époque on s'est dit, finalement on va peut-être en sortir très vite de cette crise. Et donc on était dans des aides plutôt au mois le mois.

Là on réalise que ça va durer, sans doute dans cette espèce d'entre-deux où il n'y a plus de missiles qui tombent, mais on n'a toujours pas ouvert les détroits d'Harmouz. Et donc on s'est dit, il faut qu'on donne de la visibilité aux Françaises et aux Français sur l'été, à la fois parce qu'il y a les congés, je pense qu'on a envie de savoir un peu comment ça va se passer, et puis parce qu'on se dit bien que de toute façon on ne sera pas sortis de l'auberge, si je puis dire, sans doute avant la rentrée.

Donc on donne de la visibilité, on prolonge les aides qui existaient déjà, la fameuse aide grand rouleur qui passe de 50 à 100 euros, les aides pour les pêcheurs, pour les agriculteurs, pour le BTP, etc. Et puis on touche de nouvelles populations dont on pensait urgent de les aider.

2:00
Roland Lescure

Et dans ces fameuses aides, il y a notamment les taxis, il y a les infirmières libérales, on les a entendues toute la matinée sur Sud Radio. Le constat il est simple, c'est en réalité de dire, c'est une usine à gade, ça ne va pas forcément nous servir. Les taxis à 7 heures nous disaient, c'est une aide qui existait déjà, ils ne font qu'augmenter le plafond, mais ce n'est pas une aide directe, d'une certaine manière on va nous laisser galérer.

2:20
Présentateur

Non, alors, ce qu'on a refusé de faire, c'est de baisser le prix de l'essence à la pompe en utilisant de l'argent public. Parce que ça, ça bénéficie à tout le monde, à la fois les chauffeurs de taxi, pour certains en ont besoin et d'autres qui en ont moins besoin, pour des gens comme vous et moi qui conduisent de très grosses voitures et qui franchement peuvent s'en passer, et d'autres comme par exemple les aides à domicile qui en ont besoin. Donc ça, on ne le fait pas, des aides à taille unique qui concernent tout le monde, ceux qu'on en a besoin, ceux qu'on n'a pas besoin. Mais, l'histoire de l'électrification des taxis, évidemment c'est essentiel.

Moi j'ai pris un taxi dans le territoire rural il y a 15 jours, qui avait un véhicule électrique, je dis, est-ce que vous êtes content ? Il me dit, mais je ne reviendrai jamais en arrière. Donc on augmente le plafond, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que les taxis, jusqu'à un véhicule qui vaut 65 000 euros, donc des berlines, on a une aide qui peut aller jusqu'à 5 500 euros par achat de véhicule. Quand on voit la différence de coût, particulièrement aujourd'hui, entre conduire un taxi au diesel et conduire un taxi à l'électrique, ça fait la différence.

3:20
Roland Lescure

Mais M. le ministre, sur ça par exemple, vous l'avez dit tout à l'heure avec le président de la fédération des taxis, il est dans le sud, nous il nous dit, ah mais c'est très bien que l'État ne veut pas baisser les taxes, il a sans doute plein d'arguments, mais moi le résultat c'est que tous nos confrères, et peut-être même certains chauffeurs, ils vont à 20 minutes en Espagne et eux bénéficient de la baisse de taxes. Est-ce que ce n'est pas handicapant quand même qu'on ait aujourd'hui des professions qui doivent faire leur plein à l'étranger ?

3:39
Présentateur

Écoutez, si ceux qui vivent à côté de la frontière espagnole, où l'État dépense une fortune, l'État espagnol aujourd'hui dépense des milliards d'euros, alors que l'inflation en Espagne, elle est à 3,5%, chez nous elle à 2,2%.

3:55
Roland Lescure

On y reviendra sur ce sujet.

3:56
Présentateur

J'allais dire, tant pis pour eux, si le gouvernement espagnol veut subventionner des frontaliers qui vivent pas loin de la frontière, français qui vont faire la queue chez eux pour remplir leurs réservoirs, tant mieux pour eux. Moi, je considère aujourd'hui, et c'est la philosophie du gouvernement depuis le début, il faut se concentrer sur les plus vulnérables. Pourquoi ? Parce que cette crise, elle a un coût pour la France. On produit pas de pétrole, on en importe, même si on en importe moins que d'autres, parce qu'on a notre mix énergétique, faut en être fier, qui fait de l'électricité. Globalement, c'est un coût. Et donc, il faut qu'on le partage.

Donc, soit on dit, comme on a tendance un peu à le dire d'habitude, les enfants paieront. Donc, on s'endette, on aide tout le monde, et les enfants paieront. Soit on dit, et nous c'est ce qu'on a fait, on va se concentrer sur les plus vulnérables. Ça veut pas dire que ça coûte pas à tout le monde. Mais il y a des gens aujourd'hui qui peuvent passer la crise, et d'autres pour lesquels c'est très difficile.

4:49
Roland Lescure

Donc, vous faites du sur-mesure, M. le ministre Roland Lescure, ministre de l'économie notamment, est-ce que ça veut dire que si vous faites du sur-mesure, comme là ce sont des aides pour un trimestre, jusqu'à la fin de l'été, vous l'avez annoncé, est-ce que ça veut dire que par principe vous vous interdisez de remodifier les aides si la situation s'aggrave, parce que vous êtes allé jusqu'à la fin de l'été, ou vous vous autorisez à retoucher peut-être en fonction des professions qui connaîtraient des périodes un peu plus complexes dans les prochaines semaines ?

5:11
Présentateur

Ce qui est important de comprendre, c'est qu'aujourd'hui, ce conflit, pour l'Europe, c'est pas le cas partout, en Asie c'est différent, mais pour l'Europe, c'est un problème de prix, c'est pas un problème de volume. On n'a pas de problème d'approvisionnement. Et donc, l'effet sur l'inflation, il est limité à l'énergie, l'effet sur la croissance, il est relativement limité aussi, parce qu'on résiste au mieux. Il y a un risque que le conflit dégénère à nouveau. Là, on entrerait dans un autre scénario. Et si on entre dans un autre scénario, on fera sans doute des mesures différentes. Mais là, on se concentre dans l'état actuel sur ceux qui en ont le plus besoin.

5:44
Roland Lescure

Mais c'est intéressant aussi pour tous ceux, peut-être, qui sont déjà au bord du précipice, même aidés, de vous entendre ce matin dire que vous ne vous interdisez rien.

5:50
Présentateur

Non mais on avait aujourd'hui 50 euros pour les grands rouleurs, on passe à 100 euros, c'est pas rien. Ça fait plusieurs centimes de litre. Pour les aides à domicile, on fait du 20 centimes de litre, au-delà de l'aide aux grands rouleurs. Donc, des gens au bord du précipice. Une aide à domicile, il y en a 500 000 en France, et c'est très souvent évidemment des femmes. C'est 700 euros de revenus par mois, dont à peu près 100 à 200 euros d'essence. Donc, c'est beaucoup pour elles.

Et elles, sans doute, il y en a un certain nombre aujourd'hui, qui sont, comme vous le dites, au bord du précipice, qui adaptent leur tournée, qui vont peut-être pas voir les gens tous les jours, mais une fois tous les deux jours. Donc là, on met le paquet. On double l'aide aux grands rouleurs, on fait une aide directe pour baisser les frais kilométriques, mais surtout, là encore, on les aide à électrifier.

6:38
Roland Lescure

Une Twingo, aujourd'hui... Ça, on a bien compris que ça va, en effet, dans les deux sens, avec une baisse et, on va dire, une pensée sur l'avenir. Mais vous parliez et de la consommation, et de l'inquiétude et des risques. Sur le carburant, vous avez vu qu'on parle de pénurie dès cet été. Quels sont les stocks de la France ? Est-ce que même en termes de consommation de carburant en France, il y a une tendance à donner ? Est-ce qu'on est totalement à l'abri de la pénurie pour tous ceux qui préparent et le week-end prolongé et leurs vacances d'été ?

6:58
Présentateur

Pas de pénurie. On suit ça comme l'est sur le feu depuis maintenant le début de la crise. Dès le début, on s'est dit, il faut s'assurer qu'on ait de l'essence, du gasoil et du kérosène en France. On en a. Évidemment, il y a des tensions sur certains carburants. Le kérosène, par exemple. Il y a des régions du monde où on en manque. Nous, peut-être aussi parce qu'on a une grande méjeure internationale totale qui va chercher l'essence là où il est, on n'a pas d'enjeu de pénurie.

7:21
Roland Lescure

Il n'y a pas un sujet de consommation, par exemple, du carburant ?

7:23
Présentateur

Évidemment, les Français, ils ne sont pas idiots. Ils s'adaptent. Et donc, ce que je peux vous annoncer, c'est que du 1er au 20 mai, par rapport à l'année dernière, on est à moins 14% de consommation. On était à moins 11 au mois d'avril. Évidemment, les Françaises et les Français, ils conduisent un peu moins. Ils font du covoiturage. Peut-être qu'ils font un peu plus de télétravail. Moi, je ne veux surtout pas tomber dans le... Je vais dire aux Français ce qu'ils doivent faire. On a bien compris, on ne va pas emmerder les Français. Très confidolier hier de Sébastien Leclerc. On leur fait confiance, ils ne sont pas idiots. Évidemment, ils adaptent. En fait, on s'adapte.

7:54
Roland Lescure

L'économie française, elle s'adapte. Roland Lesclerc, baisse de la consommation du carburant. Vous l'annoncez au micro de Sud Radio ce matin. Moins 14%. Ça veut dire aussi, moindre entrée d'argent dans les caisses de l'État. Et ça vient occuper la principale question que tout le monde se pose quand on voit les nouvelles aides. C'est comment on va payer tout ça ? Vous entendez les oppositions avec différentes solutions, différentes mesures à mettre en place. Comment on va payer tout ça ? On a entendu ce chiffre dès le début du conflit. On ne sait pas trop d'ailleurs d'où il sort. C'était 6 milliards pour l'État. On est à combien aujourd'hui ?

8:22
Présentateur

Alors, on sera sans doute au-dessus. On ne va pas estimer ça toutes les semaines. Ce qu'on fait, c'est qu'on a un processus assez formel. Ça s'appelle le comité d'alerte sur les finances publiques. Où, avec le ministre des Comptes publics, David Amiel, on rassemble les parlementaires, les organisations syndicales. Et, j'allais dire, on leur ouvre les livres. Et donc, on en fera un au mois de juin. Et le Premier ministre a annoncé qu'il le présiderait même. Pour, à la fois, imprimer une certaine solennité, parce qu'on est dans un moment difficile, grave. Et puis, pour qu'on ait cette bonne discussion autour de ce que ça coûte et comment on va financer.

Mais, très simplement, sur le financement. 1, moi je ne souhaite pas que ce soit nos enfants, nos petits-enfants qui payent.

8:59
Roland Lescure

Mais, simplement, sur le prix, il y a le président de la commission des finances qui dit, de toute façon, ce matin, dans le Parisien, l'État avait plus ou moins sous-estimé. 6 milliards, c'est bien. Mais, on sera forcément entre 8 et 10. Est-ce que cette estimation, Roland Lescure, elle est crédible ?

9:10
Présentateur

Non, à ce sable, c'est trop tôt pour le dire. On sera au-delà de 6. On vous dira, d'ici la fin du mois de juin, dans un mois, où on en est à ce moment-là. Et on va suivre, j'allais dire, au fur et à mesure. Parce que cette crise, elle évolue tous les jours. Mais, un, on redéploie. Ça, c'est important. Ça veut dire qu'on économisera ailleurs ce qu'on fait pour aider.

9:28
Roland Lescure

Et pas d'impôt supplémentaire, vous pouvez le garantir ce matin ? Exactement. Roland Lescure, cette promesse, on nous l'a déjà faite. Elle n'a pas été tenue.

9:34
Présentateur

Alors, il y a un Parlement, c'est lui qui vote le budget. Mais ce que le Premier ministre a dit hier, et c'est important que vos auditeurs l'entendent, quand on déposera notre budget en septembre, il n'y aura pas de hausse d'impôt dedans.

9:44
Roland Lescure

Donc, vous demandez aussi au Parlement, à toutes les forces politiques, de dire, les Français en subissent déjà assez, aidez-nous à accomplir cette promesse ?

9:51
Présentateur

Mais oui, parce que, si moi, je dis aux Françaises et aux Français, on va aider les plus vulnérables, mais tout le monde va payer par des impôts, franchement, ils ne comprendront pas. Qu'on n'aide pas tout le monde, je pense que les gens le comprennent. Qu'on aide en priorité ceux qui en ont le plus besoin, je pense que les gens le comprennent. Mais si je demande aux Françaises et aux Français de payer par leurs impôts, je ne veux pas parler de ras-le-bol fiscal, mais je pense que les gens ne comprendront pas.

10:12
Roland Lescure

On n'est pas dans un moment de ras-le-bol fiscal entre nous ?

10:14
Présentateur

On est dans un moment, en tout cas, où on paye plus d'impôts que nulle part ailleurs au monde, et que, franchement... Il existe quand même ce sentiment Roland-Lescu de ras-le-bol fiscal ? En tout cas, je pense qu'on est rendu à un moment, et on verra d'ailleurs l'élection présidentielle, j'espère qu'elle me permettra d'avoir ce débat, parce que, où effectivement... D'ailleurs, on a commencé à le faire dans les dix ans qui viennent de s'écouler, mais il faudra continuer, à mon avis, baisser les impôts, être plus efficace dans les dépenses publiques, et, au total, libérer un peu de l'énergie, parce que, évidemment...

10:46
Roland Lescure

On a entendu le Premier ministre parler de libéralisation, mais quand même, que le ministre de l'économie que vous êtes vous semble être lucide sur la situation, le mot ras-le-bol fiscal, vous ne l'employez pas, vous n'avez pas la sensation aujourd'hui que les Français payent, mais ne gagnent pas assez bien leur vie, que les chefs d'entreprise aujourd'hui ne participent pas suffisamment à l'effort, au point d'être totalement spoilés, comme ils le disent parfois par l'État ?

11:02
Présentateur

Moi, je ne veux pas tomber dans le misérabilisme, mais on a un modèle social aujourd'hui dont on est très fiers, mais qui coûte beaucoup d'argent. Et donc, un des débats d'élection présidentielle, j'espère que les candidats, ils sont nombreux, le porteront, c'est comment on finance notre monnaie sociale dans les 20 ans qui viennent. Moi, je m'occupe des 12 mois qui viennent. C'est déjà énorme. Et c'est déjà pas mal de boulot actuellement, merci. Et on le fait, notamment, avec le Premier ministre, pour que celles et ceux qui veulent se projeter dans l'avenir dans le cadre de la présidentielle puissent, je dirais, débattre tranquillement pendant que nous, on nettoie la maison.

11:33
Roland Lescure

Et avec un maximum de sérénité, mais dans le contexte que vous décrivez, on sent bien qu'il y a beaucoup de tensions et beaucoup d'enjeux. Est-ce qu'il faut totalement exclure une loi de finances rectificative ? Mais oui, parce que, d'abord... L'exclure totalement.

11:43
Présentateur

Mais le Parlement est tel qu'il est aujourd'hui. Moi, si j'entre dans une loi de finances rectificative, je vais avoir des débats sans fin, franchement, qui partiront dans tous les sens, et je ne sais pas où ils atterriront. Aujourd'hui, on n'en est pas là. On peut, par redéploiement de dépenses, économie sur un certain nombre d'aides généralisées, financer ce dont on a besoin, les aides pour les plus vulnérables que je vous ai annoncées. On aura un budget à préparer pour l'année prochaine. Je peux vous dire que, déjà, ce ne sera pas facile de le passer au Parlement. J'en suis à peu près convaincu. Donc, concentrons-nous sur la projection sur l'année prochaine.

Laissons-nous faire notre travail, gérer au quotidien une situation qui n'est pas facile. Je pense que les Français et les Français, aujourd'hui, nous disent, franchement, on vous comprend. Vous faites le boulot, vous faites au mieux. On préférait, évidemment, que cette crise n'existe pas. Mais, franchement, on continue à bosser.

12:36
Roland Lescure

Roland Lescure, ministre de l'économie, notamment. Quelques questions avec des réponses les plus simples possibles. Il nous reste cinq minutes. Quand vous parlez d'économie, il y a plusieurs sujets sur la table. Reviens régulièrement dans le débat politique et public, une nécessité, peut-être, d'aller surtaxer les entreprises. Est-ce que cette idée est toujours sur la table ?

12:53
Présentateur

Il y aura le débat au budget, donc je ne veux pas le préempter.

12:56
Roland Lescure

Mais vous, en tant que ministre de l'économie, dans cette situation, est-ce qu'il faut l'envisager ?

13:00
Présentateur

Je ne pense pas que le réflexe, un problème, une taxe, soit le bon. Cela dit, il y a peut-être des secteurs, il n'y en a pas beaucoup, puisqu'on ne produit pas de pétrole, qui vont gagner particulièrement beaucoup d'argent dans cette crise. Et là, il faudra qu'on s'y attelle. Il y a un sujet autour du raffinage, par exemple.

13:15
Roland Lescure

Donc, sur les secteurs, on va dire profiteurs de crise, je le mets entre guillemets.

13:17
Présentateur

Non, mais je déteste ce terme, parce qu'aujourd'hui, je le répète, c'est un coup pour tous. Mais s'il y a des secteurs particuliers qui gagnent particulièrement leur vie, peut-être qu'on les taxera particulièrement. On le dit comme ça. Mais ce débat, il aura lieu à l'automne. En attendant, il faut surtout qu'on se concentre sur ceux qui souffrent, et c'est ce qu'on fait.

13:34
Roland Lescure

Et ça, en tout cas, c'est très clair, des économies, deux sujets notamment, en tout cas pour en faire. Est-ce qu'il faut envisager, comme y réfléchit visiblement votre collègue David Amiel, un jet des allénements en charge sur les entreprises, par exemple ?

13:45
Présentateur

Oui, on va les geler. Il l'a annoncé, d'ailleurs, je pense, tout à l'heure.

13:49
Roland Lescure

Et vous le confirmez ce matin ?

13:50
Présentateur

Je vous le confirme, on va le geler, pourquoi ? 74 milliards d'euros, c'est ce qu'on fait aujourd'hui. Et j'allais dire, c'est bienvenu, ça permet de limiter le coût du travail, d'améliorer la compétitivité des entreprises. Mais aujourd'hui, les augmenter, comme nous demandait un certain nombre de chefs d'entreprise, de 2 milliards, c'est beaucoup d'argent, ça les augmente pour tout le monde, y compris les entreprises qui n'ont pas augmenté leur salaire, y compris les entreprises qui n'en ont pas besoin. Donc, sur les entreprises, comme sur les ménages, on se concentre sur les plus vulnérables. Et on évite les aides qui appuient tout le monde.

Donc, on reste sur 74 milliards d'euros, c'est bienvenu, on ne va pas plus loin. Évidemment, à l'automne, on reverra la situation. Si les salaires ont augmenté, du coup, si les charges ont augmenté...

14:30
Roland Lescure

Mais la situation à l'instant T, elle est celle-ci.

14:32
Présentateur

Elle est celle-ci, et je pense que tout le monde le comprend.

14:34
Roland Lescure

Roland Lescure, quelques questions aussi, forcément. Autant d'inquiétudes et autant de questionnements, autant de décisions à prendre pour vous, parce que nous sommes dans une situation économique compliquée. Le FMI le dit, il parle en France du rythme de réduction des dépenses publiques, qui est notamment insuffisant pour ramener le fameux déficit public sous l'objectif des 3% en 2029. Des questions très précises et des réponses courtes, s'il vous plaît. Est-ce que la France, dans un contexte pareil, va arriver dans une période de récession ? Oui, non. Non. Est-ce que l'inflation, on l'établit déjà à 2-2, la Commission européenne vise à 2,4%, est-ce que c'est une estimation crédible ?

15:08
Présentateur

Oui, on sera entre, je dirais, 2 et 2,5, peut-être un peu au-dessus, pas dans les 3-4 que j'entends ici ou là. Mais en tout cas, 2-4, c'est quelque chose de crédible pour les prochaines semaines. Oui, oui, autour de 2,5, c'est très probable.

15:18
Roland Lescure

Est-ce qu'on va arriver dans une période de stagflation ?

15:20
Présentateur

Non. Stagflation, c'est récession, croissance négative, plus inflation très forte. Heureusement, la France est mieux armée. On a des stabilisateurs automatiques, on a un mix énergétique moins exposé à la crise, donc on s'en sort plutôt mieux.

15:34
Roland Lescure

Roland Escur, vous le savez aussi, notre fameux cheval, généralement, de bataille en France, c'est la fameuse croissance. La Commission européenne a revu à la baisse hier ses prévisions de croissance pour la zone euro. Cette année, à 0,9%. Est-ce qu'on a un risque, d'ici la fin de l'année, d'avoir tout simplement un risque de croissance nulle ?

15:51
Présentateur

Non mais, le scénario est incertain. Il y a des incertitudes autour de ces scénarios, mais aujourd'hui... Est-ce que c'est un risque ? Le plus probable, c'est qu'on soit entre 0,5 et 1. Voilà, nous on a 0,9 de prévision de croissance. La Commission pour la France, c'est 0,8. Vous l'avez dit, pour la zone euro, c'est 0,9. Les économistes privés, aujourd'hui, nous attendent quelque chose autour de 0,8. Donc, voilà, évidemment, cette crise, elle évolue tous les jours, et on va suivre ça de près, et on adaptera en conséquence. Mais je ne veux pas être un prophète de malheur, ni un marchand de bonheur, d'ailleurs.

16:21
Roland Lescure

Je regarde les faits.

16:22
Présentateur

Mais la réalité ? La réalité, c'est une croissance plus faible qu'attendue, mais qui reste une croissance.

16:27
Roland Lescure

Et l'objectif du gouvernement, c'était d'essayer de fixer le déficit, le fameux déficit autour des 5%. Est-ce qu'aujourd'hui, dans la situation, on doit le balayer d'un revers de main ? Non, surtout pas.

16:36
Présentateur

Surtout pas, parce que là encore, on le doit à nos enfants, nos petits-enfants. Donc, on reste sur l'objectif de 5, et on va tout faire, d'où les redéploiements pour financer les aides, pour s'y tenir.

16:44
Roland Lescure

Et donc, quand la Commission européenne parle d'un déficit à 5,7% d'ici l'année prochaine, c'est à exclure ? Ah oui, non, c'est pas là qu'on va du tout. C'est pas là qu'on va du tout. Autre sujet, évidemment, dans l'actualité, c'est ce fameux rapport, vous l'avez forcément vu, sénatorial, sur les marges des distributeurs. Est-ce qu'en effet, certaines marges des distributeurs, alors que la plupart des patrons de la grande distribution sont quand même tout le temps sur les plateaux télé, en se faisant passer pour les meilleurs amis des consommateurs, est-ce que là, aujourd'hui, quand on lit ce rapport, on en est si sûr ?

Est-ce que les grands patrons de la distribution sont vraiment les meilleurs amis de nos auditeurs ?

17:13
Présentateur

Bon, moi, j'ai pas encore eu l'occasion d'analyser en détail ce rapport. Ce qui est vrai en France, c'est que le secteur de la distribution se porte plutôt bien. En revanche, ce qui est vrai aussi, ils le disent régulièrement, d'ailleurs, les patrons n'ont vous parlé, c'est que les marges dans la distribution sont faibles. Ce qui fait la différence dans les grandes entreprises de distribution qu'on connaît, les grandes enseignes, c'est les volumes. Ils vendent beaucoup de choses, pas très cher. Donc, ils gagnent plutôt bien leur vie. Je ne pense pas qu'on ait des profiteurs, là encore, pour reprendre un terme qui est un peu utilisé.

17:43
Roland Lescure

Non, mais on se souvient, par exemple, de votre collègue Annie Genevard qui avait parlé de marge mortifère pendant un temps. Est-ce que vous reprendriez le même terme ?

17:49
Présentateur

Moi, je me méfie. Les négociations commerciales, elles ont lieu tous les ans. C'est un moment un peu tendu en France qui mobilise à la fois les agriculteurs. Et ce qu'on a fait depuis 10 ans, c'est s'assurer qu'ils soient mieux traités dans le cadre de ces négociations. On part de leur coût de production. Les industriels, et là, il y a des grands et des petits. Il y a des petits qui s'ouvrent, des grands, franchement, qui gagnent très bien leur vie. Et il y a les distributeurs.

18:11
Roland Lescure

Mais vous savez, pardonnez-moi, Roland Lescure, que les fameux gros zyper, etc., ils détournent la loi Egalim, ils ont des centrales d'achat en Belgique. Ils sont contrôlés, quand même. Ils sont contrôlés. Et la loi Egalim... Mais il n'y a pas quelque chose à revoir sur ça quand les centrales d'achat sont en Belgique, qu'ils étranglent les agriculteurs ?

18:27
Présentateur

Écoutez, les agriculteurs, aujourd'hui, reconnaissent, en tout cas, qu'on a plutôt amélioré la situation depuis 10 ans. Il faudra sans doute travailler encore et encore un sujet qui est un sujet compliqué. Mais l'inflation alimentaire, c'est important. Et je pense que, dans le cadre de la présidentielle, des candidats auront plein d'idées. Jusqu'à présent, on a plutôt amélioré la situation. Il faut continuer.

18:45
Roland Lescure

Merci beaucoup, Roland Lescure, d'avoir passé une tête ce matin dans le studio de Sud Radio et d'avoir fait œuvre de pédagogie et de réponses assez franches sur les nombreux sujets qu'on avait abordés avec vous. Une dernière question. Vous allez partir en week-end, là, dans les prochaines heures. Essayez de profiter un peu. Vous éloignez de Paris ?

18:58
Présentateur

Non, je vais rester à Paris. Mais c'est vrai que j'ai eu un G7 à Paris, lundi, mardi. Tous les ministres des Finances du Monde arrivaient à Paris. Là, je travaille un peu sur la crise, évidemment, avec les primes. Donc, je vais peut-être me reposer un peu ce week-end.

19:09
Roland Lescure

Et est-ce que, si à un moment, vous prenez votre voiture, au moment de faire le plein, vous direz quand même merci à M. Pouyanné de faire ce blocage au prix à la pompe ? Est-ce que vous lui dites merci, quand même, à ce bon vieux Patrick ? J'ai une R5 électrique faite à Douai. Donc, je dis merci EDF. Merci EDF. Ça, c'est pas mal. Merci beaucoup, Roland Lescure, d'être venu ce matin, d'avoir éclairé nos auditeurs et, bien sûr, de nous avoir apporté des réponses dans un instant. Le dialogue s'installe avec vous, amis auditeurs. 0826 300 300. Vous venez d'entendre le ministre, les nombreuses aides. Et une situation, forcément, il y a les déçus.

Mais il y a ceux aussi qui s'inquiètent des comptes publics qui, visiblement, ont encore un peu d'argent. Est-ce que l'État est trop généreux ? La question est un peu provocatrice. Mais quand on voit qu'il distribue des aides, est-ce qu'il ne fallait pas un peu mieux endurer la crise ? 0826 300 300. On dialogue ensemble. On dialogue ensemble jusqu'à 9h. À tout de suite. Sous-titrage ST' 501