Jean-Luc Mélenchon face à ses dossiers
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
J'ai rencontré Jean-Luc Mélenchon et j'ai voulu me plonger avec lui dans ses dossiers pour mieux comprendre son parcours et la construction de sa pensée politique. Depuis plusieurs années, je fais des portraits sur YouTube et à l'approche de la présidentielle, j'ai décidé de recevoir les figures [musique] qui pourraient faire l'élection. Non seulement je me suis fâché avec mon père, mais en plus avec le père de la nation.
Vous imaginez une plus belle crise d'adolescence ? grandiose pour devenir un homme. À 74 ans, Jean-Luc Mélenchon est le fondateur de la France insoumise et une figure incontournable à gauche.
Mais vous savez, à l'époque, les socialistes, fallait se les faire hein. Ils étaient presque aussi insupportables que les gauchistes qui ont suivi. Déjà trois fois candidat à l'élection présidentielle, il échoue aux portes du second tour en 2022 après avoir pourtant réalisé son plus haut score. [musique] Et donc, vous avez le l'histoire qui vous passe au bout des doigts.
Mais vous ne le savez pas avant ce qu'elle fait que ça fait jusqu'au moment où ça vous passe au bout des doigts. Alors, quelle est son histoire et quel est son ADN politique ? Voici les dossiers de Jean-Luc Mélenchon.
Bonjour Jean-Luc Mélenchon, vous allez bien ? Merci de nous faire le plaisir d'être notre premier invité. Vous êtes bien assis ?
Et vous ? Ouais, pas mal. J'ai peut-être pas encore de problème de dos.
Peut-être pas du reste si vous continuez à vous asseoir dans des sièges pareils, ça va pas le faire longtemps. Alors, j'avoue que j'avais pensé à plein de manières d'ouvrir cette interview. Je pensais pas qu'on se parlerait de problème de dos.
On va plonger ensemble dans certaines archives ces moments marquants qui ont construit votre parcours politique. Mais d'abord, qui êtes-vous Jean-Luc Mélenchon au-delà du CV ? Mais personne n'en sait jamais rien.
Donc je ne suis pas plus éclairé sur moi-même que la moyenne des êtres humains. Quel citoyen vous êtes en dehors de tout l'armada de fonction politique que vous avez au Je n'ai pas de vie en dehors de mon activité parce que elle a cette caractéristique étrange de vous lier à tout quand vous êtes un militant politique et je le suis moi d'une manière absolue. C'est-à-dire que euh je suis en proie à une idéologie, à une vision du monde, à un combat, tout m'intéresse, tout m'implique, c'est excessif.
Je pense que je dois je dois être insupportable dans la vie ordinaire parce que tout me passionne. Jean-Luc Mélenchon, je vous propose qu'on commence à remonter votre parcours avec une première cassette. La ville de Tanger est soumise de nouveau à un régime international.
Espagol quité et sur les 15 postes de la nouvelle administration H sont attribués à des Français. Quand Jean-Luc Mélenchon nî à Tanger en 1951, le Maroc est encore sous protectorat partagé entre la France et l'Espagne. Mais Tanger, elle a un statut à part de ville internationale depuis 1923.
C'est un carrefour où les cultures et les langues cohabitent et la famille Mélenchon incarne ce mélange. Ce sont des pied noirs d'Algérie aux origines espagnoles et siciliennes chez qui on parle le français comme l'espagnol. Jean-Luc Mélenchon, vous êtes né à Tanger, tout au nord du Maroc. vous y avez passé les premières années de votre vie.
Comment cette ville de Tanger cosmopolite au possible composé de de juifs sépharades, de familles espagnoles, de catholiques, de musulmans a façonner votre rapport au vivre ensemble, à la mixité culturelle ? Bon, d'abord ça crée une forme d'indifférent si vous voulez, comme tout le monde est différent au fond vous retenez ce qui ce qui vous réunit aux autres. Bon, les copains, les fêtes, c'est formidable quand vous êtes dans une ville où il y a les trois grandes religions et encore donc [grognement] les juifs, les les chrétiens, les musulmans, personne n'est en d'accord avec soi-même pour ajouter au charme de la maison.
Il y a une forme que je me reproche [grognement] d'indifférence à la différence. Des fois, ça peut vous faire ignorer ce que supportent les autres. Comme vous ne voyez pas que ce que eux subissent puisque ça ne compte pas pour vous, alors vous pouvez être un peu indifférent à ce qu'ils sont obligé de subir en matière de sexisme, en matière de racisme et cetera.
Donc si ça m'a préparé à quelque chose, c'est à vivre avec les autres mais sans que ça soit un exploit. Si vous voulez, je fais pas d'effort, c'est c'est naturel. Et puis j'ai vécu un moment qui m'a forgé puisque 1956, c'est la lutte d'indépendance du peuple marocain.
Lutte victorieuse. Bon alors là il faut que je vous redonne un peu de contexte. En fait dans les années 50 l'Empire colonial français vacille.
En Indochine, l'armée s'effondre après 8 ans de guerre. Mais au Maghreb, Paris refuse de voir le problème. Monsieur Robert Schummann qui est venu réaffirmer les droits imprescriptibles de la France en Afrique du Nord et plaider l'incompétence de l'eau et nu dans les problèmes marocains et tunisiens.
Autrement dit, circuler, il y a rien à voir et surtout il y a rien à décoloniser. Mais au Maroc, la tension monte. Il y a des émeutes à Casablanca, l'exil forcé du sultan Mohamed I, des répressions brutales.
Alors Paris finit par céder. [musique] Le 2 mars 1956, la France reconnaît l'indépendance du Maroc. Et pour les voisins algériens, en guerre contre la colonisation depuis 1954, c'est un signal fort.
L'exemple marocain nourrit la résistance algérienne. Nous avons été habités par la guerre d'Algérie puisque nous sommes une famille qui vient d'Algérie et donc c'est la guerre d'indépendance qui va constituer le peuple algérien. Donc je commence dans la vie dans la fureur de la politique parce que ce sont deux guerres.
C'est pas l'indépendance n'a pas été octroyée. On n'a pas fait cadeau de l'indépendance. Les peuples se sont constitués, ont lutté les armes à la main.
Il y a eu une répression féroce et l'environnement d'une guerre. Donc quand vous êtes petit, vous comprenez rien ce qui se passe. Vous entendez ce qui se raconte et ce qui se raconte est rarement encourageant.
C'est plutôt anxiogène. Mais en même temps, vous prenez tout de suite, vous entrez dans un monde où qui est une déchirure. Le les pages se tournent mais on dirait que c'est toujours douloureusement.
Alors, c'est pas seulement le plus dur pour moi, ça va vous surprendre, ce n'est pas la guerre d'indépendance du Maroc ni même celle d'Algérie. C'est l'arrivée en France en 1962, le souvenir le plus terrible. À l'été 1962, l'Algérie vient d'obtenir son indépendance et près d'un million de pieds noirs débarquent dans l'hexagone avec leur valises et leur vie à refire.
C'est donc dans ce contexte que la famille Mélenchon quitte le Maroc. Jean-Luc Mélenchon a 11 ans, ses parents sont séparés et il s'installe avec sa mère en Normandie, loin de tout ce qu'il connaît avant de déménager dans le Jura. Autour de lui, la France des 30 glorieuses tourne à plein régime.
C'est le calme avant la tempête. Je vous propose qu'on passe au dossier suivant. On est désormais en mai 1968.
Vous avez 16 ans. Vous vivez désormais dans le Jura, mais tout proche de la capitale, la colère monte chez les étudiants et va s'étendre un peu partout en France. La poussée de fièvre a surpris par son ampleur et le degré de sa violence.
Une violence qu'on avait pas connue ici depuis longtemps. Au printemps 1968, ça fait 10 ans que de Gaul est au pouvoir. Pour cette génération qui n'a pas connu la guerre, le général incarne une chappe de plomb.
En mars, ça commence à Nanterre. Des étudiants occupent la fac, l'université ferme, il se replie à la Sorbonne. La police intervient et c'est l'étincelle. [acclamation] La nuit du 10 mai 1968, le quartier latin s'embrase au cœur de Paris.
Les images font le tour de la France. Le 13 mai, les syndicats appellent à la grève générale. En quelques jours, 10 millions de travailleurs sont dans la rue.
Le pays est paralysé. Vous êtes à la fin du lycée, quand M 68 éclatent, quel type d'adolescent vous êtes ? Ah bah, [raclement de gorge] vous devinez que je viens pas de sortir de l'œuf. donc un peu comment dire impliqué.
Vous aviez une conscience de classe déjà à l'époque ? Non, mon esprit politiquement était confus. Imaginez-vous, je viens de vous raconter d'où je sors.
Donc je sors d'un milieu euh nationaliste euh plutôt droitier. Donc me [grognement] voilà dans ces événements. Alors les profs ont eu tout de suite la bonne technique.
D'abord ils étaient tous de gauche, donc les la partie tous dans les assemblées générales. Et le proviseur a fermé l'établissement. Je suis quand même, imaginez-vous ça, au lycée Rouget de Lille.
Qu'est-ce que vous voulez [musique] trouver de mieux pour un gars comme moi, hein ? Bon, donc le lycée Rougier de l'île est fermé et aussitôt nous envahissons la maison des jeunes et de la culture de Lonce Leonnier. J'ai donc 16 ans.
Et on y fait une espèce de soviette lycéen et étudiant pendant un mois. Et pendant toute cette période donc c'est à nouveau le contact avec l'histoire. Imaginez-vous de Gaul va parler.
Où est-il passé ? Ah, il a [musique] disparu. Le Degul est parti.
Alors, il revient, il va parler à la radio. Nous vous la tous coller à notre transistor. Que va-t-il dire ?
Je ne me retirerai pas. J'ai un mandat du peuple, je le remplirai. 4 minutes, le discours le plus brève de l'histoire de France.
Je ne partirai pas. Je dissou. Ah bon ?
Ah très bien, on va dissoudre. Mais là, ce qui est extraordinaire, après coup, à l'âge que j'ai maintenant, je réalise j'ai 16 ans, c'est l'âge où tu te fâches avec ton père. mémoire.
Non seulement je me suis fâché avec mon père, mais en plus avec le père de la nation, avec grandiose quoi. Vous avez vous imaginé une plus belle crise d'adolescence ? C'est grandiose pour devenir un homme.
Ouais mais même si on est après l'effervescence de mai 68, le mouvement social ne se traduit pas dans les urnes. J'attends qu'on fasse la révolution. Sauf que la révolution ne vient pas.
En 1973, un dissident soviétique Sol Genitzin publie l'archipel du goulag et révèle l'horreur des camps d'emprisonnement et de travail forcé. Le grand rêve rouge prend l'eau et la gauche radicale éclate en une variété de courants. Maoïstes, trotskistes, anarchistes.
Tous revendique l'héritage de mai 68 mais personne ne s'accorde [musique] sur la suite. Dans ce paysage, une organisation trotquiste s'organise menée par Pierre Lambert. Sa stratégie est claire, faire la révolution de l'intérieur.
En investissant les structures existantes comme les syndicats, notamment l'UNEF, l'Union nationale des étudiants [musique] de France. C'est là que Jean-Luc Mélenchon croise leur route et cette conviction, faire la révolution par l'intérieur ne le quittera plus. C'est à peu près à cette période que vous rejoignez les mouvements trotskistes.
C'est quoi votre premier réveil à ça ? Je sais que les gens souvent aiment embellir l'histoire mais il faut y faire la part du hasard et des circonstances. Euh là, je n'ai pas les idées claires.
Je sais que c'est une révolution et sans doute ça va me marquer à vie parce que j'ai été d'entrée de jeu un tribune. Vous étiez déjà leader à 16 ans. Mais oui, je et je ne suis pas un homme de parti à ce moment-là.
Pour moi, les partis tout ça, je comprends rien. Ça m'intéresse pas. Ce qui compte, c'est la masse, le grand nombre, le fait d'être là et on discute.
Alors, on serait et ça m'a marqué à vie parce que toute ma vie, je suis resté comme ça de cette expérience là. Alors là, bon j'ai j'étais en classe de de première dont on parle pour 68 et après il y a la classe de terminale le temps que la température baisse. Donc j'ai été protégé de la folie dans laquelle sans doute je me serais laissé embarquer de l'exaltation politique absolument ahurissante qu'il y a eu à Paris.
J'ai été protégé de tout ça. Quand j'arrive en fac tout est plus calme. Mais il y a un problème, je ne comprends rien à ce qui se dit.
Les gens s'engueulaient à propos de Marx, d'Engels, ça encore je connaissais les noms mais les autres qui pouvaient bien être plus Benski et donc je ne comprends rien. Je vais donc au syndicat en me disant ça au moins c'est pour tout le monde. Il y avait des communistes d'un côté, ça me parlait le communisme, je vais pas vous dire le contraire.
Je ne savais pas pourquoi je n'étais pas marxiste à ce moment-là. Et puis il y avait des trotskistes et les trotskistes résistaient à tout. à 25 ans donc vous passez des cours trotskistes au Parti socialiste.
Benjamin Stora qui est historien et qui a suivi la même trajectoire disait je trouvais la citation marrante alors je je voulais vous la dire c'est comme passer de l'héroïne à la cigarette mentolée. Ça vous fait cet effet là aussi ? Euh non je ne sais pas ce qu'est l'héroïne.
Je ne sais pas ce que sont les cigarettes mentolées. Vous avez l'image ? Euh ouais mais c'est pas vrai.
C'est pas plus Non mais je connais Stora que j'aime bien mais non ça parce que lui il est resté beaucoup plus longtemps que moi chez les trotskistes. Moi je je les ai quitté je crois vers 75 76 et bon aussitôt je me suis engagé au Parti socialistes mais vous savez à l'époque les socialistes fallait se les faire hein parce que ils étaient presque aussi insupportables que les gauchistes qui ont suivi. Quand j'ai voulu adhérer au Parti socialiste à Besançon ils m'ont fait un interrogatoire pour savoir ce que je pensais du socialisme tanzanien. sujet sur lequel je n'avais aucune espèce d'idée, c'était comme s'il y avait un concours d'entrée.
Alors après dans le jura où je suis allé, était plus normau. Euh et donc il ne parlait que de lutte. Ma secrétaire de section c'était une assistante sociale.
Mon premier fédéral c'était un prof de fac, donc tout allait des gens normaux. Et euh dans la rencontre avec eux, non, ça ne m'a pas fait l'effet d'une baisse de tension. C'est le contraire.
Et voilà comment j'ai commencé à croiser des personnages qui peuvent vous paraître improbables. Qu'est-ce qu'un gars comme moi euh peut faire à côté de d'un François Mitteran ? Euh parce qu'on dit bah vous avez quand même rien à voir.
Bah si, c'est un homme admirable. Alors justement, vous rejoignez le PS à 25 ans et quand vous avez 29 ans, il se passe ça. 3 2 1 François Mitterrand est élu président de la République.
Si vous aviez vu la tête des journalistes, [acclamation] la Bastille est maintenant noire de monde. Combien sont-ils ? 200000 300000 plus encore ?
La joie populaire éclate et aussi l'émotion comme chez ce jeune instituteur. Pour les enfants que j'ai, c'est des enfants qui ont 10 ans. Je dois leur apprendre jusqu'à présent ce que c'était que le chômage.
Maintenant, je vais leur apprendre ce que c'est que le verbe vivre. Demain, je vais leur apprendre le verbe vivre au présent de l'indicatif. Vous vous souvenez de ce moment ?
Ah ouais. Oui, moi j'étais un [grognement] dur à cuir qui organisait les choses. Alors, il y a la légende dorée sur cette campagne.
La vérité, c'est que tout le monde pensentait que François Mitteran était trop vieux, qu'il était cuit, qu'il aurait jamais dû être candidat. Et nous sommes restés seulissimes, hein, jusqu'au mois de de février. Et puis arrive cette soirée.
Alors, je peux vous faire le récit héroïque. La soirée, vous avez vu, vous avez compris, le monde va changer de base. Euh, les gens se mettent à crier parce qu'il pleut.
Euh, mitérant du soleil, c'est vous dire ça commençait fort pour les demandes et puis nous on préparait la suite quoi. Et des gens comme moi, tous ceux qui avaient un j'avais quand même un passé politique puisque j'avais été trop de ski si jeune, on s'attendait tous à la même chose. Tous hein, je dis bien tous, y compris les grands chefs qui n'en disaient mot.
On pensait qu'il y aurait une activité populaire, une grève générale, un mouvement de masse. D'accord. pour célébrer l'arrivée de la gauche au pouvoir.
Mais comme en 36 quoi parce que 1936 aussi c'est une légende, j'y étais pas mais je peux vous la raconter le programme des socialistes et des autres c'était petit programme tout tranquillé grève générale et le programme de la grève générale est 10 fois la force de ce que racontait le programme. Donc nous on se disait c'est maintenant que ça va se faire, tout le monde va se mettre en mouvement et il va se passer et il ne s'est rien passer. Rien, absolument rien.
C'est-à-dire que ni manif grec. Puis en plus, j'aime mieux vous dire qu'à l'époque on rigolait pasin. On disait aux camarades, "Bon, maintenant faut bien suivre les consignes, on fait pas les cons." Et le mouvement, peut-être que nous les dirigeants politiques, j'étais un dirigeant à ce moment-là déjà.
Peut-être que nous-même on a contribué à refroidir le moteur. Alors, on fait on applique le programme. Imaginez-vous que le mien est modéré à côté de celui de cette époque.
Alors, il commence pendant l'été avec la décentralisation. Ça, moi je m'en foutais. Mais arrive la session et paf, on fait les nationalisations.
Monsieur, nous avons nationalisé 30 % de l'industrie française et la totalité des banques. Je peux pas oublier ça. Je me rappelle une interview mitéran euh Giscar.
Donc voyez, homme jeune, j'écoute. Et alors Giscard avec sa patate chaude dans la bouche qui dit "Monsieur Vitéran, dites que vous allez nationaliser les bordes." Et gros silence parce que on s'attend tous à ce qu'il trouve une ruse pour dire "Oui, mais bon et le vieux impassible le regarde et lui dit "Oui, tout." Alors, c'est pas exactement comme ça que ça s'est passé.
En fait, avec mon équipe, on a cherché l'archive et on l'a trouvé. Déjà, c'est pas Giscar qui pose la question, mais le journaliste. Et puis bon, il y a pas vraiment de gros silence.
Regardez. En effet, je compte nationaliser euh les banques, ce qui reste non nationalisé depuis la nationalisation des banques exécutées par toutes les banques, monsieur Mér, les banques, les [musique] banques, toutes les banques. Mais sur le fond, quand on y pense, c'est vrai que la nationalisation des banques, c'était un point majeur du programme économique de Miteran radicalement ancré à gauche.
Et il y a pas que ça. retraite à 60 [musique] ans, les 39 heures, la 5e semaine de congé payé et puis donc les nationalisations. Une trentaine de banques et environ 30 % de l'industrie française passe sous contrôle de l'État.
C'est énorme et fidèle à son engagement de campagne. Pourtant, quelques années après à peine le début de mandat de François Mitterrand, arrive ce qu'on appelle le tournant de la rigueur. Les socialistes au pouvoir vont mettre en place un plan d'austérité.
On freine les dépenses publiques à fond. Comment réagit le militant socialiste que vous êtes ? Ah ben d'abord on est consterné mais je veux le mettre dans l'ambiance parce que sinon l'histoire est trop facile.
Vous savez, j'ai souvent dit ça mes potes. Si l'histoire c'est la bataille entre les traîtres et les purs, euh il y a qu'à fusiller les traîtres et on sera tranquille. Bien sûr que c'est pas le sujet.
Qu'est-ce qui se passe là ? La séquence que vous dites, on tourne. Mais avant ça, on a fait tout le reste et surtout il s'est passé quoi ?
Trois d'évaluations. Un emprunt forcé. J'aimerais voir la tête que vous ferez vous le jour où vous découvrez qu'on prend sur votre petite paye un emprunt forcé parce que le gouvernement s'est planté.
Et en plus un contrôle d'échange. Le contrôle d'échange ça veut dire vous partez en vacances ce qui vous arrive hein et avant de partir on vous dit oui mais pas plus de 1000 balles en devise. Quoi ?
Qu'est-ce que tu dis ? Bah non vous pouvez alors comme on les avait pas les 1000 balles c'était pas un problème mais pour des tas de gens c'était stupéfiant. Alors ça peut sembler un peu technique ce qu'on se raconte là mais restez avec moi, vous allez voir, c'est pas si compliqué.
Quand François Mitteran est élu, le reste du monde occidental, lui est en plein virage libéral. Il y a Margaret Toucher, Royaume-Uni, Ronald Rean aux États-Unis. Et pendant ce temps-là, la France, elle mène une politique sociale à contre-courant complet.
Et dans cette économie déjà mondialisée, bah ça finit par coûter cher. Le franc est attaqué sur les marchés au point que le gouvernement n'a plus vraiment le choix. Il doit reconnaître officiellement que la monnaie vaut moins qu'avant.
En 2 ans à peine, le franc est dévalué à trois reprises. C'est de ça dont [musique] parle Jean-Luc Mélenchon. Et quand la monnaie nationale vaut moins, bah tout ce qu'on achète à l'étranger coûte plus cher.
Pour beaucoup de Français, c'est la douche froide. Le coût de la vie grimpe et le pouvoir d'achat, lui recule. Pour toute une génération de militants socialistes, Mélenchon compris, c'est un véritable choc.
La joie de la Bastie le soir de l'élection laisse place à une profonde désillusion. Le capital au sens mondial du terme nous attaque et en trois coups il nous met ch quoi. Et à ce moment-là le vieux tout le monde est perplexe, ne sait que faire.
Aujourd'hui, vous parlez du tournement de la rigueur, mais ce que je voudrais vous dire, c'est qu'à l'époque, on nous dit c'est une parenthèse. Écoutez, on va reprendre nos forces. C'est Lionel Jospin qui nous dit ça.
On va reprendre nos forces. On ouvre une parenthèse pour reprendre nos forces mais on va redémarrer derrière en avant vers le socialisme. Mon œil, on a ouvert la parenthèse et on l'a jamais refermé.
Mais est-ce que ça veut pas dire aussi que euh dans un monde mondialisé, aussi libéral qu'il est ce monde, c'est dur quand on est de gauche et quand on est au pouvoir euh de faire perdurer parfois ces idéaux comme rattraper par la réalité ? Qu'est-ce qui Si vous êtes au pouvoir ? Demand, je je conteste absolument votre formule.
La réalité est un objet malléable. Mais [raclement de gorge] c'est ce qui s'est passé avec François Mitter. Donc non, on a été rattrapelé par un rapport de force jeune homme.
C'est pas pareil que la réalité. C'est pas une rivière qui coule, la pluie qui tombe. Nous avons un rapport de force complètement défavorable et nous n'avons aucune stratégie pour y faire face.
Un rapport de force pourrait arriver si demain vous êtes au pouvoir. Comment garder l'enthousiasme populaire qui vous aurait porté à l'Élysée par votre camp ? Mais c'est la bonne question parce que j'ai passé le restant de ma vie à partir de là à me demander comment on allait faire.
Déjà, il y a des choses qu'il ne faudra plus en aucun cas faire, c'est-à-dire croire qu'on est la direction révolutionnaire des masses et que on va lui injecter de la conscience. La victoire n'a de sens que si c'est le peuple lui-même qui est en mouvement. Si la ligne c'est alors vous avez gagné le pouvoir, que fait le peuple ?
Alors aussitôt réponse c'est le peuple soutient le gouvernement de gauche. Ah ouais ? En quoi ça consiste ?
Vous levez le matin et vous dites "Je soutiens le gouvernement de gauche." Et après vous allez à vos affaires, vous allez à la vie. Qu'est-ce que c'est la vie ?
C'est le capitalisme. Point final. Tant que vous l'avez pas transformé.
Ça veut dire que à tout moment on renverse. Vous n'êtes pas juste des consommateurs. Vous êtes des acteurs de votre propre vie.
C'est pour ça que la révolution dont je me réclame, je l'appelle révolution citoyenne. Pas parce que j'ai peur du mot socialiste, euh mais parce que le mot citoyen décrit le moyen et l'objectif. La conquête du pouvoir, c'est la conquête du pouvoir par la société tout entière sur elle-même.
Je vous propose qu'on passe à une autre archive, un autre dossier qui nous fait avancer un peu dans le temps en 2002. Vous avez désormais 50 ans et vous êtes alors ministre délégué à l'enseignement professionnel dans le gouvernement Josepin. Quand un ministre se déplace, c'est toujours la foule des grands jours.
Jean-Luc Mélenchon, ministre délégué à l'enseignement professionnel, visitait ce matin le lycée Les Grand Bois à Aange. Après un petit tour parmi les différents ateliers, Jean-Luc Mélenchon a tenu à rencontrer les lycéennes de l'établissement. Nous manquons de main d'œuvre qualifié. [musique] Il y a en même temps du chômage et en même temps un manque criant de main d'œuvre qualifié.
Donc la fois que tous ceux qui ont envie de faire les métiers puissent y aller. Donc il faut pas qu'on fasse le tri à l'entrée. Déjà on commence les garçons d'un côté, les filles de l'autre.
On vous voit là en visite dans un lycée pro avec votre casquette de ministre. C'est marrant de vous voir comme ça. Moi, j'ai 27 ans et j'ai découvert en fait assez tard que vous le tribin de l'opposition, vous avez été dans le système en fait.
Bah, j'ai été à un poste Oui, bien sûr. J'ai été sénateur parce que là on parle d'un être ééré mais enfin j'ai commencé par être conseiller municipal, j'ai été président de groupe puis conseiller général. Non, je vous raconte tout ça parce que pendant des années, j'ai toujours bénéficié d'une ambiance extrêmement méchante autour de moi.
Alors, vous n'avez jamais été élu directement. Bah, vous avez gravi les échelons au si vous voulez. Je vivais même pas ça comme des échelons.
Là où j'étais, on faisait des choses quoi. Bon, s'il y voit pas des [musique] échelons, en tout cas Jean-Luc Mélenchon prend une place de plus en plus importante à gauche. En 1986, à 35 ans, il devient le plus jeune sénateur de France.
Depuis ce poste, il crée au début des années 90 un courant interne au Parti socialistes pour le faire pencher plus à gauche. Certains socialistes appellent d'ailleurs ce groupe les cracheurs dans la soupe. Pour Mélenchon, le Sénat, c'est une base arrière depuis laquelle il peut contester la ligne du parti sans craindre d'être expulsé.
Et ça, ça va finir par payer. En 1997, [musique] une alliance de partie de gauche remporte les législatives. Lionel Joseppin devient premier ministre et cherche à équilibrer les sensibilités représentées au sein de son gouvernement.
Il propose à trois reprises à Jean-Luc Mélenchon d'y entrer qui refuse deux fois avant de se laisser séduire. Emme ministre à l'enseignement professionnel. Alors on avait déjà dit deux fois non avant pour des raisons obscures dont je ne me souviens plus mais qui était très importante dans le moment.
Et là euh Jospar me dit euh cette fois-ci tu te décides mais tu choisis tu choisis. Et je ne savais que faire. En plus je n'y connaissais strictement rien à l'enseignement professionnel.
J'ai fait philo et littérature, voyez le tableau. Donc je n'y connaissais rien. Et ça vous pose pas de problème de légitimité à l'époque pour prendre le poste ?
Euh si plein de problèmes comme tout le monde. Je vais vous faire parce que justement c'est une critique qu'on fait beaucoup aujourd'hui aux politiciens et politiciennes de dire au fond ils sont experts de rien et ils prennent Oui. C'est surtout au journalistes qu'on fait ce reproche parce que les politiques sont souvent experts de quelque chose.
Mais là vous-même vous faites vous faites l'autoc. Oui, mais vous allez voir, je vais vous la raconter puisque vous insistez. Mais d'abord, je commence par vous donner un détail.
Moi, je sais pas quoi décider. Je le fais ou pas, je suis déchiré entre plein de choses. Et ma mère institutrice euh je l'appelle et je lui dis que j'ai été sollicité pour faire ça.
Elle me dit pour faire quoi ? Alors, je lui dis enseignement professionnel. Ah, elle me dit "Ah, c'est bien mon fils, ils ont besoin de toi." Ma décision était prise.
Cette femme a eu beaucoup d'influence comme vous le voyez. J'ai 50 ans à ce moment-là et écoute quand même ce que me dit ma mère et c'est un des plus beaux moments de ma vie politique. Citoyen, sénateur, ministre et plus tard député.
La 5e République, vous l'avez vu sous tous les angles ou presque. Et maintenant, vous en voulez une 6e. Pourquoi ?
D'abord pour commencer, si c'est une 6e République, il faut qu'il y ait une constituante, c'est-à-dire que il y a un processus électoral et autres pour décider comment on organise les pouvoirs publics avec l'objectif de détendre cette pleine citoyenneté. Il y a les exemples qu'on connaît tous, c'est les plus simples. Le référendum révocatoire qui est la formule miraculeuse parce que ça permet l'initiative populaire permanente.
À tout moment, vous pouvez démarrer un référendum pour virer votre maire, votre conseiller général. Ça crée pas de l'instabilité ça ? Ah bah faudrait savoir ce que vous voulez.
Si vous voulez à la fois que quelqu'un s'en aille mais vous voulez qu'il reste, il y a un problème. Donc faut bien l'arbitrer. C'est par le vote qu'on l'arbitre.
Alors est-ce que ça créera de de l'instabilité ? Bon, en ce moment, vous êtes servi et vous êtes dans une constitution très verticaliste. Si les gens sont contents pas chercher à se débarrasser de celui qui est en place ou de celle qui est en place.
Non, il faut accepter ça, sinon c'est plus la démocratie. J'ai une autre cassette qui date de 2008. Cette fois-ci, vous avez 56 ans.
À peine 3 semaines qu'il a claqué la porte du PS. Un parti trop libéral à son goût. Mais surtout, il tend la main aux communistes, aux écologistes et aux trotsistes.
Bref, à tous les partis à la gauche du PS. Nous sommes tous des socialistes, nous sommes tous des communistes, nous sommes tous des écologistes, des trotsistes et même des libertaires à notre manière. Pourquoi est-ce que vous quittez le Parti socialiste ?
Bah, il y a une bon petit à petit, ça se dégradait pour moi. Ce qui se faisait ne correspondait pas. Le dernier beau moment que j'ai vécu, c'est Lionel Jospin parce que c'est les 35 heures, c'est l'alliance stratégique de toute la gauche sur un programme plutôt de rupture.
Faut fa quand même, il a pas fait que des ruptures, mais enfin, il a fait des choses vous plus personne ne se rappelle aujourd'hui qu'on a rempli les on a on est parti en laissant les caisses pleines et on a quand même réussi ce tour de force de perdre élection. Enfin bref, jusque-là K1. Et puis euh il y a l'événement 2005.
En 2005, on nous dit bah voilà, on vous propose un projet de constitution européenne illisible, incompréhensible et étudié pour ça. Mais on le lit quand même. Moi, j'ai fait partie de ceux qui étaient enthousiastes.
On va faire l'Europe parce que c'est un on va ça va être une grande fédération, on va pouvoir faire le socialisme et personne viendra nous casser les pieds parce qu'on sera trop puissant. C'est le traité de Mastricht. Le traité de Mastricht, pour ceux qui ne le savent pas encore, ça date de 1992 et c'est le traité fondateur de l'Union européenne.
L'idée, c'est de s'accorder sur une Europe plus intégrée, une monnaie unique, la libre circulation des personnes et des capitaux. Et puis c'est un espoir, l'espoir d'un bloc assez puissant pour peser face aux grandes puissances internationales. Et autant dire que la gauche se fracture sur la question.
Entre 92 et 2005, j'ai quand même eu le temps de voir ce qui se passait. On me dit mais c'est on s'est trompé, c'est une erreur totale. L'idée tout de bateau c'était si on fait l'Europe, le capitalisme européen va produire un état et donc de la citoyenneté européenne.
C'est pas vrai. Le capitalisme plus il s'intègre plus au contraire il combat la citoyenneté. La matrice du capitalisme de notre époque, c'est la libre concurrence et le libre échangisme et cetera, c'est il y a pas de place pour la norme et la loi.
Donc on nous amène ce texte et on lit le texte et on voit quoi ? Qu'on nous dit "Bah vous allez constitutionnaliser le libéralisme." Non, je veux pas.
Ma vie c'est autre chose, c'est un autre combat. Je vais pas me mettre à voter pour un truc pareil. On vote au Parti socialiste dans les conditions habituelles des votes du Parti socialiste.
C'est-à-dire que ça se discute le résultat, mais il décide que c'est oui. Ah bon ? Moi, je peux pas faire campagne pour le oui.
Je je vais pas à je sais plus quel âge j'ai à ce moment-là tout d'un coup dire "Ah bah ça y est, j'ai changé d'avis, il y a rien au-dessus du libéralisme." Donc je suis contre, je fais la campagne du nom contre mon parti alors que j'étais un homme de la discipline de parti et tout ça, je fais le contraire. Je me bats contre et on a gagné 55 % non.
Et là il alors premier traumatisme, le parti au lieu de dire on s'est peut-être trompé dit "Non, avez raison, c'est ce qu'on fait." Non, c'est une honte, on les fout dehors de tout. On nous a en effet viré de toutes les directions et ça n'en est pas resté là. c'est que dans le mouvement, ils ont décidé dans notre text que monsieur Sarkozy a ramené qui était le même découpeur morceaux et collé autrement et il vote oui et la majorité du Parti socialiste vote oui.
Ce même texte là découpé en morceaux et collé autrement comme l'appelle Jean-Luc Mélenchon, c'est le traité de Lisbonne. Alors peut-être que ça vous dit pas grand-chose ce traité de Lisbonne, mais c'est un épisode politique majeur qui abîme sévèrement la confiance des Français envers la classe politique. Très concrètement, [musique] en 2007, Nicolas Sarkozi, tout fraîchement élu président de la République française, relance avec d'autres [musique] États européens un projet qui reprend l'essentiel du contenu de la Constitution européenne, rejeté par référendum 2 ans plus tôt.
Mais cette fois, ces mesures sont adoptées directement par le Parlement qui vote donc en 2008 pour l'adoption de ce traité de Lisbone. Donc si on résume, les élus du peuple qui siègent au Parlement votent en faveur d'un projet qui avait pourtant été rejeté par la population française via un référendum en 2005. Moi, j'ai plus rien à faire là-dedans.
Je m'en vais parce que je ne peux pas appliquer une politique. Ma vie entière a été remplie par une ligne. Je ne vais pas faire le contraire par discipline ou je sais pas quoi ou pour protéger une carrière ou que sais-je encore.
À ce moment-là, je suis sénateur. Oui, c'est un choix grave par un côté un peu triste mais d'un autre côté lucide. C'est le le statut des adultes de regarder en face la réalité.
Après 32 ans au Parti socialiste, c'est la [musique] rupture. Des dizaines de milliers de gens qui pensent comme moi que une autre gauche est possible, qu' une gauche qui affronte le capitalisme, qui s'oppose à la droite, qui refuse les alliances avec le sang. C'est la gauche quoi, pas plus mais la gauche.
Cette gauche là Mélenchon décide de la fédérer. En 2008, il créa le parti de gauche et s' au Parti communiste pour former le Front de gauche. Et donc, j'ai quitté le Parti socialiste.
Nous avons créé un parti qui était dans l'idée de faire une forme politique dans laquelle on se retrouverait tous ceux qui sont de gauche d'une gauche de rupture. Alors, on appelle ça révolutionnaire ou de rupture. On appelle ça comme on veut. [musique] Et c'est pour ça que vous voyez cette tirade où je dis on est tout libertaire, anarchiste, machin et je le pense profondément.
Et ça ça va rester un fil qui va venir après dans toutes mes campagnes jusqu'à le moment où on a l'accord nouveau front populaire et tout ça où pour la première fois d'histoire de la gauche, il y a des candidats communs au premier tour de l'élection législative. C'est du jamais vu. J'ai une dernière cassette Jean-Luc Mélenchon, on est désormais en 2017 en plein pendant votre 2è campagne à une élection présidentielle.
Vous avez 65 ans et cette archive moi me fera jamais pas rire. Il déjà 60 non. Ah oui bien.
Alors suis-je [acclamation] à Lyon et maintenant à Paris. Regardez ça. [musique] Tu vois, il y a des gens qui se mettent à pleurer à ce moment-là.
En voyant en hologramme. Oui, c'est l'hologramme qui provoque ça. Tu vois, les gens n'en reviennent pas.
Il paraît que vous êtes un grand fan de science-fiction et c'est marrant parce que moi l'imaginaire des robots de la conquête spatiale, de l'hologramme, ça me fait penser à un à un imaginaire très capitaliste. Ah bon ? C'est votre parce que pour vous c'est le capitalisme le Je sais pas moi.
Pour moi le le la science-fiction c'est la technologie au service de la production. Ah oui, je comprends. Bon, on va faire un meeting qu'on fait à Lyon sur les trois frontières, l'espace, le numérique et la mer.
Bon, ça saoule tout le monde. Tu vois, tu vois les thèmes, le numérique, l'espace, les Français euh ça leur passe au-dessus de la tête. Donc, faut trouver une idée.
Quelle idée ? Voilà. Et comme ça me revient le personnage d'Harry Seldon qui fait ses hologrammes.
Donc hologramme, j'en discute avec l'équipe et eux, bon, les trouvailles de Jean-Luc Bizarroï, comment va faire ça ? Attends, voilà. Donc c'est votre idée, c'est pas une idée de la com.
Non non non non, mais la com était très performante parce qu'ils ont su quoi en faire. Mais alors, je discute avec le Bastien Lachot qui est l'homme qui organise les événements et qui est mon pote et qui euh bon, il commence par trouver une boîte, ça marche pas. On cherche une autre, on finit par la trouver.
Le jour où il y a le premier hologramme à mis à un cheveux près, il y avait pas d'hologramme du tout parce qu'une journaliste qui est tombée dans le trou et qui a failli [grognement] s'accrocher au film. L'hologramme c'est tout bête comme technique mais ça repose sur un film transparent. Donc cette pauvre femme en dégringolant dans le trou, elle allait s'attraper pousser la main pour la retenir.
C'était extraordinaire. Il s'est passé plein de choses. [grognement] Et là vous me voyez à Lyon et pourquoi on fait l'hologramme ?
Pour que on dise tiens, c'est la technique qui parle de ça et pas de bol. Les gens ne se sont rappelés que de l'hologramme. Personne se rappelle du sujet du meeting.
C'est la vie que voulez-vous ? C'était trop bien le gram et le coup d'après, on a fait avec cette direction et le câble qui a amené jusque les images jusqu'à la Réunion, c'est coupé à Alexandrie. À qui ça arrive apparemment ça ?
L'hologramme Jean-Luc Mélenchon, c'est infiniment moderne. À la base Lfiance insoumise qui date à peu près de ces années-là6 2016, ça se voulait aussi très moderne, très inclusif, collectif. Or certains vous accusent depuis quelques temps d'autoritarisme.
Oui. Qu'est-ce que vous leur répondez ? Rien, je m'en fous.
C'est ce n'est tellement pas vrai. Allez faire votre métier de policier. La République c'est moi.
Cette séquence politique, elle est presque devenue culte. Pour ses alliés, c'est une caricature de Mélenchon, mais pour ses opposants, c'est son vrai visage. Comme dit monsieur Bairou, ce Mélenchon est insupportable parce que il veut mettre de la conflictualité partout.
Et bien, dites-nous ce que nous avons acquis sans conflictualité. et ça va nous donner de l'air. Pour Jean-Luc Mélenchon, le conflit n'est pas une posture, c'est un outil politique.
Sur son blog, il l'a même théorisé. Il s'agit de s'appuyer sur l'énergie de la conflictualité. Mais ça c'est la forme parce que si on s'arrête là, on passe à côté du cœur de la question.
En fait, si certains lui reprochent d'être autoritaire, ça tient largement au fonctionnement de la France insoumise mélanchant lui-même la qualifie de structure gazeuse. D'un côté, il y a un noyau dur de dirigeants qui tient les rennes. De l'autre, une base militante très active mais sans capacité de peser sur les décisions du parti.
Et entre les deux, bah pas grand-chose. Sans contrepouvoir, les décisions se concentrent à la tête et la tête, c'est lui. En 2025, un livre enquête appelé [musique] La meute, écrit par deux journalistes du monde et de Libération décrit un fonctionnement verrouillé et brutal concentré autour de la figure de Jean-Luc Mélenchon.
Les insoumis critiquent vivement le contenu du bouquin et refusent carrément d'accréditer l'un des deux auteurs pour suivre l'université d'été de LFI, une entrave à la liberté de la presse qu'on avait plutôt l'habitude d'observer à l'extrême droite de l'échiquier politique. Mais c'est vrai que vous incarnez ce parti politique. Vous disiez tout à l'heure les gens crient mon nom dans les méties.
Est-ce que vous connaissez un seul autre parti dont vous pouvez le dire d'au moins cinq députés ? Vous seriez prêt par exemple à à participer à une primaire politique au sein de votre propre parti ? Non, ça c'est alors certainement pas.
Ah, dans mon parti, dans votre parti politique. Oh bah oui, mais on n pas pensé qu'on ferait comme ça. On a trouvé une autre méthode.
Pourquoi ? Parce que comme on n'est pas complètement idiot, on a vu ce que ça a donné chez les autres de faire ça. Vous pourrez réinventer, vous avez réinventé le meeting politique, vous pourriez réinventer la manière de faire.
On a inventé, on a inventé déjà des choses pour savoir comment on s'y prend. Les gens croient, comment croyez-vous que ça s'est passé ? La première fois, on a dit on prend Mélenchon.
Pourquoi ? Parce que c'est le plus capé. Bon, j'étais sénateur.
Allez, on va avec le sénateur. Le coup d'après, ça se bousculait pas au portillon. On a fait le coup d'après, après 2012, c'est 2016.
On a fait une réunion, il y avait tous les élus qui étaient là et les responsables du mouvement. Et on m'a dit à moi alors est-ce que tu es prêt ? J'ai demandé, j'ai pris plus de 3 mois pour me décider.
Bon, j'ai dit si vous voulez, est-ce qu'il y a quelqu'un d'autre qui est candidat ? Personne a levé la main. Alors en février 2016, Mélenchon annonce sa candidature à l'élection présidentielle aux 20h de TFA. [musique] Après messieur Jupé Fillon, SarkoZi, madame Le Pen sur votre plateau a annoncé sa candidature.
Dans ces conditions, il faut passer à l'action. On ne peut pas rester sans voie. Et oui, je propose ma candidature pour l'élection présidentielle de [musique] 2017.
Pour l'instant, la seule primaire dont je suis sûr, c'est le premier tour de l'élection présidentielle. À l'élection présidentielle de 2017, Jean-Luc Mélenchon réalise alors son meilleur score avec 19,58 % des voix. Il rate le second tour à 600000 voies près et en 2022 rebelotte, l'écart se réduit mais il échoue encore à la 3e place.
Mais plus le mouvement est incarné par un seul homme, plus les désaccords internes deviennent difficiles à gérer. Progressivement des fractures s'exposent au grand jour. Alexis Cordière et d'autres insoumis historiques n'obtiennent pas l'investiture de LFI pour les législatives en 2024.
Dans la foulée, François Ruffin et Clémentine Notin [musique] rompent avec le mouvement. Selon eux, les députés sortants qui n'ont pas été réinvestis sont punis pour avoir critiqué ouvertement les directions. [musique] Si on reprend un François Mitterrand par exemple, Mitteran qui a sur rassembler la gauche dans toute sa diversité, aujourd'hui vous auriez besoin de ça pour pouvoir gagner.
Est-ce que vous seriez prêt à participer à une primaire par exemple avec une Clémentine avec un Alexis Corbière qui ont fait partie un temps de la France insoumise ? Bien sûr, mais non pour la raison ça ne tient pas aux personnes, ça tient au système. Le dispositif de la primaire est une machine à créer du conflit entre des gens.
Pendant que vous faites la primaire, vous vous opposez. Le lendemain de la primaire, le lendemain, moi j'en ai j'ai jamais participé à une primaire parce qu'on savait pourquoi ça marcherait pas. Monsieur Vals change de camp.
Donc vous êtes le candidat, vous commencez votre campagne et on vous dit "Monsieur, vous êtes sympa mais regardez, vous êtes même pas capable de rassembler vos amis". Voilà ce qui va se passer. Il y aura pas de primaire la prochaine fois, mais s'il y en a une, ça donnera ça.
Donc nous ne le ferons pas. Nous avons choisi d'autres méthodes. Mais j'insiste sur le fait que c'est une question de méthode, c'est pas une question de personne.
Les gens qui sont là sont respectables, hein. Ils ont ils ont une vie politique. Moi, c'est pas de mépris pour eux.
Mais le système qu'ils appliquent me paraît fondamentalement mauvais parce que produisant de la division, de la bagarre ou des choses qui sont inacceptables, à chaque fois, il y a trop parci, trop par là. qui ont choisi au juste milieu. Alors c'est pour ça commencer il faut faire une primaire de Gluxman à Rufin.
Ça veut dire qui est celui qui va rassembler tout le monde, celui qui est au milieu. Je sais pas lequel ce sera pour eux hein. Mais le le mécanisme de la primaire produit un effet.
C'est pas du tout l'effet qu'on veut avoir nous. et on va avoir une une ligne exigeante et on va avoir une discussion collective avec nos méthodes à nous et on vous dira pas lesquelles et vous verrez à la fin, on vous dira on vous propose monsieur machin ou madame truc et ça va se passer comme ça mais vous aurez le droit de dire non vous pouvez voter pour quelqu'un d'autre on vous en voudra un peu mais mais quand même si on prend ces trois images Jean-Luc Mélenchon à part sur le plan capillaire sur quelles idées vous avez le plus évolué pense sur la laïcité par exemple plein de choses ch ont évolué dans ma vie, dans ma pensée, dans ma compréhension du marxisme, du matérialisme, de l'organisation dans mes convictions. Mais là, vous évoquez la laïcité, non, j'ai pas changé d'avis.
On a failli prendre cette archive votre discours au moment de la de l'attentat de Charlie Hebdo, de la mort de Charbe. Il y a eu aussi d'autres mots où vous êtes très critique envers le hijab par exemple. Sur cette sur cet aspect là, vous avez évolué.
Non non, je suis toujours Vous parlez de torchon sur la tête, c'est une erreur et je je j'en suis désolé. Donc vous avez évolué. Pendant longtemps, Jean-Luc Mélenchon a tenu une ligne lacard assumée en 2010.
Il critique d'ailleurs le choix du NPA, le nouveau parti anticapitaliste, de présenter une femme voilée aux élections régionales. En [musique] 2015, il va plus loin et parle d'un signe de soumission sur la chaîne KTO. Et en 2017, sur France 2, il confirme : "Je ne vois pas où Dieu s'intéresserait à un chiffon sur la tête.
Ce mélchon-là, il défend fermement Charlie Hebbdo en 2015 et conteste même l'emploi du terme islamophobie. En fait, le tournoi intervient en novembre 2019. Jean-Luc Mélenchon participe alors à la marche contre l'islamophobie.
Charlie Hebda le critique vivement. Détension éclatent dans son camp politique mais lui assume que je suis devenu sans doute plus attentif aux autres et à la souffrance des autres. C'est très impoli de parler comme ça de gens qui ont une pratique religieuse qui est pas la mienne.
Je ne suis pas musulman, mais de quel droit vais-je me mêler de dire à une femme comment elle doit s'habiller ? Est-ce qu'elle doit se mettre sur la tête ou pas ? C'est il y avait une forme de brutalité dans la manière d'être.
Mais pas que à l'égard des musulmans. Si vous voyez ce que j'ai pu raconter sur les catholiques dans mes années de rupture avec le christianisme, c'était horrible aussi. jusqu'à ce que je rencontre euh les chrétiens d'Amérique latine, des prêtres se faisant tuer au côté des nôtres, des bonnes sœurs euh se faisant torturé et jeter à la mer.
C'est fini. Je ne peux plus parler en mal euh comme je l'ai fait à cette époque d'une manière aussi brutale et grossière et de même à l'égard euh euh des musulmans. Le problème est j'ai toujours vécu avec des musulmans.
Donc moi, je n'ai jamais eu peur des musulmans comme beaucoup. Je ne crois pas et je et j'éprouve une indignation absolue à l'égard de l'islamophobie. Et donc je je me suis rendu compte que je parlais d'une manière qui était inacceptable et qui allait contre mes objectifs.
La séparation de l'église et de l'État, l'État laïque, ça veut pas dire un état até. Ça veut dire le fait que vous avez votre liberté de conscience. Alors après quand chrétien vienne avec ses idées de chrétien dit "Je vous propose de faire ça".
Bah il nous propose pas sa religion, il nous propose sa décision. On dit ça nous plaît on prend. Ça nous plaît pas on n'en veut pas.
On vote mais pas parce qu'il est chrétien. On regarde ce qu'il a proposé. Par exemple, nous on vient, on dit le mariage pour tous.
Bon bah, il y en a qui disent "Ah ben non, pas du tout dans ma religion euh non, je je suis convaincu par ma religion, je n'en veux pas." Bah il a le droit, il se défend, il fait voter contre. Bon, il vote contre, je vote pour.
Et à la fin, les deux ont respecte la loi. Et j'ai respecté la loi des dizaines de fois alors que j'en pense le pire mal de la loi. Mais c'est comme ça, faut accepter la règle.
Et je pense que la forme de la laïcité qui est proposée aujourd'hui dans un esprit islamophobe absolument répudiant qui fait peur à des millions de personnes dans ce pays, euh je ne peux que la combattre. C'est important de dire aussi que ces dernières années, Jean-Luc Mélenchon et la France insoumise sont régulièrement accusés d'antisémitisme, en particulier depuis les attaques du 7 octobre 2023 en Israël et la hausse des tensions liées au conflits israélo-palestiniens. Ces accusations sont d'ailleurs régulièrement relayées par les médias.
Les insoumis, eux, parlent d'instrumentalisation. Mais enfin, en 2024, Jean-Luc Mélenchon estime sur son blog que l'antisémitisme est résiduel en France, c'est-à-dire pas un problème majeur. Pourtant, les données montrent le contraire, une hausse des actes antisémites.
Ces accusations sont ravivées en février 2026 après le tournage de cette interview, lorsque Mélenchon ironise en meeting sur la prononciation du nom de Jeffrey Epstein. Une large partie de la classe politique s'indigne, même à gauche, et juge qu'il y a un sous-entendu antisémite. Mélenchon s'en défend, mais ça reste une critique persistante contre son camp.
Quelle trace politique vous voulez laisser Jean-Luc Mélenchon ? On dit parfois d'un tel qu'il est égauliste ou qu'il a été égoliste, d'une autre qu'elle a été mitérandienne. Ça voudra dire quoi dans 50 ans avoir été mélanchonniste ?
Ça n'existera pas. Je ne suis pas mélanchoniste. Je connais Mélenchon d'assez près pour le mettre à distance.
Pourtant, il y a des macronistes, il y a des le pénistes, il y aura bien des mélanchonnistes. Ce qu'il veulent mais des mélanchonnistes, il y en a pas. Mais c'est quoi son c'est c'est c'est la cosmétique si vous voulez le Quels sont les les grands facteurs de votre ADN politique ?
La liberté. la liberté de l'esprit, la liberté de décider de sa vie euh et donc réunir les conditions qui permettent cette liberté, les conditions matérielles. Car quand vous êtes pauvre et que votre seul projet de vie, c'est de survivre, vous n'êtes plus en état de de faire des tas de choses.
La liberté est fondamentale et moi j'ai choisi en chemin. Il passe par l'égalité et la fraternité. C'est pour ça que je me considère comme républicain jusqu'au fond des eaux.
Euh et si on devait aller au bout du bout philosophiquement, c'est l'humanisme. Mais aujourd'hui, on j'ose plus utiliser un mot pareil. Il confondent tout.
Il croit que humanisme c'est humanitaire, ça a rien à voir. L'humanisme, c'est dire l'être humain est l'auteur de son histoire et il en est pleinement responsable. Voilà.
Et tout ce que j'aurais passé, c'est maintenir le fil. Ça, oui, j'ai une responsabilité avec d'autres, hein. Nous avons maintenu le fil conducteur de la grande idée [musique] qui commence en 1789.
Bon, voilà. Alors, soyez pas mélanchonie, surtout pas. Soyez philosophe, soyez humanistes, soyez poètes, mais perdez pas votre temps à quelque chose qui passera par je passerai.
Ce sera le mot de la fin. Merci Jean-Luc Mélenchon. Et voilà, c'était le tout premier épisode des dossiers, ma série d'entretien politique avec TFA Info.
J'espère que ça vous a plu. D'ailleurs, n'hésitez pas à me dire [musique] en commentaire quelle personnalité vous verriez dans ce format. Et puis n'oubliez pas de vous abonner à ma chaîne YouTube parce que ça permet vraiment de soutenir mon [musique] travail et su de mon équipe.
Au passage, cet épisode est aussi disponible sur TF1 Plus et les plateformes de podcast. [musique] Mais ce jour-là était tellement étrange, tellement étrange. On commence le matin, je suis élu au premier tour dans toutes les Antilles.
J'arrive, on a perdu en cours de soirée. Non non, attendez, revenez, ça remonte, tout le monde revient. Et ah bon, j'ai perdu.
Bon et donc vous avez le l'histoire qui vous passe au bout des doigts mais vous ne le savez pas avant ce qu'elle fait que ça fait jusqu'au moment où ça vous passe en bout des doigts. Je suis heureux d'avoir vécu ça. La vie a été finalement cool pour moi.
J'ai m'été malade et j'ai pu rester libre toute ma vie. Toute ma vie. Donc c'est une grande chose.
Je vous en souhaite autant. Merci. Vous verrez.
Je prends.
Jean-Luc Mélenchon