L’IA, progrès ou renoncement ? Une lecture philosophique et politique par François-Xavier Bellamy
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 75 %Attaque 10 %Défensif 15 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:48OuverteRéponse directe
L'IA est-elle au service de votre engagement politique ?
- 1:27OuverteRéponse directe
Êtes-vous un utilisateur d'outils d'IA ? Si oui, à quoi cela vous sert-il ?
- 2:06OuverteRéponse directe
Pourquoi rejeter le terme "intelligence artificielle" ?
- 2:49OuverteRéponse directe
Que révèle l'IA sur notre humanité et notre rapport à l'intelligence ?
- 8:15OuverteRéponse directe
L'IA est-elle un progrès ou un renoncement ?
- 9:44OuverteRéponse directe
Peut-on parler de progrès technique ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 2:06François-Xavier BellamyFait
« Je ne suis pas un expert du tout de l'intelligence artificielle et je suis très humblement professeur de philosophie. »
- 2:49François-Xavier BellamyFait
« Plus j'utilise l'IA et plus je crois que nous avons eu tort d'admettre qu'on appelle cette technique intelligence artificielle. »
- 6:21François-Xavier BellamyFait
« Galilée écrit dans l'essayeur : on ne comprend rien au monde si l'on ne comprend pas le langage dans lequel il est écrit et il est écrit en langage mathématique. »
- 15:05François-Xavier BellamyFait
« Le danger n'est pas dans la multiplication des machines mais dans le nombre toujours croissant d'hommes habitués dès l'enfance à ne rien vouloir de plus que ce que les machines peuvent donner. »
- 18:25François-Xavier BellamyFait
« La meilleure manière d'apprendre à la jeune génération à vivre avec la technologie, c'est de lui apprendre à vivre sans. »
- 27:26François-Xavier BellamyChiffre
« Un jeune français sur 5 à 18 ans ne sait pas lire le français. »
Temps de parole
- ?100 %
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[musique]
François Xavier Bami. Bonjour. François vous a déjà présenté comme député européen. [musique] Vous êtes chef de fil des députés les républicains au Parlement européen. Puis j'ai j'ai regardé votre site officiel et c'est intéressant que [musique] vous vous présentez en premier lieu comme professeur de philosophie. Donc euh voilà, ça ça va faire écho à des réflexions que nous avons entendu ce matin. Il y a eu euh plusieurs appels à réfléchir à la place des humanités dans la formation. Donc nous pourrons revenir là-dessus. Et donc c'est donc à ce double tit de philosophes et de responsable politique que nous vous recevons cet après-midi aux entretiens de Valpray.
Je sais que vous avez eu l'occasion de vous exprimer en divers lieux sur l'intelligence artificielle. Et donc dans la demi-heure qui suit là, je vous propose de discuter autour de trois thèmes et on reprendra aussi des réflexions qui ont été changées depuis ce matin autour de du progrès, le progrès technique, autour de de l'éducation puis aussi autour de la question politique et toutes les réglementations de l'IA. Voilà, l'Union européenne s'est beaucoup engagé là-dessus. Peut-être la première chose que j'aurais envie de de vous demander, voilà, dans dans le secteur qui est le vôtre, voilà, de de l'engagement politique, est-ce que l'IA est au service de cet engagement ?
Est-ce que vous-même vous êtes un utilisateur de d'un certain nombre d'outils ? Et à quoi ça peut servir ? Parce que on nous a dit depuis ce matin que c'est bien que voilà pour parler a, il faut aussi expérimenter. Alors, je sais pas si vous avez déjà l'occasion de le faire. Et bonjour d'abord et merci pour votre invitation. Merci à François pour pour cet accueil ici à Valpray. C'est une grande joie de pouvoir échanger avec vous, même si je me sens et je dois le préciser en commençant très peu légitime parce que c'est difficile de succéder à la table ronde qu'on vient d'entendre.
Pour ma part, je ne suis pas un expert du tout de l'intelligence artificielle et je suis très humblement professeur de philosophie. En effet, on essaie tous devenir philosophe. Peut-être que on a besoin de philosophie pour éclairer cette mutation absolument inédite que nous vivons aujourd'hui. Je suis un utilisateur de ce qu'on appelle l'IA, mais de manière assez empirique comme beaucoup d'entre vous certainement. Et effectivement, je suis un utilisateur fasciné, inquiet et en même temps enthousiasmé par les potentialités nouvelles qui semblent confié par cette technique.
J'ai été très intéressé par la fin de la table ronde précédente et cette question qu'on qu'on par laquelle on passe un peu vite parfois de de l'appellation même de l'intelligence artificielle. Peut-être qu'on pourra on pourra ou peut qu'on peut y revenir, mais je je plus j'utilise l'IA et plus je crois que nous avons eu tort d'admettre qu'on appelle cette technique intelligence artificielle.
pas tant pour le artificiel pour ce qui me concerne, je crois que ce qui est en jeu, c'est d'abord le mot d'intelligence et et je pense que en fait en appelant cette technologie de l'intelligence artificielle, l'homme en dit beaucoup plus sur l'image qu'il a de lui-même qu'il ne parle de cette incroyable outil que nous avons maintenant dans nos mains. Cit justement une de mes de mes questions là, cette fascination que nous avons devant l'intelligence ou je sais pas comment il faut l'appeler. en tout cas ces technologies algorithmiques, voilà, plus ou moins prédictives.
Voilà, qu'est-ce qu'elle dit finalement de de nous, de notre humanité, de ce besoin de de s'en remettre, voilà à ces algorithmes, de d'avoir besoin de cette puissance de de calcul, d'exploration de de la Qu'est-ce que ça dit de nous d'abord ? Ça dit beaucoup de la manière dont l'homme se voit et dont il voit ce qu'on appelle l'intelligence.
Ces algorithmes sont une extraordinaire puissance de calcul et il n'y a aucun doute, je ne veux surtout pas minimiser la révolution que nous sommes en train de vivre, il n'y a aucun doute sur le fait que cette puissance de calcul inédite va transformer complètement, on l'a entendu à l'instant, nos sociétés, notre manière de travailler, nos relations les uns avec les autres, notre vie politique, notre rapport à nous-même, à notre corps, à notre santé, à notre sommeil, on en parlait à l'instant.
Donc cette puissance de calcul va transformer notre vie mais c'est une puissance de calcul et l'intelligence me semble-t-il n'est pas une puissance de calcul ou en tous les cas n'est pas qu'une puissance de calcul. Dans le le principe même de l'intelligence artificielle, il y a l'aboutissement d'une histoire de très long terme qui commence avec, me semble-t-il, la la révolution scientifique. La révolution scientifique se produit au moment où avec Copernic, avec Galilée, la science réalise et démontre que ce n'est pas la Terre qui est le centre de l'univers et le soleil qui tournerait autour d'elle, mais que c'est la Terre qui tourne autour du Soleil.
Et le vrai euh le le vrai basculement de la révolution scientifique, ça n'est pas d'abord de découvrir que nous sommes nous qui nous croyons immobile, que nous sommes en fait en mouvement au milieu d'un univers potentiellement infini. Le vrai basculement se joue dans la vérification des calculs de Copernic. Copernic, le premier avait fait l'hypothèse qu'on pouvait calculer le mouvement des planètes à partir de l'idée que le soleil est au centre. Mais Copernic ne disait pas que le soleil était le centre du système des planètes. Copernic proposait seulement un modèle de calcul qui était plus économique à tout prendre, plus simple, plus efficace que le modèle de Ptolémé.
Mais ce faisant, il restait dans la grande idée classique, celle qui était partagée par les anciens qu'il y a, pardon, c'est un peu long, mais ça me paraît très important qui a qu' a deux manières différentes de regarder le monde. L'une qui consiste à s'intéresser à la matière, à la physique, aux choses qui ne qui ne parlent pas, qui sont muettes et qu'il faut observer et l'autre qui consiste à faire de la mathématique, c'est-à-dire à s'élever dans le ciel des idées. Platon, le mathématicien, le géomètre veut quitter le monde sensible, le monde de la matière pour pouvoir contempler la vérité dans une pure idéalité.
Et Aristote, au contraire, s'intéresse à l'empirisme, à l'expérience, à la chose physique. Mais les mathématiques n'ont rien à voir avec la physique pour les anciens. Les mathématiques n'ont rien à voir pour le dire autrement avec la réalité du monde. C'est c'est un exercice de pensée. Et ce qu'on découvre avec la révolution scientifique, c'est que les les hypothèses de Copernic, les équations qui sont produites par l'intelligence abstraite disent la réalité de la matière. C'est ça la fascination de la révolution scientifique. Le monde est fait de nombre.
Galilée écrit dans l'essayeur on ne comprend rien au monde si l'on ne comprend pas le langage dans lequel il est écrit et il est écrit en langage mathématique et ces caractères sont les signes et les nombres et les figures dans lesquelles on peut seulement le déchiffrer. Par conséquent et c'est dès cette révolution scientifique Descart forment le projet de la mathésis universalist la mathématique universelle. Tout doit devenir quantifiable tout doit être quantifié. Et c'est ce projet auquel on aboutit.
Quand on parle d'intelligence artificielle, on dit qu'en fait la compréhension du monde, c'est la compréhension du nombre, que tout est nombre dans la matière, que tout est nombre dans la réalité. Et c'est là que je crois que nous arrivons à un aboutissement qui est en même temps un moment de crise parce que ce moment de crise nous nous oblige à à constater que le nombre n'épuise pas tout et que l'algorithme n'est pas la totalité de l'intelligence.
Si nous continuons de confondre euh la capacité de calcul avec de l'intelligence, alors le grand risque est que l'homme finisse par se déshumaniser lui-même en privant sa faculté de penser de tout ce qui en elle n'appartient pas qu'à la puissance de calculer. Pardon, c'était un peu long mais non mais
[applaudissements]
ça faisait partie de nos engagements de de permettre au voilà la réflexion philosophie de se déer. Donc non mais ça fait partie aussi ce matin. a dit que c'était important la lenteur, c'était aussi important de pouvoir déployer une pensée. Voilà, on n'est pas dans je fais pas un prompte et j'ai pas la réponse en une demi-onde. Ça fait partie aussi de l'exercice de prendre le temps de s'appuyer là sur la réflexion philosophique et de faire un grand détour par Ptolémé et Copernic tout ça. Alors on vaevenir un peu sur terre mais en je sais pas. En tout cas on voit bien que c'est la question du progrès qui est qui est qui est qui est interrogé et le pape François nous le dit.
Voilà, nous on a évoqué tout à l'heure dans une des tables rondes le paradigme technico-économique et le pape François dans la date aussi nous inviter à reconsidérer l'idée de de progrès et il il nous disait que voilà, nous avons beaucoup trop de moyens pour des fins limitées et rachitiques. Est-ce que c'est le cas pour l'intelligence artificielle ? Quand on voit cette puissance de calcul, quand on voit voilà cette ces propositions de d'algorithmes qui vont nous répondre, qui répondre à toutes nos questions, à toutes nos angoisses, est-ce qu'on n'est pas dépassé finalement par la technique ?
Sans doute, en tous les cas, ce qui ce qui est sûr, c'est que le champ de la technique est en train de dépasser notre capacité de de décider de nos de nos fins, de nos buts. C'est Anionas qui écrivait, c'était déjà en 1974, que nous frissonnons dans le vide de la plus grande puissance technique couplée à la plus petite idée du aquabond. Et je pense que c'est sans doute ce qui se réalise toujours aujourd'hui dans ce développement que nous connaissons. Peut-être simplement d'un mot, je voudrais euh rappeler ici, ça va dans le sens de cette formulation du pape François que vous évoquez à l'instant.
Je crois profondément que nous devons euh affirmer de nouveau que même si ce que je vais dire paraîtra provocateur, il n'y a pas de progrès technique. Je veux dire par là que la technique innove mais que les innovations de la technique ne peuvent être dites un progrès qu'au regard d'une finalité qui est extérieure à la technique. Et d'ailleurs, regardez-le à quel point dans notre vie collective, dans notre vie personnelle, l'idée de ce que nous nous appelons un progrès peut peut changer avec la transformation de nos conceptions du monde.
On parlait d'agriculture tout à l'heure dans les années 70 80, le progrès, c'était la chimie partout, c'était la mécanisation partout, c'était la massification et puis on s'est rendu compte que ces excès peut-être avaient abîmé la nature, avaient compromis le vivant. Et donc maintenant, nous appelons progrès le fait de nouveau de raisonner notre utilisation de ces techniques, de la chimie, des des substances que nous pouvons utiliser parce que nous avons considéré qu'il y avait d'autres finalités que nous avions peut-être perdu de vue qui méritait d'être intégré.
Si vous voulez gagner du temps, si vous voulez aller plus vite dans vos déplacements, la voiture est un progrès par rapport au vélo. Mais si vous voulez polluer moins, si vous voulez prendre soin de votre santé et si vous voulez même pourquoi pas contempler de manière plus paisible le monde qui vous entoure, le vélo peut devenir un progrès. Et dans notre manière de penser les villes aujourd'hui, et bien le vélo qui est moins sophistiqué techniquement peut-être considéré comme un progrès par rapport à ce qu'on a considéré comme étant le tout voiture.
Donc il n'y a pas de progrès technique, il y a des options techniques qui sont plus ou moins favorables selon les finalités non techniques pour lesquelles nous les employons. Et je pense que c'est précisément si l'intelligence artificielle, appelons-le comme ça par convention puisque c'est évidemment le mot que nous lui donnons. Mais s'il y a est un défi, c'est parce que ce qui compte pour nous maintenant c'est de savoir à quelle finalité nous voulons l'employer demain et elle ne peut pas être la technique ne peut pas être une finalité elle-même. Et c'est ça le grand danger aujourd'hui.
Il me semble que le le grand défi pour nous maintenant au sens le plus concret du terme collectivement, politiquement, mais aussi individuellement dans chacune de nos vies, le grand défi, c'est comment reprendrons-nous le pouvoir sur notre propre pouvoir ? Comment parviendrons-nous à mettre notre pouvoir technique au service des finalités que nous aurons déterminé et à ne pas devenir les auxiliaires de nos propres technologies ?
et je le dis, ça vaut aussi pour nous individuellement maintenant que j'ai cet objet dans la poche, je pense comme comme beaucoup d'entre vous, nous le voyons avec la génération des des enfants, des adolescents, mais nous le voyons aussi en nous-mêmes, nous sommes devenus bien souvent les les annexes de nos téléphones, le le prolongement de nos portables. La question, c'est comment reprendre le pouvoir sur notre propre pouvoir ? Comment faire en sorte que la conscience humaine détermine les finalités et que la technologie ne devienne pas un destin, qu'elle ne devienne pas sa propre fin ?
Alors, si on n'accepte pas, enfin si on peut remettre en cause la notion de progrès tout à l'heure, enfin on se pose quand même la question de savoir si nous assistons pas à une révolution technologique. Euh plusieurs intervenants l'ont l'ont exprimé tout à l'heure et tout à l'heure Gilles Bobinet nous parlait de de cette révolution technologique et et en disant que qu'elle avait quelque chose de très spécifique, c'est qu'elle était directement mise à la disposition de chacun. Elle était très tangible et il nous invitait à avoir une approche joyeuse de l'innovation. Alors, est-ce qu'on peut avoir une approche joyeuse d'une innovation comme celle que voilà de comme celle de l'IA ?
Est-ce que nous pouvons avoir une approche joyeuse de cette révolution technologique que nous sommes en train de vivre ? Est-ce que nous pouvons être enthousiastes quand même ? Il y a de quoi être enthousiaste quand on entend les applications passionnantes qui étaient évoquées tout à l'heure, il y a des choses magnifiques qui seront faites demain, qui sont déjà faites aujourd'hui avec ce développement. Mais mais je crois que en revanche, il faudrait se garder absolument de céder à une espèce d'optimisme de principe. Tout à l'heure, on se poser la question sur cette scène comment est-ce qu'on peut être optimiste ?
Mais en fait, je crois qu'il faudrait surtout se défendre d'une espèce d'optimisme obligatoire. L'optimiste dit Bernanos dans un texte magnifique de 1942 dans les essais écrits de combat, l'optimiste est un est un imbécile heureux. Euh l'optimisme, c'est peut-être euh une considération d'actualité. Je cite Bernanos. "L'optimisme est par excellence la vertu du contribuable. Quand le fisque l'a dépouillé de tout, même de sa chemise, le contribuable optimiste s'abonne à une revue nudiste et déclare qu'il ne sait jamais mieux porter." Le le l'optimisme est une est une manière d'irresponsabilité.
Je j'entends pas parler l'optimisme raisonnable d'un étudiant qui a bien travaillé et qui se dit "J'ai de bonnes raisons d'être optimiste sur mes résultats". Mais l'optimisme qui consiste à se dire "Vous savez, il faut y croire, il faut être enthousiaste, il faut le vouloir. Oui, ça va bien se terminer." Mais qu'est-ce qui vous dit que ça va bien se terminer ? On nen sait rien. Ça dépend de notre propre décision, de notre volonté, de notre engagement. Il y a deux manières de s'excuser de ne pas agir. La première, c'est de dire que tout va bien se terminer, quoi qu'il arrive et quoi qu'on fasse.
Et la deuxième, c'est d'être pessimiste par principe et de considérer que de toute façon, tout est perdu. C'est les deux phases d'une même absurdité d'HBanos. L'optimiste est un imbécile heureux, le pessimiste est un imbécile malheureux. Mais dans les deux cas, il y a une manière d'irresponsabilité, même d'indifférence qui consiste à se dire pourquoi faudrait-il travailler ? Pourquoi faudrait-il agir ? Pourquoi faudrait-il s'engager ? puisque de toute façon l'histoire est écrite d'avance. Précisément, je pense que devant l'IA, nous avons rendez-vous avec notre propre liberté et que la question est-ce que nous ferons de cette technologie le meilleur ou le pire ?
La technologie en elle-même est neutre. Encore une fois, il y a pas de progrès technique. Euh d'une capacité technique peuvent sortir comme de toute puissance offerte à la liberté humaine peuvent sortir le meilleur et le pire. Euh et c'est vrai de de de du premier objet technique, le premier qui vienne, le silex, le couteau, vous pouvez en faire l'occasion de de sauver, de protéger, de nourrir, vous pouvez en faire l'occasion de tuer. Ben, c'est vrai aussi de l'IA. Et donc la question est qu'est-ce que nous ferons de cette technologie qui est dans nos mains aujourd'hui ?
Et je le redis, le plus grand défi, c'est que devant la sophistication, la complexité, la puissance de cette technique, le grand risque est que nous devenions les outils de nos outils. Et c'est là où il y a effectivement un rendez-vous avec notre liberté qui suppose de réussir à à faire en sorte de rester libre précisément.
Alors, je contesterai peut-être cette idée de neutralité de la technique sur laquelle je résiste un peu surtoutin et c'est d'ailleurs une tension qu'on trouve par exemple dans le texte qu'on a évoqué tout à l'heure nova effectivement le texte dit bah la technique sera ce que nous en ferons et puis dans le même temps il y a tout ce paradigme technico-économique dont on nous parle et on voit bien quand même qu'il y a des enjeux économiques, politiques, géostratégiqu donc la technique, elle est quand même prise dans un écosystème technique et cetera qui fait que cette neutralité on peut quand même sacrément la remettre en question.
enfin on peut pas utiliser li outils et cetera sans avoir conscience voilà des enjeux bon de biais culturel et cetera, des stratégies géopolitique. Enfin donc la neutralité de la technique euh Oui. Mais dans dans un dans un environnement beaucoup plus large et avec une difficulté sûrement d'articulation d'un discours critique sur le sur la la le paradigme technico-économique et puis la manière de regarder la technologie qui qui voilà à notre serv. Enfin, là-dessus, je je pense qu'il y a une il y a un nœud en tout cas du point de vue de la réflexion qui est pas tout à fait clair.
Encore une fois, je pardon si je me suis mal exprimé, je ne veux pas dire que euh la technologie soit neutre dans ses effets mais le fait est que on peut tirer de cette technologie le meilleur comme le pire. Et pour cela, le vrai enjeu, c'est de réussir à garder la distance nécessaire à l'égard de ces techniques pour que ce que nous faisons d'elles euh ne transforme pas l'humain lui-même. Pour pour moi, le vrai problème, c'est un autre texte de Bernanos qui dit ça, le le danger ne vient pas des machines parce que le seul vrai danger pour l'homme, c'est toujours l'homme lui-même. Le vrai danger pour nous devant Lia, c'est que nous devenions inhumains.
Le vrai danger n'est pas la machine, mais que nous devenions des machines ou plus exactement que nous finissions par dépendre des machines au point de n'en être plus qu'un auxiliaire, qu'un rouage, que que tout soit saisi dans une sorte de fonctionnement universel. Euh donc, j'allais dire que devant le surcroix de la technique, il faut un surcroix d'humain. Il faut que nous soyons et que nous trouvions les moyens d'être encore plus humain parce que le le grand danger, ce serait que nous euh finissions dépossédés de notre liberté par nos propres outils. Et de ce point de vue-là, vous avez raison de le dire. La technique n'est pas neutre, elle produit des effets.
Mais encore une fois, en tant que tel, si nous savons garder la la main sur nos outils, j'allais dire nous pourrons en tirer le meilleur. Tout dépend vraiment de de nous. dans le texte anticaitet nova, Bernano s'est cité, il y a une formulation, il est cité dans dans les robots et puis il y a cette formulation qui était qui est qui est dans le texte mais qui n'est pas une citation Bernard mais qui rapproche le danger n'est pas dans la multiplication des machines mais dans le nombre toujours croissant d'hommes habitués dès l'enfance à ne rien vouloir de plus que ce que les machines peuvent donner.
Alors ça en fait un peu pour aborder la le deuxème point de ça ça c'est la liberté pourquoi faire de Bernano. C'est une situation littérale. C'est un texte absolument magnifique. Il est pas mis sous forme de Ah si forme de aussi en partie en tout cas en partie. Alors voilà pour c'est c'est pour aborder la deuxième la question de de de l'éducation du rôle de l'éducation. Ce matin nous avions une étudiante de l'IRCOM qui était ici qui témoignait de son usage voilà de de l'IA et qui nous interpellait.
dit "Ben, vous avez mis ces téléphones entre nos mains mais vous avez pas appris à nous en servir." Et l'interpellation c'était bah nous comment on peut faire enfin quels sont les défis éducatifs et comment nous allons accompagner la jeune génération à s'approprier ces nouvelles technologies. Voilà. Et quels sont donc les grands défis éducatifs voilà de l'éruption voilà que que provoque l'éruption de de l'IA dans dans nos vies dans dans le système éducatif.
Alors évidemment, c'est un c'est un immense défi et s'il y a des professeurs ici, des des enseignants de de de à quelqu à quelques niveau qu'ils exercent, ils le constatent déjà aujourd'hui, je crois que nous nous vivons une mutation très rapide du rapport à la connaissance, à l'apprentissage qui est déjà au cœur de notre expérience ordinaire. Un collègue professeur me disait "Bon, finalement, ça va nous faciliter la vie. Les élèves vont écrire leur copies avec chat GPT et nous on les fera corriger par LIA comme ça on pourra se passer de de tout le travail encombrant et retrouver avec nos élèves une une relation plus plus libre et directe.
Je ne sais pas si cette utopie est d'actualité, mais je dirais de manière un peu provocatrice que pour moi, et c'est c'est c'est une ligne de conduite que je tiens depuis des années, je crois que la meilleure manière d'apprendre à la jeune génération à vivre avec la technologie, c'est de lui apprendre à vivre sans et et et je dirais que paradoxalement notre plus grand devoir aujourd'hui dans le monde des écrans, c'est de reconstruire une école où les élèves aient la chance de vivre quelques heures sans écran, à distance des écrans parce qu'en réalité on n' pas besoin d'apprendre à se servir d'un iPhone. Pourquoi est-ce qu'on vit une révolution technologique ?
Deger disait que le propre d'une révolution technologique, on la constate quand elle renverse le schéma de l'apprentissage. Il se passe des choses extraordinaires dans cet endroit. Peut-être que c'est Lia qui nous pilote. Euh Heidegger dit qu'on on on constate on constate une révolution technologique au fait qu'elle renverse l'apprentissage. Dans un schéma traditionnel d'apprentissage, la génération des adultes apprend la maîtrise des techniques à celle qui qui vient et qui la suit. euh dans une révolution, c'est la génération des enfants, des jeunes qui apprend aux adultes à rattraper leur retard sur le changement du monde qui s'est produit depuis euh qu'ils y sont arrivés.
Et on le voit aujourd'hui dans dans toutes les familles. Euh vous avez aujourd'hui des parents, des grands-parents qui demandent à leurs enfants, à leurs petits-enfants de les aider à utiliser ces objets que sont euh les téléphones qui peuplent maintenant nos nos vies. Euh donc on n' pas besoin d'apprendre à nos élèves à se servir d'un téléphone. On n' pas besoin de leur apprendre à se servir d'un d'un iPad. Ce sont des outils qui sont d'ailleurs livrés sans mode d'emploi. Vous avez précisément euh par la convivialité de l'usage l'occasion de de d'apprendre à les utiliser de manière ordinaire sans sans avoir besoin d'un manuel.
En revanche, ce dont euh il est absolument fondamental euh que nous leur offrions l'expérience, c'est précisément de tout ce qui nourrit la liberté. Et je suis absolument convaincu que dans le monde de l'immédiaté, dans le monde de l'image, dans le monde de la vitesse, nous avons plus besoin que jamais de retrouver la fréquentation de la distance qui précisément fait grandir la liberté, y compris à l'égard de la technique. Dans le monde du chiffre, dans le monde du big data, dans le monde de l'algorithme, nous avons besoin de retrouver la fréquentation de la lettre.
Et rien n'est plus déterminant que de réapprendre à nos élèves à lire, que de nous réapprendre à nous-mêmes à lire, à lire à lire des livres, à ouvrir des livres. Ouvrir un livre, c'est l'exact inverse que euh faire une recherche sur chat GPT, l'exact inverse dans son principe. Quand vous ouvrez un livre, vous ne savez pas ce que vous allez y trouver et votre but n'est pas d'aller le plus vite possible au résultat. Si vous ouvrez un roman policier et que vous commencez par la dernière page pour savoir qui est le criminel, c'est que vous n'avez pas compris le principe de la lecture. L'intérêt, c'est le temps. L'intérêt, c'est le chemin. L'intérêt, c'est la distance.
Et c'est ça qui fait que le livre reste au sens fondamental du terme libère. L'étymologie du livre vient du mot même de liberté. Le livre reste une source de distance et donc une source de liberté. Et je je suis vraiment fondamentalement convaincu. Je je peut-être je passerai pour un pour un pour un pour un réac. Ça m'est un peu égal. Il y a quelques années, on nous expliquait que c'était absolument déterminant d'apprendre à nos élèves à faire du code informatique à l'école. Et maintenant, on se rend compte que Chat GPT fait du code informatique beaucoup mieux que nous. Et c'était absurde d'apprendre le code informatique.
Je le disais déjà à ce moment-là, la vraie solution, y compris si on veut que nos élèves soient demain les inventeurs de l'IA, c'est de leur apprendre les mathématiques, c'est de leur apprendre la logique, c'est de leur apprendre la lecture, de leur apprendre la littérature, de leur rendre le sens de la poésie, c'est-à-dire de la contemplation du monde, d'une intelligence qui ne se réduit pas aux algorithmes et qui les rendra maître des algorithmes qu'ils seront inventés demain.
Bon, c'est des choses qui ont été dites ce matin, hein, euh que ceux qui tireront le le [applaudissements] les personnes qui seront tiré les meilleurs profits de l'intelligence artificielle, c'est ceux qui auront été formés euh voilà aux humanités et qui auront une capacité critique de de distanciation par rapport à tout ce qu'on peut le raconter et tout ce que vous dites sur l'édition et la lecture, c'est pas moi que vous allez devoir convaincre comme responsable d'une maison qui doute voilà mais ce matin, Et c'est l'occasion de vous remercier de tout le travail que vous faites pour le livre, pour la lecture, pour pour l'apprentissage des plus jeunes.
sur ce matin, je crois que nous avons voilà, nous avons été interpellés parce que Débora la jeune étudiante, nous disait à 18 ans et elle nous parlant de son rapport à LIA et bon avec une grande maturité qui a été capable de revenir aussi sur sa propre expérience, elle nous disait finalement que c'était la découverte de ne pas être à la hauteur finalement euh voilà de ce qu'on pouvait attendre d'elle dans dans la production d'un bon devoir. de et finalement ce désir de perfection et cette incapacité ou cette difficulté à accepter finalement l'erreur, le doute et cetera.
Et donc il a fallu, elle a dû apprendre à renoncer à l'outil, elle le dit elle-même hein, pour pouvoir retrouver une confiance dans sa propre capacité à produire quelque chose d'original, même si c'était pas quelque chose d'assez parfait. Enfin, il y a il y a quelque chose enfin on a touché quelque chose d'anthropologique, enfin d'une société voilà qui qui prône de la perfection. que l'outil qui nous est proposé, mis à notre disposition, finalement, c'est un outil qui qui qui nous donne le sentiment que nous pouvons avoir quelque chose de parfait.
Et puis dans le même temps, bah il faut refaire la découverte que voilà euh la construction d'une personnalité euh l'accès au savoir, ça se passe par le doute, par la lenteur, par la persévérance, par l'erreur. Donc il y a tout un travail pédagogique aussi à à à renouer pour faire aimer le doute, la lenteur la Bien sûr. Ouais, c'est ce que vous dites me fait penser à à c'est c'est siranau de bergerac ne jamais rien écrire qui de soit ne sortit et modeste d'ailleurs se dire mon petit sois satisfait des fruits, des fleurs, même des feuilles si c'est dans ton jardin à toi que tu l'écueilles.
C'est mais je je je pense je pense pour autant je pense pour autant que simultanément bien sûr qu'il faut réapprendre à notre système éducatif à passer par ce cheminlà mais il faut aussi qu'on soit conscient que notre premier devoir aujourd'hui c'est de reconstruire un système éducatif qui permette la réussite des élèves. Parce que si les élèves butent et s'ils sont aujourd'hui à ce point dépassés par ce monde qui s'écrit autour d'eux et qui s'écrit sans eux, c'est aussi parce que notre école est dans une situation de crise immense. Et c'est la plus grande injustice que notre pays doivent connaître aujourd'hui.
On parle beaucoup d'injustice sociale, on parle beaucoup de justice fiscale et on a raison de parler de toutes ces questions-là. Mais la plus grande injustice en France aujourd'hui, c'est l'injustice scolaire. On a le système scolaire le plus inégalitaire de tous les pays de l'OCDE, c'est-à-dire celui dans lequel le parcours scolaire d'un élève est le plus prédictible à partir de son milieu social d'origine. Et par ailleurs, on a aujourd'hui en France, il faut le dire et le répéter, notre système scolaire est celui où les élèves sont le moins bons en mathématiques de tout l'OCDE.
C'est un système scolaire où on s'accoutume au fait que un jeune français sur 5 à 18 ans ne sait pas lire le français. Et ce monde-là, ce monde ce monde dans lequel nous nous sommes en train de de grandir, ce monde dont nous parlons, le monde de l'IA, va être d'une brutalité infinie envers ceux que nous aurons privé de la culture, des savoirs, des connaissances fondamentales pour pouvoir précisément cultiver leur capacité de concentration, de compréhension du monde. La la la grande question de demain, c'est c'est ce que disait il y a quelques années un philosophe américain qui s'appelle Mathieu Crawford dans un livre remarquable qui s'appelle Contact.
La vraie question de demain, c'est qui sera capable de maîtriser sa capacité d'attention ? Qui aura les moyens d'être attentif au monde qui l'entoure ? Et on le voit aujourd'hui, cette capacité d'intention, d'attention, elle est socialement très injustement répartie par l'échec de notre école. Et donc le vrai enjeu pour nous aujourd'hui en particulier dans le monde de l'IA, c'est de reconstruire une école qui transmette à tous les enfants les éléments fondamentaux de la culture et de la connaissance. parce que ce monde de l'IA va détruire ceux qui en auront été privés pas par leur faute mais par la nôtre.
Et c'est pour ça que le défi politique fondamental pour notre pays aujourd'hui se trouve à mon avis ici. Et est-ce que justement c'était le dernier aspect de de notre conversation, il nous reste moins de 2 minutes. Est-ce que ces aspects sont vraiment discutés dans l'espace politique ? On a une révolution technologique, voilà, que nous sommes en train de vivre qui va qui bouleverse complètement nos le système éducatif de n nos manières de travailler. Mais est-ce qu'il y a des lieux où vraiment où c'est saisi comme un enjeu majeur où on réfléchit sur la société désirable demain avec l'IA ? Est-ce que vous en avez l'impression ? Bon, alors je je je sais pas, je dirais non.
En en Europe, on a on a on a l'ambition de de réguler. On a travaillé pendant des années sur le le AI Act, euh le le la régulation sur euh sur l'IA euh parce que l'Europe se pense elle-même comme une puissance normative. Mais à mon avis, il y a deux il y a deux grands impasses ou deux grands manques dans ce travail-là. Le premier, c'est que d'abord vous ne pouvez pas prétendre réglementer si vous n'êtes pas capable de construire, de concevoir, d'innover. Euh et et si on construit un écosystème où la contrainte est telle que vous ne pouvez plus inventer, alors vous vous privez aussi de la possibilité même de réguler demain.
Et donc la question c'est aussi comment est-ce que nous sommes capables de de rester à la pointe de de l'innovation. Euh c'est une bonne chose de ne pas vouloir subir une technique qui nous impose ces principes mais ça suppose aussi d'être capable d'être aux avant-postes de l'invention et de l'innovation. Et puis le deuxième grand impensé, c'est je crois, je le redis vraiment pour moi fondamentalement, la vraie question que pose Lia, c'est pas d'abord celle du devenir de la technique, c'est pas d'abord celle du devenir de l'intelligence artificielle, mais c'est celle du devenir de l'intelligence humaine, de l'intelligence naturelle.
Et moi, je crains beaucoup plus pour notre avenir collectif, je crains beaucoup plus que les ravages de l'intelligence artificielle, les ravages d'une bêtise très naturelle que nous laisserons se déployer si nous croyons pouvoir placer dans la technologie tous nos espoirs et nous abandonner à elle. Et donc la question qui se pose à nous encore une fois, c'est dans un monde où la technique devient de plus en plus impressionnante par le pouvoir qu'elle nous donne, comment accroître à la mesure de la technique l'intensité de notre conscience humaine et et de la de de de notre relation à tout ce qui peut la fonder, la nourrir et l'éclairer ?
François Xabel Benami, nous arrivons au terme de notre conversation. Merci beaucoup. ce que vous devez dire sur la régulation. D'autres intervenants l'ont déjà souligné, notamment Cédric Ha voilà, il faut y aller mais c'est vrai que dans une perspective européenne, la question de la régulation n'est pas assez suffisante. Donc il faut vraiment aussi qu'il y ait une politique d'investissement et puis euh [musique] voilà une volonté de de s'engager. En tout cas, merci
[applaudissements][musique]