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interviewfranceinfo· 12 décembre 2025 10 min

Delphine Batho, députée écologiste des Deux-Sèvres, est l'invitée politique de la matinale

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:02
Présentateur

Bonjour Delphine Bateau, députée du groupe écologiste et sociale, mais aussi coordinatrice nationale de Génération écologie. Alors une première question d'actualité, elle est sociale. On a appris hier la liquidation judiciaire de Brandt, 700 emplois supprimés. C'est un autre triste exemple de la désindustrialisation qui frappe notre pays ?

0:22
Delphine Batho

Oui, d'abord total soutien aux ouvrières et aux ouvriers. Et c'est effectivement un triste exemple des mensonges de l'obsession pour la croissance économique. Puisque comme vous le savez, il y avait un projet de reprise en scope par les salariés et ce sont les banques qui ont fait faux bon.

0:39
Présentateur

L'État voulait y participer d'ailleurs.

0:41
Delphine Batho

L'État voulait y participer, mais les banques ont fait faux bon parce qu'elles attendent une rentabilité qui est impossible. C'est-à-dire qu'elles sont encore dans une logique de croissance en volume de ce type d'activité qui n'est pas le modèle qu'il faut défendre aujourd'hui. Et moi, je veux alerter parce que derrière Brandt, il y en a des dizaines d'autres, notamment dans le secteur de l'ameublement made in France. On a encore des savoir-faire français dans ce domaine. Et c'est en instaurant aussi des règles écologiques que l'on peut défendre aujourd'hui notre industrie et qu'on doit enclencher une logique de relocalisation industrielle.

Vous savez, les importations, par exemple, des fours, de ce que fabriquait Brandt, dans tous les domaines, c'est aujourd'hui la moitié du bilan carbone de la France. Donc il faut sortir de cette logique et organiser la relocalisation industrielle sur des bases écologiques.

1:34
Présentateur

J'ajoute que la CGT a annoncé mardi sur plusieurs autres secteurs que 480 plans sociaux étaient entre guillemets en préparation, ce qui ne va pas arranger effectivement les affaires de la France.

1:44
Delphine Batho

Par exemple, je vous parlais du secteur de l'ameublement dans ce domaine. On voit une série de liquidations. C'est des PME. Donc vous voyez, dans les territoires ruraux, ça ne fait pas la une des médias. Personne n'en parle. C'est 30 emplois ici, 50 emplois là. Et c'est pourtant un drame social silencieux qui est en train de se passer par rapport à des savoir-faire français.

2:04
Présentateur

Alors on va revenir aux débats qui ont encore lieu à l'Assemblée nationale et au Sénat. Le premier, c'est autour du projet de loi de financement de la sécurité sociale. Il y a eu un vote mardi, un vote positif. Vous avez voté pour. Elle était nécessaire, cette adoption, même si, entre guillemets, le film n'est pas terminé, puisque c'est au Sénat aujourd'hui et ça pourrait revenir à l'Assemblée mardi. Vous, vous avez voté pour. Ce n'était pas un musée des horreurs, comme l'ont dit certains ?

2:28
Delphine Batho

Non, parce que le musée des horreurs a été nettoyé de toutes les horreurs. Donc il n'y a pas la hausse des franchises médicales, le gel des retraites, etc. Je ne fais pas la longue liste.

2:36
Présentateur

Oui, l'année blanche, pour faire simple.

2:38
Delphine Batho

Un projet de loi de financement de la sécurité sociale de compromis qui permet de protéger la sécurité sociale, qui ne règle pas tout. Par exemple, il ne règle pas ce qui est un scandale aujourd'hui, qui est la situation des déserts médicaux que je combats dans les Deux-Sèvres. Mais oui, la sagesse, c'était de l'approuver.

2:55
Présentateur

Est-ce qu'à force de dire que tout sera tranché pendant la présidentielle, on n'a pas des budgets, je dirais, entre guillemets, à la petite semaine, même si ça engage l'année 2026 ? Est-ce que tous les débats importants doivent être effectivement tranchés dans moins de deux ans maintenant ? Et est-ce que ces budgets sont là pour gérer le pays simplement ?

3:13
Delphine Batho

Je crois que le pays aspire à un minimum de stabilité. Il y a une overdose d'instabilité aujourd'hui en France. Et donc, il faut que les députés prennent leurs responsabilités pour assurer un minimum de stabilité au pays. Et effectivement, les grands choix, on les fera en 2027.

3:31
Présentateur

Est-ce que vous ferez ce même chemin, cette même démarche sur le budget, donc le projet de loi de finances, qui lui, va revenir bientôt ?

3:38
Delphine Batho

On en est loin pour l'instant.

3:39
Présentateur

Oui, mais est-ce que cet apaisement dont vous parlez, nécessaire pour les Français, va jusqu'au vote du budget ?

3:44
Delphine Batho

Moi, je souhaite, et je dis qu'il est préférable pour la France d'avoir un budget voté avant le 31 décembre. Vous savez ce que ça veut dire, voter un budget ? Maintenant, on est très, très loin du moindre compromis sur le budget de l'État. Pour l'instant, il n'y a eu aucun bouger permettant d'aller vers un compromis. Donc, on est très, très en retard.

4:05
Présentateur

Alors, il y a eu un autre débat mercredi, cette fois autour des corrélés du budget, mais on a beaucoup parlé d'argent, autour des dépenses de défense. Le Premier ministre propose une augmentation de près de 7 milliards d'euros sur la seule année 2026, alors qu'avant, c'était sur 2026 et 2027. Là aussi, vous vous êtes prononcé pour. C'est important, cet effort de dépense de défense ? Il est urgent et pas seulement pour l'Ukraine ?

4:28
Delphine Batho

Alors, d'abord, dans un contexte où la Russie de Poutine nous désigne comme ennemis et où Trump est en train plus ou moins de passer un accord avec Poutine sur le dos de l'Europe, avec un projet maintenant de démantèlement de l'Europe. Oui, j'estime que le devoir des écologistes, c'est de voter pour l'effort de défense.

4:47
Présentateur

Vous avez été trois à le faire seulement.

4:49
Delphine Batho

Eh bien, je le regrette. C'était un triste jour pour l'écologie. Parce que les écologistes ont toujours été au rendez-vous de la défense de l'Europe et c'est ça qui est en cause aujourd'hui. Et donc, oui, il y a un effort de défense qui est nécessaire. Maintenant, vous savez que les attaques que nous subissons, ce sont des attaques hybrides. Et donc, l'enjeu, ce n'est pas simplement le réarmement sur le plan militaire, c'est aussi la dissuasion sur le plan civique et civil.

C'est pour ça qu'à mes yeux, il faut maintenir les aides au tissu associatif, il faut garder le service civique et il faut avoir conscience qu'on a besoin de permettre à l'ensemble de la société de tenir dans ce contexte géopolitique menaçant.

5:29
Présentateur

À titre personnel, vous êtes favorable au service militaire, enfin national, purement militaire, qu'a annoncé le président de la République ?

5:35
Delphine Batho

J'y suis totalement favorable à partir du moment où il est volontaire parce que c'est ce qui va permettre d'avoir ensuite des réservistes dans nos différentes forces armées. Mais je dis, attention, danger, il faut aussi garder le service civique qui permet chaque année à des milliers de jeunes de s'engager pour des missions d'intérêt général qui sont utiles à notre pays.

5:57
Présentateur

Alors je vous propose de remonter le temps avec moi. Il y a dix ans, jour pour jour, c'était le coup de marteau légendaire de Laurent Fabius qui présidait la COP21. C'était l'accord de climat de Paris. Dix ans après, qu'est-ce que vous dites ? On a l'impression qu'on a plus reculé que respecté ce qui avait été décidé à Paris.

6:14
Delphine Batho

Alors d'abord, je ne fais pas partie des écologistes qui se plaignent tout le temps. Et je voudrais dire... Vous pensez que les autres se plaignent tout le temps ? Je voudrais dire au sujet de l'accord de Paris que c'est une espérance qui demeure. Dix ans après, je pense qu'au regard y compris de la situation internationale, on mesure ce que ça a signifié d'avoir dans une même salle l'ensemble des pays représentant l'ensemble de l'humanité qui adoptaient un accord. C'est certes imparfait, certes qui n'est pas respecté, mais qui adoptaient un accord pour lutter contre le principal problème commun à l'humanité qui est le changement climatique.

6:52
Présentateur

Donc le réchauffement en dessous de 2 degrés, si possible à 1,5 à l'époque.

6:56
Delphine Batho

À l'époque. Mais ce que je veux dire, c'est que ça reste une référence historique. Comme vous diriez que c'est fondateur ? Et ça montre, ce moment, il a existé. Ça montre que c'est possible.

7:06
Présentateur

Mais on a vu à Bélème la COP30.

7:08
Delphine Batho

Alors on est dans un moment, on est dans un moment, qu'est-ce qui se passe ? Non seulement on a reculé, mais on est dans un moment maintenant où il y a malheureusement au travers de Trump, un commandant en chef de la guerre au climat à l'échelle internationale, qui liquide les budgets scientifiques, qui interdit même le mot climat sur les sites internet des agences fédérales aux Etats-Unis.

7:32
Présentateur

On est dans le climatopopulisme plutôt que dans le climatoseptisme ?

7:34
Delphine Batho

On est dans l'obscurantisme. On est dans une attaque inédite contre la science. Voilà. Alors même que tout le monde vit dans sa vie quotidienne, aux quatre coins du globe, les conséquences des inondations, des canicules, des incendies, etc. Et donc, il faut comprendre pourquoi on est dans cette situation. Il y a deux raisons. La première, c'est qu'on est entré dans le dur. Et donc, on voit bien que l'idée que l'écologie, c'était juste un petit supplément d'âme, et puis qu'on pouvait continuer le système économique de la croissance du PIB, pareil, ça ne marche pas.

En fait, il faut aujourd'hui choisir entre notre sécurité climatique, notre sécurité physique, et la bourse, l'argent, la croissance du PIB. Ça, c'est la première chose. Et la deuxième, c'est qu'il n'y a pas de résistance en face. Il y a une forme de discrédit de l'écologie politique qui explique aussi cette difficulté du rapport de force et qui explique les reculs qui se produisent en Europe ou en France.

8:27
Présentateur

Et c'est pour faire entendre cette voix que vous êtes déclarée candidate à la présidentielle. Vous dites, je résume, je suis candidate pour reconstruire une écologie capable de gouverner. Vous pensez aussi qu'en France, il y a une inaction climatique sous les deux quinquennats d'Emmanuel Macron. C'est pour ça que vous êtes candidate en dehors, je le précise, de la primaire de la gauche. Vous êtes candidate en tant que Delphine Bateau pour Génération écologique.

8:49
Delphine Batho

En fait, les choses sont très simples. Les échecs électoraux des écologistes, moins de 5% la présidentielle, à peine un peu plus de 5% aux élections européennes, sont une des explications de la machine infernale à fabriquer des reculs écologiques.

Et je ne vois pas au nom de quoi, lors de la prochaine élection présidentielle, les écologistes devraient avoir honte de leur bulletin de vote devraient mettre leur conviction dans les circonstances historiques dans lesquelles nous sommes, devraient mettre leur conviction dans leur poche et devraient, dès le premier tour, se reporter sur un programme qui n'est clairement pas le leur, c'est-à-dire le programme de la gauche, qui est toujours, lui, fondé sur l'obsession pour la croissance économique.

9:28
Présentateur

Vous aimeriez, en fait, fédérer et incarner la candidature des écologistes ?

9:33
Delphine Batho

Ce que je veux réveiller...

9:34
Présentateur

Ce ne serait pas Marine Tondelier ni Yannick Jadot, ce serait vous ?

9:36
Delphine Batho

Il y aura un bulletin de vote écologiste. Je prends acte du fait que j'avais proposé une primaire des écologistes. Je prends acte du fait que les différentes personnalités qui auraient pu y participer adhèrent à la décision de leur parti Europe Écologie-Les Verts de rejoindre la primaire de gauche et que donc il n'y ait pas de candidature écologiste. Et je dis, il y aura un bulletin de vote écologiste en 2027. Je ferai tout pour et j'irai jusqu'au bout.

10:02
Présentateur

Avec votre nom peut-être dessus ?

10:04
Delphine Batho

Oui, et avec la volonté de réveiller quelque chose qui manque terriblement aujourd'hui en France, une espérance.

10:10
Présentateur

Merci beaucoup Delphine Bateau d'être venue sur notre plateau ce matin.

Delphine Batho, députée écologiste des Deux-Sèvres, est l'invitée politique de la matinale — Delphine Batho · Pourquijevote