Olivier Cadic : « Les Jeux Olympiques ont réussi puisqu’on les a préparés, la guerre c’est pareil »
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Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat. Bonjour Olivier Kadic, merci d'être notre invité. Vous êtes sénateur union centriste des Français établis hors de France, vice-président de la Commission des affaires étrangères. On va évidemment revenir sur la visite de Volodymyr Zelensky à Paris. Et ça fait la une de la presse régionale. On va regarder trois titres ensemble. La une de la dépêche. Et c'est donc Volodymyr Zelensky. Plan P, Kiev sous pression. Les négociations autour du plan P en Ukraine pourraient s'accélérer avec la visite aujourd'hui à Moscou de Sivwitkov, l'émissaire de Trump, Volodymyr Zelensky, qui se retrouve donc sous pression militaire et diplomatique.
La deuxième une, c'est celle de Ouest-France, un peu sur le même thème. Le dilemme des Européens sur les avoirus gelés. La Belgique qui bloque l'utilisation par l'Union Européenne des avoirus gelés pour financer l'Ukraine est mise sous pression de ses partenaires européens. Et puis la troisième une, c'est un tout autre sujet. Ce sont ces boulangeries qui quittent nos villages. Elles ouvrent davantage dans les villes. Le commerce essentiel pour nos petits villages. Pourquoi disparaissent-elles de nos aules rurales ? C'est ce que demande le journal. Quelle une avez-vous envie de commenter ce matin, Olivier Kadic ?
Peut-être le dilemme des Européens sur les avoirus gelés. Puisqu'en fait, chaque épreuve est un défi pour l'Union Européenne. Nous sommes unis dans la diversité. C'est ce qui fonde l'Union Européenne. Et parfois, on a l'impression qu'on est un peu divisé dans l'Union. Et donc, qu'on a du mal à aboutir à des solutions. Il faut les utiliser, ces avoirus. C'est pourquoi, effectivement, la Belgique bloque. Quels sont les moyens de pression sur la Belgique qui font que ce pays se retrouve dans cette situation ? Évidemment, il faut utiliser ces avoirs russes. C'est nécessaire pour financer, justement, l'effort de guerre que mène l'Ukraine. Pour, je le rappelle, se défendre et défendre leur pays.
Et justement, on va en parler de l'Ukraine, puisqu'on l'a vu dans le journal. Emmanuel Macron a reçu hier Volodymyr Zelensky à l'Élysée. Que peut faire la France pour aider à la paix en Ukraine ? Est-ce qu'elle a encore un poids aujourd'hui ?
Le ministre des Affaires étrangères ukrainien a été en France hier. Et on était au lancement hier soir de la saison culturelle ukrainienne avec Jean-Noël Barraud, Rachida Dati, la ministre de la Culture, pour accompagner justement cet effort en disant qu'il peut y avoir aussi une contre-attaque culturelle. Le ministre des Affaires étrangères ukrainien a rappelé comme quoi Paris est au centre de la diplomatie internationale et qu'hier encore, elle le prouvait, elle l'avait montré.
Et je crois que si le président Zelensky vient à nouveau voir le président Macron, c'est qu'il pense bien qu'en Europe, le président Macron est le leader aujourd'hui pour pouvoir soutenir l'Ukraine, ce conflit auquel…
Oui, mais sauf que l'Europe aujourd'hui, est-ce qu'elle n'est pas l'Union européenne ? Est-ce qu'elle n'est pas spectatrice de ce que fait Donald Trump, de ce que font les Américains ?
Je pense que le monde entier est spectateur de ce que fait Donald Trump. Ce n'est pas seulement l'Union européenne. Donc la problématique n'a pas changé pour les Ukrainiens. C'est bien un pays qui a été attaqué il y a près de 4 ans maintenant, et encore je ne parle pas de 2014, qui depuis 4 ans se bat à 2 contre 1, qui résiste près de 4 ans plus tard à ce qui est considéré comme une des meilleures armées au monde, qui n'a pas réussi à envahir leur pays. Je voudrais quand même rappeler que la mer Noire n'est plus du tout accessible aux bâtiments russes, c'est-à-dire qu'ils ont été obligés de quitter. Ils n'ont plus de maîtrise du ciel au-dessus de l'Ukraine.
Donc c'est un pays qui résiste courageusement. Enfin, c'est au-delà de courage. C'est héroïque. Et donc quand on est avec des héros qui se battent pour leur pays, et qu'en face d'eux, il y a des gens qui n'hésitent pas à tuer leur propre peuple. Aujourd'hui, écoutez-moi, 1200 russes vont mourir ou être blessés aujourd'hui. Et demain, il en sera pareil. Et ainsi de suite. Ça fait plus d'un million de russes qui sont morts depuis près de 4 ans ici. Mais M. Poutine pousse. Il sait qu'il peut compter sur toute une population. Et en face, les gens doivent résister de façon héroïque.
Alors maintenant, que certains puissent se dire que c'est le moment d'arrêter, il faudrait peut-être que ça se calme, que M. Poutine lui donne un petit peu ce qu'il veut, peut-être que ça va s'arrêter. Mais non, ça recommencera demain. Et donc là maintenant, ce qu'il faut, c'est absolument que s'il paie, il doit y avoir. Il faut que les Ukrainiens puissent accepter ces conditions de paix. Et ça n'est pas une condition de reddition. Il faut voir que tous ces jeunes, hier encore, hier soir, au théâtre de l'hôtel de ville, on était en direct avec deux jeunes qui étaient sur le front. Je veux dire, la salle s'est levée pour les applaudir.
Et vraiment, ce qu'ils font, ils donnent une leçon au monde.
Est-ce que les Russes, eux, sont prêts à arrêter la guerre ? On va voir ce qu'en dit Emmanuel Macron.
Alors, il s'est exprimé hier, après avoir reçu Volodymyr Zelensky, spécifiquement sur le plan de paix de Donald Trump. À côté du président ukrainien, Emmanuel Macron a rappelé le rôle que devaient jouer le rôle les pays européens dans ce plan de paix. Et il estime que les Russes ne veulent pas la paix. La Russie signe et aggrave un peu chaque jour le forfait de son agression, en contredisant les lois les plus fondamentales de l'humanité et du droit international. Au moment où on parle de paix, la Russie continue de tuer et de détruire. C'est évidemment une insulte aux droits et un obstacle à la paix.
La Russie ne veut pas cesser le feu, comme le dit le chef de l'État. Vous êtes d'accord ?
Le président de la République parle vrai, avec gravité. Nous sommes face à une puissance qui utilise 18 millions d'obus par an, 700 000 drones, ça ne s'arrête jamais. Et donc, effectivement, il faut comprendre à qui on a affaire, qu'il ne s'arrêtera pas. Il l'a montré au cours de toutes ces années. Et qu'il faut se préparer à la suite. Ce qui veut dire que ça rend beaucoup de débats que j'observe aujourd'hui en France un petit peu anecdotiques quand on voit à quoi on doit se préparer.
Mais juste, c'est quoi la suite ? Parce qu'hier, Vladimir Zelensky, il dit qu'on doit terminer cette guerre de manière digne et préserver l'indépendance de l'Ukraine. Est-ce que vous pensez que l'Ukraine pourra ne pas céder de territoire ?
Mais je crois que surtout, les Ukrainiens demandent qu'on ne décide pas à leur place. Et ça se comprend. Ils ont toute une jeunesse, ils ont toute une population qui est en ce moment sur 1 200 km de front. Et donc, ce que nous devons, c'est simplement leur porter assistance. N'oubliez pas qu'en face, la Russie a le soutien avéré de l'Iran, de la Corée du Nord, de la Chine. Il m'est encore parvenu cette nuit un rapport sur l'utilisation de drones fait par les Chinois lors du conflit. C'est évident. Donc, il faut voir la puissance de soutien qu'il y a pour la Russie aujourd'hui. Et donc, nous, de notre côté, les démocraties, on regarde, on analyse. Est-ce que vraiment on peut y aller ?
Mais quel rôle jouent les États-Unis aujourd'hui ? Steve Witkoff, l'émissaire de Donald Trump, prend contre Vladimir Poutine. Est-ce qu'il faut s'inquiéter ?
Il faut évidemment se préoccuper du fait que les Ukrainiens puissent avoir, encore une fois, leur mot à dire sur ce qu'il n'y ait pas un renversement d'alliance possible.
Mais vous pensez que les États-Unis, Steve Witkoff, il y va dans cet état d'esprit ? Avec les Ukrainiens doivent avoir leur mot à dire, les Ukrainiens ne doivent pas lâcher de territoire ?
Je pense que les États-Unis souhaitent que ce conflit s'arrête parce qu'ils se préparent à un autre conflit. Mais à quelles conditions ? Ils souhaitent certainement que le conflit s'arrête, comme ils souhaitaient que le conflit s'arrête à Gaza. Donc après, on voit bien que la réalité, c'est qu'entre le fait de dire on arrête face à soi, quelqu'un qui dit qu'il va le recevoir mais qu'il va continuer à pousser sur le terrain. Et c'est bien ce que dit le président de la République. Donc il y a un moment pour le théâtre et il y a un moment qui est sur le terrain. Et sur le terrain, rien ne s'arrête. Donc on peut effectivement commenter ce qui se passe à Moscou.
Mais la réalité, c'est que sur le terrain, en Ukraine, les forces russes continuent à appuyer. Et on voit très bien qu'elles ne s'arrêteront pas. Et on voit très bien qu'ils sont en train de préparer la suite. On le voit à la frontière en Estonie. On voit bien tous ces barraquements qui sont en train d'être construits. Ce n'est pas pour faire Disneyland. Donc on voit bien que c'est pour préparer une arrivée de troupes. Donc il faut dire les choses telles qu'elles sont. On doit aujourd'hui tous se préparer à une escalade potentielle.
Donc quand Vladimir Poutine, encore la semaine dernière, dit que c'est ridicule qu'on puisse penser que la Russie va attaquer un pays de l'OTAN, il ne faut surtout pas le croire ?
Oui, vous savez, je crois que même à la RADA, deux semaines avant que Poutine entre en 2022 en Ukraine, les députés de la RADA disaient que non, il n'est pas assez fou. Il ne peut pas aller faire quelque chose comme ça. Donc la réalité a montré qu'à chaque fois, il fait le contraire de ce qu'il dit.
Mais du coup, est-ce que vous parliez du soutien de la Russie, qui est notamment l'appui de la Chine ? Est-ce que l'Union européenne, elle est de nature à faire le poids face à ça ?
La question n'est pas savoir si on est capable de faire le poids. Il faut se confronter, il faut montrer que nous avons des ressources qui retirent l'envie à des pays comme la Russie d'attaquer.
Donc la dissuasion stratégique, comme dit le chef de l'État.
C'est très exactement ce à quoi nous devons travailler dans tous les domaines. Pour la Russie, nous sommes des pays faibles. Les démocraties, ce sont des systèmes faibles. Et ils s'emploient à détruire les démocraties de l'intérieur en faussant, en dénaturant les élections.
Et face aux menaces russes, et malgré le contexte budgétaire difficile, Emmanuel Macron et le gouvernement maintiennent l'augmentation du budget de la défense. Et on va en parler avec vous. On va faire le point, Stéphane, sur ce budget ensemble. Comme prévu, on le disait, le budget de la défense est continué d'augmenter cette année.
Oui, le budget des armées, s'il est voté définitivement par le Parlement, va augmenter de 6,78 milliards d'euros par rapport à l'année dernière. Ça fait plus 11,3% pour atteindre un total de 66,7 milliards d'euros en 2026. C'est le deuxième poste de dépense de l'État derrière l'école, même si c'est le secteur qui enregistre la plus forte augmentation dans le budget. Et hier, le Premier ministre, à l'issue d'une réunion à laquelle vous avez participé, Olivier Cadic, a parlé du budget de la défense. En mettant en garde les parlementaires qu'il a reçus, il faut qu'il vote le budget. Au fond, on ne veut pas prendre la représentation nationale en traître.
On ne veut pas la prendre à revers, en quelque sorte, en leur disant, ben voilà, attention, parce que cette somme-là, l'année prochaine, elle est clé pour nos militaires, elle est clé pour l'entretien de nos matériels, elle est clé pour un certain nombre de commandes sur des fonctions qui sont absolument critiques et essentielles. Et cela va durer dans le temps, puisqu'on est sur une augmentation de pratiquement 36 milliards d'euros entre 2026 et 2030.
Et ça s'explique par la loi de programmation militaire.
Oui, cette loi de programmation militaire, elle contraint l'État dans le domaine militaire et budgétaire. Elle est entrée en vigueur en 2019, avant d'être modifiée en 2024 sur fond de guerre en Ukraine. L'objectif, c'est l'achat de matériel, d'équipement, de recrutement d'effectifs, entretenir la défense française. L'objectif, il est aussi financier. Le budget des armées augmente chaque année pour arriver à un total de dépenses de 400 milliards d'euros en 2030.
Et vous le disiez, la tendance, elle est à l'augmentation, Stéphane, mais le budget de la défense, il connaît une hausse plus rapide cette année.
Oui, parce que la loi de programmation militaire prévoyait une hausse de 3,2 milliards d'euros en 2026. C'est le cas chaque année, mais vient s'y ajouter cette année une autre hausse de 3,5 milliards d'euros. Celle-là a été décidée par Emmanuel Macron. C'était le 13 juillet lors de son discours aux armées. L'objectif est simple, doubler le budget des armées en 2027 par rapport à son arrivée à l'Élysée en 2017. Le président de la République justifiait aussi cette hausse par les conclusions de la Revue nationale de défense stratégique pour qui nous sommes entrés dans une nouvelle ère avec un risque important de guerre à haute intensité en Europe.
L'annonce est intervenue aussi après l'engagement des pays de l'OTAN à consacrer 3,5% de leur PIB aux dépenses militaires. Aujourd'hui, pour vous donner une idée, la France est à peu près à 2%.
Alors, à quoi vont servir ces 6 milliards d'euros supplémentaires pour les armées ?
Alors, de ce qu'on en sait et ce qu'on peut en dire aujourd'hui, on a commencé à l'entendre avec le Premier ministre tout à l'heure, cet argent, il va servir à renforcer les équipements militaires, la cybersécurité, l'espace, le renseignement. On sait qu'il va y avoir 2,4 milliards d'euros d'achats de munitions l'année prochaine. L'augmentation du budget cette année permettra aussi l'achat de drones, de capacités spatiales, mais aussi la préparation des forces armées ou encore le remplacement d'avions de l'armée française.
Et est-ce que ce budget va prendre en compte le nouveau service national qui a été annoncé il y a quelques jours par Emmanuel Macron ?
Alors, pas vraiment, Auriane. Le président de la République a chiffré ce service volontaire à 2,3 milliards d'euros. La somme est importante au regard du budget total alloué à la défense. Et pour le moment, elle n'apparaît pas clairement dans le PLF 2026, dans le budget 2026, ce qui sous-entend qu'il devrait y avoir une révision de la loi de programmation militaire qui court jusqu'en 2030. Cette révision, elle a été promise par Emmanuel Macron cet été. Elle devait intervenir cet automne, mais pour le moment, on n'en a pas vraiment de nouvelles.
Olivier Cadic, vous qui êtes dans la commission de défense, vice-président même de la commission de défense ici au Sénat, est-ce que vous espérez, est-ce que vous appelez le gouvernement à une révision de la LPM, de la loi de programmation militaire, maintenant ou à la rentrée 2026 ? J'appelle surtout au vote du budget, parce que sans PLF, on ne pourra pas progresser. Aujourd'hui, je le rappelle, pour la Russie, nous sommes des pays faibles, les démocraties. Et donc, ce qu'il faut montrer, c'est notre capacité, justement, à augmenter notre niveau de défense. On a besoin de cet argent supplémentaire pour de nouveaux équipements, on l'a dit, pour commencer à se préparer.
La semaine dernière, le SGDSN a sorti le document « Tous responsables ». C'est que tout le monde comprenne bien qu'on a tous une responsabilité dans la bonne marche de notre pays. Et donc, effectivement, pour les parlementaires, aujourd'hui, il faut voter ce PLF. Il faut trouver une solution, puisqu'il faut continuer, poursuivre cet effort au niveau de la défense, qui devra certainement être, encore une fois, augmenté. C'est lié aussi à l'évolution de la menace. On voit qu'elle est très prégnante pour nous, mais on voit aussi qu'il y a une possibilité d'escalade en Asie.
C'est bien ce qui préoccupe les Américains, qui le disent à tout bout de champ, et que donc, ils doivent se préparer, eux aussi, à un potentiel, je dirais, conflit sur la région. Et donc, on peut imaginer, s'il y avait un conflit dans l'Indo-Pacifique, et j'ai eu l'occasion de le rappeler hier, que par rapport à ce qu'on voit même avec les outils en mer rouge, on voit que l'impact sur le commerce international serait sans commune mesure avec ce qu'on connaît en Ukraine, et que donc, ça aussi, ça fait partie des sujets qui sont sur la table. On doit se préparer, on doit se renforcer. On a trop attendu.
J'entends encore le Premier ministre Laurent Fabius, je crois, qui disait, nous devons toucher les dividendes de la paix après la chute du mur de Berlin. Eh bien, en faisant ça, il faut maintenant rattraper cette erreur stratégique, parce qu'en fait, en baissant l'arme, l'autre, l'adversaire, s'est dit que c'était le bon moment pour y aller. Et aujourd'hui, on voit que c'est beaucoup plus difficile de se rétablir. Ça demande des efforts d'investissement importants. Eh bien, effectivement, nous devons payer, aujourd'hui, pour ceux qui ont bénéficié des dividendes de la paix et se préparer pour éviter la guerre. Il faut qu'on soit prêts, il faut qu'ils soient dissuadés de nous attaquer.
Et pour être prêts, ça suppose des moyens. Le rapporteur du budget de la défense de la Commission des finances, Dominique Delège, ici au Sénat, estime que les 3,5 milliards d'euros qui ont été ajoutés par Emmanuel Macron poursuivent un objectif qui n'est pas vraiment clair. On ne sait pas vraiment à quoi ils vont servir. Est-ce que vous, vous avez eu des précisions hier, lors de la réunion ? Est-ce qu'on en sait plus ? Est-ce que les parlementaires ont toutes les informations dont ils doivent disposer ? Le Premier ministre a été très transparent et on sentait bien que le ministre des Armées était encore en lui.
Donc, pour justement venir détailler tout ce qu'il avait prévu dans ce qu'on appelle cette surmarche, ce surbudget, cette enveloppe supplémentaire, pour pouvoir se préparer avec cette vision, effectivement, de conflits à haute intensité, qu'on avait besoin d'un certain nombre d'outils, prendre avantage de l'expérience, de ce que l'on observe en Ukraine, de ce que l'on voit sur le terrain, de ce qu'on voit aussi, ce qu'il a dit, de ce qu'on a vu dans la confrontation Iran-Israël encore l'année dernière, récemment. Fort de ces expériences, on a besoin d'évoluer et il a listé hier tout un nombre, à la fois d'équipements, de souhaits exprimés.
– Mais est-ce qu'on est encore en retard ? Parce qu'on l'a compris, vous l'avez rencontré hier après-midi, Sébastien Lecornu, est-ce qu'on a encore du retard sur les équipements, sur les forces, sur la cyber-guerre aussi, la cyber-défense ?
– Alors, est-ce qu'on a du retard ? Est-ce qu'on est là où nos forces armées sont confortables aujourd'hui ? Ben non, s'ils réclament des besoins, des ressources supplémentaires, c'est bien justement qu'ils considèrent qu'on n'est pas à niveau. Mais la question, vous savez, malheureusement, c'est comme le jour du match. C'est lorsque vous voyez la confrontation, vous savez si vous êtes au niveau ou pas. Et je veux dire à nos compatriotes qu'il ne faut pas attendre le jour de l'entrée en conflit pour voir si on est au rendez-vous. Donc, les Jeux olympiques, si ça a été un succès fantastique, c'est parce qu'on l'a préparé, on y a travaillé.
Et que n'avait-on entendu comme critique, comme, je dirais, comme blague sur notre capacité, justement, à s'affronter à un tel événement ? Eh bien là, c'est pareil. Il faut se préparer.
– Vous parlez comme si c'était inéluctable, une entrée dans un conflit. Pour vous, c'est inéluctable ? On va forcément rentrer en conflit à court, à moyen terme ?
– On ne sera pas au conflit si l'adversaire décide de ne pas nous attaquer et ne nous attaquera pas si on est fort. Voilà, donc pour moi, c'est inéluctable aujourd'hui si on ne se prépare pas, si on n'élève pas notre niveau. – Une dernière question sur ce service national annoncé par Emmanuel Macron. Est-ce que le Premier ministre vous a dit comment il serait financé ? Parce que ça coûte quand même plus de 2 milliards d'euros, c'est pas une petite somme. Est-ce que vous savez quelle ligne budgétaire va permettre de financer ce service national ? – Là, ce qui est annoncé, c'est qu'on aurait un nombre limité qui démarrait cet été.
Je pense que là, ils sont en train de préparer, je dirais, la façon de le faire. Il y a beaucoup de questions qui se posent autour de ça puisque le diable se cache dans les détails. Donc la ministre des Armées a rappelé que ça commençait quand même par une journée où à l'âge de 17 ans, tous les jeunes passeraient par une sorte de journée préparatoire où ils exprimeraient leur avis, leur opinion. Moi, mon observation, c'est, je l'ai vu en Suisse, pour les franco-suisses, j'y étais la semaine dernière, les jeunes franco-suisses, à 17-18 ans, on leur demande de faire le choix. Est-ce que vous êtes plutôt côté français ou plutôt côté suisse ?
S'ils sont plutôt côté suisse, ils iront faire le service militaire. Eh bien, dans 9 cas sur 10, ils préfèrent se considérer comme français. Donc ça vous donne aussi un ordre d'état de pensée des jeunes, parce qu'effectivement, si on leur demande de faire un effort personnel, eh bien, on voit que le pourcentage n'est quand même pas très élevé, mais pourtant, encore une fois, il y a différentes formes de faire, je dirais, cet appui, ce service, et ça, ça nécessite effectivement d'être travaillé, d'être mieux exprimé, explicité. Ça s'est passé en quelques jours, on ne peut pas demander d'avoir un plan très détaillé encore aujourd'hui.
Olivier Kadiq, on va terminer par un autre sujet. Vous représentez les Français établilleurs de France, vous connaissez bien le Royaume-Uni. France et Royaume-Uni qui ont signé un accord migratoire, et la France qui, ces derniers jours, a acté une nouvelle doctrine d'intervention en mer contre les traversées clandestines vers l'Angleterre. Alors, qu'en pensent les élus des communes côtières qui voient des migrants partir de leur plage et parfois y mourir ? On va aller dans le Pas-de-Calais. Bonjour Christian Fourcroix, merci beaucoup d'être avec nous. Vous êtes le maire sans étiquette. Dès qu'il y a un plage, on vous avait reçu, Christian Fourcroix, il y a quelques semaines.
Ici, on était ensemble, car depuis votre commune, il y a des migrants qui tentent de rejoindre le Royaume-Uni. Les traversées connaissent parfois une issue dramatique. D'abord, quelle est la situation depuis ? Est-ce qu'il y a eu de nouvelles tentatives de traversées ?
Écoutez, je vous dis tout d'abord bonjour. Depuis un mois et demi, on est tranquille ici sur la côte boulonnaise. Les départs sont plutôt du côté de Calais, Gravelines et Dunkerque, et l'eau de plage. C'est là où est-ce qu'il y a concentré une grande partie des migrants.
La France, on le disait, Christian Fourcroix, elle met en place une nouvelle doctrine. C'est une doctrine qui est en gestation depuis plusieurs mois. C'est des opérations de contrôle, d'intervention en mer, de petits bateaux. C'est une bonne doctrine pour vous ?
Écoutez, c'est une doctrine qui nous avait été annoncée lors de notre visite avec le collectif conduit par Natacha Bouchard au ministère de l'Intérieur. Le ministre de l'Intérieur, Rotaillot, nous avait dit qu'il allait mettre ça en place. Donc ça se met en place. Disons, c'est nouveau. C'est une nouvelle façon d'arrêter le départ vers l'Angleterre. Mais ce n'est pas une recette miracle. Parce que vous savez, les passeurs, quand ils sont à bord des bateaux, ils nous narguent. Et pour les dissiduer à AD, ça ne va pas être facile. Il va falloir avoir des moyens pour intercerter ces petits bottes-là qui passent une vitesse excessive.
Ça veut dire que vous, vous redoutez qu'en fait, concrètement, dans les faits, ça n'est pas beaucoup de conséquences sur le terrain, sur ce que vous visez ?
Non, c'est une bonne chose. C'est une bonne chose. Mais on ne peut pas dire ça y est, la partie est gagnée. On verra à l'usage. On verra comment ça va se faire. Et qui va les intercepter ? Qui est-ce qui va les intercepter ? On va être obligé d'avoir les mêmes moyens qu'eux pour les intercepter. Et de la façon qu'on va les intercepter, il y a des passeurs à l'intérieur. Est-ce qu'ils vont se défendre ? Est-ce qu'ils ne vont pas se défendre ? Est-ce qu'ils vont se laisser faire ? On ne sait pas. Donc, c'est tout à fait nouveau. Mais c'est déjà quelque chose de concret qui a été réalisé. Parce qu'on nous laisse un peu à l'abandon depuis des années à ce niveau-là.
On est des communes qui sont traversées par les migrants à longueur d'année. Et donc, on subit quand même des dégradations. Il faut aller ramasser tout le dégât qu'ils laissent sur place. Et puis, nous, par exemple, on est une petite commune touristique. On les voit tous les jours sur la plage. Ça ne rassure pas les touristes qui viennent passer un bon moment sur nos communes.
Olivier Cady, qu'est-ce que vous avez envie de répondre à M. le maire ?
Je comprends son désarroi. Puisqu'en réalité, c'est une situation que l'on vit maintenant depuis des années et des années. En tant que, vous l'avez dit, représentant des Français établiseurs de France, j'étais il n'y a pas longtemps en Mauritanie. Et il montrait justement l'impact de tous ces migrants qui essayaient de partir sur les îles Canaries, avec tous les drames qui y sont associés. Donc, c'est une problématique qui doit s'appréhender de façon européenne. Les bateaux qui sont utilisés par les passeurs, ils viennent bien de quelque part. On sait aujourd'hui qu'ils sont fabriqués plutôt en Turquie. On sait que, par exemple, j'étais en Bulgarie aussi.
Et donc, il y a tout un système pour bloquer, pour essayer de bloquer ces bateaux qui transitent pour aller jusque sur les côtes. Après, la problématique a été très bien dite par M. le maire. Si, ici, on est un peu plus tranquille en ce moment, ça veut dire qu'ils sont en train de passer par ailleurs. Et une fois qu'on va les bloquer ailleurs, ils vont peut-être revenir chez lui. Et donc, tout ça, c'est une fuite en avant, un jeu de cache-cache permanent. Ces réseaux de passeurs, ce sont des gens qui font beaucoup d'argent.
Les migrants que l'on voit, ce sont parfois des gens qui ont tout vendu pour pouvoir aller vers un endroit où ils pourront avoir une vie meilleure, où on leur fait croire qu'ils auront d'ailleurs une vie meilleure. Mais parfois, ils ont tout laissé. Ils lâchent tout. Ces organisations de passeurs, c'est un peu comme des agences de voyage dédiées pour ces gens-là et qui vivent dans des conditions absolument atroces. On parle du Nord-Pas-de-Calais, mais il faut voir ce que ça donne aujourd'hui en Libye, qui est un autre point avant qu'ils traversent la Méditerranée et ce que ça peut vouloir dire. Donc, cette problématique, elle est globale.
On doit l'appréhender d'une façon européenne et ne pas croire qu'en bloquant sur un point, en empêchant un point d'accès, qu'on a réglé le problème. On aura pu régler le problème à cet endroit-là, mais il va se déporter ailleurs et on a le même problème avec le narcotrafic.
Un dernier mot, M. le maire, vous nous parliez d'un sentiment d'abandon. C'est difficile à gérer pour vous en tant qu'élu et même personnellement ?
Oui, c'est difficile à gérer. C'est difficile à gérer. M. le sénateur, il dit que c'est un problème européen, mais il n'y a qu'en France que ça se passe. En Belgique, on est tout proche de la Belgique. En Belgique ou en Hollande, ils ne vont pas s'y frotter. Il y a une certaine autorité. En France, on est délaissé à ce niveau-là. On est délaissé. On nous abandonne. Il n'y a personne qui veut prendre les responsabilités pour les empêcher de passer. S'ils passent dans le Pas-de-Calais, c'est parce qu'on ne les bloque pas aux arrivées en Méditerranée ou par ailleurs. Ils rentrent en France comme ils veulent. La France, c'est une passoire. Rappelons, Olivier Calais.
Oui, là, c'est la responsabilité du propos au niveau du maire. C'est ce message-là qu'on entend un peu de façon récurrente. En réalité, cette problématique-là, elle est internationale. Il faut effectivement la traiter de façon européenne. Et la France, une passoire. Quand on voit comment ça se passe, justement, en Libye, les efforts qu'on fait en Mauritanie pour, justement, essayer de bloquer le flux. Mais, encore une fois, vous ne pourrez pas arrêter des gens qui ont tout vendu en espérant qu'on leur a fait miroiter de passer de l'autre côté. Donc, on est confronté à des gens qui vivent de ce système-là.
Merci beaucoup. Merci, Christian Foucroix, d'avoir été avec nous, maire d'Equien-Plage, dans le Pas-de-Calais. Merci, Olivier Cadic. Retrouvez l'intégralité de nos podcasts sur la plateforme Public Sénat.
Olivier Cadic