Amélie de Montchalin (LREM): «Zemmour prend en otage le débat public !»
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Bonjour Améline Monchalin. Bonjour. Vous êtes ministre de la Transformation et de la Fonction Publique.
La campagne pour 2022, elle a vraiment commencé. Emmanuel Macron est ce matin à Roubaix. Il va clôturer le Beauvau de la sécurité.
La police, la sécurité, c'est le talon d'Achille du gouvernement et du Carpina. Je pense qu'on ne prend pas le sujet de la bonne manière si on le pose comme ça. On n'est pas en campagne.
On est en train de travailler sur un enjeu majeur de la vie quotidienne, de l'unité de notre pays, qui est la sécurité. Ça fait des mois que sur un certain nombre de sujets, des engagements ont été pris. Des engagements d'abord de moyens humains, des engagements de moyens budgétaires.
Et des questions ont été largement débattues au cours des derniers mois. Et donc nous, on a une politique de sécurité. Ce n'est pas une course au positionnement de droite.
La plupart des adversaires ou des potentiels d'Emmanuel Macron dénoncent un échec. Moi, ce que je vois, c'est qu'on est le premier gouvernement à avoir assumé d'abord de revenir sur la politique délétère, qui avait été celle de la fameuse RGPP, qui avait quand même amené à supprimer plus de 12 000 postes de policiers. Donc là, on a remis 10 000 personnes sur le terrain, là où les Français attendent justement des gens, pas dans les bureaux, pas pour faire des enquêtes, sur le terrain en proximité.
On est le premier gouvernement à avoir assumé qu'il n'y a pas de sécurité si on n'aide pas le ministère de la Justice et la Justice à fonctionner de manière plus rapide, plus efficace. Et donc c'est pour ça que c'est déjà, pour deux années constitutives, le budget va avoir augmenté de 8%. Dans les annonces prévues ce matin, il y a aussi cette idée d'un contrôle parlementaire sur la police.
C'est finalement un petit clin d'œil, on va dire, à l'aile gauche, en disant qu'il faut davantage...
Vous savez, c'est des débats qui durent depuis des années. Le président de la République tracera ce qui nous semble être un consensus et la manière d'apaiser une relation qui doit être une relation républicaine. La police, c'est le premier actif, tout comme le ministre de la Justice, tout comme tous ces hommes et ces femmes très nombreux, qui assurent quand même notre vie quotidienne, sereine, démocratique, et donc dans un cadre qui doit être contrôlé.
Et justement, ce contrôle, il est mal interprété par les syndicats, qui se disent, mais si on veut nous contrôler, il y a déjà l'IGPN qui existe. Peut-être qu'avant de commenter les réactions des uns et des autres, on va écouter ce qu'a dit le président de la République, on va aussi prendre en compte tout ce qui a été le travail de ce Beauvau, qui était une démarche. Il va essayer aussi de reposer avec des experts, avec les policiers eux-mêmes, avec la société, des questions en profondeur.
Vous voyez, notre méthode, notre action, si on parle campagne présidentielle, nous, notre campagne, c'est l'action. Ce n'est pas ni de se dire qu'on a un bilan dont on est auto-satisfait et dont on arrêterait de penser qu'il faille encore agir, ni de se mettre dans des débats de politique politicienne. Les Français, aujourd'hui, on sort d'une crise sanitaire, on a des enjeux économiques majeurs, on a des enjeux de sécurité, on a des enjeux de République à faire tenir.
La loi sur le séparatisme a été un élément...
Jusqu'au dernier quart d'heure, a dit le président. Maintenant, effectivement, aux autres présidents, dans les autres quinquennats, qui, 200 jours avant l'élection, vous disaient « On arrête tout et on ne s'intéresse plus qu'à l'élection », c'est, je crois, la meilleure manière de détourner les Français de la politique et d'abord à leur service. Alors, on s'attend aussi à des annonces financières pour la police.
Beaucoup d'argent est débloqué. On parle de 1 milliard à 2 milliards débloqués, là, annoncés aujourd'hui, pour une programmation. Mais, finalement, on peut faire le parallèle.
Quand Anne Hidalgo, elle promet de doubler le salaire des enseignants, là aussi, vous dénoncez un festival de démagogie. L'éducation, c'est une priorité aussi ? Première chose, toutes les dépenses qui sont aujourd'hui sur la table sont des dépenses d'investissement.
Nous voulons investir. C'est-à-dire que nous ne parlons pas, aujourd'hui, de mesures qui seraient électoralisées, d'une certaine manière, où on dépenserait de l'argent pour qu'ensuite, on ne sache même pas à quoi vraiment il sert et comment il est efficace dans le fonctionnement des services publics, dans l'investissement. 900 millions d'euros, c'est la hausse du budget du ministère de l'Intérieur pour 2022.
Ça a déjà été annoncé. C'est, comment on dit, bouclé, c'est-à-dire que c'est responsable. On est en train de construire, évidemment, un budget qui est aussi un budget où on prend l'ensemble des sujets en compte et on fait des arbitrages, on fait des choix.
Et typiquement, sur les effectifs, puisque c'est un sujet qui est celui de la fonction publique, on a fait un choix avec le Premier ministre. On stabilisait l'effectif, mais on réalloue les personnes en fonction des besoins. On réalloue, par exemple, plus de création dans les ministères parisiens de poste, quand il y a des remplacements de départ à la retraite.
L'ensemble de nos créations dans les départements, ça se passe également dans la police. Bref, on fait des choix. D'accord.
C'est important. Quel est l'enjeu aujourd'hui ? Ce n'est pas d'acheter des clientèles, ce n'est pas de faire ce que tous les quinquennats précédents faits et d'ailleurs en n'étant jamais réélus.
Parce que les gens ne sont pas dupes. Il n'empêche, il n'empêche, sur les enseignants, j'aimerais avoir une réponse sur les enseignants. Doubler le salaire des enseignants, vous avez dit, c'est un festival de démagogie.
Bien sûr que ça c'est...
Parce que quoi ? Ce n'est pas réaliste ou simplement ce n'est pas votre priorité ? Parce que si c'est la seule politique éducative qu'on a pour la France, parce que quand on a écouté Mme Hidalgo, la seule chose qu'elle a dit sur l'école, c'est qu'il faut doubler le salaire des professeurs.
Moi, je voudrais savoir ce qu'elle pense de la formation de ses professeurs, de l'égalité des chances, de comment on organise le contenu de l'école. Ça c'est aussi une question que nous, on a pris dans son ensemble. Il y a évidemment des questions de pouvoir d'achat et de valorisation des métiers qui se posent.
Jean-Michel Blanquer a commencé d'ailleurs. C'est pour ça qu'on a là aussi un calendrier. On s'est donné la priorité aux jeunes enseignants.
Et surtout derrière, on est en train de se poser des questions. Moi, je lance la semaine prochaine une conférence sur les perspectives salariales dans la fonction publique, sur le système de rémunération. Il faut une rémunération au mérite pour les enseignants ?
Mais il faut surtout nous assurer que d'abord, les métiers sont attractifs. Est-ce qu'il faut le même salaire pour tous les enseignants de cette église ? Mais le président de la République, quand il va à Marseille, et qui met sur la table aussi des enjeux, comment on crée des équipes éducatives, comment on choisit là où on travaille plutôt que d'être dans la mobilité forcée.
Donner la possibilité de choisir les enseignants pour les directeurs d'école. Et vous voyez, la némagogie de Mme Hidalgo, c'est qu'elle nous dit dans la même phrase, plein de choses dont je pense que les fonctionnaires ne sont pas dupes, parce qu'ils n'ont pas compris ni le calendrier, ni comment c'était financé. Et je pense que les fonctionnaires ont bien compris que la gauche les traitait comme une clientèle depuis des années, et que ça ne les servait pas concrètement.
Les salaires des professeurs ont plus augmenté sous notre quinquennat que sous le quinquennat précédent. C'est-à-dire qu'au fond, Emmanuel Macron, Jean-Michel Blanquer, notre gouvernement, avons plus fait pour le pouvoir de l'achat des enseignants que le quinquennat de gauche précédent. Mais surtout Mme Hidalgo, elle a aujourd'hui des fonctionnaires sous sa responsabilité.
Elle est maire de Paris. Et elle n'appuie pas les 35 heures. Elle n'appuie pas les 35 heures.
Le dialogue social y est bloqué. Et toutes les augmentations de salaires qui sont actuellement à l'œuvre pour les personnels les moins rémunérés de la mairie de Paris, ce n'est pas Mme Hidalgo qui les a décidées. C'est moi.
C'est moi, ministre de la fonction publique, qui a quelques mois a considéré qu'on ne pouvait pas laisser des personnes sous le subic. Et je pense que tout le monde le comprendra. C'est moi qui ai fait le choix, non pas d'augmenter indéfinie, sans aucune distinction, les salaires avec le fameux point d'indice, mais de concentrer nos efforts sur les catégories C.
Et donc, derrière la démagogie, ce que je mets moi en cause, c'est que la politique, c'est une affaire de responsabilité. C'est une éthique. Donc, c'est irresponsable.
On prend des engagements, on les suit, on regarde comment il s'appelle sur le terrain. Alors, à propos d'engagement, un mot sur Éric Zemmour, dont on parle beaucoup en ce moment. Il sort son livre, il est au bord d'une candidature.
Il prend des voix à la droite et à l'extrême droite. À ce titre, il est un peu le meilleur allié d'Emmanuel Macron ? Non.
M. Zemmour, d'abord, considère que la politique est un jeu. Un jeu de dupe.
Moi, je pense que c'est dangereux. Je pense qu'il est en train de ramener le débat sur des sujets qui sont en train d'abaisser le débat public, qui éloignent aussi le débat de sujets qui sont au cœur de la vie quotidienne. Vous savez, j'ai fait un débat avec Éric Zemmour au mois de mars.
Et on a eu un point de différence très fort. Moi, je lui disais, la politique, pour moi, c'est de s'occuper de la vie quotidienne, c'est d'avoir des résultats, c'est de faire ce que je faisais et que je fais toujours depuis un tour de France de 23 départements, 13 régions. Donc, c'est un festival de démagogie aussi ?
Oui, mais allez voir sur le terrain ce qui change dans la vie des gens. Ce n'est pas de lancer des anathèmes, des polémiques, des sujets clivants et de se dire qu'on existe. Ce n'est pas ça, la politique.
Ce n'est pas de prendre en otage le débat public, alors que les Français attendent, je crois, aujourd'hui. Ils prennent en otage le débat public ou ils le posent sur la table à sa façon ? Mais quand je vois, encore ce matin, qu'il nous dit qu'il est dans l'ambiguïté, que ça sert son intérêt, mais ce n'est pas un jeu, la politique.
On est là, quand même, à nouveau, et c'est une éthique de responsabilité. De quoi notre pays a besoin ? Qu'est-ce que les Français attendent ?
Comment, sur le terrain, la vie quotidienne change ? S'il n'a pas assez changé, et c'est mon rôle de ministre de suivi, de la transformation publique, sujet par sujet, départemental, départemental. Donc, il y a ce côté ingrat aussi de la politique, ou en tout cas gratifiant, mais...
La politique, c'est du travail, ce n'est pas de la posture. Et nous, ce que nous considérons être notre bilan, c'est l'action. L'action jusqu'au dernier moment.
C'est ça, la politique. Et si c'est différenciant dans le débat politique, je peux vous dire qu'on va clamer, et qu'on va assumer, et qu'on va mettre en avant cette différence. Parce qu'aujourd'hui, on a quand même un enjeu dans notre pays, c'est la participation démocratique.
L'abstention massive. Est-ce que vous pensez vraiment que les gens vont aller voter, s'ils ont l'impression que le débat public n'est qu'une question de gens qui se parlent entre eux, de sujets qui les concernent de loin, ou qui n'ont pas de conséquences ensuite dans leur vie ? Moi, je pense que si on fait ça, c'est une grave erreur.
À propos d'actions concrètes, et la crise sanitaire, c'en est une. Les sanctions, elles commencent à tomber des deux mains pour les personnels des hôpitaux ou des EHPAD qui refusent la vaccination. Faute de personnel, une désorganisation est-elle à craindre ?
Vous savez combien de soignants sont vaccinés aujourd'hui ? 96, 97%. On a fait des études.
Oui, mais les 3% qui restent désorganisent. On a 1% aujourd'hui de personnel qui disent ne pas vouloir se faire vacciner. Donc c'est un faux problème.
Notre enjeu, c'était d'abord de mener une campagne de vaccination. Et ça a marché. Aujourd'hui, les agents publics, les fonctionnaires, sont vaccinés à plus de 90%.
Donc ça veut dire qu'on est en train aujourd'hui d'avoir gagné ce qui était notre ambition. Il n'empêche qu'on entend des hôpitaux déprogrammer des opérations, parce qu'il y a un début de désorganisation. Le mot est peut-être un peu fort, mais de crainte.
Et il y a aussi un enjeu qui a un enjeu, comme l'ensemble des secteurs économiques de notre pays, de recrutement. On fait appel à l'intérim. Nous avons aujourd'hui des postes ouverts, des postes financés, des postes bien financés d'ailleurs, parce que les revalorisations salariales du Ségur sont maintenant totalement effectives, et où nous cherchons des hommes, des femmes, pour venir prendre ces postes.
Ça veut dire qu'on est en train de former massivement des infirmières, des aides-soignantes. On a mis en place de l'apprentissage. On en verra les résultats.
C'est des formations qui durent 6, 9, 12, 18 mois. Mais donc aujourd'hui, effectivement, on a des enjeux de recrutement. Mais je tiens à dire que sur la vaccination, contrairement à ce qu'on a pu entendre, notre objectif, ce n'est pas un plan de sanction.
C'est un plan de vaccination. Et ça a marché. Donc on va continuer.
Il y a des gens qui doivent avoir leur deuxième dose. Il y a évidemment des gens qui doivent encore...
Pas d'inquiétude immédiate sur le fonctionnement des hôpitaux. Mais on va d'abord accompagner. On a mis des moyens.
Et on va surtout s'assurer qu'il n'y ait pas d'abus de personnes qui pourraient venir travailler et qui ne sont pas là. Donc il y a des contrôles dès demain qui se mettent en place. Évidemment.
Et on va surtout, je le redis, continuer à massivement investir pour recruter. Notre hôpital aujourd'hui, ce n'est plus un enjeu de ligne budgétaire. C'est un enjeu de moyens humains.
Et donc il faut former, recruter, fidéliser. Et ça, évidemment, c'est le travail d'Olivier Véran. Mais de l'ensemble du gouvernement, parce que la santé, on l'a vu, c'est une question qui concerne tous les Français.
Merci Amélie de Monchalin. Merci. Merci.
Amélie de Montchalin