Barnier : ses choix pour le gouvernement #cdanslair 19.09.2024
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Essayez le nouveau ZzzQuil Sommeil Spray. ... - C.Roux: Bonsoir à tous.
Bienvenue dans "C dans l'air". "Ca passe ou ça casse", c'est un peu la tonalité de la journée pour le Premier ministre, M.Barnier.
Face aux oukases des uns, aux lignes rouges des autres, il a choisi de réunir toutes les formations politiques prêtes à entrer au gouvernement dans une seule et même réunion à Matignon cet après-midi. Une sorte de grande explication qui pourrait déboucher sur l'annonce d'un gouvernement. Quelques noms ont fuité dans la presse de cette liste que M.Barnier a fait passer au président.
E.Macron joue une forme de distance, mais en coulisses impose une composition à l'image du vote des Français. Le président recevra d'ailleurs M.Barnier à 19h ce soir.
Le débat budgétaire ne peut plus attendre, face à une situation que M.Barnier juge très grave. C'est le sujet de cette émission.
Avec nous, pour en parler, R.Cayrol, politologue, directeur de recherche associé à Science-Po. G.Daret, reporter, associé au service politique de France Télévisions.
T.Tran Huy, vous êtes directrice adjointe de Public Sénat. F.Guinochet, vous êtes journaliste économique pour "La Tribune" et éditorialiste à franceinfo.
Bonsoir à tous les 4. Merci de participer à ce "C dans l'air" en direct. Je voudrais qu'on refasse le film de la journée.
Je le disais, ça passe ou ça casse. Hier soir, on a terminé l'émission en se demandant si M.Barnier pouvait tenir. - G.Daret: L'objectif de M.Barnier, c'était de mettre tout le monde autour de la table aujourd'hui et de les placer devant leurs responsabilités, de leur dire: "Soit on se met d'accord, soit je me casse." Ce sont les mots qu'il a utilisés.
Hier, les parlementaires me racontaient que, dans le camp présidentiel ou dans le camp de M.Barnier, chacun joue la stratégie de l'élastique, en tirant pour que ça aille de son côté. Mais ça n'a pas été loin de casser.
Donc M.Barnier voulait remettre tout le monde autour de la table. Ce qui l'exaspère, ce sont les jeux d'appareil, les ambitions personnelles.
Ce n'est pas nouveau. - C.Roux: Il découvre? - G.Daret: C'est peut-être différent de ce qu'il a connu il y a 10 ou 15 ans.
Deux personnalités sont plus particulièrement dans le viseur de M.Barnier: G.Darmanin, qui a cogné fort sur la question d'une potentielle hausse d'impôts, et G.Attal, qu'il ne peut plus "piffrer".
Il a le sentiment qu'il joue contre lui, alors que pour lui, ce sont des gens qui devraient être dans sa coalition. L'objectif de cette réunion, c'était de montrer les muscles. - C.Roux: On reviendra sur la stratégie de G.Attal, qui est très présent en tant que Premier ministre sortant dans cette séquence.
Qui y avait-il autour de la table? Ils étaient nombreux? - T.Tran Huy: Il y avait un peu tout le monde.
Ca allait de L.Hénart pour les radicaux à M.Fesneau, en passant par G.Attal ou encore H.Marseille, E.Philippe...
Il y avait tous ceux sur qui, manifestement, on doit pouvoir compter pour constituer ce gouvernement. Il est sorti de là un certain nombre de bruits, comme quoi on nous dit qu'il y aurait une liste avec des équilibres sur lesquels on serait arrivé. Ces 2 derniers jours, il y a eu des problèmes sur les équilibres présentés dans les listes de M.Barnier à E.Macron, notamment avec une place trop importante consacrée aux LR, ce qui a énormément posé problème.
Des noms qui ont crispé: L.Wauquiez, B.Retailleau...
On nous disait que certains LR voulaient au moins une dizaine de postes, alors qu'ils ne sont que 47 au Parlement. Eux veulent dire qu'ils sont les premiers en termes de groupe parlementaire, si on cumule le Sénat et l'Assemblée. Là, il semblerait que dans les ministères de plein exercice, Ensemble pour la République serait beaucoup plus central. - C.Roux: On a une répartition chiffrée qui est sortie de cette réunion, qui a duré presque 2 heures. - G.Daret: Chacun débriefe un peu avec ses troupes.
G.Attal a convoqué une réunion de groupe avec les députés Ensemble pour la République. Il leur a expliqué qu'il a eu des précisions sur la ligne politique que souhaite conduire M.Barnier.
Il y aurait 38 ministres dans sa liste, dont 16 ministres pleins, plus des secrétaires d'Etat et des ministres délégués. Il y aurait 7 ministres issus de Renaissance, 3 des Républicains, 1 MoDem, 1 Horizons, 1 UDI, 1 Divers gauche et 1 Divers droite. Ce serait un gouvernement paritaire. - C.Roux: 16 hommes, 16 femmes... - G.Daret: Effectivement.
Et des précisions sur la ligne politique qui a été donnée par M.Barnier, notamment sa date de déclaration de politique générale. Elle aura lieu le 1er octobre, avec 3 grands blocs: les préoccupations des Français, l'immigration, l'économie et, la question centrale qui interroge beaucoup de gens, la réduction des dépenses publiques. - C.Roux: R.Cayrol, c'est au trébuchet, au millimètre, pour que ça tienne? - R.Cayrol: Oui.
On n'est pas là pour rigoler! C'est la république des partis. Le général de Gaulle doit se retourner dans sa tombe.
C'est une grande première sous la Ve République: réunir les partis politiques. Annoncée comme la dernière réunion pour la constitution d'un gouvernement, c'est la revanche des partis politiques. Il y a un parti préféré aux autres.
Au bout de la réunion, ils sont tous partis, sauf L.Wauquiez et B.Retailleau, qui sont restés avec le Premier ministre.
Les invités partent, mais la famille reste. Tout ce qu'on avait compris dans cet équilibrage au trébuchet, comme vous dites, et sur la volonté de LR de marquer de son empreinte, ça s'est vérifié aujourd'hui. On a un gouvernement marqué par la personnalité du Premier ministre et de M.Barnier, avec tous les partis du centre et de la droite.
En sous-main, on a un président de la République qui nous avait juré qu'il ne s'en mêlerait pas et qui s'en mêle. Il est toujours là. - C.Roux: Le fait qu'il ait rendez-vous avec le Premier ministre à 19h15, ça veut dire quoi?
Il vient officiellement présenter la liste du gouvernement? - R.Cayrol: Oui.
C'est ce que dit la Constitution. Sur proposition du Premier ministre, le président nomme les ministres. Mitterrand avait eu cette phrase envers Chirac: "Si j'ai le pouvoir de nommer, c'est donc que j'ai le pouvoir de ne pas nommer." C'est comme ça qu'il avait à l'époque retoqué des ministres chiraquiens.
Chirac s'était incliné. On a le sentiment que c'est un peu pareil. M.Barnier a compris que, pour que ça marche, il fallait s'incliner un peu devant la volonté du président de la République. - C.Roux: Pourtant, E.Macron était en déplacement ce matin.
On lui a posé la question: "C'est pour bientôt, ce gouvernement?" Il a répondu qu'il ne savait pas. - R.Cayrol: La nomination du gouvernement Fabius, avec Mitterrand...
Il y a des façons de faire. - C.Roux: Hier, la rumeur est partie comme une traînée de poudre.
Et si M.Barnier jetait l'éponge? Face aux lignes rouges des uns et des autres, le Premier ministre a décidé de réunir tous ses potentiels partenaires dans une seule et même réunion, considérée comme la réunion de la dernière chance. *-Derniers jours pour trouver les bonnes personnes aux bons postes.
M.Barnier mène sa dernière journée de consultation. *-Toujours aucun ministre réellement en charge. - Les journalistes politiques trépignent, quand la France s'impatiente. *-Deux semaines après sa nomination, M.Barnier semble avoir du mal à constituer son gouvernement. *-Les signes de désaccord avec E.Macron sont de plus en plus visibles. - Après deux annulations hier, M.Barnier convoque à Matignon les représentants politiques du centre et de la droite pour former enfin un gouvernement. - M.Fesneau: Ce qu'on a dit depuis le début, la nécessité de faire réussir la France.
Je suis sûr qu'on va trouver un chemin. - Mais pour tracer une route, il faut un cap. Mais qui le fixe?
E.Macron ou M.Barnier?
Les relations entre les 2 hommes se seraient tendues ces dernières heures. - V.Jeanbrun: Le Premier ministre a trouvé utile de conseiller des personnalités politiques de notre famille sur ces postes-là.
Maintenant, la discussion se fait. - Le président aurait demandé à Barnier de revoir sa copie. Le Premier ministre aurait proposé trop de profils de sa famille politique, Les Républicains.
Impensable, pour les macronistes, qui veulent des postes mais refusent que le futur gouvernement critique leur bilan et augmente les impôts. - G.Darmanin: Nous ne pouvons pas entrer dans un gouvernement sans savoir ce qu'il va faire.
Sinon, c'est la lutte des places. - En coulisses, on critique déjà la méthode de M.Barnier. ...
Du pain bénit pour l'opposition d'extrême droite. M.Le Pen et ses lieutenants ironisent sur ce Premier ministre LR dont le parti est arrivé 4e aux législatives. ... - S.Chenu: Le Premier ministre Nous montre qu'il est dépassé.
M.Barnier veut nommer des LR et E.Macron des macronistes.
Mais finalement, c'est pour faire la même politique. - Du côté de la gauche, F.Hollande règle ses comptes.
Pour lui, E.Macron est responsable de ce chaos. - F.Hollande: S'il n'y arrivait pas, ce serait grave pour le pays.
C'est lui qui a pris cette responsabilité de choisir monsieur Barnier. Il doit aller jusqu'au bout. - En attendant un nouveau gouvernement, E.Macron a annulé un déplacement prévu demain, officiellement pour une météo trop nuageuse. - C.Roux: La question que tout le monde se pose, c'est: qui?
Il y a quelques pistes qui ont tourné, à partir de la liste remise au président de la République, en partie retoquée. - G.Daret: Parmi les personnalités à droite, ce sont les mêmes têtes d'affiche.
B.Retailleau, le patron des sénateurs LR, L.Wauquiez, le patron du groupe qui s'appelle désormais La Droite républicaine.
Il y a des noms comme A.Genevard, F.-N.Buffet, le sénateur président de la commission des lois...
On évoque le nom de D.Migaud pour le ministère de la Justice. Ce sont des personnalités, notamment à droite, qui ont pu bloquer, non par leur nom mais par ce qu'elles incarnent et les postes qu'elles occuperaient.
Quand bien même ils ne seraient que 3, si c'est le ministère de l'Intérieur, Bercy et un autre ministère important... - C.Roux: Il y a un poste très attendu, dans le contexte, c'est le ministre de l'Economie. - F.Guinochet: Pour l'instant, on n'a pas de nom.
A circulé le nom de L.Wauquiez, mais il y a eu un tir de barrage. Aujourd'hui, c'est un poste vacant, difficile.
C'est sur lui que va se concentrer une grosse partie de la mission de M.Barnier dans les premiers temps. La 1re échéance, c'est le budget.
Même si la présentation du budget 2025 est reportée, en tout cas repoussée d'une semaine...
On parle du 9 octobre. Ce sera quand même le 1er crash-test à l'Assemblée nationale. Le budget, c'est le 1er poste de dépenses.
Vous avez les retraites, les niches parlementaires du RN et du Nouveau Front populaire qui vont passer à l'assemblée...
Ce qui se joue, c'est la réforme ou pas, la suppression de la réforme des retraites Macron ou pas...
C'est le gros éléphant au milieu de la pièce. Derrière, c'est un peu ce qu'attendent les Français. On voit leur lassitude vis-à-vis des têtes qui tournent, des noms qui circulent.
Ce qu'ils veulent savoir aujourd'hui, c'est s'ils vont payer plus d'impôts, si la réforme des retraites va rester ou si elle va être rabotée, aménagéE. Concrètement, qu'est-ce que ça va représenter pour eux? - C.Roux: On va en parler dans un instant.
A l'issue de cette réunion, il y a eu des confidences sur les axes. On parle du casting, mais ce qui compte, c'est le fond. Je voudrais faire un point sur ceux qui pourraient rester.
M.Le Pen a fait la liste aussi. Elle refuse l'entrée de X.Bertrand et que Dupond-Moretti reste.
Est-ce qu'il y a des ministres démissionnaires qui pourraient rester? - T.Tran Huy: Difficile à savoir.
Très honnêtement...
G.Darmanin, quand on voit la façon dont il a envoyé un scud, à travers les propos qu'il a eus sur les hausses d'impôts...
On se dit qu'il n'a pas dû obtenir ce qu'il demandait. On parlait de lui, parce qu'il voulait avoir le ministère des Affaires étrangères ou ce genre de choses. On peut penser qu'il n'a pas eu ce qu'il réclamait. - F.Guinochet: R.Dati, par exemple, devrait rester.
Elle est assez proche de M.Barnier. On parle d'elle à la Culture, mais son nom circule pour l'Education.
C.Vautrin pourrait rester, dans un ministère élargi Santé-Travail. Peut-être que le Travail serait détaché, donné à quelqu'un issu de la Macronie.
Mais normalement, C.Vautrin devrait rester au gouvernement. - C.Roux: C'est important, R.Cayrol?
Les Français assistent à ce spectacle depuis des mois. Il faut que ça ressemble à quelque chose de nouveau sur la photo de famille? - R.Cayrol: C'est ce que demandent les Français, un renouvellement sur le fond, qu'on change de politique, et qu'il y ait de nouvelles têtes.
C'est intéressant. On continue à être originaux en Europe. On s'est dit qu'on allait faire comme nos voisins, avoir des discussions pour une coalition.
Mais chez nos voisins, les discussions se font essentiellement sur le programme. "Qu'est-ce qu'on va faire au pouvoir ensemble?" Et on voit ce qui peut tenir.
Le dernier texte de coalition en Allemagne, c'était 134 pages. Chez nous, on ne fait que du casting. Ils ont fait semblant, dans les 24 dernières heures, qu'il y avait un désaccord sur le fond. - C.Roux: Il n'y en avait pas, sur les impôts? - R.Cayrol: Ils disent pareil, Attal et Barnier.
C'est Darmanin qui a fait monter la pression pour faire croire qu'il y avait une différence, pour faire croire que, lui, il prend en compte les problèmes des Français, des employés, des ouvriers. Mais il n'y a pas de différence. Il était un peu marri par l'attitude d'Attal, M.Barnier.
Ca fait partie des raisons pour lesquelles il doit être agacé. Ils étaient tous là aujourd'hui pour discuter du casting, ce qui se comprend comme une exception française. - C.Roux: Il a été en effet un brin agacé.
M.Barnier a dit: "Cette situation mérite mieux que des petites phrases." Il visait G.Attal, mais aussi G.Darmanin. - G.Daret: Effectivement, ça s'est tendu entre les deux, comme avec d'autres.
Il y a plusieurs têtes d'affiche du gouvernement avec qui ça s'est mal passé, les entretiens de ces derniers jours. La politique, c'est une ligne, mais c'est aussi de l'humain. Ils ont le sentiment de ne pas avoir été très bien traités par M.Barnier.
Ils se sont sentis pris de haut. Ils ont eu le sentiment aussi, et c'est peut-être un retour de bâton sur le plan politique, d'avoir vu quelqu'un d'un peu déconnecté du monde politique actuel. Plusieurs parlementaires me disaient, un peu grinçants et de façon méchante, que c'était comme s'il parlait en anciens francs.
C'était une façon de lui coller une étiquette d'homme politique d'il y a 30 ans. Très rapidement, on sent que ceux qui veulent le discréditer sont revenus. Il en est arrivé au point où il a réconcilié G.Attal et G.Darmanin, qui sont en guerre absolue depuis plusieurs semaines. - C.Roux: Il y a cette question intéressante. ... - R.Cayrol: Ah non!
Ce sont vraiment des politiques. La liste que vous nous avez sortie, ce sont des poids lourds politiques ou des poids moyens. - C.Roux: On peut naviguer avec des poids lourds politiques? - R.Cayrol: On va naviguer.
Le problème est de savoir combien de temps ça peut tenir. Si, dès avant le 1er jour, on en est à ce type de relation...
Qu'est-ce que ça va être quand on va parler vraiment du fond? Sur tous les chapitres budgétaires, on peut s'attendre à ce que ce soit assez tendu. - C.Roux: Est-ce qu'ils ont intérêt à ce que ça marche, tous?
G.Attal, après avoir fait monter la tension, a dit: "Nous voulons que M.Barnier réussisse.
Nous ne serons jamais du côté du blocage." Il a dit ça dans une lettre adressée aux députés. Est-ce qu'ils ont tous envie que ça tienne? - R.Cayrol: Ils ont tous intérêt à ce que ça tienne.
C'est la dernière solution qu'a fini par trouver le président de la République, après 51 jours de consultations nourries. Ils ont intérêt à ce que ça tienne, car il n'y a pas, en magasin, un plan B. Ils ont intérêt à passer le budget, les quelques lois qu'ils arriveront à passer et à s'orienter vers la nouvelle dissolution, probablement inévitable, de l'Assemblée nationale.
Ils le savent, que c'est leur intérêt. Mais ils en sont déjà à compter les points pour la fameuse présidentielle. Il n'y a que ça qui fait vivre un homme politique de ce niveau: être candidat à la présidentielle, même pas être élu! - C.Roux: Ca agace prodigieusement les gens qui nous regardent ce soir. - R.Cayrol: Il y a de quoi être agacé. - T.Tran Huy: C'est un moment de retour des politiques sur le devant de la scène.
Certains parlementaires l'appelaient de leurs voeux. Dans une séquence assez difficile, certains pensent qu'il faut avoir du métier, savoir discuter avec les parlementaires, savoir négocier dans les couloirs. On ne peut pas prendre des personnes purement techniques.
On est dans de la négociation. Il faut savoir se faire aimer des gens, leur parler, aller dans les différentes réunions de groupe. C'est comme ça que ça va se passer.
Personne n'a intérêt à l'échec de Barnier. C'est ce que m'ont dit les ministres aujourd'hui. Les macronistes disaient pourtant ces derniers jours qu'ils étaient extrêmement fâchés, que ça allait péter.
Mais ils se rendent compte de ce qui arrive. C'est comme un saut dans le vide. Si M.Barnier, ça rate, on tombe sur un abîme.
Qu'est-ce qui peut se passer? E.Macron serait poussé à la démission?
L'hypothèse de la destitution paraissait farfelue cet été, mais, à mesure que la crise s'enlise, elle devient de plus en plus palpable. Ils s'en rendent compte, aujourd'hui, qu'ils sont solidaires les uns avec les autres. Barnier, Macron... - C.Roux: Leurs sorts sont liés? - T.Tran Huy: Je crois. - G.Daret: Les deux ont intérêt à ce que ça marche.
M.Barnier, il y a 6 mois, n'imaginait pas qu'il allait se retrouver Premier ministre. E.Macron, c'est lui qui est à l'origine de cette situation en ayant prononcé la dissolution de l'Assemblée.
Il n'a pas intérêt qu'au bout de 12 ou 13 jours, le Premier ministre quitte le bateau en disant: "Finalement, je m'en vais." Ces derniers jours, les interlocuteurs qu'on a pu avoir pointent plutôt une maladresse personnelle de M.Barnier.
Il y en a un qui m'a dit: "Ce n'est pas E.Macron qui empêche M.Barnier d'être aimable." - C.Roux: Parmi les informations qui ont fuité de cette réunion, il y a l'idée que M.Barnier s'est engagé à ne pas augmenter les impôts pour les classes moyennes. - F.Guinochet: C'est une façon de réconcilier tout le monde.
On voit bien que la ligne rouge des hausses d'impôts a été mise par G.Darmanin et la droite. En même temps, on a une situation budgétaire compliquée.
Il y a certainement d'autres moyens de trouver de l'argent. Mais c'est une façon de réconcilier. Quelque part, on se rapproche de ce que faisait E.Macron. "Pas de hausses d'impôts pour la France qui travaille", c'est ce que disait G.Attal.
Ce qui peut paraître étonnant et maladroit de la part de M.Barnier, c'est d'avoir un Premier ministre qui arrive en disant: "La situation est grave, plus grave qu'on pouvait l'imaginer." On a tout de même quelques documents budgétaires, un rapport de la Cour des comptes...
Tout le 1er semestre où on a entendu Bercy tomber de l'armoire comme quoi il n'y avait pas assez de recettes, qu'il fallait geler les budgets...
Il y a eu un pacte de stabilité envoyé à Bruxelles. Il suffit de le lire. La situation des comptes est loin d'être bonne.
On peut se dire que M.Barnier joue aussi là-dessus. Finalement, les querelles politiques, c'est bien beau, mais la situation est grave.
Ca rappelle Fillon: "Je suis à la tête d'un Etat en faillite." Ca prépare de mauvaises nouvelles. On va voir maintenant où est mis le curseur. - C.Roux: Pas sur les classes moyennes mais sur tout le reste? - F.Guinochet: On revient sur la difficulté de: qu'est-ce qu'être riche en France?
F.Hollande disait que c'était à 4000 euros. Aujourd'hui, les classes moyennes, c'est un peu ce qui fait la spécialité de la France.
C'est un pays où il y a de la pauvreté, des très riches...
Mais économiquement parlant, on a la cohésion la plus forte, les écarts les moins importants. Ils tendent à s'agrandir, mais on a quand même une classe moyenne très élevée. Tout le monde va dire: "Je travaille, je ne suis pas si riche que ça." Ca va être compliqué de définir ce qu'est une classe moyenne. - C.Roux: S'il laisse fuiter ce genre de propos, si ça fait partie de l'accord global...
Une partie des Républicains ont accepté des hausses d'impôts pour les autres, pour les plus riches? - G.Daret: Quand vous échangez avec eux, ils n'excluent pas que certains impôts ou certaines taxes soient supprimés.
On a parlé ces derniers mois de la taxe avantageuse sur la question des armateurs, par exemple. B.Retailleau disait qu'il fallait faire un geste pour montrer aux Français les plus modestes que certaines entreprises doivent contribuer davantage.
Même la droite est prête à bouger. Ce dont elle ne veut pas, c'est cogner sur la France qui travaille. Ils veulent faire des économies mais en reversant une partie en pouvoir d'achat. - F.Guinochet: Ce sont essentiellement les grandes entreprises qui sont bénéficiaires, qui ont beaucoup gagné d'argent pendant la crise du covid.
C'est ce qu'on appelle les superprofits. Macron et Bercy ne voulaient pas y toucher. Là, c'est dans le viseur. - C.Roux: Ca suffira? - R.Cayrol: Non.
Les chiffres qui ont été donnés par le premier président de la Cour des comptes, c'est très supérieur à ce que ce genre de mesurettes peut rapporter. - C.Roux: C'est symbolique, en fait? - F.Guinochet: Ca rapporte de l'argent, mais vu les masses dont on a besoin aujourd'hui... - R.Cayrol: Dans ce vieux pays pétri d'égalité, comme disait Trouville, les symboles sont très importants.
Ca ne résoudra pas notre problème budgétaire, mais c'est un symbole qui peut plaire à un certain nombre d'électeurs incertains. - C.Roux: On revient à sa toute première déclaration, où il avait parlé de "justice fiscale".
C'est ce gage qu'il va donner à une partie de l'aile gauche de la Macronie, par exemple? - R.Cayrol: Et à l'opinion publique, en général. - F.Guinochet: Le 1er poste budgétaire reste quand même les retraites.
Pour le coup, dans la classe politique, comme ce sont les retraités qui votent le plus, il y a un consensus: on ne touche pas aux retraités, qui ont un niveau de vie globalement plus important que la France de la classe moyenne qui travaille. - C.Roux: La désindexation des pensions de retraite... - F.Guinochet: Ca, c'est une ligne rouge, rouge, rouge du côté de la droite!
Les pensions de retraite vont continuer à être indexées. L'année dernière, c'était 15 milliards d'euros. Si on se dit qu'on est passés à 2 % d'inflation, c'est quand même grosso modo 6 à 8 milliards d'euros qui sont en jeu. - C.Roux: Vous connaissez parfaitement ces sujets.
Où sont les réserves? Pas dans les économies? Ca va être compliqué de faire des économies dans ce pays, non? - F.Guinochet: C'est ce que la droite aimerait essayer de faire.
Vous avez le vieux serpent de mer qui est de dire qu'on va enlever de la bureaucratie, qu'on va simplifier. Le Rassemblement national est vraiment là-dessus. Il dit que ça rapportera des points de PIB.
Il y a aussi la lutte contre la fraude, que G.Attal portait en étendard quand il était ministre des Comptes publics. C'est vrai, mais...
Il y a aussi les lettres plafonds. On a vu des députés de l'opposition qui voulaient les avoir. - C.Roux: Ils les ont obtenues. - F.Guinochet: E.Coquerel, qui est dans le Nouveau Front populaire, et C.de Courson ont demandé à voir ces lettres.
Ca a été rocambolesque, mais ils les ont obtenues. Aujourd'hui, on a eu une ébauche de 13 pages, avec les grandes lignes. - C.Roux: C'est le document de travail.
Comment ça va se passer, désormais? Imaginons qu'on ait un gouvernement ce soir ou demain...
Imaginons même qu'il y ait un ministre des Finances. Il va récupérer ce document. Quelles sont ses marges de manoeuvre d'ici à la présentation du budget le 9 octobre? - T.Tran Huy: Il n'en a quasiment pas.
Le 9 octobre, c'est extrêmement compliqué. Tout le monde a laissé un peu sa copie sur la table. On peut imaginer un budget qui ne sera pas facile, avec sûrement des projets de loi de finances rectificative au fur et à mesure qu'on va voir le déficit qui va filer.
Les prévisions sont à 5,6 %, alors qu'on visait 5,1 %. Les parlementaires vont avoir beaucoup à faire. D'ailleurs, ils râlent beaucoup car ils n'ont pas les documents pour travailler.
Ces dernières années, il y avait eu les entretiens de Bercy, où tous les rapporteurs et les présidents de commission avaient été conviés pour avoir tous les grands équilibres dès le début du mois de septembre. Il y avait des conférences de presse pour tout nous expliquer dans la foulée. Mais là, on n'est pas du tout dans ces circonstances.
C'est d'autant plus compliqué qu'on est sous la surveillance de Bruxelles. On a a priori obtenu un répit, mais la procédure pour déficit excessif, M.Barnier sait ce que ça représente.
Le président de la Banque de France nous a expliqué qu'il fallait 100 milliards d'économies d'ici 2027 pour pouvoir rentrer dans les clous de 3 % de déficit. Ca veut dire tout simplement la récession, nous a-t-il expliqué. - G.Daret: Le budget qui sera présenté sera en grande partie bâti sur le budget travaillé cet été par G.Attal. - F.Guinochet: Les lettres plafonds qui circulent devraient donner l'ossature qui devrait être suivie. - C.Roux: Peut-on imaginer, de ce que vous savez de la façon dont se sont passées ces dernières journées, qu'ils se sont quand même mis d'accord sur les fondamentaux?
Sur des mesures fortes? Si on reste sur les questions budgétaires, peut-on imaginer que les 2 ou 3 mesures douloureuses pour les Français sont actées par l'ensemble des formations politiques qui étaient autour de la table aujourd'hui? - R.Cayrol: Je ne crois pas.
Il y a souvent, parmi les mesures qui pèsent sur notre budget, des choses populaires. Les supprimer...
Fanny a déjà parlé du problème des retraites. Là, il y a de l'argent à gagner, mais ça va être compliqué. Prenons l'apprentissage.
C'est très populaire, ça marche très bien mais c'est un coût énorme pour l'Etat. Dans les niches fiscales, il y a aussi des choses tout à fait incroyables. Beaucoup de pays les découvrent avec surprise dans notre budget.
Dire qu'on ne peut pas réduire les dépenses, ça n'est pas vrai. Ce qui est vrai, c'est qu'il faut du courage. Il faut parfois affronter des mesures qui ne sont vraiment pas populaires. - C.Roux: Du courage et une majorité. - R.Cayrol: Il faut le faire voter d'abord et le faire accepter en dehors du Parlement. - F.Guinochet: Quand on regarde les éléments de ces lettres plafonds, ce qui était prévu, c'était de donner plus d'argent à la Défense.
C'est aussi l'Education qui a plus d'argent, les pensions, car il y a plus de retraités...
Ce sont les grosses masses, ce qui pèse le plus dans le budget. Après, c'est le Travail qui perd le plus, 3 milliards d'euros. Dedans, vous avez les aides à l'apprentissage qui risquent d'être plus ciblées pour que ce soit plutôt les apprentis les moins qualifiés qui en profitent.
Vous avez le Fonds vert qui perd 1 milliard d'euros...
Ca fera bondir une partie des députés. Il y a certaines données, comme la Défense, l'Education, les pensions. - C.Roux: On a listé 7 ministres Ensemble pour la République et notamment 1 Divers gauche... - G.Daret: Ce sera le trophée de la gauche que M.Barnier va brandir.
Divers gauche, ça veut tout et rien dire. Est-ce que c'est D.Migaud? - T.Tran Huy: Ou le Parti radical de gauche? - G.Daret: Certains sourient de façon un peu sarcastique, au Nouveau Front populaire.
M.Tondelier disait qu'ils avaient trouvé quelqu'un en construisant un contrat programmatique en amont avant d'aller voir le président de la République. En voyant qu'ils ne sont pas capables de se mettre d'accord, ils rient. - C.Roux: G.Attal a peu apprécié les mots de son successeur lors de la passation de pouvoir.
Il a bien l'intention de continuer à peser dans le parti, à l'Assemblée et pour 2027. - L'histoire avait mal commencé, sur le perron de Matignon, le 5 septembre dernier... - G.Attal: Mesdames et messieurs, 8 mois, c'est trop court. - G.Attal passe le relais à M.Barnier.
De longues minutes de discours et une liste de dossiers à traiter. - G.Attal: Des mesures devaient être présentées cet été.
Elles sont sur votre bureau, monsieur le Premier ministre. Nous avons ces derniers mois élaboré un plan national d'adaptation au changement climatique. Ce plan national devait être présenté cet été.
Il est sur votre bureau, monsieur le Premier ministre. - Pas vraiment du goût de l'intéressé, passablement agacé. - M.Barnier: Je peux dire quelques mots, là?
Rires. J'ai bien aimé la manière dont vous m'avez donné, non pas des leçons...
Enfin, les enseignements, même si ça n'a duré que 8 mois. - Une mésentente cordiale et un climat de tension entre les 2 hommes qui n'a fait qu'augmenter depuis. L'ex-Premier ministre à l'offensive, plus de 3 mois après la dissolution annoncée par E.Macron.
G.Attal assommé...
Ce jour-là, la rupture avec le président est actée. Le Premier ministre fait campagne mais ne cache pas sa frustration le soir des résultats du 2e tour des législatives. - G.Attal: Cette dissolution, je ne l'ai pas choisie mais j'ai refusé de la subir. - Le sentiment d'une trahison, mais, très vite, le rebond.
G.Attal est élu à la tête du groupe Ensemble pour la République le 13 juillet. Le combat va se poursuivre à l'Assemblée.
Un poste stratégique pour faire pression sur le nouveau Premier ministre. C'est la promesse qu'il fait à ses troupes. ...
A ses côtés pour peser dans les discussions: sa prédécesseure, E.Borne, mais aussi son rival de longue date, G.Darmanin.
Une fois n'est pas coutume, les macronistes font front commun. La rencontre qui devait avoir lieu hier a finalement été annulée, à la demande de Matignon. Qu'importe, G.Attal maintient la pression. ...
Une vision qu'il partage en Ukraine, à l'occasion de son 1er voyage à l'étranger en tant que chef de groupe et député. - G.Attal: Le paysage politique, c'est un peu le bazar aujourd'hui en France.
Je ne suis plus Premier ministre, mais je suis le président de notre groupe au Parlement. Nous construisons une nouvelle coalition. - Un ancien Premier ministre, le plus jeune de la Ve République, qui ne cache pas ses ambitions.
G.Attal occupe actuellement la 3e place des personnalités politiques préférées des Français, derrière M.Barnier et E.Philippe. - C.Roux: Je vous montre cette une du "Point", avec un titre évocateur.
G.Attal est sorti il y a 15 jours de Matignon. Il se déploie avec beaucoup d'énergie.
Il a raison? Tort? Il est utile? - R.Cayrol: C'est son image, l'énergie.
Il a séduit les Français dans les sondages comme ça. Est-ce qu'on peut tenir sur ce rythme, surtout quand on n'est plus aux manettes? Ca peut rapidement avoir son revers, ce type de médaille.
On peut se demander à quoi il joue. Mises bout à bout comme là, ses déclarations, ça paraît jouer contre le gouvernement. Or, il est le principal responsable du plus grand parti de ce qui est appelé à devenir la majorité relative présidentielle.
Continuer comme ça, ça va se révéler compliqué. Il faut qu'il sache monter et descendre dans l'intensité. - C.Roux: Question.
C'est ce que vous disiez. G.Attal veut aider M.Barnier ou préparer son atterrissage ou partie de son atterrissage comme représentant de ce qu'il reste de la Macronie à la prochaine présidentielle? - G.Daret: Dans un premier temps, l'idée de G.Attal, c'est de faire ce que J.-F.Copé avait fait à l'Assemblée nationale quand N.Sarkozy avait été élu.
Il avait dit: "OK, il y a un Premier ministre. Je vais vous faire de la coproduction législative." Le groupe UMP votait la plupart du temps les textes du gouvernement, et de temps en temps, il sortait une proposition de loi contre l'avis du gouvernement.
C'est comme ça que J.-F.Copé a réussi à placer des marqueurs.
C'est là aussi qu'une inimitié s'est nouée avec F.Fillon. G.Attal est dans cette logique.
Des bras de fer, comme avant-hier. A 19h30, un message dans lequel il remet en cause la participation de son groupe au gouvernement. 2 jours après, il dit qu'il a été entendu, tout en précisant qu'il n'y a pas d'accord sur la présence au sein du gouvernement...
Ca se finira comme ça, mais il fait de la politique en essayant de pousser son avantage à chaque fois. Il essaie de construire l'attalisme. - C.Roux: Il est à son compte? - G.Daret: C'est un autoentrepreneur.
Finalement, il veut se démarquer de M.Barnier. Il a toujours cette rancune contre le président de la République.
Ce qui m'a marqué après la dissolution, c'est qu'à chaque fois qu'on le voyait dans les coulisses, il y avait cette volonté presque physique de se démarquer en permanence de la décision de la dissolution. En sortant d'un plateau, il disait parfois: "Ca va, les Français ont compris que je n'étais pas d'accord avec la position du président de la République?" La ligne de G.Attal ne sera ni celle de M.Barnier ni celle d'E.Macron. - C.Roux: On parle beaucoup des personnalités politiques.
Sur le fond, il a des marqueurs qu'il va défendre? On parlait des classes moyennes tout à l'heure. Il avait évoqué une baisse d'impôts de 2 milliards pour les classes moyennes.
C'est oublié. Par exemple sur l'immigration...
Une dernière confidence sortie de cette réunion. Il paraît que la ligne de M.Barnier sur l'immigration Est claire: "rigueur et humanité".
Ca laisse un champ assez large. Sur ce sujet, il pourrait y avoir des tiraillements? - T.Tran Huy: Sur l'immigration, on avait vu que G.Attal était resté assez caché lorsqu'il y avait eu le projet de loi immigration au Parlement.
Il avait bien pris soin, alors qu'il était seulement ministre de l'Education nationale, de ne pas trop se mêler à ce dossier très compliqué, qui était surtout porté par G.Darmanin. Il avait fait l'objet d'une véritable alliance avec LR.
Sur l'immigration, on ne sait pas exactement. On peut imaginer que G.Attal, sur tous les sujets, il est un peu "en même temps".
Là-dessus, il porte un peu l'ADN macroniste bien fort en lui. C'est ce qu'on a vu à l'Education, et quasiment dans tous les ministères. Il n'a pas tellement de bilan.
Il a essentiellement des bilans de communication. On a beaucoup retenu l'abaya à l'Education...
Le choc des savoirs, il l'a laissé être porté par N.Belloubet. Ca s'est terminé en peau de chagrin.
G.Attal, c'est essentiellement une énergie, une image qui séduit énormément les Français, une capacité de réaction. Il a été assez impressionnant après la dissolution lorsqu'il a réussi à porter l'ensemble des parlementaires.
Il a su appeler tout le monde, là où E.Macron n'a appelé personne. C'est très important, le lien relationnel.
Ca, il sait faire. Se faire aimer de ses troupes, ça peut vous porter loin. Il dit: "J'ai une histoire à écrire avec les Français" à la fin de son entretien avec "Le Point". - F.Guinochet: Pour autant, on ne sait pas trop où il se situe sur un certain nombre de dossiers.
Sur l'assurance-chômage, il nous présente une réforme en tant que Premier ministre assez dure, très dure, pour durcir les droits des chômeurs. Après la dissolution, il se dit que ça ne passe pas. Pour récupérer quelques voix de gauche, il suspend la réforme.
Aujourd'hui, on a une réforme de l'assurance-chômage suspendue. On ne l'a pas entendu dire qu'il la trouvait trop dure. Sur les retraites, pareil.
Sa ligne n'est pas définie. On a l'impression qu'à chaque fois, il fait du "en même temps", notamment sur des sujets extrêmement concrets. - C.Roux: On en vient au sujet des retraites.
C'est sans doute l'un des sujets qui donnent des sueurs froides aux fonctionnaires de Bercy et au Premier ministre: la proposition d'abrogation de la réforme des retraites sera déposée par le RN à la fin du mois. Les Français y sont majoritairement favorables. Nous avons rencontré un tailleur de pierre. - Dès les premières lueurs, Yannick se met au travail, perché à 4 m de hauteur.
Il est tailleur de pierres. Son chantier, une maison de maître vieille de plus de 150 ans. Lui en a 58 et se sent aussi usé que la pierre. - Quand on est sur le chantier, il faut se tordre dans tous les sens pour tailler la pierre.
Avec mes problèmes de dos, j'ai des difficultés à me pencher, à rester dans des positions comme ça pendant quelques heures. Ca devient de plus en plus compliqué. - Yannick a commencé à sculpter la pierre à 16 ans.
La récente réforme des retraites le contraint à travailler plus longtemps pour avoir une pension complète. Un effort de plus en plus difficile à envisager. - Je vais tout faire pour ne pas aller plus loin.
La retraite, elle sera petite, mais je ne pourrai pas. Je ne veux pas mourir sur le chantier. Je ne suis pas comme Dalida sur scène!
Je veux vivre, et en bonne santé! Dans ma famille, il y a eu beaucoup de travailleurs du bâtiment qui sont morts très jeunes. La moyenne de vie, c'est 62 ou 64 ans.
J'ai enterré des oncles maçons à 64 ans. - Après plus de 44 ans sur les chantiers, sa pension devrait avoisiner les 1200 euros par mois. Yannick pense déjà à une astuce pour arrondir ses fins de mois. ...
Organiser des concerts pour avoir un petit complément de revenus. - Quand on veut faire les courses, on achète 3 bricoles et on en a vite pour 100 euros. Avec 1200 euros...
Une fois qu'on aura payé le loyer, l'électricité et tout... - Une maigre retraite.
Au fil des décennies, les réformes se sont succédé et les règles de calcul ont changé. - Vraiment, j'ai un sentiment de déception. Je suis déçu.
On nous a trompés. C'est nos dirigeants. Nous, on n'a rien demandé.
On a fait notre job. On a payé nos impôts. Et on se retrouve, en bout de course, "non, ça ne va pas". - Yannick vit avec sa femme, secrétaire de direction. - La journée s'est bien passée? - Tous les deux votent à chaque élection.
Lui à gauche, elle à droite. - Ca sent bon, ça. - Ils partagent cependant un même constat: celui de ne pas être compris par les politiques. - Les gens de très, très haut viennent voir le monde d'en bas.
Qu'ils viennent passer quelques jours avec nous. En plus, on nous demande de travailler encore plus longtemps. C'est de la folie.
J'aurais dû faire des études. J'aurais dû être ministre, peut-être. - Le couple garde le sourire, même si l'avenir ne s'annonce pas forcément meilleur. - Les caisses de l'Etat sont vides.
De toute façon, pour payer la retraite, ils vont chercher l'argent où? On est déjà bouffés par les impôts à tire-larigot. Ils vont faire quoi?
Nous imposer encore plus? Ils font tellement d'économies, c'est con, on ne peut plus en faire. Avant, on pouvait en faire.
Là, mes économies fondent comme neige au soleil. On ne peut plus le faire. Les fins de mois, c'est le 10. - Le dossier brûlant des retraites fera son retour dans l'Hémicycle le 31 octobre.
Selon un récent sondage, seul 1 Français sur 10 souhaite conserver telle quelle la réforme. - C.Roux: F.Guinochet, votre réaction? - F.Guinochet: On voit combien la réforme des retraites va être un enjeu explosif.
Le NFP va demander l'abrogation. Le RN va demander l'abrogation aussi. Le bloc central, dont on ne sait pas trop encore aujourd'hui... "On va garder le recul de l'âge", la mesure la plus dure.
Ils veulent trouver des aménagements de pénibilité dont pourrait bénéficier ce monsieur. On voit bien que cette réforme est passée difficilement. Le sondage le dit.
Les gens ne veulent pas forcément l'abrogation. Il y a quand même une grande inquiétude sur le fait d'avoir au moins un peu de retraite. Ce sujet est explosif.
C'est la réforme permanente, en France, les retraites. Tous les 2 ans, vous en avez une, puis vous en avez une encore plus dure. En même temps, c'est le premier poste de dépenses.
Rien que dans les lettres, on dépense 66 milliards, presque 67 milliards d'euros l'an prochain dans le budget juste pour payer les pensions. L'Education nationale, c'est 65 milliards. Le pays vieillit.
Derrière, il y a un logiciel...
Est-ce qu'il faut revoir complètement le logiciel et trouver de l'argent ailleurs? Là, vous avez un florilège: taxer les plus riches, l'évasion fiscale, revoir la durée de cotisation...
Le RN, qui est le premier à déposer sa proposition de loi dans sa niche parlementaire, dit qu'il faut en finir avec la France des études. Le RN dit: "On demande aux gens de faire des études plus longues et ça creuse l'écart avec ceux qui ont commencé à travailler tôt." C'est vrai.
La retraite, ça touche tout le monde. Ca touche les générations suivantes, les retraités d'aujourd'hui. Le budget, ça va être difficile, mais les retraites, c'est le quotidien. - C.Roux: Dans ce reportage, on entend ce monsieur dire: "Ils vont nous demander de faire encore des économies.
On ne peut plus en faire." Il y a l'inquiétude sur l'idée qu'on va encore lui demander de payer. On sent que cette instabilité politique et les décisions à venir avec ce diagnostic de M.Barnier de dire que la situation est grave, ça diffuse dans la société une inquiétude. - R.Cayrol: C'est l'idée que c'est toujours sur les mêmes qu'on tape.
C'est toujours les mêmes qui prennent. Il y a le sentiment que c'est d'une injustice d'autant plus criante qu'on ne vit déjà pas bien. Ca conduit à ce sentiment qu'on est méprisé.
C'est ce que dit plusieurs fois ce monsieur. Il y a cette élite, ces journalistes, ces gens qui parlent entre eux qui ne les connaissent pas. "Ils ne viennent pas nous voir, mais ils nous méprisent." Ca rend la politique encore moins estimable, ce sentiment.
Non seulement, on ne fait rien pour les aider à s'en tirer, mais on aggrave en permanence leur situation et on leur en redemande encore. - C.Roux: Par exemple ce qu'on est en train de commenter?
Cette idée qu'on est dans une espèce de jeu politique d'influence, la République des partis où chacun joue sa partition... - R.Cayrol: Bien sûr.
Ca fait partie des choses qui rendent perplexes les gens qui nous regardent. J'espère qu'on a des personnes qui nous écoutent encore... - C.Roux: On en a énormément.
On tend le micro à ces Français très régulièrement pour ne pas perdre le fil. - R.Cayrol: C'est très important dans ce pays. - F.Guinochet: Dans la séquence, on voit que ceux qui ne sont pas mêlés à toutes ces discussions, à ces tiraillements, c'est le RN.
On a vu le NFP se disputer tout l'été sur "on est capables de trouver L.Castets, on n'est pas capables"...
De l'autre côté, on voit les LR, les députés...
Quand vous écoutez J.Fourquet ou que vous lisez sa dernière étude sur le RN, la 1re chose qui arrive, c'est: "On a le sentiment qu'on est entendus, que le mépris de classe ne s'exerce pas." C'est le sentiment de déclassement.
Dans un budget contraint avec des difficultés, le sentiment de déclassement, ça va être difficile de ne pas le faire vivre. On va demander de serrer la vis. - C.Roux: M.Barnier a un atout: son côté élu de Savoie.
Ca lui a été reproché, cette petite phrase en disant "ceux d'en bas" lorsqu'il s'est exprimé au tout début de sa nomination. Vous pensez qu'il a les outils, le profil pour parler à ceux qui ne se sentent pas entendus? - G.Daret: Pour l'instant, dans les études d'opinion, il a bondi immédiatement à la première place.
Je pense qu'il va jouer aussi le rôle des consultations politiques. Il va se trouver dans un moment où les Français attendent un peu plus de précisions sur ce qu'il avait dit. Il avait parlé de la justice fiscale.
Il avait dit qu'il était prêt à des améliorations, des aménagements sur la réforme des retraites pour les personnes les plus fragiles. Qu'est-ce que ça signifie? Le député LR de l'époque, A.Pradié, avait beaucoup poussé sur cette question au sein de son groupe.
Il va y avoir cette proposition de loi du RN. Ca va être un vrai dilemme, y compris pour la gauche. La gauche demande l'abrogation de la réforme des retraites, mais ils ne veulent pas voter un texte du RN.
Il dit: "Ce que vont retenir les Français, ce n'est pas que ça vient du RN, mais que nous n'avons pas voté l'abrogation de la réforme des retraites." - T.Tran Huy: Beaucoup de parlementaires s'interrogent sur la possibilité ou non de voter cette abrogation.
Le RN et la gauche, ça fait 316 voix. Ca passe largement. On ne peut pas imaginer que l'ensemble de la gauche va voter un texte du RN.
Je ne suis pas vraiment convaincue que M.Barnier soit vraiment populaire aujourd'hui. Il est populaire parce que les Français le découvrent.
Il n'y a rien proposé. Il n'a pas encore constitué de gouvernement. Il va devoir défendre un budget difficile.
Comment imaginer que cette popularité peut durer? G.Attal était très populaire quand il est arrivé à Matignon.
Evidemment, ça finit par se déliter. C'est l'enfer de Matignon. M.Barnier, dont on voit en plus le tempérament, un peu froid, un peu dur, un petit mot d'humour qui peut aussi être vu comme quelque chose d'un peu cassant, je ne sais pas s'il va arriver à nourrir cette image d'élu local de territoire.
Il a beaucoup navigué dans les hautes sphères bruxelloises. Il a parlé avec tous les chefs d'Etat européens. Il devra jouer sur les deux. - C.Roux: En tout cas, il sait sans doute ce qu'on est en train de se dire.
Il a beaucoup insisté sur les origines de son engagement politique sur la Savoie. - T.Tran Huy: Il le dit tout le temps. "Je suis l'homme des JO." - C.Roux: Des JO d'Albertville en 92.
Nous revenons à vos questions. On a déjà répondu à cette question tout à l'heure. - G.Daret: Il va y en avoir quelques-uns, certainement.
R.Dati, S.Lecornu, C.Vautrin peut-être à un autre poste, G.Darmanin, a priori non...
L'idée, c'est quand même de changer de visages. - C.Roux: Question. - T.Tran Huy: On pense que ce n'est pas à Bercy, en tout cas.
C'est le sujet qui a le plus coincé jusque-là avec B.Retailleau. Prudence. - C.Roux: A l'heure où nous parlons, nous savons que le Premier ministre ira à l'Elysée proposer un gouvernement "prêt à agir au service des Français".
Il a une liste et il va la présenter au président. Question. - R.Cayrol: C'est tout le problème.
On ne peut pas imaginer que les politiques se fichent complètement des Français. L'intérêt général, ça existe, chez tous ces gens. Mais ils n'arrivent pas à en donner l'image.
Ce sont tous des communicants, pourtant. C'est la vertu principale d'Attal. Ce qui domine, ce n'est pas ses convictions.
Il a été 10 ans au PS. On le croyait plutôt de gauche. Dans les ministères dans lesquels il est passé, c'était plutôt une politique de droite.
Ce sont des gens qui donnent l'impression de s'adapter aux circonstances pour être reconduit. L'image de l'intérêt général ne ressort jamais. Les gens ont probablement tort de les critiquer à ce point.
Les politiques ne sont pas méprisables, mais ils sont quand même vus comme des gens qui ne s'intéressent pas à nous. - C.Roux: Question. - G.Daret: C'est ce qu'ont compris certains parlementaires qui appartiennent à la majorité sortante, particulièrement au sein du MoDem.
Dans un 1er temps, on pensait que le gouvernement ne serait composé que de LR. D'après eux, ça envoie le signal que le président de la République n'a pas compris le message des Français. - C.Roux: Question. - OUI. - C.Roux: Question.
Comment vont-ils procéder? - T.Tran Huy: Il peut y avoir une motion de censure spontanée.
Une motion de censure ne s'applique pas seulement lors d'un texte. La seule possibilité pour éviter une motion de censure, c'est de ne pas ouvrir de session, ce qui est impossible. Une fois que la session est ouverte, la motion de censure est toujours possible. - C.Roux: Comment ça va se passer, sur le budget?
Il y aura forcément un 49-3? - T.Tran Huy: On voit mal comment il pourrait en être autrement à l'Assemblée nationale.
Ce qui va être intéressant, c'est que si le gouvernement est autant à droite que l'est M.Barnier, on pourrait s'attendre à ce que le texte soit voté au Sénat avec une majorité LR ou centriste. Ce serait un inversement des rôles entre les 2 chambres. - C.Roux: Question.
C'est vrai? - R.Cayrol: Oui. - C.Roux: Question. - R.Cayrol: Je le crois.
Je crois que c'est le calcul qui a été fait. On est forcés de dire que c'est sur le fond qu'il y a un désaccord. Donc on se rabat sur ce qui peut donner un peu de légitimité, donc les impôts. - C.Roux: Question. - G.Daret: C'est la critique faite par certains de ses adversaires.
Certains disent: "Il n'est plus Premier ministre et il ne s'en est pas rendu compte." - C.Roux: Question. - F.Guinochet: C'est compliqué.
E.Macron avait essayé d'augmenter la CSG pour les retraités qui touchent plus de 2000 euros par mois de pension. Cette population est regardée de très près par les hommes politiques, les retraités.
Ce sont ceux qui votent le plus. Le moindre changement dans les pensions...
D'ailleurs, ce sont ceux qui sont les plus favorables à une réforme la plus dure. Parce que ça ne les concerne pas! Ca va être compliqué, le sujet des retraites. - C.Roux: Question de Bruxelles.
C'est un exercice difficile. - R.Cayrol: C'est la triste constatation qu'on peut tous faire.
Il a rétabli un peu plus d'équilibre entre la droite et le centre qu'il n'y en avait dans son projet initial. - T.Tran Huy: Le Savoyard sur un chemin de crête. - C.Roux: Question. - G.Daret: On verra si la liste est la bonne ou s'il y a un nouvel aller-retour, une mise en scène.
On verra si c'est le secrétaire général de l'Elysée qui va sur le perron de l'Elysée pour annoncer le gouvernement ou si ça se fait par communiqué. - C.Roux: En tout cas, c'est imminent. - G.Daret: On n'a jamais été aussi proche. - C.Roux: Fin de cette émission.
On retrouve toute l'équipe de "C à vous". - A.-E.Lemoine: Bonsoir.
Au lendemain des explosions de bipeurs et des talkies-walkies au Liban, le chef du Hezbollah promet un terrible châtiment. Israël garde le silence et lance un raid aérien dans le ciel de Beyrouth. G.Ancel est là pour en parler.
Le couvre-feu en Martinique après plusieurs nuits de violence dans la Story de Mohamed. L'Edito de P.Cohen.
M.Barnier proposera dans quelques minutes
Annie Genevard