Laurent Marcangeli - Le Barbier du matin du 31/10/23
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour Angélie, bonjour et bienvenue. On entendait dans la chronique d'Annavel, l'antisémitisme connaît une flambée en France, pas seulement en France, on le voit en Grande-Bretagne, on le voit en Allemagne, on le voit au Dagestan, on le voit dans de nombreux pays. Que peuvent faire les pouvoirs publics ? Que peuvent faire les démocraties ?
Il faut laisser passer ? On parle d'abord de la France. Moi les chiffres me donnent le tournis et il y a ce que nous savons et ce que nous ne savons pas. Mais moi je suis aujourd'hui en soutien du gouvernement lorsqu'il affirme mettre le maximum de moyens à disposition pour protéger les Français juifs. Parce que c'est ce que dit le ministre de l'Intérieur, quand on s'attaque à un juif, on s'attaque à la France et à la République. Et il y a eu plus de 400 interpellations depuis le 7 octobre en France, 414 hier, puisque c'est le dernier chiffre que j'ai eu à ma disposition. Et je crois qu'il faut vraiment mettre le maximum de moyens pour pouvoir protéger nos compatriotes de confession juive.
En étant plus sévère peut-être encore sur les manifestations, organisées, autorisées ou non, ou est-ce que là on bute sur la liberté d'expression ?
L'un des objectifs que nous avons définis dans la majorité au gouvernement, c'est de ne pas importer ce conflit ici en France. Et parfois certaines manifestations sont très clairement dans cette direction-là. Et la liberté d'expression ce n'est pas dire mort aux juifs, ce n'est pas insulter un peuple. Est-ce que la Corse est préservée ? Ou est-ce que dans votre département, dans les deux départements de Corse, on a aussi cette poussée ? Il n'y a eu aucun problème chez nous. Vous avez des associations qui militent depuis des années pour que la Palestine soit dotée d'un État. Mais elles le font de manière pacifique. Ça n'a pas débordé ? Il n'y a eu aucun débordement.
Le voyage du président de la République au Proche-Orient a été très commenté. Un premier sondage, un sondage au DOXA, donne l'impression que les Français ont compris la philosophie. Ils progressent de deux points. C'est votre sentiment aussi ?
D'abord, nous sommes aussi attaqués. Quand je dis non, la France est attaquée, elle a été. Elle a été également le 7 octobre. Il y a des otages. Il y a des otages, il y a des morts français le 7 octobre. Et puis surtout, nous sommes la grande démocratie. Celle qui refuse le mauvais traitement fait aux femmes. Celle qui vote, pas tous les 15 ans, tous les 20 ans. Non, celle qui vote de manière régulière pour désigner ses représentants. Celle qui donne des droits et fait en sorte qu'ils soient respectés. Donc lorsque nous sommes attaqués, je dis non, il faut répondre. Et c'est ce qu'a dit le président de la République. Et je crois que les Français l'ont compris.
Alors, dans ce même sondage, Jean-Luc Mélenchon dégringole avec 62% de rejet. Il est l'homme politique le plus détesté des Français aujourd'hui. Vous les voyez, les députés et les filles à l'Assemblée. Que cherchent-ils par leur position pro-palestinienne et parfois pro-masse ?
Je vous avais dit, lorsque j'étais venu vous voir l'année dernière, que c'était triste de voir Jean-Luc Mélenchon terminer sa carrière politique comme ça. Il a encore descendu un niveau supplémentaire dans la bassesse. Ce que je pense, c'est qu'il y a beaucoup de cynisme. Ça fait des années, moi, que je vois cette famille politique aller chercher, par calcul électoral, des voix, des bulletins de vote, dans certains quartiers, dans certaines circonscriptions.
Et elle est prête pour pouvoir augmenter son nombre de suffrages, à dire des choses et à ne pas dire des choses, ne pas qualifier le Hamas de terroriste, parfois dire que le peuple juif n'est pas bienvenu sur une terre, rater l'apartheid, etc. Qualifier le président du CRIF d'extrême droite.
C'est seulement cynique et électoral, il n'y a pas de conviction derrière.
Il ne doit peut-être rien avoir, parce que vous avez au départ des élus et des membres de LFI qui viennent de familles politiques, qui ont toujours été sur des positions à la limite de l'antisémitisme, lorsqu'ils n'étaient pas en plein dedans. Donc il y a également, je le pense, des convictions. Mais chez Jean-Luc Mélenchon, on connaît son parcours, j'ai l'impression qu'on est plus dans le calcul, et c'est ça qui est encore plus inquiétant d'une certaine manière.
Les Français attendent beaucoup de la loi sur l'immigration. 67% dans ce même sondage pensent que ça permettra, de mieux contrôler le phénomène. Le Sénat va commencer à en discuter lundi prochain. On dit qu'une majorité est impossible à l'Assemblée nationale. C'est votre sentiment ?
Moi, j'attends de voir comment le texte va sortir du Sénat, d'abord, dans un premier temps. Une majorité est possible à condition que nous trouvions les équilibres nécessaires. Alors, il est vrai que sur un texte de cette nature, qui a pour but de rendre plus efficace notre système, faire en sorte que, par exemple, un certain nombre de décisions administratives ou judiciaires soient rendues plus rapidement. L'expulsion, notamment ? est respecté. Je pense que nous privons de manière automatique de certaines voies à gauche.
En revanche, la responsabilité, aujourd'hui, elle est sur LR, elle est sur ce parti politique, qui est un parti républicain, qui est un parti qui a des idées en la matière, et qui doit, à un moment, se poser la bonne question. Est-ce que je vote cette loi ou est-ce que je ne la vote pas ?
On l'a vu lors des retraites, la solidité, la fiabilité du groupe LR, elle est sujette à caution, quand même. Donc, un accord avec eux, même un accord au Sénat, ne donnera pas forcément un comportement homogène à l'Assemblée.
Justement, c'est un esprit de responsabilité qu'ils vont devoir aller chercher. Je connais bien cette famille politique. J'en ai été membre pendant des années. Je crois qu'il y a des enjeux. Cette loi ne réglera pas tout. À horizon, nous l'avons dit, Edouard Philippe l'a dit dès le mois de juin dans les colonnes de l'Express, mais cette loi va rendre notre process plus efficace. Et c'est la raison pour laquelle, moi, j'invite celles et ceux qui veulent que notre système soit plus efficace en la matière à la voter. Les responsables LR vont très loin.
Ils disent qu'ils pourraient aller jusqu'à une motion de censure sur ce texte si ça ne leur convient pas.
Est-ce que vous craignez ce danger, une chute du gouvernement ? Il ne faut pas craindre. Ça fait partie des règles de notre Constitution. Si LR considère que c'est sur ce sujet-là, dans les temps que nous vivons, qu'il faut ajouter une instabilité gouvernementale à la stabilité du monde que nous connaissons, ils en assumeront la responsabilité. A l'inverse, le Rassemblement National, à travers Marine Le Pen,
dit pourquoi ne pas voter ce texte ? Et ces petites avancées, c'est constructif ou c'est un piège ?
Je ne sais pas, on ne sait jamais. Peut-être qu'il y a une volonté constructive, mais je penche plutôt vers de la tactique et peut-être une volonté piégeuse.
Au cœur de cette discussion, de ce projet de loi, il y a l'article 3. L'article 3, c'est celui qui veut régulariser un certain nombre de travailleurs clandestins engagés dans des métiers en tension. C'est celui-là qui pose problème. Pensez-vous qu'il faut le retirer de la loi et passer plutôt par une circulaire
pour obtenir les mêmes résultats ? D'abord, j'ai toujours considéré, et nous sommes un certain nombre à horizon à le penser, que ce qui est du domaine de la loi et du domaine de la loi, ce qui est du domaine de le règlement est du domaine du règlement. Et nous pensons que, sur ce sujet-là, le règlement aurait pu faire l'affaire. Ceci étant dit, nous soutenons le gouvernement et nous soutenons le ministre de l'Intérieur dans son initiative, et notamment dans sa volonté d'inscrire cet article 3 dans le débat et dans le texte final. Nous n'avons pas, en revanche, de totem. Je m'explique. Si demain, ce texte devait être sans l'article 3 et l'article 4, nous le voterons quand même.
Si ces deux dispositifs sont dans le texte, nous les voterons aussi. Vous ne diriez pas la même chose
si vous étiez à Renaissance. Notre composant de la majorité, Renaissance, c'est beaucoup plus divisé. L'aile gauche de Renaissance porte cet article 3
avec beaucoup plus de fougue. Oui, nous l'avons vu. Et puis, un certain nombre de parlementaires de la majorité ont même signé des tribunes dans les journaux avec des députés de gauche sur la question. Mais je crois qu'aujourd'hui, ce texte, c'est un texte qui vise à rendre notre système plus efficace en matière d'immigration et d'asile. Donc, si demain, ce texte se présente avec cet article 3, je vous le dis encore, ce n'est pas un cas juste belli pour nous, mais ce ne sera pas un cas juste belli pour nous aussi s'il n'y est plus. On touche aux limites du « et » en même temps avec ce texte qui veut aller dans deux directions en même temps. Peut-être aurait-il fallu faire un texte à part.
Peut-être n'aurait-il pas fallu avoir ce débat en même temps, justement. Mais en tout cas, aujourd'hui, il y est. Nous sommes solidaires du ministre de l'Intérieur. Moi, j'ai écouté les conditions de l'article 3. Il nous a rendu visite, le groupe de la majorité, la semaine dernière. Il nous a expliqué les choses. Cet article 3, d'ailleurs, doit être réécrit pour qu'il soit, je dirais, plus compréhensible. Et c'est ce que j'appelle de mes voeux.
Plusieurs textes sont en cours d'examen et certains sont très intéressants. L'écriture inclusive. Hier soir, le Sénat et le président de la République dans la journée avaient donné son sentiment en ce sens. Le Sénat a interdit l'écriture inclusive, notamment dans tous les actes officiels, administratifs et juridiques. C'est aussi votre position ?
Moi, c'est la position d'Edouard Philippe, premier ministre, puisqu'il avait rédigé une circulaire qui a déjà parlé de ça et interdisait dans les actes administratifs l'écriture inclusive. Ensuite, est-ce du domaine de la loi ? Encore une fois, je me pose la question. Vous savez, je suis un peu à vieille école. Je pense qu'à trop légiférer, parfois, on crée du désordre. C'est au gouvernement également de prendre ses responsabilités en disant très clairement, dans des circulaires, ce qu'il faut faire, notamment pour protéger la langue française. La loi, ça solanise, quand même. Oui, ça solanise, ça donne aussi beaucoup de travail au Conseil constitutionnel.
J'en ai vu un de Conseil constitutionnel il y a quelques jours, il m'a dit qu'on légiférait beaucoup. Beaucoup.
Et parfois, on n'arrive pas à légiférer. Et donc, le gouvernement déclenche le 49-3. Ça a encore été le cas hier sur la partie dépense du budget de la Sécurité sociale. Le 49-3, c'est devenu une espèce de banalité. On efface le travail parlementaire et on passe à autre chose ?
Nous avons eu déjà une situation de cette nature à l'époque où Michel Rocard était Premier ministre. Il en a déclenché beaucoup plus que tous les autres Premiers ministres réunis. À l'époque, c'était illimité. Aujourd'hui, c'est un peu plus illimité. Et je rappelle d'ailleurs que Nicolas Sarkozy a réformé la Constitution pour faire en sorte qu'on ne puisse pas l'utiliser tout le temps, surtout. Donc, c'est le parlementarisme rationalisé, tout simplement. Si le 49-3 permet au gouvernement de passer, il permet aussi aux oppositions de renverser le gouvernement. Elles ont été proches de le faire il y a un an. On verra si un jour, elles sont capables de le faire.
Et vous ne craignez pas que les Français se disent mais ce Parlement, il ne sert à rien. Ils discutent, ils débattent et puis à la fin, ça se termine par un coup de signature et des motions de censure qui sont des simulacres.
C'est un risque, mais néanmoins, lorsque vous votez près d'une cinquantaine de textes de loi, notamment d'initiatives parlementaires comme ce fut le cas sur la première année de session, je pense qu'au contraire, nous avons apporté la démonstration que nous servons à quelque chose.
La loi, la loi suprême de la France, la Constitution, est l'objet de divers chantiers. On a parlé de l'IVG ce week-end, mais vous êtes député de Corse. On attend, il reste quelques mois de discussion, un article constitutionnel pour la Corse. Qu'est-ce que l'on met dedans ?
D'abord, il faut rappeler le cadre. Le cadre a été fixé par le président de la République et il a dit « Moi, je n'ai pas demandé à ce que vous ayez un statut d'autonomie. Vous êtes des élus responsables. Vous avez demandé un statut d'autonomie. Faites la proposition. » Avec le cadre qui a été fixé il y a quelques semaines.
Dans la République, dans l'État.
Donc, il y a un travail qui doit être fait entre les élus de la Corse et un travail qui, je le rappelle, devra être ratifié par voie de référendum d'initiative locale. J'y tiens particulièrement parce que je crois que les Corses ont besoin de s'exprimer sur cette question. Il ne faut pas que ça reste un entre-soi de femmes et d'hommes politiques. Et ensuite, il y aura, si tout cela fonctionne, une convocation du Congrès. Les élus Corse sont capables de se mettre d'accord sur un article simple de quelques lignes ? Je l'appelle de mes voeux et je l'espère de tout cœur. Et depuis plusieurs semaines, je fais tout pour que nous y parvenions.
Il y a également un sujet qui circule qui est la réserve parlementaire. Alors, pour nos auditeurs, la réserve parlementaire, c'était de l'argent mis à disposition de chaque parlementaire pour des initiatives locales, soutenir une association, un projet. Ça a été supprimé parce qu'on considérait que ça cachait un peu de clientélisme. Êtes-vous favorable à son retour ?
Moi, je l'ai pratiqué puisque j'ai été député entre 2012 et 2017. Il ne faut pas croire qu'on n'était pas contrôlé. Le ministère de l'Intérieur contrôlait la ventilation de cette somme et qu'on ne pouvait pas donner comme ça. C'était pas pour faire des cadeaux aux copains. Les députés n'avaient pas une caisse avec des billets de banque en dessous de leur bureau. Ça ne se passait pas comme ça. Tout était filtré. Ceci étant dit, je me demande si aujourd'hui la temporalité est la bonne. Vous savez, il y a une opinion publique qui n'aime pas ses élus, qui n'aime pas ses élites en règle générale et qui a pour habitude d'avoir un antiparlementarisme assez prononcé.
Peut-être que ce moment n'autorise pas ou ne permet pas un débat serein et compris sur la réserve parlementaire. Comme sur le cumul des mandats d'ailleurs.
Exactement. Vous êtes partisan de la fin de l'interdiction du cumul des mandats qu'on puisse être maire d'une petite commune
et puis député ? La différenciation entre grande et petite commune est très difficile à démontrer d'un point de vue constitutionnel. En revanche, peut-être avoir une réflexion sur le fait qu'un député puisse être adjoint au maire ou vice-président d'un département et pas président ou maire. C'est un débat qui peut avancer selon moi parce que je vois des parlementaires qui n'ont jamais connu l'exercice d'une responsabilité locale exécutive et peut-être que ça leur donnerait un avantage supplémentaire dans le débat à l'Assemblée nationale ou au Sénat.
Un sujet léger pour finir. On apprend que le site Gabriel Attal 2027 a été piraté. Il a été déposé ce mot et quand on va sur ce site on tombe sur Horizon alors qu'il n'est pas membre d'Horizon. Vous craignez Gabriel Attal face à Edouard Philippe ? Tous les chemins mènent à Horizon. Donc il est le bienvenu s'il veut adhérer. Ça vous fera un présidentiable de plus. On n'est jamais en manque.
Edouard Philippe est un peu silencieux en ce moment. C'est voulu ? Je trouve qu'il s'est beaucoup exprimé. Il a sorti un nouveau livre. Il a fait un certain nombre d'émissions. C'est quelqu'un qui aujourd'hui se prépare. Il travaille. Laurent Marc-Angeli, merci et bonne journée. Merci. Merci beaucoup Christophe Barbier. Une phrase à retenir. Pas d'incident antisémite déclaré dans notre région de Corse. Les organisations pro-palestiniennes chez nous manifestent pacifiquement et c'est une bonne nouvelle.
Laurent Marcangeli