Les métiers manuels, dernier rempart face à l'IA ? - 14/09
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 60 %Attaque 10 %Défensif 30 %
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 2:08InvitéChiffre
« On a des investissements estimés à plus de 200 milliards d'euros d'ici 2035. »
- 3:06PrésentateurFait
« Ça peut peut-être même poser des problèmes pour toutes les autres industries et pour tous les autres secteurs. »
- 4:37InvitéFait
« C'est un peu regrettable que ce soit même pas plus au cœur de la présidentielle. »
- 5:00InvitéFait
« Aux États-Unis, il y a une crise en ce moment entre les politiques, les énergéticiens et la population qui subit une hausse des factures. »
- 16:49PrésentateurFait
« Le premier texte qui avait été soumis au gouvernement a été censuré le 14 août par le Conseil constitutionnel. »
- 17:27PrésentateurFait
« Il y aurait entre autres la possibilité d'une dérogation parentale qui pourrait être possible entre 13 et 15 ans. »
- 19:12InvitéChiffre
« La sanction pour Meta était de plus de 16 milliards. »
Temps de parole
- Présentateur40 %
- Invité23 %
- Invité 216 %
- Invité 314 %
- Invité 45 %
- ?2 %
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Tech
& Co, la
quotidienne, le
débrief de la tech.
Voilà le retour de Tech & Co, la quotidienne. On revient sur toute l'actualité tech de ces dernières heures, de ces derniers jours. En ce lundi, vous le savez, une heure de débrief de l'actu tech du lundi au jeudi de 19h à 20h. Avec ce soir sur le plateau de Tech & Co, Bogdan Bodnar qui est journaliste à la Tribune, Frédéric Simotel, journaliste à BFM Business et Bruno Gugui-Eminetti qui est avec nous depuis le Québec en visio. Journaliste et animateur de son carnet de l'actualité numérique et de ces 120 secondes de tech que je vous invite à découvrir. N'hésitez pas à vous abonner. Je vous propose maintenant de parler des scénarios qu'on peut imaginer concernant le futur de l'IA.
On dit beaucoup que cette révolution de l'IA va détruire des emplois et c'est vrai, mais elle va aussi en créer et faire émerger d'autres. C'est le cas notamment des métiers manuels qui, selon un rapport publié par Anthropik, seront les grands gagnants de cette prochaine décennie. Encore une fois, les explications d'Antony Morel et juste après, on revient là-dessus.
Parce
que l'IA, vous savez bien, nécessite des grosses infrastructures. On a une course au data center et ça, ça nécessite des maçons, des charpentiers, des électriciens, des plombiers, des soudeurs. Ça va être, eux, finalement, les grands gagnants de la révolution de l'intelligence artificielle parce que ce sont des métiers qui sont très difficilement automatisables. Ça arrivera un jour, on aura sûrement des robots qui seront capables de le faire, mais ça va prendre beaucoup plus de temps que d'autres métiers. Et selon Anthropik, qui vient de publier un rapport sur le sujet, eh bien, ils pourraient être les grands gagnants de cette révolution. On se les arrache en ce moment.
Les géants de la tech financent en ce moment des programmes de formation massif à coût de dizaines de millions de dollars. Les rémunérations explosent. Alors là encore, on parle aux États-Unis de salaire à au moins plus de 100 000 dollars par an. Et d'ailleurs, sur les chantiers, il
y a
même une concurrence. C'est-à-dire qu'il y a tellement de demandes sur les chantiers liés au data center qu'on n'a plus assez de maçons, de soudeurs, de plombiers sur les chantiers traditionnels. Et ça, ça va aussi être vrai en France puisqu'on est dans cette course au data center. Je rappelle qu'on a des investissements estimés à plus de 200 milliards d'euros d'ici 2035. Donc, on va avoir besoin de ces métiers qui vont probablement être très valorisés. Si vous cherchez des débouchés pour vos enfants, par exemple, eh bien, ça peut être intéressant également.
C
'est ça qui est intéressant. Et on se rend compte que, visiblement, l'histoire évolue et que tout ça change. Il y a quoi ? Il y a 20 ans, on poussait les enfants à faire de longues études pour faire des métiers intellectuels, etc. Et dès que certains prenaient, on va dire, des directions de métiers manuels, ils n'étaient pas montrés du doigt, mais c'était moins valorisant. Et on se rend compte qu'avec l'intelligence artificielle maintenant, tout ça est en train de s'inverser assez fortement. Et je lisais, en fait, un article plus précis sur les électriciens. Il faut savoir qu'en France et un peu partout dans le monde, on va vivre une pénurie d'électriciens.
Parce qu'avec tous les data centers qui vont arriver, on va, en fait, toutes ces boîtes-là vont réquisitionner pendant des mois, voire des années, des électriciens. Et ça peut peut-être même poser des problèmes pour toutes les autres industries et pour tous les autres secteurs, tu vois. Le secteur du bâtiment, d'autres usines aussi qui ont besoin d'électriciens. C'est quand même assez fou, ce qui se passe.
Mais regarde les codeurs, il y a encore deux ans,
on
nous dit qu
'il
faut apprendre à code.
Mais bien sûr, combien d
'émissions
on a fait là-dessus
en poussant les gens à être codeurs ou développeurs. Alors aujourd'hui, c'est pas qu'il faut arrêter d'apprendre à coder, parce qu'il va continuer à en falloir un petit peu. Mais c'est plus la priorité, elle n'est plus là aujourd'hui. Mais c'est certain qu'on voit tous ces métiers manuels. Moi, je pense que l'histoire des robots, ça va arriver aussi assez vite quand même. Antrimorel disait que ça va arriver un peu plus longtemps. Je pense qu'il
y a
pas mal de métiers qui peuvent être automatisés, tu vois, dans la construction des data centers et tout ça. Même là, je pense que les... Alors, pas le robot humanoïde, mais tu vois, le bras robotisé, tout ça, ça peut arriver beaucoup plus vite que prévu. Bogdan ? Le bras robot, je pense que c'est pour une tâche très répétitive maintenant.
Un
électricien qui doit passer des câbles,
qui
doit réfléchir, tu vois, qui doit aller connecter des trucs, vérifier s'il
y a
de la tension. Tout ça, tu vois, c'est quand même des métiers multi-cartes, finalement. Et c'est vrai qu'aujourd'hui, un robot est très bon pour une tâche spécifique. Et
c'est vrai qu'on... Avec des responsabilités aussi, oui. La main-d'œuvre de data center, c'est un super sujet. Et je pense que c'est un peu regrettable que ce soit même pas plus au cœur de la présidentielle. Même si un data center,
ça
ne produit pas des milliers et des milliers d'emplois, il y a quand même des emplois qui sont créés. Et quoi qu'on dise des data centers, on en a besoin parce qu'on a une consommation excessive des technologies. Un exemple, aux États-Unis, il y
a
une crise en ce moment entre les politiques, les énergéticiens et la population qui subit une hausse des factures, parce qu'ils ont un système de factures et donc complètement différent. Et la balance a commencé à pencher quand le syndicat des employés des data centers, et donc en particulier les électriciens, ont commencé à se mêler et à dire « Ah ben non, il y a des dangers pour nous, ça ne nous convient pas ». Donc, on voit le poids aujourd'hui de ces employés-là.
Il
y
a
des projets au Texas qui ont été arrêtés. Absolument. Bien
sûr.
Bruno
? C
'était exactement mon exemple parce que je me souviens d'avoir fait un papier là-dessus il y a un an où on commençait à vivre, les centres de données, il a commencé à apparaître là-bas, les projets, et la population locale, on leur vendait en disant « ça va être formidable, c
'est
la création d'emplois ». Sauf que rapidement, on s'est rendu compte que la main-d'oeuvre qu'on avait besoin pour monter ces centres-là, c'était la main-d'oeuvre spécialisée et qu'on avait besoin d'un électricien, on n'avait pas besoin de quelqu'un, d'un journalier pour travailler là-dedans, et les communautés locales se sont rendu compte qu'il n
'y
avait pas d'emploi pour eux, puis après, il y a un an, au Texas, on a commencé à chercher les électriciens, à chercher les gens de corps de métier qui étaient interpellés par la construction, et on a commencé à avoir, dans la construction résidentielle et commerciale, une baisse de livrables parce que pourquoi ils étaient tous sur les projets de centres de données. Alors, ça fait déjà un an que c'est dans le portrait, là, il y
a
des gens qui se réveillent, c'est dommage pour eux, il manquait d'antenne.
Et
on avait vécu un petit peu ça il y a quelques années, je ne
sais
pas si vous vous souvenez quand on était en plein plan très haut débit en France, en fait, il y avait des métiers de soudeur de fibre optique, c'était un métier qui devenait bankable parce qu'en fait, c'était des talents très recherchés et qui, justement, étaient valorisés en quelque sorte. On est en train de vivre ça, mais peut-être puissance de 100 ou 1000,
finalement. – Mais après,
c
'est notre souci.
– Oui, Bruno ?
–
J'allais dire, François, au Canada, il y
a
AWS qui, voyant le manque de main-d'œuvre au niveau du filage de la fibre optique, a lancé avec des institutions, des programmes de formation, parce qu'autant pour eux que pour le reste de l'industrie, ils n'arrivent plus à répondre à la demande. Alors que ce soit pour les centres de données ou brancher ces centres de données à l'extérieur, bien là, il y a tous des programmes maintenant qui sont faits justement pour ajuster à cette demande-là.
– Oh, vous savez pas trop quoi faire, là, vous êtes à la fin de votre cursus d'études. Faites électricien, formation data center, je ne
sais
pas si ça existe, un truc un peu comme ça, à mon avis, ça va payer, ça.
–
Mais
Bruno a raison de parler d'AWS, parce qu'on a vu ces programmes, on a même vu des publicités sur la
télévision,
indiquant comment devenir technicien chez AWS, et ce n'était pas technicien, transporter les colis, c'était vraiment technicien, aller dans les grandes armoires électriques, et c'est tout ça. Après, nous, le souci qu'on a aujourd'hui, c'est le problème de formation, c'est que les médias ne sont pas du tout valorisés, derrière, c'est très compliqué, enfin voilà, on
a
tellement, comme tu disais, tiré pendant des années sur ces métiers-là, qu'aujourd'hui, on a du mal à former, parce qu'il faut aussi des formateurs, on a du mal à les valoriser, donc ça aussi… – Mais ça devrait être une nouvelle politique, on devrait réfléchir, et même dans certains territoires.
–
Mais tu sais, on a tellement dit que chez nous, l'important, c'était d'avoir le bac à tout prix,
alors,
donc on a fait… Je regardais, en 25 ans, les mentions très bien au bac ont augmenté de 1150%, les mentions très bien au bac, alors que le classement PISA nous dit, finalement, on n
'est
pas si bon que ça, donc il y
a
quand même un… –
Et
quand tu vois passer des mails,
parfois, tu te dis que, waouh, c'est un peu violent.
– Non, mais c'est
bien de pousser les gens vers l'éducation, plus d'éducation, plus de culture, etc., mais ça ne
veut
pas dire de les écarter de certains métiers…
– L'un n
'empêche pas l'autre.
– Ben voilà, de
certains métiers
manuels… – Non, mais je trouve
qu'il y
a
une espèce de revanche sur des, on va dire, des principes qui ont énormément vieilli, qui aujourd'hui prennent une autre dimension. – Et
autre chose, je ne
veux
pas tomber dans le débat philosophique derrière, mais c'est des métiers aussi plus durs, l'effort est différent, et on sait qu'aujourd'hui, on a ce souci de pousser les jeunes, les jeunes ou les moins jeunes, enfin bon, les gens à aller un peu plus vers des… je
ne
dis pas des métiers où il faut travailler par 40 degrés au soleil, sur des toits, ce qui est difficile, mais il y a cet effort aussi… – Le confort, c'est une variante extrêmement importante.
– Être
plombier, être électricien, je ne
fais
pas de dessin, vous voyez les gens, ils commencent très tôt, il faut aller sur les chantiers, parfois c'est ouvert à tout vent, il fait froid, enfin, il y a plein de contraintes
et…
oui… – Il y a des jobs qui ne sont pas manuels et qui peuvent être, on va dire, opportunistes aussi dans ce contexte de l'IA. J'ai fait un peu le test en demandant à Claude, à GPD, j'ai passé 40 minutes à critiquer l'IA tout en l'utilisant pendant 3 heures. – Ça, c'est le paradoxe qu'on dit tous. –
Mais
naturellement, si ça provoque des cyberattaques, tournez-vous vers la cybersécurité, si vous n'êtes vraiment pas doué de vos mains, que ça vous fait peur tout de suite de toucher à des câbles, il peut y avoir la cybersécurité parce qu'on en aura besoin, il peut y avoir du droit parce que des scandales, il y en aura, il peut y avoir des psychologues aussi parce que je pense que les burn-out des personnes qui ont travaillé sur l'IA, ils auront besoin de personnes à qui parler. Donc tous les métiers, alors que ce soit de la santé aussi, on connaît le contexte démographique, on aura besoin.
Les métiers du droit, des professions libérales qui sont là depuis des années, celles-ci vont subsister et ne sont pas directement menacées. – Juste un dernier
jour, je
disais le rapport Anthropique, eux ils voient trois scénarios que l'on suppose. Il y
a
un scénario de transformation par l'IA, enfin avec l'IA, donc il
y
a un scénario modéré,
c
'est un pack similaire à Internet, voilà, on fait un peu plus de productivité, une croissance progressive, parce qu'on va utiliser l'IA. Le deuxième c'est le substantiel, c'est quand même une transformation majeure, voilà, la productivité est vraiment multiplie par trois, par quatre, par cinq, on réalloue des emplois, ce qui n
'est
pas évident, de dire à quelqu'un tu faisais du code, maintenant tu vas faire autre chose, ce n
'est
pas aussi facile. Et puis il
y a
l'extrême qui est la rupture pure et dure, et là c'est plus 15% de chômage, des métiers qui disparaissent, et là
des gens ne sont pas à la
reformer. –
Et
on n'a pas connu ça, enfin notre société n'a pas connu ça, cette rupture extrême. – Et
pas
une vitesse aussi
importante. –
Et pas une vitesse aussi importante. – Tiens, on va rester dans ce domaine-là pour se focaliser sur ASML, et on va parler de souveraineté européenne, tiens on va parler aussi d'électricien, je pense qu'ASML va en embaucher quelques-uns d'électricien. Je vous rappelle qu'ASML c'est cette boîte européenne qui, trust, écoutez bien, 94% du marché mondial de la lithographie. La lithographie c'est, rappelons-le, cette machine qui permet d'imprimer des composants, des puces, d'une finesse incroyable, et en fait ils ont surtout le monopole sur la technologie EUV, voilà, qui est on va dire le top du top, et qui permet des gravures en nanomètres en fait. –
C
'était
une spin
-off de Philips, c'était Philips. – Exactement, et la nouvelle génération qui s'appelle le INAEUV permet enfin d'imprimer encore plus petit, 40% plus petit que la précédente, et chaque machine, écoutez bien, coûte 400 millions de dollars, alors que la précédente coûtait 200 millions. – Il faut 6 mois pour la transporter, 6 mois pour la remonter, 6 mois pour la paramétrer.
–
Et j'imagine 6 mois aussi pour la fabriquer, enfin c'est un temps très long, il faut savoir qu'Intel utilise déjà cette technologie, enfin tous les géants, TSMC prévoient de l'adopter en 2030, et en fait on se rend compte que la SML qui est, on va dire, un peu notre oasis technologique européen, parce que c'est vrai qu'on n'en a pas beaucoup, alors on le met souvent en avant, mais le paradoxe c'est de se dire que sans cette boîte-là, en fait la technologie mondiale s'arrête finalement, c'est ça qui est quand même assez savoureux, enfin je ne
sais
pas comment on peut dire.
– Technologie
de pointe, oui.
– C'est un peu étonnant, il n
'y a
pas de Nvidia, il n
'y a
pas d'Apple Silicon, il n
'y a
pas de PCA de Prochaine Génération, et tout ça part d'ici de notre continent de l'Europe, c'est quand même assez fou, donc tout ça pour dire qu'ASML se porte très très bien, et je veux l'avoir de votre point de vue là-dessus, je vois Bruno lever les yeux à droite à gauche, qu'en penses-tu mon cher Bruno
?
– Vous venez de trouver votre levier contre les Américains et les géants américains.
–
Eh oui.
–
Voilà.
À
partir de ce moment-là, si vous coupez les vives, ça va être difficile pour les Américains et même d'autres fabricants ailleurs sur la planète de faire ce qui va là. Vous avez là un bon levier. – Oui.
– À
tel point que même le président américain a interdit à ASML, donc président américain, ça traverse l'Atlantique, il a interdit à ASML de vendre aux Chinois, enfin c'est ce côté. Et puis alors pour ceux qui parlent de « oui mais un jour les Chinois rétro-engineering », je vous conseille de nous regarder en télévision, de regarder un peu la sophistification de ces machines avant de faire du rétro-engineering là-dessus. – Il
faut se lever tôt quand même.
C
'est vraiment impressionnant. Et juste une petite précision, j'avais eu la chance de recevoir le patron d'ASML pendant Vivatech, c'était en juin dernier. L'interview est toujours disponible évidemment en replay. Et si vous vous intéressez à ce sujet-là, n'hésitez pas à la réécouter, c'était passionnant. – Bogdan. – Tu parlais de
rétro-engineering, là j'ai cherché il y a 5000 fournisseurs ou sous-traitants pour ASML. Donc c'est extrêmement compliqué. On sait que s'il y a une puissance qui cherche à reproduire cette technologie, c'est la Chine. Alors on entendait il
y
a environ deux, trois ans qu'ils étaient plus qu'à cinq ans de retard. Là, avec ces nouvelles annonces, ils seraient de nouveau à dix ans. –
Il
faudrait qu'ils réinventent le
système.
– Exactement. Donc c'est plutôt une bonne nouvelle, c'est aussi une bonne nouvelle pour la paix on va dire. Parce que tant qu'on est tous interdépendants technologiquement, on ne se permet pas vraiment de rentrer dans des conflits armés.
– Mais est-ce qu'ASML est encore européen finalement ? Alors ils sont sur le sol européen, mais tu vois, si les États-Unis arrivent à dicter un petit peu leurs lois
face
à cette entreprise, tu… Non Bruno, qu'est-ce que t'en penses ? Finalement, on est quand même dépendants du continent américain.
–
Ils ont des
clients quoi. – Je veux rentrer dans la politique, mais on est dépendants des Américains où on est dicté, notre conduite est dictée par les Américains tant qu'on joue le jeu. Regardez ce qui se passe aujourd'hui au Canada avec la guerre des tarifs. Le Canada a dit non, nous on ne joue pas à ce jeu-là. On est en train de regarder pour faire des liens avec l'Europe, ça se discute
présentement, ça se décrit.
À un moment donné, il faut mettre le pied à terre quand on se retrouve dans des situations comme ça. Là, pour le moment, l'entreprise a décidé d'écouter le président américain, mais je pense que c'est peut-être une question de moi avant que la direction d'ASML se fasse, si ça n
'a
pas déjà été fait, se fasse contacter par des responsables de l'Europe en disant, bien là, il faudrait peut-être réfléchir à ce que vous allez faire dans les mois à venir. – C'est-à
-dire
qu'ASML est en haut d'une pile quelque part par rapport à leur technologie, mais ils sont quand même hyper dépendants de tout un écosystème. Bogdan parlait de 5 000 fournisseurs qui viennent, et derrière c'est quand même les Intel, les TSMC, enfin c'est tous ceux qui font le marché, ils ne peuvent pas se couper de leurs clients, il faut qu'ils vivent, ils font qu'ils vendent leurs machines, alors ils ont un carnet de commandes qui est plein jusqu'en 2027-2028, mais après il faut qu'ils continuent, donc il y a une valeur business aussi qu'ils ne peuvent pas laisser filer comme ça sous prétexte de diplomatie, enfin diplomatie, de conflit géopolitique.
–
Allez, un sujet encore difficile à évoquer, délicat, c'est l'interdiction aux moins de 15 ans des réseaux sociaux, et parfois même aux Etats-Unis ont moins de 18 ans, rappelons-le, parce que les Etats-Unis vont encore plus loin que nous dans ce domaine-là. C'est un sujet qui a évolué d'ailleurs ces dernières heures, puisque je vous rappelle que le premier texte qui avait été soumis au gouvernement a été censuré le 14 août par le Conseil constitutionnel, notamment parce qu'il était jugé disproportionné au regard de la liberté d'expression, et c'est un texte qui tient beaucoup à Emmanuel Macron qui essaye justement de faire passer malgré tout ce texte.
Et en fait une nouvelle version a été en fait, comment dirais-je, déposée, en quelque façon publiée, et ce qui est intéressant c'est de voir que, en fait on n'attaque plus en frontal cet âge-là, c'est-à-dire qu'il y aurait entre autres la possibilité d'une dérogation parentale qui pourrait être possible entre 13 et 15 ans, je trouve que ça c'est quand même, enfin on vide de sa substantifique moelle cette loi-là, parce qu'en fait vous allez mettre en porte-à-faux les parents qui vont se retrouver avec leur ado, qui vont dire « allez papa, maman, signe-moi cette dérogation pour que je puisse avoir
accès aux réseaux sociaux
». Alors qu'avant, les parents pouvaient justement se protéger en disant « bah écoute, c'est pas moi qui prends la décision, c'est le gouvernement finalement, en tout cas c'est notre pays, ou l'Union Européenne, qui a décidé que tu n'y avais pas accès ». Là en fait mettre en porte-à-faux les parents, je trouve ça pas très malin finalement, parce que bon voilà, vivre ça au quotidien.
Et quand t'as des grands frères, des grandes sœurs dans ta famille,
ils
vont te dire
«
non ». Je
sais pas ce que vous en pensez, tiens Bogdan, t'as suivi un petit peu
?
Non, je suis complètement d'accord, on cria la dictature assez régulièrement, j'ai des parents qui sont venus du RSS, je pense que les dictatures ils ont connues, pour le point personnel, malheureusement vu les dégâts des réseaux sociaux, et c'est prouvé, c'est argumenté scientifiquement et
médicalement. Il faut une
réponse,
j'allais dire violente.
Absolument. En tout cas une réponse déterminée quoi.
Et qui viennent maintenant des autorités, puisque les parents ne sont pas capables eux-mêmes maintenant d'imposer ses limites, et en plus ils sont dépassés. C'est un peu dommage qu'il y ait autant… alors je comprends, le droit c'est important, j'en ai fait moi-même et il faut toujours être précis, mais désolé, c'est presque du chipotage qu'il y a entre le Conseil constitutionnel et l'Union Européenne
pour
agir sur quelque chose qui en réalité est une urgence. Donc on va faire une loi qui finalement ne sera pas si bonne, ce sera vraiment des années de perdues contre quelque chose contre lequel il faut agir assez rapidement. – Fred ?
–
Quand on voit ce qui s'est passé aux Etats-Unis, la sanction pour Meta était de plus de 16 milliards, qu'est-ce qu'ils ont fait ? C'est Meta qui a pris la décision de dire si vous ne justifiez pas un âge,
et
bien voilà, c'est nous.
– Et rappelons quand même, les
mesures sont hyper surprenantes quand même, vous avez suivi, réseau interdit donc au moins de 18 ans, ils ont droit à une heure par jour
– Oui, mais ça rappelle ce qu'on disait
sur la Chine tout
à l'heure. – Ça fait penser à la
Chine, des notifications régulières pour dire que les réseaux sociaux ce n
'est
pas bon, etc., etc. –
Et
pourquoi nous on ne se tourne pas vers Meta en disant que nous on veut la même chose en
Europe
?
– Mais voilà, mais pourquoi on n'a pas ce bon sens-là ? C'est ça qui est dingue. Bruno, on est un peu énervé ici à Paris, je ne sais pas si tu le sens.
–
Oui,
je
le sens, permettez-moi d'aider un peu. – Ben oui, effectivement, mais c'est encore un cas de décider de prendre ses pantalons et de les mettre et de les garder avec ceinture ou pas. C'est qu'à un moment donné, là, on a l'impression que c'est des politiques qui ne veulent pas perdre la face et essaient de rabouter un projet de loi pour essayer de le faire passer plus rapidement, à défaut d'avoir ce qu
'ils
voulaient avoir au début. Ça, c'est malheureux. Et je veux juste revenir dans le scénario dont on parle beaucoup, le fameux verdict contre Meta, mais parallèlement, il y
a
la Californie qui a passé des lois où on est encore plus sévère. Il y a des dents pour s'assurer que les joueurs, les GAFAM vont suivre les règles. Alors, à un moment donné, il faut décider si on le fait et si on le fait, comment on le fait correctement. Et puis, vous avez été très bon jusqu'à maintenant. Le respect de la vie privée, l'utilisation de l'intelligence artificielle, il y a des règles qui fonctionnent bien, mais j
'ai
l'impression que là, on veut sauver plus la face qu'autre chose. Alors, on va en faire passer quelque chose qui a moins de mordant pour des raisons purement de relations publiques et de perte d'image. Mais tu sais pourquoi? Parce qu'on n'est pas une nation numérique. On a du mal à intégrer un peu tout ça. On est des utilisateurs, mais on ne cherche pas à descendre à la couche d'en dessous et essayer de comprendre un peu comment ça se passe. Alors, on est une nation d'ingénieurs.
Là,
on en a. Mais sur ces usages et tout ça, on ne sait pas par quel bout prendre. Et on n'est pas bon là-dedans. Et on a des politiques qui ne sont pas bons là-dedans, qui ne comprennent pas les enjeux, qui ne comprennent pas l'usage. On le voit dans leurs utilisations. On a beaucoup ri de comment ils utilisent Instagram, comment ils utilisent... On se dit... Enfin, voilà, ils ne comprennent pas. Et donc, du coup, cette histoire de réseaux sociaux, parce que la logique... Alors, on s'énervait effectivement ce que tu disais, François. La logique,
vous
devriez dire... Meta, ce que vous avez
fausé... Faites le jeu en Europe. Et puis voilà, c'est réglé. Et là, c'est au moins de 18 ans. Et c'est Instagram. C'est Facebook aussi, je crois. Je me demande s'il n
'y a
pas WhatsApp aussi dans le coup. Enfin, WhatsApp n'est mis de côté parce que c'est une messagerie. On va dire que
ce
n
'est
pas un réseau social. Et puis, il y a aussi ce qui s'est passé en Californie. Je ne sais pas si vous avez suivi. Gavin Newsom qui a signé en fait un paquet de 13 lois. Alors là, c'est pour les moins de 16 ans. Et on n'interdit pas les réseaux sociaux au moins de 16 ans. Mais on va dégrader en fait les réseaux. On arrête l'autoplay, les fils algorithmiques personnalisés en fonction de l'historique de l'utilisateur.
C
'est-à-dire que, je ne
sais
pas, moi, tu regardes régulièrement des bateaux à voile. Tu ne vas pas avoir que ça. En fait, on change des algorithmes pour ne pas hypnotiser en fait les gens. –
Ce qu'ils ont fait en Chine, ça s'appelle comment la TikTok ?
C
'est Douyin ? – Douyin. – Douyin, voilà.
–
Douyin. – Avec du contenu éducatif. On pourrait dire, écoutez,
au
-delà de 18 ans, avant 18 ans, pardon, au-delà, ça pourrait l'être aussi d'ailleurs, avant 18 ans, c'est uniquement du contenu éducatif. On a réussi à faire ça, entre guillemets,
à
la télé. Alors, il y a un peu d'accompagnement des parents, de contrôle des parents, mais voilà, on a mis en place des codes parentaux. Enfin, il y a des choses qui peuvent exister.
Et là,
enfin voilà, tout le monde part après dans la liberté d'expression, etc. Mais de qui se moque-t-on ?
–
Exactement. Bon, écoutez, ce sera le mot de la fin. J'aime bien. On a beaucoup aimé ton expression sur les pantalons et la ceinture, mon cher Bruno. Parce qu'on n'a pas l'habitude d'entendre ces expressions ici. C'est vrai ? Mais c'est tellement mignon. Merci Bruno. À très bientôt. Depuis
le Québec,
Bruno Guy et Miniti. N'oubliez pas ses podcasts, son carnet et ses 120 secondes de tech. Merci Bogdan. On te lit évidemment avec beaucoup d'attention dans la tribu. – Sur
les réseaux sociaux. N'oubliez pas, nous c'est du contenu pédagogique avec Tech & Co et BFM.
– Et bien
voilà, exactement. Vous pouvez devenir addict, mais bon, voilà, pas autant que TikTok. Tu es journaliste à la tribune. Et merci Fred, on se retrouve demain ? – Merci, on se retrouve demain. – Voilà.