Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewC dans l'air· 18 octobre 2024 8 min

Jusqu'où ira Retailleau ? - Reportage - C dans l'air 17.10.2024

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Bruno Retailleau

Bruno Retailleau veut lui aussi sa loi, immigration. Et tant pis si la dernière a été votée il y a quelques mois. Depuis son arrivée à Beauvau, il fait comme tous les ministres de l'Intérieur. Avant lui, il fait parler de lui. Un jour, à Bruxelles...

0:14
Invité

La directive retour a été élaborée. Elle a été à l'époque adoptée en 2008, mais elle a été élaborée plusieurs années avant dans un monde radicalement différent.

0:24
Bruno Retailleau

Un autre, en Seine-et-Marne, dans un centre de rétention administrative.

0:30
Invité

Ça va pas assez vite. Il y a des procédures qui sont lourdes. J'ai décidé de créer une task force.

0:35
Bruno Retailleau

Dans sa nouvelle loi, le ministre de l'Intérieur voudrait allonger la durée en centre de rétention de 90 à 210 jours.

0:44
Invité

Ça concernerait les individus les plus dangereux. Qu'est-ce qui s'est passé avec Philippine ? C'était même avant les 90 jours où elle a été malheureusement violée, assassinée par un individu qui était frappé d'une obligation de quitter le territoire français. Et moi ce que je veux c'est que pour sauver des vies, on change les lois.

1:00
Bruno Retailleau

Parmi les nouvelles mesures, certaines avaient été votées à l'Assemblée avec l'appui du RN lors de la précédente loi immigration. Mais le Conseil constitutionnel les avait censurées comme le rétablissement du délit de séjour irrégulier, le durcissement du regroupement familial ou la transformation de l'aide médicale d'État en aide médicale d'urgence.

1:20
Invité

Les Français seraient appelés à faire des efforts et les étrangers clandestins, aucun. Donc encore une fois, il ne s'agit pas de tout annuler. Il s'agit simplement de faire en sorte qu'un dispositif qui est parmi les plus généraux d'Europe puisse progressivement devenir une aide médicale d'urgence.

1:37
Bruno Retailleau

Mais voilà au sein même du gouvernement les idées de Bruno Retailleau-Crisp.

1:41
Invité

Un peu. Franchement, c'est un sujet de santé. Je vous le redis. Mais ça sera dans la nouvelle loi de santé publique. Il n'est pas question aujourd'hui qu'il y ait un sujet AME dans la loi immigration. Il faut voir aussi qu'un tiers de cette immigration économique, c'est des Bac plus 5. On a besoin de 20 000 ingénieurs dans notre pays. Donc je pense qu'il y a aussi un besoin de nuance dans un débat qui sinon peut aller dans un peu trop de facilité.

2:13
Bruno Retailleau

Au sein de la famille politique du ministre, en revanche, on l'applaudit plus tôt. Nos chemins sont différents Bruno Retailleau et moi. Mais depuis 10 ans, nous travaillons ensemble. Vous savez, Bruno Retailleau, c'est un libéral conservateur ouvert, loyal et actif. Et il ne trompera pas les Français. Je sais qu'il leur dira les choses. J'ai souvent été quelqu'un qui cherchait la voie de l'équilibre. Mais sur les questions de sécurité, aujourd'hui, le temps est venu de parler clair. Mais pour un ancien Premier ministre qui adore rappeler tout ce qu'il a fait, une nouvelle loi immigration ne sert à rien, surtout concernant l'allongement de la durée de rétention.

2:55
Invité

On l'a fait. C'était, je crois, 45 jours. On l'a passé, nous, à 90 jours. On a adopté une loi il y a moins d'un an sur l'immigration, avec des mesures dont certaines ne sont pas encore en vigueur, puisque les décrets ne sont pas encore sortis.

3:07
Bruno Retailleau

Le Rassemblement national, lui, jubile.

3:10
Invité

Probablement que la présence de députés en nom du Rassemblement national, de ce premier groupe à l'Assemblée, pousse sans doute les gens qui sont au pouvoir et qui n'ont pas gagné les élections à entendre le message des urnes.

3:21
Bruno Retailleau

Et à gauche, on accuse l'exécutif de frayer avec le RN.

3:26
Présentateur

C'est une loi pour Marine Le Pen. C'est une loi qui est faite pour donner des gages à l'extrême droite, permettre à l'extrême droite de voter le budget.

3:33
Bruno Retailleau

Et pour ne pas quitter la scène, dès demain, Bruno Retailleau ira avec son Premier ministre à Menton et à la frontière italienne pour parler immigration avec les ministres italiens et devant quelques caméras. Et nous allons en reparler de cette visite à Menton et de ses premières propositions sur sa loi immigration avec des révélations de l'opinion ce matin. Mais juste pour boucler la boucle sur le portrait de Bruno Retailleau qu'on commence à découvrir. Nathalie Chuc, je disais tout à l'heure qu'il avait quelque chose de très droit, de très sobre. Dans sa manière de vivre à Beauvau, il a changé les choses.

4:11
Invité

Presque janséniste, je dirais. C'est quelqu'un qui fonctionne beaucoup sous le principe de l'assaise. Et quand il est arrivé à Beauvau, c'était au lendemain de sa nomination, donc le 22 septembre, c'est Gérald Darmanin qui lui fait faire tout le tour de la place Beauvau et qui lui présente notamment les appartements privés qui sont assez grands. Et Retailleau a pris tout de suite la décision de ne pas s'installer dans cet appartement et de choisir plutôt un petit appartement qui est à côté, ça le suffit. Quand il vivait à Paris avant, il avait un tout petit appartement, quasiment une garçonnière. Donc ce n'est pas quelqu'un qui est attiré par les ors du pouvoir du tout.

Et quand je l'ai suivi en Italie, je voyageais avec lui en avion, etc. Donc j'ai vraiment pu l'observer. Il ne jubile pas du fait d'être dans un Falcon 900. Il n'a pas changé de marque de costume. Il a toujours des costumes Fursac, c'est exactement les mêmes, bien coupés. Ce ne sont pas des costumes qui sont chers, évidemment, pour le commun des mortels. Mais par rapport à ce qu'on peut connaître, bon, ce n'est pas Sophie, j'allais faire sa mauvaise blague. Mais donc il n'est pas dans cette... Il est dans quoi alors ? C'est quoi son moteur ? Parce qu'il dit « je me suis promis de ne rien changer de ce que je suis ». Il est au service de ses idées.

C'est quelqu'un qui a des idées et une colonne vertébrale assez raide, assumée, que ce soit sur le plan sociétal, sur le plan sécuritaire, et il n'en déviera pas. Ce qui est intéressant, c'est qu'avec Nicolas Sarkozy, qui est passé au ministère de l'Intérieur, et dont on parle toujours, y compris en interne, Bruno Retailleau se met un peu dans ses pas, alors que les deux hommes n'étaient pas du tout amis et que généralement c'était assez tendu entre eux. Et là aussi, assez habilement, Bruno Retailleau l'a appelé tout de suite après sa nomination. Ils se sont vus, il a reçu Nicolas Sarkozy, qui l'a plutôt encouragé à continuer dans cette voie. Il lui a dit « vas-y ».

Donc Bruno Retailleau, aujourd'hui, fait un peu du Nicolas Sarkozy sur le côté « je parle franchement, je parle fort ». Il a bien compris que dans cette séquence politique un peu instable ou avec un gouvernement où il y a des gens de gauche, il y a des gens de droite, il fallait prendre le leadership sur les idées. Il fallait imposer les idées des droites. Il a réussi, à votre avis ? En un mois et demi, en presque un mois et demi, il a plutôt réussi. On ne parle que de lui. Les autres ministres se positionnent par rapport à lui, y compris publiquement, donc ce qui fait un peu de cacophonie, mais c'est lui qui fixe l'agenda.

Et là, il donne l'impression qu'il va fixer l'agenda législatif avec l'idée d'une nouvelle loi. On verra si ça aboutit ou pas. Mais même au moment où il y a des coupes budgétaires, il est plutôt en train de s'installer avec un budget, puisque s'il parle fort, c'est aussi pour négocier ça derrière, c'est-à-dire avoir un rapport de force avec le Premier ministre, avec le gouvernement et avec ceux qui tiennent les comptes de la bourse.

Dans son bureau, c'était déjà le cas au Sénat, il y a le portrait de deux personnalités, Georges Clémenceau et Jean Delattre de Tassigny, qui sont tous les deux originaires du même village de Mouiron en Vendée et qui symbolisent la ligne et la fidélité à ces idées que veut porter Bruno Rotaillou. Il y avait ces portraits au Sénat, on les a vus dans les différentes interviews qu'il a pu donner déjà Place Beauvau. Ça l'encadre. Et ce qu'il explique, c'est que pour lui, il n'y a rien de pire que la trahison de ces idées.

Certains disent d'ailleurs qu'il fait peut-être le pari de se dire que ce gouvernement ne va peut-être pas durer très longtemps, mais qu'il aura posé des marqueurs idéologiques et qu'aux yeux des Français, il pourra dire « J'ai essayé de faire cela, j'en ai été empêché, peut-être par le Président, peut-être par d'autres, peut-être par l'Assemblée nationale, peut-être par la durée de ce gouvernement qui sera peut-être finalement brève, mais j'ai essayé. » Et il est convaincu, c'est ce que disent ses proches aussi, qu'il faut montrer aux Français que même si c'est un centimètre qui est bougé, il le bouge.

Par exemple sur l'AME qu'il souhaite transformer en aide médicale d'urgence, c'est pourquoi je explique qu'ils en conviennent, ils disent que chez les migrants, c'est peut-être que 1 ou 2% des motivations pour venir en France. Mais leur argument, c'est de dire que c'est 1 ou 2%, si on peut les faire bouger, il faut les faire bouger. Et justement, il l'a ajouté à un autre portrait dans son bureau, c'est celui de Chilippine, cette jeune femme qui a été tuée par quelqu'un qui était sous OQTF. Et c'est l'idée, ce que dit bien Guillaume Daré, que justement, il ne laissera pas un centimètre de plus. C'est-à-dire qu'il entend avec ce portrait se dire « J'œuvrerai pour le drame. »