"Le risque d’embrasement est là pour le gouvernement" : Alix Bouilhaguet sur la colère lycéenne
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« Ben c'était un petit peu léger hein. »
- 1:15Fait
« Il a effectivement ouvert la porte à des inflactions sur parcours sup mais sans en donner exactement les modalités. »
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« Ce sont ce sont les termes. C'est pas suffisant pour calmer la colère. »
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« On a un enseignement à plusieurs vitesses qui qui est très visible désormais dans les lycé pour le dire un peu vite »
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« il faut plus d'enseignants. Enf, on peut faire toutes les circ circonvolutions qu'on veut. La réalité, elle est là. »
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« le coût d'année, le le coût d'un étudiant en classe prépa n'est absolument pas le même que le coût d'un étudiant en premier cycle »
- 8:11Fait
« En effet, l'école aujourd'hui est moins mixte. »
- 8:43Fait
« Il y a trois facteurs combinés qui jouent. Il y a il y a il y a un premier facteur qui est euh effectivement l'assouplissement de la carte scolaire. »
- 10:04Fait
« toutes ces revendications, elles ont été euh elles sont répertoriées, documenté depuis des années et des années »
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Alix, on vient de l'apprendre justement cette mobilisation qui prend de l'ampleur, ce qui fait que le premier ministre va s'exprimer ce soir. Oui. Alors, est-ce qu'il y a un petit cause enfin un rapport de cause à effet entre la réunion d'hier soir autour d'Emmanuel Macron et cette allocution ce soir ? Emmanuel Macron pensait peut-être que son premier ministre n'était pas suffisamment aux avant-postes et effectivement une allocation une allocution ce soir depuis Matignon. Alors, il va parler de la situation des budgets mais aussi du prix des carburants, de la crise agricole, du budget aussi hein de 2027. Et ça c'est vraiment la preuve que pour le le le gouvernement le risque d'embrasement euh et de contagion est là. Euh ça veut dire que les perspectives
politiques données hier par Sébastien Lecnu n'ont pas suffi visiblement. Ben c'était un petit peu léger hein. Si je reprends la demi-journée de démocratie interne dans les lycées, une demi-journée d'ici à la fin de semaine, bah ça c'est pas sûr que quand même ça suffise à calmer les lycéens. Il a effectivement ouvert la porte à des inflactions sur parcours sup mais sans en donner exactement les modalités. Et quant au euh problèmes sur les profs absents qui seraient non remplacés, ben il a dit on on on ne découvre pas le problème. Alors de fait, oui, il ne découvre pas le problème hein puisqu'il avait déjà été pointé en 2023 mais que les crédits alloués pour ses remplacements ont été entre-temps euh entre-temps supprimés. Le mouvement peut-il s'étendre ?
Euh le risque est là et et ça justifie en partie effectivement cette cette allocution. D'abord parce qu'on ne voit pas exactement quelle réponse politique il peut apporter. Alors, il y a une réponse politique de court terme, hein, c'est d'ouvrir un peu les vannes, hein, mettre un peu d'argent. Sauf que on sait que ce sera forcément des rustines si on se réfère au budget qui est extrêmement contraint. Et puis, il y a la réponse de long terme euh quelle vision pour l'éducation nationale ? Et ça, on sent qu'il a vraiment hier totalement refilé la patate chaude au candidat à la présidentielle. [raclement de gorge] On verra évidemment comment ça se passera dans dans les prochains jours. Fabien Truong, merci d'être avec nous. On le voit donc cette réponse du gouvernement, elle ne semble pas
suffisante. On a cette proposition de dialogue, cette demi-journée de cours qui est donc annulée au profit d'une d'un temps de démocratie interne. Ce sont ce sont les termes. C'est pas suffisant pour calmer la colère. La colère, elle est trop installée. C'est pas du tout une réponse et puis en fait ça montre encore plus la déconnexion finalement entre le je dirais le monde politique et le le monde éducatif. En fait, cette révolte, elle est elle est c'est pas du tout une révolte de court terme en fait he les revendications qui ont été mentionnées qui sont des revendications de base des enseignants, des tables, des chaises, des toits, enfin une éducation qui fonctionne et à peu près partout de la même manière sur tout le territoire, elles sont très très anciennes. Ça fait
10 15 20 ans parfois he que ces revendications sont montées et elles sont d'ailleurs le fruit d'un dialogue constant dans le dans le monde éducatif entre les adultes et les adolescents et les adolescentes. Et ça je tiens à le signaler. C'est-à-dire que euh peut-être qu'on se souvient après le mouvement des gilets jaunes et le mouvement des styles rouges, c'était des enseignants qui demandaient la même chose. Ces demandes sur le le la question d'avoir un enseignant dans chaque classe, elles sont euh pointées du doigt notamment par les parents d'élèves depuis longtemps. dans les quartiers populaires. Je tiens à rappeler que la FCPE qui est une fédération de parents d'élèves dans le 93 avait objectivé le fait et c'est il y a quelques années déjà que dans une
scolarité entière en scène Saint-Ni par exemple un élève aura une année de perdu et donc en fait tout ça ça vient de très très loin et et puis c'est aussi ne pas comprendre ce qui se passe dans les classes. C'est-à-dire que ce qu'on appelle la démocratie là peut-être de manière un peu pompeuse elle existe en fait dans les classes. C'est-à-dire que les les adolescents, les adolescentes discutent avec leurs enseignants quand ils sont là. Tout ça existe en réalité. Et là, c'est un effet un effet un petit peu de de mise en scène pour répondre à quelque chose qui qui est très clair et puis qui est très concret. Si vous voulez, les élèves ne demandent pas à discuter, il demandent à avoir cours, il demandent à Il demandent des moyens aussi. Oui. Et puis enfin quand on parle de moyens,
c'est pas c'est parce que parfois c'est un peu présenté comme si c'était un caprice ou vous voyez quelque chose d'un petit peu c'est des enseignants, des tables euh des chaises. Et puis il demande l'égalité aussi là. C'est-à-dire que vous avez ouvert le journal avec euh avec Science Po donc l'EP de Paris qui qui bon lui qui n'est pas du tout touché he qui est du côté élitiste et qui est très bien doté qui est surdoté. C'était l'illustration que les étudiants viennent se mêler maintenant à cette crise lycéenne, mais c'est important de rappeler que cette crise, elle a commencé, cette colère, cette mobilisation, elle a commencé dans les quartiers populaires en en banlieu parisienne. J'imagine que c'est ça que vous alliez nous dire. C'est pas à Nodin que ça avait commencé là-bas. Ah bah
c'est c'est en fait c'est non c'est pas du tout anodin parce qu'en fait on a un enseignement à plusieurs vitesses qui qui est très visible désormais dans les lycé pour le dire un peu vite he le lycée restait mixte socialement en France dans les années 90 à peu près. Maintenant ça fait 20 30 ans qu'on a des lycées très homogènes socialement je vais vite he mais des lycées avec des une population pauvre et une lycée avec une population riche que l'affectation des moyens est absolument inégale. Et en fait, c'est vraiment lié aussi au système d'affectation des enseignants et on a un manque structurel et cruel d'enseignants. Donc de toute façon, s' il faut et il le faut puisque ce que c'est la promesse républicaine à minimum un enseignant devant chaque chaque
élève, il faut plus d'enseignants. Enf, on peut faire toutes les circ circonvolutions qu'on veut. La réalité, elle est là. et et ce sont les lycées qui sont le mieux dotés euh déjà où il y a une population qui est la plus euh dotée aussi économiquement, socialement qui ont ces moyens-là. Et donc mais ce qu'on voit aussi, il y en a certains qui ont rejoint quand même, on voit aussi des blocus devant des lycées privilégiés. Comment vous l'expliquez ça ? Oui, c'est c'est ce que j'allais euh souligner et ça c'est peut-être un petit peu nouveau, c'est que dans ce mouvement-là, il y a aussi une manifestation de solidarité. Vous avez de nombreux jeunes qui disent "Et bien nous en fait on ça va à peu près ça ça fonctionne mais en fait c'est pas normal, c'est pas juste euh que à
quelques kilomètres euh euh la situation soit absolument différente. Donc cette manifestation de solidarité en réalité, elle est aussi très républicaine. Liberté, égalité, fraternité, c'est ce que demande euh ce mouvement. et elle témoigne en fait de cette solidarité. par ailleurs sur le le la jonction avec le le mouvement étudiant, elle se fait, je dirais euh tout à fait concrètement et naturellement parce que les problèmes dans l'enseignement supérieur sont les mêmes. Euh avec un enseignement supérieur à deux vitesses, euh à l'université, il nous manque cruellement d'enseignants, d'enseignants chercheurs. C'est pas le cas dans les filières les plus élitistes, classe prépa, grandes écoles. La dotation des moyens de l'État n'est pas du tout la même. Il faut savoir que le coût
d'année, le le coût d'un étudiant en classe prépa n'est absolument pas le même que le coût d'un étudiant en premier cycle et cetera et cetera. Donc en fait, on a les mêmes problématiques. Et pour revenir sur ma question initiale qui était de se demander si on était euh au point fort de la crise ou ou si euh ce n'était que le début, est-ce que quand on voit ces images, c'est euh 270000 manifestants selon le ministre de l'intérieur, 450000 sur les syndicats. Quand on voit tous ces jeunes qui se mobilisent ensemble, est-ce que ça ça nourrit encore plus la mobilisation ? Vous parliez de solidarité, est-ce que ça ça encourage encore plus ? Oui, ça c'est très clair en fait. s'il suffisait de de se d'être de dans la ruère par exemple pour le voir pour aller peut-être un peu vite, on peut
dire que je l'ai dit hein, le lycée est très peu mixte socialement en parlant. Donc ça veut dire aussi, on parle beaucoup de vivre ensemble, qu'on se fréquente moins euh euh et pendant longtemps et il y a beaucoup de jeunes, il y a beaucoup de jeunes qui ont été euh frappés des conditions d'étude d'autres jeunes à travers les réseaux sociaux voyant des images que vous avez sans doute vu qui sont choquantes. Et hier, ce qu'on a vu aussi, c'est des jeunesses qui se sont ctoyées, qui ont pu échanger en vrai en fait dans la rue et avec aussi beaucoup de discussions, de solidarité, de joie aussi et de rencontrre. Et ça libère des énergies et aussi un âge où on a envie de d'un avenir bah joyeux. On verra en réalité. Moi, j'ai juste une
question. Vous dites "En effet, l'école aujourd'hui est moins mixte." Euh voilà. En général, ça veut dire que c'est quoi ? pour vous c'est une volonté de l'État qui a son mix ou alors c'est une volonté aussi de certains et bien de ne pas aller dans des écoles qui sont considérées moins bonnes scolairement, de placer le de plus respecter la carte scolaire, on le sait très bien comment ça peut se passer auprès des parents. À votre avis, à qui la faute ? Euh alors il y a pas la faute he c'est il y a pas de de complot ou de volonté. Non non non mais c'est c'est un c'est votre question est importante. Il y a trois facteurs combinés qui jouent. Il y a il y a il y a un premier facteur qui est euh effectivement l'assouplissement de la carte scolaire. Et effectivement
dans les quartiers populaires et les quartiers populaires qui sont les plus près du centre bah il y a un phénomène de gentrification. Donc on a aussi des phénomènes d'évidement. Donc ça ça joue, ça a été documenté, c'est étayé. Il y a un phénomène de ségrégation urbaine qui est aussi très fort. Euh et donc les quartiers populaires s'appauvrissent mais ils s'appauvrissent aussi parce qu'il y a des habitants des habitants de quartiers populaires qui partent et qui ont aussi la mobilité sociale et résidentielle à travers l'école. Donc ça ça veut dire aussi que oui, il y a des choses qui fonctionnent quand on a à peu près les moyens et et et on a toujours des effets de retard. Ça fonctionne parce que ça fonctionnait mieux aussi il y a 10 ou 15 ans avant.
signaler et puis il y a la ha inégalités sociales qui joue aussi qui est forte qui est documenté donc quand vous combiner tout ça vous avez un effet mécanique qui est très fort et qui est extrêmement puissant et pregnant. Justin beau, je reviens sur ce que vous disiez sur le fait que les les réseaux sociaux nourrissaient aussi cette mobilisation. Il y a notamment des images et toute la question autour du maintien de l'ordre. Ça c'est aussi ce qui fait que ces jeunes ça nourrit leur colère ce qui ce qui se passe et ces images qui circulent largement sur les réseaux sociaux. Bah oui, je pense qu'on a vu des images qui sont inacceptables et là enfin autour de la table on est des adultes. Je pense que c'est pas possible d'avoir des images où les adolescents et des adolescentes se font
traiter de cette manière par des adultes. On parle de réaction proportionnée. Enfin, c'est absolument disproportionné d'avoir des policiers et des policières devant un établissement. Et on en arrive là aussi, je je le je le répète hein, euh toutes ces revendications, elles ont été euh elles sont répertoriées, documenté depuis des années et des années et même dans les lycées où ça a entre guillemets démarré il y a il y a quelques semaines, euh il y a eu des des mobilisations tout à fait pacifiqu au départ. Je reprenait la séquence sur Créteille, c'est quand même des lycéens qui se mobilisent, qui vont au rectorat, qui sont pas vraiment reçus. Enfin, il y a toute une séquence de dialogue qui en réalité existe, c'est qu'elle n'est pas répertoriée médiatiquement parlant.
Euh donc là aussi, je pense que les adultes doivent collectivement s'interroger. Merci beaucoup. Merci d'avoir été avec nous.
Sébastien Lecornu