Algérie : Macron rend fous les diplomates
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Bonjour tout le monde et bienvenue pour un nouvel épisode des Indiscrets sur le Média. Votre rendez-vous hebdomadaire politique avec Nils Vilqueux. Grâce à son carnet d'adresses sans égale, sa connaissance fine des acteurs politiques de tous bords, Nils nous permet d'arpenter chaque semaine les coulisses et ce qu'il se trame dans la politique française et d'aller chasser les indiscrétions. Une émission permise grâce à votre soutien. Et face à la montée de l'extrême droite, le Média a encore plus besoin de vous.
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Pas de vacances pour les ambitions politiques des uns et des autres. Avant 2026, vous allez le voir, les couteaux sont sortis entre les candidats. Et puis cette semaine, on va délocaliser, façon de le dire, à cette émission à Nice, là où le maire actuel, on le connaît, Christian Estrosi, bataille contre son rival et son ennemi politique de toujours, Eric Ciotti. Nils, bonjour.
Salut Amira, salut à toutes et à tous.
Alors, Emmanuel Macron change de nouveau de position sur l'Algérie. En fait, il remet le couvert, finalement. C'est quoi cette histoire ?
C'est vrai qu'on en a beaucoup parlé sur le média, mais j'avais envie, effectivement, de vous raconter les coulisses. Et effectivement, tu l'as dit, la girouette Macron a encore tourné. L'été dernier, il avait déjà suscité un tollé en reconnaissant la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental.
Ce lundi, le président français s'est de nouveau déclaré favorable au plan d'autonomie marocain pour le territoire disputé du Sahara occidental. Pour ce député, la France a passé un marché avec le Maroc. Le Sahara, c'est le prix de ce deal. La France, qui est en train de perdre ses positions et son influence dans plusieurs de ses anciennes colonies africaines, cherche à se rattraper. En s'investissant dans ce dossier, pour assouvir ses intérêts économiques au Maroc, en s'étendant vers les territoires Saharaoui.
Cette année, le président a décidé, je cite, de durcir le ton contre l'Algérie. Et tout est parti d'une lettre à François Bayrou que le Figaro a dévoilé la semaine dernière. Et le président y enterrit notamment la suspension de l'accord de 2013, permettant aux détenteurs de passeports diplomatiques et officiels algériens d'être exemptés de visa pour se rendre en France. Voilà, ça, c'est terminé. En langage diplomatique, on appelle ça une mesure de rétorsion.
Côté algérien, on n'est pas en reste, puisque le gouvernement algérien a annoncé à la fin de la gratuité des biens prêtés depuis des décennies à l'ambassade de France en Algérie et une révision des baux contractés pour d'autres institutions françaises sur le territoire algérien. Bref, une réponse immobilière. Il faut dire que la France conserve la jouissance de 61 biens en Algérie, dont 18 hectares pour l'ambassade de France et 4 hectares pour la résidence de l'ambassadeur à Alger, s'il te plaît. C'est ce qu'explique l'agence algérienne APS.
Et d'ailleurs, le loyer pour l'ambassade est insignifiant et celui de la résidence appelée Les Oliviers a été d'un franc symbolique, resté inchangé entre 1962 et août 2023, toujours selon cette agence. Alors évidemment, là, les relations diplomatiques entre nos deux pays sont au point mort, selon une source du Quai d'Orsay que j'ai contactée pour préparer cette émission. Le dernier canal de communication laissé ouvert par les autorités algériennes, c'est via la DGSE, c'est-à-dire l'état des relations entre les deux pays.
Alors, Lannis, tu as bien expliqué les mesures de chacun, mais comment on explique finalement ce revirement d'Emmanuel Macron ?
Ah oui, alors Bruno Retailleau, évidemment, il voit le triomphe de ses idées. Lui qui met de l'eau sur le feu, on en a largement parlé encore une fois sur les médias, prenant la fin, je cite, de la diplomatie des bons sentiments, comme il le répète régulièrement.
En déplacement dans le Val-d'Oise, Bruno Retailleau affirme une fois de plus ses différences avec le chef de l'État. On a des sensibilités différentes et il faut le respecter. Je respecte évidemment à la fois la personne et la fonction présidentielle parce que je suis gaulliste. Ça fait pas de moi un macroniste, chacun le sait depuis longtemps. Des propos qu'il a tenus à la une du magazine Valeurs Actuelles, le macronisme s'achèvera avec Emmanuel Macron. Une interview qui passe très mal auprès d'un certain nombre de ministres qui n'ont pas hésité à le dire publiquement.
Alors, côté Élysée, le son de cloche est légèrement différent. Je n'ai pas changé d'avis, c'est ce que répète Macron à ses rares interlocuteurs auxquels il parle cet été. J'ai toujours dit qu'en l'absence de résultats, il fallait durcir le ton avec Alger. Et avant ses congés, l'Élysée fait savoir que le président avait demandé une remontée de la part des différents ministères sur la situation de la France avec l'Algérie. Alors, ils ont fait une sorte d'inventaire. Ça va de l'état des relations diplomatiques à l'étendue d'une menace sécuritaire. Et donc, fin juillet, le bilan a été remonté à l'Élysée. Il a été qualifié de désastreux.
Et c'est ce qui aurait conduit Emmanuel Macron à passer à l'acte en publiant cette lettre dans la presse. Alors, il y a aussi le sort de l'écrivain Boalem Sansal, qui est toujours incarcéré, ainsi que l'emprisonnement de notre confrère, le journaliste sportif Christophe Glaze, qui ont choqué en France et pour lequel nous avons une pensée, bien sûr, aux médias. Il n'empêche, symboliquement, cette missive d'Emmanuel Macron à François Bayrou est inédite dans l'histoire française. Alors, il y a déjà eu des ministres de l'Intérieur interventionnistes sur l'Algérie. On pense à Charles Pasqua et d'autres, par exemple.
Mais là, c'est vrai que c'est différent parce que Rotaillot en a fait un enjeu électoral dans sa course à la présidentielle en 2027. Et puis, il y a quand même une double lecture dans cette étrange lettre qui a été rendue publique. On peut lire ainsi que les services du gouvernement doivent agir, je cite, sans repos et sans répit pour régler cette question diplomatique. Et en fait, un bon connaisseur du président me dit concrètement, c'est l'épreuve de feu pour Rotaillot. S'il se casse les dents sur le dossier algérien, c'est fini pour lui. Bref, c'est une manière pour Emmanuel Macron d'envoyer Bruno Rotaillot au casse-pipe.
Et Nice, alors, de l'autre côté de la Méditerranée, du côté algérien, qu'est-ce qu'on en pense de cette histoire et de ce duo, finalement, Macron-Rotaillot ?
Alors, on en a déjà parlé il y a deux semaines que la presse algérienne raillait évidemment la position de Bruno Rotaillot en le traitant notamment de Gargamel, le méchant des Chuttroumpfs. En réalité, si le pouvoir algérien a pris longtemps le soin d'écouter ce que disait la France, un diplomate français me dit, il semble que ce soit moins le cas aujourd'hui. Ils veulent aussi, le pouvoir algérien veut montrer qu'il peut avoir des relations avec d'autres pays, avec d'autres partenaires. La colonisation, c'est heureusement terminé. Bref, du point de vue algérien, tout ça ressemble quand même plutôt à une affaire franco-française qu'à une affaire franco-algérienne.
Alors, Nice, on va passer à un autre sujet. On va continuer à observer les municipales, c'est dans quelques mois. Cette fois, on va s'intéresser à la ville de Nice. Je le disais en introduction, il y a un duel entre Éric Ciotti et Christian Estrosi.
Et oui, avec un nouveau rebondissement cette semaine, un étrange fichier Excel possédé par Éric Ciotti. C'est l'IB qui révèle que l'ancien patron de la droite, qui depuis est passé au Rassemblement National ou l'un de ses alliés, recueille des informations sur 800 profils de niçois jugés influents. Alors, bon, jusque-là, rien de nouveau. Les fichiers en politique, c'est une vieille méthode. Ça permet évidemment de mobiliser des soutiens rapidement. Chaque parti politique a ses petits fichiers.
Mais là, la caractéristique assez étrange quand même des fichiers d'Éric Ciotti, c'est qu'il y a des données quand même qui sont très intrusives, selon l'IB, avec notamment la mention d'une appartenance religieuse ou ethnique. On peut lire notamment la mention juif en toutes lettres. Les situations de handicap, sourds ou muets. Et puis, la situation financière ou patrimoniale des personnes recensées, selon un lanceur d'alerte qui s'est confié au journal. Et d'ailleurs, Libération a pu accéder à ces fichiers, les lire. Alors, la justice a ouvert une enquête et une perquisition a été effectuée au siège du département qu'Éric Ciotti a contrôlé longtemps à Nice.
Alors, c'est le dernier épisode d'un duel fratricide entre les deux hommes forts de la région. Tu le rappelais en introduction. Ils ont été très, très proches avant de devenir rivaux avec les années. En fait, ça fait depuis 2010 que rien ne va plus entre eux, alors que Christian Estrosi a été le mentor de Ciotti et lui a permis, à partir de 88, de le suivre dans sa carrière politique. Et puis, Ciotti, après, a gagné ses galons grâce à son patron. Il est devenu député, président du conseil général du département. Et chacun se livre une guerre sans merci à coups de déclarations assassines dans les médias. Écoutez, par exemple, Estrosi.
– Eric Ciotti.
– Oui, mais je sais que…
– Vous allez peut-être le retrouver au municipal, face à face. Ça va être épique.
– Je vais vous dire une chose. Vous le recevez. – Comme vous. – Il concentre son temps à parler de moi. Et moi, je consacre mon temps, comme vous le voyez ce matin, à parler de ma vision de l'avenir, des projets, des intérêts d'avenir pour mon pays. Le reste ne m'intéresse pas.
– Vous aurez à parler de lui s'il est face à vous au municipal, monsieur le maire.
– S'il est face à moi, sous quelle étiquette ?
– C'est-à-dire ? Il va être soutenu et promu et poussé par le Rassemblement national qui fait de très bons scores dans votre ville.
Il faut bien qu'il y en ait un. J'en ai toujours eu un. J'ai eu Mme Arnautu, M. Chenardi, Mme Chenardi et d'autres encore. Bon, il en faut un ou il en faut une et on fera avec. – Voilà, et de son côtier, Ciotti n'hésite pas à qualifier Estrosi de traître après son ralliement à Macron en 2017. On l'écoute.
– Vous vous êtes senti trahi, du coup ? – Il y a eu une rupture, puis il y a eu une rupture de confiance. – Il n'y a pas eu d'histoire entre vous, perso ? – Non, non, il n'y a pas eu de… – Vous pouvez tout nous dire. – On ne dirait rien. – Il y a eu un éloignement progressif, et puis des collaborateurs qui sont arrivés, qui ont accentué les différences des collaborateurs parisiens qui conduiront d'ailleurs Estrosi à sa perte, mais ça, c'est son problème.
– Voilà, alors je ne sais pas si on peut, si Ciotti est bien placé pour donner des leçons de fidélité politique, puisque lui-même est passé du côté du RL en rompant avec sa famille politique de droite.
– Bon, en tout cas, ça ne s'aime pas du tout du côté des deux hommes, mais politiquement, au niveau des municipales, ça se passe comment, finalement ? Peut-être qu'il y a des choses à gagner.
– Mais oui, figure-toi, j'ai passé quelques coups de fil à Nice. Voilà, je suis allé dans le sud de la France. Côté Estrosi, on surjoue la sérénité. On rappelle que le maire actuel a gagné les scrutins municipaux depuis 2008. C'est vrai, mais le camp Ciotti, lui, a remporté les législatives anticipées en 2024 avec une victoire de l'UDR dans les trois circonscriptions niçoises. Éric Ciotti a conservé la sienne. Il a aussi permis à une fidèle Christelle d'Interoni de conserver sa circonscription. Et l'un de ses partisans l'a emporté sur celui d'Estrosi. Bref, chaque camp fourbi ses armes en attendant l'affrontement.
En attendant d'autres révélations qui ne manqueront pas de venir pour pimenter cette campagne, Ciotti et Estrosi ont au moins un point commun à Viera. Tous les deux sont suspectés d'utiliser de l'argent public pour leur campagne, comme l'a révélé la semaine dernière le Figaro. D'un côté, les équipes de Christian Estrosi visent le journal du député local Éric Ciotti, qui critique le bilan de la mairie. Bah oui, ça ne leur a pas plu. De l'autre, les proches du député contre-attaquent face aux livrets en papier glacé, s'il te plaît, qui défendent l'action du maire. Bref, une vraie salade niçoise.
Et on peut s'attendre, je le disais, à d'autres juteuses révélations du côté de Nice avant ces élections.
Merci beaucoup, Anil. C'est toujours très sympa, ces petits détails croustillants pendant les vacances. En tout cas, merci, Nice. On se retrouve très bientôt.
Merci à toi.
Et vous l'aurez compris, c'est la fin de cette émission. Merci de l'avoir suivie. Merci de votre fidélité aux médias. Le Média nous rappelle qu'il y a toujours besoin de vous. Alors, soutenez-nous. Ça se passe dès maintenant sur le médiatv.fr. Soutien. Excellente suite des programmes sur le Média.
Bruno Retailleau