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Podcast / conversationLe Média (sur YouTube)· 22 mai 2025 19 minContradictoireActualité / polémiqueInstitutions & électionsSolidarités & familleEurope & internationalTravail & emploi

PRÉSIDENTIELLE 2027 : RUFFIN VEUT UNE PRIMAIRE À GAUCHE, DE POUTOU À... HOLLANDE

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 10 %Attaque 70 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:13OuverteRéponse directe

    Bonsoir Paul. Merci pour ta présence ce soir avec nous. On va commencer, je le disais, par évoquer la primaire de la gauche.

  • 0:21OuverteRéponse directe

    Dans un entretien publié par Libération hier soir, François Ruffin estime, je cite, que pour 2027, il nous faut une primaire et je la remporterai. Qu'est-ce que tu penses de cette affirmation et de la confiance qu'il affiche ?

  • 2:21OuverteRéponse directe

    Pourquoi, selon toi, il est persuadé de pouvoir la gagner alors qu'il est assez seul, comme tu l'as dit ?

  • 5:54OuverteRéponse directe

    François Ruffin, dans cette tribune, il a détaillé ce qu'il imagine pour cette primaire.

  • 7:37RelanceRéponse directe

    Il dit quand même que la base, c'est le programme du NFP.

  • 10:29OuverteRéponse directe

    Pour rappel, elle avait publié une tribune fin avril où elle appelait à cette primaire. Pourquoi est-ce que c'est un sujet qui revient tout le temps à gauche selon toi ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:21PrésentateurFait
    « François Ruffin estime, je cite, que pour 2027, il nous faut une primaire et je la remporterai. »
  • 1:13InvitéFait
    « François Ruffin fonctionne sur la candidature qu'il pourrait représenter plus qu'une personne qui a proposé un programme différent de ce qui a été proposé dans le reste de la gauche. »
  • 2:11InvitéFait
    « C'est un vœu pieux qu'on avait déjà évoqué il y a quelques temps avec la proposition de Mme Casté sur l'unité de la gauche. »
  • 3:19InvitéFait
    « Il a été un compagnon de route de la France Insoumise et il pense qu'il peut gagner face à d'autres candidatures à gauche. »
  • 3:37InvitéFait
    « Clémentine Autain, qui a été une députée de la France Insoumise, qui est connue pour ses engagements également, dans une gauche radicale, on va dire, antilibérale, se présente ou est prête à proposer sa candidature. »
  • 4:11InvitéFait
    « Je suis résolument contre le système de primaire, qu'en général, le système de primaire a tendance à effacer, justement, la radicalité des programmes et à favoriser les options les plus tièdes, les plus centristes. »
  • 6:05PrésentateurFait
    « Le calendrier, c'est des candidatures en avril 2026 et un vote à l'automne. Le format, une élection à deux tours sur le modèle de la présidentielle. »
  • 6:18PrésentateurFait
    « Les garde-fous pour candidater : 100 000 parrainages citoyens, 250 de maires. »
  • 6:22PrésentateurFait
    « 10 idées en guise de profession de foi. Un vote physique avec un bureau de vote par canton. L'objectif, 2 à 3 millions de votants. »
  • 7:01InvitéFait
    « François Ruffin propose de gouverner la France sur la base de 10 idées. »

Temps de parole

  • Invité89 %
  • Présentateur11 %

≈ 0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-2603 · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:13
Présentateur

Bonsoir Paul. Merci pour ta présence ce soir avec nous. On va commencer, je le disais, par évoquer la primaire de la gauche. Dans un entretien publié par Libération hier soir, François Ruffin estime, je cite, que pour 2027, il nous faut une primaire et je la remporterai. Qu'est-ce que tu penses de cette affirmation et de la confiance qu'il affiche ?

0:35
Invité

François Ruffin ne pourrait pas proposer de passer par une primaire et estimer lui-même qu'il ne la gagnerait pas. En tout cas, on peut douter du fait qu'il soutiendrait un tel processus s'il pensait ne pas avoir de chance ou qu'à minima, il essaye de mettre en scène le fait qu'il est soutenu fortement. Pourquoi ? Parce que je rappelle que c'est un homme assez seul finalement. C'est un homme qui est député de la Somme, certes, mais qui a autour de lui un micro-parti qui s'appelle Picardier Debout et qui n'est pas un mouvement politique en tant que tel. Sur le site de ce parti, vous avez une introduction qui présente ce parti comme un mouvement de soutien à François Ruffin.

C'est-à-dire qu'avant tout, François Ruffin fonctionne sur la candidature qu'il pourrait représenter plus qu'une personne qui a proposé un programme différent de ce qui a été proposé dans le reste de la gauche, le Nouveau Front Populaire, la NUPES ou ceux d'autres anciennes organisations politiques. Et il souhaite passer par la primaire parce que, de même, l'absence d'une forte organisation et d'une forte valeur programmatique identifiée sur sa personne fait qu'il a besoin de passer par une force extérieure, une force qui serait celle d'un rassemblement sur lequel il mise de l'ensemble des forces de gauche hors France Insoumise.

Or, c'est le programme du Part Socialiste, de Marine Tondelier pour les écologistes, de tous ceux qui ne veulent pas passer par la case tout de suite élection et donc confrontation de programme, mais veulent mettre en scène l'idée que, parce qu'ils se rassembleraient sur un socle programmatique assez mou, ils trouveraient une candidature qui pourrait s'opposer à celle de la France Insoumise et qui pourrait engager la gauche vers la route de la victoire. C'est un vœu pieux qu'on avait déjà évoqué il y a quelques temps avec la proposition de Mme Casté sur l'unité de la gauche.

2:21
Présentateur

Pourquoi, selon toi, il est persuadé de pouvoir la gagner alors qu'il est assez seul, comme tu l'as dit ?

2:27
Invité

Il pense que, et ce n'est pas faux non plus, il y a un besoin de radicalité dans la proposition à gauche.

Il a vu, il l'a constaté, le score de Jean-Luc Mélenchon à plusieurs élections présidentielles qui se sont suivies, ainsi que le fait que, depuis, à minima 2017, lorsqu'un rapport de force s'est engagé au sein de la gauche, entre une gauche d'accompagnement, des politiques néolibérales proposées par l'État, représentées par le parc socialiste et, dans une certaine mesure, les écologistes, et de l'autre, une gauche radicale, de rupture, les mots changent, mais enfin, qui se propose une rupture avec la politique de l'offre telle qu'on l'a connue jusqu'à présent et des réformes institutionnelles, des réformes un peu majeures sur la façon de fonctionner en société.

Il a bien vu que le rapport de force s'est soldé à la gauche de la gauche ou à la gauche radicale, du côté, donc, de la France Insoumise, pour ne pas la nommer. Et il espère pouvoir capitaliser. Il provient de là. Il a été un compagnon de route de la France Insoumise et il pense qu'il peut gagner face à d'autres candidatures à gauche. Néanmoins, et c'est ça le détail, c'est qu'il y a d'autres personnes qui, sur ce créneau, sont candidats. Je vous rappellerai que Clémentine Autain, qui a été une députée de la France Insoumise, qui est connue pour ses engagements également, dans une gauche radicale, on va dire, antilibérale, se présente ou est prête à proposer sa candidature.

Elle l'a dit elle-même dans la presse. Et donc, dans le cadre d'une primaire qui rassemblerait, d'une part, toutes les nuances du social-libéralisme, du parti socialiste, des écologistes, dont le fondement idéologique n'est pas clair, puisque vous avez un peu des gens qui jouent dans toutes les équipes à l'intérieur de cette organisation. Et une candidature Ruffin plus une candidature Clémentine Autain, il est peu sûr, à mon avis, qu'il puisse remporter cette primaire.

Et puis, enfin, il faut le noter, et moi, c'est pour ça que je suis résolument contre le système de primaire, qu'en général, le système de primaire a tendance à effacer, justement, la radicalité des programmes et à favoriser les options les plus tièdes, les plus centristes.

Alors, ça n'arrive pas tout le temps, mais pour plusieurs raisons, ça risque d'arriver, notamment par le fait qu'en général, ce processus particulier, qui capture le droit aux militants des organisations politiques de choisir eux-mêmes pour qui ils vont se battre dans la course électorale, a tendance à mobiliser un certain électorat, qui est un électorat aux caractéristiques sociales assez favorisées, plutôt diplômés, des centres-villes, clairement pas les classes populaires. Et on sait qu'il y a un lien aussi avec la condition de classe et la capacité à porter des idées radicales. Qu'est-ce que j'entends par là ?

C'est que lorsque des classes populaires s'expriment, elles ont des exigences sociales fortes en raison de la situation difficile qu'elles connaissent dans le pays aujourd'hui. Et c'est pour ça que vous avez eu une participation importante des classes populaires, un vote de gauche marqué gauche de rupture aux dernières élections. Quant aux options, justement, tangres plus molles, elles mobilisent des gens qui n'ont pas une nécessité ardente de voir un changement fort, une rupture claire, nette de sitôt.

Ce sont des gens qui, dans le cadre de leur rapport assez favorisé à la situation sociale et économique actuelle, parce qu'ils sont diplômés, parce qu'ils ont un certain nombre de capitaux économiques, sociaux et culturels, peuvent se satisfaire d'options moindres. Donc la primaire a tendance à enfermer la question politique dans un système de starification, à donner des options molles, et à brouiller la question programmatique pour mettre en avant des personnes. Je pense que pour toutes ces raisons, c'est un mauvais système. Mais en plus, pour M.

Ruffin, il me semble que ce serait prendre un risque supplémentaire, puisqu'il serait en concurrence, même sur son créneau, à l'intérieur de cet espace.

5:54
Présentateur

François Ruffin, dans cette tribune, il a détaillé ce qu'il... Enfin, cette interview, ce n'était pas une tribune. Il a détaillé ce qu'il imagine pour cette primaire. Je vais le citer, c'est un petit peu long, mais c'est intéressant. Le calendrier, c'est des candidatures en avril 2026 et un vote à l'automne. Le format, une élection à deux tours sur le modèle de la présidentielle. Pas un truc folklorique pour Bac plus 12. Les garde-fous pour candidater. 100 000 parrainages citoyens, 250 de maires. 10 idées en guise de profession de foi. Un vote physique avec un bureau de vote par canton. L'objectif, 2 à 3 millions de votants. Vous sortez de là avec des points d'appui dans le pays.

Un maillage du territoire que la gauche a perdu. Une primaire comme un tour préliminaire de Ligue des champions.

6:37
Invité

C'est ce que je disais un peu au début. On voit bien que dans la façon dont il présente ce processus, c'est un moyen de surmonter l'obstacle de son isolement en termes organisationnels, de son manque de force vive pour pouvoir porter une campagne présidentielle. Deuxièmement, il y a quelque chose d'intéressant dans ce qu'il dit. Il dit que la profession de foi ne soit pas digiée. Pas plus. Donc en gros, François Ruffin propose de gouverner la France sur la base de 10 idées. C'est quand même un rétrécissement assez drastique de ce qu'avait proposé et le nouveau Front populaire avec 150 propositions et la NUPES avec plus de 400 propositions.

Et par rapport au programme d'autres partis, celui de la France Insouzise par exemple, qui compte je crois plus de 600 propositions, on est là vraiment sur un rabougrissement intellectuel du projet. Il dit d'ailleurs dans l'article...

7:27
Présentateur

Il dit quand même que la base, c'est le programme du NFP.

7:31
Invité

Oui, mais il dit également que ça ne doit pas être une bible et qu'il ne faut pas non plus le prendre comme le socle de référence. Ce qui ouvre la porte, dans le cadre d'une primaire, à ce que des candidats, notamment des candidats comme M. Kluxmann ou de cette gauche tiède pour rester poli, puissent apporter dans leur besace des idées de renoncement à ce qui avait déjà été le cœur de ce programme, le NFP, qui je le rappelle est un renoncement par rapport à la NUPES. On oublie 200 propositions dans la foulée avec des propositions qui, pour faire accord, ont tendance à, encore une fois, s'amoindrir dans leurs visées et dans leurs objectifs pour pouvoir plaire à tout le monde.

Et c'est un problème à mon avis parce que c'est un processus, encore une fois, qui ne peut donner qu'une starification avec l'avènement d'une absence de programme clair. et pourquoi on a besoin de cette absence de programme clair. C'est que, finalement, pour qu'une primaire soit un succès, il faut que les personnes qui s'engagent à se présenter dans la primaire se s'engagent à respecter le résultat. Et d'ailleurs, la journaliste pose la question à M. Ruffin. Elle lui dit, mais si M. Glucksmann ou M. Hollande gagnaient, est-ce que vous soutiendrez M. Glucksmann ou M. Hollande ?

Et il dit, en essayant d'esquiver un peu la question, que, de toute manière, il allait la gagner et qu'il était là pour ça, mais que, bien entendu, il ne se voyait pas s'engager dans un processus sans devoir respecter le résultat. Et donc, finalement, c'est une porte ouverte à l'amondrassement des exigences politiques de la gauche et le risque de devoir soutenir des idées qui, jusque-là, ont été, on va dire, exclues un peu du socle commun de la gauche par les rapports de force qui ont été tranchés en 2017 et en 2022 au sein de la gauche.

Parce que je rappelle que les gens qui, aujourd'hui, sont des partisans de cette union de la gauche, ce sont des gens qui, tous les jours, ont parlé d'unité, d'union, de possibilité. Mais lorsqu'ils ont fait le choix eux-mêmes de suivre le choix de leurs appareils politiques, ils se sont présentés tous, quitte à faire des candidatures, avec des scores assez ridicules. Je rappelle qu'en 2017, les écologistes retirent leur candidature en faveur du candidat Hamon, du Parc socialiste, qui fait 6%, contre la France insoumise, qui en fait 19,6%. En 2022, rebelote. Les écologistes, eux, cette fois-ci, se présentent. Les communistes, tout seuls.

Le Parc socialiste préfère faire moins de 2% avec Anne Hidalgo plutôt que de ne serait-ce que envisager une candidature de la gauche tant qu'elle est vraiment de gauche, un peu radicale et avec des actions de rupture avec l'ordre social actuel. Et on l'a vu dans d'autres échéances. Aux européennes, Mme Tondelier, qui aujourd'hui ne fait que parler d'unité et d'unité, a refusé la proposition de la France insoumise de prendre la tête de liste aux européennes, de faire une liste d'union. Parce qu'elle comptait sur le fait que c'était une élection dans laquelle elle a des résultats assez favorables historiquement et qu'ils allaient se refaire. Leurs boutiques, leurs appareils, leurs forces.

Manque de peau, ils ont eu les résultats les plus catastrophiques qu'a connus la formation politique depuis les années 80. Mais on voit bien qu'il y a un discours d'hypocrisie. La vraie question, c'est quelle gauche peut être présente à la présidentielle face à la France insoumise, c'est-à-dire contre elle ?

10:28
Présentateur

Je t'avais reçu à quelques semaines sur ce sujet de la primaire de la gauche, mais c'était à l'initiative de Lucie Casté. Pour rappel, elle avait publié une tribune fin avril où elle appelait à cette primaire. Pourquoi est-ce que c'est un sujet qui revient tout le temps à gauche selon toi ?

10:45
Invité

Je pense que, de nouveau, il s'agit d'un artifice, d'une proposition de la part de personnes, lorsqu'il s'agit par exemple de Mme Autain ou de M. Ruffin, ou d'organisations, quand il s'agit du Part socialiste, qui sont dans une situation des difficultés en termes organisationnels. Ce sont des gens qui ont perdu élection après élection, ou qui ont en tout cas eu des résultats plus que modérés, qui sont, en termes programmatiques, paritablement calés sur un programme. Vous pouvez regarder, encore une fois, sur le site des écologies, sous ce cycle du Part socialiste, qui est en pleine bataille dans son congrès et désunie comme jamais. Il n'y a pas un programme déjà prêt.

Il y a des propositions ici et là, des feuilles de route, mais il n'y a pas véritablement... Ce que je veux dire, c'est que si demain, l'élection avait lieu demain, il ne serait pas prêt.

Et les primaires, c'est un moyen pour eux d'esquiver l'épineuse question de la stratégie en essayant de se dire que, en se focalisant sur l'idée que, parce qu'on additionne les étiquettes de ces formations-là, on va pouvoir obtenir une forme de dynamiques populaires qu'ils ne retrouvent nulle part ailleurs, ni dans leur action politique au quotidien, en ayant très peu de capacité à mobiliser sur leur propre nom, ni dans le cadre des élections, des dynamiques fulgurantes leur permettant de s'assurer que leur proposition politique est suivie massivement, à commencer par les classes populaires, qui boutent de nouveau énormément ces formations politiques.

Si vous regardez le vote des écologistes aux européennes, le vote populaire est, à cet égard, presque inexistant, catastrophique. Le parc socialiste, qui a été, à certaines périodes de l'histoire de France, aussi un réceptif du vote populaire, ne l'est plus depuis des décennies. Donc, face à ça, les primaires, c'est encore une fois un moyen de contourner la difficulté politique qui consiste à avoir un programme, des idées, un cap clair, pour reprendre le mot de M.

Glucksmann, et essayer de, voilà, de focaliser l'attention et d'essayer d'aspirer une dynamique ou de mettre en scène une dynamique qui, encore une fois, à mon avis, ne le sera pas, parce qu'elle risque d'être le rendez-vous d'une petite bourgeoisie culturelle favorisée qui a le droit d'avoir ses idées, mais qui va mettre en scène le fait qu'elle serait le cœur de la gauche, le cœur de la dynamique et le cœur de la demande sociale qui existe dans le pays.

Or, je pense que c'est faux que le cœur de la demande sociale, que le cœur de la dynamique politique, elle est tenue par des mouvements sociaux, qu'ils soient antiracistes, féministes, sociaux, et qui ont demandé, au contraire, un changement de cap radical au sens de prendre les choses à la racine et de proposer un cap parfaitement différent qui n'ait rien à voir avec le macronisme, qui n'ait rien à voir avec le quinquennat de M. Hollande, qui n'ait rien à voir avec ce qu'a fait la droite depuis Chirac et Sarkozy. Et ça, il y a quand même une demande dans le pays et elle n'est pas incarnée par ces gens qui ont justement fait l'inverse quand ils étaient au pouvoir.

13:21
Présentateur

On a l'impression qu'aujourd'hui, le scénario le plus probable pour 2027, c'est une candidature de Jean-Luc Mélenchon sans passer par la case primaire, ce qui veut dire au moins deux candidatures à gauche. Qu'est-ce que tu penses, toi, de ce scénario ?

13:34
Invité

Je ferais remarquer que dans l'histoire de France, lorsque la gauche a gagné dans le cadre de la Ve République, elle ne l'a pas fait avec une candidature unique.

Que la règle, encore une fois, de la dynamique, c'est que la dynamique, la force va à la force et qu'il est vrai qu'on a vu lors des campagnes électorales de 2017-2022, lorsque un candidat s'est dégagé comme attirant le regard, puis l'intérêt, puis l'adhésion d'un certain nombre de populations, à commencer par les classes populaires qui se mobilisent de façon très intermittente dans le cadre politique de l'élection, elles attirent tout d'un coup aussi une dynamique, voire une dynamique de vote utile, partiellement, sur la fin de l'élection. Et que, du coup, l'enjeu, c'est plutôt quelle est la dynamique et sur quel socle la porter.

Il peut y avoir deux candidatures et pourtant, arriver à une situation où, dans le cadre d'un deuxième tour, dans le cadre de compétitions internes à droite qui risquent d'être nombreuses et donc un abaissement du seuil de l'accès au second tour puisse amener la gauche à gagner. Mais la question, c'est que la gauche, elle gagne lorsqu'elle gagne sur des idées, sur des socles qui lui font recevoir une adhésion massive. Alors, ce que je remarque, c'est justement les organisations qui nous parlent d'unité pour l'unité, sans véritablement de fond politique, sont des organisations qui, aujourd'hui, sur la base de leur propre programme, ne réunissent pas grand-chose.

Et donc, primaire ou pas primaire, si la proposition de cette gauche qui tend vers le centre est aussi flou et aussi peu audible que l'ont été ses représentants jusqu'à présent, ça ne signifie en rien qu'ils pourront gagner parce qu'ils sont unis. Donc, encore une fois, la possibilité de deux candidatures est effectivement très probable. Et la question, c'est, il faut se demander pourquoi. Peut-être parce qu'il existe aussi deux stratégies radicalement différentes sur la visée que l'on intente à l'action politique. et ce n'est pas un drame en soi. La question, c'est est-ce que ça va forcément empêcher la gauche de gagner ? Pas forcément.

Je rappelle que, pareil, à droite, il y a des divisions. À l'extrême droite, on en a eu. Et la question, c'est la dynamique académique. Regardez M. Zemmour qui a voulu concurrencer Mme Le Pen. Ce qu'on s'est rendu compte, c'est que Mme Le Pen avait une assise dans un certain nombre de milieux populaires qui l'a protégée contre les quelques voix. Je crois que c'était, j'ai plus les chiffres en tête, mais 12-13% de ces électeurs de l'élection d'avant qui ont voté au premier tour Zemmour pour la rejoindre au deuxième. Donc la question, encore une fois, ce n'est pas une question d'arithmétique, c'est une question de proposition, c'est une question de réponse à des attentes et de mobilisation.

Parce que c'est le dernier sujet qu'il faudrait aborder, mais quand on parle de mobilisation, c'est l'abstention, la capacité à aller tirer des gens qui ont arrêté de voter, ont voté par intermittence et qui, parce qu'ils entendraient une proposition qui leur convient, qui change de l'ordinaire et des affaires courantes, des propositions déjà éculées que l'on a répétées à longueur d'en sur les plateaux, puissent se sentir visés, se sentir intéressés et viennent participer. Et avec quelques points de participation de plus dans certaines catégories de la population, notamment les classes populaires, vous avez une élection qui change de visage. Et c'est ça, l'intérêt de l'action politique.

C'est que ça se joue sur le fond et sur la proposition et pas simplement sur les noms, les candidatures et qui a le plus d'abonnés sur TikTok.

16:40
Présentateur

J'ai une dernière question avant de passer à la deuxième partie. Si on revient sur l'interview de François Ruffin, il dit aussi que cette primaire aura lieu parce qu'elle répond à un désir profond. Est-ce que toi, tu partages ce diagnostic ? Est-ce que c'est vraiment ce qu'attendent notamment les militants et les électeurs de gauche ?

17:00
Invité

Je crains que ce désir profond soit une incompréhension de la situation politique par ceux qui en rêvent. C'est-à-dire que c'est un peu une méthode d'autoconviction. D'abord, il faut remarquer que les primaires, lorsqu'elles ont été organisées dans le cadre français, c'est un cadre assez récent, en fait, ça remonte depuis 2012 à quelques tentatives, n'ont pas été des éléments parlementaires incroyablement majeurs. Certes, elles ont existé avec un certain nombre de votants, notamment en 2012, parce que le Part socialiste n'était pas le parti qu'il est aujourd'hui.

Il était encore un parti qui, du fait de presque 100 ans d'histoire, même plus du courant socialiste, avait des relais associatifs, encore une incarnation sous la forme associative syndicale de réseaux à l'intérieur de la population du peuple de gauche. Ce n'est point le cas aujourd'hui. Donc, lorsqu'ils pensent qu'il y a un désir de promenade, ils pensent répondre, encore une fois, à un désir effectif qu'il existe. C'est une minorité de personnes. Je rappelle que, par exemple, la primaire populaire a été, en 2022, une tentative de faire renaître une dynamique, mais elle n'a répondu quoi ? Qu'à la demande, encore une fois, de milieux particuliers qui sont des milieux favorisés, et diplômés.

Ce n'est pas en soi un problème d'être favorisés et diplômés, mais c'est une position sociale qui implique donc une inclinaison politique particulière, pas de façon automatique, mais du moins, c'est comprendre que, simplement, c'est notre existence sociale qui fait notre pensée, notre façon de concevoir le monde. Et ça n'est pas une folie que de le dire. Toute la gauche le pense depuis que Marx l'a écrit, n'est-ce pas ? Donc, la question, c'est que ce besoin de primaire, il me semble être plutôt l'envie, l'affirmation de milieux dans lesquels, aujourd'hui, M.

Ruffin traîne par le fait qu'il n'a pas d'autres espaces politiques avec qui discuter, puisqu'il ne discute plus avec la France insoumise et qu'il n'a pas véritablement une organisation politique au contact quotidien avec les Français, si ce n'est son petit mouvement qui existe largement autour de lui comme un cercle restreint.

18:55
Présentateur

Merci, Paul, pour tes analyses. Merci.

18:59
Locuteur

Merci. Merci.