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interviewRenaissance (sur YouTube)· 8 avril 2025 59 minAutoproduit

LE TEMPS DES DÉMOCRATIES EST-IL FINI ?

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Salut ! Bonjour à toutes et à tous. On va démarrer.

C'est avec un immense plaisir que je vous accueille aujourd'hui avec Gabriel Atal à la cité du cinéma à Saint-Denis, un département ici en scène Saint-Denis, un département qui me tient comme vous le savez particulièrement à cœur et dont je suis présidente de les de la Fédération Renaissance. Ce département de la scène Saint-Denis où nous allons passer ensemble cette journée, elle incarne à merveille cette France d'espoir et de progrès que nous avons le devoir de construire ensemble aujourd'hui, demain et après-demain. Cette journée, c'est bien plus qu'un simple rassemblement politique.

C'est un moment pour nous retrouver en famille, un moment de partage, de réflexion mais surtout d'action collective pour bâtir ensemble un avenir plus juste, plus inclusif et plus prospère pour la France et pour les Français. Alors, comme vous le savez, cette journée, elle se tient par ailleurs, il faut le dire, à un moment charnière de notre histoire, de celle de notre famille politique à un tournant décisif aussi pour notre pays. Alors que notre démocratie, il faut le dire, est bafouée et est remise en question en France, en Europe et dans le monde.

Par qui ? par des extrêmes, par des extrêmes qui de gauche comme de droite n'aiment pas la démocratie, n'aime pas la République et n'aime pas ses valeurs. Face à cela, mes amis, il est plus que jamais urgent de réaffirmer nos principes fondamentaux, de tenir et de réaffirmer matin, midi et soir notre attachement à la République et à ses valeurs.

Les extrêmes par leur discours haineux et leur radicalisation bafouent notre démocratie. Il n'aime pas la République. Face à cela, nous ne srons pas à la tentation du repli, à la fracture identitaire.

Et nous avons un autre choix. Cet autre choix, cette nouvelle page que nous souhaitons écrire pour notre partie, nous allons la construire ensemble aujourd'hui et dans les années à venir. Notre projet, c'est celui d'une société plus grande, plus ambitieuse, plus inclusive, plus unificatrice.

Plaçons et continuons à placer la justice sociale, l'égalité des chances et la transition écologique au cœur de notre action. L'avenir nous regarde. Alors sans plus tarder, je laisse la parole à Roland pour notre première table ronde.

Je vous souhaite encore une fois à toutes et à tous une très belle journée en scène Saint-Denis. Bienvenue. Merci à tous. [Applaudissements] Merci Shanon.

Bravo. Bravo pour tout ce que tu fais pour ce département qui m'est cher puisque j'y ai j'y ai grandi. Bon vous allez bien ?

Oui. Non, non. Est-ce que ça va bien ?

Oui, on a besoin d'aller bien parce que le monde va pas très bien. Donc ces temps-ci, il faut garder de de l'énergie. Je suis très heureux d'animer cette première table ronde et je vais demander à mes mes experts de venir de venir me rejoindre.

Je vais les présenter rapidement. On peut les applaudir chaleureusement. [Musique] Bienvenue bon, je vais les présenter rapidement.

Je vais aller m'asseoir. Mais je voulais vous demander si vous savez où on est aujourd'hui. Est-ce que vous savez ce que c'était ça au départ ?

C'était une centrale électrique à charbon qui a été construite à un moment où on construisait le métro de Paris et où l'ance l'ancêtre du baron empin ça dit quelque chose à quelqu'un la famille empin des grands industriels accessoirement aristocrates s'est rendu compte qu'on avait pas assez d'électricité pour faire tourner le métro. Je trouve c'est un beau symbole parce que aujourd'hui évidemment c'est devenu un endroit complètement différent. C'est un endroit où on va tenir une rencontre politique aujourd'hui.

C'est la première fois qu'on tient une rencontre politique aujourd'hui et c'est sans doute la dernière. Ce lieu fantastique va fermer pour travaux dans dans quelques semaines et sera réouvert encore plus beau dans quelques mois. Mais aujourd'hui, on a souhaité passer la journée avec vous à la fois parce que c'est une journée un peu particulière. la première journée du printemps la première journée du printemps de la démocratie à un moment où d'autres ailleurs à Paris ont décidé de remettre en cause cette démocratie en remettant en cause de manière fondamentale une décision de justice qui doit s'imposer à toutes et à tous et accessoirement s'imposer encore plus à celles et ceux qui souhaitent un jour peut-être aspirer aux plus hautes fonctions. et on a souhaité commencer cette journée par un débat justement sur la démocratie.

Donc je vais aller m'asseoir. Ceux qui font au fond ne nous verront plus mais j'espère que vous nous entendrez. Merci à tous et à toutes d'être ici et bienvenue à la cité du cinéma et bienvenue dans le lieu battant de la démocratie que va être cette journée ici et qui nous rassemble.

Merci. [Applaudissements] Alors, on a quatre intervenants absolument exceptionnels aujourd'hui pour évoquer ce grand sujet. D'abord, Yashamunk.

Yasham, vous êtes politologue, vous êtes, si je puis dire, en première ligne puisque vous êtes notamment enseignant à l'université John Hopkins. L'université de John Hopkins, c'est une université aux États-Unis qui a fait beaucoup de recherches pendant la COVID, qui a produit beaucoup de données sur ce virus à un moment où il était présent, qui a fait la nouvelle récemment parce qu'ils ont dû licencier 2000 chercheurs suite au coup budgétaire de Donald Trump dans le dans l'aide au développement. Et et Yosha, c'est un c'est un politologue qui je l'ai dit est en première ligne et va pouvoir nous aider à comprendre ce qui se passe peut-être sur le terrain aux États-Unis, là où une des plus vieilles démocraties encore en en vie, si je puis dire au monde est aujourd'hui particulièrement bousculée.

Jean Viard Jean, je vais le prononcer, je vais le présenter rapidement en disant qu'il est sociologue, mais je pense que c'est un touchat à tout absolument exceptionnel qui est capable d'évoquer à peu près tous les sujets qui vont nous concerner aujourd'hui en gardant toujours à l'esprit ce qui se passe dans le vrai monde, sur le terrain. C'est peut-être une des vertus des sociologues d'ailleurs. Vous l'entendez régulièrement sur tous les médias, mais on l'a aujourd'hui rien que pour nous.

Et donc merci à Jean d'être d'être ici. Périne Simon Naoun, vous êtes la philosophe de l'étape. Euh vous êtes aussi politologue.

Vous avez beaucoup travaillé sur un certain nombre d'enjeux de la démocratie, notamment sur notre capacité à vivre ensemble, à faire nation dans des sociétés qui sont de plus en plus catégorisées, compartimentées, culturalisé et évidemment c'est un des enjeux majeurs auquels on on fait face aujourd'hui. Et puis Dominique, Dominique Schnapper, vous êtes également sociologue mais aussi politologue. Vous m'avez dit en confidence, je préfère qu'on dise politologue parce qu'on a l'impression parfois que les sociologues ne s'intéressent pas à la politique.

C'est pas votre cas. Vous en êtes une fine observatrice depuis maintenant de de nombreuses années. Vous avez été aussi et c'est important membre du Conseil constitutionnel et à un moment où les institutions sont plus que jamais bousculées d'avoir quelqu'un qui a pratiqué l'institution suprême de la de de la République, c'est évidemment extrêmement important.

Donc merci à tous les quatre d'être d'être là parmi nous. Je vais pas être très long. vous dire que quand on regarde l'année 2024 de loin, on pourrait avoir l'impression que ça a été une année exemplaire pour la démocratie.

Vous savez combien il y a eu d'élections nationales dans le monde en 2024 ? Plus de 60. Plus de la moitié des pays du monde ont tenu des élections nationales.

On en a tenu quelques-unes en France, peut-être un peu trop d'ailleurs en passant, mais bon, ça c'est pas grave, c'est un autre débat. Euh et donc on pourrait imaginer que 2024 finalement a été une année où la démocratie euh a battu son plein. Et puis je vous rajoute un autre chiffre en revanche qui vient contrer tout ça.

Et quand vous faites la somme des habitants du monde de la planète qui sont aujourd'hui gouvernés soit par un autocrate, c'est rarement une autocrate d'ailleurs, un autocrate, soit dans une logique démocratique certes, mais avec des chefs d'état élus qui remettent en question les fondamentaux de cette démocratie. Aujourd'hui, on a plus de la moitié de la planète, bien plus en fait, plus de 5 milliards d'habitants sur les 8 qu'on a aujourd'hui sur terre qui sont gouvernés soit dans un régime autocratique, soit dans un régime démocratique dans lequel les les chefs d'état eux-mêmes remettent en question fondamentalement ses valeurs. Et ça, évidemment, ça me conduit à ma à ma première question.

On va commencer avec vous évidemment Ya, est-ce que la démocratie est mortelle ? C'est finalement un régime qui n'est pas présent depuis très longtemps. Ça fait à peu près 3 siècles qu'on vit en tout cas une partie d'entre nous dedans. 1755 la République de Corse.

Oui, on commence avec la Allez, on commence avec la Corse. 1755 presque 3 siècles. Ça s'est mal terminé.

Bah, c'est bien la question. La démocratie est-elle mortelle Yocha ? Et le le risque de la démocratie aujourd'hui, c'est est-ce est-ce finalement qu'elle tienne son son sa fin même dans les valeurs qu'il apporte ?

Bah d'abord, je veux juste dire que c'est très sympa de commencer avec les réfugiés des États-Unis. Alors, bienvenue en France. Bienvenue en France.

On peut l'applaudir. Bienvenue en Europe. Merci beaucoup.

Merci. Je suis pas encore réfugié mais c'est vrai que ça commence à on vous offre le statut sans problème. Un peu.

Oui, la démocratie est mortelle et en fait on a tous fait un grand erreur intellectuel pendant longtemps en pensant que ça soit pas le cas. Moi, comme je faisais mon doctorat aux États-Unis, on me disait que les pays pauvres ont des démocraties mortelles parce que peut-être ils sont pas assez riche pour avoir des systèmes politiques stables. Les pays qui ont les pays qui ont des institutions assez nouveaux sont peut-être mortels parce qu'ils ont pas encore les normes, les règles démocratiques qui sont vraiment établies.

Mais comme dans les pays comme les États-Unis, comme la France, la démocratie ne soit plus mortelle. il disait dans ce pays-là, il disait euh euh on est sûr que dans 20 ans, dans 40 ans, dans 60 ans, on aura encore des démocraties. Et aujourd'hui, je crois que c'est devenu assez clair qu'on ne puisse pas être sûr de ça, que même dans des pays dans lesquels les politologues censé la démocratie être consolidée, elle est peut-être pas.

Euh et on voit ça de manière très claire aux États-Unis aujourd'hui. Euh j'étais une des personnes qui avait beaucoup de soucis sur la première présidence de Donald Trump et à la fin il a changé le pays moins de ce qu'on ne pouvait craindre. C'était en parti parce qu'il avait pas encore un programme très défini, parce qu'il avait pas de loyalistes, parce qu'il avait pas le plein contrôle sur le parti républicain.

Et donc émotionnellement, je vois le danger d'exagérer aussi ce qu'il importe, de regarder chaque petite développement politique et se dire ça va être la catastrophe. Euh pendant longtemps euh même depuis son élection en novembre, je me disais que même s'il dit qu'il va tous changer, peut-être une réalité les changements vont être un peu moindres. Mais je crois que dans les dernières semaines, ça devient clair qu'il est bien plus radical et bien plus capable de rendre ces projets en réalité que la première fois.

Alors, si on regarde par exemple les changements sur les tarifs douanières, euh c'est une rhthorique qu'il mène depuis 30 ans, c'est une rhthetorique qu'il menait pendant sa première présidence, mais les mesures annoncées il y a quelques jours sont bien bien plus radicales de ce qu'il a fait euh la première fois qu'il était au pouvoir. Si on regarde les attaques aux universités, c'est la même rhtorique qu'il y a 8 ans, mais la manière dans laquelle il a coupé des centaines de millions de financements à aux grands universités américaines, pas jusqu'à la John Hopkins mais à la Colombia, à Harvard, à d'autres grandes universités, va fondamentalement transformer l'université. et on voit qu'il commence à faire la même chose euh par exemple dans le champ de la justice qui est particulièrement important et évidemment euh que ce danger euh s'est réalisé aux États-Unis avec l'élection de Donald Trump euh en tant que président, mais qu'il y a des figures politiques semblables dans tous les pays européens qui sont près du pouvoir ou particulièrement dans l'Europe de l'Est au pouvoir aussi.

Et donc moi je suis très content qu'on est dans un grand meeting démocratique aujourd'hui parce que à la fin ce qui est clair si ça soit aux États-Unis, en France ou d'autre part, c'est que la seule manière valable, la seule manière qui va fonctionner sur le long terme de battre ces populismes de gauche mais particulièrement de droite, c'est de les battre aux urnes. Et donc il faut un peuple démocratique pour accomplir ça. Merci Périne.

Peut-être pour on peut l'applaudir. Alors on partage tout ici y compris les micros. Périne on évoquait tout à l'heure peut-être une crainte que j'ai c'est que les grands défauts de la démocratie sont peut-être ce que nous tous on envisage comme les forces.

Vous savez, c'est Churchill qui disait "La démocratie c'est le pire des systèmes à l'exception de tous les autres. L'état de droit, la transparence, la capacité à débattre la volonté de toujours entendre l'autre même s'il raconte n'importe quoi. Tout ça c'est peut-être aussi ce qui ce qui fait la faiblesse de la démocratie aujourd'hui." Et vous me disez pas du tout, c'est l'inverse.

Est-ce que vous pouvez élaborer là-dessus ? Oui, absolument. Je pense que ce à quoi nous assistons aujourd'hui, je veux dire le constat d'inquiétude, nous le partageons tous et la preuve c'est la foule qui est ici aujourd'hui.

En fait, ce qu'il faut bien comprendre la complexité de ce qui fait le pacte social, à savoir l'articulation entre l'État et la société et je dirais également l'articulation entre les individus que nous sommes et la société. Or, nous avons habillé, me semble-t-il, la démocratie d'habit trop grand pour elle. C'est-à-dire que depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, nous avons en fait identifié de façon croissante et au fur et à mesure où nous bénéficions des bien-êtres de du des bienfaits de la croissance, la démocratie et l'État providence jusqu'à couler complètement la démocratie dans l'état providence.

Or, on a assisté depuis une dizaine d'années évidemment à l'essoufflement de cet état providence qui n'a fait finalement que en quelque sorte diffuser des émotions négatives, des passions négatives, un ressentiment parmi l'ensemble des citoyens. Mais il suffit de faire une expérience et je vous propose de la faire aujourd'hui et d'ailleurs nous sommes en train de la faire à savoir que la démocratie évidemment elle implique des grandes valeurs et des grandes institutions, mais nous la vivons aussi au niveau individuel à chaque grand moment de notre vie. Je pense que si je vous dis que nous préférons faire ce que nous faisons ce matin, c'est-à-dire échanger, c'est-à-dire discuter, plutôt que de nous taper dessus, vous aurez intuitivement compris la valeur de la valeur de la démocratie.

En fait, il suffit d'expliquer, de revenir à ce que j'appelle une démocratie existentielle pour voir justement que ce que vous appelez les faiblesses de la démocratie sont ses forces. Je pense que vous avez tous eu l'occasion dans votre vie de débattre avec des gens. Je pense que vous avez tous eu l'occasion même de revenir en arrière euh sur des décisions que vous avez prise.

Je pense que vous avez tous eu dans votre vie euh un moment où il vous a fallu prendre des décisions et que vous avez euh été heureux de bénéficier non seulement d'un temps long pour les prendre, mais d'un temps de débat avec vos proches, que ce soit dans la vie privée ou dans la vie professionnelle. Et donc, il suffit de se rapporter à nos expériences existentielles pour voir que ce qu'on reproche à la démocratie, c'est-à-dire le temps long du débat, c'est-à-dire le fait peut-être de changer de politique quand les les majorités changent, le fait aussi d'avoir des institutions qui servent de médiation mais qui ne traduisent pas dans l'immédiateté en fait forcément vos choix, le fait de ne pas être dans une transparence absolue. Aucun d'entre nous n'a envie de vivre sous les projecteurs en permanence.

Et donc ces petites expériences, ces expériences miniatures de la démocratie et bien je crois que c'est tout l'art de la démocratie et c'est ce qui fait que effectivement d'une certaine façon elle est vulnérable et on le voit aujourd'hui mais si on la rapporte à nos vies et à nos engagements, elle est très forte. Merci et bravo. Non, en fait, on vous allez garder le micro tous les deux et eux vont se partager celui-là comme ça, ça ira.

Jeanviard, est-ce que la démocratie finalement voit son salut dans dans ce que Perine appelait la mini démocratie, celle celle proche du terrain, celle que nous au fond on vit chaque jour dans notre environnement immédiat ? Je dirais pas les choses comme ça. La démocratie ça marche bien quand il y a deux projets et que les projets s'affrontent et qu'on discute entre nous.

Bon alors Vac la Favel qui était un de mes auteurs avait fait un très beau discours à l'Académie des sciences morales et politiques et il disait "Vous êtes tous là en train de vous réjouir de l'effondrement du communisme en Europe. Vous n'avez pas compris que ce qui s'effondre c'est le couple socialisme capitalisme. Il l'a annoncé il y a 40 ans et on ne l'a pas écouté et je pense qu'il a tout à fait raison qu'on se retrouve dans la situation on était après 141 Gramchi disait il y a des moments où on libère les monstres.

C'est ça qui se passe parce qu'on ne sait plus où on va et qu'en face, disons-le, on n'a pas su dire autre chose, y compris en 2017, faut le dire très clairement. Et donc, on est dans un on pourrait dire on assiste à la fin de la guerre froide. Elle ne se termine que maintenant quand au fond les deux leaders dans le temps jadis, ils auraient épousé leurs enfants.

Enfin, chacun aurait épousé, il la fille de Trump aurait épousé le fils de de Poutine. C'était comme ça qu'on sait dans les monarchies. et au fond, ils sont sur la même ligne.

Et le gros problème qu'on a, c'est qu'on est dans cette période d'immense rupture où les peuples sont très perdus, où ils vont vers un populisme qui leur donne effectivement une perspective de pouvoir populaire et du coup effectivement c'est les autres. Mon problème c'est les autres. Qu'est-ce que nous avons comme autre proposition ?

Qu'est-ce que nous avons comme autre chemin ? Pour le moment, il y a pas grand-chose. Et alors, je m'arrêterai en disant, il se passe trois ruptures anthropologiques immenses dans ce monde.

Le premier, c'est que c'est la nature qui fait l'histoire. C'est plus l'humanité. Et ça, pour la politique, c'est terrible parce que c'est pas nous qui décidons de la vitesse de la transformation du monde.

Les politiques courent derrière pour les innovations, pour qu'on vive mieux, pour produire les villes plus habitables, mais l'histoire du monde ne nous appartient plus. C'est quoi l'honneur de la politique ? La deuxième rupture, c'est la fin du patriarcat, le nouveau rapport homme-femme.

On est d'abord des individus avec des projets personnels, professionnels, sexuel et cetera. Et ça, ça crée une panique dans les populations blanches masculines, faut le dire clairement, même chez nous. Enfin, ne nous leurons pas sur le vote des hommes notamment vis d'une partie des hommes, je veux pas être trop schématique.

Et ça c'est la troisème grande rupture, c'est l'intelligence artificielle. Il y a une révolution technologique dont personne ne sait jusqu'où elle va nous mener. On est dans trois ruptures anthropologiques gigantesques à la fin de la guerre froide.

Le problème qu'on a, c'est que face au populisme, il y a une seule place pour penser. Et cette place pour penser, elle doit rassembler des macronistes, des socialistes, des écologistes, des gens d'égoolistes. Et cette lien là que je pensais qu'on allait faire en 2017, on l'a un peu raté.

Et c'est pas qu'en France, c'est dans le monde entier. Est-ce queil y a moyen d'avoir un projet de société qui s'inclut dans ces trois grandes ruptures [Applaudissements] ? C'est je pense un des un des objets d'aujourd'hui.

Alors, où le soleil va, Dominique brille. Elle essaie de de d'échapper au soleil depuis maintenant un quart d'heure. Mais non, vous n'échapperez pas au soleil, Dominique, vous êtes maintenant sous les feux de la rampe.

Merci beaucoup d'être d'être là. Euh évidemment, on a envie de vous entendre sur les institutions dont une dont vous avez été un membre une membre éminente le Conseil constitutionnel. Mais peut-être avant d'aller là, qu'est-ce que vous pensez de cette question sur la mortalité des des démocraties ?

Alors, je voudrais prendre le relais avec ce qui a été déjà dit, c'est-à-dire que nous sommes aujourd'hui à la fin d'un cycle. Le cycle a été inspiré à la suite de la victoire des démocraties en 45 et qui a été garanti par la puissance des États-Unis. Et ce cycle conjugué à la fois le libéralisme économique, le respect de l'état de droit, la multipolit [Musique] polarité euh politique, le respect de toutes les frontières nationales et une forme de respect au moins formel du droit international.

Alors, évidemment, il y a eu des petits échecs et le respect du droit international a a comporté ses faiblesse. Mais en gros, dans cette période, ça a été la fin des guerres européennes et euh la produ la protection de la construction européenne par les États-Unis. et nous avons connu une un cycle en Europe en tout cas de prospérité euh comme on en a rarement et de protection en général on en a rarement connu.

Nous étions protégés par un empire plutôt bienveillant et qui nous a donné sécurité et prospérité. Alors, il est clair que ce cycle est en train de se terminer, qu'il est terminé et qu'il faut penser les problèmes internationaux. Et ce qui me paraît intéressant dans les dans les récentes enquêtes, c'est que les Français sont en train de se rendre compte que les problèmes internationaux sont importants et qu'ils ont une conséquence même pour eux.

On a toujours dit qu' en France, on ne gagnait pas les élections sur les problèmes internationaux et il me semble qu'il y a une évolution de la population de la de l'opinion publique qui euh qui va un peu dans ce sens-là. Alors voilà, c'est bon, c'est mieux. Oh oh, vous me faites peur.

Vous posez le micro sur le menton, c'est la meilleure manière le Bon alors euh dans cette situation euh il y a deux grandes politiques à mener. La première c'est une politique économique qui nous permet de nous réarmer. Il faut nous réarmer puisqu'on ne peut plus compter sur la protection militaire des États-Unis qui était la condition de notre paix, de notre prospérité.

Ça c'est la première dimension et la deuxième dimension c'est s'en tenir au grands principes et là j'en viens aux institutions parce que comme je suis universaliste, je pense que tous les peuples ont une admiration naturelle à la liberté politique. Et ce qui distingue les démocrates des autres, c'est qu'il y a des institutions qui garantissent cette liberté et qui permettent qu'elle devienne effective et qu'elle ne reste pas simplement une comme ça une forme abstraite. Alors dans ce respect des institutions, il y a bien sûr le Conseil constitutionnel mais il y a les institutions en elles-mêmes.

Et il me paraît toujours grave quand on remet en cause les institutions. Alors pour dire deux mots sur le Conseil constitutionnel, on a beaucoup discuté sur une décision récente sur les conséquences politiques du droit. C'est pas une nouveauté.

Toutes les grandes décisions politiques en dehors du droit civil sont des décisions qui ont des conséquences politiques. Elles sont pourtant des décisions en droit, même si bien entendu il y a des conséquences qui sont politiques. Et pour vous donner juste un témoignage, dans toutes les délibérations du Conseil constitutionnel auquel j'ai participé pendant 9 ans, nous savions bien que un certain nombre de décisions avaient des conséquences politiques.

Elles n'entraient jamais dans la discussion. La discussion en restait au plan juridique, même si bien entendu, je pense que dans notre que dans la tête de beaucoup des membres, les conséquences politiques étaient envisagées, mais la décision elle-même restait d'ordre juridique et c'est ce qui permet de respecter les institutions qui ont chacune leur vocation. peut-être garder le micro Dominique sur ce respect des institutions.

Euh qu'est-ce qui fait que ça tient ? On viendra après aux États-Unis, mais aujourd'hui, on a des institutions américaines qui sont qui sont questionnées dans leur fonctionnement même un président de la République qui questionne des décisions de justice, une Cour suprême qui elle-même peut-être éventuellement challengée par le président lui-même. Qu'est-ce qui fait que ça tient une fin ?

Bah infé, c'est tout de même la volonté des citoyens. C'est-à-dire ce qui me trouble beaucoup, c'est bon la politique économique là, même laissons de côté les décisions économique qui ont des conséquences mondiales sur le destin non seulement des enfin des des pays mais aussi des euh mais aussi des peuples. Ce qui me paraît très grave, c'est la remise en cause des institutions elles-mêmes parce que les institutions n'existent que quand elles sont portées par une certaine volonté collective.

Et c'est cette volonté collective qui est en train dont on peut espérer qu'un jour aux États-Unis, si les meilleurs d'entre eux ne viennent pas en France et donc cessent de de se battre aux États-Unis. Ouais. Si euh on peut espérer que il y ait une force politique suffisante du peuple qui se traduit par les institutions, c'est-à-dire par les élections et qui permettent de cesser cette façon de détruire la démocratie américaine qui est en train d'être l'action de Trump.

Yua, vous vous pensez aujourd'hui que les institutions américaines sont suffisamment solides pour que ce qu'on appelle les forces de rappel joue leur rôle ? Elles l'ont été pendant le premier mandat de Donald Trump qui a beaucoup parlé pendant le mandat mais finalement assez peu agi. Là, on a l'impression qu'il fait vraiment feu de tout bois pour mettre à mal ce qu'on appelle le 4e pouvoir, le pouvoir médiatique qui est aujourd'hui très largement dominé par les nouveaux oligarques de la Silicone Vallée.

Le pouvoir judiciaire est lui aussi matin, midi et soir par un président dont on rappelle qu'il a été quand même multicondamné et qu'il a passé les années qui viennent de s'écouler à remettre en question fondamentalement les décisions de justice. Ça vous rappelle quelque chose, su Morgar ? Est-ce que vous pensez qu'aujourd'hui les institutions américaines qui sont au fond avant tout fondé sur sur des usage qui sont présents depuis depuis de siècles mais qui ne sont que des usages sont suffisamment solides pour tenir face au coup de boutoir auquel on on fait face.

Où en sont les contrepouvoirs ? Voilà, on vous demande alors pour répondre à cette question si les inutions sont assez solides euh je crois que non et c'est parce que la société s'est polarisée, c'est parce que les populistes sont très doués en faisant la polémique, c'est parce que ils sont pas conservateurs, ils sont révolutionnaires. Euh ils ont aucun respect pour les normes, les règles de la société qui existe.

C'est aussi la faute des institutions mêmes. Il faut admettre ça aussi. Alors si je regarde l'université par exemple, ce qui est une institution fondamentalement important pour la société américaine mais aussi pour le progrès médical, scientifique et cetera, c'est vrai que il y a 15 ans, la grande majorité des Américains avaient confiance dans les universités américaines et aujourd'hui c'est une claire minorité.

C'est environ un américain sur tr qui a confiance dans les universités. Et ça c'est aussi la faute des universités. C'est aussi que les universités sont devenues tropistes d'une partie, trop politicien d'une autre partie et que donc une grande partie de la société ne se retrouve plus dans ces universités là.

C'est la même chose pour la Cour suprême qui a évidemment le tâche d'ampedir par exemple un président d'aller au-delà de ses pouvoirs constitutionnels, ce qui est très important. Mais c'est aussi vrai que dans tous les grands controverses de la politique américaine des dernières 60 ans, c'était la Cour suprême à faire les décisions sur euh tous les grands questions, si ça soit euh euh la réforme de santé, si ça soit le financement de la politique, euh si ça soit 10 autres thèmes, c'était pas la législative qui a pris les décisions, c'était les juges. Et donc c'est naturel que les justes deviennent politisés.

Mais j'aimerais bien dire deux choses un peu plus larges peut-être en réponse à ce que vous venez de dire. Et le premier c'est que une des raisons pour lesquelles les populistes sont tellement fortes, c'est qu'ils sont pas juste le force du passé. Oui, il y a une certaine nostalgie parmi une partie de cet électorat, mais les populistes qui ont le plus succès ont aussi un promis sur le futur.

Si on regarde par exemple Narendra Maudit dans dans les Indes, ben certainement il dit bah la majorité religieuse va être la définition du pays. Il y aura des certaines traditions qui prenont sur leur place mais il a aussi une promesse sur le futur des Indes qui va être grande, qui va être économiquement développée et cetera. il est pas en train de rendre ça en réalité mais c'était une grande partie de sa promesse.

Aux États-Unis, les gens qui ont voté Trump cette fois-ci, c'était pas juste euh l'électorat euh blanc euh assez riche euh qui a peur de perdre son statut. C'est aussi beaucoup de lecteurs par exemple d'origine latino qui ont l'impression que les démocrates leur dit "On va vous donner un salaire minimum et les républicains vous disent que vous pouvez être riche." C'est aussi ça.

Et donc ce qui est très important pour les forces politiquement modérées, c'est de pas rentrer euh dans le piège de juste défendre ce qui existe. Il y a beaucoup de valeurs dans notre réalité qu'il faut défendre, mais il doit on doit aussi avoir une vision du futur qui est optimiste, qui dit qu'est-ce qu'on peut faire mieux ? Comment on peut mieux réaliser notre valeur ?

Comment on peut mieux réaliser les ambitions des gens ? comment on peut leur donner des opportunités et je crois que on est à cause du du danger pour la démocratie pour une valeur qui est réelle, on est toujours dans le danger de tomber dans ce piège de dire nous on est les forces du status qu les forces de ceux qui défendent ceux qui existent ce qu'il faut faire en partie mais il faut aussi avoir cette grande promesse d'une future qui va être mieux merciin vous parlez de du rapport du fait religieux avec la politique en Inde notamment, il est aussi extrêmement présent d'une manière différente aux États-Unis. Est-ce que est-ce qu'au fond la démocratie ne risque pas de sou de de souffrir du du communautarisme généralisé qui est en train de se développer ?

Je parle pas seulement d'ailleurs du communisme religieux, mais du fait que de plus en plus les populations ont envie de se retrouver dans des bulles qui sont les leur qu'elle retrouve soit l'église soit dans le nouvel dans le nouvel ordre religieux qui est qui est présent sur sur nos téléphones et sur les réseaux sociaux qui vont avec. Comment on arrive à faire à faire nation dans une société qui est de en plus de plus en plus éclatée, de plus en plus divisée ? Et puis est-ce que vous avez aussi des raisons de porter l'optimisme sur lequel a terminé Yusa ?

Alors, je crois que et Dominique Schnapper et Yashamun ont dit deux choses très importantes. Dominique en soulignant la nécessité de la volonté collective et Yachaçant en en montrant queil y a un projet et un projet qui est un projet philosophique qui n'est pas seulement politique derrière la politique de Trump. Et on a là finalement les deux ingrédients qui font que on peut aujourd'hui rebondir.

Je dirais que face à cette situation, il y a la nécessité de refaire un récit, c'est-à-dire un récit dans lequel tout le monde puisse se retrouver dans un même projet, dans un projet partagé. Or, il y a aujourd'hui en France, me semble-t-il, une spécificité face à ce récit. à savoir une double perte de légitimité, la légitimité qu'avaient les intellectuels à donner un récit du monde, une explication du monde et la légitimité des politiques à porter ce projet.

Pourquoi cette perte de légitimité des intellectuels français et pourquoi finalement Yacha expliquer ce qui s'est passé dans les universités américaines ? On sait que c'est arrivé dans les universités françaises. Pourquoi est-ce que cette forme de progressisme et d'unification d'un discours, de refus finalement de la pluralité des discours s'est imposé dans nos universités ? tout simplement parce que chez nous les intellectuels ont été paupérisés et comme ils sont paupérisés alors plus personne ne les écoute à part certains d'entre eux et puis surtout ils ont été paupérisés économiquement.

Je veux dire, plus personne n'a envie d'aller enseigner à l'université, plus personne n'a envie d'aller enseigner dans nos écoles. Euh c'est dangereux, c'est mal payé euh et euh finalement vous êtes sous-considéré par par la société. Et donc les intellectuels ont eu tellement peur finalement de voir leur statut social dégradé que la seule possibilité pour eux, ça a été de surtout ne pas rater le train de l'histoire.

Et le train de l'histoire comme d'habitude, il nous est venu des États-Unis dans cette espèce de progressisme wiste et identitaire. euh perte de légitimité des politiques. Les politiques qui ont été attaquées de toute part mais qui ont aussi perdu, je dirais, de leur superbe face à ce qui était la concurrence des projets économiques.

Plus personne maintenant dans les jeunes générations ne va à l'INSP, c'est-à-dire l'Exénat et tout le monde va fonder des start-ups. Et bien, je dirais que face à ça, ce qui me paraît très important, c'est cette reconstitution d'un récit. Et cette reconstitution d'un récit, il a elle a besoin à la fois que les intellectuels assument leur rôle, mais elle a surtout besoin que en France la politique soit réévaluée et que les politiques qui font ce métier soient fières de le faire.

Merci. Je sais pas si c'est un métier mais en tout cas moi je suis très fier d'avoir cette ce plaisir de cette expérience. Jean c'est quoi le récit du coup puisqu'il faut réécrire un un récit qui donne envie à la fois de résister mais aussi de de produire de proposer et de construire quelque chose ?

Mais la question c'est qu'il faut être capable de raconter le monde. Il faut raconter le monde dans son mouvement général mais en même temps, il faut pas vouloir gérer le monde. On a trop des hommes politiques qui au fond ne savent pas entrer dans un café et balancer des vannes.

La politique c'est charnelle, c'est du terrain et de l'histoire longue. C'est les deux. Bon, c'est vrai qu'en France, on n' pas arrêté depuis 30 ans de manipuler le système politique.

Tantôt, il faut être un mandat de 5 ans, tantôt de 7 ans, tantôt et cetera. On a créé des communautés de communes, on a multiplié les systèmes, on a multiplié les systèmes électoraux. Mais ça casse la démocratie.

La plupart des gens ne suivent pas, ne connaissent pas, ça les intéresse pas. Pourquoi on change tout le temps les règles ? Et donc on est dans une situation où la confiance s complètement perdue.

Mais pas partout. En quoi les gens ont confiance ? D'abord dans les artisans, dans les petites entreprises, dans les grandes entreprises et dans les maires mais tous les autres rien 10 15 % de confiance.

Don un moment il faut partir de ça et se dire qu'effectivement le et le sondage du CPOV par exemple montre bien les gens vous disent on a envie d'un homme fort ça veut pas dire qu'ils ont envie d'un dictateur fasciste. Ça veut dire qu'ils ont envie d'un pouvoir qui décide qui aille vite. Ce qu' a très bien compris Trump avec son système signe nous qu'est-ce que vous voulez une assemblée c'est grotesque.

Le président c'est pas lui qui gouverne. Alors ça sert à quoi et cetera. un moment dans une société en révolution industrielle comme la nôtre, en révolution écologique et en révolution au niveau des rapports hommes-femme, on a besoin de décisions clair, de savoir qui décide et cetera.

On est complètement perdu. Et quand les gens sont perdus et ben en face ils ont quelqu'un qui dit si j'arrive tout s'arrange. Ah ben voilà un type qui a quelque chose à proposer.

On sait pas ce qui s'arrange mais tout s'arrange. Donc je pense si vous voulez que c'est fondamental ça que la question de la confiance on va pas la changer. Et en ce moment d'ailleurs, si vous regardez le nombre de grands chefs d'état qui viennent de l'entreprise mais Macron, mais au Canada, mais en Australie, mais en Allemagne, c'estàdire les grands leaders viennent de l'entreprise en ce moment parce que l'entreprise est l'endroit où on décide vite.

On peut pas s'amuser à ergoter pendant des semaines et des années. Et au fond, les gens ils ont envie de ils sentent bien que le monde est dangereux qui tient le Manche. Bon et je crois que c'est une question absolument sincère.

Je fais une dernière remarque. Il y avait un sondage il y a pas très longtemps dans qui a été fait par euh Jean Jorès sur qu'est-ce qui symbolise pour vous la démocratie quand vous vous promenez en ville ? Je passe devant une école, c'est la République.

Pardon pas la démocratie, la République. Je passe devant une école, c'est la République. Je passe devant une mairie, c'est la République.

Je passe devant une entreprise, c'est la République. Alors un tribunal, un homme politique, un député, non, ça c'est marginal. Pourquoi ?

Bah parce que l'entreprise c'est lieu du lien social qu'en France on pense toujours d'abord comme un lieu d'exploitation. Non, c'est d'abord un lieu de solidarité, d'amour. Ça, je m'amuse toujours à raconter 47 % des gens ont une aventure sentimentale dans leur entreprise.

L'entreprise n'est pas d'abord un lieu d'exploitation. Merci Dominique. Je vous passe alors tenez-le bien sur le micro parce que je vais je vais vous laisser élaborer là-dessus mais je voudrais aussi qu'on parle il nous reste à peu près un quart d'heure du du rapport à la à la vérité et à l'information parce que vous disiez tout à l'heure que le la démocratie c'est le c'est le lieu du temps long, c'est le lieu du débat, c'est le lieu de la réflexion, c'est le lieu où où on peut changer d'avis.

Mais tout ça quand même en général fondé sur des arguments, des faits, des informations, des vérités. Et là, on est rentré dans un monde où on a l'impression que à la fois la vérité est devenue relative et que l'information est devenue au fond euh elle aussi totalement mortellisée, parcélisée et et extrêmement relative. comment on vit face à ça alors qu'on cherche à faire nation et on cherche à créer à partir du débat une certaine forme de récit voire même de vérité.

Je voudrais compléter ce qu'a dit Périne parce que la popérisation des académiques comme disent les Américains, c'est-à-dire du monde universitaire n'est pas je crois la seule explication du manque de confiance qu'on a désormais dans les intellectuels et en particulier dans les individuels académiques. Je crois que s'est ajouté à cette popisation qui est matérielle qui est un fait aussi une forme de trahison d'éclair depuis les années 50. Les intellectuels en particulier les intellectuels français n'ont pas été hostiles au monde de stalinien.

Ils ont perdu là ce qui pouvait faire, ce qui les caractérise, c'est-à-dire l'honneur et la vérité et leur condition matérielle, même si elle est plus modeste, ne les ne leur interdisait pas de garder le sens de la vérité. Et nous avons le sentiment maintenant que le modèle que donnaient les académiques, c'est-à-dire le rapport à la vérité, la possibilité du dialogue argumenté qui était à la fois le propre du monde académique, mais aussi le principe même de la pratique démocratique ont été abîmé et qui a une forme de responsabilité des intellectuels et des universités. Alors la la crise actuelle dont une partie de de de du monde universitaire américain et l'exemple fait que aujourd'hui nous nous retrouvons entre d'un côté le wisme et de l'autre côté le trumpisme.

Et les deux sont également une source d'inquiétude personnelle, mais une source de corruption à la fois du monde intellectuel, du monde académique et du monde démocratique. Parce que si vraiment, comme le dit Périn, c'est dans la discussion argumentée que se trouve le cœur de ce qui fait la volonté collective et le respect des institutions démocratiques, et bien ce rapport à la vérité est totalement trahi par Trump mais a été longtemps plus modestement et progressivement trahi par le monde intellectuel et du coup par le monde politique. Et je voudrais ajouter à ce que on a tous dit, l'image terrible que donne l'Assemblée nationale depuis quelques temps.

Quand les représentants de la nation légitimement élus selon les règles de la République donnent cette impression de non rapport à un débat fondé sur le minimum de vérité, je crois que ce qui restait de confiance, c'est-à-dire faible à l'égard des politiques est en train de se décomposer et dans les enquêtes du Svipof Dominique, je vous confirme pour présider des séances régulièrement à l'Assemblée nationale que j'ai plus l'impression parfois d'être dans une cours d'école que dans le parlement. Mais oui, ça me paraît très important parce que c'est tout de même notre représentation notre représentation politique et elle donne elle donne une image une qui une enfin une représentation du peuple en tant que peuple politique qui me paraît qui me paraît très grave. Mais je voudrais ajouter un dernier mot à partir de mon expérience sur les travaux sur la laïcité.

C'est une de mes inquiétudes profondes, c'est la rupture de transmission vis-à-vis de la jeune génération. Je crains beaucoup que la défense des principes qui nous qui nous réunit aujourd'hui à la fois dans l'ordre politique avec toutes ces dimensions ne soit pas suffisamment transmise aux jeunes générations et dans toutes les enquêtes que nous [Applaudissements] voyons. Alors c'est notre faute.

Je veux dire nous n'avons pas su le transmettre. Je n'accuse pas les jeunes générations, mais je constate que nous, je parle pas de moi, moi je suis un autre siècle, mais nous tous, les générations d'avant, nous n'avons pas su leur transmettre que la la phrase de Churchill est définitive et que elle mérite que nous fassions tout pour lui donner toute sa vérité. Merci.

Merci beaucoup. Alors, je vous prépare. On a ici des militants, des élus, des citoyens engagés.

Donc, je vais vous demander chacun de conclure avec un message pour eux et pour ell. Mais je voudrais d'abord que Périne poursuive le le la réflexion autour de de ce que c'est que la vérité aujourd'hui et la manière dont l'information aujourd'hui peut-être parfois utile ou au contraire parfois pire qu'inutile, mais même contre-productive à sa diffusion. Ben, je crois que ce que vient de dire Dominique Schnapper est très important.

C'est-à-dire que ce rapport à la vérité, il s'enracine très tôt, il s'enracine dans l'éducation. Et c'est pour ça que je parlais des faiblesses qui sont aussi des forces de la démocratie. Il y a un parallèle avec l'éducation.

L'éducation, c'est un temps long. Euh c'est le temps long de l'apprentissage, c'est euh le fait d'apprendre qu'on ne sait pas mais que on peut aussi euh acquérir des connaissances. Et c'est exactement euh ce que disait euh Jean Viard, ça me paraît très important parce qu'il a identifié en fait les domaines dans lesquels on peut développer ce savoir et on est en train, je crois de de le développer.

Si je vois par exemple dans le domaine de l'écologie, je crois qu'on entend beaucoup moins maintenant les discours des collapsologues qui nous prédisaient la catastrophe et qui d'ailleurs n'avait pas compris que la prophétie de catastrophe c'est précisément faire en sorte que la catastrophe n'advienne pas et que on a maintenant, je vois dans les programmes scolaires et cetera, une éducation à l'écologie. Donc je crois que euh ce qui est essentiel pour nous, c'est l'éducation, c'est l'école. L'idéologie doit rester en dehors de l'école.

Et ça c'est aussi quelque chose qu'on doit expliquer euh aux euh aux professeurs, aux instituteurs qui ont parfois du mal euh je dois dire à euh à euh l'appliquer. Et donc c'est cette notion de savoir, cette notion d'autorité qui doit être alors c'est vrai que on a mal transmis mais c'est vrai que on fait aussi des progrès comme on en fait sur l'IA, comme on en fait sur les réseaux sociaux et la politique est là aussi je dirais pour structurer tous ces discours éducatifs. Gabriel Atal avait engagé un certain nombre d'actions et pour promouvoir ce sole commun des valeurs de la démocratie.

Merci. Alors, il nous reste une dizaine de minutes. Vous avez le micro périne.

Donc, je vais commencer par vous. Si vous aviez un, deux ou trois messages pour des hommes et des femmes engagées qui ont choisi aujourd'hui de venir sous le soleil de Saint-Denis plutôt que sous le tonner de la place Vauban pour oui défendre la démocratie mais aussi je pense nous projeter vers vers l'avenir. Qu'est-ce que vous leur Qu'est-ce que vous leur diriez ?

Bah moi je je vous dirai bravo. Je vous dirai bravo parce qu'on a besoin que euh de gens comme vous. C'est-à-dire que vraiment, je crois que le cœur de l'avenir, c'est l'action et c'est la décision politique, que encore une fois en France, on souffre d'une mauvaise image de marque de la politique et que nous sommes tous là en fait avec un projet commun qui est de remettre la politique au cœur des choses, je dirais avant l'économie, avant même l'État providence parce que c'est seulement à partir d'un discours politique qui ne doit pas du tout être un discours unique unitaire, qui est un discours pluraliste, mais que nous nous apprendrons d'une part évidemment à vivre ensemble, mais surtout que nous pourrons réenchanter la démocratie pour les générations qui viennent.

Et je crois que personne d'entre nous ne souhaite voir nos enfants vivre sous des dictatures et des régimes autoritaires. Yacha, vous aviez commencé par une note d'humour en parlant de de l'accueil du réfugié nord-américain que vous êtes. Quel quel message vous avez pour nos militants, nos citoyens, nos élus aujourd'hui ?

Bah tout à fait. J'allais dire que je commencais mon discours en tant que universitaire américain, mais je veux le finir en tant que européen parce que ce que disait Dominique Schnapper au début de cette conversation est très juste. C'est la fin du siècle américain.

C'est la fin du siècle dans lequel les Européens peuvent se fider des États-Unis. Et ça c'est un bouleversement fondamental et ça remet en cause une assumption que on a tous un peu dans les dernières décennies et c'est qu'il y ait une manière de décline graduel peut-être plutôt sympa qu'ici en Europe, on peut se dire on va être formé par l'histoire, par les États-Unis, par les autres pays. On ne peut continuer à pas jouer un rôle principal dans l'économie du monde sur le plan des relations internationales, mais on a nos retraites, on a nos États- providence, on a nos beaux villes comme ici et on va avoir une vie plutôt agréable.

Et je crois que la fin de ce protectorat américain met en cause cette idée. Soit on forme l'histoire, soit on est capable de former l'histoire, soit on sera formé par l'histoire. Et ça veut dire qu'on soit formé par des gens comme Donald Trump en Washington ou pire Vladimir Poutine ou Moscou Shiing Ping en Pékin.

Et donc ça c'est le moment dans lequel notre pays et notre continent va se décider si on veut échapper de ces declins, si on veut avoir un projet de futur dans lequel on va jouer une vraie rôle dans les relations internationales, dans le monde, sur le plan sécuritaire, mais plus important si on va jouer un grand rôle sur l'IA, sur les industries du futur, si on veut jusqu'être le continent muséal si on veut être un des continents qui détermine le futur de toute l'humanité et de tout le monde. Euh et et et j'espère que tous les engagés, tous les élus et tous les grands publics aujourd'hui peuvent faire partie de ces projets, de prendre un autre niveau d'ambition parce que en fait on a beaucoup à donner dans ce continent et c'est le moment de le faire. [Applaudissements] Dominique.

Alors, on vient de le dire, c'est la fin du siècle américain. Ce que nous pouvons espérer, c'est que ce soit le début du siècle européen. Non seulement parce que nous sommes européens, mais parce que c'est finalement la dernière région où le projet démocratique peut encore s'épanouir.

Alors, pour cela, c'est notre responsabilité à tous. Euh au musée d'art et d'histoire du judaïsme, il y a une exposition sur l'affaire de réfuge qui s'appelle vérité et justice. Et ce que je souhaite c'est que cette idée de vérité et de justice qui a inspiré la gr la gauche drefusarde de l'époque soit aussi notre principe nous dont on peut don en tout cas moi nous voulons être les héritiers de ce que fut la gauche Dréfusarde et qui est au fondement des principes de la démocratie et c'est à nous tous, à chacun d'entre nous d'essayer d'agir dans cette direction pour transmettre aux jeunes générations ce que l'histoire humaine a inventé de plus convenable.

C'est un mot d'Alain Besançon, un adjectif d'Alain Besançon sur la démocratie. C'est le régime le plus convenable que l'histoire humaine est jamais créée. Donc c'est à vous tous, à nous tous d'y travailler.

Merci. [Applaudissements] Jean, vous avez le mot de la fin presque. Ouais, c'est pas évident.

Sur l'Europe, je reviendrai pas, on est d'accord. Après, on sort des cadres. Moi, il y a un chiffre qui me fascine, c'est que 63 % des bébés nissent s mariage.

C'est-à-dire qu'on est sorti des cadres institutionnels, le mariage, le droit de vote, la vie démocratique locale. La société s'est déplacée. On est une société d'individus avec des choix individuels discontinus parce que nos vies sont beaucoup plus longues et cetera.

Donc, j'entends ce qu'on dit sur les intellectuels, je suis d'accord avec vous, mais tout le monde est sorti des cadres et je suis d'accord aussi sur le fait que l'influence du marxisme a été une catastrophe dans les années 70-80. et a construit effectivement on le voit bien sur le travail quoi. On est le seul pays à discuter de la retraite à parce que il faudrait s'arrêter de travailler mais c'est pas le but de la vie d'arrêter de travailler.

Pourtant je suis spécialiste du tourisme mais quand même. Donc je crois qu'il faut se dire ça. On est sorti des cadres.

On est une société d'individus de liberté. On n' jamais été aussi libre de faire l'amour, d'avoir des aventures, de changer de métier, de changer de parti. On peut voter, on peut faire changer les gens de conviction en ce moment.

Donc c'est ça qu'il faut dire. C'est très mobile, c'est pas stable et je crois que c'est une chose importante. Alors du coup, une autre idée je je rajoute qu'on a pas parlé don on a pas parlé.

On a on ne sait pas penser la France post-coloniale. On ne sait pas penser les 9 millions de musulmans. On n' pas recombat qu'on avait fait en 1905 pour imposer la laïcité aux catholiques.

Excusez-moi. On l'a pas imposé à l'islam. On n'a pas remis l'éducation de l'islam en haut de la pile dans les écoles parce qu'on a pas compris qu'il y a des enfants qui avaient une autre culture.

C'est pas grave. Il venait d'ailleurs, il fallait recommencer le travail qu'on avait fait en 1905. Et ça aussi ça compte parce qu'on voit bien la difficulté.

Les jeunes d'aujourd'hui, ils ont un peu tendance à dire toutes les opinions se valent. Non, il faut que tout le monde puisse s'entendre. Et on voit bien sur le voile par exemple, les adultes sont contre souvent dans les écoles et les jeunes mais pourquoi tu l'embêtes ?

Il y en a une qui met une mini jupe. Oui, sauf que c'est un signe religieux qui a un sens très particulier. C'est ça que je veux dire simplement.

Alors comment on va sortir de tout ça ? Je ne sais pas mais je pense que la France est le pays le plus pessimiste des grandes démocraties. Il y a 29 % des gens qui disent que les choses vont aller mieux alors que les autres pays c'est 50 à 60 % alors qu'on ne va pas plus mal.

Donc si vous voulez on a un vrai. Pourquoi ? Parce qu'on est un pays fondamentalement politique.

On est un pays qui a besoin de proposer du sens aux autres pour être fier de nous-mêmes. C'est pas vrai. Par exemple de l'Allemagne, ils auraient un peu du mal avec leur histoire.

Et donc si vous voulez quand on n pas de message à donner aux autres, quand on n'est pas fier de ce qu'on fait, bah à un moment on est complètement dépressif de nous-même. C'est pas qu'on aille plus mal, c'est qu'on a pas d'espérance. Et un pays comme la France, sans espérance, il s'étole.

Et c'est ça qu'on a pas sur construire, c'est ce type d'espérance. Et je crois que la question centrale pour la France, c'est que ce qu'on fait apparaisse comme emblématique de ce peut être une démocratie et un modèle libéral, un modèle libre. Et si on n'y arrive pas, on sera emporté par le populisme et on est à la limite de l'effondrement.

Il faut quand même le dire clairement. Je voudrais levez-vous s'il vous plaît parce que je voudrais vraiment qu'on qu'on vous remercie euh chaleureusement, qu'on vous applaudisse très fort. Levez-vous, levez-vous qu'on vous voit parce qu'il vous voit pas au bout là.

Vérité et justice, ce sera le slogan de la journée. Merci à tous et à toutes d'être là. On porte l'espoir ensemble.

Ce siècle sera européen ou ne sera pas. Et bravo à tous et à toutes. C'est une belle conclusion.

Merci. Merci. Il y a pas de ministre aujourd'hui.

Merci beaucoup. Merci. [Musique]

LE TEMPS DES DÉMOCRATIES EST-IL FINI ? — Roland Lescure · Pourquijevote