POURQUOI MÉLENCHON VEUT REDESSINER LES RÉGIONS | CLAIRE LEJEUNE, JULIEN THÉRY
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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- 1:00OuverteRéponse directe
En quoi consiste exactement le projet de 13 écorégions ?
- 3:00OuverteRéponse directe
Pourquoi les principes actuels des régions sont-ils caducs pour la transition écologique ?
- 6:00OuverteRéponse directe
L'eau comme critère de découpage est-il seulement symbolique ?
- 11:00OuverteRéponse directe
Comment les écorégions s'articulent-elles avec la démocratie locale ?
- 14:00OuverteRéponse directe
Comment gérer les migrations climatiques dans ce modèle ?
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Mais on s'autorise à penser dans les milieux autorisés. Alors ça c'est encore un autre truc. Les milieux autorisé, vous y êtes pas vous hein.
Bonjour à toutes et tous. L'instauration en France d'une République écologique passe par la transformation du territoire, sa réorganisation en 13 écorégions découpées selon les bassins hydrographiques. C'est ce qu'a expliqué le candidat de la France insoumise à la prochaine présidentielle Jean-Luc Mélenchon lors de sa première conférence de presse après la déclaration de sa candidature au début de ce mois de juillet.
Je reçois aujourd'hui Claire Leune. Bonjour. Bonjour Claire Leune.
Merci beaucoup d'être avec nous. Pas de souci. Merci de l'invitation.
Spécialiste de la planification écologique, député de la France insoumise depuis les législatives de 2024, député de l'Esson, coresponsable à l'Institut la Boessie du département consacré à la planification écologique. Tout à fait. Alors euh Jean-Luc Mélenchon a fait presque une sorte de cours de géographie euh de prospective géographique lors de cette conférence de presse.
Le projet de réorganiser pour faire face aux nouveaux défis politiques et écologiques selon de des principes complètement nouveaux d'organisation du territoire. Donc la France en 13 écoorégions, il existait déjà je crois en 2022 euh déjà dans le programme de la France insoumise. En quoi est-ce que cela consiste exactement ?
Alors euh notre constat, c'est que à chaque étape de l'histoire de notre République, à chaque étape de l'histoire de notre pays, à chaque fois que ce sont des nouveaux grands principes organisateurs de la société humaine qui sont advenus par des processus politiques, par des mouvements populaires, euh il y a eu des bougé en terme de délimitation de la cartographie administrative territoriale. Prenons juste la Révolution française, c'est le moment où on casse les baronies, la les détentions territoriales foncières de la noblesse en créant les départements. Voilà, à ce moment-là avec d'ailleurs beaucoup de départements qui prennent le nom de fleuve ou de cours d'eau.
Donc déjà, on a une correspondance entre le social et et la nature qui est déjà présente et tissée dans notre histoire. Et notre constat, c'est que nous on souhaite passer à la 6e République, donc on souhaite passer à une République écologique et c'est effectivement de nouveaux grands principes organisateurs qu'il va falloir faire advenir et imposer. Toute l'histoire de la gauche a été de dire que la République c'est avant tout des droits concrets et c'est avant tout des solidarités interhumaines et que l'égalité est la résultante de ces solidarités.
L'étape d'après euh quelque part si on peut dire cette gauche là était incomplète sans le dire, c'est que ces solidarités elles se tissent pas seulement entre les êtres humains, mais que en fait il y a une solidarité entre les humains et le vivant non im, le reste de la nature, l'environnement parce qu'on voit et on le voit de manière très violente en ce moment à quel point on dépend de l'air, de de l'eau, de la qualité des sols. Et donc l'idée c'est de faire correspondre une nouvelle cartographie avec ces échorégions à cette nouvelle étape à ces nouveaux grands principes organisateurs et de formaliser d'institutionnaliser quelque part ces nouvelles formes de solidarité autour de lien de dépendance qui existe de toute façon. Euh donc euh l'idée fondamentale, c'est celle-là euh c'est d'arriver à faire correspondre notre organisation administrative, territorial, politique surtout euh [grognement] à euh au nouveaux grands principes qu'on voudrait mettre en œuvre dans le cadre de la 6e République. [grognement] Donc le fait aussi de vouloir pas seulement un niveau administratif au sens strict, mais de vouloir un niveau de collectivité territoriale, donc avec un contenu démocratique, c'est également très important.
Parce que le passage à la 6e euh c'est une radicalisation de la démocratie. C'est une reprise, c'est une revitalisation démocratique par rapport à l'état de délabrement complet qui est la la 5e République on voit actuellement. Alors, on va voir toutes les implications puisqueen fait elles sont absolument radicales de de cette transformation aussi bien au plan de de l'économie que de la vie politique.
Mais peut-être qu'on peut rappeler d'où on part. euh en revenant euh sur l'état actuel de la division administrative en région euh sur ces évolutions récentes euh qui en définitive correspondait euh à des à des principes de l'ancien monde euh euh qui ne sont qui sont plus qui ne devraient plus en tout cas aujourd'hui être prioritaire. La régionalisation, c'était d'abord l'œuvre, je crois de des gouvernements de du général de Gaulle, hein, dans les années 60.
C'était le le premier moment euh avec une notion qui a longtemps prévalu, c'est celle de métropole, les les métropoles d'équilibre, c'est-à-dire que le territoire était organisé en fonction de de l'économie dans une large mesure de la polarisation entre un centre, une très grande ville et puis sa périphérie. On a très longtemps vécu sur ce modèle jusqu'à la réforme de François Hollande 2015 2016 hein qui fait fusionner un certain nombre de régions et qui crée donc des régions plus grandes avec parfois au sein de la même région plusieurs métropoles. En quoi est-ce que les principes qui prévalaient dans dans ce modèle là finalement sont caduc ou en tout cas sont plus sont devenus presque on pourrait dire toxique au moment où on veut une transition écologique ?
Ouais. Alors, je pense que là déjà les germes de cette organisation régionale, ils existent dans les grands projets d'aménagement du territoire euh qui prévalent euh depuis en gros euh la sortie de la Seconde Guerre mondiale euh parce que en fait, vous avez déjà une forme de régionalisation de l'agriculture euh lorsqu'on en fait on organise la fusion des des entités qui étaient beaucoup plus petites à la base en 1945, on sort d'une France beaucoup beaucoup plus rural, beaucoup plus paysane. Donc on a déjà des principes de spécialisation et de division selon les territoires à ce moment-là.
Également ça va être l'arrivée de la voiture et donc d'une forme d'urbanisation qui se enfin se repose sur le fait qu'on peut faire les trajets domicile travail avec la voiture où du coup il y a c l'étalement urbain qui va avec. Il y a effectivement cette concentration de plus en plus grande des richesses, du pouvoir, des flux matériels vers des grandes métropole. Et donc quelque part euh le processus de décentralisation, il vient accompagner cette étape là du capitalisme euh qui est un capitalisme de plus en plus euh productiviste, qui est un capitalisme, même si on peut pas délier le capitalisme du productiviste en en tant que tel, mais qui va être un capitalisme aussi de plus en plus mondialisé où les territoires en fait sont mis en compétition les uns avec les autres, les métropoles sont mises en compétitions les unes avec les autres et où on va avoir effectivement une logique y compris de financiérisation qu'à des implications géographique territorial très très concrète et donc toutes les étapes de la décentralisation jusque-là et jusqu'à la réforme de 2015 effectivement accompagne ce mouvement-là du capitalisme plutôt que d'essayer de le modérer, de l'équilibrer.
On va vraiment en fait l'État va jouer un rôle d'accompagnateur de cette dynamique là et les m les régions de 2015 sont l'exemple typique de ça puisqueeffectivement on va construire des grandes régions avec le but explicite déjà de réduire des coûts. Ce qui n'a pas marché par ailleurs. Ça a été documenté souvent comme souvent résultat plein d' imprévus n'aboudit pas du tout à réduire les coûs.
Exactement. Et puis a également le but que ces régions puissent peser, être compétitives, être attractive dans la compétition entre des grandes régions européennes. Donc c'est aussi l'intégration européenne qui joue un rôle là-dedans dans la mesure où l'intégration européenne est avant tout marchande.
Donc elle elle déplie ces logiques là de de manière incessante. Et donc ça donne effectivement des situations. On a fusionné des régions en vassalisant, en écrasant certains territoires et en ayant toujours cette logique de la métropole qui finalement euh exploite aussi sa périphérie euh aujourd'hui.
Oui, toujours c'est toujours territoire sur lequel s'exerce un pouvoir quand vous avez ce que ce soit les périphéries rurales par l'approvisionnement matériel ou les périphéries qu'on appelle aujourd'hui les banlieux quand vous avez des des milliers de personnes qui font un déplacement d'unh3 dans des transports sous-financés pour venir rendre un service de nettoyage d'aide à domicile dans la capitale vous avez une logique d'exploitation de la périphérie par la métropole. Et donc c'est des c'est euh là on voit très bien à quel point sur toute cette dynamique là l'État est en fait complètement main dans la main avec les logique du capitalisme. Et et aujourd'hui, on fait face un petit peu au mur au mur dans lequel cette logique là nous a mené.
à force de faire de l'écologie un espèce de southème, un truc résiduel qu'on fera si jamais on a l'argent, si jamais on a le temps, si jamais on y pense, en fait on arrive à une situation crise où lorsqu'il y a une crise à laquelle on arrive donc toujours à préparer, on l'a très bien vu récemment avec les incendies et où généralement on arrive avec des pseudos solutions techniques qui sont en fait typiques de la maladaptation et où en fait on on souvent contribue à empirer le problème. Enfin, il reste plus qu'à faire de la com en disant on va tous être unis, on va tous être soudés pour faire oublier que c'était parfaitement prévisible et que rien n'était organisé en fonction de donc en fait cette proposition des corrigions, elle vient un moment elle arrive à un moment où en fait c'est le cœur de la seconde canicule, il me semble et à ce moment-là le débat politico-médiatique tourne autour de la clime. Donc vraiment de manière voilà donc encore une fois un exemple de solution technique qui qui en fait déployé à large échelle enfin correspond à la maladaptation dans le la mesure où en fait on crée des îla de chaleur en plus c'est une fuite en avant en fait une fuite en avant pour c'est un désastre écologique de la même manière qu'aujourd'hui en Gironde on abat des arbres de manière préventive pour empêcher le le feu de s'étendre donc vous En fait, on est [raclement de gorge] dans cette spirale infernale là.
Euh et donc la proposition des corrégions, elle vient essayer d'amener un débat de fond [grognement] sur la profondeur et la radicalité des transformations qu'il va falloir faire advenir si on veut faire face à ce mur climatique tant sur le point de vue de l'atténuation de des effets des gaz à effet de serre, tant sur le point de vue de la réparation du vivant parce qu'on est dans un moment où on a tellement maltraité nos écosystèmes qu'il y a de la réparation à faire si on veut pouvoir y exister, y habiter euh de manière digne et décente dans les décennies à venir et que ce soit aussi sur du point de vue de la de l'adaptation. Et donc l'idée qui était mise sur la table, c'est de dire on prend ce fil conducteur de l'eau parce qu'en fait l'eau où nous on y pense c'est l'eau du robinet mais derrière ça en fait quand on commence à tirer ce fil tout vient. L'eau est essentielle au système économique, l'eau est essentielle à l'industrie.
L'eau en fait dépend, le cycle de l'eau dépend aussi de l'état de nos forêt, dépend aussi de l'état de nos sols. Donc en fait, c'est un peu une matrice à partir de laquelle on peut déplier l'ensemble de des écosystèmes vivants et sans lesquels les écosystèmes vivants ne sont plus très très vivants, on va dire. Euh et donc euh les écorégions auraient pour mission prioritaire euh de euh veiller à la préservation de la ressource en eau euh des sols euh et de l'air.
Et en fait euh à partir de là en fait c'est des champs de politique publique très importants qui sont déployés. Mais la spécificité c'est de dire que c'est pas c'est pas une ligne budgétaire à côté de 1000 autres. érque par exemplevelconomique une compédiion bien souvent elle va être priorisée par rapport à à l'objectif de préservation des communs.
Par exemple lorsqueon accompagne des projets de data center partout sur le territoire alors qu'on sait que c'est c'est déjà très énergivore puis que ça consomme une quantité d'eau incroyable. Enfin donc on va on va se déterminer par rapport à d'autres critères qui sont pas seulement euh ceux je sais pas moi de de la taxe de la taxe de la taxe sur les entreprises qui va rapporter localement euh de l'emploi qui va qui va être suscité. Euh on va prendre euh euh toute une série de considérations.
On voit bien d'après ce que vous décrivez par opposition avec la situation actuelle, à quel point euh il s'agit euh euh de réorganiser le gouvernement en fonction euh d'un changement de ses fins dernières, de ses objectifs. Finalement, ça n'est plus la compétitivité économique, hein, qui déterminait donc la mise en compétition entre les régions. Euh c'est autre chose.
Bah c'est justement l'intérêt bien compris des populations qui résident dans ces espaces. Ouais. Oui.
Oui. Alors les écorions telles qu'on les propose, elles s'inscrivent dans le cadre d'une idée qu'on porte depuis longtemps, celle de la planification écologique. [grognement] Donc l'idée c'est qu'il y ait un processus démocratique préalable qui aboutit à la formulation d'une planification écologique qui se situe au niveau national.
Euh et ensuite, les écorégions jouent euh un rôle parfois de mise en œuvre de certaines dimensions du plan, peuvent aussi jouer un rôle d'alerte, de vigie sur euh la le bon la bonne la bonne mise en œuvre de certaines dimensions du plan. Euh éventuellement, elles peuvent servir de ça, pour réajuster euh des choses parce que en fait le plan national va fixer des grands objectif et la mise en œuvre, elle va dépendre aussi des conditions écologiques qui existent dans chaque dans chaque bassin de vie. Mais oui, ce qui est en fait la base de notre isolement, c'est de dire euh que en fait il y a pas de raison pour laquelle on ne peut pas avoir de politique publique qui priorise euh la santé euh le long terme qui priorise le fait qu'on puisse boire une eau qui n'est pas polluée de péface, qu'on puisse manger sans avoir la crainte que dans 10 ans, on va développer un cancer, qu'on puisse respirer sans avoir les poumons complètement pollués.
Donc ça ça c'est les principes de base, c'est les priorités absolues. Donc effectivement, le premier principe de gouvernement, [grognement] c'est plus la croissance hein euh la croissance de l'ensemble de la production de richesse sans savoir à qui elle profite, sans savoir à qui elle coûte euh et et ce genre de choses. D'ailleurs euh enfin toute toute l'histoire là de de l'État dans son imbrication avec le capitalisme a été euh euh aussi une histoire de de simplification euh de spécialisation euh euh productive des régions, y compris sur les choses comme la forêt, comme l'agriculture et cetera.
Euh et tout ça dans un contexte où on va avoir des indicateurs extrêmement simplistes pour évaluer euh est-ce que une économie va bien ou pas. Euh le PIB, voilà. h euh qui est une invention dont euh euh le fondateur KZN disait bien ne l'utilisez surtout pas euh pour euh évaluer le bien-être d'une société, ça ne correspond pas à ça.
Résultat, ça a été euh globalisé à l'échelle de la planète indicateur universel et ça reste l'indicateur universel. Nous, on pense que si on veut faire la planification écologique, il va falloir pluraliser les indicateurs déjà et puis surtout faire des indicateur prioritaires et des boussoles finalement des politiques publiques. Les indicateurs qui correspondent à la santé humaine, au bien-être humain, à l'état à l'état écologique de nos communs.
Et donc ça renverse complètement ça renverse complètement la la table et ça fait que les modèles économiques et le type d'activité économique qu'on développe doivent en fait s'inscrire dans ce cadre là au lieu d'avoir bon bah une activité qui se développe et puis on essaie vaguement de compenser les externalités en plant des pains en rangé enfin il y a tout ça donc c'est vraiment un renversement de de paradigme et pour le coup, c'est pas antagonique avec et même au contraire avec par exemple l'objectif de de l'emploi. Le chantier de la planification et la bifurcation écologique va être massivement producteur d'emplois d'emplois qui ont du sens parce que ça enfin ça on contribue au chantier de juste nous permettre de bien vivre dans les années à venir. Et puis des emplois qui peuvent être des emplois de qualité aussi.
Donc en fait, on on travaille aussi dans cette perspective là. par exemple, prenez juste l'ONF, l'Office national des forêts. Euh sur la la la vingtaine d'années précédentes, là ils ont eu des coupes de 40 % de leurs effectifs.
Alors que l'ONF en fait aujourd'hui, on a les incendies massifs en Gironde. L'ONF est chargé de des des travaux d'entretien, du débossaillage, des de l'entretien des forêts et de la prévention des présent. Donc, on a beaucoup parlé des Canadaires et cetera, mais on a peu parlé du fait que la Macronie a complètement et les gouvernements précédents, faut pas non plus les laisser passer comme ça, mais on complètement dézingué l'ONF qui a pourtant une fonction vitale dans la prévention des incendies et dans la préservation de nos forêts, quoi.
C'est-à-dire que d'ailleurs ce désastre écologique récent en Gironde, en réalité, il y a des causalités euh de courte durée qui sont des choix politiques euh qui consistent à démanteler les services publics, les observatoires aussi, hein. une politique générale du néolibéralisme, [raclement de gorge] on sait bien. Et là encore, on voit à quel point, comme vous le disiez, c'est un changement de paradigme euh auquel appelle cette République écologique, c'est-à-dire un changement de de manière de penser les choses, un sens d'état d'esprit, un changement de modèle.
Alors euh on parlait du fait que euh une idée directrice, c'est de d'utiliser euh les bassins hydrographique, la géographie des bassins hydrographiques euh pour fonder la nouvelle euh géographie administrative des régions. Est-ce qu'il y a derrière autre chose que finalement ce qui serait déjà ce qui est déjà très important affirmation symbolique au sens fort ? C'estàd c'est désormais le critère de l'eau, un critère naturel mais aussi le critère de la vie tout court hein.
Le corps humain est constitué essentiellement d'eau. Donc c'est vraiment le critère de la vie par excellence et non plus de de la de la richesse évaluée monétairement quantitativement à l'échelle nationale éventuellement ou impériale. C'est ce ce critère qui prévaut.
On savait, on sait qu'il y avait les la les structures territoriales, les agences de l'eau ou qui elles étaient déjà organisées logiquement en fonction de ce qu'on appelle les bassins versants, c'est-à-dire les les bassins hydrographiques, le le réseau de tous les cours d'eau qui finissent tous sur un même fleuve ou un fleuve principal en tout cas euh et qui détermine un espace géographique. Est-ce que il y a pas, c'est des objections qui sont qui sont qui sont faites parfois, est-ce qu'il y a pas des des inconvénients à ne prendre que ce critère pour organiser la région ? Hm.
H Alors, c'est loin d'être seulement symbolique. Euh je pense que toute toute cartographie est profondément profondément politique. Euh donc c'est là où en fait les régions actuelles dans leur délimitation seraient des outils mal ajustés à ce qu'on veut faire. et par ailleurs, le changement de répartition de compétences est tel [grognement] et l'objet qu'on veut créer est d'une telle nouveauté euh que en fait ça aurait vraiment très peu de sens de conserver les régions existantes.
D'ailleurs aussi parce que on n' pas encore tranché euh le sujet de la cartographie à ce stade. Et donc la carte qui a été présentée par Jean-Luc Mélenchon, c'est c'est une des hypothèses possibles, mais il pourrait aussi avoir une cartographie avec qui suiv les bassins versants de rivière et donc ça correspondrait davantage à 23 24 écoorégion qu'à 13. Donc plusieurs hypothèses sont possibles mais en fait il faut une correspondance fonctionnelle et et politique.
Et c'est aussi une question des imaginaires politiques et démocratiques dans lesquels on projette les habitantes et les habitants. Parce qu'en fait en réalité les régions actuelles, elles tournent tous les imaginaires vers la métropole. C'est c'est j'habite où par rapport à la métropole. euh comment je me définis par rapport à au centre où je vais travailler, vers lequel je vais en potentiellement en en en ayant une heure de voiture ?
Enfin, c'est c'est ce genre de de dynamique qui se passe dans l'imaginaire collectif. Euh je pense que si on veut réellement euh euh instaurer un nouvel imaginaire collectif et et institutionnaliser des nouvelles manières d'habiter le monde qui sont compatibles avec les limites planétaires, il va falloir que les imaginaires politiques bougent et que ceci se concentre davantage sur en fait quels sont les réseaux euh dont je dépends, quels sont les réseaux naturels en plus des réseaux numériques, énergétiques et cetera. Donc je dépends pour ma survie et en fait le fait de définir les une cartographie administrative autour des bassin versant de rivière, ça permet euh à aux habitantes et aux habitants de se situer par rapport à ce à ce cours d'eau, par rapport à où est-ce qu'on se situe, à la mont, à la Vale.
Du coup, on dépend de ce que font les gens à la Mont. Ça ça détermine les usages qui peuvent en être fait à l'AV. la quantité d'eau disponible dans tel endroit va dépendre des usages qui en sont fait un peu plus haut.
Enfin, il y a tous ces liens de codépendance qui sont mis à jour lorsqu'on commence à essayer de définir des cartes à partir des éléments des des communs du vivant, on va dire, et pas en fonction de critères strictement économiques au sens très étroit du terme. Donc c'est à mon sens c'est pas seulement symbolique ça. Le but est d'avoir aussi une étape supplémentaire dans l'invention de notre démocratie où on se pose aussi la question de en fait comment on arrive à avoir une représentation des intérêts du vivant, une une représentation des intérêts du enfin du long terme donc des générations à venir parce que sans cette transformation démocratique en fait on risque de de de pêcher aussi et de enfin on risque de pas arriver à à faire aboutir le projet qu'on a en tête quoi.
Alors, précisément, c'est cette nouvelle logique euh géographique, on a vu à quel point elle correspond à à une autre logique économique. Ouais. Euh il y a une dimension politique très forte euh dans le sens euh d'une redémocratisation euh via euh le une importance euh bien plus grande qu'aujourd'hui euh de la démocratie locale euh de de la citoyenneté active de tout un chacun nécessairement donc d'abord au plan local.
Hm. à part opposition avec le le la représentation politique telle qu'on la connaît qui est une représentation de délégation. C'estàd que je vote pour quelqu'un une fois de temps en temps et puis ensuite il va faire puisqu'il y a pas de mandat impératif de toute façon ce qui jugera bon hein selon des démêlés en fonction de démêlés sur lesquels j'ai j'ai aucune prise.
Euh on peut aussi considérer que c'est une représentation confiscation du pouvoir par ceux qui en sont investis périodiquement et puis qui ensuite font ce qu'ils veulent. Là il s'agit euh ben de de gouverner de de s'autogouverner dans une large mesure localement. Ouais.
Ouais. Alors en plus c'est intéressant parce que bon nous le rôle de la commune on y accorde une importance très très grande notamment parce que c'est l'échelon démocratique de base concret du quotidien du face- àface et donc on y on lui accorde aussi un très une très grande importance dans le cadre de la l'élaboration de la planification au niveau national. Donc on n'est pas du tout dans une logique de d'élaborer le plan sur un bureau à Paris et ensuite de d'essayer d'appliquer ça.
Ça n'aurait aucun sens planification soviétique hein. On peut le dire clairement aucune effectivité de toute façon. Voilà le le la planification pour nous et l'aboutissement, la cristallisation, l'institutionnalisation d'un mouvement populaire sans quoi en fait il ne on rencontrera des résistances trop fortes pour l'appliquer.
Et le rôle de l'écorégion, c'est aussi d'arriver à réinjecter de de la démocratie un échelon qui est euh qui est plus fin que celui de l'État. Donc il peut avoir une vision sur concrètement qu'est-ce qui se passe, où sont les points de blocage et cetera, mais qui est quand même un échelon beaucoup plus structurant que la commune euh qui a un rôle très important sur plein de domaines mais qui va avoir du mal à déployer euh la construction d'une filière ou autre des choses de cy plat. Mais c'est intéressant parce qu'en fait euh euh l'histoire du biorégionalisme euh elle a voilà, elle a elle a elle a plusieurs euh racine.
Oui, il y a une école californienne qui elle pour le coup est assez déterminée, c'estàdire que en fait c'est vraiment les coordonnées naturelles qui doivent enfin dans leur logique qui doivent primer et déterminer la manière dont les humains doivent s'organiser et les humains doivent reprendre leur place modeste dans le cadre des écosystèmes. C'est un [grognement] mouvement radical écolog d'écologie profonde et cetera avec parfois des excursions un peu douteuses. C'est-à-dire que Peterberg par exemple qui est l'un des penseurs du biorégionalisme californien a donné une interview en 2001 dans une revue qui s'appelle Élément et qui est plutôt située à droite.
Voilà. très à droite, très extrême droite. Oui.
Euh et euh et mais vous avez une école italienne avec Magnagi notamment euh qui elle est beaucoup plus constructiviste, qui parle de biorégion urbaine par exemple, donc qui voit beaucoup plus la production du territoire comme une enfin une espèce de coproduction en fait dynamique entre en fait ce qui se passe au niveau naturel et ce qui se passe au niveau des des sociétés humaines. les deux étant de toute façon complètement entremé et cette cette tradition là, elle a une exigence démocratique très forte avec parfois même des incursions enfin ou des croisements avec le municipalisme et cetera. Donc en fait cette traditionlà, elle est intéressante par l'exigence qu'elle fait porter à effectivement une une revitalisation démocratique.
Et en fait le mouvement dans lequel ça s'inscrit, c'est en fait de récupérer, de reprendre la main [grognement] sur des choses que le libéralisme plus le puis le néolibéralisme avait établi comme la chasse gardée du marché. Avait dit tout ça, la démocratie, le politique, vous vous en occupez pas. Euh c'est la main invisible du marché, euh c'est euh c'est les logiques capitalistes qui s'en occupent et qui le déterminent et qui l'organise.
Et si au nom de la démocratie vous voulez vous opposer à ces principes directeurs, euh ben ça donne le coup d'état de Pinochet, euh ça donne euh la fin de la démocratie euh et des régimes autoritaires. Voilà. Et tout le tout le mouvement et nous on assume complètement de parler de collectivisme et de parler de commun et cetera. c'est de dire en fait non, ces choses-là, ces éléments-lent pas être laissés au marché.
Elles sont elles déterminent nos conditions de vie, elles déterminent notre santé, elles déterminent la possibilité pour nous en tant que société de vivre dans les décennies à venir. Et donc c'est le politique et par extension la démocratie qui doivent le prendre en main. Et la planification, c'est exactement ça.
Parce qu'en réalité, si vous avez pas de planification publique, démocratique, étatique, vous avez une planification privée parce que les grandes multinationales aujourd'hui ont une puissance qui leur permet complètement de planifier. D'ailleurs, elles ont des plans d'investissement à 10 20 ans. D'ailleurs, elles ont parfois davantage de capacité à à centraliser des savoirs, à avoir de du monde de de la ressource.
Voilà. Exactement. Donc en fait, je pense qu'aujourd'hui Total a un plan très clair pour les 10 20 ans à venir.
Euh Amazon, tous les G femmes l'ont également. Voilà, ils ont probablement en terme de de connaissance et de degré de développement de ces plansl euh de l'avance sur les États. Voilà.
H et donc l'idée avec la planification et leur prise en main par les écorégions, c'est de reprendre en main ces savoirs et ce pouvoir là et de dire en fait ce qui détermine nos vies, on doit en décider nous-mêmes. Voilà et je pense que c'est ça qui est très important et qu'on essaie de de mettre en avant avec cette idée de planification. C'est important de revenir sur sur cette affaire de démocratie euh sur d'éventuels aspects euh tout à fait incompatibles avec la gauche qu'on pu prendre euh un certain nombre de d'idées radicales écologiques parce que euh comme toujours lorsque le néolibéralisme est menacé, il se met tout à coup à alléguer euh de beaux principes politiques pour essayer de discréditer les contreemodèles.
Et en l'occurrence, il y a des objections qui sont avancées contre l'idée des écorégions et la tradition biorégionaliste qui consiste à dire "Ah, mais attention, c'est une idéologie de l'enracinement h euh puisque donc il s'agit de bien il s'agit bien de de considérer les gens en relation avec leur milieu, hein, la façon dont ils sont enracinés dans leur milieu local, le leur mode leur mode de vie tout simplement, leur style de vie au quotidien. C'est une idéologie de l'enracinement. Or, l'enracinement, on le sait, depuis depuis la fin du 19e et le début du 20e siècle, le nationalisme intégral de Morace, l'Action française baress, l'enracinement, c'est typiquement une thématique raciste identitaire d'extrême droite.
Et on va utiliser aussi à l'appui de cette de cette objection la question des des migrations, des développements de population en disant "Mais alors les gens de vos écorégions, ils vont pas supporter le brassage des populations, ils vont s'accrocher à leur identité." C'est évidemment des des des objections qui sont qui sont pas valables en réalité mais qui qu'il faut prendre en considération. Oui.
Alors le enfin une certaine franche du biorégionalisme a pu aller sur des terrains qui sont aux antipodes complets des nôtres en ayant effectivement un déterminisme naturel très fort et en ayant en en reliant en fait les enjeux naturels à des enjeux démographiques notamment. Donc tout ce terrainlà bien sûr c'est celui que qu'on rejette et ça correspond en rien à ce qu'on à ce qu'on porte avec ces ces projets d'écorégion les enfin le projet des corion et de nouvelles et de cette nouvelle République s'inscrit dans le cadre de ce qu'on a aussi appelé la la Nouvelle-Fance. Tout ça tout ça se conjugue.
Une France qui ne fantasme pas la pureté. Voilà. Et notre constat, c'est c'est que d'une part le dérèglement climatique à l'échelle euh globale euh va accentuer les mouvements de population, donc va accentuer en fait les arrivées de réfugiés climatiques sur notre sol et que notre devoir est de leur fournir des conditions d'accueil dignes et de pouvoir faire partie de la communauté nationale par plein d'aspects, par la et là encore de le prévoir de pas tout à coup être là. crise démographique qui aurait pu prévoir voilà des migrants voilà des barbelés comme le fait l'Europe d'ailleurs exactement avec Frontex et d'autres institutions et par ailleurs il risque d'y avoir des migrations internes.
Là par exemple avec les mégafeux qui se sont produits en Gironde vous avez des des déplacés internes. Vous avez des réfugiés, centaines de milliers de personnes rien que pour cet épisode qui là dorment dans des gymnas qui n'ont plus dont la maison a été brûlée et cetera et ces ces situations là vont se multiplier. Donc on voit bien à quel point ces deux éléments là de migration externe et interne font que c'est complètement absurde, lunaire en plus d'être moralement, éthiquement, politiquement complètement à rejeté et assez enfin assez condamnable.
Il y a aussi le fait que ça ça c'est d'un point de vue pragmatique, c'est impossible à tenir. Donc l'idée c'est déjà d'un point de vue des principes de placer cette idée de de Nouvelle-Fance qui est le résultat de plein de bougé culturell enfin et de de de préparer le fait queon va avoir et à la fois à organiser l'accueil digne de personnes qui vont fuir des situations qui seront encore plus catastrophiques que celles qu'on va vivre nous et de préparer le fait qu'il va y avoir des réfugiés climatiques internes et que ça enfin si l'État s'en occupe pas euh on va avoir des situations humanitaire enfin on va avoir des des camps, on va avoir ce ce genre de choses sur le sol sur le sol français quoi. Donc je voilà je pense que justement il faut arriver à à tenir bon et à et à développer et à ne pas laisser ce terrain du localisme et cetera.
C'est le localisme est tr le localisme le localisme réactionnaire et identitaire en fait. Exactement. parce qu'il va se développer parce que là en fait le le RN se réveille euh arrête de dire que le GC exagère et autres et va commencer à je pense va commencer là par rapport à la campagne de 2027 va essayer de développer une doctrine écolo là-dedans.
On retrouvera ces composantes nausées à bonde du localisme étroit rabri autour des des terroirs autour de tout vous vous voyez tout ce tout ce bain pseudoculturel du canon français toutes ces choses-là voilà on va avoir tout ce tout ce marasme là et donc à nous d'y opposer une vision républicaine claire euh une vision de la solidarité entre humain et entre le le les humains et le vivant non humain. et d'arriver [grognement] à organiser les choses pour que enfin on sorte de cette situation où on enchaîne les crises avec des mesures réactives de la COM. Enfin là honnêtement le le gouvernement fait que de la la communication et enfin ils auraient pu utiliser des outils, ils auraient pu faire un projet rectificatif là pour lever des fonds et investir pour qu'on soit prêt pour l'été prochain parce que la même chose va arriver.
Rien n'a été fait mais parce que leur vrai objectif il est budgétaire. Le vrai leur vrai objectif c'est diminuer les dépenses de l'État. Voilà.
Et encore une fois la on revient sur cette idée de quelle est la boussole principale des politiques publiques, leur boussole principale et de réduire la dette pour satisfaire les marchés quoi qu'il en coûte. Voilà. Hm hm.
Donc en fait faire une politique qui profite à un tout petit nombre puisqu'en dernier recours hein en bout de chaîne euh c'est favoriser euh les les niveaux de vie l'évasion fiscale notamment d'un d'un tout petit groupe he les politiques est mené dans cet intérêt là. Ouais. Merci beaucoup Claire le jeune.
Là, on voit bien concrètement ce que c'est qu'un programme de rupture, hein. D'abord rupture dans l'esprit, dans dans les objectifs qui débougons donc qui je comprends je le comprends est encore complètement ouverte hein. Vous disiez mais c'est en cours de de travail.
C'est ça. C'est c'est une discussion. Est-ce que ça sera autour des fleuves ?
Est-ce que ça sera autour des rivières avec des régions plus réduites ? Voilà. Voilà.
Donc en fait, Gabriel Amons sur le sujet avec un avec un certain nombre d'autres collègues. On conduit beaucoup d'auditions en ce moment. Donc on discute avec des chercheurs, des hydrologues et cetera.
Donc parce que c'est aussi ça qui est important, c'est qu'aujourd'hui un fait marquant de la délicence de la démocratie telle qu'on la voit, c'est le degré de déconnexion complet entre les éléments scientifiques qu'on a sous les yeux et le débat le débat public. Et donc les écorégions, elles devront aussi enfin le cadre démocratique sera aussi appuyé sur euh que nous dit la science sur en fait l'état des écosystèmes, ce qui va venir dans 10 20 ans parce que eux sont capables de l'entrevoir. Euh voilà, c'est aussi pour ça que les scientifiques sont parfois dans un état psychologique très très compliqué parce queà la fois ils font très souvent lychés sur les réseaux sociaux et en plus ils voient très bien ce qui va nous arriver dans 20 30 ans.
Donc il serait largement temps de les écouter et nous organiser en fonction. Et ça va à l'inverse, on comprend ce travail qui a été celui du néolibéralisme justement de de de déconnecter, d'occulter les savoirs, les données scientifiques et sociales des politiques pour mieux finalement faire cavalier seul et et pouvoir travailler en dehors en dehors de de de tout compte à rendre fin finalement au gouverner. Merci encore une fois.
Et donc on attend la suite, on attend elle viendra très prochainement de voir les les développements de de ces projets d'écorégion pour une rupture et la formation d'une République écologique. Tout à fait. Et merci à vous d'avoir suivi cet épisode dont on s'autorise à penser.
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Jean-Luc Mélenchon