La vraie vie d'une danseuse étoile du ballet national de l'Opéra de Paris
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour Valentine, comment ça va ? Ben ça va bien. Euh vous allez me suivre là dans une journée un peu type.
Elle c'est Valentine Colassanté, l'une des danseus étoiles de l'Opéra national de Paris. On l'a suivi en coulisse pendant une journée. C'est mon quotidien.
Voilà, c'est le cas de le c'est pas mal chez vous quand même hein. Oui, disons que c'est un beau lieu pour travailler. Le plus beau des bureaux, je pense.
Je je suis d'accord. [rires] Ah oui, vous avez les noms sur les portes, c'est ça ? C'est le nom des étoiles.
C'est ça. Alors danseurs, le couleur des étoiles. Ah, c'est beau.
C'est mon deuxième appartement. Ça ressemble à un appartement en plus. [rires] Et c'est l'avantage un peu dans peu de compagnie au monde.
Les danseurs ont ce luxe là d'avoir une pièce qui leur est vraiment dédiée dans le théâtre. Vous allez voir, c'est plutôt spacieux, c'est plutôt confortable. Pas mal d'être une étoile.
Avec des tutus partout. Oui. Alors, comme vous pouvez voir, il y a des tutus de répétition.
Tu as combien de tutus en tout ? Oh là là, je les compte plus. Et des chaussons ?
Des chaussons non plus, je les compte plus. Les chaussons, j'en utilise à peu près une vingtaine de paires par mois. Ah c'est Ah oui, c'est tant que ça.
Ça s'abîme hyper vite en fait. Ça dépend des danseuses. J'ai les Toi, tu les abîmes [rires] vite du coup ?
Je les abîme vite et j'aime bien danser avec des chaussons souples et à la fois j'ai des pieds assez cambrés donc il faut des pointes qui soient relativement résistantes. Donc c'est toute une petite organisation. Ça veut dire quoi du coup préparer des pointes ?
Je les ai un petit peu façonné, je les ai un petit peu brisé. On appelle ça briser les pointes. J'ai un petit peu assoupli parce qu'elles sont très dures quand on les reçoit.
Ensuite, je note gauche, droite. Voilà. Et ça va être la paire qui va me servir aujourd'hui, certainement.
Donc là, je fais pas une coiffure disons je m'applique pas autant que pour un spectacle. C'est une coiffure qui doit résister disons à la journée et aux multiples pirhouettes de la journée. Est-ce que la danse ça a influencé son rapport à la de bon matin ?
Je pense qu'on a un rapport au corps de toute façon et un rapport à l'image forcément qui est différent dans dans nos métiers en tout cas qui est plus poussé. Après mon rapport à la féminité, il est relativement simple. Je suis plutôt coquette, j'aime bien prendre soin de moi.
Mais ça va aussi avec mon métier. C'est indispensable. C'est-à-dire que ça fait partie de mon métier de prendre soin de soi si on veut aller loin, si on veut mener une carrière équilibrée, ne pas se blesser trop souvent.
Après, mon rapport à la féminité, il est très changeant aussi en fonction des personnes [musique] que je rencontre. des étapes de la vie aussi, je crois. En tout cas, c'est pas une question que je me pose.
C'est quelque chose qui se fait assez naturellement. Je me change rapidement et on se retrouve dehors. [musique] Mais c'est c'est labyrintique ici par contre hein.
Moi j'ai une question euh idiote mais en vrai est-ce que la souplesse ça s'apprend vraiment ou c'est quand même pas mal d'être déjà souple quand on commence la danse ? J'étais pas particulièrement souple. [rires] On est rarement en tout cas quand on commence la danse, on est rarement raide partout, ça c'est sûr.
Il faut quand même quelques aptitudes. On est parti pour une réusion de cours et ensuite j'aurai une petite pause euh d'une demi-heure et ensuite j'enchaîne les répétitions de l'après-midi. Je me demandais la retraite d'une danseuse.
On parlait de foot tout à l'heure, mais la retraite d'une danseuse étoile, c'est à quel âge ? La retraite d'une danseuse étoile ici en tout cas à 42 ans. Très précis du coup comme chef.
Alors, c'était 40 ans avant pour les femmes et 45 ans pour les hommes. Donc, la parité fait que on a fait 42 ans et demi. Après, vous avez coupé la poire en deux quoi.
Après, quand on est étoile, il y a des discussions. C'est-à-dire que si une danseuse étoile a envie de partir avant, si elle a envie de prolonger de quelques mois, vous avez un peu les pieds en vrai. Pas tant que ça, vous trouvez pas ?
Ça va ? [rires] Non non euh non, je pense que c'est une question d'envie aussi. Si on se sent en forme, c'est une discussion avec la direction.
C'est pas si là je là je vous dis des chiffres mais c'est pas si militaire que ça. C'est une discussion avec son directeur de des attentes, des envies, des de la programmation aussi, le balais sur lequel on a envie de partir. Donc voilà, il y a plein de [musique] Moi, j'en suis pas encore là mais des fois ça me traverse l'esprit l'après aussi.
Ouais. Donc là, après 1h et3, on est qu'au début de la journée. Donc là, tu es pas encore KO, quoi.
Tu es même normal. Là, là, je suis plutôt même plus en forme que ce matin. Ça réveille, en fait, c'est un réveil musculaire donc ça donne de l'énergie.
Ça permet à la fois de se recentrer aussi parce que ça demande de la concentration, les pas et cetera. C'est plus ta tête qui gouverne ou cétait ton corps qui a des automatismes ? C'est un petit peu des deux mais il y a quand même beaucoup de cérébral dans ce qu'on fait.
Et juste sur l'entraînement, du coup, on en parlait vite fait, mais comment comment vous faites pour retenir aussi rapidement les on a l'impression que le professeur dit chasser dans détendu courri machin et puis vous vous l'avez quoi ? Bah, on dit qu'on n'utilise pas toutes nos capacités cérébrales. On dit l'être humain n'utilise pas.
Je pense que nous, on développe des capacités de mémoire visuelle qui sont en effet peut-être un peu extraordinaires. Et c'est vrai que moi ça me coûte absolument rien d'apprendre un pas euh parce que là les chorégraphies il vous les montre une fois vite fait et hop tout le monde la refait quoi. Oui, c'est ça.
C'est ça peut paraître certainement très impressionnant de l'extérieur. Nous c'est notre quotidien donc quand un chorégraphe vient et qui doit créer une nouvelle pièce, ça nous arrive souvent. Il faut être très réactif et très rapide et c'est pas toujours des pas classiques en plus.
Beaucoup de gens aussi qui faisaient avec les mains qui redessinent avec les mains. C'est joli. C'est ça paraît un peu Ça c'est pour s'économiser un peu.
On apprend à faire les pas avec les mains. Oui. Donc ça c'est brisé par exemple.
Ça c'est jeté battu, changement de pied. Après quand on est plus jeune, c'est ce qu'on nous conseille aussi un peu plus jeune, c'est de marquer avec les bras les positions et de pas trop faire. Ça c'est plus quand on est professionnel.
Donc du coup est-ce que tu peux nous dire où est-ce qu'on est là et pour quel pour quel entraînement cette fois ? Donc on va répéter euh thème et variation. Donc c'est un balai qu'on prépare avec Agnas le testu et là vous avez Paul Marc donc mon partenaire et donc c'est une soirée là qui va commencer la début octobre.
On est encore entre filage et détails. Voilà il y a c'est un balai qui est très exigeant techniquement. Combien il y a d'étoiles dans le balai actuellement ?
Il me semble, si je dis pas de bêtises, qu'on est huit femmes et cinq hommes. Donc c'est un peu le grade ultime, l'étoile. C'est ça.
C'est c'est le rêve de petites filles qui se transforme en réalité ou le rêve de petit garçon. [musique] Ça veut surtout dire pour nous en tant qu'artiste danser seul et accéder à faire du coup. Voilà.
Et accéder à des rôles qu'on ne peut pas avoir quand on est dans le corps de balai. Et du coup, il y a beaucoup de compétitions au sein du balai. Je dirait qu'il y en a pas plus qu'ailleurs.
Euh, c'est-à-dire que certes, c'est un système pyramidal, donc forcément tout le monde n'arrive pas à être étoile. En tout cas, je me suis rarement comparée aux autres. D'accord.
Donc, c'est pas une compétition malsine. Ça demande beaucoup de rigueur. Après, c'est euh moi je me sens libre en scène quand j'ai quand j'ai bien travaillé, quand je sais que c'est prêt, quand tout a été réfléchi, pensé, aménagé, approprié, digéré.
Donc toutes ces étapesl, elles sont indispensables dans le processus [musique] du spectacle vivant. Et finalement, je suis libre et je me sens à l'aise [musique] et je vis bien un spectacle quand je sais que j'ai mis toutes les chances de mon côté pour que le spectacle se passe bien. Et ça c'est l'un de mes endroits préférés.
Plus vous avez de la chance aujourd'hui, mais il y a plein de monde làbas. Ah ouais mais c'est magnifique. Voilà et ça permet d'accéder à un des studios.
Non, c'est un autre studio que j'aime beaucoup. Ouais, c'est sublime et qui est très beau. On a plus le droit d'aller sur les toits mais il y a une époque on avait le droit aussi de là se balader là sur les toit.
Sur les toits. Oui. Maintenant c'est un peu trop dangereux donc c'est l'accès [musique] interdit de tu as vécu l'âge d'or quoi.
C'est ça. [rires] Et du coup là juste à un moment tu disais là à la fin de à la fin de de la répétition que c'était plus c'était moins cardio et c'était plus légendes. Tu peux nous raconter un peu ce spectacle là ?
Alors, c'est très exigeant techniquement, même si on prend beaucoup de plaisir à le faire et là on répète seul et là on est encore dans le stade où finalement il faut qu'on arrive à récupérer physiquement pendant le balai parce que c'est un balai qui dure que 20 minutes mais qui est extrêmement endurant et à la fin quand on arrive à la coda, donc c'est le dernier morceau de brio avec tout le monde, on sent plus ses jambes. Donc voilà, il faut ça nous il va falloir encore un petit peu de l'entraînement et mais après une semaine comme ça la sportive comme ça, le weekend on peut pas faire de vélo avec ses petits neveux par exemple. J'en fais quand même. [rires] J'en fais quand même.
À côté de ce balai, tout est facile. Et ben justement, tu peux juste nous dire au prochain ton prochain entraînement là, donc c'est quel balet qu'on qu'on va aller ? On va aller dans un autre studio [musique] classe B avec Christopher Weldon donc qui est le chorégraphe de la dernière pièce de la soirée racine qui commence le 6 octobre.
Et donc vous allez voir, c'est complètement autre chose. J'ai plus de tutu, c'est des mouvements qui sont beaucoup plus contemporains. J'ai quand même les pointes au pied et vous allez voir, c'est du surmesure.
C'est rigolo parce qu'il y a un truc très presque un peu industriel aussi dans certains endroits et puis c'est vrai que voilà, on s'imagine que tout est comme les dorures qu'il y a dans l'espace public mais pas du tout. Ici c'est plus dans son jus si je puis dire. [rires] Donc voilà, mais on aime bien.
Enfin, ça a beaucoup de charme aussi je trouve. Et là, tu vas tous les combien du coup dans le secteur médical ? Oh bah là, je vais y aller juste après plusieurs fois par semaine.
Oui, plusieurs fois par semaine. Là, juste après les répétitions, je vais aller me faire masser et on va prendre soin de moi et ça va être super. [rires] J'ai hâte.
On en parlait tout à l'heure et on vient sur scène pendant pendant le spectacle pour te décerner le titre d'étoile. C'est un moment assez exceptionnel où on notre vie un peu défile en fait. C'est un moment où le directeur de la danse et le directeur général arrive sur le plateau à la fin d'un spectacle et décide à rideau ouvert, ça n'a pas toujours été le cas, mais donc devant le public, devant le public, voilà, de nommer un danseur ou une danseuse étoile.
C'est un peu comme les demandes en mariage au milieu de plein de gens, quoi. Il y a un truc très public. [rires] C'est une très belle surprise.
Donc oui, c'était c'était très émouvant. J'en ai pas dormi deux trois nuits après hein. Et ces années un peu d'insouciance où on n pas encore ce titre d'étoile euh elles sont belle aussi.
Je trouve dans chaque étape de la carrière, il y a des moments qui sont qui sont qui sont sympas. Alors troisème entraînement de la journée, comment on se sent ? On se sent fatigué. [rires] Tu vas manger quelque chose là ?
Oui oui, là je vais faire un vrai déjeuner parce que jusqu'à présent j'ai fait que de grignoter depuis ce matin. Donc là tu vas tu te fais masser, après tu rentres chez toi et la journée intense est terminée quoi. Exactement et après c'est la vie personnelle qui commence.
Tu rêves du balais. Est-ce que tu le revois dans la dans ta tête quand tu dors ? Alors je me souviens pas souvent de mes rêves.
Donc je saurais pas trop vous dire plutôt mes cauchemars. Je me souviens de mes cauchemars. C'est souvent lié au à la danse.
Oui. Je rate des entrées ou j'oublie mes pointes ou des choses comme ça. Ça ça m'arrive mais non.
Oui, certainement que je rêve de balai mais je pense pas que pas que de ça. Bon ben on te souhaite plein de bonnes choses pour les deux spectacles à venir. Alors merci beaucoup.
Alors il y a le galet d'ouverture qui a lieu très prochainement le 27 septembre et ensuite on commence les spectacles donc du programme Racine le 6 octobre à l'Opéra Basti. Voilà vous êtes chaleureusement invité. Merci beaucoup. [rires] Yeah.
Laurence Garnier