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interviewRMC — Face à Face· 2 juin 2026 20 min

Face à Face : Raphaël Glucksmann - 02/06

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Vous écoutez RMC, RMC jusqu'à 9h, Apolline Matin, face à face, Apolline de Malherbe. Vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour Raphaël Glucksmann. Bonjour. Merci de répondre à mes questions ce matin. Vous êtes député européen, vous êtes cofondateur de Place Publique, vous êtes presque candidat à l'élection présidentielle. Vous vous donnez trois mois, on va y revenir et vous publiez. Nous avons encore envie pour un sursaut patriotique. Je vous interroge là-dessus dans un instant, mais évidemment, je voudrais que vous nous disiez ce que vous avez pensé de ce qui s'est passé dans la nuit de samedi à dimanche.

Et au fond, je vais vous poser la même question que je posais hier un matin à Jordan Bardella qui était à ce même micro. Imaginons qu'on soit dans un an, même jour, même heure quasiment. Imaginons que vous ayez été élu président de la République mi-mai. Deux semaines après, il y a la finale de la Ligue des champions. Comment est-ce que vous feriez pour que ça se passe différemment ?

1:00
Raphaël Glucksmann

Déjà, je veux vous le dire, les casseurs qui sont une minorité, puisqu'il y avait quand même une liesse populaire avec des centaines de milliers de jeunes à travers la France qui ont fait la fête pour la victoire du PSG, de Louis-Henriquet, du collectif parisien. Les casseurs qui sont une minorité, il faut les sanctionner, il faut les arrêter, il faut les écarter. Et ils sont aujourd'hui un facteur qui nous empêche de nous réunir, de nous rassembler, de faire la fête. Et il n'y a aucune forme de laxisme à avoir contre ces casseurs. Par contre, il n'y a pas de baguette magique.

C'est-à-dire que ceux qui vont venir vous voir et qui vont vous dire, moi, avec moi à l'Elysée, et comme le font absolument tous les candidats à la présidentielle, eh bien, avec moi à l'Elysée, je sais comment je gérerai ces groupes. Tout cela, c'est, si vous voulez, de la propagande et de l'égotisme. Ce qu'il faut faire, c'est être intransigeant vis-à-vis des minorités qui perturbent la majorité qui veut faire la fête. Ce qu'il faut faire, c'est des comparutions immédiates comme la justice l'a fait.

Ce qu'il faut faire, c'est être capable, dans notre doctrine de maintien de l'ordre, d'anticiper ces groupes mobiles qui ne viennent pas pour faire la fête et qui viennent juste pour casser, cambrioler et empêcher les autres de faire la fête.

2:08
Présentateur

Donc, vous dites qu'il n'y a pas de baguette magique, mais vous avez une petite baguette magique quand même.

2:10
Raphaël Glucksmann

Enfin, vous dites quand même, moi, je pense qu'il faudrait faire ci et ci et ci. Il y a des actions à mener, mais plus largement, ce qu'il faut faire. Et c'est tout le débat qui va nous occuper pendant cette année qui vient. Ce qu'il faut faire, c'est refaire France. C'est faire en sorte qu'on ait à nouveau une politique d'intégration dans notre pays. Qu'on ait à nouveau une politique de l'autorité publique. Qu'on ait à nouveau la capacité à fabriquer un peuple en France. On est une société sous tension. On est une société qui s'archipélise. On est une société qui se divise, qui se fracture. Et tout l'enjeu, c'est de refonder la République française, de faire peuple à nouveau.

C'est ce que j'explore dans ce livre.

2:46
Présentateur

Vous voulez remettre la question du patriotisme, la question de l'amour de la France, la question du drapeau au cœur.

2:51
Raphaël Glucksmann

Et la question du service civique, la question d'appartenir à une nation. Quand des jeunes qui naissent à Trappes, des jeunes qui naissent dans le 7e arrondissement de Paris, des jeunes qui naissent en Picardie ne se croisent jamais à aucun moment de leur vie, sauf lors de matchs de foot, nous ne sommes plus un peuple. Et moi, ce que je veux, c'est que nous fassions à nouveau peuple ensemble, nous les Français.

3:11
Présentateur

Ça veut dire donc que Raphaël Glucksmann, vous êtes finalement assez d'accord avec Jordan Bardella, quand il dit qu'il y a un lien avec la question de l'immigration. Puisque vous avez répondu, il faut revoir l'intégration.

3:22
Raphaël Glucksmann

Oui, mais on est une société qui se désintègre. Mais Jordan Bardella, quand il parle de lien avec l'immigration, il a des statistiques. Il a des statistiques sur le nombre d'étrangers qui ont été arrêtés, sur le nombre d'immigrés. Ou alors, il considère quoi ? Qu'il a vu des Français noirs à la télé et qu'il en a déduit qu'ils étaient étrangers ? Il faut qu'il réponde. Parce qu'il n'y a pas de statistiques sur le nombre d'étrangers qui auraient été arrêtés par la police au moment des casses. Donc, quelle est la logique ? Il fait quoi, là, en réalité ?

3:48
Présentateur

Il fait quoi, pour vous ?

3:49
Raphaël Glucksmann

Il fait ce qu'on appelle du profiling. C'est-à-dire qu'il explique que ces jeunes ne sont pas Français. C'est ça. Parce qu'en fait, sinon, il n'y a pas de lien avec la politique migratoire actuelle de tel ou tel gouvernement.

3:58
Présentateur

Oui, mais pardon, Ravec-Luc Mancante, vous-même, vous dites comme une des premières réponses, il faut revoir l'intégration. Vous-même, entre eux, c'est une question quand même d'immigration.

4:06
Raphaël Glucksmann

Bien sûr, parce qu'on est une société...

4:08
Présentateur

C'est un peu hypocrite de votre part ?

4:10
Raphaël Glucksmann

Ah non, c'est absolument pas hypocrite. D'ailleurs, ce n'est pas ma marque de fabrique. Je suis plutôt sincère et direct. Donc, je dis ce que je pense face à vous. Et ce que je dis, c'est que oui, il y a des fractures dans notre société. Qu'on a pensé qu'une société ouverte comme la société française, qu'une république, c'était une chose naturelle. Et donc, on a tout laissé à l'abandon. En réalité, vous avez des quartiers où les services publics ne sont plus présents. On a supprimé le service militaire sans même se poser la question de à quoi servait ce service militaire. Quelle était sa fonction sociale intégratrice ?

On avait avant des structures collectives, type les grands partis politiques, les syndicats, qui intégraient en permanence. On devenait français. On devenait des citoyens français. Qu'on soit né ici ou qu'on ne soit pas né ici. Quelle que soit notre couleur de peau, quelles que soient nos origines.

4:56
Présentateur

Ça passe par quoi ? Ça passe par quel genre de faits concrets ? C'est-à-dire que là, je trouve qu'au fond, il n'y a pas grande différence entre ce que vous dites et ce que François Hollande disait quand il disait « il faut réenchanter le rêve français ». C'était déjà cette même logique. Il avait dit d'ailleurs, après Nicolas Sarkozy, « moi, je vais réconcilier la France ». C'est la même logique que ce que vous dites d'une France qui serait trop éparpillée, qui serait trop divisée. Mais ça passe par quoi concrètement ? Je veux dire au-delà du slogan.

5:18
Raphaël Glucksmann

Mais ça passe par des mesures extrêmement concrètes de soutien aux structures d'intégration. En fait, ce n'est pas juste un récit déjà. Ce qu'il faut, c'est que la gauche, et je me bats pour ça, se réapproprie le récit français, se réapproprie le récit patriotique, qui dise de manière très claire que nous sommes, nous, les patriotes. Et il faut qu'on puisse donc s'intégrer à un discours sur notre propre pays, qu'on dise ce que signifie être français. Mais derrière, c'est des structures intégratrices. Quand vous avez une société qui a abandonné par individualisme l'ensemble des structures qui permettait d'intégrer, évidemment, vous avez une crise de l'intégration.

Donc moi, ce que je veux, c'est un service civique obligatoire, universel, que tous les jeunes français, tous, quel que soit leur genre, toute une classe d'âge, quel que soit leur origine, garçons et filles, soient appelés à donner dix mois de leur vie à la collectivité. Ça veut dire qu'à un moment dans son existence, déjà on se rencontre, quel que soit son quartier d'origine, on forme une jeunesse française à partir de ces jeunesses françaises éparpillées, et on apprend à servir le commun, on apprend à servir notre pays. On va dans les EHPAD, on travaille sur la transition écologique, on va dans les écoles, on apprend à être citoyen.

En 1979, je suis la première année qui n'a pas fait le service militaire. Et ce que je dis, c'est que les élites françaises, quand elles ont décidé de supprimer le service militaire, elles n'ont même pas réfléchi à le remplacer par quelque chose. Elles ne se sont même pas posé la question de savoir si ça servait à quelque chose ou pas. Mais au service militaire, on croisait des gens qu'on ne croise pas naturellement dans sa vie. Il faut sortir chacun de son environnement immédiat.

6:54
Présentateur

Est-ce que ce n'est pas un peu nostalgique d'une France que l'on imagine plus qu'elle n'était ?

7:00
Raphaël Glucksmann

Ce n'est pas utopique, la République française. Une République, ce n'est pas naturel. C'est une construction politique, historique, sociale. On fait en sorte que chacun sorte de son environnement immédiat. Aujourd'hui, chacun vit dans son quartier. Personne ne se croise. Personne ne se connaît. On vit dans son individualité.

7:18
Présentateur

Mais pourtant, tous les hommes politiques que je reçois ici parlent de mixité sociale comme d'un idéal, comme d'un objectif. Ça passe par le logement. Ça passe par la question de l'école. Ça passe par la carte scolaire. Elle a été refaite. Elle a été revue précisément pour cela.

7:32
Raphaël Glucksmann

Tout le monde parle de mixité sociale. À l'école notamment. Tout le monde dit que l'école est une priorité. Vous savez ce qu'on est en train de faire ? On est en train d'organiser une concurrence déloyale contre l'école de la République, l'école publique. Pourquoi ? Parce qu'on subventionne l'école privée sans imposer la moindre conditionnalité sociale. Aujourd'hui, vous avez dans les collèges publics 43% des enfants qui viennent de milieux défavorisés. Dans les collèges privés, c'est 18%. Et la séparation entre les deux, la différence entre les deux, ne cesse de s'accroître. Pourquoi ?

Parce qu'avant, les parents, ils voulaient mettre leurs enfants dans une école privée parce qu'ils avaient une conviction religieuse. Par exemple, c'était l'école catholique. Aujourd'hui, c'est pour échapper à l'école publique qu'on choisit le privé. Moi, je ne blâme pas les parents. Ce que je blâme, c'est l'absence de politique pour faire de l'école publique un lieu d'excellence, pour redresser cette école publique. Et pour faire cela, il faut arrêter d'organiser la concurrence déloyale et donc imposer des conditionnalités aux écoles, des conditionnalités de mixité sociale, aux écoles privées qui reçoivent les subventions de l'État.

8:31
Présentateur

Est-ce qu'il ne faut pas supprimer carrément les écoles privées ? Certains le disent. J'avais reçu Manuel Bompard qui, à un moment, disait « Je ne le ferai pas immédiatement,

8:37
Raphaël Glucksmann

mais ça pourrait être son objectif. » Non, c'est relancer la guerre scolaire, c'est fracturer à nouveau la société. Non, moi, ce que je veux, c'est l'égalité de traitement. Ce que je veux, c'est qu'on arrête de maltraiter l'école publique. Ce que je veux, c'est qu'on arrête aussi d'avoir les professeurs, les enseignants les plus mal payés d'Europe. Vous vous rendez compte qu'aujourd'hui, un enseignant français en primaire, eh bien, il est payé 17% de moins que la moyenne de l'Union européenne et de l'OCDE et qu'il est moins payé que son collègue slovéne ou son collègue portugais en valeur absolue. On a décidé de dévaloriser le métier d'enseignant. On a décidé de dévaloriser l'école publique.

Et le résultat de ça, c'est une crise. Et en plus, on ajoute, sur les épaules de l'école publique qui est déjà mal traitée, eh bien, l'ensemble des crises de la société. Parce qu'à l'époque de la Troisième République, il y avait l'école publique, mais il y avait aussi les ligues d'enseignement, les partis de masse, les syndicats, la conscription.

9:24
Présentateur

En fait, vous voulez revenir à cette France de la Troisième République ?

9:26
Raphaël Glucksmann

Non, je ne veux pas revenir à cette France de la Troisième République. Je suis très heureux de vivre au XXIe siècle. Mais ce que je veux, c'est qu'on retrouve l'esprit fondateur de notre République. Nous sommes la France. On a un destin particulier. On a créé une société singulière. Et ce que je veux, c'est qu'on retrouve cet esprit, qu'on ait à nouveau envie d'être fier d'être français, d'être fier d'être républicain, d'être fier d'être démocrate.

9:46
Présentateur

On va en venir à votre livre. Alors, je vous pose la question, puisque vous parlez de l'école, vos enfants, ils sont à l'école publique ?

9:52
Raphaël Glucksmann

Ils sont à l'école publique. J'étais à l'école publique. Mes fils sont à l'école publique. Et je suis extrêmement attaché.

9:57
Présentateur

Et c'est pour vous une fierté ?

9:57
Raphaël Glucksmann

Moi, je suis amoureux de l'école publique. Je suis amoureux de cette nation, la République française, qui a décidé, par exemple, de remplacer les cours de théologie au lycée par les cours de philosophie. Vous savez, dans ma famille, avec mon père, par exemple, chaque année, quand il y avait le bac, on s'asseyait et on repassait le bac. Pourquoi ? Parce que c'était notre levée de drapeau à nous. Oui, on prenait les sujets de philo et on les faisait.

10:20
Présentateur

Vous aviez un père philosophe aussi.

10:21
Raphaël Glucksmann

Oui, mais j'ai eu cette chance incroyable. Mais ce que je veux dire, c'est que c'est extraordinaire ce qu'a fait l'école de notre pays. C'est la fabrique de la France. Et le fait qu'on ait abandonné dans nos politiques publiques, l'école, signe qu'on a abandonné l'avenir du pays.

10:34
Présentateur

Je suis frappée par une forme un peu d'idéalisme. Mais allons-y.

10:37
Raphaël Glucksmann

Mais non, c'est au contraire très pragmatique. Quand vous avez des élèves qui vont au collège, dans les Deux-Sèvres, à Matines-en-Gazière, qui vont au collège en doudoune parce qu'il fait 12 degrés dans les classes, elle est où la République ? C'est très concret. Et aujourd'hui, quand ils sont dans des fours à micro-ondes que sont devenus les salles de classe, pourquoi ? Parce que nous avons la canicule et parce que nous n'avons pas rénové thermiquement les établissements scolaires. Quand vous avez 30% du bâti scolaire qui est délabré dans notre pays, c'est très concret au contraire.

Et la manière dont je vais relever l'école publique sera extrêmement concrète et on enverra le bénéfice pour l'ensemble de la société parce qu'on fabriquera à nouveau de la citoyenneté dans notre pays.

11:12
Présentateur

Nous avons encore envie, c'est le titre de votre livre, et j'avoue, je ne comprends pas ce titre.

11:17
Raphaël Glucksmann

Ah bon ?

11:17
Présentateur

C'est qui nous et vous avez envie de quoi ?

11:20
Raphaël Glucksmann

Nous, c'est les Françaises et les Français qui ont encore envie de liberté, d'égalité, de fraternité, du destin singulier de notre nation, de notre capacité à être souverain, à être indépendant, à ne pas devenir une colonie américaine, à ne pas devenir une colonie chinoise ou un dépotoir pour produits industriels chinois.

11:35
Présentateur

Mais les Français, ils ont envie de quoi ?

11:36
Raphaël Glucksmann

Ils ont envie d'un pays libre. Ils ont envie de renouer avec le destin de leur nation. Moi, c'était une question qui me tenaillait les tripes qui me...

11:44
Présentateur

Oui, vous le dites. Et d'ailleurs, vous le dites depuis, en gros, votre arrivée à Sciences Po, vous racontez

11:49
Raphaël Glucksmann

le moment de vos études. Qu'ont sacrifié nos usines, qu'ont sacrifié nos capacités productives, qu'ont sacrifié notre indépendance, qu'ont sacrifié notre souveraineté depuis plus de 40 ans. Et donc, je me pose une question simple, c'est est-ce qu'on a encore envie ?

12:02
Présentateur

Mais pourquoi vous n'avez pas dit j'ai encore envie ?

12:04
Raphaël Glucksmann

Parce que je pense que c'est une aventure collective que la vraie question, c'est est-ce que les Françaises et les Français ont encore envie ? Et moi, ce que je vois partout... Mais on a l'impression que vous avez du mal avec le jeu. Non, je vais vous parler du jeu sans aucun problème. Et de toute façon, vous êtes entourés et vous les recevez tous les jours de gens qui disent absolument tout le temps. Je suis fasciné par une chose en ce moment, si vous me le permettez. C'est les anciens premiers ministres d'Emmanuel Macron qui viennent et qui disent je, je, je. Expliquez-moi la différence entre Gabriel Attal et Edouard Philippe.

Franchement, je pense que les électeurs macronistes sont très perdus. Et qui disent je, je, je et qui font semblant en plus de ne pas connaître Emmanuel Macron. C'est-à-dire que c'est littéralement hallucinant. Moi, j'écoute vos entretiens. Quand ils viennent chez vous, ils vous expliquent qu'ils n'ont jamais rencontré Emmanuel Macron. Ils ont été premiers ministres d'Emmanuel Macron. C'est un peu comme des ministres de Louis XVI qui, en 1789, se transforment soudainement en révolutionnaire. Ils promettent tous une rupture incroyable. Une rupture par rapport à quoi ? Une rupture par rapport aux dix années où ils avaient le pouvoir.

12:54
Présentateur

Donc, pour vous, ils ne sont pas crédibles. Vous seriez, vous, le candidat. J'ai quand même regardé. Vous dites je me donne trois mois. Mais dans trois mois, sur quels critères vous déciderez ?

13:05
Raphaël Glucksmann

Déjà, je me donne trois mois pour proposer et dialoguer avec les Français autour de ce nouveau contrat patriotique. Parce qu'il faut refonder la France, la reconstruire, la réparer. Je me donne trois mois pour rassembler mon espace politique. Parce que je suis convaincu que la gauche démocratique et républicaine... Mais il va de où à où ?

13:22
Présentateur

Par exemple, justement, est-ce que vous estimez que les électeurs de Gabriel Attal ou d'Edouard Philippe sont les mêmes que les vôtres ?

13:28
Raphaël Glucksmann

Non. Ce que je dis... Déjà, je dis que tous les électeurs sont bienvenus pour nous rejoindre dans ce cadre de la gauche républicaine et démocratique. Mais ce que je dis, c'est que cet espace-là, cet espace de la gauche républicaine est le seul qui pourra battre l'extrême droite en 2027. J'en suis convaincu. Parce que je sais que les Françaises et les Français veulent du changement. Qu'ils ne veulent pas repartir avec les mêmes ministres que depuis dix ans pour faire les mêmes politiques.

13:51
Présentateur

Il y a un sondage ce matin.

13:53
Raphaël Glucksmann

Ils ne veulent pas non plus d'un match entre les extrêmes. Ils ne veulent pas de ce duel entre Mélenchon et Bardella qui essaye de faire monter cette petite musique. Moi, ce que je dis, c'est qu'entre Mélenchon et Bardella, il n'y a pas rien, contrairement à ce qu'il nous explique. Il y a même l'essentiel. Il y a la République. Il y a la démocratie. Et que nous allons garder cela.

14:09
Présentateur

Entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, en tout cas dans les sondages, je regarde le dernier, celui qui a été publié par Le Parisien aujourd'hui en France ce matin. Jean-Luc Mélenchon est à un niveau élevé. Le seul scénario dans lequel vous seriez plus haut que lui à gauche, c'est le cas où Édouard Philippe ne serait pas candidat. Dans ce cas, vous, vous êtes à 14% d'intention de vote. Jean-Luc Mélenchon, Jean-Luc Mélenchon, 13% et Gabriel Attal, lui, à 14,5%. Jordan Bardella,

14:37
Raphaël Glucksmann

35%. Moi, je ne fais pas semblant. Je lis les sondages. Il y a des politiques qui arrivent et qui disent non, non, les sondages, ça ne m'intéresse pas. Moi, mon oeil. Donc, moi, ce que je fais, c'est que je lis les sondages. Et l'autre hypothèse, c'est celle où il y a Édouard Philippe qui est candidat pour le bloc macroniste. Eh bien, dans ce cas, je suis à 13% et Jean-Luc Mélenchon est à 13%. Donc, ce que ça veut dire, c'est que lui a déjà commencé sa campagne et que nous, nous sommes à égalité ou devant.

Et la vérité, c'est que la dernière fois qu'il y a eu une confrontation avec la France insoumise dans une élection nationale, nous les avons pliées et nous les plierons à nouveau parce qu'une écrasante majorité des électrices et des électeurs de gauche ne veulent pas de cette fracturation permanente de la société. Ils veulent une gauche démocratique et républicaine. Et par ailleurs, ils savent aussi pertinemment qu'envoyer Jean-Luc Mélenchon au deuxième tour, eh bien, c'est assurer la victoire de l'extrême droite et qu'aujourd'hui,

15:22
Présentateur

si vous vous retrouvez avec Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, vous faites quoi ?

15:25
Raphaël Glucksmann

Mais je ne me retrouverai pas avec Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen.

15:28
Présentateur

Est-ce que vous les mettez sur un pied d'égalité ? Est-ce qu'on mette un signe égal ? Ou est-ce que la menace, ça reste... J'ai lu votre livre, vous ciblez la menace, ça reste l'extrême droite.

15:38
Raphaël Glucksmann

Mais la menace...

15:39
Présentateur

Vous dites qu'ils ne peuvent pas arriver, on ne peut pas les laisser arriver. Jordan Bordellard, Marine Le Pen, c'est pas possible.

15:42
Raphaël Glucksmann

Mais la menace, aujourd'hui, de prise du pouvoir, c'est celle de l'extrême droite. C'est l'extrême droite qui menace de prendre le pouvoir à Jean-Luc Mélenchon. Il n'y a aucun scénario où il est le président de la République. Donc moi, ce que je vous dis, c'est une chose très simple. La menace principale, c'est l'extrême droite. Et nous serons là pour la battre. Mais par contre, par contre, il y a quelque chose qu'il faut vraiment comprendre et qu'Emmanuel Macron a déjà complètement délégitimé. C'est qu'une élection ne peut pas se jouer simplement sur un barrage. Il va falloir faire plus que de dire « Ne faites pas les imbéciles, ne votez pas à l'extrême droite, c'est dangereux.

» Il va falloir même faire plus que d'expliquer ce qui est vrai, que ce sont des patriotes de pacotille au service de Trump et de Poutine. Il va falloir faire plus que cela. Il va falloir réciter...

16:19
Présentateur

Il faut aussi leur prendre le drapeau.

16:20
Raphaël Glucksmann

Il va falloir réciter une envie, une envie dans la société française.

16:24
Présentateur

Nous avons encore envie. Une question, vous l'avez suivie, j'imagine, et en particulier parce que justement la question de l'Ukraine et de la Russie vous est chère. Xenia Fedorova, qui est donc journaliste sur CNews, s'est vu renouveler sa confiance de la part du Média, mais elle a aussi, on l'a vu, obtenu un titre de séjour de 10 ans alors que Russia Today, qu'elle dirigeait initialement, avait été fermée en 2024. Elle est aujourd'hui vilipendée, y compris par le ministre des Affaires étrangères français. Est-ce que pour vous, Xenia Fedorova, peut encore avoir ce titre de séjour ? Est-ce que la France doit le lui retirer ?

17:05
Raphaël Glucksmann

Comment l'a-t-elle obtenu ce titre de 10 ans quand on sait la difficulté que c'est généralement d'obtenir un tel titre de séjour ? Comment l'a-t-elle obtenu après le début de la guerre en Ukraine ? C'est-à-dire qu'elle l'a obtenue deux ans après le début de la guerre en Ukraine alors même qu'elle était la propagandiste de Poutine qui menace l'ensemble du continent européen ? Mais au-delà de ça, ce que ça montre...

17:26
Présentateur

Mais pardon, quand vous dites ça, ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'il faut trouver qui a à un moment validé ce titre de séjour et qui a une forme de responsabilité ?

17:32
Raphaël Glucksmann

Que le gouvernement s'explique parce qu'une propagandiste anti-française ils disent c'est automatique, on ne sait pas... Dans la carte de 10 ans qui obtient une carte de 10 ans ainsi, eh bien ça pose problème. Mais au-delà de ça, ce que ça montre,

17:44
Présentateur

c'est qu'en fait... Mais est-ce qu'il faut que ce titre de séjour lui soit retiré désormais ?

17:48
Raphaël Glucksmann

Mais ça, c'est M. Nounies qui doit prendre ses responsabilités. Maintenant, ce que ça montre, c'est quand même que tous ces gens à l'extrême droite, chez M. Bolloré, qui font profession de patriotisme H24, tous ces gens sont des patriotes de pacotilles qui ouvrent leurs micros, qui ouvrent leurs médias sans contradiction à une propagandiste russe anti-française qui passe son temps à battre la coupe des Français. Et moi, je vous le dis, en réalité, la Russie n'est pas une menace pour l'Ukraine, simplement. C'est une menace pour la France, pour l'ensemble de l'Europe.

Moi, j'ai été président de la commission spéciale sur les ingérences étrangères et les Russes mènent des opérations de déstabilisation permanentes dans notre propre pays.

18:29
Présentateur

Elle en est un dévisage pour vous ?

18:31
Raphaël Glucksmann

Elle est un dévisage de ces opérations d'influence russe dans notre pays. Et ces patriotes de pacotilles de l'extrême droite qui, en permanence, décerne des brevets de « est-ce que vous êtes pro-français ou pas ? », en réalité, ils votent toujours barder là au Parlement européen contre les intérêts de la France, contre la défense européenne, contre l'industrie française, contre, à l'Assemblée nationale, Marine Le Pen. Elle vote même contre la taxe sur les petits colis de Chine. C'est-à-dire cette entreprise chinoise qui est en train de ratiboiser la production française et qui est en train de ratiboiser aussi petits commerces dans les villes moyennes françaises.

Donc, en fait, ils votent contre les intérêts français. Ils sont au service de Donald Trump et de Vladimir Poutine. Éric Zemmour hier

19:11
Présentateur

dit que vous êtes un agent de Kiev.

19:14
Raphaël Glucksmann

Mais moi, je suis un agent de la France. Je suis un patriote français et je veux servir les intérêts de mon pays. Et Éric Zemmour, lui, est au service de son idéologie et traditionnellement, cette extrême droite préférera toujours son idéologie aux intérêts nationaux français. Et donc, les vrais patriotes, ce sont nous. Il faut leur reprendre le drapeau tricolore. Il faut délégitimer leur prétention à incarner la France. Nous sommes les patriotes et eux, ce sont des xénophobes et des idéologues.

19:41
Présentateur

Merci Raphaël Glucksmann d'avoir répondu à mes questions. 8h48 sur AMC. Merci à vous. Mtv. Mtv.

Face à Face : Raphaël Glucksmann - 02/06 — Raphaël Glucksmann · Pourquijevote