« Proposer la démission du Président de la République ce n'est pas affaiblir la fonction. »
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
– Bonsoir Edouard Philippe. – Bonsoir Madame Roux. – Merci d'avoir accepté cette invitation, votre parole est rare et elle est attendue dans cette période de confusion politique. Vous défendez, Edouard Philippe, la retraite à 65 ans, même 67 ans, depuis des années au nom des finances publiques. Sébastien Lecornu a suspendu la réforme des retraites pour éviter la censure, s'alignant donc sur la position du Parti Socialiste. Vos députés n'ont pas voté la censure, quelle est la cohérence ?
– Allez, Total, pourquoi voudriez-vous que les députés Horizon, qui ne sont pas mes députés, ils ont été élus par le peuple français, ils sont autonomes, mais pourquoi voudriez-vous que les députés Horizon, qui ne sont d'accord sur rien avec LFI ou le RN, s'agissant des retraites et même probablement s'agissant du budget, mêlent leur voix à deux formations politiques qui veulent toutes deux rétablir l'âge légal de départ à la retraite à 62 ans, voire parfois, si j'en crois Madame Le Pen, à 60 ans. – Il n'y a aucune cohérence à voter avec eux. On peut dans une démocratie s'opposer à une mesure, et je crois qu'il faut s'y opposer sans aller jusqu'à censurer un gouvernement.
– Alors, Christelle Morancet, qui est vice-présidente de votre parti, elle, elle a appelé à la censure, elle considère qu'abandonner cette réforme, c'est une faute. Trois ministres d'Horizon sont entrés au gouvernement, alors que vous n'en vouliez aucun. On a du mal dans cette période de confusion, et ce n'est pas uniquement le cas dans votre parti, c'est le cas également chez les LR, on sent bien qu'il y a un trouble. Quelle est votre ligne ?
– Je crois qu'elle est assez claire, Madame Roux. Alors, vous posez beaucoup de questions. Sur les retraites, je vous ai dit ce qu'il en était. Le Premier ministre a choisi de faire une concession, une concession très importante au Parti Socialiste, en suspendant cette réforme des retraites.
– Trop importante, c'est ce que vous pensez ?
– À mes yeux, elle est trop importante, et vous savez, vous avez eu l'honnêteté de rappeler combien je suis convaincu que nous allons devoir collectivement travailler plus longtemps si nous voulons sauver notre système de retraite. Je ne vais pas changer d'avis, je sais que ce n'est pas populaire, je sais que les Français n'ont pas très envie d'entendre ça, mais reconnaissez avec moi que dire quelque chose lorsqu'on sait que ce n'est pas populaire, mais parce qu'on pense que c'est vrai, ça peut avoir un peu de valeur et un peu de crédit.
– Ça peut être suicidaire, on l'a vu aussi avec François.
– Les députés Horizon sont convaincus de cela. Bon, on ne va pas mélanger nos voix des gens qui sont convaincus de l'inverse, ça c'est la première chose. La deuxième chose, c'est que nous allons dans le débat budgétaire qui vient de commencer, et que nous appelions de nos voeux, porter nos idées et contester cette suspension, nous voterons contre cette suspension. Dès lors que les mesures qui seront proposées et débattues nous paraîtront aller dans le mauvais sens, nous les combattrons, comme doivent le faire les parlementaires dans un hémicycle, et ça me paraît parfaitement naturel.
Vous avez au sein du parti politique que je préside, des élus, des citoyens qui ont des avis et qui les formulent. Ne comptez jamais sur moi pour contester à telle présidente de région, en l'occurrence Christelle Morancé, de dire ce qu'elle pense, ce qu'elle croit. C'est plutôt très bien, ne comptez pas sur moi pour exclure des gens parce qu'ils ne seraient pas d'accord avec la ligne qu'on vient d'évoquer. Regardez la cohérence de notre action. Nous avons, chez Horizon, voté la confiance à François Béroud, unanimement. Et nous avons, s'agissant de cette motion de censure, refusé de la voter unanimement.
Au nom de la stabilité politique ?
Au nom du refus de la politique du pire, et avec l'idée simple que dès lors qu'il va y avoir un débat budgétaire, on peut, à l'intérieur de ce débat budgétaire, lutter contre telle ou telle position. Et je redis combien il nous semble que cette suspension de la réforme des retraites, qui peut sembler accessoire à beaucoup de gens, dont on peut se dire qu'au fond, on n'est pas si pressé, et puis d'ailleurs que cette réforme, elle était très impopulaire. Mais moi, je prétends que nous sommes en train de nous raconter des carabistouilles. Nous sommes en train de nous mentir. J'ai publié au mois de juin un petit livre qui s'appelle...
Le prix de nos mensonges.
Merci de le citer, Le prix de nos mensonges. Et dans ce livre, j'explique que la démographie, c'est-à-dire l'évolution de la population, le fait que nous vieillissons, le fait que nous faisons de moins en moins d'enfants, condamne notre système par répartition. Et ce qui est vrai en France, c'est d'ailleurs... est vrai partout en Europe, c'est vrai en Italie, c'est vrai en Espagne. Dans tous les autres pays d'Europe, une des réponses, en fait la réponse essentielle qui a été apportée à ce vieillissement démographique, c'est le fait de travailler plus longtemps. 67 ans en Italie. C'est très à droite l'Italie. 67 ans en Espagne. C'est très à gauche l'Espagne.
67 ans en Allemagne, où la gauche et la droite se sont entendus sur la nécessité de travailler plus longtemps. Moi, je dis très simplement, on peut continuer à se raconter des histoires. Vous pouvez très bien avoir envie d'entendre des leaders politiques qui vous disent « Mais non, ne vous inquiétez pas, nous allons revenir à 62, et puis d'ailleurs, pourquoi pas à 60 ? » Ces gens-là continuent les mensonges qui nous font du mal. Et ces gens-là augmentent le prix que nous tous allons devoir payer le moment venu.
Et donc, Sébastien Lecornu, il a eu raison de faire ce compromis-là. Après ce que vous venez de dire, je rajoute deux chiffres, 3 400 milliards de dettes, 170 milliards de déficits.
Il a fait cette concession pour pouvoir engager la discussion du budget. Et je vous ai dit qu'à mon avis, c'était une concession qui allait trop loin et que nous allions donc, dans le cadre du débat parlementaire, lutter contre cette idée, voter contre et essayer de faire en sorte que nous regardions la réalité en face. Et la réalité en face, c'est le vieillissement de notre pays. C'est donc un déséquilibre croissant sur notre système de retraite.
Il y a d'autres mesures que vous contestez ? Par exemple, ce budget prévoit une augmentation de 14 milliards d'impôts. Ça, ça fait partie de vos lignes rouges ?
Chez Horizon, on a les idées assez claires. On aimerait qu'il y ait moins d'impôts, moins de déficits. On aimerait que l'argent public serve à investir dans des domaines qui sont essentiels pour préparer la puissance de la France demain. L'école, par exemple, les dépenses d'innovation. On veut, je l'ai dit, réduire le déficit, garantir l'ordre dans nos comptes. Enfin, l'ordre dans la rue. Ça me paraît indispensable si on veut pouvoir prospérer. Et donc, nous allons nous battre sur tous ces points à chaque fois qu'ils seront discutés. Lorsque des propositions iront dans le bon sens, on les votera. Nous proposerons des amendements.
Et lorsque nous aurons le sentiment que les propositions qui sont faites par le gouvernement ou par les autres parlementaires affaiblissent le pays, eh bien, nous votons contre.
Est-ce que vous pouvez imaginer, dans certaines circonstances, justement parce que ce budget ne ressemblerait pas aux convictions que vous défendez ce soir, voter la censure ?
Voter la censure, on ne vote pas la censure quand on n'est pas d'accord. Vous pouvez être en désaccord et lutter. On vote la censure quand quelque chose d'essentiel est en jeu. Lorsqu'après la discussion, quelque chose est essentiel, je m'inscris dans le cadre de cette discussion. Les Français, je suis maire du Havre, comme vous le savez, je me promène beaucoup au Havre, je passe beaucoup de temps dans la ville, j'écoute ce que me disent les gens. Ils sont consternés par le spectacle que nous donnons. Ils ne sont pas simplement consternés, ils sont inquiets, ils sont tristes, ils sont déçus parfois. Ils nous disent quoi ?
Ils nous disent « Entendez-vous, discutez, acceptez l'idée de vous mettre d'accord puisque vous êtes les représentants du peuple. »
Est-ce qu'ils vous disent « Reniez vos convictions » ?
Jamais. Jamais. Ils nous disent « Entendez-nous » et je n'ai pas le sentiment de renier mes convictions.
Est-ce que vous pensez que ce débat budgétaire peut aboutir, 149-3, avec une assemblée qui ressemble à un chaudron, avec des partis politiques qui sont morcelés, en 70 jours ?
Je n'en suis pas sûr. Renoncer au 149-3, c'est un pari risqué. Et ce que je constate, c'est qu'il y a souvent au Parlement français une majorité de gens qui s'entendent pour dépenser beaucoup plus. Et donc, je ne suis pas optimiste sur la capacité des parlementaires à s'accorder sur un budget qui serait un budget sérieux, qui serait un budget qui n'aggraverait pas la situation financière du pays. J'observe que la France est engagée normalement sur un déficit de 4,7% du PIB. J'observe qu'une des premières choses qui a été évoquée, c'est qu'on n'allait pas tenir ce 4,7%, mais plutôt aller jusqu'à 4,9%. Ça veut dire quoi ?
Ça veut dire qu'on rend la situation encore plus dure pour les Français de demain, encore plus dure pour nos enfants. Et je ne trouve pas ça satisfaisant et je ne l'accepte pas.
Alors, le titre de cette émission ce soir, c'est « Est-ce qu'on a tout essayé au fond pour résoudre la crise politique ? » C'est le titre de cette émission. Votre solution, vous, c'est une élection présidentielle anticipée face à cette instabilité, alors même qu'aucune grande réforme n'est possible pendant les 18 mois restants. Vous avez appelé, et ça a été, ça fait l'objet de beaucoup de commentaires, on va y revenir, vous avez appelé à la démission anticipée du président. Le chef de l'État vous a répondu, en quelque sorte, en arrivant en Égypte. Cette semaine, on va l'écouter.
Le devoir de tous, c'est d'oeuvrer à la stabilité. Ce n'est pas de faire des paris sur l'instabilité. J'ai vu beaucoup de propos qui n'ont pas été à la hauteur des événements, et je demande à tout le monde de se ressaisir. Je souhaite que le pays puisse avancer dans l'apaisement, la stabilité, l'exigence et le service des Français, avec beaucoup de respect entre les forces collègues. Moi, j'assure la continuité, la stabilité, je continuerai de le faire. Voilà. Est-ce que ça valait parce que vous qui étiez hier, vous en se soutient, vous voir, c'est votre ministre.
Bon, il vous répond, elle vous dit, il est encore aujourd'hui le gardien de la stabilité des institutions.
Je n'ai pas de querelle avec Emmanuel Macron, Madame Roux. Il y a des gens qui le détestent, ce n'est pas mon cas. Je travaillais trois ans avec lui lorsque j'étais Premier ministre. Il est venu me chercher, je ne me suis pas roulé par terre pour qu'il me nomme. J'étais maire du Havre, j'étais député, et pendant trois ans, j'ai essayé de mettre en œuvre les engagements qu'il avait pris devant les Français. Je l'ai fait loyalement. Au bout de trois ans et trois mois, il a décidé qu'il était temps pour moi de partir et il m'a convédié. Je ne me suis pas roulé par terre pour rester et j'ai recommencé mon mandat au Havre.
J'ai créé mon parti, il n'était pas favorable, j'ai voulu avoir des élus en 2022, il n'était pas favorable et j'ai fait sa campagne en 2022 et j'ai toujours dit ce que je pensais de façon très loyale. Je n'ai jamais révélé le contenu de nos discussions et je considère que ça n'a pas à être fait. Mais qu'est-ce qu'on assiste ? À quoi assiste-t-on depuis 2024 ? On a une situation dans laquelle le président a choisi tout seul, souverainement, de faire usage d'un pouvoir constitutionnel qui lui est réservé, celui de dissoudre l'Assemblée nationale.
Il ne l'a pas fait pour résoudre une crise, il ne l'a pas fait parce qu'il y avait un désaccord avec l'Assemblée, il l'a fait, nous a-t-il dit après, pour obtenir une clarification. Or, qu'avons-nous obtenu en fait de clarification ? Une Assemblée ingouvernable, éclatée en trois pôles, une absence totale de transformation des choses...
C'est sa responsabilité ça ? C'est le choix des Français ?
Si vous m'autorisez, je voudrais terminer ce que je suis en train de vous dire. Des politiques publiques qui n'avancent plus, des réformes nécessaires qui ne sont pas faites. Je vous ai dit que j'étais maire du Havre, il n'y a plus aucun projet d'investissement industriel au Havre en ce moment. Ils sont tous sur pause ou ils vont tous se faire ailleurs. Ce qui m'angoisse terriblement pour l'avenir de ma ville ou pour l'avenir de ceux qui y travaillent. Il se trouve qu'en décidant de dissoudre, le président de la République a fait un pari. Il est audacieux, il aime faire des paris.
Redonner la parole au français, pardon, je me permets juste...
Redonner la parole au français, bien sûr, pour obtenir une clarification. Eh bien, lorsqu'il a fait cela, il s'est exposé, parce qu'il a pris un risque, à un résultat qui ne clarifie rien du tout et qui ne permet plus rien du tout. Moi, je ne suis pas du tout pour qu'il démissionne demain matin, ce serait désastreux. Je ne suis pas du tout pour qu'il démissionne parce qu'il serait impopulaire. Les présidents populaires,
on l'a connu.
Bon, je n'ai jamais appelé à leur démission. Ce n'est pas du tout parce qu'il est impopulaire qu'il devrait, à mon avis, penser à un départ ordonné. C'est parce que plus rien ne peut se faire aujourd'hui et que plus rien ne se fait. Et donc, il me semble, comme il est le chef de l'État, comme il a été investi par les Français d'une responsabilité exceptionnellement lourde et difficile, qu'il devrait, peut-être en prenant exemple sur des prédécesseurs, et notamment le général de Gaulle, essayer d'organiser un départ qui nous évite pendant 18 mois de continuer à vivre dans cette situation de blocage, d'instabilité, d'indétermination.
Donc, pardon, Madame Roux, ça n'est pas simplement une crise politique à l'Assemblée nationale à laquelle nous assistons. C'est une crise très profonde sur l'autorité de l'État, sur la légitimité des institutions. Et il me semble que le chef de l'État a une responsabilité éminente de garant des institutions.
J'aimerais que vous en parliez avec Anne-Charlène Bézina.
Avec plaisir.
Qui va nous rejoindre. Anne-Charlène qui est constitutionnaliste et qui veut vous parler au fond de l'affaiblissement. Bonsoir Anne-Charlène. Merci de nous rejoindre. De l'affaiblissement de la fonction présidentielle. Oui. Alors, la première question que j'aurais à vous poser c'est peut-être celle de la faisabilité juridique d'une hypothèse que vous avez mise sur la table qui est celle d'une démission anticipée. Alors, comme vous l'avez dit, on est dans une épreuve de vérité et je pense précisément que...
Par définition, une démission s'est anticipée.
Alors, la campagne est anticipée de 35 jours seulement. Sauf que cette idée de faire une campagne en deux temps en se disant qu'on annonce qu'on va démissionner, je pense que c'est important de dire que ça n'a pas de réalité juridique étant donné qu'on ne peut pas le financer, on ne peut pas savoir qui seront les candidats et je pense qu'on rond complètement le dogme de l'égalité républicaine sur lequel notre campagne est assise. Donc moi, je me dis comment est-ce qu'on peut finalement dire aux Français qu'on va clarifier les choses en leur donnant seulement 35 jours pour délibérer ?
Je suis d'accord avec vous. Si le président démissionne, vous avez parfaitement raison, la campagne officielle dure 35 jours. Mais peut-être pourrez-vous reconnaître avec moi que si le président de la République décide de donner le moment où il annoncera sa décision, un certain nombre d'éléments dans le débat public, sachant que l'élection présidentielle aura lieu, peuvent être débattus, peuvent être discutés dans le débat public.
Sans aucun cadre ? Sans aucune égalité ? Sans aucune candidature véritablement affirmée ? Est-ce que c'est vraiment ça qu'on pourrait... Ça se passera
dans le délai constitutionnel qui est prévu de 35 jours. Mais enfin, on pourra commencer avant. Pardon, Madame, mais lorsqu'en 1969, le président de la République choisit de démissionner, général de Gaulle, on va me dire autre temps, je ne crois pas que le général de Gaulle soit véritablement suspect d'avoir voulu miner la solidité des institutions. Il dit très en avant du référendum qu'il organise que s'il n'obtient pas la majorité, il quittera immédiatement ses fonctions. Ce qui veut dire que chacun sait que s'il n'obtient pas la majorité, il y aura une élection présidentielle. Vous en convenez ?
Sauf que la campagne qu'il fait est une campagne référendaire. Mais justement, parlons de l'affaiblissement de la fonction.
Est-ce que précisément, alors que vous l'avez dit suffisamment tôt, vous entendez justement être candidat à cette élection suprême comme on le dit dans l'histoire de la 5e, est-ce que précisément on ne peut pas se dire qu'à partir du moment où on va commencer à raccourcir les mandats, le mandat c'est le mantra de la démocratie représentative, est-ce que cette idée d'atteindre le dernier des mandats qui tient encore qui est celui du président de la République, en le raccourcissant, alors vous l'avez dit, pas nécessairement pour une crise de légitimité mais pour une crise de l'État, mais est-ce que ce n'est pas la même chose ?
La démission de 69, c'est une démission choisie et pas une démission provoquée par les oppositions.
Vous avez raison, mais je pense que la fragilité des institutions aujourd'hui c'est le maintien dans la situation actuelle. Et je ne dis pas de gaieté de cœur. La crise de la légitimité de l'État, la crise de la légitimité des institutions et de la démocratie libérale, c'est aussi le fait que nous sommes dans une situation d'indétermination. J'entends le président de la République dire qu'il est le garant de la stabilité, mais objectivement, qui a créé cette situation de très grande instabilité et pourquoi ? Il se trouve que c'est lui. Je pense qu'il a une responsabilité éminente à la fois dans la cause de cette affaire et dans la façon de le régler.
Mais vous savez, Madame le professeur, je n'ai pas, je dis Madame le professeur parce que vous êtes professeur de droit public. Je n'ai pas formulé cette position parce que je pensais qu'elle serait populaire ou parce que j'espérais convaincre le président. Le président, il a envie d'aller au terme de son mandat et je peux le comprendre. Je l'ai dit parce que je pense que c'est la seule décision digne qui permet d'éviter 18 mois d'indétermination et de crise qui se terminera mal, je le crains, au pays.
Ça veut dire quoi ? Ça veut dire quoi qu'il se terminera mal ?
Je crains que ça se termine mal. C'est quoi ? Je crains que lorsque plus aucune politique publique, je vais vous en donner un exemple. Il y a quelques années, je dis qu'il me paraissait indispensable désormais de dénoncer les accords spécifiques qui lient la France à l'Algérie, les accords de 1968. Vous avez remarqué que dans le dernier gouvernement, il y avait le président de la République qui lui, depuis son élection, est plutôt favorable à une politique de normalisation, d'ouverture à l'égard de l'Algérie.
Il y avait un ministre de l'Intérieur qui lui était favorable à une politique beaucoup plus difficile, beaucoup plus dure à l'égard du régime algérien, pas à l'égard du peuple algérien, mais à l'égard du régime algérien. On n'a pas tranché ce débat, me semble-t-il. Et j'ai vu, je crois à l'été, que le président de la République envoyait une lettre au premier ministre de l'époque pour que peut-être la politique étrangère de la France soit modifiée, sans qu'on sache très bien quel effet cela peut avoir. Je me permets de vous indiquer qu'aujourd'hui, je ne crois pas que nos concitoyens soient en mesure de saisir quoi que ce soit de la politique française à l'égard de l'Algérie.
Ça m'angoisse parce que je pense que c'est un sujet important. Et sur beaucoup de sujets, je constate cela. La question de la construction des infrastructures essentielles pour le pays est laissée, non pas à l'abandon.
Tout est à l'arrêt.
Mais évidemment, mais tout le monde le voit. Tous nos concitoyens le savent, le sont.
Edouard Philippe, sur cette proposition...
Tous les artisans de France voient que les marchés sont en train de s'arrêter.
Et on les entendra plus tard dans l'émission. Tant mieux. Sur cette proposition concernant le président de la République, est-ce que vous avez le sentiment d'avoir été compris ? Qu'est-ce que vous répondez à tous ceux qui vous ont mis dans la catégorie du traître ? De tous ceux qui disent comme Éric Dupond-Moretti, les rats quittent le navire. Qu'est-ce que vous leur répondez ?
Je leur dis que dire ce qu'on pense, ça n'est jamais trahir. Qu'en revanche, ne pas dire ce qu'on pense, c'est souvent trahir. Se trahir soi-même et trahir l'exigence que l'on doit avoir à l'égard de son pays. Je dis ce que je pense. Pardon de vous le dire, j'ai beaucoup de respect pour le président de la République qui m'a nommé Premier ministre, mais je ne lui dois rien. Il est venu me chercher et puis il a cessé ce travail collectif que nous avions engagé quand il l'a souhaité et il en avait parfaitement le droit.
La réputure est consommée, c'est ça qu'on entend.
Encore une fois, je vous ai dit ce que je pensais. J'aimerais que le président de la République, je trouve qu'il s'honorerait à trouver la façon la plus digne pour lui et pour les institutions de régler cette crise.
Une question, peut-être une question de téléspectateurs si vous êtes d'accord avec Adrien Roir.
Bonsoir Caroline, bonsoir M. Philippe et bonsoir à tous. Merci d'ailleurs, vous à la maison qui avez été si nombreux à nous poser vos questions sur le site franceinfo.fr. Comme à chaque émission, on va faire un petit tour de France ensemble ce soir. On va aller à La Rochelle, à Blairey, à Voiron, à Craponne, à Bozelle. Je ne peux pas évidemment citer toutes les villes d'où vous nous avez écrits. mais je vous ai préparé en revanche un nuage de mots qui dit d'une certaine manière la température, la tendance de vos questions et on y ressent une exaspération.
Une exaspération des Français qui tout à la fois parlent de mépris, parlent d'irresponsabilité, des téléspectateurs qui cherchent à déchiffrer la psychologie du personnel politique et du président de la République. Vous allez ce soir répondre à Claudine. Claudine, elle a 62 ans. Elle est retraitée de la fonction publique. Elle habite à La Rochelle. Et elle vous pose une question dont elle espère que vous ne vous sortirez pas par une pirouette. Voici ce qu'elle vous demande. Vous qui connaissez bien le président, M. Philippe, est-ce qu'au fond, vous diriez qu'il est doué pour beaucoup de choses mais pas pour la politique ?
C'est un indiumnel au départ, il me semble. C'est pas un indiumnel.
Je dirais qu'il est à l'évidence très agile intellectuellement, à l'évidence cultivé, extrêmement audacieux et la façon dont il a conquis le pouvoir en 2017 traduit cette audace. Mais je trouve aussi que dans l'inconstance de certains choix, il place le pays, et singulièrement depuis 2022 et depuis 2024, dans une situation qui n'est pas bonne et qui est de son fait. Je le crois très sincèrement. Et c'est d'ailleurs assez difficile de répondre complètement. Vous allez dire que c'est une pirouette, je ne voudrais pas donner le sentiment à Claudine de répondre par une pirouette. Mais je n'ai pas un regard...
Vous savez, ce n'est pas tout blanc, tout noir, ce n'est pas tout positif ou tout négatif. Il y a des choses dont je trouve qu'elles ont été bien faites par le président. Mais très sincèrement, sur la décision de changer de Premier ministre en 2024, sur les causes et les raisons données à cette dissolution, sur la façon dont il convoque une session extraordinaire au mois de septembre dernier, au mois d'août et septembre dernier, pour un vote de confiance du Premier ministre qui n'est pas travaillé. Je trouve qu'il y a peut-être, peut-être, un peu de désinvolture à l'égard des institutions et à l'égard de l'autorité de l'État.
Et j'en suis désolé parce que je pense que c'est ce qu'il y a de plus important dans notre pays.
Et les a abîmées, les institutions ? Ou elles sont plus solides que cela ?
Les institutions, elles sont solides quand on les serre. Quand on s'en serre, elles peuvent vite devenir fragiles.
Est-ce que le président, mis à part, la majorité relative n'est pas quand même aussi un des éléments qui expliquent la situation et comment feriez-vous si demain, après il y a eu une même dissolution, les mêmes onze groupes se signalaient à l'Assemblée ?
Mais je pense que la crise serait encore plus grave. C'est bien d'ailleurs le problème d'une dissolution n'est pas du tout le problème de redonner la parole au peuple. Marie Le Pen dit
qu'ils ne veulent pas la dissolution parce qu'ils ont peur du peuple.
Mais on ne peut pas avoir peur du peuple ni peur des élections. On peut savoir que ça va être difficile. On ne peut pas avoir peur du peuple ou peur des élections quand on fait de la politique ou quand on est un démocrate. Il ne s'agit pas de ça. Il s'agit de l'hypothèse dans laquelle, après la dissolution, le pays est dans le même état d'ingouvernabilité avec ces trois blocs. Et là, je peux vous dire quelque chose, c'est que les institutions, elles vont turbuler et pour parler, je ne devrais pas le faire comme ça, mais pour parler comme mes fils, elles vont turbuler sévères.
Et donc, je pense que si on a le sens des institutions, on les sert et on se rend compte qu'on n'est pas très loin d'une crise majeure qu'il est préférable d'éviter, me semble-t-il.
Merci beaucoup, Edouard Philippe, d'être venu sur ce plateau ce soir. Merci à vous. Merci à vous.
Édouard Philippe