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interviewJean-Luc Mélenchon· 18 avril 2026 18 min

N’abandonnons pas le Soudan à son sort !

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

[applaudissements] Merci. Merci mes chers amis à la fois pour cet accueil et pour ce qui a été dit auparavant qui était instructif. Le privilège d'avoir une équipe dans laquelle il y a des femmes comme Nadj Mongolie, c'est que on est toujours au top niveau de la compréhension des événements et que [applaudissements] elle joue un rôle en tant que première vice-présidente de l'Assemblée nationale française dans l'organisation insoumise.

Faut prendre en compte la situation du Soudan. Quelqu'un a dit que c'était une situation compliquée. Oui, on va pas dire que c'est simple, mais je crois que le problème lui n'est pas compliqué.

C'est la solution qui est compliquée et pour une raison très politique. [raclement de gorge] Je vais y venir aussi rapidement que possible. Mais d'une manière générale, il faut se souvenir que la dictature d'Albéchir était une riposte de l'Occident, comme ils disent impérialiste américain contre les tentations socialistes des soudanais et que il s'agissait pour eux de faire d'abord et principalement dégager nous.

On en pense qu'on en veut, mais c'était le schéma général qui s'appliquait à peu près à tous les pays. Il y avait le même acharnement pour faire partir euh les les la les pouvoir en Syrie, le pouvoir à Bagdad et ainsi de suite. C'était une période de l'histoire dans laquelle le monde dit occidental était essentiellement mobilisé pour empêcher tout enracinement d'une quelconque possibilité socialiste ou commeiste à l'époque les deux mots étaient équivalents quant à la finalité qui était visée.

Donc la dictature est déjà un acte qui n'a pas résulté d'un hasard ni même de conviction religieuse. Il a résulté d'une opération militaire et politique commandée par l'impérialisme. Et une fois que ça a eu lieu et bien le temps passant, les circonstances internationales changeant et les générations changeant au Soudan, s'est élevé une nouvelle génération qui en améliorant son niveau d'éducation, en comprenant l'état du monde, en s'inspirant des grandes revendications qui étaient portées à cette époque-là et à ce moment-là dans l'ensemble du continent a créé la révolution de 2019.

Cette révolution n'est pas un cas isolé au Soudan. C'est une des figures d'un processus mondial qui a atteint tous les pays dit arabes. À l'époque, on disait les révolutions arabes et nous on a dit "Mais on comprend pas ce qu'elles ont d'arabes pour la raison que ce qui est demandé, c'est des choses qui sont demandées par tout le monde.

Donc appeler les choses par leur nom, c'est une révolution point final. Et il y a pas besoin de rajouter arabe pour faire peur à tout le monde parce que ça ne change rien que veulent les gens des bons salaires, des métiers, l'éducation des enfants, de la santé et une vie digne. Point.

Et ça c'est pas spécialement arabe, c'est universel. Et il y avait des révolutions, on avait le sentiment que un modèle de révolution était passé des Amériques vers l'Afrique. C'est-à-dire que tout ce qui avait eu lieu dans tous les pays latino-américains, cette forme particulière de révolution avait lieu au Soudan et beaucoup de gens étaient absolument stupéfaits de voir que la photo qui représentait la révolution de 2019, c'était une femme perchée sur un autobus et qui parlait aux gens qui se trouvaient là.

Dès lors, une des figures principales de la révolution citoyenne en tant que processus politico-social original qu'on a vu au Liban, qu'on a vu en Tunisie, qu'on a vu en Libye, pas vraiment, mais qu'on avait vu un petit peu partout, le Soudan l'incarné d'une façon spectaculaire avec cette différence, c'est qu'au Soudan, il restait des forces politiques organisées qui avaient l'expérience historique accumulée permettant de donner une perspective à la révolution citoyenne et les gens qui se sont rassemblés sur la place en face du ministère de la défense à Kartou savait assez bien ce qu'il faisait et surtout les risques qu'il courent. C'est pourquoi on a eu des phénomènes de microorganisation qui ont été décrits il y a un instant par les gens qui allaient alerter dans les quartiers. Mais peut-être que vous ne le savez pas mais c'est exactement la même chose qui s'est passé en Grèce.

Bon oui, il faisait comme ça. Quand la répression s'est abattue sur le centre-ville, toute la révolution grecque à ce moment-là, sous Chipras, s'est réfugié dans les quartiers et a créé des comités de quartier, ce qui n'a pas affaibli le processus révolutionnaire, mais là au contraire fortifié puisque les gens s'organisaient plus facilement dans le quartier que sur une seule place. Problème que vous avez vécu à Cartoon très directement.

La révolution n'est pas un processus aveugle d'agitation. euh euh désordonné euh fait par des gens qui ne savent pas très bien ce qu'ils font. Au contraire, elle a des structures, elle a des formes, elle a des mots d'ordre, elle a des façons d'agir qui se sont toutes vérifiées au Soudan.

À partir de là, le comment dire les maîtres du monde et je ne parle pas de ceux qui sont très éloignés à New York, ceuxl ils sont près de tout le monde partout, mais bon, je parle aussi des mauvais voisinages que vous avez sur le continent. Je pense que mes affaires ne vont pas s'arranger après vous avoir vu parce que je vois que moi j'ai découvert en cours de route que nous avions pour adversaire les Émirats arabes unis à qui nous n'avons jamais rien fait et dont nous n'avions jamais parlé auparavant et qui ont décidé que nous étions les alliés des frères musulmans que nous n'avons jamais rencontré et que nous ne connaissons pas. Et cela a suffi à provoquer une commission à l'Assemblée nationale pour découvrir nos liens.

Alors bon, nous c'est un peu banal maintenant tous les 6 mois, les 8 mois, on nous découvre un par un ici ou là. Nous n'en avons pas et nous n'en avons pas besoin. Cependant, quand est arrivée cette révolution, les puissants ont été mis au pied du mur de savoir s'il laissait la révolution aller à son terme, c'est-à-dire une démocratie citoyenne ou s'il l'a cassé avant. leur choix a été de la casser avant et la révolution n'avait pas encore assez de force pour imposer sa manière de voir et ses cadres dirigeant.

Si bien que la superposition de cadre politique arrivé de l'extérieur mais mal lié au mouvement lui-même a peut-être, je ne veux pas les accuser, ouvert une faille et dans cette faille et bien est passé le coup de violence, le coup d'état militaire. Mais une autre observation que nous pouvons faire, c'est que dans les sociétés détruites par le néolibéralisme, nous les Français, nous commençons à toucher du du doigt ce qu'est une société détruite par l'État néolibéral. Le le la politique néolibérale détruit l'État, les services publics, les autorités, elle les elle les abaisse, la justice devient un organe du pouvoir, la police une milice.

Et que sais-je encore de cette nature ? Et bien quand on arrive à ce point, même des sociétés aussi anciennement organisées sous la forme particulière qui est celle de l'Europe ont les plus grands mals à tenir bon. Et là où les États n'ont pas pu se constituer du fait de la colonisation assez profondément dans le temps, vous avez tous hérité de situations fragiles où tout était à faire en même temps.

Construire l'État, construire les services publics, organiser la répartition de la richesse et puis on vous a dit sur tous les tons que le socialisme n'était bon à rien, que donc la seule chose qui pouvait être utile, c'est de faire du profit pour s'enrichir et faire des start-ups nation un petit peu partout. cette bêtise ayant été propulsée. Mais que faire ?

Il s'est passé quelque chose que nous avions déjà observé sur le continent africain lorsque le néolibéralisme a épuisé le Libéria, lorsque le néolibéralisme a épuisé la Sierre Raléon, et bien la situation de ces pays a tourné à une guerre civile interne sans fin parce que il n'y avait aucune possibilité révolutionnaire de composer des bases d'appui du peuple lui-même et donc ceux qui étaient armés faisaient la loi et faisait leur conflit. Voilà pourquoi c'est compliqué. Mais c'est l'unique explication de la complexité, c'est qu'il s'agit de savoir comment la révolution citoyenne peut reprendre pied.

Là, je ne vous parle pas en tant que français ou homme d'État, je vous parle en tant que militant politique comme vous. Comment faire en sorte que la révolution citoyenne puisse reprendre pied dans cette situation ? Voilà.

Et pour ça, on a besoin de prendre appui sur des principes universels, sinon on n'y arrivera pas. C'est pourquoi quand je vois votre affiche ici marqué où est la communauté internationale ? Et bien, je vais vous dire, elle ne peut être nulle part.

Elle n'existe pas. Il n'existe pas de communauté internationale. Je vous en veux pas de l'avoir écrit. [applaudissements] Je comprends ce que vous voulez dire.

Quand vous parlez de comité international, vous pensez à l'ONU. aux structures organisées. Mais ces structures aujourd'hui sont mis en cause dans la réorganisation de la puissance et l'ordre géopolitique du monde.

Vous avez vu comment monsieur Trump a traité l'ONU. Il a créé son fameux comité de la paix et quand on lui dit il y a un droit international, il répond ça me concerne pas. Ma morale me suffit.

Il ne faut pas croire qu'il est fou. Il n'est pas fou du tout. Il applique un plan qui est une tentative de d'instaurer la force et la puissance de l'impérialisme américain qui est en grand danger.

Donc pour nous, s'appuyer sur les institutions internationales est vital quand bien même nous connaissons leurs défauts. Mais si nous appuyons pas sur le droit international, alors c'est la loi du plus fort. Et c'est jamais nous.

Par c'est jamais nous qui avons les armes. C'est jamais nous qui sommes armés des de de de de piét. C'est pas nous qui avons les Toyota gratuites et toutes neuves qu'on voit circuler un peu partout chaque fois que Daesh arrive quelque part et ainsi de suite.

Non. Donc notre intérêt est par-dessus tout de rétablir le droit international ou de le porter comme une bannière. Alors, j'avais achevé sur cet aspect maintenant même en disant "Avez-vous remarqué que dans toutes les situations compliquées, on pense à toutes les solutions. guerre, un corps expéditionnaire, que sais-je encore des alliances et puis vous avez des gens qui arrivent là au milieu qui ne respecte rien comme le groupe où il y a les États-Unis, les les Émirats, ils se sont fait jeter dehors par les deux factions, aussi bien les forces armées soudanaises que le le les forces d'intervention rapide.

Mais qui sont ces gens ? Je ne parle pas de des des forces soudanaises, mais les autres de quel droit ils sont là ? Pourquoi ?

C'est eux qui décident comment on va faire pour régler la la question compliquée. Donc vous dis-je, ils envisagent tout sauf une solution, une qui s'appelle les élections. Une fois quelqu'un m'a dit "Mais vous n'y pensez pas, il s'agissait de la Syrie." On lui dit "Mais monsieur, c'est la guerre partout." J'ai dit "Mais monsieur, c'est bien ça qui prouve que j'ai raison.

Organiser une guerre, c'est quand même autrement plus compliqué qu'organiser une élection." Parce que pour faire une élection et ben d'abord il y a un cesser le feu. Vous avez des forces d'interposition qui garantissent le cesser le feu.

Vous établissez un registre électoral qui consiste à prendre le nom des gens et vous fixez une règle. Pourquoi les élections seraient plus compliquées à organiser que la lutte armée de tous les côtés à la fois dans laquelle nous perdons tout le temps ? Il faut prendre appui sur des solutions.

Maintenant, je viens à la partie qui nous concerne. Nous français, en supposant que en par-dessus le marché, nous arrivions à gagner les élections dans un an. Il est certain que l'attitude de la France changera complètement.

C'est-à-dire que nous ne permettrons pas à des entreprises françaises de s'ingérer dans les le conflit armé et d'aider celui-ci ou celle-là. Et ça c'est pas rien parce que si on l'avait fait correctement, on aurait empêché l'entreprise qui a aidé Daesh en Syrie. La la Il a fallu attendre que tout ça soit terminé pour que enfin quelqu'un ait à répondre de ses actes devant les tribunaux.

Mais on peut le faire avant hein. C'est seulement l'organisation qui en dépend. Les Français ne doivent pas participer à la guerre civile, ne doivent pas participer à la lutte qui se déroule aujourd'hui au Soudan.

Elle ne peut faire qu'une chose. La France c'est dire nous sommes d'accord pour prendre des mesures pour qu'on organise des élections parce que qui est-ce qui décide de ce qu'il faut faire au Soudan ? Et bien les Soudanais et nous préférons que ce soit [applaudissements] Mais vous avez remarqué nous les Européens nous avons sur les bras une guerre au moins une en Ukraine.

Alors on entend parler de la partition ceci cela. Les Américains s'emmêent les autres aussi et cetera. Mais allons dire on va changer les frontières.

Très bien, on va aller changer les frontières. Mais quand est-ce qu'on demande aux gens s'ils sont d'accord ? Ceux qui habitent le Alors à chaque fois que je le dis, c'est moi qui passe pour un révolutionnaire.

Je dis mais c'est vous qui passez votre temps à nous dire qu'il y a rien au-dessus dans la démocratie et dans le capitalisme que les élections bah voilà l'occasion d'en faire. Faites-en là. Moi, je reste persuadé que dès lors qu'on pose les bases du débat politique et de son organisation, la force citoyenne se reconstitue automatiquement parce que les gens prennent position, parce qu'on ne risque pas sa vie à avoir une opinion.

Alors, le chemin qui nous sépare de ça, c'est évidemment que vous ayez des alliés. Je dis si nous gagnons, bien sûr que vous aurez des alliés et que nous c'est ce que nous défendrons. En particulier, nous pensons que nous sommes capable de déployer un nouveau cadre politique international pendant cette période où l'ONU doit réparer les dégâts et retrouver son assise. ce que nous attendons de une francophonie des peuples qui regroupe sans frontières des peuples du monde entier et qui a c'est vrai dans le passé souvent été une sorte de relais de l'impérialisme mais français mais pas seulement puisque que ce soit Thomas Ankara qui considérait que la langue était une conquête révolutionnaire que ce soit combien d'autres beaucoup de choses sont possibles parce que c'est un autre cadre dans lequel on peut réaffirmer l'absolu priorité du droit international.

Voilà pourquoi j'en parle et je crois que pour nous tous ce pourrait être un fort bon point d'appui car je crois que tous les pays d'Afrique sont lassés de la guerre en ont assez parce que tous ont compris que ça ne met nulle part que personne ne gagne définitivement une guerre et qu'une guerre civile en prépare une autre si on ne sait pas éteindre à temps le feu avec des normes qui permettent de revivre ensemble et qu'on arrête d'assassiner les gens et qu'on ne s'étonne pas que quand on les assassine il y a ensuite du du goût, de vengeance ou des conséquences derrière et comme on nous l'avait dit, des générations défigurées par la conscience que la violence est une des formes possibles d'organisation de la vie des êtres humains. Bien sûr que ça n'est une possible mais c'est la pire. Voilà ce que je peux vous dire.

Nous allons essayer de faire entrer à partir de ce que vous nous direz nous n'agissons jamais seul. La France insoumise n'est pas un mouvement qui dit ce qu'il faut faire ni dans notre pays ni à l'extérieur. Par conséquent, [applaudissements] tout dépend de vous. ce que vous nous demanderez comme aide chaque fois que c vous êtes naturellement libre de vos propres décisions, cela va de soi.

Chaque fois que cela correspond aux objectifs et à la ligne politique que le mouvement a insoumis applique à l'échelle internationale, si nous ne sommes pas mis en contradiction avec nos principes et pourquoi le serions-nous ? parce que je vous ai écouté, je n'ai rien entendu. Je ne vous ai pas entendu, monsieur, dire que vous comptiez prendre caretourne par la voie armée, ni vous que vous alliez imposer je ne sais quel régime politique dans tel ou tel coin.

Mais tout chez-vous à résulter de la main de l'impérialisme. La sission de 2011, c'est une volonté organisée par les impérialistes. La présence actuelle, la guerre qui a lieu est une guerre animée, financée, pilotée par les impérialismes qui sont dans cette région.

Et la seule manière de l'arrêter, me semble-t-il, c'est précisément de faire prévaloir un autre principe. Chaque fois que vous nous direz les amis insoumis, on a besoin de vous pour faire ceci ou pour faire cela, et bien vous serez toujours écouté et relayé. Yeah.