Valérie-Anne Giscard d'Estaing à propos de son père : « La guerre et sa mère ont beaucoup influencé son ouverture d'esprit et sa réflexion sur les femmes »
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 85 %Attaque 5 %Défensif 10 %
Questions et réponses
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- 0:19OuverteRéponse directe
Pourquoi avoir réédité ce livre de Valérie Giscard d'Estaing ?
- 1:05OuverteRéponse partielle
J'aimerais qu'on entende la voix de votre père. C'était quand ?
- 3:22OuverteRéponse directe
D'où venait la boussole de votre père ?
- 4:56OuverteRéponse directe
Quel regard portez-vous sur la réforme de l'IVG défendue par Simone Veil ?
- 5:57OuverteRéponse directe
Qu'est-ce qui a convaincu votre père de l'utilité de l'IVG ?
- 6:53OuverteRéponse directe
Quel style de père a-t-il été ? Quelle éducation a-t-il transmise ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:41Locuteur non identifiéFait
« Je n'ai pas l'intention d'être le président de la République d'une France qui se dépeuple. »
- 1:43Locuteur non identifiéFait
« Je n'ai pas non plus l'intention d'être le président d'un peuple qui s'abandonne. »
- 2:12PrésentateurChiffre
« Un livre qui s'est vendu à un million d'exemplaires. »
- 4:21PrésentateurFait
« Sa mère, Mae Bardou, était une des premières bachelières françaises. »
- 5:23PrésentateurFait
« Le sujet de l'IVG, c'était pour lui fondamentalement un sujet qui se situait dans le cadre de l'égalité. »
- 7:23PrésentateurFait
« Son sujet central, c'était la tolérance. »
Temps de parole
- Présentateur51 %
- Invité40 %
- Locuteur non identifié5 %
- ?4 %
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La
matinale de Radio Classique avec David Abiker et
Valérie Anne Giscard d'Estaing. Bonjour madame.
Bonjour David.
Démocratie française, livre publié en 1976 par Valérie Giscard d'Estaing, ressort aux éditions Fayard. Valérie Giscard d'Estaing qui aurait eu 100 ans cette année. Pourquoi avez-vous voulu rééditer ce livre de Valérie Giscard d'Estaing qui est un essai politique qui a cette double particularité ? C'est un essai politique publié par un président de la République, ce qui n
'est
pas courant. C'est un essai politique.
Et
puis il l'a écrit en plein mandat présidentiel en 1976.
Alors
il l'a écrit effectivement deux ans après son élection, mais la rédaction je dirais a commencé avant son élection puisque
ce
sont des... pendant sa campagne présidentielle qui a été une campagne qui a marqué un peu l'histoire, il avait déjà abordé la plupart des sujets, mais il a éprouvé par la suite la nécessité de les formaliser et de les résumer d'une certaine manière, de manière à expliciter le fond de sa pensée.
Valérie Giscard d'Estaing, j'aimerais qu'on entende la voix de votre père. C'est peu de temps après son élection, ou c'est en pleine élection, en pleine campagne présidentielle. Enfin, c'est une façon de lui redonner la vie.
Je
n'ai pas l'intention d'être le président de la République d'une France qui se dépeuple.
Je
n'ai pas l'intention d'être le président de la République d'une France qui se dévitalise.
Et
je n'ai pas non plus l'intention d'être le président d'un peuple qui s'abandonne.
Je
pense que nous avons la capacité et les ressources
de
faire face à tous les problèmes et de créer un avenir de progrès, de vitalité et de prospérité pour notre pays.
Je
n'ai pas l'intention, je n
'ai
pas l'intention, je n
'ai
pas l'intention. Il a inventé l'anafore avant François Hollande, en tout cas.
Bon,
c'était un discours.
C
'était un orateur, il avait une diction très particulière, mais enfin, il avait une pensée qui était importante et c'est pour ça qu'il a écrit ce livre.
C
'est vraiment par écrit, parce que les discours passent, les livres restent. Un livre
qui s'est vendu à un million d'exemplaires. Je suis tombé de ma chaise parce que c'est rare que les présidents atteignent ce score, même si certains vendent bien. Il a touché beaucoup de droits d'auteur avec
ça ? Alors, les
droits d'auteur ont été versés, l'intégralité des droits d'auteur a été versés à la Fondation pour l'enfance qui a été créée à cette occasion. Fondation par l'enfance qui a été présidée par ma mère pendant une bonne trentaine d'années.
Anémone Giscard
d'Estaing. Anémone
Giscard d'Estaing et qui a eu une action importante, très importante en faveur de l'enfance et notamment, par exemple, le numéro Enfant maltraité, le numéro d'appel.
Valérie Anne Giscard d'Estaing, fille de Valérie Giscard d'Estaing. Bon, ce qui frappe quand on lit ce bouquin, c'est la modernité. Il y a des choses... C'est absolument dingue. Par exemple, il y
a
un diagnostic sur la société française qu'on pourrait encore faire aujourd'hui. Les inégalités et la recherche de rapports plus harmonieux entre les groupes sociaux. C'est l'archipélisation dont nous parle Jérôme Fourquet. La liberté de l'individu, son émancipation, mais aussi son besoin de s'intégrer à la société. Là encore, c'est un sujet très actuel avec des lycéens dans la rue. Enfin, dès 1976, Valérie Giscard d'Estaing pose la question du déclin démographique. Alors, j'aimerais savoir d'où venait la boussole, voire la boule de cristal de votre père.
C
'est toujours difficile de savoir pourquoi certaines personnes ont une vision plus large que d'autres. Mais il a travaillé dès son adolescence. Il faut savoir, il est né avant la guerre. Il a vécu pendant la guerre. Toutes ses études étaient pendant la guerre. Il s'est engagé en 1944. Je dis ça parce que je pense que c'est important, parce qu'il avait 18 ans et il est parti avec les tirailleurs algériens qui accompagnaient les chars. Et donc, ça l'a beaucoup marqué, même si ça n
'a
pas été une campagne très longue, parce qu'après, il a été sur un char. Il a rencontré là, très jeune, des gens très différents, dans un contexte très différent. Et je pense que ça a beaucoup joué sur sa pensée politique. Et donc, par la suite, effectivement, il a formé... Alors, il y avait ça. Et je pense aussi, toujours pendant la guerre, sa mère, Mae Bardou, était une des premières bachelières françaises. C'était une femme de tête, de réflexion. Et je pense que ça a aussi joué sur l'idée que VGE a développée tout au long de ce livre et de sa carrière sur l'égalité hommes-femmes et sur la promotion des femmes.
Alors, il
y
a une vision de la société qui est très moderne et qui va s'exprimer, évidemment, au moment du vote de la loi sur l'interruption volontaire de grossesse. Quel regard la fille de Valérie Giscard d'Estaing, mais aussi la femme que vous êtes, porte-t-elle aujourd'hui sur cette réforme qui est défendue à l'époque par Simone Veil ? Jacques Chirac est encore Premier ministre, il la soutient, mais qui est violemment contestée à l'époque. Qu'est-ce que ça dit de votre père, ce combat-là ?
Ça dit déjà qu'il n'avait pas peur d'affronter l'opposition sur des sujets qui lui tenaient à cœur et qui lui semblaient essentiels. Le sujet de l'IVG, c'était pour lui fondamentalement un sujet qui se situait dans le cadre de l'égalité.
La
possibilité pour les femmes de disposer de leur corps, de pouvoir faire des choix personnels et aussi, il faut se souvenir qu'à l'époque, les femmes fortunées pouvaient bénéficier dans certaines cliniques ou aller à l'étranger, bénéficier d'avortements dans des conditions
possibles,
mais que pour la plupart des femmes, l'immense majorité des femmes,
c
'était une boucherie. C'était épouvantable.
Qu'est-ce qui l'a convaincu dans l'éducation dont vous parliez, dans cette trajectoire, qu'est-ce qui l'a convaincu que c'était utile ? Parce que quand on s'appelle Valéry Giscard d'Estaing, une famille aristot, on se vouvoie dans la famille, on a assez parlé du style monarchique de Valéry Giscard d'Estaing. Qu'est-ce qui fait cette modernité ? Il y a quelque chose de paradoxal chez votre père.
Oui, c'est vrai. Mais donc, je vous dis, je pense que le fait d'avoir combattu très jeune à côté de gens de milieux vraiment extraordinairement différents...
C'est ça pour
vous l'explication, c
'est la guerre.
Oui, je pense que ça a beaucoup joué. Je pense que ça a beaucoup joué sur son ouverture d'esprit.
Et puis sa mère,
je tiens à dire, sa mère aussi, qui était une femme assez militante, a aussi certainement beaucoup influencé sa réflexion sur les femmes.
Quand il a été élu, vous aviez 21 ans. 20 ans. 20 ans, pardon.
Non, je ne
votais pas. Vous ne votiez pas. Mais quel style de père il a été ? Quelle éducation il vous a transmise ? Est-ce qu'il a été avec vous aussi libéral qu'il pouvait l'être sur les questions de société ? Parce que là, on a énuméré quelques exemples. Mais il a remis à jour le code rural pour installer l'idée d'une sensibilité animale, pour ne donner que cet exemple-là. mais quel père il a été ? Quelle éducation ? Est
-ce
que vous le voyiez ?
Oui, mais ça, je pense que c'était anecdotique, si je peux me permettre.
Il vous a
transmis quoi sur le regard sur la société à vous personnellement ?
La tolérance. Oui ? Je crois que son sujet central, c'était la tolérance. Donc la tolérance,
c
'est d'admettre l'idée qu'il y a un pluralisme, qu'on n'est pas tous pareils, qu'on n'a pas tous les mêmes pensées, qu'on n'a pas tous les mêmes opinions, pas les mêmes origines,
mais
qu'il faut regarder les autres et accepter de vivre ensemble.
Valérienne Giscard d'Estaing, on parlait du côté visionnaire de votre père en 79. Il fait la conclusion d'un colloque sur l'informatique et la société, colloque européen, et vous avez déniché un texte sur l'informatique qui pourrait avoir été écrit la semaine dernière. Je vous demande de le lire en hommage à votre père, mais surtout pour éclairer nos auditeurs sur la vista de VGO.
Bon,
alors, je n
'ai
pas forcément sa diction, mais je vais essayer de lire le texte.
Donc,
il commence par dire que notre société est saturée,
que
l'informatique peut devenir l'instrument d'une meilleure régulation et ainsi contribuer à économiser le temps, les nerfs et l'énergie.
Notre
société est aussi encombrée dans l'ordre du savoir, l'afflux d'informations, la multiplicité des messages souvent contradictoires,
la
complexité des savoirs théoriques et pratiques.
Il
faut savoir que l'excès d'informations conduit à la désinformation, à l'indifférence et au scepticisme.
Un
mauvais usage de l'informatique et de la télématique peut accentuer le désarroi de l'homme contemporain en plaçant sous son regard trop de signes,
en
faisant mironter devant lui trop de connaissances fugitives. Il faut y prendre garde. C'est bluffant quand même. C'est impressionnant. Vous avez redécouvert
ce texte. Comment expliquez-vous que quelqu'un qui se projetait comme ça dans l'avenir, qui décryptait la société, en tout cas sur le plan cérébral, intellectuel, et loupé son second rendez-vous avec les Français ? Vous avez une explication sur cet échec de 81
? Je
crois que les explications sont multiples.
On va laisser de côté Jacques Chirac, François Mitterrand,
etc. Ça compte, je sais.
Ça compte. On ne peut pas laisser complètement de côté. Après, il y a aussi le fait que depuis 1958, la France avait été gouvernée quand même
plus
ou moins par le même groupe de dirigeants. Même si mon père avait marqué une rupture, ça restait quand même une certaine continuité.
Et
donc,
la
gauche n'avait pas été au pouvoir depuis 30 ans. Il était légitime d'une certaine manière qu'elle puisse avoir accédé au pouvoir. Et puis, les jeunes avaient envie à nouveau de changer. Et voilà, je pense qu'on a besoin de changement. Le tout, c'est de changement dans la continuité.
vous
êtes sa fille. Vous aimeriez qu'on retienne quoi de Valérie Giscard d'Estaing ? En tout cas, vous, vous retenez quoi ? Quelle phrase ? Quel encouragement ? Quelle formule ? Quel souvenir
?
Écoutez, je crois que c'est vraiment cette notion de pluralisme et de tolérance. Je crois que c'est vraiment le message qu'il faut garder.
C
'est
travailler
ensemble pour réussir.
Valérie Anne Giscard d'Estaing au micro de Radio Classique Démocratie française de Valérie Giscard d'Estaing et réédité chez Fayard. Merci beaucoup, madame, d'être venue parler de ce troisième président de la Ve République. À bientôt, peut-être. À suivre, le rappel des titres à
la
revue de presse
d
'Hervé Gatégnaud et nos esprits libres. Aujourd'hui, Routel Krièf et Nicolas Béthou, Radio Classique.