Procès France Telecom ou les effets de la mondialisation
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« Ils ont été condamnés chacun à 1 an de prison, dont 8 mois avec sursis, et à 15 000 € d'amende, tandis que France Télécom a écopé d'une amende de 75 000 €, qui était le montant maximum. »
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« En 1993, la Commission européenne avait donné aux États membres de l'UE 5 ans pour parvenir à une libéralisation totale des télécommunications dans le cadre de l'UE. »
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« En 2004, 7 ans après, l'État était devenu minoritaire dans France Télécom. »
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« Plus de 22 000 départs avaient été programmés. »
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« Une vingtaine de salariés qui se sont suicidés, tandis qu'une douzaine d'autres procédaient à une tentative de suicide qui n'avait pas abouti. »
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« Pour la première fois, dans la région PACA, des TER vont être des TER qui ne relèvent plus de la SNCF. »
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Mes chers compatriotes. Je voudrais vous parler de l'affaire de France Télécom, ou plus exactement du procès des anciens dirigeants de France Télécom, qui a été tranché par un prononcé du jugement le 20 décembre 2019 par la condamnation de son PDG Didier Lombard, du PDG qui avait été à la tête de France Télécom entre 2005 et 2010, ainsi que de deux autres dirigeants. Ils ont été condamnés chacun à 1 an de prison, dont 8 mois avec sursis, et à 15 000 € d'amende, tandis que France Télécom a écopé d'une amende de 75 000 €, qui était le montant maximum.
Alors il est important de revenir sur cette affaire, parce qu'elle est emblématique des problèmes posés actuellement par la mondialisation. Qu'est-ce qui s'était en définitive passé ? Il faut remonter...
L'origine de l'origine des problèmes de France Télécom et de l'épidémie de suicides qui avait eu lieu dans cette entreprise doit être recherchée par...
Je suis désolé de le dire encore une fois, mais par les décisions de l'UE. Il faut remonter au second semestre 1989, par le fait que l'UE a décidé du principe de l'ouverture des télécommunications à la concurrence. Auparavant, il y avait le monopole en France des PTT : postes et télécommunications, donc une administration totalement...
Une administration. Après, ça avait été transformé en établissement public. Mais il s'agissait maintenant d'ouvrir la concurrence.
Suite à cette décision de 1989, en 1993, la Commission européenne avait donné aux États membres de l'UE 5 ans pour parvenir à une libéralisation totale des télécommunications dans le cadre de l'UE. Il s'était ensuivi plusieurs directives européennes, en 1994, en 1996, en 1999, pour fixer les modalités de cette ouverture à la concurrence, et en réalité la privatisation qui était au bout du chemin. En France, compte tenu de ces évolutions décidées au niveau de l'UE, les PTT avaient été scindées en deux dès 1990, c'est-à-dire un an après la première décision de l'UE d'aller vers le principe de la mise en concurrence.
Et puis pour tenir compte des directives européennes, en 1996, la partie télécommunications était devenue une société anonyme du nom de France Télécom. Et puis l'année suivante, en 1997, il y a 22 ans, le capital de France Télécom avait été ouvert au privé. En 2004, 7 ans après, l'État était devenu minoritaire dans France Télécom.
Et en 2005, les dirigeants de l'entreprise, à commencer par Didier Lombard, l'ancien président qui vient d'être condamné...
Les dirigeants de l'entreprise autrefois donc publique...
Didier Lombard était un polytechnicien qui avait été un haut fonctionnaire. Eh bien avaient lancé, lui et ses proches collaborateurs, un plan interne à l'entreprise qui s'appelait le plan NExT : N-E-x-T, évidemment un mot d'anglais. Le plan NExT, c'était un plan de mise à niveau de la compétitivité de l'entreprise, qui devait donc être confrontée – ce qui était le cas – à une concurrence féroce des opérateurs de télécommunications à travers le monde, et en particulier au sein de l'UE.
Dans ce plan NExT, il avait été prévu notamment d'augmenter brutalement la compétitivité de l'entreprise. Il avait été prévu notamment de programmer des dizaines de milliers de départs. Plus de 22 000 départs avaient été programmés.
Le résultat des courses, c'est quoi ? Bah c'est que en effet, sur les 200 et quelques mille salariés du début, il y avait eu 22 000 départs. Mais il y a eu autre chose.
C'est que dans ces 22 000 départs, il y a eu énormément de personnes qui sont tombées en dépression, qui ont vu leur vie brisée, parce que c'était souvent des personnes qui avaient travaillé toute leur vie dans cette entreprise publique, et d'un seul coup que l'on forçait à adopter des modes de management totalement différents. Donc un certain nombre était tombé en dépression. Certains ont vu leur vie brisée.
Mais il y a eu également une vingtaine de salariés qui se sont suicidés, tandis qu'une douzaine d'autres procédaient à une tentative de suicide qui n'avait pas abouti. Voilà le bilan. En fait, la direction de France Télécom avait transformé cette société en une espèce de lieu invivable, avec des pressions morales, où il s'agissait de faire partir les gens.
Alors ces manœuvres de harcèlement prenaient par exemple la forme d'envois à répétition de courriels à des salariés, pour les inviter à démissionner, donc de façon lancinante, ou bien alors on prenait un malin plaisir à transférer des salariés dont on voulait se débarrasser, à les changer d'affectation, de lieu de résidence. Ils changeaient plusieurs fois à travers toute la France, etc., jusqu'à ce que les salariés craquent, en fait.
Voilà. Alors au bout du compte, eh bien donc les verdicts sont tombés. Didier Lombard, l'ancien PDG, et ses collaborateurs, ses deux proches, notamment l'ancien DRH et le vice-président – je crois – de l'époque, eh bien ont été condamnés, comme je le disais tout à l'heure.
Mais ça laisse un petit goût amer, cette affaire, parce que finalement, certes, cette direction, elle s'est rendue coupable, mais elle ne faisait finalement qu'appliquer, que de mettre en musique l'exigence déraisonnable qui émanait des dirigeants français, et au-delà de notre appartenance à l'UE et à la privatisation généralisée. C'est de ça qu'il s'agit. De la même façon que l'on voit se dégrader le service public un petit peu partout, de la même façon que bientôt, il va y avoir la privatisation de la SNCF, qui est en marche, si j'ose dire, hein, puisqu'on vient de voir : pour la première fois, dans la région PACA, des TER vont être des TER qui ne relèvent plus de la SNCF...
Eh bien tout ceci provoque un changement brutal d'une culture d'entreprise pour faire régner une seule chose : la loi de l'argent, de la pression maximale sur les salariés, avec les conséquences que l'on voit : une dégradation souvent du service, des fermetures de lignes qui sont jugées pas rentables, mais aussi...
On le voit par exemple pour la couverture en matière de télécommunications : il y a les gros clients et puis, dans les zones rurales, c'est moins rentable, eh bien il y a souvent une très mauvaise couverture. Et puis, évidemment, une joie de vivre perdue au travail, les gens parvenant quand même...
Plus de 20 personnes qui ont mis fin à leurs jours à cause de cela. Au-delà donc de cette affaire de France Télécom, c'est quand même un peu le procès du veau d'or, de la mondialisation à outrance, de la primauté unique et absolue du seul fric sur toute autre loi. Eh bien c'est ça qui vient d'être condamné par la justice française.
Vive la République et vive la France.