Daniel Cohn-Bendit : "L'identité, c'est l'exclusion d'autrui"
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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- 0:02OuverteRéponse directe
Ce n'est plus l'acteur politique qu'on accueille ce matin, commentateur ou lassé par les jeux politiques ?
- 0:21OuverteRéponse directe
Pourquoi ça va mal ? L'inquiétude sur l'humeur française ?
- 0:58OuverteRéponse directe
Angela Merkel a-t-elle sauvé l'honneur de l'Europe ?
- 2:20OuverteRéponse partielle
Comment se fait-il qu'en France, on n'ait pas entendu ce discours sur les réfugiés ?
- 4:17OuverteRéponse directe
Comment expliquez-vous la polarisation du débat public sur les questions identitaires ?
- 5:42OuverteRéponse directe
Les poussées nationalistes touchent toute l'Europe, comment l'expliquer ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:31Invité politiqueFait
« On paye les erreurs des années, on peut prendre les réfugiés, l'Europe a fermé les yeux, on avait réduit les dotations pour l'UNHCR, donc les gens n'avaient plus rien à manger cet été, tout le monde le savait. »
- 1:30Invité politiqueFait
« Après avoir rencontré une petite réfugiée qui l'a interpellée parce que son père allait se faire vider d'Allemagne, elle a dit, ce n'est pas possible, je ne peux pas. »
- 2:27Invité politiqueChiffre
« Vous avez un Premier ministre qui a fait un monsieur de gauche, qui fait un discours à l'Assemblée Nationale. Il dit, oui, nous les Français, on va en prendre 24 000 en deux ans. »
- 3:55Invité politiqueFait
« L'Amérique a fermé ses frontières. L'Angleterre a fermé ses frontières. La France a fermé ses frontières. La Suisse a fermé ses frontières. »
- 4:32Invité politiqueFait
« Je m'explique que les gens vont mal dans leur tête. »
- 4:56Invité politiqueFait
« Identité et violence. Et il dit, si on repart que sur des questions identitaires, eh bien, on crée une violence sociale incroyable. »
- 5:16Invité politiqueFait
« Que de simplement dire, oui, oui, mais la France, l'identité française n'est pas menacée. La France n'est pas menacée. »
- 6:49Invité politiqueFait
« Le grand clivage, c'est souverainisme, ou ouverture au monde et ouverture à l'Europe. »
- 6:58Invité politiqueFait
« C'est pas par hasard si M. Philippot vient de chez Chevènement, c'est pas par hasard, et qu'il est aujourd'hui au Front National. »
Temps de parole
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Bonjour Danny Cohn-Menditz. Bonjour Patrick Cohen. Ce n'est plus l'acteur politique qu'on accueille ce matin, on n'avait plus de mandat, c'est l'observateur, commentateur, toujours passionné ou bien, comme beaucoup de Français, lassé par les jeux politiques ?
Lassé par les jeux politiques, mais passionné par l'évolution du monde et de la société, même si ça va mal, c'est toujours passionnant.
Pourquoi ça va mal ? Ça va mal, c'est l'inquiétude sur l'humeur française du moment ?
Ça va mal parce qu'on paye les erreurs des années, on peut prendre les réfugiés, l'Europe a fermé les yeux, on avait réduit les dotations pour l'UNHCR, donc les gens n'avaient plus rien à manger cet été, tout le monde le savait, la France, l'Allemagne, tous les pays, et puis tout d'un coup on s'aperçoit que s'ils ont rien à manger dans les camps au Liban, en Jordanie ou en Turquie, ils viennent là où il y a quelque chose à manger. Donc, je veux dire, ça va mal parce qu'on a des responsables politiques,
qui vont mal dans leur tête. Même Angela Merkel en Allemagne, est-ce que vous faites partie de ceux qui ont pensé à la fin août que la chancelière allemande avait sauvé l'honneur de l'Europe ?
Elle a sauvé l'honneur de la politique, oui, et vraiment, moi je suis un critique, elle a eu deux réactions dans son histoire politique, elle qui n'aime pas réagir, c'est l'arrêt du nucléaire après Fukushima. Elle a senti qu'on ne pouvait pas continuer comme ça, et c'est la seule responsable politique qui a tiré les conséquences de Fukushima. Il faut le dire d'une manière très simple. Et là, sur les réfugiés, après avoir vu les images, après avoir rencontré une petite réfugiée qui l'a interpellée parce que son père allait se faire vider d'Allemagne, elle a dit, ce n'est pas possible, je ne peux pas. Et elle a dit, eh bien, ces réfugiés peuvent rentrer.
En fait, elle voulait dire en Europe, elle a dit en Allemagne, elle a cru que les Européens allaient les suivre, et les Européens, y compris la France, y compris tous les Européens, ne la suivent pas, et on laisse l'Allemagne seule aujourd'hui. Et il y a vraiment, il y a un mot français, Schadenfreude. Tout le monde est content. Un mot allemand. Un mot allemand. Oui, mais comme tout le monde le connaît, eh bien, tout le monde est content maintenant si elle a des difficultés. C'est vraiment ignoble. C'est la seule qui a été humaine, et maintenant on est content que l'humanisme pose des problèmes. Elle a invoqué les valeurs de l'Europe à ce moment-là.
Elle a raison. On l'a entendu, elle a dit, si on ferme nos frontières, ce n'est plus l'Europe.
Mais elle a raison.
Comment se fait-il qu'en France, on n'ait pas entendu ce discours ?
Mais je ne sais pas. Vous avez un Premier ministre qui a fait un monsieur de gauche, qui fait un discours à l'Assemblée Nationale. Il dit, oui, nous les Français, on va en prendre 24 000 en deux ans. 24 000, c'est ce qui est arrivé en Allemagne en un week-end. En un week-end. Eh, mais c'est le pays des droits de l'homme. Est-ce qu'on n'a pas honte, en France, le pays des droits de l'homme, que vous voyez des réfugiés qui vous disent, on ne veut pas venir chez vous. Laissez-nous juste passer, on veut aller en Allemagne. C'est le retournement de l'histoire. L'Allemagne, le symbole de l'humanisme, de l'accueil. Ça ne va pas bien en Allemagne.
Il y a des fascistes qui brûlent des centres de réfugiés. Il y a une population qui, aujourd'hui, est inquiète.
Et les conservateurs bavarois se désolidarisent d'Angela Merkel.
Et tout ça, c'est vrai. Mais quand même, effectivement, les valeurs de l'Europe, les valeurs des droits de l'homme, c'est quand des gens sont en détresse, eh bien, on les accueille. Et si, une fois, j'ai le temps sur France Inter, je vous raconterai l'histoire de la conférence déviant en 1938. En 1938, à la conférence déviant, eh bien, Roosevelt organise cette conférence parce que l'antisémitisme est tellement fort qu'il faut accueillir les juifs d'Allemagne. Donc, ils font une conférence. Il y a 37 pays. Alors, bon, 500 000 juifs d'Allemagne, on peut les répartir.
Seulement, après, il y a les Polonais qui disent « Ah, mais non, il y a les juifs polonais, il y a les juifs russes, ça ne fait que 3 millions. » Et qu'est-ce qu'on a dit ? Écoutez la petite chanson. On a dit « On ne peut pas accueillir toute la misère du monde. » On a dit « On ne peut pas accueillir tous les juifs du monde. » Et donc, on a fait des quotas en 1938. Et l'Amérique a fermé ses frontières. L'Angleterre a fermé ses frontières. La France a fermé ses frontières. La Suisse a fermé ses frontières. Eh bien, il y a des tas de juifs qui n'ont pas pu sortir de Pologne, qui n'ont pas pu sortir de Russie, qui n'ont pas pu sortir d'Allemagne. Pourquoi ?
Parce qu'on ne peut pas accueillir toute la misère du monde.
La France. Daniel Kohn-Mendit. Je m'excuse. Comment expliquez-vous, d'abord, j'ai envie de vous demander aussi si ça vous inquiète, comment expliquez-vous cette forme de polarisation du débat public en France sur les questions identitaires ?
Je m'explique que les gens vont mal dans leur tête. Et je dis, il n'y a pas, je veux dire, il y a un livre extraordinaire que je dis que tout le monde, tous ces intellos vachement intelligents, là, les Finkielkraut, comment ils s'appellent, Debray, comment ils s'appellent, Onfray, etc. Il faudrait dire Amarita Sen, qui est prix Nobel d'économie, qui a fait un livre extraordinaire, Identité et violence. Identité et violence. Et il dit, si on repart que sur des questions identitaires, eh bien, on crée une violence sociale incroyable. Violence, parce qu'identité, c'est l'exclusion d'autrui. C'est l'exclusion d'autrui. Et c'est ça, vraiment.
Et ces gens, je ne sais pas d'où ils viennent, s'ils étaient de droite, de gauche, s'ils sont en haut ou en bas, s'ils ne comprennent pas. Que de simplement dire, oui, oui, mais la France, l'identité française n'est pas menacée. La France n'est pas menacée. La France change, la France évolue, l'Allemagne change. Heureusement que l'Allemagne a changé. Heureusement. Si on disait identité allemande, vous direz, mais ça ne va pas, l'identité allemande. Eh bien, l'identité française, elle, elle est indée. Elle ne change pas. De la collaboration à la résistance, c'est toujours la même identité. Mais c'est du baratin.
Enfin, vous avez remarqué quand même que les poussées nationalistes, c'est dans toute l'Europe. Ce n'est pas seulement en France.
Oui, mais c'est dans toute l'Europe, surtout sur ce... Oui, mais parce qu'on est en France, il faut parler au français. Je suis en Allemagne, je parle aux Allemands, je parle autrement. Mais enfin, c'est un phénomène qui touche tout le continent, et particulièrement l'Europe de l'Est. Mais regardez, sur l'identité, quand M. Onfray, mon petit copain, eh bien, M. Onfray qui dit, moi je comprends le peuple parce que ma femme, ma mère, pardon, ma mère, excuse-moi, ma mère était femme de ménage. Mais c'est complètement idiot. Moi, je comprends les réfugiés parce que mes parents étaient réfugiés. C'est d'un déterminisme social qui est vraiment la fin de la réflexion et de la pensée.
Donc, dis-moi d'où tu viens et je sais tout ce que tu dis, et je sais tout ce que tu penses. Si la vie était aussi simple que ça, eh bien vraiment, la politique, ça serait un jeu d'enfant.
Alain Finkielkraut, Michel Onfray, Régis Debray, les trois que vous avez cités viennent de la gauche, ou se revendiquent encore de gauche.
Ah ben moi, je crois qu'aujourd'hui, le grand clivage, c'est plus gauche-droite. Il existe un clivage gauche-droite, un peu sur le social, oui. Le grand clivage, c'est souverainisme, ou ouverture au monde et ouverture à l'Europe. C'est ça le grand clivage politique aujourd'hui. Et vous vous retrouvez du côté des souverainistes, des gens de droite et de gauche, et c'est pas par hasard si M.
Philippot vient de chez Chevènement, c'est pas par hasard, et qu'il est aujourd'hui au Front National, c'est pas par hasard si Jacques Sapir, qui vient du Front de Gauche, veut une alliance de résistance avec le Front National contre l'Europe, eh bien c'est ça le grand débat aujourd'hui, en Europe, et pas seulement en France. Ce que disent beaucoup de souverainistes d'ailleurs, eux-mêmes, ils disent que le clivage droite-gauche n'a plus de sens. Il faut en tirer les conséquences politiques, il faut qu'ils tirent les conséquences avec qui ils sont.
Parce que les souverainistes, ceux qui aujourd'hui sont les plus forts dans le camp des souverainistes, c'est, vous l'avez dans le mille, le Front National. Donc tous ceux qui aujourd'hui se revendiquent du souverainisme, se revendiquent d'être derrière le Front National. Je dis pas qu'ils sont le jeu, je dis pas, mais ils disent, en fin de compte, leur petite musique, pour celui qui écoute, c'est la même musique. Donc ils alimentent. Ils sont un élément d'alimentation. Je veux être prudent, je veux pas dire qu'ils font le jeu objectif. Je suis pas stalinien ni rien. Je dis simplement qu'ils font partie de ce courant. Et je crois que c'est néfaste parce que...
Et sur les réfugiés, je comprends pas tous ces gens de gauche. Je ne comprends pas qu'ils ne peuvent pas monter au créneau et dire, mais enfin, nous avons le devoir de les accueillir. C'est difficile. L'Allemagne a énormément de problèmes. Je peux vous raconter tous les problèmes qu'il y a à Francfort, où on a des salles de sport qui sont occupées. C'est terrible. C'est difficile. Mais que faire ?
Que faire ? Daniel Kohn-Mennit, invité de France Inter. On vous retrouve dans quelques minutes avec les questions des auditeurs de France Inter. Et puis dans un instant, la revue de presse. Sous-titrage ST' 501
Daniel Cohn-Bendit