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interviewBFMTV — BFM Politique· 29 mai 2022 51 min

Jean-Luc Mélenchon, député sortant de La France Insoumise - 29/05

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:08
Présentateur

BFM politique en compagnie d'Anne Sera Dubois de Christophe Barbier. Nous recevons aujourd'hui Jean-Luc Mélenchon. Monsieur Mélenchon, je voudrais commencer avec ces images qui ont eu lieu, enfin, qu'on a vues hier, juste avant la finale de la Ligue des Champions au Stade de France. Mouvement de foule, tir de gaz lacrymogène, des supporters avec des billets qui sont pris dans ces mouvements, avec d'autres qui n'ont pas de billet, qui ont escaladé des grilles. Les CRS qui chargent, on se voit à l'image. La presse internationale ce matin, je vous montre quelques exemples.

CNN, on va voir les images, Bild en Allemagne, la Gazzetta d'Ello Sport en Italie, El País, The Sun, qui titre Stade de Farce, jeu de mots évidemment avec le nom du stade. Quelle image pour notre pays au lendemain de ce qui s'est passé ?

0:52
Jean-Luc Mélenchon

L'image, elle est lamentable, mais elle est inquiétante parce qu'en voyant ça, on voit clairement qu'on n'est pas préparé pour des événements du type les Jeux Olympiques. Ou peut-être le championnat mondial en rugby. Si vous voulez, soyons bien clairs. Le rôle de la police est de garantir la tranquillité. D'accord ? Il y a une manif, il faut que ça se passe calmement. Il y a un match, il faut que ça se passe tranquillement. Et là, c'est un échec complet de la stratégie policière parce que le renseignement ne vaut rien. Des milliers de phobies ont été vendues, personne n'a rien vu. Les supporters qu'on connaît, anglais, ne sont pas des tendres, ne sont pas des gentils. Rien n'est prévu.

Et enfin, ce sont les débordements habituels. C'est-à-dire que les gens ont été traités comme d'habitude, des traités, une manifestation à Paris, ou des gilets jaunes, ou ce qu'on voudra. C'est-à-dire on tape dans le tas, on tire des lacrymaux, on attaque des gens dans un bar, la police est intervenue dans le bar. Donc c'est la doctrine d'emploi de la police.

1:55
Présentateur

Donc la doctrine, c'est qui ? C'est le préfet ? C'est ça ? C'est le préfet l'allemand ?

1:58
Jean-Luc Mélenchon

C'est évidemment le préfet l'allemand et le ministre qui étaient présents sur place. Ce qui, à mon avis, n'a pas dû faciliter la chaîne de commandement. Parce que quand vous avez deux personnes qui donnent des ordres, en général...

2:10
Intervenant

L'argument qui a été utilisé, c'est que le lieu a été changé par la dernière minute, mais en tout cas la France a eu beaucoup moins de temps pour se préparer à accueillir cet événement. Est-ce que vous craignez, comme vous le disiez, qu'ils se produisent la même chose dans deux ans pour les Jeux Olympiques, ou dans un an pour la Cour de l'Union ?

2:24
Jean-Luc Mélenchon

Ils ont le temps, mais ce que je voudrais vous dire, c'est que si on n'était pas prêts, il ne fallait pas se porter volontaire. Mais le ministre et le préfet de police, on pensait qu'on était prêts parce que leurs méthodes traditionnelles seraient les bonnes. Et ça donne ça. Autrefois, la doctrine d'emploi de la police française était un modèle mondial. On venait des polices du monde entier voir comment travaillait la police qui avait réussi à fermer 68 avec zéro mort. Qui a été d'une violence exceptionnelle, mai 68. Pour ceux qui en ont vu des images, les gens jetaient n'importe quoi par les fenêtres. On abattait des arbres, des voitures brûlées en plein Paris.

Et en dépit de tout ça, il n'y a pas eu un seul mort. Alors, je crois qu'ils ont cru que ça marcherait une fois de plus. Mais non, ces méthodes ne peuvent pas marcher.

3:08
Intervenant

Mais pour la Coupe du monde de rugby, les Jeux Olympiques, on sera préparé.

3:10
Jean-Luc Mélenchon

Eh bien, écoutez, si c'est moi qui suis le Premier ministre dans deux mois, on va évidemment passer du temps à préparer ça. Parce que, clairement, ce n'est pas simple. Attention, je ne suis pas en train de vous dire que c'est simple. Mais je pense qu'il doit y avoir une réflexion de fond pour remettre la police française dans un dispositif qui la rende efficace. Ça, ce n'est pas efficace. Si vous voulez, leur rôle n'est pas... Et on peut donner plein d'excuses, il y en a. Des supporters violents, les faux billets, etc. Mais le rôle de la police, c'est d'empêcher que ça tourne au mal. Or là, c'est le contraire, ils ont aggravé les choses.

3:41
Intervenant

L'extrême droite a une autre interprétation des faits. Elle explique que ce n'est pas les supporters avec ou sans billet, que le problème, ce sont les racailles, le mot est employé par Zemmour comme par Le Pen, qui sont autour du stade. En gros, la population autour de Saint-Denis. Que répondez-vous à ça ?

3:54
Jean-Luc Mélenchon

C'est l'habituel refrain raciste de ces gens qui n'ont qu'un mépris absolu pour la population quand elle n'est pas conforme à l'idée qu'ils s'en font. Non, c'est pas... Bon...

4:08
Intervenant

Même s'il y a des colères sociales qui s'expriment dans les stades.

4:11
Jean-Luc Mélenchon

Mais non, mais ça n'a rien à voir. Ne transformons pas ce qui s'est passé hier soir. Sinon, on va rendre encore plus compliquée la résolution du problème. Le problème d'hier soir, c'est la doctrine d'emploi des forces de l'ordre. Bon, point. Ça ne marche pas comme ça. En plus, là, vous voyez, ces gendarmeries, ce sont des gens sérieux. C'est l'armée, les gendarmes. Bon, donc, c'est pas... Je ne pense pas que ce soit des fautes personnelles. Je pense que c'est la doctrine d'emploi. Comment on imagine les techniques de maintien de l'ordre ? Votre ministre de l'Intérieur, si vous êtes Premier ministre, changera tout ça ? Ben, il vaut mieux, parce que ça tourne mal.

On ne peut pas continuer comme ça. À chaque manifestation parisienne, une sur deux tournent à la bataille rangée, alors qu'il n'y a pas ce genre d'incident ailleurs en province pour des manifs aussi nombreux. Donc, je le redis, il va beaucoup changer. Votre ministre de l'Intérieur, ce sera qui ? Eh bien, vous le verrez. Je vous garantis qu'il y en aura un. Mais vous l'avez choisi, déjà ? C'est un peu plus clair dans ma tête. D'abord, je n'aime pas la confusion entre le ministère de l'Intérieur et la police.

Le ministère de l'Intérieur comporte les collectivités locales, et nous avons de sérieux problèmes de réorganisation administrative des collectivités, des territoires ultramarins qui tous sont à la demande de nouveaux statuts. Nous avons partout des problèmes de financement, et vous savez que pour moi, la commune, c'est le compte-gouttes de la planification. C'est par là qu'on fait passer les choses. Et donc, je ne supporte plus qu'on mélange ça, que Beauvau, ça soit le ministère de la police.

5:33
Intervenant

Il y a aussi les cultes.

5:36
Jean-Luc Mélenchon

On les séparera, oui. J'allais venir aux cultes. Donc, pour ma part, je séparerais le ministère de la police, des polices, parce qu'il y a aussi des polices municipales, du ministère de l'Intérieur.

5:45
Présentateur

Je ne sais pas si vous avez déjà le nom de votre ministre des Affaires étrangères potentielle en tête, mais cette actualité, évidemment, elle nous occupe quotidiennement. Plus de 90 jours maintenant d'invasion russe en Ukraine. Vous avez vu qu'Emmanuel Macron a téléphoné avec Olaf Scholz, et qu'ensemble, ils ont à leur tour appelé Vladimir Poutine. Ils demandent au Kremlin un contact direct et sérieux, ça c'est l'expression utilisée par Scholz et Macron, avec Zelensky. Est-ce qu'il faut continuer de négocier avec Vladimir Poutine ?

6:10
Jean-Luc Mélenchon

Ben, que faire d'autre ? Le gouvernement russe de M. Poutine continue dans une logique en Ukraine qui est terrifiante, parce que là, ce dont nous parlons, c'est de bombardement de population civile, c'est de saccage de villes entières, avec la méthode de brutalité absolue qu'on avait déjà vue à Grozny, et peut-être qu'on n'y a pas fait assez attention à l'époque, en Tchétchénie, puis ensuite à Alep, c'est-à-dire des méthodes qui sont... Puis désormais à Mariupol et à notre vieille Ukraine. Mais oui, c'est inacceptable, et ça se passe sur notre continent.

Alors, je commence par dire, je répète, j'estime qu'il est indispensable qu'on demande le déploiement de casques bleus autour des centrales nucléaires. N'attendons pas qu'il y ait un problème pour découvrir la gravité du fait que s'il y avait un problème, non seulement nous en prendrions beaucoup, mais toute la mer Méditerranée serait contaminée. La Russie mettra son veto au Conseil de sécurité de l'ONU. C'est pas sûr, parce que je pense qu'eux non plus n'ont pas intérêt à plusieurs Tchernobyl. Je vous rappelle que Tchernobyl est en Ukraine, n'est-ce pas ? Bon, pas pour vous, mais je le dis en général, pour que les gens sachent que là-bas, il y a ce problème, avec une acuité particulière.

7:15
Présentateur

Les soldats russes qui ont été irradiés par ailleurs, parce qu'ils ont creusé des tranchées dans la terre de Tchernobyl et évacués vers la Biélorussie.

7:21
Jean-Luc Mélenchon

Alors, quand ils ont fait ça la première fois pour limiter les dégâts, ce fut absolument terrorique, parce qu'ils sont tous condamnés à mort, et ils le savaient. Mais maintenant, on parle d'autre chose, on parle d'une guerre, il n'y a aucune raison qu'une des centrales soit détruite, sinon parce qu'il y aurait un...

7:35
Présentateur

Mais vous entendez, M. Mélenchon, dans les personnes qui ont entouré à un moment donné de leur existence Vladimir Poutine, qui ont fait partie de cet appareil d'État russe, qui aujourd'hui ont fui la Russie, beaucoup disent qu'ils ne comprennent que la force. La négociation avec lui ne sert à rien, la preuve, nous avons tous collectivement fait preuve de naïveté.

7:53
Jean-Luc Mélenchon

Je ne sais pas si c'est de naïveté. Nous, les Français, nous avons été pris à revers, c'est certain, puisque les renseignements que nous donnaient nos renseignements, c'est que les Russes n'entreraient pas en Ukraine. Si bien que, y compris pour des gens comme moi, qui avaient à donner un point de vue, je disais, ni les Russes entrent en Ukraine, mais j'étais un peu tranquille, ni les Américains installent l'OTAN. Et il a passé la frontière. Il est vraisemblable qu'il ne comprend que les rapports de force, tout son comportement.

8:17
Intervenant

Est-ce qu'aujourd'hui, vous le qualifieriez de dictateur ?

8:21
Jean-Luc Mélenchon

Oui, c'est pour vous faire plaisir. Non, non, non, est-ce que vous, aujourd'hui... Non, mais si vous voulez, l'importance des mots dans la caractérisation politique est importante. Mais oui, c'est un comportement d'un homme qui n'écoute rien ni personne, qui décide tout seul. De dictateur. Mais on ne peut pas qualifier de dictateur tout homme qui prend des décisions tout seul. Non, mais est-ce que ça s'applique à lui, spécifiquement ? De notre propre président de la République qui décide de tout tout seul en conseil de défense. Donc, mais vous avez raison, si le mot important, c'est que cet homme semble être plus proche d'un psychopathe que de quelqu'un qui a un comportement normal.

Parce que le niveau de violence qu'il déploie est en lui-même une indication de quelque chose de déréglé.

9:03
Présentateur

Alors, pour poursuivre votre raisonnement, vous le qualifiez de psychopathe.

9:05
Jean-Luc Mélenchon

Je poursuis l'analogie. Ça serait plus proche d'eux.

9:07
Présentateur

Alors, comment on le ramène à la raison

9:09
Jean-Luc Mélenchon

pour rester dans ce champ lexical ? Mais vous êtes... Je suis content de vous entendre poser cette question parce que j'étais en train de vous dire que nous avons été pris à revers. Nous, les Français, les premiers. Pas seulement parce que notre renseignement n'était pas bon, mais parce que la doctrine des Français, c'est qu'il n'y a pas de guerre sur le continent européen. Sinon, nous, Français, nous l'empêcherons. Ah, nous avons la dissuasion. Nous ne pouvons pas accepter que quelqu'un passe les frontières militairement sur notre continent. Pourtant, nous avons dû le subir.

Donc, la première chose à faire, c'est de se demander quel type de système de défense nous devons déployer pour qu'à l'avenir, celui qui passe les frontières puisse être immédiatement puni ou mis hors d'État de nuire.

9:48
Intervenant

À court terme, le seul système de défense que nous avons, c'est l'OTAN. Donc, pour se protéger contre un Poutine, on ne sait pas jusqu'où il va aller. Vous approuvez l'entrée de la Finlande et de la Suède dans l'OTAN ?

9:59
Jean-Luc Mélenchon

En tout cas, je constate que c'est un échec monstrueux de la part de M. Poutine, qui prétend avoir fait tout ce bazar pour empêcher qu'Ukraine entre dans l'OTAN et qui se retrouve avec deux pays qui étaient neutres, y compris pendant la Deuxième Guerre mondiale, qui aujourd'hui décident d'entrer dans l'OTAN.

10:13
Intervenant

Mais est-ce que vous l'approuvez ? Non.

10:15
Jean-Luc Mélenchon

Ah non, c'est clair que ça ne range rien. Mais je comprends qu'ils le fassent. Parce qu'ils se disent, c'est le seul moyen que nous avons, s'ils passent la frontière, d'être défendus par quelqu'un. Donc, je comprends qu'ils le fassent. Mais globalement, pour la société des nations, en quelque sorte, pour nous, c'est un échec. Parce que ça veut dire que tout le monde est en train de s'aligner en deux camps sur la base d'alliances militaires automatiques et violentes. Donc, nous, notre problème, à nous, Français, c'est de savoir si la dissuasion nucléaire dont nous disposons est une arme qui a l'efficacité que nous croyons avoir. La preuve, c'est que là, on n'a pas pu s'en servir.

Pour ma part, alors, c'est toute une discussion sur les systèmes de défense qu'il faut avoir. Parce qu'il est probable que notre dissuasion nucléaire est d'ores et déjà techniquement dépassée par le fait que la position de nos sous-marins sont repérées depuis l'espace. Donc, à mon avis, nous devrions avoir, puisque nous y sommes, des systèmes qui, depuis l'espace, nous permettent de désorganiser un agresseur. Bon, je ne vais pas entrer dans les détails, ça saoulerait tout le monde, mais désorganiser un agresseur...

11:17
Intervenant

Ça veut dire qu'on interrompt ses communications,

11:20
Jean-Luc Mélenchon

on coupe l'électricité, on sait faire tout ça. Ce sont des choses qui existent déjà. Mais on ne peut pas rester comme ça, les bras ballants, avoir un saccagé sur le pays voisin

11:30
Présentateur

et n'avoir rien à faire. Vladimir Poutine peut le faire aussi, c'est d'ailleurs une des craintes d'âces occidentaux, c'est qu'il coupe les fibres dans les océans, qu'il coupe les communications.

11:38
Jean-Luc Mélenchon

Mais ça s'appelle la défense, mon cher. Non, alors c'est quoi l'alternative ? Tout casser à notre tour ? Nous aussi, bombardés. Vous savez bien que personne ne le fera. Par conséquent, nous tâchons d'être raisonnables et de nous demander quels sont les articles que nous pouvons déployer.

11:50
Présentateur

C'est bien ce qui rend cette résolution de crise extrêmement complexe. Ah ben c'est clair. C'est de trouver les éléments qui vont être de nature à la faire.

11:57
Jean-Luc Mélenchon

C'est la raison pour laquelle vous n'avez jamais entendu critiquer le fait que le président de la République reste en contact avec M. Poutine.

12:03
Intervenant

Vous gardez le nucléaire quand même en dessous de ce système.

12:06
Jean-Luc Mélenchon

On n'a rien d'autre. Dans le moment, on n'a rien d'autre. Mais hélas, encore une fois, je précise bien, hélas, je crains beaucoup que tout ça soit aujourd'hui obsolète. Et dès lors, le système des Français qui est de dire nous sommes indépendants, nous nous défendons tout seuls et nous ne demanderons rien à personne. Nous voulons bien aider d'autres, mais personne, nous ne demandons l'aide de personne parce qu'on s'en sort par nous-mêmes. Ce système est pris à revers et il faut vite corriger ce défaut, cette faille dans la cuirasse.

12:33
Intervenant

Nous, on n'en a pas assez et l'Ukraine n'a pas grand-chose, presque rien. Elle demande deux choses. D'abord, d'intensifier les livraisons d'armes. Est-ce que vous y êtes favorable ? Et la deuxième chose qu'elle demande, c'est une entrée dans l'Union européenne. Ursula von der Leyen a remis officiellement le carnet d'adhésion, de démarrage de toute la procédure d'adhésion à Volodymyr Zelensky. Ça prendra entre 10 et 20 ans, disent les autorités françaises. Est-ce que ça aussi, vous y êtes favorable à cette entrée de l'Ukraine dans l'Union européenne ? Alors, ça fait deux questions.

12:59
Jean-Luc Mélenchon

Pour ce qui concerne le matériel, je ne vais pas vous répondre davantage que je l'ai fait dans le passé. Je suis contre les postures de guerrières, de plateaux. Ça ne coûte rien. On gesticule et personne ne prend la mesure des responsabilités qu'il prend. Transformer la France en puissance belligérante en Ukraine serait un événement gigantesque au plan mondial. Des armes de défense.

13:21
Intervenant

qui sont bombardées tous les jours.

13:23
Jean-Luc Mélenchon

Vous ferez la liste des armes qui sont purement de défense et puis après, ça n'existe pas les armes.

13:28
Intervenant

Le canon César, on a eu raison quand même

13:29
Jean-Luc Mélenchon

de leur donner un canon à grande allonge. Mais M. Barbier, j'y venez. Les canons César, c'est le meilleur canon du monde. Avec ça, on a rasé la moitié de Mossoul. Donc, ça marche. On a envoyé là-bas. Vous ne m'avez pas entendu dire que j'étais contre. Vous ne m'avez pas entendu dire que j'étais pour.

13:43
Auditeur

Mais qu'est-ce qu'on fait ? On ne leur donne rien alors ?

13:45
Jean-Luc Mélenchon

Dans un mois maintenant, peut-être que je serai Premier ministre de ce pays. Ne vous attendez pas à ce que je vous dise ici que dans un mois, on va déclarer la guerre à la Russie. Non, mais qu'est-ce qu'on fait ?

13:54
Auditeur

On ne leur donne rien alors ? Par contre, dans un mois,

13:56
Jean-Luc Mélenchon

nous nous efforcerons, le Président de la République et moi, comme Premier ministre, de parler d'une même voie, y compris sur cette guerre, où je suis persuadé qu'entre Français, il ne peut pas y avoir de divergence à ce point qu'on ne puisse... Alors, c'est son domaine réservé.

14:10
Intervenant

C'est le domaine réservé du Président.

14:12
Jean-Luc Mélenchon

Non, ça n'existe pas dans la Constitution, M. Barbier. Mais dans la pratique, oui. Mais alors, M. Mélenchon, du coup,

14:16
Présentateur

qu'où faites-vous dans ce cadre-là ? Dans ce cadre-là, M. Mélenchon, pour que la voie de la France soit seule, unique, est-ce que vous allez soumettre ces questions au Parlement, par exemple ?

14:26
Jean-Luc Mélenchon

Alors, ça dépend de ce qui arrivera. Moi, j'ai dit qu'on mettrait au Parlement les questions qui sont en divergence. Il faut avoir d'abord le sens de la responsabilité de l'État. Dans cette affaire, ce n'est pas simplement des rapports personnels ni même politiques. Il s'agit de la patrie, ce que nous avons en commun. Et dans ce contexte, je pense que l'un et l'autre, nous aurons le même but qu'est-ce qui nous rapproche de la paix. J'ai entendu le Président Macron parler à plusieurs reprises de désescalade. C'est un concept que je partage. Nous devons agir pour la désescalade et pas pour l'escalade. C'est pourquoi je ne réponds jamais sur les armes.

Ce n'est pas que je sois contre par principe qu'on arme des gens. Il y avait une deuxième question,

15:05
Intervenant

l'entrée de l'Ukraine dans l'Union Européenne.

15:07
Jean-Luc Mélenchon

Oui, c'est bien, il le demande. Mais pardon de vous dire que ça ne se réglera pas seulement dans l'émotion. Est-ce que c'est une bonne chose ? Certainement pas. Dans les conditions actuelles, ça ne serait pas du tout une bonne chose. Pourquoi ? Parce qu'entrer dans l'Union Européenne, si j'ai bien compris, c'est pour se procurer une défense. Bon, fort bien, on a compris. Mais il n'y a pas que ça dans la vie. Aujourd'hui, le salaire minimum en Ukraine, c'est 130 euros. Alors, permettez-moi de vous dire que je ne supporte pas l'idée qu'arrivent dans un marché commun de libre circulation des marchandises et des personnes des gens qui ont payé 130 euros par mois.

Donc, il faudra donc commencer par une harmonisation sociale qui veut dire de la convergence. Parce qu'avant que l'Ukraine passe de 130 euros par mois au niveau où on est en France, en Allemagne ou en Espagne, il y a un bout de chemin. L'Espagne, c'était 750 euros et c'était un des plus bas. Par conséquent, vous voyez que ces questions-là ne peuvent pas se régler comme ça à l'emporte-pièce. On doit penser aussi à se protéger nous-mêmes et à quelle idée on se fait des rapports sociaux en Europe.

16:04
Intervenant

Si vous êtes élu Premier ministre, ça fait bon dire les spécialistes de la Constitution, mais si jamais vous devenez Premier ministre, vous vous rendez en Ukraine ? Vous irez ?

16:13
Jean-Luc Mélenchon

Pourquoi faire ?

16:15
Intervenant

Ou en tant que... Vous êtes une personnalité du monde politique français, vous représentez aussi un parti... Je voulais me voir disparaître. Vous serez peut-être bientôt la première force d'opposition à l'Assemblée nationale. Il y a d'autres parlementaires qui s'y sont rendus. Boris Johnson y est allé pour annoncer l'arrivée d'armes en tant que Premier ministre, par exemple. Oui, bonne idée, ça le regarde.

16:32
Présentateur

Mais nous, Français, on fait autrement. Alors, nous, Français, allons peut-être faire autrement d'un point de vue diplomatique. C'est un mouvement de grève qui va avoir lieu le 2 juin qui est un peu passé inaperçu. Je vais essayer de le résumer rapidement pour les gens qui nous regardent. Le 1er janvier 2023, le corps diplomatique français cessera d'exister. En gros, aujourd'hui, les diplomates français sont à part des hauts fonctionnaires du reste de l'État. Ils sont en grève et c'est inédit depuis 20 ans. Ils jugent que ce serait moins efficace. Pour résumer les choses, un préfet pourrait devenir demain diplomate et inversement, ça n'était jusqu'à présent pas possible.

Est-ce que vous comprenez qu'ils fassent grève ? Est-ce que vous comprenez leurs inquiétudes ?

17:09
Jean-Luc Mélenchon

Oui, et je les soutiens. Et je leur dis que si nous gagnons les élections, la réforme qui a été mise en place sera immédiatement interrompue. Pourquoi ? La France a le 2e réseau diplomatique mondial. C'est un avantage acquis de l'histoire. D'une génération à l'autre de diplomates se transmettent du savoir-faire, etc. C'est un métier diplomate. C'est comme pompier ou docteur. C'est un métier. Et ça n'est pas interchangeable avec qui l'on veut fût-ce un préfet. Le préfet, c'est le meilleur des cas, c'est un serviteur de l'État. Mais telle qu'est faite la réforme, une personnalité, je pourrais par exemple décider que M.

Barbier m'ait en sympathique ou bien pour l'éloigner, je l'envoie ambassadeur de France je ne sais où dans le monde. Ce n'est pas possible de travailler comme ça. Ça, c'est le système américain. Ça s'appelle spoil system. Quand arrive un président, il dépouille les anciens et il met les siens à la place. Nous, les Français, nous avons une tradition en quelque sorte d'indépendance des grands corps de l'État qui servent le pouvoir politique quel qu'il soit. Je peux d'ailleurs acter le fait que personnellement, j'ai toujours été traité d'une manière parfaite par le corps diplomatique chaque fois que je me suis déplacé.

Alors que je suis un opposant depuis la Saint-Glinglin et pas un des plus tendres. Mais il y a toujours eu cette forme de rapport entre Français et qui fait souvent l'admiration des autres qui se disent c'est bon chez vous. Alors, eux, ils ont perdu tout leur personnel. Ils ont perdu 30% de leur personnel en 10 ans. 50% en 30 ans. Et on leur a donné des missions que pour ma part je désapprouve. Comme par exemple être ceux qui s'occupent de la diplomatie économique. Alors non. Pour moi, un ambassadeur n'est pas un représentant de commerce. Faites confiance aux grandes entreprises. Elles savent le faire.

18:53
Intervenant

Tous les autres aident leurs entreprises. Les allemands d'abord, les américains. Donc en n'aidant pas nos entreprises, les diplomates nuisent à l'emploi en France.

19:00
Jean-Luc Mélenchon

Non. Et bien ça, c'est tout à fait faux parce que d'abord, tous ces gens ne font pas tout ce que vous dites. Et deuxièmement, si les grandes entreprises qui travaillent à l'étranger ne sont pas capables de se valoriser par elles-mêmes, il y a vraiment un problème. Il y a vraiment un gros problème. Je n'ai pas entendu dire qu'Alstom ait eu besoin que l'ambassadeur menace le gouvernement d'Équateur pour installer le tramway là-bas à Coenca, en Équateur. Monsieur Mélenchon,

19:23
Présentateur

on revient en direct dans un instant pour la suite de cette émission. Pouvoir d'achat,

19:26
Jean-Luc Mélenchon

écologie, système de santé, entre autres choses.

19:28
Présentateur

J'aurais pu dire ce que les diplomates avaient à faire, mais il m'a égaré. Nous avons encore plus d'une demi-heure d'émission dans quelques instants. A tout de suite. Vous n'êtes pas très gauline. Jean-Luc Mélenchon est l'invité de BFM Politique ce midi sur BFM TV. Christophe, Damien Abad,

20:02
Intervenant

mis en cause, pardon, accusé de viol par deux femmes, pas mis en examen, pas même d'enquête. Le parquet, cette semaine, a décidé de ne pas ouvrir. Donc il reste au gouvernement parce que présomption d'innocence. Vous êtes d'accord avec ce raisonnement ?

20:15
Jean-Luc Mélenchon

Ne me demandez pas mon avis. Nous, on a fait... Je ne suis ni juge ni policier. Nous, on a fait un choix. Nous, insoumis. Qui est un choix qui a été difficile à faire parce qu'il est arbitraire, totalement arbitraire. Nous croyons ce qu'on nous dit. Et quand une femme se plaint, nous prenons le signalement et s'il paraît avoir, bon, le minimum de sérieux, nous écartons les hommes qui sont visés par ces signalements. Nous l'avons fait pour une de nos candidatures. Dans le passé, deux ou trois fois, ça s'est moins vu. Voilà. C'est un parti pris dont je mesure le caractère arbitraire, mais c'est un choix politique qui s'applique à une organisation politique.

Je pense que dans l'État, sans doute, vaudrait-il mieux tenir compte du fait que ça déclenche une telle émotion que ça mérite d'être regardé de plus près. Voilà. Je ne saurais pas vous en dire davantage parce que je ne veux pas accabler quelqu'un s'il est innocent ni non plus le ménager s'il est coupable. Et chacun d'entre nous, on est à peu près au même point.

21:15
Intervenant

Donc, il agit en conscience, et vous lui laissez la liberté de sa décision et derrière lui, la première ministre et le président.

21:20
Jean-Luc Mélenchon

Non, je ne lui laisse pas la liberté de sa décision parce que si ça se trouve, il est agresseur. Je laisse la liberté de décision à celui qui l'a prise, c'est-à-dire le président de la République et le premier ministre qui ont décidé, un, de le nommer en connaissance de cause, deux, de le maintenir en connaissance de cause.

21:36
Intervenant

Vous dites en connaissance de cause, justement, et vous parliez d'arbitraire tout à l'heure. Est-ce que le gouvernement n'a pas pu se dire qu'il y a eu deux plaintes, elles ont été classées sans suite ? Donc, ça veut dire que ces affaires-là sont éteintes d'une certaine façon. En clair, est-ce qu'on peut empêcher un homme de rentrer au gouvernement ou d'être candidat, d'ailleurs, à des élections, puisqu'on parlait de ça tout à l'heure, sur la base de sa réputation ?

21:56
Jean-Luc Mélenchon

Certainement pas. Mais je viens de vous répondre. Tout dépend quel prix on accorde. Si les signalements sont maintenus par ces femmes, quel prix on décide d'accorder aujourd'hui à de telles déclarations ? Nous, on en a fait un choix. On a décidé qu'on écartait les hommes. C'est injuste aussi, on peut dire. Mais est-ce que... Voilà la sélection que je vais vous poser. Si vous êtes Premier ministre, je pense que...

22:19
Présentateur

Non, mais ma question, pardon, précise, c'est pourrez-vous établir une règle ? Parce que c'est la difficulté. La difficulté aujourd'hui, il y a des jurisprudences balladures pour ne pas la citer pour les gouvernements, les démissions de ministres à l'époque de son gouvernement, etc. Mais il n'y a pas de règle.

22:33
Jean-Luc Mélenchon

Est-ce que vous... Ils en ont créé une. Ils ont créé la règle d'après laquelle en se demandant qu'est-ce qu'on fait ? Vous dites que c'est le gouvernement... Je parle des gens mis en examen. Je ne parle pas des gens qui sont signalés ou qui font l'objet de rumeurs. Si des plaintes sont déposées contre M. Haddad, bon, ben,

22:54
Intervenant

il devrait s'en aller. Mais donc, ça veut dire qu'en attendant que des plaintes soient déposées, pour vous, il ne peut pas rester au gouvernement ? Est-ce que ça dit quelque chose de ce gouvernement, selon vous ? Ça veut dire quoi ? Ça veut dire quoi ? On n'écoute pas assez la parole des femmes ?

23:04
Jean-Luc Mélenchon

Non, mais si vous voulez, c'est beaucoup de choses qui s'empilent, parce qu'il y a eu des précédents. Je tiens quand même à le rappeler dans le gouvernement et qui sont toujours membres de ce gouvernement. Alors, l'impression qu'on a de l'extérieur, c'est qu'en réalité, la parole des femmes ne compte pas trop. Ce n'est pas une règle. Moi, je vous ai dit quelles règles dures nous nous sommes appliquées.

23:27
Intervenant

De qui parlez-vous quand vous dites qu'il y a eu des précédents ?

23:28
Jean-Luc Mélenchon

Gérald Darmanin uniquement ? D'autres ? Nicolas Hulot ? Moi, je ne suis pas un accusateur public. Je ne veux pas de ce rôle-là. Je ne suis pas juge, mais ce sont des choses... Écoutez, à quoi bon une justice si nous pouvons régler sur un plateau de télé le sort des gens ?

23:43
Intervenant

Donc, gardons la règle de la mise en examen. Ça veut dire des indices graves et concordants. Au moins, c'est clair. Par exemple.

23:48
Présentateur

M. Mélenchon, le pouvoir d'achat. Alors, ce gouvernement n'a fait sa priorité. Non, mais je ne veux pas vous faire entraîner. On arrête ou on poursuit ?

23:55
Jean-Luc Mélenchon

Il y a aussi la foi qu'on accorde à la parole d'un signalement. Ça, c'est au moins aussi important. Mais c'est un choix politique et il faut le présenter comme ça. Dire, écoutez, nous prenons cette décision parce que dans le contexte, nous tenons à ce que la parole des femmes soit crue. C'est ça l'enjeu aujourd'hui. Arbitraire politique. Oui, mais alors, sauf que du coup,

24:14
Présentateur

pardonnez-moi, je reviens à cette question, ça n'en fait pas une règle et c'est toute la difficulté aussi. Ben si, c'en est une. Je viens de le dire. Qu'est-ce que je peux faire de mieux ? Non, non. Vous, c'est une règle politique dans votre parti. Si demain, vous êtes Premier ministre, ça n'en fait pas une règle. Il est vraisemblable que je l'appliquerai sans doute.

24:26
Jean-Luc Mélenchon

D'accord. Voilà, au moins, c'est une réponse claire. Mais je préfère dire d'avance. C'est arbitraire. Ça peut être follement injuste. Ça peut être terriblement injuste. Mais l'inverse serait encore plus injuste. C'est-à-dire qu'un signalement ayant été fait, la parole des femmes n'ait pas été entendue et qu'un violent puisse continuer à penser qu'il n'est pas concerné par les règles du devoir qu'on a à l'égard des autres. M. Mélenchon,

24:51
Présentateur

le pouvoir d'achat. L'inflation est à près de 5 points. Les prix sont en vol. Vous allez me trouver plus tranquille. Je ne sais pas. On va voir. Elisabeth Borne a réuni ses ministres pour leur distribuer, c'est l'expression, les feuilles de route de ce début d'exercice. Priorité, donc, pouvoir d'achat pour tout le monde. On l'écoute. Elisabeth Borne.

25:09
Auditeur

On va s'assurer qu'il n'y a pas de trou dans la raquette, si je peux dire, et qu'on prend bien en compte la situation, cette inflation, ce retour de l'inflation pour l'ensemble des Français.

25:20
Présentateur

Vous n'avez pas entendu parce qu'il y a le décompte en plateau, évidemment, qui a couvert ce que disait Mme Borne, qui a dit, donc, je vais vous le répéter, on va s'assurer qu'il n'y a pas de trou dans la raquette et que tous les Français sont protégés par l'inflation.

25:31
Jean-Luc Mélenchon

Non, ce n'est pas sérieux. De l'inflation. Oui, bah, écoutez, déjà, il faudrait peut-être qu'ils se réveillent. Sinon, à quoi bon avoir un gouvernement ? Là, c'est en ce moment que les gens sont pris à la gorge. Donc, c'est maintenant, tout de suite, qu'il faut décider des choses. Alors, ce qui a été décidé est inepte. Je préfère le dire. Ma méthode politique n'est pas la même du tout. Eux, ils distribuent des chèques du trésor public pour alimenter le trésor privé.

C'est-à-dire qu'on prend dans l'argent public celui qu'on a tous donné par nos impôts et nos taxes et on le redistribue en chèques ceci, chèques cela, qui, en général, ne sont jamais suffisants parce que la vie des gens étant tellement différente, leurs règles ne valent rien. Ma position à moi est la suivante. Premièrement, taper au cœur du processus d'augmentation des prix. C'est-à-dire, enfermer le foyer d'incendie inflationniste. C'est quoi ? Eh bien, d'abord, le carburant. Parce que, pardon, c'est de là que vient tout le reste. Beaucoup de choses du reste.

Le carburant, je suis pour que le prix soit bloqué et qu'il soit ramené à la baisse tel qu'il était la première fois que, pour ma part, j'ai proposé le blocage.

26:36
Présentateur

Pardonnez-moi, juste pour clarifier les choses. On ne vit pas sur une île. On participe d'un marché, M. Mélenchon.

26:42
Jean-Luc Mélenchon

Monsieur, figurez-vous qu'il y en a qui vivent sur une île qui ont des prix bloqués. Ça se passe à La Réunion. À La Réunion, le prix est bloqué non seulement de l'essence mais de 153 autres produits sous l'autorité du préfet, pas des passants dans la rue, d'accord ? Plus des gens et des citoyens tirés au sort. L'essence est à 1,60 et les prix sont maximaux.

27:00
Intervenant

Mais le manque à gagner des pétroliers qui, eux, achètent sur les marchés parfois plus cher, il est compensé par le reste de la France de l'État.

27:06
Jean-Luc Mélenchon

Non, non, non. Ils ne produisent pas en France.

27:11
Intervenant

Donc, les coûts de ces productions

27:13
Jean-Luc Mélenchon

et de ces transports... Vous commencez par dire non, ils produisent donc, c'est eux qui fixent le prix. Et j'en viens. J'ai dit d'abord le foyer d'inflation mais je voudrais évoquer les deux autres points rapidement. Mais restons-en là. Quand Total fait le plus fort bénéfice de toute l'histoire de l'industrie en France, quand ils accumulent des masses d'argent de cette nature, pardon de vous dire qu'on pourrait parfaitement dire ben cette fois-ci il va falloir être moins gourmand, vous en prendrez moins. Pourquoi ? Parce que notre pays est pris à la gorge. Ce n'est pas par idéologie.

C'est parce qu'on a organisé le territoire, on a organisé la vie sur la consommation massive d'essence et de ces sortes de produits de pétrole. Voilà. Si vous mettez le prix à ce haut niveau, ça veut dire qu'il y a des milliers de gens qui doivent faire un arbitrage entre se transporter ou se nourrir et vous savez que les gens ont arbitré pour le transport. Et deuxièmement, que vous empêchez les gens de vivre. Parce que quand vous êtes dans une zone urbaine, vous ne pouvez pas accéder à l'hôpital, au grand marché,

28:13
Présentateur

etc. Aujourd'hui, pour que les choses soient claires pour les gens qui nous regardent, aujourd'hui vous n'avez pas le droit de dire à Total je vous empêche de distribuer ça ou je vous empêche de faire ça. Comment vous le faites demain ? Alors si,

28:24
Jean-Luc Mélenchon

il y a un article du Code du Commerce, c'est le 410-2. Mais circonstances exceptionnelles. Oui, c'est circonstances exceptionnelles, non ? Si vous trouvez que ce n'est pas une circonstance exceptionnelle de l'essence à 2 euros, dans quel monde vivez-vous ? Compte tenu de ce qu'est la vie des gens. Circonstances exceptionnelles, j'ai dit, si on bloque le foyer d'inflation, on est en état de l'empêcher de se propager à tous les autres secteurs. Pourquoi le président de la République, qui est encore à cette heure le président de l'Union Européenne, pourquoi n'a-t-il pas fait un prix de gros, n'a-t-il pas demandé qu'il y ait un prix de gros pour l'essence, pour toute l'Europe ?

Un marché de 450 millions de consommateurs, personne ne lui dit non. J'ajoute que l'Espagne, le Portugal ont décidé de bloquer les prix du pétrole et du gaz. Alors, qu'a dit l'Europe ? Elle a dit, ben on comprend. Donc ça vous montre que c'est possible. C'est une des mesures de votre plan,

29:12
Présentateur

Robin Desbois, de ce plan que vous présentez pour ces élections avec votre coalition de gauche, la NUP. Est-ce que ça, c'est la première mesure que vous souhaitez mettre en place ? Est-ce que c'est la toute première ? Il y en a d'autres, on va y revenir, mais est-ce que c'est la première ?

29:24
Jean-Luc Mélenchon

C'est la première mesure. À chaque fois que je fais une émission, on me demande dans le domaine de la première mesure, il y aura évidemment... Ben oui, ben c'est important. C'est évident que c'est important. Et il n'y a pas que le pétrole, il y a ensuite les produits de première nécessité. Expliquez-moi voir pourquoi les pâtes augmentent. Comme dit M. Leclerc, il dit ça n'a rien à voir avec la guerre d'Ukraine puisque nous sommes en train de consommer la récolte de l'année dernière. Donc c'est de la spéculation.

29:46
Intervenant

Si jamais vous bloquez les prix alimentaires et notamment le blé parce qu'on dépasse 400 euros la tonne sur les marchés européens, c'est une catastrophe en termes de prix. On est d'habituellement à 750 euros. Habituellement à 750 euros. Comment est-ce que vous faites pour que ça ne retombe pas sur les agriculteurs ?

30:01
Jean-Luc Mélenchon

Ça ne peut pas retomber sur les agriculteurs. Pour la raison suivante. Chaque fois que le prix agricole se forme, pour un euro, il y a 8 centimes qui va à l'agriculteur. De plus, le secteur du blé, des céréales d'une manière générale, est un secteur qui est très puissamment subventionné. Par conséquent, le risque n'existe pas pour eux. Maintenant, s'agissant des très gros céréaliers, la preuve a été faite que la progression la plus spectaculaire des fortunes est venue du domaine de l'agriculture et de l'agroalimentaire. Parce qu'il s'y fait une accumulation tout à fait extraordinaire.

Donc, ils devront mettre la main à la poche et en particulier, les marges dans la distribution doivent être contenues.

30:41
Présentateur

Une question, pardonnez-moi, sur le code que vous avez mentionné tout à l'heure et les circonstances exceptionnelles que je précisais. Est-ce que vous prévoyez de pérenniser ça ? C'est-à-dire de sortir ce texte de circonstances exceptionnelles pour l'inscrire dans la loi d'une manière plus pérenne.

30:55
Jean-Luc Mélenchon

Non, non, mais là, il est très bien, il est dans le code du commerce, il n'est pas la peine d'aller se prendre la tête et de faire des nœuds au cerveau. Non, mais ça veut dire

31:00
Présentateur

qu'une fois sorti d'une inflation galopante, par exemple, on revient à des prix

31:03
Jean-Luc Mélenchon

qui pourront... Pour être clair, je ne suis pas partisan du contrôle généralisé des prix. Ce n'est pas ma position. Mais lorsque le système capitaliste de notre temps provoque une boucle comme celle qu'on a, c'est-à-dire où les entreprises ont quasiment la liberté de fixer les prix sans rencontrer jamais aucun obstacle. Et de l'autre côté, accumule de tels profits, il faut l'intervention de l'État. Et c'est l'État qui bloquera les foyers de contamination. Premièrement.

Deuxièmement, pardon, pour que vous ayez tous les éléments en tête, ce que je redoute à cette heure-ci, c'est qu'entre l'augmentation des prix de la vie quotidienne, le blocage, l'augmentation des taux par la Banque Centrale Européenne, nous ayons un étouffement de l'économie parce que la consommation populaire, c'est 53% du PIB, de la croissance de notre pays. Et si le banquier central décide d'augmenter les prix des taux, ce qui n'aura aucune influence sur les prix, aucune, je prends l'engagement devant vous, vous pouvez me ressortir cette séquence chaque fois que vous voudrez, l'augmentation des taux n'aura aucun effet sur l'inflation.

Mais ce que ça aura comme effet, c'est de ralentir l'activité économique. Aujourd'hui, elle est à 0% en France. Il y a donc un grave danger d'effondrement de notre économie dans ce qu'on appelle la stagflation, c'est-à-dire les prix augmentent et on ne produit pas. Donc moi, je n'aime pas ce modèle, pardon M. Barbier, ce n'est pas mon modèle économique. Mais je sais que si vous êtes sur la bicyclette, ce n'est pas le moment de rêver à autre chose et vous êtes obligé de vous occuper de la bicyclette. Même si l'inflation

32:33
Intervenant

permet aussi parfois de désendetter. Dans vos mesures prioritaires, est-ce que le gel des loyers sera installé immédiatement ou est-ce que vous entendez l'argument d'Elisabeth Borne qui est de dire attention, il y a des retraités modestes qui ont un complément de retraite avec un petit appartement qu'ils louent. Si vous gelez le loyer, vous appauvrissez les retraités.

32:51
Jean-Luc Mélenchon

C'est comme ça qu'on raconte n'importe quoi sur les petits au nom des gros. Mais est-ce qu'on peut protéger les petits, on peut protéger les milliardaires. Vous savez que 3,5% de la population possèdent 50% des logements mis en location. Alors, assez de flûte avec le petit propriétaire. Et je vais vous poser la question. Vous ne distinguerez pas. Mais attendez, mais en quoi le petit propriétaire est-il concerné ? Ce n'est pas le propriétaire qui paye les charges, non ? Vous, vous payez. Peut-être que vous n'êtes pas pour vous. Non, mais parfois,

33:19
Intervenant

ils tirent des revenus des loyers. Ils louent son bien. C'est un complément de revenu qui parfois est indispensable.

33:25
Jean-Luc Mélenchon

Voilà, alors dites-le comme ça. Dites, nous demandons que l'inflation, l'augmentation des prix soit compensée par l'augmentation des loyers. Autrement dit, que les gens payant leurs loyers aident à payer pour le petit propriétaire ses fruits et légumes, etc. Mais c'est un modèle économique aberrant qui nous est proposé là. Parce que les gens, si vous avez une augmentation qui est prévue de 10% des loyers, c'est ça qui est à l'ordre du jour, les gens y consacrent déjà 30 et plus pour cent de tous leurs revenus. Quand j'étais petit jeune homme, dans les années 70, on y mettait à peine 10% de nos revenus. La situation s'est dégradée. Pourquoi ?

Parce qu'on n'a pas construit assez, donc il y a rareté. Et maintenant, vous voulez en plus faire d'autres gens. Il faut construire et rénover les 3 millions d'appartements vacants. Oui, ça c'est beaucoup de boulot. Là, vous lancerez

34:10
Intervenant

un grand plan, une sorte de planification écologique, si vous voulez dire,

34:13
Jean-Luc Mélenchon

commencer par ça sans doute. Parce que c'est ce qui va mettre le plus de monde au travail, donner une meilleure vie aux gens, à condition évidemment que ça ne soit pas l'occasion d'une arnaque, comme c'est le cas dans un certain nombre d'endroits, où sous couleur de réhabilitation, on a quasiment fichu les gens dehors de leur appartement ou augmenté tellement les loyers qu'ils n'arrivent plus à suivre. Mais oui, les loyers seront bloqués à la baisse. Tout le monde m'entend ? À la baisse.

34:36
Intervenant

Et quel délai ? Après votre... Si vous devenez Premier ministre, c'est combien de temps après ?

34:41
Jean-Luc Mélenchon

Eh bien, je ne sais pas, on va faire ça le temps qu'on s'installe et qu'on achète des stylos pour signer...

34:45
Intervenant

Non, mais c'est une vraie question. Le temps qu'on s'installe, c'est-à-dire que les gens ne bouclent pas leur fin de mois et chaque mois est une difficulté supplémentaire. Je repose ma question. Combien de temps après ? C'est le mois qui suit, c'est à l'été. Si tôt que possible.

34:56
Jean-Luc Mélenchon

Commençons tout de suite par élire nos députés pour que je puisse être Premier ministre parce que sinon, il n'y aura pas de délai du tout. Mme Borne, elle est là pour empêcher que les pauvres gens puissent... Vous ne voulez pas prendre

35:06
Intervenant

d'engagement sur un délai ?

35:08
Jean-Luc Mélenchon

Mais je ne vous comprends pas. Moi, je vous dirai n'importe quoi. 10 jours, ça vous va ?

35:11
Intervenant

Non, non, non. Non, mais les fameux 100 jours,

35:13
Jean-Luc Mélenchon

vous voyez les fameux 100 jours. En 97 et 35 heures, c'était une plus grosse courchette. Tout ça, évidemment, doit être fait tout de suite. Pourquoi ? Parce que c'est la situation d'urgence. Entendez-moi bien de tous les deux. Ce n'est pas de l'idéologie que je suis en train de vous faire là. Encore qu'idéologiquement, j'ai des raisons de combattre ce système. Mais je suis juste en train de vous dire que les gens sont pris à la gorge. Nous avons ça qui arrive devant nous. Nous avons la sécheresse qui arrive devant nous, qui va tout disloquer cette idée. Alors justement,

35:38
Présentateur

pardonnez-moi, je voudrais parler d'écologie, M. Mélenchon. Vous avez cité Elisabeth Borne. Elle est une des trois ministres en charge de l'écologie dans ce nouveau gouvernement qui en a fait une priorité a priori. C'était votre priorité de campagne en tant que candidat à l'élection présidentielle. Est-ce que ces nominations, vous les saluez ? Est-ce que c'est suffisant ? Est-ce que c'est encourageant ?

35:56
Jean-Luc Mélenchon

Alors, commençons par dire que tant qu'à faire de la planification écologique, mieux vaut s'adresser à ceux qui l'ont inventé qu'à ceux qui l'imitent. Parce que c'est nous qui avons inventé ça. Et pourquoi ? Pour dire que c'est la priorité au temps long. Là, je parle très sérieusement et je n'y mets aucun humour. Nous devons nous réapproprier le temps long. La société doit se réapproprier les cycles longs. Jusqu'à présent, elle a soumis toutes ses activités au temps court, du profit, de la rotation de la marchandise, etc. Cette réappropriation du temps long nécessite des mesures énergiques. Et leur organisation mutuelle, 90% d'entre vous, ont dans leur corps du glyphosate. 90% d'entre vous.

Ça signifie que vous êtes susceptibles de maladies de toutes sortes qui vont arriver. Ce n'est pas moi, mais une cerne qui a mis un rapport entre les pesticides et la maladie de Parkinson. Vous voyez, là, si vous ne vous réappropriez pas le temps long du soin, de la prévention, vous allez à la catastrophe, mais vous ne la voyez pas parce que la vie passe. Donc, dans le cas qui nous occupe, les personnes dont on parle se sont toutes distinguées par leur insensibilité aux questions fondamentales de l'écologie. Je viens de parler des glyphosates.

La ministre de l'Écologie, elle était là à 4h du matin, je dis un salu, elle était députée, il restait un insoumis à cette heure-là, qui a eu le réflexe de faire voter tout le monde par scrutin public. Donc, la ministre de l'Écologie, elle a voté contre l'amendement de suppression du glyphosate. La, madame, le ministre de l'Agriculture actuelle, M. Fénaud, était là aussi à 4h du matin et il a voté contre. Donc, ces gens, de longue date, ne comprennent pas l'enjeu. Ils ne peuvent pas changer ? Ni l'endroit où ça se loge. Ils ne peuvent pas changer ? Ça les disqualifie ?

Écoutez, peut-être qu'ils peuvent changer, mais ça serait étonnant parce que nous les avons vus à l'œuvre, nous connaissons leur raisonnement. Et surtout, nous connaissons les cycles qu'ils ne veulent pas voir amorcer. Car si je viens interdire les glyphosates au nom de la santé publique, d'ailleurs, notre gouvernement portera plainte contre les entreprises qui ont distribué ce matériel en sachant qu'il peut être nocif. Ben oui, ça existe, les gouvernements qui portent plainte. Eh bien, nous serons obligés de répondre aux paysans qui nous diront mais dites donc, vous êtes bien sympas vous avec votre histoire

38:10
Intervenant

de glyphosate.

38:11
Jean-Luc Mélenchon

Qu'est-ce qu'on fait des produits qui arriveront à moins cher chez nous et qui sont pleins de glyphosate ? Je serai donc conduit à devoir faire du protectionnisme écologique. Concept que je partage avec les socialistes et les écologistes. Donc, vous voyez, évidemment, nous ne ferons pas tant que nous ne sommes pas garantis de l'impact. Et puis, bon, tout ça s'organise. De la même manière, je peux prendre d'autres exemples. Ils ont rallongé jusqu'au mois de décembre le broyage des poussins vivants. Vous savez qu'on en broie 50 millions par an. 50 millions. Eh bien, moi, j'arrêterai ça tout de suite.

Alors, ils vont se débrouiller avec des poussins vivants justement au moment où ils ont la grippe aviaire. La grippe aviaire vient des grands, comment dire, des grands rassemblements d'animaux. Ce gouvernement est contre le fait qu'on supprime les fermes-usines. Donc, sur toutes les questions clés, ils sont contre.

38:57
Intervenant

Très vite, on voit que derrière ces mesures, le mot, c'est protectionnisme parce qu'en effet, le reste du monde ne fonctionne pas pareil. Donc, votre système, c'est un système pour le mélenchonisme dans un seul pays. C'est un système d'isolement de la France avant que la planète soit peut-être convertie. Mais pour l'instant, ça veut dire que vous allez devoir fonctionner en vas-clos.

39:13
Jean-Luc Mélenchon

Vous me présentez la chose habilement et aimablement, mais elle n'en est pas moi. C'est vous qui avez dit protectionnisme. Non, non, mais oui. Mais vous avez remarqué que j'ai parlé du glyphosate. Vous avez-je dit que je ferais du protectionnisme contre les écharpes rouges ou bien contre la magnifique... Mais nous n'exporterons plus de nos produits. C'est là la mécanique du protectionnisme. Non, c'est absolument contraire à l'OMC, au règlement de l'OMC. Mais attendez, M. Barbier est compté sur moi pour être habile. Je ne suis pas un gamin, je n'arrive pas dans la politique.

Donc, si j'interdis certains produits comme Premier ministre ou les ministres chargés, ce sera au nom de la santé publique, pas au nom des règlements de circulation des produits. Et je demande aux pays qui me diraient puisque vous ne voulez plus de glyphosate, alors nous ne voulons plus de vous, je dirais alors vous, vous buvez du glyphosate, vous mangez du glyphosate ? C'est ce que font les Américains, les Canadiens. Oui, ils changeront d'avis. On leur a fait le coup sur la viande. Mais attendez, M. Barbier. Donc, il faudra faire changer d'avis la planète. Non, non, non. Ne caricaturez pas. Si, une bonne partie de la planète. Mais non, c'est... Vous y arriverez peut-être. Attendez, M.

Barbier, non, ce n'est pas le sujet. C'est ce que vous dites qui est tragiquement caricatural. Parce que vous êtes encore dans le XXe siècle. Vous croyez que la liberté du commerce, la libre circulation, c'est la prospérité. Le marché et la liberté du commerce ont donné comme résultat que vous avez sous les yeux de la nourriture malsaine qui nous coûte cher en santé publique. Deuxièmement, des pénuries, parce que ce que nous vivons, c'est la pénurie, notamment à cause des prix. Donc, votre système ne marche pas. Donc, on démondialise. Alors, mais ça, ça va se faire tout seul. Même M. Roux de Bézieux, il explique qu'il faut relocaliser. Alors, mettez-vous à la page, quoi.

Moi, je le fais à ma manière. Je le ferai un peu... Je ferai attention, mais je ne lâcherai pas prise. Si il n'y a pas un grand pays qui fait le tournant, personne ne le fera pas.

40:55
Présentateur

M. Mélenchon, une question sur l'eau, l'accès à l'eau. Alors, il y a des situations tragiques dans les territoires d'outre-mer, mais en fait, il y a une sécheresse aussi en métropole, là, tout de suite, qui a débuté. On fait comment ? Rapidement. Là, vous avez parlé du temps moyen,

41:09
Jean-Luc Mélenchon

du temps long. Oui, oui, j'ai une solution. On fait pleuvoir. Qu'est-ce que vous en dites ? Une petite danse de la pluie. Bon. Alors, d'abord, commençons par dire une chose. Je vous avais alerté. J'ai commencé ma campagne présidentielle. Le cycle de l'eau est perturbé. Nous, je... Non, mais pardon,

41:25
Présentateur

vous faites une vanne sur ma question. Vous en faites une blague. Moi, je vous interroge sur ces questions à de nombreuses reprises. Oui, oui. Je vous interroge sur une urgence. Au-delà de la blague sur la pluie, il y a des agriculteurs, il y a des gens qui, là, se trouvent en détresse parce qu'il ne se passe rien. Est-ce que... Et c'est une suivante question. Alors, bien, on commence par dire qu'il ne se passe rien. C'est quand même remarquable. Est-ce que nous avons une solution à proposer ? Est-ce que vous avez

41:46
Jean-Luc Mélenchon

une solution à proposer ? Mais bien sûr. Mais la vie, c'est que des problèmes. Donc, c'est que des solutions. Là, nous avons un nouveau problème. Il va avoir des conséquences énormes. La récolte va être moins bonne pour le blé que nous plantons en France qui fait que nous sommes autosuffisants et c'est du blé qui sert à faire le pain et les choses comme ça. Les prix vont monter. Et d'une. Les prix vont augmenter et il va y en avoir moins. Nous avons intérêt à réquisitionner les stocks. Alors, on m'a déjà dit qu'il faut le faire pour être certain que les Français ne seront pas privés d'une partie de leur propre blé qui partirait à l'export. On exporte la moitié. Deuxiots. Ben ouais. Attends.

On garde. Justement, on y vient. Deuxiots. Nous avons un problème avec nos voisins maghrébins qui tous dépendent des importations de blé. Le blé de l'Ukraine et de la Russie. Les ports ukrainiens sont minés. Les Russes ont dit « Ah bon, bien que les bateaux passent, mais c'est vous qui déminez. » Dissent-ils aux Ukrainiens. Tels que sont les traités internationaux, seuls les Turcs et les Russes ont le droit de mettre des bâtiments militaires à cet endroit-là. Ok ? Donc ce blé, il va rester là, bloqué pendant un moment.

Est-ce que nous pouvons accepter que les populations à qui nous sommes liées par des liens de familles qui sont là-bas, en Algérie, en Tunisie, au Maroc, ce soit dans la situation de crise abominable dans laquelle ils seront plongés s'ils n'ont pas de blé ? Donc, si je suis le Premier ministre, j'irai voir le Premier ministre de l'Algérie et je lui dirai « Monsieur, je vous garantis les fournitures que vous prenez en France, 20 %, peut-être plus, mais je vous demande de me garantir, en essence, c'est un rapport égalitaire, du pétrole et du gaz à des prix qui soient supportables par ma population. Donc, d'une situation de crise, on peut faire un bienfait. Mais vous maintenez du fossile.

43:24
Intervenant

Si vous faites ça, vous maintenez du fossile quand même.

43:26
Jean-Luc Mélenchon

Je crois ? Vous maintenez du fossile,

43:27
Intervenant

de l'énergie fossile.

43:29
Jean-Luc Mélenchon

Oui, ben, je n'ai pas l'intention sur un claquement de doigt de dire « vous ne roulez plus, il n'y a plus de lumière, il n'y a plus de... » Non, soyons sérieux. Aussi longtemps que la transition n'est pas en place, on est obligé de faire avec ce qu'on a. Vous faites du Ricardo, quand même, grand penseur libéral. Non, mais je fais, moi, avec ce que j'ai vu faire, que j'ai vu marcher ou pas marcher dans le monde, dans la manière de faire de la politique, notamment comme c'est une politique de rupture avec les normes dominantes de mon époque.

La chance que j'ai, c'est que j'arrive à un moment où une partie de mes adversaires sont eux-mêmes en train de se rendre compte que leur système ne fonctionne pas. Pour moi, vous n'imaginez pas ce 29 mai comme il est important. C'est l'anniversaire du non au référendum constitutionnel qui prétendait imposer le libéralisme qu'il a réussi à faire en Europe. Et deuxièmement, c'est le jour où à la une du monde, sur six colonnes, il y a comment penser la planification écologique. Donc, ça veut dire que nous avons su penser à temps ce qu'il fallait faire. Et forcément, il y aura un compromis. Et je pense qu'une partie du capitalisme français est prête à ce compromis.

Parce que si on ne fait pas ce que je suis en train de vous dire, lâcher l'abri des augmentations de prix, lâcher la bride à l'enfermement des gens, qu'est-ce que vous ferez après ? Vous aurez une situation socialement intenable. Personne n'a intérêt à ça. C'est pourquoi je parle aussi de l'Algérie, du Maroc et de la Tunisie. D'abord parce que nous sommes liés par des liens affectifs, mais aussi parce que nous savons très bien que si nous ne le faisons pas, ça se terminera par une déroute migratoire. Par conséquent, notre intérêt est de gérer correctement en partant du critère humain, des besoins humains. Si on fait ça, on a une chance de faire moins de bêtises que d'habitude.

45:03
Intervenant

Les élections législatives approchent. Vous voulez être élu Premier ministre, ça n'a pas de sens constitutionnel, mais ça a eu un fort sens, un fort impact politique, pour mettre un terme à l'exercice solitaire d'un seul homme, c'est-à-dire le Président de la République. Mais vous opposez votre exercice solitaire du pouvoir, chef de la NUPS, contre cet exercice solitaire du Président de la République.

45:23
Jean-Luc Mélenchon

Eh bien, dis donc, quel parallèle ! Non, d'abord, il y a plusieurs raisons qui démentent ce que vous venez de dire. Alors d'abord, mettons les choses au point, c'est un bon slogan. élire on sait qui. Dans tous les pays d'Europe, ça se passe comme ça. Madame Merkel était très présente, tout le monde fait comme ça. Donc, ce n'est pas la personnalisation qui est en cause, qui est en cause, c'est les pouvoirs qu'a une personne d'eux-mêmes. Je n'aurai jamais les pouvoirs du Président Macron, pour la raison qui n'est pas prévu dans le cadre du Premier ministre. Bon, donc, les pouvoirs du Premier ministre sont très importants.

Ils permettent d'appliquer une politique qui n'a rien à voir avec celle du Président. La preuve, ça s'est passé sous M. Mitterrand, ça s'est passé sous M. Chirac. Jospin a pu appliquer sa politique. Donc, il n'y aura pas de difficulté du moment qu'il y a une majorité de députés de l'ANUPS. Quant à moi, j'ai dit que, par la force des choses, commençait, avec notre victoire à l'élection législative, un monde nouveau, au sens où, par la force des choses, ce sera un monde parlementarisé. C'est-à-dire que le Parlement va tout d'un coup jouer un rôle qui n'a jamais joué dans le passé.

Et puis, pour exciter un peu l'attention des commentateurs, j'ai été jusqu'à dire que si par hasard il y avait une divergence entre le Président de la République et le Premier ministre, eh bien, l'Assemblée tranchera.

46:36
Présentateur

Je vous ai mis tout ça. Est-ce que vous avez entendu ce qu'a dit Édouard Philippe à ce sujet, ce slogan que vous avez trouvé ? Il dit qu'il faut quand même une certaine audace pour que quelqu'un qui a été battu à une élection où il était candidat puisse penser qu'il va être élu à une élection où il n'est pas candidat.

46:51
Jean-Luc Mélenchon

Eh bien, écoutez, de l'audace, il en faut. Et il en a fallu dans l'histoire à des moments où c'est elle qui a fait la différence. Donc, j'ai de l'audace. Et en effet, je mène une bacaille et en effet, je ne plie jamais bagage. Alors, je ne suis pas candidat à l'élection législative parce que ça serait la septième fois que je serai parlementaire. J'estime que j'ai déjà légèrement dépassé la limite. Par conséquent, voilà, si mes camarades sont élus en majorité à l'Assemblée nationale, eh bien, je serai Premier ministre parce que c'est dans notre accord. Ce n'est pas autre chose que parce que c'est dans notre accord. Et j'assumerai toutes les fonctions. Quant à M.

Édouard Philippe, eh bien, il aura le droit de s'occuper de l'opposition en ce cas-là. Et c'est bien parce qu'il n'est pas candidat à être dans l'opposition.

47:37
Intervenant

Si c'est vous qui êtes dans l'opposition, on va parler d'une autre opposition, opposition écologiste, en l'occurrence, à Grenoble. Éric Piolle, maire de Grenoble, a démarré une sorte de bras de fer avec le président de région, Laurent Wauquiez, sur la question du burkini. Il dit qu'à la réouverture des piscines, en tout cas, c'est ce qu'il veut à la fin juin, mi-juin, le burkini sera autorisé dans les piscines. Ça a été cassé par... En tout cas, le préfet dit qu'il s'y opposera. Qu'est-ce que vous pensez ?

48:06
Jean-Luc Mélenchon

Ça me saoule. Ça vous saoule ? Pourquoi ? Oui, ça me saoule. Parce qu'il y a 6 000 piscines publiques et 4 000 privées. Et je n'ai pas l'intention de me prononcer sur les règlements intérieurs de toutes ces piscines.

48:17
Intervenant

Alors, je vais vous poser la question autrement, si vous permettez.

48:19
Jean-Luc Mélenchon

Non, je ne vois pas l'intérêt qu'elle a.

48:21
Intervenant

Si, laissez-moi essayer.

48:23
Jean-Luc Mélenchon

Non, mais vous n'avez pas tout à l'heure, vous avez commencé par le sac de nœuds entre le président de région et le maire de la commune. C'est passionnant. Les féministes... Il faut oublier le directeur de la piscine. Les féministes elles-mêmes

48:32
Intervenant

en France se déchirent sur cette question. Il y en a qui disent que le burkini, le voile, bref, ce qui couvre le corps des femmes, c'est une liberté. Il y en a d'autres qui disent que c'est sexiste parce qu'il n'y a que le corps des femmes qu'on couvre. Quelle est votre opinion là-dessus ? Voilà.

48:45
Jean-Luc Mélenchon

Mon opinion personnelle. D'abord, les féministes ne se déchirent pas. Elles discutent. Parce que vous êtes terrifiants, vous, les journalistes. Quand on discute, on se déchire. On tire à boulet rouge.

48:56
Intervenant

C'est une épineuse question. Parfois, les discussions sont un peu... Elles se déchirent vraiment.

48:59
Jean-Luc Mélenchon

Vraiment, il y a des disputes très, très déroulantes.

49:00
Intervenant

Si, si, parce que c'est une question très importante en fait. C'est la France ici, ce n'est pas la crise. Oui, ça casse le mouvement de... Alors, le port du burkini est-il un progrès social parce que certaines femmes de classe modeste peuvent aller à la piscine ainsi ? Ou est-ce que c'est un recul... Vous m'avez demandé

49:13
Jean-Luc Mélenchon

mon point de vue personnel. Je vais donc vous donner le point de vue de l'individu Jean-Luc Mélenchon. Car le Premier ministre, je le crains, ne se mêlera pas des règlements des piscines. Et je pense que c'est à la Fédération des piscines de France... Et vous, qu'en pensez-vous ? Non, mais écoutez, ça fait deux fois que passe cette histoire au Conseil d'État. Le Conseil d'État dit si vous interdisez le burkini pour des raisons religieuses, vous avez tort parce que la piscine n'est pas un lieu laïque. C'est le service public qui est laïque, c'est l'école, etc. Donc, attendez, maintenant, il y a une question de fond qui est posée. Oui, c'est ça.

Quand vous discutez avec une personne qui porte des tenues recommandées par la religion et que vous lui dites que c'est un acte de soumission aux hommes, elle vous répond non, c'est un acte de soumission à Dieu. À partir de quoi, la discussion est arrêtée parce que vous ne pouvez pas vous disputer avec Dieu. D'accord ? Si quelqu'un qui croit que c'est la volonté de Dieu, il se plie à la volonté de Dieu. Alors, par contre, il y a des règlements et la nécessité de le régler. Maintenant, les tenues elles-mêmes. Commençons par dire que oui, une fois de plus, c'est le corps des femmes. D'accord ? Vous n'avez aucun règlement. Un homme torse nu ne peut pas se balader.

Christophe, on va s'arrêter là. Je suis désolé. Est-ce que vous pouvez terminer en une phrase, M. Mélenchon ? En une phrase, je crois avoir répondu que ce qui est de l'ordre de l'opinion, c'est-à-dire la bataille féministe contre un type de comportement, ne doit pas être confondu avec la loi. La laïcité de l'État, ce n'est pas l'athéisme d'État. Merci M. Mélenchon d'avoir été notre invité ce midi. Ça nous adorait tous. Merci d'avoir été avec nous. Oui, c'est fini. Non, non, il y a encore des sujets là. Il faudra revenir alors du coup.

50:47
Présentateur

On reprend date évidemment. Oui, vous êtes obligés de revenir. Merci Christophe Barbier. Bon, d'accord. Merci Jean-Luc Mélenchon. Merci M. Mélenchon. La semaine prochaine, non, mais peut-être on peut se revoir un peu plus tard.