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interviewRMC — Face à Face (sur Podcast)· 11 novembre 2022 9 min

Face à Face : Benjamin Haddad - 11/11

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

Vous écoutez RMC, RMC l'interview. Bonjour Benjamin Haddad, bienvenue sur le plateau d'RMC, RMC Story. Vous êtes député, porte-parole du groupe Renaissance. Vous avez aussi longtemps été chercheur en relations internationales. On va parler en ce 11 novembre de l'état de nos armées, de l'ampleur des dépenses que ça implique. D'abord l'actualité immédiate avec ce navire, l'Ocean Viking, qui est en train d'accoster ce matin au port de Toulon avec 230 migrants. À bord, la droite, l'extrême droite crie au laxisme. Est-ce que la France, en cédant à l'Italie hier, n'a pas envoyé un mauvais signal ?

0:39
Benjamin Haddad

La France a pris ses responsabilités et la France fait preuve d'humanité. On a un navire avec 230 migrants, 57 enfants, parfois dans des situations sanitaires, humanitaires très graves. Donc on a aussi respecté le droit international. On les accueille, ils ne rentrent pas légalement sur le territoire puisqu'ils sont aujourd'hui dans un centre où après la majorité va repartir, les deux tiers vont partir dans d'autres pays européens. Neuf états, l'Allemagne et d'autres qui ont accepté de les reprendre. On va examiner leur demande d'asile. Ceux qui n'ont pas vocation à rester sur le territoire partiront.

C'était notre responsabilité, mais je pense qu'on peut être très choqué par ce qu'a fait l'Italie sur le plan humain, bien sûr. Quand un navire est à vos frontières, vers votre littoral, vous avez une responsabilité de les accueillir. Et je dirais qu'aussi, c'est un manque à la solidarité européenne. Puisqu'on a décidé, lors de la présidence française de l'Union Européenne, de mettre en place un mécanisme de répartition, de partage du fardeau sur la question des migrants.

1:42
Présentateur

Mais qui n'est pas respecté aujourd'hui. Ça fait des années qu'on en débattait. Il y a eu 90 000 arrivés sur les côtes italiennes depuis le début de l'année. La France et l'Allemagne, qui s'étaient engagées à en prendre 8 000, en ont pris 117. La France, je crois, 38. Mais là, justement... Est-ce que les Italiens n'ont pas raison, à un moment, de dire « Stop, il faut aussi que les Français prennent leur part ? »

1:58
Benjamin Haddad

Mais justement, on devait en accueillir 3 500. Nous avons suspendu l'application de cet accord. Gérald Darmanin a décidé d'envoyer 500 policiers à la frontière italienne pour empêcher l'arrivée. Donc, c'est l'Italie aussi qui sera perdante. Ça faisait des années qu'on avait des négociations très difficiles au sein de l'Union Européenne. Parce que, vous le savez, il y a des philosophies différentes sur cette question de l'accueil des migrants, depuis notamment la crise migratoire de 2015. Il faut reconnaître qu'à une époque, les Italiens se sont sentis un peu seuls face à ce sujet. C'est pour ça que la France avait fait des propositions et qu'on a réussi à trouver un accord.

Aujourd'hui, probablement, pour des raisons politiciennes, l'Italie de Mélanie refuse de prendre ses responsabilités. Mais la France s'est engagée pour l'humanité.

2:40
Présentateur

Elle vient de prendre le pouvoir. C'est l'extrême droite en Italie. C'est le premier bras de fer. Elle a gagné le premier bras de fer.

2:45
Benjamin Haddad

Non, je ne crois pas qu'elle l'ait gagné, déjà. Parce que je pense que, quand on fait preuve d'inhumanité, on ne gagne rien, sur le plan moral. Mais je dirais qu'à long terme, si ça veut dire que l'Italie est isolée, si ça veut dire qu'on ne respecte plus les accords de solidarité qu'on avait décidé de mettre en place au niveau européen, et donc, avec ces 500 policiers à la frontière, je ne pense pas que l'Italie soit gagnante. Donc, elle a peut-être fait un coup politique, mais à mon avis, qui ira contre les intérêts, aussi, de la population italienne. Est-ce que ça ne crée pas un précédent

3:15
Présentateur

sur lequel les autorités italiennes vont s'appuyer à l'avenir, en se disant, puisque nous, on ne le prend pas, les Français le prendront, ce bateau s'en occuperont. Il y en aura d'autres, des bateaux comme celui-là ?

3:26
Benjamin Haddad

Alors, dans les prochains jours, on va réunir tous les ministres de l'intérieur de l'Union européenne, pour aussi examiner la façon dont les ONG, les associations, qui vont secourir les migrants en mer, puisque là, c'était le cas ici, c'était des migrants qui ont été secourus en mer, vont travailler et s'assurer, effectivement, que ça ne crée pas, par exemple, un appel d'air pour de nouvelles situations de ce type. Quant à l'Italie, une fois de plus, il y a des mécanismes de solidarité. On devrait reprendre 3 500 migrants qui venaient d'Italie. Aujourd'hui, cet accord est suspendu. Donc, c'est aux Italiens aussi de réfléchir à la place qu'ils ont envie d'avoir au sein de l'Union européenne.

4:05
Présentateur

Les reconduire en Afrique, en Libye, en Tunisie, comme le disait Éric Ciotti tout à l'heure, qui était avec nous à 7h40. Pourquoi ça n'est pas possible ?

4:13
Benjamin Haddad

Alors, là, aujourd'hui, ils sont dans un centre où leurs demandes d'asile vont être examinées. Ceux qui n'ont pas vocation...

4:20
Présentateur

Non, mais les reconduire directement, les secourir en mer, mais les reconduire directement. C'est ce que disait Éric Ciotti.

4:24
Benjamin Haddad

Là, déjà, il y a une urgence sanitaire et puis il faut savoir qui on accueille, quelles sont leurs demandes. Il y a la DGSI, par exemple, qui va aussi examiner pour voir s'il y a des risques de sécurité. Donc, on fait ce travail bien, on n'en fait pas de façon précipitée. Après, certains vont être répartis, les deux tiers, au sein de l'Union Européenne, dans neuf États qui ont accepté de nous soutenir. D'autres vont être reconduits dans leur pays d'origine.

4:44
Présentateur

Les ONG qui secourent ces migrants en mer, de plus en plus de voies à droite, à l'extrême droite, disent qu'elles se rendent complices. Elles créent cet appel d'air parce qu'elles envoient ces bateaux.

4:55
Benjamin Haddad

Écoutez, il y a beaucoup d'outrances dans le débat. Là, on a des gens qui étaient parfois dans des situations humanitaires catastrophiques qui sont en Méditerranée. Moi, je suis favorable à ce qu'on ait une politique de maîtrise et de fermeté par rapport à l'immigration. On va d'ailleurs, dans les prochaines semaines, examiner un texte sur l'immigration précisément qui visera à renforcer les moyens pour exécuter les OQTF, pour pouvoir expulser les délinquants étrangers. En revanche, là, on a quelques centaines de migrants qui étaient dans une situation dangereuse à nos frontières.

5:29
Présentateur

On a pris nos responsabilités. Benjamin, à date, parlons de l'état de nos armées puisque nous sommes le 11 novembre et qu'il y a finalement des images qu'on avait vues dans la Première Guerre mondiale, il y a plus d'un siècle, qui reviennent. On voit en Ukraine des soldats qui s'enterrent dans des tranchées. Aujourd'hui, Emmanuel Macron a dit cette semaine que la période est au gros temps. Est-ce qu'on est prêts, est-ce que nos armées sont prêtes à faire face à un éventuel conflit de grande ampleur ? Beaucoup d'experts disent que non.

5:58
Benjamin Haddad

Vous avez raison, la guerre est revenue sur le continent européen. Il faut en tirer des conclusions. Je crois que ce n'est pas un épiphénomène, quelque chose de conjoncturel. Je pense qu'on rentre dans une époque où la compétition des grandes puissances, où les tensions internationales, l'utilisation de la force revient au premier plan. On a augmenté déjà ces cinq dernières années de 25% le budget des armées. On va continuer, on examinera l'an prochain la loi de programmation militaire qui vise justement à continuer de moderniser nos armées. C'est fondamental. La France est une puissance dotée de l'arme nucléaire, donc on fait partie des rares qui ont cette capacité de dissuasion.

On a été engagé déjà ces dernières années sur un certain nombre de théâtres.

6:39
Présentateur

Il faut continuer. On entend y compris des militaires dire, même avec ces augmentations, ça n'est pas suffisant. On manque de munitions, on manque d'armement. Ça va demander des dépenses considérables encore dans les années qui viennent. C'est indispensable ? Oui. Même dans une époque où on pourrait se dire qu'on n'a pas forcément les moyens à mettre là-dessus ? Oui, c'est indispensable.

6:58
Benjamin Haddad

Ce sont des moyens pour protéger les Français, ce sont des moyens pour défendre nos intérêts, notre sécurité face aux menaces, que ce soit les menaces hybrides. Aujourd'hui, on voit que le cyber, l'information, l'agriculture, l'énergie sont utilisées comme des leviers d'influence, comme des armes par des puissances hostiles comme la Russie, contre le terrorisme évidemment, qui reste toujours une menace absolument centrale pour notre sécurité, contre l'instabilité qu'on peut voir dans notre voisinage. Il faut être en capacité de se défendre et je dirais qu'il faut aussi le faire au niveau européen.

C'est tout l'intérêt de ces coopérations industrielles qu'on peut mettre en place au niveau européen. On a vu des avancées ces dernières années, donc il faut avancer sur ces deux jambes. On l'a fait ces dernières années, plus 25% depuis 2017. Il faut continuer dans les cinq prochaines années.

7:43
Présentateur

Et puis à l'aide qu'on envoie à l'Ukraine, tous les canons César notamment et tous les armements qu'on envoie à l'Ukraine. Vous avez fait voter vous-même un amendement cette semaine à l'Assemblée nationale pour doubler le fonds d'aide français à l'Ukraine qui va passer de 100 à 200 millions d'euros pour permettre à l'Ukraine d'acheter des armes. Là aussi, ce sont des montants qui sont importants. Cette aide, elle est aujourd'hui essentielle à l'Ukraine ? Elle est essentielle.

8:05
Benjamin Haddad

Ce qui se passe en Ukraine concerne directement nos valeurs et notre sécurité. Nous devons continuer de défendre l'Ukraine. On voit d'ailleurs que cette aide porte ses fruits sur le terrain puisque les Ukrainiens contre-attaquent avec succès. Ils ont repris Kersone face à l'agression russe. La France prend ses responsabilités et l'Ukraine sur le plan économique, sur le plan humanitaire, sur le plan juridique aussi pour documenter les crimes de guerre sur le terrain et sur le plan militaire avec des livraisons de matériel.

Vous avez dit notamment les canons César, un soutien à la Facilité Européenne de Paix qui est le Fonds européen pour financer la livraison d'armes et ce fonds spécial qui permet aux Ukrainiens d'acheter du matériel français auprès de nos industries que nous avons décidé avec notre Assemblée nationale de doubler. Que ça finisse par nous rendre co-belligérants ? Non, c'est un débat qu'on a depuis le début. On n'est pas co-belligérants. Ça, c'est un élément de langage du Front National. Nous n'avons pas de soldats français sur le sol ukrainien. Nous ne combattons pas directement les Russes. Nous aidons les Ukrainiens à se défendre.

9:03
Présentateur

Merci beaucoup. Merci Benjamin Haddad, député Renaissance de Paris. Merci d'être venu ce matin sur RMC.