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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 12 août 2021 24 min

Covid dans les Outre-mer : "Ca dépasse la politique et l'engagement ministériel", selon Sébastien Lecornu

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

La crise sanitaire n'est pas derrière nous, on en a encore pour des mois, a dit hier Emmanuel Macron. La flambée des cas de Covid en Martinique et en Guadeloupe, des taux d'incidence jamais atteints encore en France. Le retour du masque partout où le taux d'incidence dépasse les 200 cas pour 100 000, la troisième dose pour septembre. On va parler de tout cela ce matin avec nos invités, avec vous aussi chers auditeurs. Venez poser vos questions au 01 45 24 7000.

A mes côtés en studio, le professeur Serge Romana, généticien et chef du service d'histologie à l'hôpital Necker à Paris, signataire début août avec d'autres médecins ultramarins d'une lettre ouverte pour inciter à la vaccination, on y reviendra. Autour de la table également, Gilles Pialou, bonjour. Bonjour, et bienvenue. Vous êtes chef du service des maladies infectieuses à l'hôpital Tenon dans le 20ème à Paris, bienvenue à tous les deux. Messieurs, vous ne bougez pas, nous allons tout de suite en Guadeloupe car nous avons en ligne avec nous le ministre des Outre-mer qui est sur place depuis mardi soir. Sébastien Lecornu, bonjour, bonsoir pour vous.

0:55
Sébastien Lecornu

Bonsoir pour moi, bonjour pour vous dans l'Hexagone.

0:59
Présentateur

Situation sanitaire extrêmement grave, dramatique en Guadeloupe et en Martinique, a répété hier Emmanuel Macron. Sébastien Lecornu, je crois que vous avez passé vous-même une journée éprouvante dans les hôpitaux. Aujourd'hui, vous pouvez nous dire concrètement ce que vous avez vu, ce que vous avez pu constater vous-même sur place ?

1:15
Sébastien Lecornu

Oui, je pense qu'il faut effectivement mettre des chiffres ou des mots très concrets. On a un taux d'incidence en Guadeloupe qui est de 1900 malades pour 100 000 habitants. 1900 malades, c'est un taux d'incidence qu'on n'a jamais connu depuis le début de la pandémie Covid. On a globalement 25% de taux de positivité. Concrètement, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que vous avez un test PCR sur 4 qui est positif. Dans certains endroits de la Guadeloupe, vous avez même un test PCR sur 2 qui est positif.

La troisième réalité, c'est que malheureusement, les patients qui se présentent dans les structures hospitalières, pour aller parfois malheureusement en réa, sont des patients beaucoup plus jeunes, de jeunes hommes, de jeunes femmes, des femmes enceintes, des enfants. On a une situation sanitaire extraordinairement complexe. Elle s'explique évidemment par le variant Delta. Elle s'explique aussi par un relâchement des mesures barrières ces dernières semaines. Elle s'explique aussi par une faible couverture vaccinale. Donc l'enjeu pour l'État, évidemment pour nous, c'est de faire face, avant tout, faire face sur le terrain hospitalier, de permettre des renforts importants.

270 soignants sont arrivés de l'Hexagone pour renforcer les structures locales. 60 pompiers également sont venus de l'Hexagone.

2:32
Présentateur

Ce sera suffisant, ce sera suffisant, ces renforts ?

2:34
Sébastien Lecornu

En fait, on va procéder à des réassorts de renforts, cela va sans dire. Ils sont arrivés pour 15 jours. Avec Olivier Véran, on est déjà en train de préparer les renforts des renforts. En fait, la relève en quelque sorte. L'objectif, c'est d'augmenter les lits de réanimation ou les lits de médecine générale pour permettre à nos auditeurs de bien comprendre. La Guadeloupe, c'est un archipel. En temps normal, c'est 27 lits de réanimation. Au moment où je vous parle, c'est 67. Lorsqu'on sera au week-end, on aura 12 à 15 lits supplémentaires. Et nous sommes en train de bâtir un plan qui nous emmène à une cible entre 100 et 130 lits de réanimation.

C'est-à-dire pratiquement 100 lits de plus qu'à l'accoutumée. Ça montre l'effort extra-ordinaire que nous sommes obligés d'avoir pour une situation qui est complètement exceptionnelle, pour des taux d'incidence qu'on n'a jamais connus sur l'histoire, en tout cas dans l'histoire de la gestion de l'épidémie sur le territoire de la République.

3:26
Présentateur

Sébastien Lecornu, à propos des hôpitaux saturés et de ce rajeunissement des patients, nous avons ce matin sur France Inter le témoignage d'un urgentiste en Martinique qui parle d'une médecine de catastrophe. Les patients de plus de 60 ans, dit-il, ne sont plus admis en réanimation faute de place. Vous confirmez ?

3:42
Sébastien Lecornu

Ce que je peux vous dire, c'est que les médecins, les confrères médecins de ce docteur qui témoigne, me disent également que la situation est extrêmement difficile ici en Guadeloupe et qu'au fond, ce n'est pas un problème malheureusement de renfort, c'est un problème de pic de cette épidémie, ce n'est même plus un mur. On a anticipé tous les scénarios, on a mis énormément de moyens sur la table, comme jamais on n'en a mis, mais le problème n'est même plus un problème de moyens, c'est qu'énormément de patients, tous non vaccinés, tous non vaccinés se présentent au même moment dans les centres hospitaliers. Vous savez, les premiers vaccins sont arrivés aux Antilles au début du mois de janvier.

Pour des raisons culturelles, qu'on peut d'ailleurs très bien expliquer, il ne faut pas stigmatiser nos concitoyens d'outre-mer. Il y a une résistance à la vaccination, c'est là où moi je lance un appel extraordinairement grave et solennel à nos concitoyens d'outre-mer. Je l'ai dit nombreuses fois, à nombreuses reprises depuis mon arrivée, il faut se faire vacciner. On paye un variant dangereux avec une faible couverture vaccinale.

4:45
Présentateur

Dernière question Sébastien Lecornu, comme la Martinique, la Guadeloupe à son tour est reconfinée strictement, annonce du préfet hier soir, plage, bar, restaurant fermé, retour des attestations. Au jour d'aujourd'hui, il n'y a pas d'autre solution que le reconfinement.

4:58
Sébastien Lecornu

Alors, en fait, la Guadeloupe était déjà reconfinée. Partiellement ? Oui, en fait, on a fermé les commerces non vitaux. C'est la vraie mesure nouvelle avec un certain nombre de jauges. Donc, on revient à la technique du confinement parce que la saturation et le risque d'engorgement de l'hôpital public comme privé, d'ailleurs, sont tels que le confinement reste évidemment la solution d'urgence de court terme. En fait, il faut dire les choses assez simplement. Renfort hospitalier plus confinement égale solution à la crise à court terme. Vaccination égale solution aux crises qui vont venir à moyen et long terme. Il faut malheureusement avancer sur ces deux jambes.

Enfin, moi, je suis assez bouleversé de ce que j'ai vu aujourd'hui. Je vis ça assez difficilement. Ça dépasse la politique et l'engagement ministériel classique, ce que nous vivons. Et je dois bien vous avouer que ça me touche beaucoup.

5:47
Présentateur

Voilà le ministre des Outre-mer, Sébastien Lecornu, depuis la Guadeloupe. Interview enregistré tôt ce matin, décalage horaire oblige. Le ministre qui est attendu tout à l'heure en Martinique. À mes côtés, donc, nous retrouvons Gilles Pialou de l'hôpital Tenon, Serge Romana de l'hôpital Necker. Beaucoup d'informations dans ce que vient de dire le ministre. Rajeunissement des patients, défiance culturelle, face au vaccin. On va revenir, bien sûr, sur tout cela. Mais d'abord, on vient d'entendre, dans la voix du ministre, bouleversé à quel point l'heure est grave. Professeur Romana, qu'est-ce que vous ressentez, vous qui êtes guadeloupéen ?

6:19
Invité

Je suis bouleversé, évidemment. J'ai passé deux heures hier en webinaire en direction de la Guadeloupe. Et ce qui est terrible, c'est le contraste entre la peur du vaccin et la catastrophe sanitaire dans laquelle on se trouve. Il y a comme une sorte de petite déconnexion. Je ne parle même pas des fake news où, là, j'ai entendu encore ce matin, il n'y a pas de crise, il n'y a rien du tout. Je viens de passer à l'hôpital, c'est vide, etc.

6:59
Présentateur

Elle circule beaucoup en Outre-mer.

7:01
Invité

Vous voyez, il y a vraiment des choses qui sont impressionnantes. Je suis vraiment, vraiment, vraiment triste.

7:09
Présentateur

Le ministre évoque une défiance culturelle, professeur Romana, par rapport au vaccin. Je crois que c'est une moyenne de 20%. Enfin, c'est une personne sur quatre vaccinée aujourd'hui seulement. De quoi on parle quand on parle de défiance culturelle ?

7:23
Invité

Je ne sais pas de quoi il parle. Je ne sais pas ce que ça veut dire, la défiance culturelle. Je ne sais pas. En plus, je pense qu'il y a un vrai sujet. Il y a un sujet, là. Parce qu'elle peut être culturelle, elle peut être aussi politique.

7:39
Présentateur

Il y a une défiance vers Paris, c'est ça que vous voulez dire ?

7:41
Invité

Il y a une défiance... Plus forte encore, quand mes comptons. C'est ce qui m'est rapporté. Mais j'ai beaucoup de difficultés à saisir. Je crois que, de toute façon, il y a une défiance vis-à-vis du vaccin un peu partout. C'est-à-dire, elle existe en France, hexagonale. Je lisais un article il n'y a pas longtemps, elle existe en Russie. Elle existe au État, mais là, c'est particulière. Ces vaccins qui sont là, puis janvier... Oui, oui, je suis d'accord avec vous. Il y a un sujet.

8:07
Présentateur

Est-ce que, par exemple, Gilles Pialou, je vais me tourner vers vous, est-ce que, par exemple, des scandales comme le chlordécone en Outre-mer peut inciter ou a pu alimenter cette défiance aujourd'hui des autorités et de tout ce qui peut venir d'en haut ?

8:18
Invité

Très clairement, très clairement. Et puis, on peut en discuter. Mais, par exemple, la collectivité territoriale unique de la Martinique, la CTM, a voté contre l'extension du pass sanitaire, contre l'obligation vaccinale, en faveur de la pharmacopée locale. Donc, même les autorités locales ont une responsabilité. Mais quand vous faites référence à l'affaire de ce pesticide, le chlordécone, il y a aussi la gestion des algues sargasses, aussi, qui a écarté, finalement, l'autorité de l'État. Et, effectivement, l'obligation vaccinale, le pass sanitaire, c'est pour ça qu'on n'est pas obligé d'aller chercher des éléments ésotériques.

Il y a, effectivement, une défiance par rapport à ce qui vient du pouvoir central, et c'est très compliqué. Et, de toute façon, la vaccination, ça ne va pas régler le problème actuel. Ce qui a été décrit par le ministre, c'est le syndrome lombard. C'est la première vague. C'est-à-dire que les gens ne peuvent plus rentrer en réanimation. La réanimation, à Fort-de-France, elle est à 230% de taux d'occupation. Il y a un tri qui s'opère et qui s'opère sur des sujets jeunes, comme ça a été dit dans le sujet. On est dans une situation catastrophique. Franchement, je partage, évidemment, cette émotion, même n'étant pas... de Guadeloupe. Mais, je veux dire, moi, j'ai une partie de mon personnel.

Comme vous le savez, l'assistance publique est un des plus gros employeurs des gens originaires des Antilles. J'en ai qui sont là-bas. J'en ai qui se sont mis volontaires. Il y a 50 personnes à l'assistance publique qui étaient en vacances aux Antilles, congés bonifiés, etc., et qui se sont portées volontaires pour prêter main forte. Mais, franchement, on devrait passer ces images sur les applications d'eco, là, dans la rue, aux gens qui manifestent contre le page sanitaire. On est vraiment dans une situation dramatique. Évidemment, on n'est pas dans la même situation dans les départements de métropole. Mais il n'y a pas de raison que ça s'arrange.

Il faut rappeler aussi qu'aux Antilles, on a un système de santé qui est beaucoup plus compliqué. Il y a plus d'obésité, plus de diabète, plus de personnes âgées, plus de personnes âgées dépendantes. Vous disiez tout à l'heure 21% de couverture vaccinale. Mais c'est 30% dans les plus de 70 ans. 30% des plus de 70 ans en Martinique sont vaccinés. Donc, une situation qui ne va faire qu'empirer. Et vous avez vu, on en reparlera, la question des enfants.

10:36
Présentateur

Oui, sur le profil des patients, c'est évidemment ce qui est alarmant dans ce qu'a dit le ministre. Il parle du rajeunissement, y compris en réa, de jeunes, d'enfants, tous non vaccinés, professeur Romana, avec ou sans comorbidité ?

10:49
Invité

En fait, je crois qu'il faut être très clair, c'est une épidémie de non vaccinés, actuellement. S'il fallait démontrer quelque chose, c'est bien là. On est malheureusement dans une démonstration. Je voudrais juste avant de revenir sur la question des causes. Je vais expliquer pourquoi je suis assez réservé sur tout ça. Il y a manifestement une défiance vis-à-vis de tout le monde. Que ce soit le pouvoir central, que ce soit le directeur de l'hôpital, que ce soit l'ARS, que ce soit les médecins, que ce soit tout le monde. Et c'est pour ça que nous avons pris la décision de réunir des forces hospitales universitaires, de chercheurs, qui ont comme objectif de faire un travail d'explication.

11:43
Présentateur

Oui, vous avez signé une lettre. On a fait une lettre, ça c'était 35 il y a une semaine.

11:48
Invité

Aujourd'hui, nous sommes 500. Puisqu'en fait, il y a aujourd'hui les médecins généralistes, puisque ce sont eux qui sont au contact des patients. Donc, ils sont là-dedans et nous organisons des webinaires, etc. Ce que je veux dire, c'est que l'autorité médicale et scientifique doit être rétablie. Quand toute une série de fake news, des trucs, mais invraisemblables. Vous vous rendez compte qu'aujourd'hui, ça peut être des syndicats qui disent ce qu'il faut utiliser comme traitement ? Des syndicats ? Mais des syndicats vont vous dire qu'il faut utiliser de la chloroquine. Il faut utiliser de la pharmacopée locale.

Et le problème qu'il y a, c'est que vous comprenez que nous sommes obligés d'intervenir sur nos forces. Et strictement sur nos forces. Pour que justement, il n'y ait pas de problème, on va dire, de dire, ouais, mais ils sont avec ceci, ceci. Non. Nous intervenons pour expliquer qu'est-ce que c'est que ce vaccin, qu'est-ce que c'est que ce virus, qu'est-ce que c'est que cette maladie. Et en général, dans les plateaux que nous réunissons, il y a des urgentistes, des réanimateurs, il y a des virologues, il y a des généticiens. Enfin bref. En espérant que cette parole soit mieux entendue que celle des politiques. Vous savez, maintenant, les gens, les oreilles sont plus ouvertes.

13:00
Présentateur

Gilles Pialou, sur le profil des patients pour y revenir, ces enfants aujourd'hui en réa, comment est-ce qu'on l'explique ? C'est que le delta est plus contagieux, ça on le savait, mais s'attaque aujourd'hui aux plus jeunes et même à ceux qui sont en bonne santé.

13:11
Invité

C'est un vrai sujet dans le sujet, c'est-à-dire que les enfants, il y a une alerte internationale. C'est une pandémie chez les jeunes ? Une pandémie chez les jeunes. L'académie américaine s'est aperçue qu'aux Etats-Unis, c'est 30% des contaminations chez les enfants. Ce n'est jamais vu dans les autres vagues. On peut l'expliquer, on peut l'expliquer. Évidemment, c'est ceux qui sont le moins vaccinés par définition. Et l'académie américaine est en train de réclamer auprès de l'agence américaine, de la FDA, de pouvoir vacciner les plus petits en les 5-11 ans. Ça, c'est la première chose. L'académie italienne de pédiatrie, pareil. Et puis, il y a la modélisation de Pasteur qui est sortie hier.

Alors évidemment, quand vous mettez ça, les gens disent que c'est fake news, c'est une modélisation de Pasteur qui fait sur une modélisation pour septembre où on aurait jusqu'à 100 000 contaminations par jour, 100 000 contaminations par jour, avec 50% chez les minorans, chez les moins de 18 ans, en France. Alors, c'est une modélisation. Alors, pourquoi ? Ça ne veut pas dire que le variant Delta est plus agressif pour les enfants. Mais c'est un effet différentiel. Quand vous arrivez à un taux de vaccination des adultes, le virus, il se reporte sur les autres. C'est un effet mécanique.

14:17
Présentateur

Les enfants aujourd'hui, en réa, qu'on trouve en réa, certes, ils ne sont pas vaccinés, ils ont moins de 12 ans, ce dont on parle. Est-ce que ce sont des enfants avec des comorbidités ? Ou est-ce que ce sont des enfants en bonne santé ? Est-ce qu'on peut mourir du Covid à 10 ans quand on était en bonne santé aujourd'hui ?

14:31
Invité

Il y a eu quelques décès en métropole, comme vous le savez, pendant les vagues successives, essentiellement chez des enfants qui avaient des comorbidités. Donc la réponse, c'est oui, effectivement, c'est avec des comorbidités. Mais évidemment, il y a un effet nombre. C'est-à-dire, plus d'enfants seront contaminés, même si on considère qu'en gros, un enfant sur 200 qui a le Covid va être hospitalisé. Donc effectivement, très peu vont être hospitalisés. Mais plus vous allez monter ce chiffre, et plus vous allez avoir des variants. Parce qu'il y a un phénomène aussi qu'il ne faut pas oublier.

Quand vous avez des incidences, comme en Guadeloupe, de 1 700 pour 100 000, 2 000 maintenant, pour 100 000, c'est une porte ouverte à la fabrication des variants. C'est ça que les gens ne comprennent pas. C'est-à-dire que ce n'est pas seulement des chiffres qui font peur. C'est juste que le Delta, on l'a, mais on ne sait pas ce qu'il y aura après le Delta. Donc on peut imaginer très bien qu'il y ait un virus qui s'adapte aux plus jeunes.

15:22
Présentateur

Professeur Romana, est-ce qu'il faut ouvrir la vaccination à tous, y compris aux enfants ? On voit déjà comment c'est compliqué de le mettre en œuvre en Guadeloupe, en Martinique.

15:32
Invité

Écoutez, là aussi, j'ai beaucoup de difficultés à répondre, et je ne souhaite pas répondre sur les questions, on va dire, de politique sanitaire. Parce que, encore une fois, c'est très différent d'ici, où il existe quand même une autorité respectée de la parole médicale et scientifique, même si elle a été écornée, mais quand même contestée. Chez nous, en Guadeloupe et en Martinique, il y a un vrai problème. Donc il faut, pour ce qui nous concerne, on est structuré, on est en train vraiment de monter une machine, entre guillemets, de guerre, pour pouvoir faire de l'explication à tous les niveaux.

Ça va être des webinaires avec le club de football, avec l'association de jeunes, avec les élus, avec le maire, etc.

16:11
Présentateur

Le vaccin, c'est une assurance tout risque contre les hospitalisations ?

16:14
Invité

En tout cas, ce qui est certain, c'est qu'aujourd'hui, ça pour le futur, c'est clair, en tout cas, pour aujourd'hui, la Guadeloupe et la Martinique est en train de le démontrer. Les personnes qui sont hospitalisées, qui sont en réanimation, hospitalisées, c'est 97%, mais en réanimation, c'est 100% qui ne sont pas vaccinées. De non-vaccinées. Absolument. C'est très clair, ça.

16:33
Présentateur

Je vous propose, messieurs, d'aller faire un petit tour au standard, retrouver nos auditeurs. Bonjour, bienvenue, Frédéric.

16:39
Auditeur

Oui, bonjour. Est-ce que vous m'entendez correctement ?

16:41
Présentateur

On vous entend bien. Je crois que vous nous appelez de Fort-de-France.

16:43
Auditeur

Je vous appelle de Fort-de-France et en peu de mots, je voudrais juste compléter l'analyse que vous faites quand vous parlez du chlordécone. Ce qu'il faut bien comprendre, c'est que le chlordécone, ce n'est pas seulement un polluant extrêmement toxique. Il faut comprendre que pendant des années, les autorités sanitaires sont venues en radio et en télévision expliquer à la population, vous avez la meilleure eau potable de France, vous pouvez la boire. Nous vous garantissons qu'il n'y a pas de problème, vous pouvez boire cette eau.

Et longtemps après, on se rend compte à travers l'enquête parlementaire qui a été menée que les autorités sanitaires, donc l'État, savaient très bien que l'eau était polluée au chlordécone et que des adultes, des enfants, des femmes ancêtres, des vieillants consommaient cette eau. Comment voulez-vous aujourd'hui que nous ayons confiance dans la parole de l'État ? Par-delà de cela, je le dis rapidement, comment voulez-vous, nous ne sommes pas réticents à la vaccination puisque nous sommes vaccinés contre la roue jaune, nous prenons les 11 vaccins, il n'y a aucun problème sur cela.

Mais comment voulez-vous que nous fassions confiance à la parole de l'État quand nous aussi, nous sommes Français et nous savons qu'il y a eu le scandale du sang contaminé, le scandale du Mediator, le scandale du Levothyrox, le scandale des hormones de croissance. Comment voulez-vous que nous fassions confiance à cet État ?

18:11
Présentateur

Frédéric, est-ce que vous êtes vacciné vous-même ou pas ?

18:13
Auditeur

Eh bien, je ne suis ni adepte du Vodou, ni adepte du Rhum, mais jusqu'à maintenant, comme beaucoup de citoyens, le lundi, je me dis que je vais me faire vacciner le mardi, et puis j'attends un peu, je me dis peut-être le mercredi. J'ai l'hésitation que tout citoyen français a. Je ne suis adepte ni du Vodou, comme je l'entends dans le pays.

18:33
Présentateur

Frédéric, merci beaucoup pour ce témoignage. Le scandale du chlordécone, visiblement, a été un traumatisme, quand même, professeur Romana. Ça joue beaucoup, beaucoup, aujourd'hui, sur la politique vaccinale.

18:43
Invité

C'est très clair, et c'est pour cela qu'aujourd'hui, c'est la parole des scientifiques et des médecins qui doit primer. C'est pour ça que nous faisons cette campagne indépendamment des autorités politiques. Gilles Salou. C'est majeur, ce qu'il dit, parce qu'on a eu, enfin, on ne va pas faire l'historique, mais on a eu, rappelez-vous, première, deuxième vague, la science toute puissante, puis au début janvier, le président de la République, qui s'est écarté du Conseil scientifique, puis c'est devenu une parole politique. Et là, franchement, j'en ai discuté avec des intervenants qui sont passés d'ailleurs à votre micro, qui font le même métier que moi, c'est qu'il faut qu'on revienne.

Il faut qu'on revienne, parce qu'il faut re-expliquer.

19:21
Présentateur

Vous qui avez... Qui êtes sur le terrain.

19:24
Invité

C'est pas qu'on a la science infuse, mais c'est juste que nous, on ne fait pas de la politique. On fait du sanitaire. Et que c'est important, là, il y a plein de discussions sur les troisièmes doses, sur les rappels, sur les nouveaux vaccins, etc. Plus ce qui se passe, là, actuellement, en métropole aussi.

19:39
Présentateur

Oui, parce que là aussi, c'est moins alarmant, bien sûr, que ce qui se passe en Notre-Mère, mais aucune décrue de l'épidémie à l'hôpital, si la situation même s'aggrave. Vous le constatez vous-même, Gilles Pialou, dans votre service ?

19:49
Invité

Tout à fait. Pour être concret, évidemment, ça n'a rien à voir avec les chiffres de la Guadeloupe. Mais quand je suis parti en vacances début juillet, on avait deux lits. Je suis à 13, en 13, fin juillet, dans mon service. Donc vous voyez qu'il y a un temps de doublement et un temps de remplissage qui est effectivement un peu décalé par rapport aux chiffres. 30 000 contaminations hier, quand même. 30 000 contaminations. Personne n'avait prédit cette vague en juillet. Donc tout le monde est un peu à l'éliminité. Et je pense qu'il faut des éléments de langage commun pour que les Français entendent tous la même chose.

20:17
Présentateur

Vous parlez de la troisième dose, Gilles Pialou, pour les plus vulnérables. Le Conseil de défense l'a enterriné. Il y aura une campagne de rappel à la mi-septembre. Est-ce qu'elle peut faire peur, cette troisième dose, Serge Romane ?

20:27
Invité

On a déjà du mal, encore une fois, à faire la première et la deuxième. Absolument. Et c'est pour cela, encore une fois, j'appuie mon collègue, la parole des scientifiques et des médecins doit être rétablie. Alors, c'est encore plus gravissime en Guadeloupe en Martinique. Parce que, vous voyez, c'est associé, je le constate comme vous, vous savez, le tour déconne, etc. J'ai entendu ça. Mais là, le problème n'est plus de savoir la cause de qui ce soit. C'est comment on arrête cela.

20:55
Présentateur

Gilles Pialou, la troisième dose, bonne idée.

20:56
Invité

La troisième dose, je veux dire, on en parle beaucoup trop. Il faut arrêter avec la troisième dose. La troisième dose, c'est une population vulnérable qui va l'avoir. Ça a été communiqué par le Président de la République. Je pense que c'est des erreurs de communication. Ça perturbe les gens. Les gens vont dire, ah bah oui, mais alors si c'est un vaccin qu'il faut avoir tous les quatre mois, ça peut avoir un effet dissuasif. Il faut protéger, les transplanter, ceux qui ont des maladies du sang, ceux qui ont ces chimiothérapies, ce qu'on a déjà commencé. Il faut même discuter peut-être de quatrième dose, d'anticorps monoclonaux, ce qui est autorisé depuis deux jours.

Mais voilà, la troisième dose, c'est un sujet restreint pour une population restreinte. Il ne faut surtout pas oublier le boulot. C'est-à-dire qu'il faut aller chercher les 3,5 millions de plus de 65 ans qui ne sont pas vaccinés et qui sont vulnérables, les 40% d'obèses en France qui ne sont pas vaccinés, et arrêter de nous parler de cette troisième dose. Pour l'instant, faisons avec ce qu'il y a à faire, c'est-à-dire rattraper le non-vacciné et les vulnérables non-vaccinés pour augmenter l'immunité collective.

21:51
Présentateur

Sans parler évidemment de toutes ces doses qu'on doit encore envoyer en Afrique. Je vous propose une dernière fois de retourner au Standard. Nous accueillons Jonathan qui nous appelle d'Aix. Bonjour, bienvenue, on vous écoute Jonathan.

22:00
Auditeur

Oui, bonjour, merci de prendre mon appel. Alors je vais essayer d'être synthétique d'une remarque plutôt aux médias et une question à vos invités. La remarque, on est une famille, la maman a 38 ans, on a 3 enfants, 2 vaccinés puisque la troisième n'a pas l'âge de l'être. Moi je suis vacciné également. La maman de 38 ans est immunodéprimée, comme 250 000 personnes en France. On est complètement invisibilisés dans les médias, c'est-à-dire qu'on se souciait de la santé mentale et physique des Français légitimement au bout d'un mois de confinement. Nous, ça fait 17 mois. Donc voilà, c'était une remarque que je souhaitais vous faire.

22:33
Présentateur

Votre compagne a eu 3 doses, j'imagine.

22:35
Auditeur

Ma compagne a déjà eu 3 doses depuis un moment. Elle a une maladie auto-immune, encore une fois, elle n'a que 38 ans. Elle n'a aucun anticorps avec la troisième dose. Et on sait qu'une bonne partie des 250 000 personnes dont je parle n'auront pas d'anticorps avec la troisième dose. On sait également que le vaccin, malheureusement, ne nous permettra pas une immunité collective. Donc quelle perspective en fait ?

22:57
Présentateur

Jonathan, merci beaucoup pour cette question, ce témoignage. Gilles Pialou vous répond.

23:00
Invité

Alors évidemment, ce n'est pas une consultation par téléphone, mais depuis le 6 août, donc depuis quelques jours, la Haute Autorité de Santé a autorisé, pour les gens très immunodéprimés qui n'ont pas répondu au vaccin, d'avoir les fameux anticorps monoclonaux, ceux qui avaient reçu Trump, ceux de Régénérons, à titre préventif. Donc il faut que cette personne se rapproche. Et on est en train d'organiser ça chez nous, à Tenon, pour les transplanter, pour les immunodéprimés, ceux qui ont des maladies du sang. Et donc c'est une voie de sortie.

23:33
Présentateur

Un mot d'espoir peut-être quand même pour la fin. Il va y avoir d'autres vagues. Oui, c'en est un. Il va y avoir d'autres vagues. On va devoir vivre avec le Covid. Un mot d'espoir ?

23:40
Invité

Le mot d'espoir, c'est que ça sera peut-être tous vaccinés, mais ça ne sera pas tout vaccin. Et il faut revenir aussi sur l'abandon du masque. On y revient. C'est une erreur.

23:51
Présentateur

Il faut le remettre d'ailleurs.

23:52
Invité

La prévention combinée, moi l'exemple, c'est la sécurité routière. C'est airbag, plus ceinture de sécurité, plus limitation de vitesse. Sinon, on ne s'en sortira pas. Moi, mon mot d'espoir, je ne suis même pas dans l'espoir. Je suis aux Antilles. Il faut se vacciner massivement.

24:09
Présentateur

Gilles Pialou, chef du service des maladies infectieuses. Atenons Serge Romana, chef du service d'histologie à l'hôpital Necker. Un grand merci à tous les deux d'avoir pris le temps ce matin de répondre à nos questions. Sous-titrage ST' 501