« Il faut renverser le gouvernement » - Manuel Bompard est l’invité des 4 vérité du mercredi 30 octobre 2024
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
— Bienvenue dans les 4V, Emmanuel Bompard. Alors avant même la nouvelle loi qu'il souhaite faire adopter, Bruno Retailleau demande un tour de vis au préfet en matière d'immigration. Il a adressé une circulaire et il leur fixe des objectifs. Il leur demande par exemple de reprendre tous les dossiers d'expulsion qui n'avaient pu aboutir et les procédures en cours jusqu'à maintenant. Il leur demande un compte-rendu chaque mois. Ce sont les nouvelles méthodes du nouveau ministre de l'Intérieur. Est-ce qu'il peut vous convaincre ?
— Non, il fait de la communication. M. Retailleau, il bombe le torse. Il le fait beaucoup. Et puis à la fin, on se rend compte qu'en vérité, à part demander au préfet de faire leur travail, il n'a rien d'autre à proposer sur le sujet. Il l'a fait par exemple sur le Maroc. Vous savez, il y a une délégation du président de la République et d'un certain nombre de membres du gouvernement qui est au Maroc. Il a dit « Vous allez voir ce que vous allez voir. On va créer les conditions pour obtenir plus rapidement des laissés-passés consulaires ». Il a déjà plié puisqu'il a dit « Oui, il faut qu'on travaille à la fluidité de tout ça ». Bref, je trouve que M.
Retailleau est un spécialiste en matière de communication, mais qu'à part la communication, il n'y a pas grand-chose.
— Mais alors concrètement, dans sa future loi qu'il souhaiterait faire adopter, il a des mesures très concrètes. Il voudrait par exemple rétablir le délit de séjour irrégulier. Pardon. Ça, ça va être des choses très concrètes.
— C'est scandaleux. Écoutez, quand une personne arrive sur le territoire national, ce n'est pas un délinquant ou un criminel. C'est une personne qui cherche refuge, généralement qui fuit une situation de misère économique, une situation de guerre qui demande la protection de la France. Et ce fameux délit de séjour irrégulier revient à considérer que toute personne qui se trouve sur le territoire national est un délinquant ou un criminel. Je trouve ça scandaleux.
Moi, je pense qu'il faut changer complètement de logique en matière de politique migratoire, arrêter de pointer du doigt les gens qui y viennent parce qu'ils partent et qu'ils fuient une situation de misère et se poser plutôt la question de savoir comment ils n'ont pas besoin de partir, tout simplement. Et c'est le sujet sur lequel on n'entend jamais, M. Retailleau. — Vous souhaitez-vous régulariser toutes les personnes qui sont sans papier ? — Moi, je souhaite régulariser.
C'est le programme du nouveau Front populaire, l'ensemble des travailleuses et des travailleurs sans papier, c'est-à-dire l'ensemble des personnes qui sont indispensables aujourd'hui à la vie de la nation, qu'occupe un emploi, un travail, d'ailleurs sur lesquelles il faudrait arrêter de les pointer du doigt, plutôt les remercier, parce que vous les connaissez comme moi, vous les voyez souvent le matin dans les métiers, les emplois les plus pénibles. Eh bien je pense que plutôt que de les stigmatiser à longueur de journée, il faut plutôt les applaudir, les remercier et effectivement les régulariser.
— On parlait il y a un instant du débat à l'Assemblée nationale sur le projet de loi de financement de la sécurité sociale. Parmi les objectifs du gouvernement, passer le nombre de jours de carence pour les arrêts de maladie des fonctionnaires de 1 à 3 alignés sur ce qui se fait dans le privé. Pourquoi vous vous opposez à ça ? Vous êtes beaucoup. C'est une mesure de bon sens pour aligner privé.
— Alors c'est certainement pas une mesure de bon sens. C'est une mesure qui est scandaleuse, qui est absurde et qui est dangereuse. D'abord, ce n'est pas un alignement sur le privé, contrairement à ce que dit le gouvernement, pour une raison simple. C'est qu'aujourd'hui, dans le privé, vous avez entre 2 tiers et 75% des cas où il n'y a pas du tout de jours de carence, parce que les 3 jours de carence théoriques, en vérité, sont pris en charge dans des accords d'entreprise. Donc d'abord, ce n'est pas vrai de dire que c'est un alignement sur le privé.
Deuxièmement, c'est scandaleux parce que ça pointe du doigt les fonctionnaires, comme si, en quelque sorte, ils n'étaient pas vraiment malades quand ils étaient absents, que ce serait des arrêts maladie de couple aisance.
— Le gouvernement dit qu'il y a un absentéisme beaucoup plus fort.
— Mais non, mais ce n'est pas vrai. Et quand vous comparez les chiffres, il faut les comparer à même niveau d'emploi, à même niveau de qualification. Et alors, vous verrez qu'il n'y a pas de différence d'absence entre le privé et le public. Et c'est dangereux pour une raison simple que tout le monde peut comprendre. C'est que quand vous avez une maladie, il vaut mieux s'arrêter pas longtemps pour se soigner et pouvoir revenir en bonne forme qu'aller travailler malade, parce que quand on est travaillé malade, ça s'aggrave. Ensuite, les arrêts sont plus longs. Et en plus, vous prenez le risque de transmettre la maladie à d'autres personnes.
On parle du service public, on parle d'enseignants, on parle de gens qui travaillent dans le secteur de la santé, qui sont en contact avec des usagers. Enfin, tout ça est complètement scandaleux. Donc il faut arrêter de chercher à faire des économies en les faisant porter la responsabilité sur des fonctionnaires. Et s'il y a des fonctionnaires qui sont absents, c'est parce que parfois il y a des situations de souffrance au travail. Et il vaut mieux s'attaquer aux raisons de cette souffrance au travail plutôt que d'aller pointer du doigt les gens qui en sont victimes.
Dans le secteur de la santé, pardonnez-moi, je vous laisse après poser votre question, mais dans le secteur de la santé, par exemple, s'il y a des gens qui souffrent aujourd'hui, allez voir à l'hôpital, c'est parce qu'il y a des sous-effectifs, parce que les gens sont obligés de courir d'un lit à l'autre. Donc c'est à ça qu'il faut s'attaquer.
Pour parler de la santé, il y a beaucoup de députés LF qui sont allés soutenir, notamment hier des salariés de la filiale Opela qui produit le Doliprane et qui va être en partie notamment vendue à une filiale américaine. Vous n'êtes pas convaincu des garanties qui ont été données par l'État qui assurent prendre une participation d'un à deux pour cent ?
C'est ridicule. D'abord, ce n'est pas une participation de un à deux pour cent dans le capital qui va donner quelques poids, quelques impacts stratégiques à l'État sur les décisions qui vont être prises par le groupe. Pour le reste, les soi-disant garanties qui ont été avancées, on connaît la musique, on l'a déjà eue. Ça a été le cas par exemple au moment où General Electric avait rajouté Alstom. On avait dit, si il y a des suppressions d'emplois, il y aura des pénalités financières. Qu'est-ce qui s'est passé ? Les emplois ont été supprimés. Les pénalités financières, c'est des cacahuètes pour les groupes dont on est en train de parler. C'est quelques dizaines de millions d'euros.
Ça ne représente rien par rapport à la rentabilité de ces opérations juteuses financières. Donc non, ces garanties n'apportent rien. Ce qu'il faut faire, de mon point de vue, c'est aller vers la nationalisation de cette filiale. On a besoin de continuer à produire ces médicaments-là en France. Manuel Bompard. C'est un intérêt vital pour la nation.
Une deuxième journée de solidarité en clair. Supprimer un jour férié pour financer les EHPAD. Question-courte, réponse-courte, bonne ou mauvaise idée ?
Mais mauvaise idée, c'est toujours la même chose. On veut faire payer aux gens. Moi, je vous fais une autre proposition. On pourrait faire une journée de solidarité sans dividendes. Ce jour-là, tous les dividendes qui sont versés aux actionnaires, ils viendraient dans les caisses de l'État. Parce que là, il y a de l'argent à prendre.
Alors plus largement, le budget, on parlait du budget de la sécurité sociale, mais le budget sera rediscuté la semaine prochaine à l'Assemblée nationale. Il revient dans le débat. On ne voit pas comment Michel Barnier pourrait ne pas utiliser finalement le 49.3. Si 49.3, est-ce que vous confirmez que vous déposerez une motion de censure ?
Bien sûr, bien sûr. D'abord, on a profondément transformé ce budget. Je m'en félicite, je m'en satisfais. On a fait adopter, nous, le nouveau Front populaire à la France Assoumise des amendements pour mettre à contribution les plus riches. On a voté par exemple une taxe sur le patrimoine des milliardaires. Ça concerne 147 personnes et ça permet de rentrer dans les caisses de l'État plus de 10 milliards d'euros. Donc, on est en capacité de montrer qu'un autre budget est possible. Si M. Barnier n'en tient pas compte, n'écoute rien et veut passer son budget en force, oui, bien évidemment, il y aura une motion de censure.
Et vous demanderez aux députés du Rassemblement national de voter votre motion de censure ? Alors, il est évident qu'à partir du moment où nous déposons une motion de censure, si le Rassemblement national décide de ne pas la voter, alors il sera le complice de l'application des mauvaises recettes du gouvernement Barnier. Donc, vous souhaitez que le Rassemblement national vous rejoigne sur cette question ? Non, non, mais attendez. Si je dépose une motion de censure, c'est parce que je souhaite que cette motion de censure, elle soit votée et ce n'est pas politicien. C'est tout simplement pour empêcher que le budget de M. Barnier s'applique. Parce que le budget de M.
Barnier, c'est l'augmentation des tarifs de l'électricité, c'est le report de la revalorisation des retraites. Au lieu qu'elle soit revalorisée au 1er janvier, elle sera revalorisée au 1er juillet. C'est 4000 postes d'enseignants en moins, alors qu'on a besoin de professeurs à l'éducation nationale aujourd'hui. Donc, si le Rassemblement national décide de ne pas voter une motion de censure, alors il sera complice de l'application et de la mise en œuvre de cette politique qui va beaucoup faire souffrir les Françaises et les Français.
Emmanuel Bompard, Jean-Luc Mélenchon a aujourd'hui les honneurs du journal Libération, qui lui consacre cette 1, et explique qu'il est en train, ni plus ni moins, de préparer sa prochaine candidature à l'élection présidentielle. Est-ce que vous nous confirmez que pour la France insoumise, ça ne fait aucun doute, votre prochain candidat s'appelle Jean-Luc Mélenchon ?
D'abord, Libération fait effectivement un dossier aujourd'hui sur Jean-Luc Mélenchon. Je ne sais pas quand va avoir lieu la prochaine élection présidentielle. Elle peut avoir lieu en 2027, elle peut avoir lieu plus tôt. Moi, je dis la même chose que j'ai toujours dit. Il me semble évident que si cette élection présidentielle a lieu dans quelques semaines ou dans quelques mois, je pense qu'effectivement, Jean-Luc Mélenchon fait aujourd'hui, est aujourd'hui la personnalité à la France insoumise la mieux placée pour nous représenter dans cette élection. Si l'élection a lieu plus tard, lui-même, Jean-Luc Mélenchon a dit « Moi, j'aspire à être remplacé ». Donc, dans ce cas-là, on verra.
Mais pour l'instant, nous, nous travaillons pour essayer de faire en sorte que le budget de M. Barnier, qui va créer beaucoup de souffrance dans le pays, ne puisse pas être adopté, que le gouvernement de M. Barnier soit renversé, qu'une autre politique puisse être mise en œuvre. C'est ça la priorité. Et la priorité, c'est de faire en sorte qu'on ouvre un nouveau chemin pour notre pays, qui a déjà beaucoup souffert de la politique de M. Macron et maintenant de M. Barnier. Il faut changer tout ça. Et changer tout ça, ça passe par le fait de renverser ce gouvernement. C'est la priorité de destituer ou de faire démissionner le président de la République. Pourquoi pas ?
Parce qu'on voit bien qu'Emmanuel Macron est directement responsable de la situation qu'on connaît aujourd'hui.
Manuel Bompard, il n'y aura pas de publicité dans les gares pour le livre de Jordan Bardella, la régie publicitaire qui gère cela, a expliqué que c'était contraire au principe de neutralité. Le patron du RN dénonce, je cite, une censure sous la pression de syndicats d'extrême-gauche, même si vous le combattez dans les idées. Est-ce que vous trouvez ça normal ?
Alors d'abord, moi, je le combat dans les idées, c'est certain. Maintenant, moi, j'ai cru comprendre qu'il y avait, dans cette régie publicitaire, et que ça n'a rien à voir avec les syndicats de la SNCF, qu'il y avait des règles sur la publicité dans les gares, et que c'était ces règles qui étaient appliquées. Vous semblez juste ces règles ? Je ne sais pas, mais ce n'est pas moi qui les ai définies. C'est manifestement cette régie publicitaire. Et j'imagine que s'il y a des règles, elles s'appliquent à tout le monde, à M. Bardella, comme à qui que ce soit d'autre, quelle que soit son étiquette politique.
M. Montpart, s'il écrivait un livre demain.
Jean-Luc Mélenchon a écrit beaucoup de livres. Si vous, vous écrivez un livre. C'est un livre de succès que M. Bardella.
Merci, Emmanuel. Merci à vous.
Manuel Bompard