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interviewSud Radio· 25 mars 2026 28 min

Yaël Braun-Pivet : "On peut regretter la minute de silence pour Quentin Deranque"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Jean-François Aquili, votre invité politique ce matin sur Sud Radio, c'est Yael Broun-Pivet, la présidente de l'Assemblée Nationale. Bonjour Yael Broun-Pivet, soyez la bienvenue, nous allons évoquer avec vous la reprise des travaux parlementaires après la parenthèse des élections municipales. Quels sont les textes prioritaires à l'Assemblée d'ici 2027 ? Vous savez, il y a ceux qui vous disent que ce sera une année perdue, nous verrons avec vous. Mais tout d'abord, Yael Broun-Pivet, le climat politique, que dites-vous de ces maires ou ces élus sortant, battus dans certaines mairies, chahutés, hués, insultés, conspués dans plusieurs villes ?

Question de Vaud-en-Velin, Creil, Saint-Denis, Le Blanc-Ménil, Mante-la-Jolie ?

0:42
Yaël Braun-Pivet

C'est un pur scandale, c'est un pur scandale déjà humain parce que lorsque l'on est élu, on donne de sa vie, on donne de son temps, on donne son énergie. Pendant six ans, on se dévoue quand on est maire, mais quand on est parlementaire également, corps et âme pour exercer son mandat pour ses concitoyens. Et voir que cet engagement total est ainsi conspué, hué, ça fait peur à voir. Et ça m'inquiète, ça m'inquiète parce que vous savez, une démocratie, pour qu'elle fonctionne, elle a besoin d'électeurs et elle a besoin d'élus. Donc, ça marche sur deux jambes.

Et si les élus, on les conspue de la sorte et on les traite de la sorte, il n'y aura plus personne demain pour briguer des mandats et pour exercer la chose publique. Et dans ce cas-là, notre démocratie, elle sera morte. Et donc, faites attention, prenez garde lorsque vous traitez les gens comme ça, parce que déjà demain, c'est vous qui serez traité comme ça. Et la démocratie est en danger. Donc, prenons garde collectivement, respectons les électeurs et respectons les élus, ceux qui s'engagent.

1:46
Présentateur

Disons les choses clairement, Yael Brun-Pivet, dans chaque cas, la mairie a été remportée par LFI ou par des listes d'hiver gauche soutenues fortement par la France insoumise. Est-ce que vous demandez ce matin, solennellement, à Jean-Luc Mélenchon et aux leaders insoumis de condamner ces violences ?

1:59
Yaël Braun-Pivet

Alors moi, depuis longtemps, je ne demande rien et n'attends rien de Jean-Luc Mélenchon. Vous savez quel est mon rapport à ce sinistre personnage. En revanche, je vois la France insoumise, depuis des années, agir à l'Assemblée nationale. Je ne cesse de prononcer des sanctions à leur encontre, parce qu'ils ont des comportements inacceptables et il ne faut pas laisser passer. Donc, ça ne m'étonne pas, malheureusement, mais il faut absolument que tout le monde soit, finalement, assez réaliste et vigilant et qu'on ne se trompe pas sur, effectivement, qui sont les fauteurs de troubles.

2:39
Présentateur

Parmi les réactions, il y a celle de Gabriel Attal. « Telle est la rançon de la violence promue à chaque instant par la France insoumise », écrit-il sur X. Il dit « Notre démocratie, notre République, nos élus locaux méritent mieux que la brutalité. Les torrents de haine promus par Jean-Luc Mélenchon, donc, et ses alliés. Gabriel Attal, vous ne regrettez pas, il y a le bronze pivé, aujourd'hui, au vu de ce qui se passe, d'avoir, quand je dis d'avoir, c'est le camp du président de la République, entre autres, a appelé à voter LFI aux dernières législatives pour faire barrage au Rassemblement national. Quand on voit ce qui s'est passé, là ?

3:11
Yaël Braun-Pivet

Alors, aux dernières élections législatives, en 2024, nous avons fait un barrage républicain à l'endroit du Rassemblement national et je ne le regrette absolument pas. Après, moi, j'ai toujours été très vigilante sur les appels à voter la France insoumise. Je n'ai pas appelé globalement à voter pour la France insoumise. J'ai soutenu, ça et là, des candidats valeureux, tel ma vice-présidente Caroline Fiat, qui a malheureusement perdu. Mais l'appel à voter d'une façon globale pour la France insoumise, ça, ça n'est pas possible et envisageable.

3:43
Présentateur

Vous estimez toujours aujourd'hui le RN plus dangereux que LFI ? Parce que je vous ai entendu sur BFM TV, pardonnez-moi, vous avez dit élection après élection, le RN est obligé de faire le ménage dans ses rangs. Il reste en dehors du champ républicain, avez-vous dit ?

3:56
Yaël Braun-Pivet

Alors, en fait, il faut se méfier des deux extrêmes. Et moi, je suis une modérée, je suis une centriste. Et donc, forcément, les deux extrêmes, ce n'est pas ma tasse de thé, que ce soit l'extrême gauche ou l'extrême droite. Alors, après, j'entends bien, est-ce qu'on met un Seine-égal ou pas ? Mais en fait, ils représentent pour moi, tous les deux, un danger pour notre République, un danger pour nos valeurs. La France insoumise, ça n'est plus à démontrer. On voit que c'est un parti qui entraîne du désordre, du chaos, qui se joue de toutes les règles les plus élémentaires de la vie en commun. Le même combat, c'est le combat contre les extrêmes. Ça, c'est très clair.

Mais pas pour les mêmes raisons. Le Rassemblement national est plus polissé à l'Assemblée nationale, tout le monde le constate. En revanche, les idées qu'il charrie sont tout aussi nauséabondes à mes yeux. Et je les combats de la même façon. Moi, je suis une modérée, radicalement modérée.

4:50
Présentateur

Avant de parler des textes, où est passé, au fait, vous êtes la patronne de l'Assemblée, juste qu'il n'y a plus qu'à preuve du contraire. Où est passé Raphaël Arnaud ? C'est la conséquence de l'assassinat, du meurtre de Quentin de Ranque à Lyon. Où est-il ? Il n'a pas fait son retour dans l'hémicycle. Est-ce qu'il est souhaitable, ce retour ?

5:06
Yaël Braun-Pivet

Écoutez, alors moi, je ne l'ai pas revu jusqu'à nouvel ordre. Parce qu'il y a une reprise, quand même. Après, on a repris les travaux hier, effectivement, après des semaines de suspension pour les élections municipales, parce que j'avais beaucoup de parlementaires qui étaient engagés sur le terrain pour les élections municipales. Près de 80 parlementaires étaient candidats, 38 ont été élus. Et donc, il fallait faire campagne. Nous sommes avant tout des hommes et des femmes politiques. Raphaël Arnaud, écoutez, il peut juridiquement faire son retour, puisqu'il a un mandat qui n'a pas cessé. Et moi, je n'ai pas le pouvoir d'empêcher Raphaël Arnaud de revenir siéger dans l'hémicycle.

En revanche, je trouve qu'à titre personnel, moral, il est difficile de représenter la nation lorsque l'on a ce type de comportement et lorsqu'on s'entoure de personnes qui ont maille à partir.

5:58
Présentateur

Il n'a plus sa place dans l'Assemblée nationale, selon vous ?

6:01
Yaël Braun-Pivet

Écoutez, c'est à lui de le décider s'il reviendra et s'il exprimera des votes dans l'hémicycle. En tout cas, moi, personnellement, j'estime qu'on peut difficilement représenter les citoyens et la nation lorsque l'on a ce type de comportement.

6:17
Présentateur

Vous avez vu que vous a été reproché la minute de silence pour Quentin Doran, qui a eu les révélations sur Mediapart et les autres. Vous regrettez ?

6:23
Yaël Braun-Pivet

J'ai vu. Alors, c'est toujours très difficile de prendre ce type de décision sur les minutes de silence. C'est une décision, et c'est important que vos auditeurs l'entendent, qui a été prise collectivement avec les 11 présidents de groupe. C'est un président de groupe, celui de l'UDR, qui l'a sollicité. Et moi, je n'ai pas le pouvoir de voter. J'ai interrogé les présidents de groupe politique et tous les 11 présidents de groupe ont accepté de faire cette minute de silence. Et nous l'avons faite.

Maintenant, effectivement, lorsqu'on regarde le profil de Quentin Doran, effectivement, si on avait su, à ce moment-là, qu'il avait ce profil-là, je pense que, probablement, que la décision n'aurait pas été la même. Voilà. Et que nous ne l'aurions pas faite, en tout cas, effectivement. Je pense qu'aujourd'hui, on peut regretter d'avoir eu cette minute de silence. Compte tenu du personnage, maintenant, ce que nous ne pouvons pas regretter, c'est la condamnation de la violence en politique. On ne peut pas accepter cette violence. Et surtout, moi, je suis maman. J'ai cinq enfants. J'ai des enfants qui s'intéressent à la politique.

Et donc, je ne peux pas tolérer que, dans notre pays, nos jeunes se retrouvent dans la rue et se tapent dessus pour des opinions politiques, jusqu'à la mort. Ça n'est pas acceptable dans une démocratie. De la même façon, nous avons ouvert cette émission sur la violence en politique vis-à-vis d'anciens élus. Enfin, il faut qu'on calme tous le jeu. Nous ne pouvons pas tolérer cette montée inexorable de la violence.

7:52
Présentateur

Yael Broun-Pivet, la fin de vie, l'examen des deux propositions de loi sur l'aide à mourir et les soins palliatifs, reporté au mois de mai au Sénat. Est-ce que vous avez été prévenu ? Je sais que vous tenez beaucoup à ce texte. Qui freine ? Est-ce que c'est Gérard Larcher ? Est-ce que c'est la majorité à l'air sénatoriale ? Vous avez vu ce que dit Politico ? Oui, j'ai vu ça. Qui est au fond que les sénateurs de droite hostiles au texte, je lis, ne voulaient pas débattre de l'aide à mourir les 1er et 3 avril, pile pendant la semaine sainte qui précède Pâques dans la tradition chrétienne.

8:24
Yaël Braun-Pivet

Moi, je suis très déçue. Et depuis ce nouveau report, j'ai reçu beaucoup de témoignages de personnes qui sont vraiment dans la souffrance et qui attendent ce texte depuis des années. Donc moi, je ne comprends pas ce report. Je le désapprouve profondément. L'Assemblée nationale s'est exprimée à deux reprises récemment, très largement. Nous représentons la nation, nous représentons les citoyens. Le peuple français attend dans une grande majorité ce texte. Il nous faut avancer, il faut arrêter de tergiverser, il faut arrêter de traîner les pieds. Moi, je suis une très grande défenseuse du bicamérisme et je défends le Sénat.

Mais là, il faut arrêter, il faut avancer et on ne peut pas utiliser des artifices, quels qu'ils soient. Je l'ai dit hier soir à Gérard Larcher, puisque je l'ai vu à l'Elysée, nous avions une réunion avec le président de la République et le Premier ministre. Je lui ai dit ce que je pensais de cet énième report. Moi, j'ai un engagement très clair vis-à-vis des Français, vis-à-vis des parlementaires. Ce texte doit être voté avant l'été 2026 et je mettrai tout en œuvre pour qu'il le soit. Je n'en peux plus de ces tergiversations sur ce sujet.

9:33
Présentateur

Avec une procédure accélérée, éventuellement ?

9:36
Yaël Braun-Pivet

Alors, ce n'est pas une procédure accélérée, c'est une procédure normale. Mais il faut absolument aboutir. Les Français l'attendent. Et vous savez, quand on fait de la politique, si on n'est pas à l'écoute du peuple, si on n'est pas à l'écoute de ce que demandent les concitoyens, on ne sert à rien. Et donc là, moi j'ai un engagement très clair, les Français l'attendent et nous devons voter ce texte.

9:55
Présentateur

Autre engagement, vous avez rappelé votre statut de maman ce matin. La protection de l'enfance, il y a ces révélations accablantes, à Paris notamment. Là aussi, il faut voter cette loi ?

10:11
Yaël Braun-Pivet

Alors là aussi, moi je me bats pour...

10:14
Présentateur

Il y a un calendrier qui est improbable.

10:17
Yaël Braun-Pivet

Alors enfin, déjà ce texte est mis à l'ordre du jour de l'Assemblée nationale. Nous avons eu une commission d'enquête, nous avons une délégation aux droits des enfants que j'ai créée à l'Assemblée nationale avec l'accord de l'ensemble des groupes politiques. C'est une préoccupation majeure. Ça fait des mois que nous demandons l'inscription d'un texte sur l'aide sociale à l'enfance. Nous avons enfin obtenu gain de cause. Vous savez, les enfants qui sont confiés à l'aide sociale à l'enfance, c'est près de 400 000 enfants qui, sur une année, sont à l'aide sociale à l'enfance. Et l'enfant... La République est un parent défaillant. Nous ne nous occupons pas bien de ces enfants.

Et au-delà du scandale démocratique républicain, c'est aussi quelque chose qui est dramatique pour la vie en société. Figurez-vous, figurez-vous qu'un tiers des enfants délinquants, un tiers des mineurs délinquants, sont des enfants qui sont passés par l'aide sociale à l'enfance. Un tiers. Alors, quand on parle de la délinquance des mineurs, et que j'entends certains dire il faut enlever l'excuse de minorité, il faut sévérité, sévérité, sévérité. Oui, il faut sanctionner. Mais occupons-nous aussi de ces enfants avant qu'ils ne deviennent délinquants. Et quand ils nous sont confiés, quand ils sont confiés à l'État, eh bien, c'est à l'État de faire son boulot.

Et donc, l'aide sociale à l'enfance doit être profondément réformée. Et ça ne peut plus attendre. Et ça, c'est un enjeu transpartisan. Moi, j'entends ceux qui disent que 2026, on ne fera rien à l'Assemblée nationale. Eh bien, moi, ma responsabilité en tant que président de l'Assemblée nationale, c'est de faire, de cette année utile, aide sociale à l'enfance, aide à mourir, loi de programmation militaire, sécurité du quotidien. Nous avons beaucoup de sujets qui peuvent rassembler les élus de tous les bords. L'aide sociale à l'enfance, c'est un travail transpartisan que nous pouvons mener. Et nous pouvons aussi montrer le meilleur visage de l'Assemblée nationale sur ces sujets-là.

12:06
Présentateur

Vous avez établi les priorités avant 2027. D'un mot sur le scandale du périscolaire à Paris, est-ce que vous pensez qu'il faudrait une commission d'enquête parlementaire comme il y a eu pour Betaram ?

12:14
Yaël Braun-Pivet

Pourquoi pas ? Franchement, il y a eu manifestement des dysfonctionnements. Les commissions d'enquête, ça sert à ça. J'ai entendu, vous savez, sur l'affaire Epstein qu'on voulait une commission d'enquête pour essayer de traquer les coupables. Ce n'est pas le boulot du Parlement, ça, c'est le boulot de la justice. En revanche, le boulot du Parlement, c'est de dire qu'il y a eu des dysfonctionnements, il y a eu des retards, il y a eu des alertes qui n'ont pas été entendus. Là, oui, le Parlement peut faire son travail d'enquête.

Donc, dans ces conditions, sur l'affaire à Paris et sur l'affaire Epstein, s'il s'agit de pointer des dysfonctionnements, il faut que l'Assemblée nationale et le Sénat fassent leur travail. Il ne faut pas confondre les deux, mais quand il y a manifestement des problématiques de fonctionnement, l'Assemblée nationale a toute sa place au travers de ses commissions d'enquête et donc, sur ces sujets-là, évidemment, commission d'enquête.

13:00
Présentateur

Il nous reste quelques secondes avant de donner la parole aux auditeurs. Une commission d'enquête, vous dites très bien, 2027, la présidentielle, vous l'avez évoquée à l'instant. Vous avez vu ce que dit Rachida Dati dans le Figaro battu à Paris, donc. Elle dit, la division des forces du centre de la droite a été mortifère. Elle dit aussi, dès l'instant où Gabriel Attal n'a pas souhaité nous soutenir au premier tour, il a acté la division et en cela, il a accéléré le risque de l'échec. Donc, elle pointe le responsable, enfin, le patron de Renaissance, en l'occurrence. C'est le syndrome de la division, c'est ce qui guette votre camp ?

13:33
Yaël Braun-Pivet

Alors, il y a deux écueils qu'il faut éviter. On l'a vu dans ces élections municipales, mais que ce soit à Paris, que ce soit sur les ralliements France Insoumise, PS, etc. Ça ne marche pas. Donc, je crois que les Français, ils veulent deux choses. Ils veulent de la clarté et donc de la clarté sur la ligne, sur ce que l'on porte et effectivement de l'union. Et c'est à ça qu'il faut qu'on travaille. Donc, moi, j'entends beaucoup un candidat, un candidat, un candidat. Oui, un candidat, mais sur un projet aussi. Ça ne peut pas être un candidat sur mille et un projets qui nous divisent. Moi, je viens de la social-démocratie. Donc, moi, je suis à nouveau très centriste, très marcheuse.

Moi, je crois dans le dépassement des clivages. Je crois dans le rassemblement des forces. J'appelle à cela depuis des années. C'est à cela que j'oeuvre à l'Assemblée nationale. Le camp des modérés doit se mettre à table et travailler ensemble. d'Edouard Philippe et Olivier Faure en passant par, effectivement, les marcheurs, les démocrates, les sociodémocrates et, effectivement, la droite républicaine, la droite gaulliste. Tout cela doit pouvoir se rassembler et travailler ensemble autour de grandes lignes de force d'un projet.

14:42
Présentateur

Allez, avant de passer le relais aux auditeurs, juste un mot. Une femme candidate, il y a le programme privé, il n'y a que des messieurs quasiment qui se présentent.

14:47
Yaël Braun-Pivet

Il n'y a que des messieurs, ça, je vous le confirme. Vous pourriez être vous

14:50
Présentateur

une candidate ?

14:53
Yaël Braun-Pivet

Il pourrait y en avoir plein, il pourrait y avoir aussi... Non, mais moi, je note surtout qu'effectivement, il n'y a pas de femmes. Elisabeth Borne a été Première ministre, elle n'est jamais citée. Nous avons des femmes de valeur dans la majorité, moi y compris, mais je ne vais pas me mettre dans ce lot-là personnellement, mais en tout cas, il y a des femmes de valeur. Elles pourraient être regardées, on ne s'en occupe pas. C'est, comme d'habitude, un boys band. Et ça suffit, là aussi. Ça suffit. Franchement, je peux vous dire que quand on est femme et qu'on fait de la politique, on en a un peu marre de ces clubs de mecs qui trustent toutes les places du pouvoir.

Moi, je me suis battue comme une dingue pour réussir à être présidente de l'Assemblée nationale. J'exerce cette fonction maintenant depuis 4 ans. Ce qui est sûr, c'est que je suis convaincue que cette année est décisive pour l'Assemblée nationale, elle est décisive pour les Français et moi, mon job, c'est d'être à l'Assemblée nationale.

15:46
Présentateur

Merci. Allez-y, avant de donner la parole aux auditeurs. Allez-y, présentez-vous.

15:51
Yaël Braun-Pivet

Mais ce n'est pas le sujet, on est en mars.

15:54
Présentateur

Non, mais attendez. Vous ne pouvez pas dire qu'il y en a marre de ces boys band. Je rappelle quand même que lors des précédentes présidentielles, il y avait toujours une femme en finale. C'était Marine Le Pen. Et auparavant, il y avait Ségolène Royal. Il y a eu Ségolène Royal. On a eu des candidats. Allez-y. Pourquoi vous n'y allez pas, Yael Brot-Divet ?

16:10
Yaël Braun-Pivet

Mais parce que c'est aujourd'hui, je crois profondément... Il faut y aller, il faut doubler les mecs.

16:14
Présentateur

Alors, les boys band,

16:18
Yaël Braun-Pivet

c'est intéressant parce que je crois qu'il y a certains qui disent qu'il y a un plafond de verre et que les Français ne sont pas prêts pour voter pour une femme à la présidentielle. Moi, je ne crois pas. Je pense qu'effectivement, ils sont prêts. Mais je pense qu'aujourd'hui, le sujet, c'est d'abord qu'est-ce qu'on présente comme souffle, comme envie, comme programme aux Français. Et c'est à ça qu'il faut qu'on travaille aujourd'hui dans le camp des modérés à nouveau. En tout cas, c'est sûr. Vous vous y pensez

16:43
Présentateur

quand même le matin, de temps en temps, un petit peu,

16:46
Yaël Braun-Pivet

Il y a un truc qui m'obsède. Il y a un truc qui m'obsède. Et je ferai tout, tout, pour que ça n'arrive pas. Je ne veux pas que mon pays tombe aux mains des extrêmes parce que ça n'est pas notre pays. Et que ce soit l'extrême gauche ou l'extrême droite, je crois que ça serait mort-fifère. Et moi, je vais consacrer ma vie politique à cela.

17:08
Présentateur

Oui, avant de donner la parole aux auditeurs pour leurs questions, si justement, vous aviez le choix entre... Si on arrive aux extrêmes, c'est-à-dire, LFI face au RN.

17:18
Yaël Braun-Pivet

Mais nous n'y arriverons pas. Nous n'y arriverons pas. Mais nous ne nous retrouverons pas dans cette situation-là.

17:26
Présentateur

Vous voteriez blanc ?

17:27
Yaël Braun-Pivet

Mais nous ne nous retrouverons pas dans cette situation. Peut-être.

17:30
Présentateur

Mais si nous y sommes...

17:31
Yaël Braun-Pivet

Nous n'y serons pas parce que nous sommes nombreux dans notre pays. Que nous fassions de la politique ou que nous soyons simples citoyens à ne pas vouloir nous retrouver dans ce match-là. Et donc, il n'arrivera pas.

17:43
Présentateur

Bon, mais si jamais il arrive...

17:44
Yaël Braun-Pivet

Est-ce que nous oeuvrerons justement pendant un an pour que ça n'arrive pas ? Parce que nous ferons des choses utiles pour nos compatriotes et parce que nous construirons un projet qui montre qu'il y a mieux que ces deux extrêmes-là.

17:55
Présentateur

Allez, dans un instant, avec Jean-François Aquili, vous allez répondre aux auditeurs qui nous appellent au 0826-300-300. Merci. Yael Broun-Pivet qui reste président de l'Assemblée nationale avec nous jusqu'à 9h moins le quart, 9h moins 10 à peu près.

18:10
Locuteur 4

Le Grand Matin Sud Radio,

18:12
Présentateur

7h-10h, Patrick Roger. Il est 8h37 sur Sud Radio avec Yael Broun-Pivet, la présidente de l'Assemblée nationale qui est avec nous jusqu'à, je le disais, encore une bonne dizaine, deux minutes et Jean-François Aquili. Et Julien, 0826-300-300, 0826-300-300. Julien de Chambéry qui veut poser une question très concrète, je crois, sur l'Assemblée nationale. Bonjour Julien. Oui, bonjour à tous. Bonjour Madame la Présidente. Bonjour Monsieur. Bonjour. J'ai une question à poser, c'est par rapport au fonctionnement de l'Assemblée nationale puisqu'il y a quand même un grand débat à chaque fois concernant le 49-3. Donc, M.

le Premier ministre avait indiqué qu'il n'allait pas recourir au 49-3 et il s'avère que, bien sûr, vu la configuration de l'Assemblée nationale, il a été obligé de le faire adopter dans le cadre, je pense, des discussions budgétaires. La question, c'est, vu que c'est un outil constitutionnel, pourquoi promettre de ne pas recourir au 49-3 puisque, vu la configuration de l'Assemblée nationale, il ne faut pas sortir de Saint-Cyr pour constater que, de toute façon, il y a blocage et que, pour des projets de loi structurants, on aura forcément besoin d'un 49-3.

Donc, pourquoi avoir fait une promesse qui, de toute façon, n'était pas tenable sauf peut-être pour s'assurer la voix du Parti socialiste qui sert un peu de béquille au gouvernement ? Voilà la question que je voulais poser. Je vais pour tout vous dire. Moi, je suis maire de ma commune depuis le 15 mars dernier. Moi, c'est 49-3. Bravo ! Dans ma commune, je n'aurai pas de 49-3, ça passera par de la concertation, par, pourquoi pas, des référendums citoyens pour faire aboutir les projets. Et soit, on a un 49-3, un outil constitutionnel et on explique qu'on l'utilise parce que, parfois, on n'a pas le choix.

J'ai envie de dire, soit, on se tait et on explique qu'on ne fait pas de choses pour Metz en disant qu'on n'allait pas recourir quand c'est pour le faire trois mois plus tard. Bon, ça sent le terrain, ça sent le vécu, je veux dire.

19:59
Yaël Braun-Pivet

Mais, moi, je suis comme vous, monsieur le maire, pour faire fonctionner l'Assemblée nationale en interne. Je n'ai pas de 49-3 et je suis obligée de trouver des majorités, de compromis, de consensus et ça passe effectivement par du dialogue. Donc, on a ça en commun. Après, pourquoi il avait renoncé à l'utiliser ? C'était effectivement pour engager la discussion avec l'ensemble des forces politiques et sur le texte relatif au budget de la sécurité sociale, ça a marché puisqu'on a obtenu un vrai vote qui n'était pas arrivé depuis un petit moment.

Mais on a, en fait, une difficulté structurelle dans notre pays, c'est qu'on peut, et on est, je crois, le seul pays presque au monde à être dans un système institutionnel tel que celui-ci, c'est-à-dire qu'on peut gouverner sans avoir de majorité. Dans plein d'autres pays, ils sont obligés d'aller chercher une majorité et de constituer ce qu'on appelle des coalitions. Nous, on peut avoir un gouvernement ultra minoritaire et c'est ainsi que l'a voulu De Gaulle quelques outils pour justement permettre à ce gouvernement minoritaire d'avancer tel que le 49-3. Alors, après, la question, c'est est-ce qu'il faut le supprimer, etc.

Je pense que si on supprime le 49-3, il faut obliger le gouvernement à constituer une majorité pour pouvoir avancer à l'Assemblée nationale. C'est le pendant. Mais effectivement, les Français...

21:13
Présentateur

Ça pourrait être une solution alors de supprimer ? Ça pourrait être une piste

21:16
Yaël Braun-Pivet

de supprimer,

21:17
Présentateur

mais de... Puisqu'on parle de beaucoup de réformes, en fait.

21:19
Yaël Braun-Pivet

Mais d'obliger le gouvernement à constituer une majorité, c'est-à-dire, en fait, comme en Allemagne, en Espagne, au Portugal, etc., arriver devant l'Assemblée nationale, au début, une fois qu'il est nommé par le président de la République, et dire, voilà, j'engage la responsabilité de mon gouvernement, je demande un vote de confiance. Et on ne pourrait gouverner que si on a réussi à constituer une majorité autour de soi pour pouvoir gouverner. c'est ce qui se passe dans les autres pays, c'est pour ça qu'il constitue des coalitions.

Nous, nous n'avons pas ce système-là, mais ce que j'entends sur le 49-3, et je l'ai entendu partout, à chaque fois que je me déplace en France, c'est que les Français ne comprennent pas cet outil et ils ne l'acceptent plus. Donc, ce qui était acceptable en 58, etc., quand ça a été créé, ne l'est plus aujourd'hui, démocratiquement. Et vous l'avez dit, monsieur le maire, référendum citoyen, consultation, etc., il faut qu'on évolue vers un système beaucoup plus coopératif entre les différentes personnes et entre les différents partis politiques. Et nous n'y sommes pas aujourd'hui, mais je crois qu'il faut qu'on y travaille collectivement.

22:19
Présentateur

Laurent à Bordeaux pour une autre question à Yael Broun-Pivet, la présidente de l'Assemblée nationale. Merci, Julien. Bonjour, Laurent.

22:28
Locuteur 4

Oui, bonjour, Madame la Présidente. Bonjour, monsieur. Bonjour. Oui, donc moi, j'étais plutôt sur une question sur la confiance que les Français peuvent avoir envers l'Assemblée nationale et les députés. Comment, enfin, quand on voit l'ambiance et puis le, excusez-moi du temps, mais la bordélisation à laquelle on assiste dans cette Assemblée où on sent qu'il est incapable, qu'on est incapable de prendre des décisions sereinement et puis d'une manière réfléchie, comment on resitue, on peut resituer cette confiance et obliger les députés pour instituer cette confiance à respecter les institutions et la République ? Oui, bonne question.

23:16
Yaël Braun-Pivet

C'est une question extrêmement importante. Moi, je vois bien, effectivement, que les scènes de bordel, bazar, elles détruisent, elles sapent la confiance des citoyens envers l'institution et envers le personnel politique d'une façon générale et ils mettent tout le monde dans le même sac alors qu'effectivement, le bazar, il vient plutôt quand même d'un camp et donc, c'est un vrai problème.

Après, on est dans une démocratie et donc, dans une démocratie, les députés, les élus, ont le choix de leur mode d'expression et ils ont le droit d'être un peu radicaux dans leur façon de faire et on voit qu'il y a de la radicalité dans notre pays, on la voit tous les jours s'exprimer et il est plutôt sain qu'elle s'exprime à l'Assemblée nationale. Après, il y a des règles mais alors c'est ce qu'on me dit plus de fermeté

24:00
Présentateur

mais figurez-vous

24:02
Yaël Braun-Pivet

moi je le rappelle toujours je suis depuis 4 ans présidente de l'Assemblée nationale j'ai en 4 ans plus sanctionné les parlementaires que tous mes prédécesseurs additionnés depuis 1958 donc c'est dire que la fermeté je l'ai quand il faut sanctionner des comportements qui dévient de nos règles et tout ça je n'hésite pas je n'ai jamais la main qui tremble et je ne l'aurai jamais parce qu'il va de la vie de notre institution et du respect qu'on a après on a des parlementaires qui parfois sont complètement débordants et complètement en dehors des clous mais dans ces cas-là vous savez monsieur la meilleure sanction c'est les urnes c'est vous qui l'avez ne les réalisez pas pour vous représenter et ça c'est les citoyens c'est la sanction dans une société démocratique mais à ce jour ces parlementaires ils ont été élus après je voulais juste rajouter un tout petit truc très rapidement en fait regardez c'est comme un iceberg l'Assemblée Nationale on voit la bordélisation c'est la partie émergée de l'iceberg il y a quand même tout le reste tout ce que vous ne voyez pas mais qu'on ne vous montre pas aussi sans vouloir accuser quiconque c'est les dizaines et des dizaines de textes que l'on vote on a parlé de l'aide à mourir on a voté une loi agricole on a voté un registre national contre le cancer on a voté le remboursement des soins de suite contre le cancer du sein etc on a voté des dizaines et des dizaines de textes de façon transpartisane dans un moment de calme dans l'hémicycle mais c'est vrai que ce qui fait le buzz ce qui fait l'audience c'est le bordel à l'Assemblée Nationale mais heureusement heureusement il faut quand même être plus nuancé que cela

25:36
Présentateur

l'Assemblée Nationale qui est devenu le théâtre de discussion avec les commissions d'enquête parlementaires qui n'existaient pas auparavant est-ce que vous êtes toujours favorable à ces commissions d'enquête parlementaires et est-ce que le rapport sur l'audiovisuel aura bien lieu sur l'audiovisuel public parce que certains disent que ça pourrait être enterré

25:54
Yaël Braun-Pivet

alors les commissions d'enquête c'est quelque chose de fondamental dans une démocratie c'est la capacité

25:59
Présentateur

même si vous avez refusé Epstein par exemple

26:00
Yaël Braun-Pivet

mais en fait il y a eu un grand malentendu là-dessus moi j'ai été déjà c'est pas à moi on me prête beaucoup de pouvoir mais moi je peux pas dire oui, non sur une commission d'enquête sur une mission etc le parlement les groupes politiques à l'Assemblée Nationale ont ce pouvoir-là et l'Assemblée dans son vote moi je ne l'ai pas c'est pas moi qui suis la grande ordonnatrice de tout ça ce que j'ai dit j'ai rappelé les règles et dans une démocratie nous avons besoin de règles et d'un cadre ce que j'ai dit c'est que la commission d'enquête Epstein telle qu'on me l'a demandé telle qu'on l'a demandé à l'Assemblée c'était rechercher les personnes qui sont coupables de crimes etc mais ça n'est pas le travail de l'Assemblée c'est le travail de la justice moi j'ai écrit au garde des Sceaux qui m'a répondu en me disant oui il y a une dizaine d'enquêtes qui sont ouvertes sur les faits de pédocriminalité etc ce dont je me réjouis il ne faut pas laisser passer ces faits-là la commission d'enquête elle vient pour dire il y a eu des dysfonctionnements si par exemple dans l'affaire Epstein il y a eu il y a des soupçons où on pourrait se dire on a enterré l'affaire etc là bien sûr bien sûr qu'il faut une commission d'enquête ça et ça peut arriver il faut le demander sous cet angle-là pas sous l'angle on va se transformer en procureur de la République

27:15
Présentateur

et sur l'audiovisuel public certains disent ça dure trop longtemps

27:18
Yaël Braun-Pivet

alors une commission d'enquête ça a il y a des règles c'est un cadre c'est 6 mois donc elle va se terminer au bout des 6 mois et concernant le rapport c'est à la commission de le décider c'est démocratique donc c'est les membres de la commission qui décident de la publicité ou pas moi personnellement je trouverais quand même dommage qu'au bout de 6 mois de travail il n'y ait pas de rapport à la fin ça serait quand même assez aberrant parce que nos travaux sont publics et il faut qu'on tire des conclusions ce d'autant plus que dans le rapport il peut y avoir des expressions des membres de la commission d'enquête ça n'est pas uniquement la vision d'un seul c'est la vision de toutes les personnes qui ont participé à la commission d'enquête donc c'est important qu'il y ait une conclusion à cette commission

27:57
Présentateur

merci beaucoup et c'est la conclusion aussi de votre intervention et de votre interview merci à Elbron Pivet présidente de l'Assemblée Nationale d'avoir joué le jeu aussi en direct avec les auditeurs et vous reviendrez pour ça parce que Sud Radio évidemment nous vous donnons la parole on va débriefer aussi dans un instant 0826 300 300

28:14
Yaël Braun-Pivet

merci beaucoup

Yaël Braun-Pivet : "On peut regretter la minute de silence pour Quentin Deranque" — Yaël Braun-Pivet · Pourquijevote