Eric Bothorel, député EPR des Côtes-d'Armor | La politique et moi
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Un député peut-il faire plier l'homme le plus riche du monde ? C'est en tout cas l'objectif de mon invité, dans son viseur Elon Musk et son réseau social X. Député des Côtes d'Armor, mon invité siège au groupe Ensemble pour la République.
Générique --- --- Bonjour Eric Bothorel. -Bonjour Clément. -Il y a des députés un peu rock'n'roll à l'Assemblée, on les repère assez vite.
Mais alors vous, je ne vous aurais pas placé naturellement dans cette catégorie et pourtant je suis tombé sur une archive assez étonnante. Regardons-la. *Batterie et guitare électrique --- --- *-Je rêvais d'une autre Terre -Dites-nous, qu'est-ce que c'est que ça ? -Ca, c'est un bon moment.
C'est issu d'échanges avec des confrères qui avaient découvert que j'avais parmi d'autres passions, celles de la musique et notamment du hard rock. Et ils m'avaient dit comme ça : "Tu crois qu'un groupe de rock à l'Assemblée nationale, c'est possible ?" J'ai cru comprendre que l'un était bassiste.
Je dis : "On peut en parler, mais on en parle ensemble." Et c'est comme ça que les choses se sont faites. -Ce groupe avait un nom ? -Non, non.
D'abord, le groupe, il n'a été que l'espace à un moment. C'est un buff là. Tout le monde avait répété dans son coin.
Il ne faut pas croire qu'il y avait une préparation d'une tournée. On s'était mis d'accord sur un titre avec les acteurs qui sont ici. -Présentez-les nous. -Vous avez Adrien Quatennens à la batterie, vous avez mon amie Colette Chalumeau à la basse, vous avez Pierre-Alain Raphan à la guitare, guitare solo, moi j'occupe la partie rythmique derrière et puis vous aviez Pascale Fontenel qui avait été candidate à l'Eurovision. -C'est vrai.
On l'a reçue dans l'émission "Et moi, et moi" il y a quelques années, elle nous en avait parlé. -Je l'ai découvert à ce moment-là. Et vous avez la conseillère communication de Jean-Luc Mélenchon.
A l'époque, c'était de la musique transpartisane. -C'était ça, ma question d'après. Est-ce que les clivages politiques peuvent tomber grâce à la musique, grâce au rock ?
C'est quelque chose... -Oui, enfin, possiblement, d'abord, et pas uniquement dans le rock, je dois pouvoir concéder qu'ici, dans cette maison, je peux avoir des échanges avec des gens qui ne sont pas de mon groupe politique.
Des échanges qui sont extra-professionnels ou même professionnels. On arrive à travailler ensemble si on considère que l'activité professionnelle, c'est l'activité parlementaire. On travaille, heureusement, dans le moment qui est le nôtre.
Il ne faut pas nourrir les Français de désespoir. -Ca, ça date un petit peu. C'était fin 2021.
Est-ce que le climat politique aujourd'hui rendrait encore ça possible ? Jouer dans un groupe avec un député LFI quand on est de... -Oui, je veux le croire, il s'est passé le 7 octobre, il s'est passé des choses depuis, mais si d'aventure tout ça n'était plus jamais possible, alors nous aurions basculé définitivement dans un monde qui n'est pas l'autre "monde" que l'on souhaitait quand on a chanté ça. -Autre question, sur les cinq députés présents dans ce groupe, vous êtes le seul à être encore aujourd'hui élu.
On dit que les rockeurs ne font pas de vieux os, mais pas non plus de longues carrières politiques... -Oui, je ne sais pas si c'est lié au fait qu'on ait joué ensemble.
En tout cas, effectivement, je fais partie des survivants de ce groupe, oui. -On décrit souvent les rockeurs comme des rebelles. En politique, vous avez justement un côté un peu rebelle.
Vous n'hésitez pas à voter à contre-courant de votre famille politique. Comme ces dernières années à plusieurs reprises, sur des textes assez structurants, importants, sur la loi immigration en 2023, plus récemment, sur la loi Duplomb, vous avez l'âme d'un frondeur ? -Non, j'aime pas ce terme, il renvoie à une partie de l'histoire qui était la déliquescence d'un bloc, d'un groupe.
Moi, plusieurs choses d'abord. Un, j'essaye de mobiliser le vote pour, le vote contre et rarement l'abstention. Je considère que la mission qui m'a été donnée par les gens qui m'ont élu, c'est de trancher les sujets.
Je trouve que le côté abstention, c'est un truc hyper confortable pour celui qui le manie. En vrai, ça ne veut pas dire grand-chose. On flatte ceux qui sont pour, et ceux qui sont contre.
On peut très bien dire qu'on n'a pas réussi à se forger une opinion, mais pour moi, quand on est élu, on doit pouvoir trancher les sujets. Bien sûr, ça fait l'objet d'un arbitrage entre le verre à moitié plein et le verre à moitié vide. Pour la loi sécurité globale ou anti-immigration, il y avait un glissement trop favorable à la police administrative versus le pouvoir judiciaire et j'avais tranché défavorablement pour ce texte.
J'avais aussi en tête des mesures anticonstitutionnelles. Et sur la loi Duplomb, je n'avais pas anticipé que ça le serait, mais j'avais une des mesures dans la loi Duplomb dont je pensais qu'elle était à contre-courant de ce que nous faisions et de ce que nous faisons depuis huit ans maintenant. -Ces votes marquent aussi un peu vos origines politiques.
Vous avez été longtemps membre du PS. Est-ce que le macronisme aujourd'hui ne penche pas un peu trop à droite pour vous ? -Ca ne vous aura pas échappé que je suis encore dans le groupe Renaissance.
J'ai une loyauté au président de la République que je ne démentirai pas jusqu'à la dernière minute du mandat du président, même si ce n'est pas très populaire de le dire en ce moment. Trop à droite, je ne sais pas ce que ça veut dire. Moi, je sais où je me situe. -Je crois que même avant de vous engager au PS, vous étiez encore plus à gauche. -Ouais, après, il y a toujours plus à gauche que la gauche. -Vous avez commencé où ? -A la Fédération anarchiste.
J'ai distribué Le Monde Libertaire quand j'avais 18 ans. Oui, je pense que là, c'est très à gauche. -Comment on passe de la fédération anarchiste à Emmanuel Macron ? -On laisse passer les années, possiblement.
En tout cas, je pense que quand on a 18 ans, moi je fais partie de la génération Malik Oussekine, la loi Devaquet, la sélection des universités, on se forge. Mon grand-père était assez engagé politiquement à gauche, mon père aussi, on parlait de politique à table, je pense que ça forge une partie de sa personnalité, de la mienne en tout cas. Et je me suis senti libre de prendre des engagements très tôt, très jeunes.
Bien évidemment, et assez naturellement, on prend des voies, des fois, beaucoup plus radicales que ce qu'on prend beaucoup plus tard. Plus tard, je lisais, y compris des trucs de Besancenot et Bensaïd. Et je me souviens d'un passage d'un livre de Besancenot et Bensaïd qui disait, "La révolution, ça ne se décrète pas, ça se prépare." Et je me suis dit à ce moment-là : "OK, il y en a qui la préparent, mais pendant ce temps-là, ça leur prend beaucoup de temps.
Il y a des choses à régler au quotidien. et je vais m'apaiser, ou en tout cas je vais..." -Le révolutionnaire est devenu réformiste. -Je vais accepter que faire des petites choses au quotidien, c'est pas moins ambitieux et c'est pas moins efficace pour transformer la vie des gens, que de préparer la révolution qui arrivera peut-être un jour. -Vous avez une liberté de vote, ça vous empêche pas d'être historiquement le tout premier député macroniste à avoir siégé à l'Assemblée nationale.
Tout cela est lié à une histoire douloureuse pour vous, la perte d'une amie Corinne Erhel. -C'est la morsure du destin, pour reprendre les mots du président qui est venu aux obsèques de Corinne. C'est marrant que vous posiez cette photo, parce que je partageais des photos de Corinne encore hier avec certains de mes collègues.
Et elle est décédée le 5 mai 2017, dernier jour d'une campagne. -La veille de l'élection présidentielle. -Oui, la veille de l'élection présidentielle. -Elle était donc députée. -J'étais son suppléant, oui.
Et on fait ce dernier meeting sur un sujet hyper casse-gueule, agriculture, environnement, avec François de Rugy, avec Olivier Allain. Et au milieu d'un mot, au milieu d'une phrase, elle s'effondre. Et effectivement, elle décède ce jour-là.
Et le lendemain, je me souviens, le préfet m'appelle en me disant : "Vous êtes député." ais je n'y crois pas. "Attendez, je ne peux pas passer député." Il n'y a plus d'activité, c'est la fin, il y a l'élection présidentielle.
Il m'a dit : "Si, si." Je suis venu, et vous avez raison, que je suis le premier député En marche, je fais tout le parcours. -Vous devez vous rattacher à un parti. -Oui, et on me dit : "A quel parti vous êtes ?" Je suis parti à En marche, à l'époque.
Et donc, je suis le premier député En marche de l'histoire. C'est pas une gloire, parce que c'est lié à un événement tragique. Et Corinne, elle manque à beaucoup de monde.
Son portrait est dans ma permanence. J'ai gardé la même permanence. C'est ce portrait que j'ai à sa permanence. -On va parler de votre action en tant que député.
Une action qui est liée en partie à votre passé professionnel. J'ai choisi deux images. On va les voir s'afficher et je vous laisse les commenter.
Donc, Elon Musk d'un côté, ChronoMicro de l'autre. -Oui. On commence par quoi ?
Commençons par ChronoMicro. C'est mon retour en Bretagne, en fait. Je décide de revenir en Bretagne parce que je suis né à Paimpol.
Et donc, j'ouvre un point de dépannage informatique. -Pour les particuliers, là. C'est la mamie qui n'arrive pas à allumer son ordi. -A l'époque, c'est particulier.
Et les toutes petites entreprises, on fait déjà des hotspots pour les campings,...
Le Wi-Fi commence à se déployer. C'est une expérience qui marque surtout mon retour en Bretagne. -Et Elon Musk ? -Elon Musk n'a rien à voir avec la Bretagne, ni avec mon parcours professionnel.
Non, Elon Musk, vous le mettez là parce que j'ai une petite actualité avec lui. -Une grosse actualité. -Surtout lui qui a une actualité avec la France.
Non, j'ai rien contre lui en tant que personne. Mais je trouve qu'il se mêle beaucoup des affaires des autres et qu'il est aujourd'hui devenu tellement puissant à la tête d'un outil qu'il, de manière totalement décomplexée, fait de l'ingérence, intervient sur le déroulement des élections européennes. -J'explique pour ceux qui n'ont pas suivi toute l'histoire, mais vous avez fait un signalement qui a déclenché l'ouverture d'une enquête.
Contre Elon Musk, contre X. Et tout ça, c'est l'ancien réparateur d'ordinateurs de Bretagne qui essaie de faire plier l'homme le plus riche du monde. -Les deux sont compatibles.
Depuis le réparateur informatique, ou celui qui a fait de l'IT pendant 30 ans, il est désormais législateur, et c'est ma responsabilité. Quand on fait un article quarante, c'est parce qu'on a une personnalité qui a autorité, qui doit signaler à la justice des comportements qui relèvent de délit ou de crime. En l'espèce, je ne caractérise pas qu'Elon Musk ait eu des comportements délictuels ou criminels, ce sera à la justice de le faire.
Je n'ai pas frémi à l'idée que, constatant qu'il y avait des dérives depuis qu'Elon Musk a pris la tête d'anciennement Twitter, X, il convenait de le mettre à l'épreuve des faits des outils que nous avons en matière de régulation et de droit. -Vous demandez à accéder aux algorithmes de X pour comprendre comment il recommande tel ou tel contenu ? C'est désormais la Gendarmerie nationale, puisqu'on est dans une deuxième phase de l'enquête qui a été décrite durant l'été.
Donc maintenant, c'est à la Gendarmerie nationale, à l'initiative du Parquet de Paris et de sa section J3, qu'il revient de qualifier les faits dont pourraient être... -Vous êtes spécialiste des questions de cybersécurité à l'Assemblée, et j'ai vu que sur votre ordinateur, il y a marqué "I love pirate".
C'est compatible, on peut aimer les pirates informatiques et se battre pour la cybersécurité ? -Il y a des pirates gentils, vous avez des pirates qui font du "bug bounty". Un bug bounty, c'est des gens qui vont être payés pour trouver des failles dans le système d'information et qui vont être rémunérés pour expliquer les failles trouvées pour pénétrer. -Donc vous aimez les gentils pirates.
Clin d'oeil à "Yes We Hack", des gentils, des "white hats", des chapeaux blancs. -On conclut l'émission avec notre quiz. Je vais vous proposer des débuts de phrases et vous allez devoir les compléter.
Quand on est originaire du Goëlo et non du Trégor ? -On s'adapte. -Il rit.
C'est une tarde dans la vie ? -Non, pas du tout. Pendant longtemps, on a dit... -C'est deux sous-régions, on va dire, de votre circonscription. -L'Est et l'Ouest de la circonscription.
L'Ouest, c'est le Trégor. L'Est, le Goëlo. Paimpol d'un côté, l'Agnon de l'autre.
Perros-Guirec, les Sept-Iles, etc. -Ca ne s'était jamais produit... -Qu'un député du Goëlo, enfin, soit élu dans le Trégor.
C'est vrai. J'ai été adopté. Ecoutez, c'est probablement le compagnonnage avec Corinne qui m'a aidé. -Avec mon frère, quand on discute politique ? -J'ai deux frères.
Mais quand on discute politique, ça se passe bien. -Ah bon ? J'avais lu l'inverse, moi, en 2017 en tout cas, vous disiez que c'était un peu compliqué. -On a eu une période compliquée, tous les deux.
Depuis, elle est devenue beaucoup plus simple. -Entre une sortie en mer ou à moto ? -Ah, c'est compliqué.
Sortie en mer, c'est souvent un truc avec les copains. La sortie à moto, c'est moi et mon épouse, Françoise. Et j'aime les deux, mais c'est pas du tout les mêmes sensations, le même plaisir. -Vous tranchez pas ? -Non, je continuerai de faire les deux. -Merci beaucoup, Eric Bothorel, d'être venu dans La Politique et moi.
Générique de fin
Éric Bothorel