François-Xavier Bellamy - De quel homme parlons-nous ?
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 95 %Attaque 3 %Défensif 2 %
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 3:28Invité politiqueFait
« nous préférons ne plus les voir les vieux les malades les handicapés ceux qui de toute évidence connaissent des difficultés dans la vie »
- 6:55Invité politiqueFait
« la maladie la vieillesse et la mort ne sont pas des accidents de la vie ce sont là la nature même de nos vies »
- 7:38Invité politiqueFait
« il n'y a pas de société véritable sans une reconnaissance de la fragilité des hommes »
- 12:05Invité politiqueFait
« aucun d'entre nous ici ne peut prétendre qu'il s'est fait tout seul aucun d'entre nous n'est un self-made man »
Temps de parole
- François-Xavier Bellamy94 %
- non_speech6 %
≈ 0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
[Musique] [Applaudissements] [Musique] [Applaudissements]
est-ce qu'on peut parler avec ce micro oui merveilleux extraordinaire la technique est au rendez-vous bonjour à tous merci infiniment pour votre invitation c'est vraiment une très grande joie d'être parmi vous cette après-midi c'est pas tous les jours qu'on a la chance de vivre un événement historique en direct donc c'est une chance d'être avec vous pour y contribuer très modestement très modestement puisque Caroline vient de vous expliquer que maintenant nous allons descendre à la cave si j'ai bien compris et à la cave il y a philosophie j'espère que ça va bien se passer ça va ça va vraiment vous avez remarqué le caractère très étrange de cette question qu'on se pose 15 fois par jour ça va c'est bizarre on rentre en relation généralement avec les autres avec cette question ça va c'est une drôle de question c'est une question et en même temps c'est un peu une injonction parce que je sais pas si vous avez remarqué mais c'est très difficile de répondre non à cette question c'est très difficile de dire non non parce que si vous dites non vous êtes obligé de tout avouer vous allez devoir déballer tout ce qui va pas en fait en réalité cette question est à la fois une interrogation et en même temps une injonction il faut que ça aille il faut faire aller vous avez remarqué he souvent quand on va pas très bien on dit on fait aller c'est une obligation nous vivons dans une société où ça va et il faut que ça aille on sait pas très bien où ça va d'ailleurs mais ça va ça va et encore une fois il faut que tout aille bien il faut que ça aille et il faut faut que ça se voit en toute circonstan et en toute saison regardez une des hebdomadaires vous arrivez en automne 10 conseil pour garder la forme en hiver comment avoir bonne mine malgré le froid et à peine arrivé le printemps 5 recette pour avoir un corps de rêve avant l'été non seulement il faut que ça aille mais en plus il faut que ça se voie ça va c'est la question contemporaine c'est la question de cette obsession contemporaine de cette obsession de la performance de cette Obs de l'équilibre de cette obsession du bonheur le bonheur disait Saint- juste est une idée est une idée neuve en Europe peut-être certains d'entre vous pour venir ici sont-ils passés par la station Robespierre ceci nous rappelle quelques souvenirs le bonheur devient pour la société contemporaine une sorte d'injonction une obligation qui rentre dans le champ de la concurrence permanente qui s'établit entre nous il faut que ça aille le bonheur est devenu l'impératif de nos vies et nous vivons nos existences sous la pression de cette dictature du bonheur de cette contrainte du bonheur il faut que ça aille et du coup regardez comme il est difficile d'entrer en relation avec ceux pour qui ça ne va pas de toute façon il faut que ça aille ça ira ça ira là aussi ça rappelle quelques souvenirs il faut que ça aille et ceux pour qui ça ne va pas nous préférons ne plus les voir les vieux les malades les handicapés ceux qui de toute évidence connaissent des difficultés dans la vie les pauvres les fragiles les faibles ceux pour qui précisément ça ne va pas vous avez peut-être déjà constaté le caractère un peu dérisoire de la question ça va quand vous avez devant vous quelqu'un qui de toute évidence a connu une grande tragédie dans son existence quelqu'un qui traverse une grande épreuve et vous le regardez et vous lu dites ça va et immédiatement après vous vous envoulez de votre question parce qu'elle est complètement ridicule nous n'arrivons plus à entrer en relation avec ceux pour qui ça ne va pas et nous préférons ne plus les voir nous préférons ne plus les considérer puisque nos vies non de sens que dans le bonheur dans le bonheur qui s'affiche et dans le bonheur qui se voit dans la performance et dans la concurrence du bonheur nous préférons nous désintéresser de tous ceux qui ne peuvent pas jouer avec nous au jeu de la concurrence de la performance dans le champ de du bonheur et dans le champ de cette compétition au fait d'être heureux et visiblement heureux et c'est la raison pour laquelle la seule solution que nous voulons bien leur proposer c'est de mettre un terme à leur souffrance puisque leur vie ne peut plus entrer dans la compétition du bonheur quel sens peut-elle avoir encore vous êtes malade vous êtes vieux vous êtes agonisant et vous persistez encore à vouloir vivre mais ça va pas autant que vous disparaissiez tout de suite il ne peut plus y avoir de bienveillance dans une société qui se donne pour impératif la volonté d'être heureux et d'afficher son bonheur je crois qu'il n'y aura pas d'écologie humaine sans la conscience de la fragilité sans la conscience que nous avons de notre vulnérabilité et c'est peut-être sur ce point-là qu'il faut refonder le regard que nous p P sur l'homme le regard que nous portons sur les autres et le regard que nous portons sur nous-mêmes car de fait nous le savons bien pourvu que nous regardions un peu au cœur de nos vies au creux de nos cœurs nous le savons bien ça ne va pas toujours parfaitement rien ne va parfaitement dans nos vies et cet impératif du bonheur est devenu terriblement anxiogène pour chacun d'entre nous terriblement angoissant lorsque la technique nous aide à mettre en scène cette exigence de la compétition du bonheur alors la technique créait le monde le plus angoissant qu' soit regardez par exemple les réseaux sociaux connectez-vous à votre compte Facebook et sur votre compte Facebook vous risquez d'éprouver la plus grande angoisse qui soit qui d'entre vous si vous avez un compte facebook qui d'entre vous ne s'est jamais senti terriblement seul en regardant les actualités que postent ses amis sur le site internet sur facebook tout le monde est beau tout le monde est souriant tout le monde est heureux tout le monde passe des vacances merveilleuses dans des endroits incroyables tout le monde est entouré d' amis tout le monde réussit et vous qui êtes devant votre écran d'ordinateur vous connaissez vos faiblesses vous connaissez vos doutes vous qui êtes là devant votre écran et pour qui ça ne va pas très bien d'un seul coup vous vous sentez bien seul et vous vous demandez ce qu'ils ont fait tous ces autres pour être aussi heureux pour être aussi performant pour avoir aussi bonne mine pour avoir autant d'amis vous vous demandez comment ils font précisément pour être aussi parfait pour tenir le rang dans la grande compétition sociale la compétition du bonheur commençons par abandonner cette domination de la technique qui nous conduit à mettre en scène la performance affichée la fiction de performance qu'est cette mise en scène du bonheur commençons par reconnaître qu'au cœur de l'expérience humaine il y a la fragilité et que ceci n'est pas un accident contrairement à ce que notre société pense la fragilité n'est pas un accident la souffrance n'est pas un accident la vulnérabilité n'est pas un accident la maladie la vieillesse et la mort ne sont pas des accidents de la vie ce sont là la nature même de nos vies elles font partie de nos vies et elles sont d'une certaine façon la condition de toute société car si nous vivons en société si nous sommes en relation aux autres n'est-ce pas grâce à la brèche que constitue dans chacune de nos vies ces fragilités qui nous habitent ces fragilités qui nous hantent comment aurais-je besoin d'un médecin si je ne suis jamais malade et comment aurais-je besoin de toi agriculteur si je n'avais jamais faim si je n'avais J jamais soif comment aurais-je besoin de toi qui fait venir l'eau jusqu'à moi nous avons besoin les uns des autres précisément parce que nous sommes vulnérable parce que nous sommes fragiles ce n'est pas par nos qualités par nos talents par notre puissance par nos performances que nous entrons en relation les uns avec les autres mais c'est au contraire par toutes ces fragilités par toutes ces vulnérabilités qui nous habitent il n'y a pas de société véritable sans une reconnaissance de la fragilité des hommes il n'y a pas de société qui dure sans que les hommes et les femmes ne soient capables d'assumer la vulnérabilité qui habite leur existence et c'est exactement mes chers amis ce que nous sommes en train de voir se dérouler sous nos yeux aujourd'hui une société qui ni la fragilité qui fait de la souffrance un accident insupportable qui fait de la maladie une anomalie de la vie une société qui fait de nos vulnérabilités quelque chose qu'il faut fuir et nier c'est une société qui finit forcément par se déliter elle-même qui finit par nier toute possibilité de relation authentique à l'autre toute complémentarité entre les hommes entre les hommes et les femmes entre les adultes et les enfants entre les générations une société qui nous isole une société qui nous sépare une société qui nous enferme une société qui se délite une société qui se défait c'est exactement ce que nous sommes en train de voir une société qui ne peut plus durer qui n'est pas durable qui n'est pas soutenable parce qu'elle refuse de voir ce qui est la condition de toute société ce qui est la condition de toute relation c'est-à-dire la merveilleuse fragilité qui est au cœur de nos vies merveilleuse fragilité oui quelle est tonnant paradoxe quelle étonnante contradiction pour la société contemporaine que nous puissions nous émerveiller de nos fragilités si vous allez passer ces deux jours ensemble si vous êtes venu ici aujourd'hui c'est parce que vous avez le sentiment d'avoir quelque chose à apprendre et si nous sommes tous là en ce moment à cet instant précis c'est parce que nous savons que nous avons beaucoup à recevoir les uns des autres si nous n'avions rien à recevoir les uns des autres si nous étions parfaits si nous étions autosuffisants si nous étions invulnérabl à quoi servirait-il de parler ensemble nous ne pouvons plus parler ensemble parce que nous ne reconnaissons plus les failles qui traversent nos vies parce que nous ne savons plus reconnaître la singularité de ce que chacun peut apporter à l'autre dans la aventure de nos vies personnelles de nos vies uniques de nos vies particulières et particulières justement à cause même de leurs limites à cause de leurs imperfections à cause de leur fragilité être soi-même ça veut dire ne pas être tout ça veut dire ne pas être tout-puissant ça veut dire ne pas être tous être soi-même ça suppose donc d'entrer en relation avec l'autre et c'est donc par nos fragilités que nous pouvons devenir nous-mêmes que nous pouvons devenir aussi pour les autres une occasion de grandir et de se compléter une occasion d'accomplir à plusieurs l'expérience de notre humanité alors il est temps de construire une société qui reconnaî ses fragilités une véritable écologie de l'homme une véritable culture de l'écologie humaine car de fait c'est dans la culture que nous pouvons entrer dans cette relation féconde ce que construit cette relation de complémentarité entre nous c'est précisément une culture gardons-nous d'une écologie naturaliste d'une écologie qui viendrait contredire la nécessité de la culture il n'y a pas d'écologie véritablement humaine qui ne soit une culture de l'écologie parce que c'est par la culture que nous pouvons accomplir notre propre nature c'est par la construction d'une société que nous accomplissons notre humanité dans la rencontre réciproque entre nos fragilités oui nous devons reconnaître nos fragilités pour construire ensemble une société qui soit une société de la bien veillance la bienveillance commence quand nous savons que nous sommes fragiles et quand nous savons que l'autre est fragile quand nous savons que ce qui nous relie les uns aux autres c'est le besoin que nous avons de cette relation dans laquelle seule nous pourrons accomplir vraiment notre être la société commence dans cet émerveillement partagé que nous avons devant la certitude de nos fragilités nous voulons reconnaître notre vulnérabilité pour construire ensemble une société de la bienveillance et une société de la la bienveillance qu'il faut élaborer qu'il faut penser qu'il faut construire comme une nouvelle culture de l'homme pour pouvoir justement la transmettre car de fait dans cette expérience de la transmission nous lisons bien la clé de notre fragilité suprême précisément aucun d'entre nous ici ne peut prétendre qu'il s'est fait tout seul aucun d'entre nous n'est un self-made man aucun d'entre nous ne doit à ses propres réussite l'apparente performance de sa vie tout ce qu'il y a de réussi dans nos vies nous le devons à ce qui nous précède nous le devons à cet héritage à ce patrimoine dont parlait tucdal qui nous a appris à apprivoiser en nous ce qu'il y a d'humain ce qu'il y a de beau ce qu'il y a de bon et nous avons aujourd'hui à reconstruire le sens de la transmission je le crois profondément ce sens de la transmission il fait partie de toute authentique écologie humaine car ce sens de la transmission il naît de l'expérience de notre fragilité nous ne nous sommes pas faits tout seul nous avons tous été des enfants nous sommes tous un peu des enfants enfant qui ont besoin des autres pour grandir qui ont besoin de l'altérité pour devenir eux-mêmes qui ont besoin de l'autorité pour devenir vraiment libre voilà ce que veut dire tout simplement l'expérience de la transmission nous sommes tous des héritiers et de cet héritage que nous avons reçu nous devons repenser les fondements pour pouvoir le transmettre dans son actualité dans sa force dans sa vie comme une authentique écologie humaine au service de l'avenir alors mes chers amis je voudrais vous dire un immense merci d'être là car dans cette société qui se délite dans cette société qui a perdu le sens de la relation pour avoir perdu le sens de la fragilité dans cette société qui se défait faute de savoir reconnaître que c'est par nos vulnérabilités que nous pouvons seul entrer en relation les uns avec les autres vous êtes tel que vous êtes avec le petit nombre que vous êtes aujourd'hui dans ce petit endroit si discret si humble que tant de médias ne verront pas que tant de nos contemporains ne connaîtront pas encore vous êtes une grande promesse d'espérance il faut que nous puissions réouvrir entre nous ce dialogue fécond ce dialogue nécessaire parce que ce dialogue est justement le signe que nous avons conscience de tout ce que nous avons à recevoir des autres et tout ceux qui sont ici encore une fois et moi le premier tous ceux qui sont ici savent précisément qu'ils sont ici par leur fragilité qu'ils sont ici pour ce qui leur manque et pour recevoir des autres ce qui leur manque encore et cette conscience là à elle seule peut sauver la société que nous voulons refonder demain peut éclairer l'anthropologie sur laquelle nous allons construire cette grande maison commune que sera précisément l'avenir de notre écologie humaine c'est sur cette conscience là que se joue toute la révolution dont notre monde a besoin merci infiniment d'être là merci de faire l'histoire aujourd'hui
[Applaudissements] [Musique] [Applaudissements] [Musique]
François-Xavier Bellamy