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interviewLe Média (sur YouTube)· 21 avril 2022 7 min

MÉLENCHON PREMIER MINISTRE ? POURQUOI CE N'EST PAS SI FOU

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Je demande aux Français de m'élire Premier ministre. Je leur demande, pour m'élire Premier ministre d'élire une majorité de députés insoumis. La vraie inquiétude, elle est clairement là.

C'est le scénario noir. C'est cette vague Mélenchon aux législatives. C'est une vague qui consisterait à avoir une forte majorité ancrée très à gauche, avec évidemment les idées très antilibérales de Jean-Luc Mélenchon.

C'est ça, clairement, qu'ils craignent cette sortie des urnes. Le leader des insoumis est parvenu à incarner un bloc populaire qui se pose désormais en arbitre de la vie politique à l'issue du premier tour de la présidentielle. C'est un éditorialiste du Figaro qui porte un nom à particule.

Je ne sais pas pourquoi, mais je trouve ça crédible. Un éditorialiste du Figaro qui porte un nom à particule. Il s'appelle Vincent Trémolet de Villers et il a publié dans Le Figaro de mardi matin un article intitulé « Mélenchon pour tous ».

On va se calmer. Il n'est pas tombé comme saint Paul sur le chemin de Damas. Il ne s'est pas converti à l'écosocialisme lors d'une méditation matinale.

Au contraire, Vincent Trémolet de Villers est mécontent, et il verse sa larme sur la une du Figaro, à rebours de ce qu'il appelle le commentariat majoritaire qui explique que le clivage gauche-droite n'existe plus. Il estime, lui, que si la droite a effectivement été engloutie, la gauche exerce une attraction fatale sur les deux finalistes de l'élection présidentielle. La faute à qui ?

Forcément, au grand méchant Mélenchon. C'est la faute à Mélenchon, décrit méchamment en penseur organique de la démocratie française, en phare de la jeunesse engagée. Et bien entendu, les clichés n'étant jamais loin en imam caché de nos banlieues et en druide des alternatifs.

C'est la faute à Mélenchon si l'hégémonie qu'imaginaient les libéraux conservateurs est aujourd'hui introuvable. Traduisons-le : Le leader des insoumis est parvenu à incarner un bloc populaire qui se pose désormais en arbitre de la vie politique à l'issue du premier tour de la présidentielle. Macron et Le Pen sont obligés de dragouiller les islamogauchistes ennemis de la République qui mangent des chats, le soir au dîner.

À peine Vincent Trémolet de Villers à versé sa larme, que Jean-Luc Mélenchon s'invitait sur BFM TV et donnait du corps à la grande crainte de l'éditorialiste du quotidien cher à la famille Dassault. Non seulement vous devez sécher vos larmes, mais la loi de la vie, c'est que c'est la vie qui est la plus forte et dans la vie, c'est le combat qui est le plus fort. Si bien que je suis venu ce soir vous dire une chose : je demande aux Français de m'élire Premier ministre.

Je leur demande, pour m'élire Premier ministre d'élire une majorité de députés insoumis, insoumis et union populaire. Et j'appelle tous ceux qui veulent rejoindre l'Union populaire, c'est-à-dire l'essentiel de son programme, à se joindre à nous pour cette belle bataille. Il y a donc un troisième tour.

Il n'y a pas seulement un deuxième tour, il y a un troisième tour, et tout sera sacrifié de ma part. Toutes les satisfactions que je pouvais attendre de la tranquillité de cette sortie d'élections sera sacrifiée à cet objectif, c'est-à-dire soyez 11 millions, soyez 12 millions, soyez 13 millions, rassemblez-vous avec l'Union populaire. On l'avait laissé lyrique et courageux au Cirque d'Hiver le dimanche 10 avril au soir, demandant aux futures générations de faire mieux et esquissant un départ à la retraite.

Voilà que Mélenchon, en rupture avec les pratiques mais pas vraiment avec l'esprit de la cinquième République, remobilise son camp social. Avec à la clé, l'espoir d'une mini alternance en juin prochain. En termes tactiques, c'est loin d'être idiot.

Le leader des Insoumis sait que sa base politique se démobilise traditionnellement en partie à la faveur des législatives. Il sait que donner à ces législatives des allures de match retour ne peut que remobiliser au moins une partie de cette base. Il sait aussi que si le Bloc populaire semble être le plus petit des trois gros blocs, il dispose d'une marge de progression nette dans l'abstention.

Il connaît la crainte qu'inspire la casse sociale inscrite dans le projet macroniste, mais aussi la peur que suscite l'impasse lepéniste dans une partie du corps social. De plus, le bloc néolibéral n'est pas forcément le plus stable. Emmanuel Macron a siphonné le vote LR.

Mais la droite traditionnelle pourrait renaître via un Édouard Philippe ou même un Nicolas Sarkozy. Ces législatives seront pour elles le cœur d'une bataille hégémonique qui n'est encore gagnée par personne. À l'extrême-droite, en cas de défaite de Marine Le Pen, la nuit des longs couteaux s'annonce sanglante.

La gauche des mille divisions, qui sait se diviser sur des micro détails, semble cette fois-ci mieux disposée à l'unité. Pourquoi ne pas rêver ? Jusqu'ici, les discussions vont bon train avec le NPA, et on aperçoit quelques signaux positifs dans les pourparlers avec le Parti communiste et Europe Ecologie-Les Verts.

Même le PS, boudé par les insoumis, donne des signes d'ouverture. À gauche, la perspective d'une cohabitation éloigne le réflexe de la guérilla interne. Et au sein du patronat et de la Macronie, la même perspective nourrit les pires angoisses.

Il y a quelque chose qui inquiète quand même les grands patrons. C'est le troisième tour, pas le troisième tour social, mais les élections législatives. D'ailleurs, il y a un candidat au poste de Premier ministre depuis hier soir.

On l'écoute, Jean-Luc Mélenchon. Je demande aux Français de m'élire Premier ministre. Je leur demande, pour m'élire Premier ministre d'élire une majorité de députés insoumis.

Leur vraie inquiétude, elle est clairement là, C'est le scénario noir. C'est cette vague Mélenchon aux législatives. C'est une vague qui consisterait à avoir une forte majorité ancrée très à gauche, avec évidemment les idées très antilibérales de Jean-Luc Mélenchon.

C'est ça clairement qu'ils craignent, cette sortie des urnes. La mauvaise humeur des patrons français rejoint assez nettement celle de l'éditorialiste du Figaro. Tous ceux qui, au sein de la gauche de transformation sociale, se disaient « putain, cinq ans ! », sont désormais engagés dans une nouvelle bataille.

Et ça, c'est déjà en soi une bonne nouvelle.