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interviewBFMTV· 21 juillet 2025 23 min

Loi Duplomb: l'interview en intégralité de Sandrine Rousseau, députée "Les Écologistes"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

C'est Sandrine Rousseau qui nous rejoint en plateau. Bonsoir, madame. On va évoquer avec vous, bien sûr, la loi Dupont et la forte opposition via une pétition. Une pétition qui a recueilli pratiquement ce soir 1,5 million de signatures. Mais d'abord, à l'instant, on a entendu Pierre Gattas qui a parlé du plan Bayrou. Qu'est-ce que vous en pensez, vous, de ce plan ?

0:25
Sandrine Rousseau

C'est un plan de récession, c'est un plan d'impôt sur les pauvres et sur les personnes qui travaillent. C'est un plan de restriction de la capacité à vivre, en fait. Ce n'est pas un plan stratégique pour la France, de développement de la France, rien du tout. C'est un plan qui va prendre deux jours de travail de plus aux Français. Donc, c'est un impôt sur les travailleurs. Et c'est un plan qui va geler toutes les prestations, de sorte que c'est les familles monoparentales, que c'est toutes les personnes en invalidité, les personnes handicapées qui vont subir et qui vont, encore une fois, payer le prix de la politique menée par ces gouvernements successifs sous l'ère d'Emmanuel Macron.

C'est très, très grave. Tout ça pour ne pas taxer 1 800 personnes.

1:10
Présentateur

Dans ce plan, tout est à jeter ? Quasiment, oui.

1:15
Invité

Taxer 1 800 personnes de plus, la question que je vais vous poser, c'est celle du constat. Parce qu'il me semble qu'aujourd'hui, il y a deux camps. Il y a ceux qui considèrent que les caisses de l'État se vident trop vite et que ceux qui considèrent que les caisses de l'État ne se remplissent pas assez. Vous, vous êtes clairement dans la deuxième catégorie ? Vous ne considérez pas, par exemple, qu'il y a de l'argent qui part des caisses de l'État ? Admettons qu'on taxe 1 800 personnes de plus, qui sont les plus hauts revenus. Est-ce qu'il n'y a pas quand même des trous dans les caisses de l'État qui font que beaucoup d'argent est perdu pour pas grand-chose ?

1:42
Sandrine Rousseau

J'entendais que M. Gattaz était prêt à lâcher les 211 milliards d'euros d'aide aux entreprises. Qu'ils le fassent, il n'y a pas de problème. Et même si c'est 100 milliards, je vais vous dire, ce serait une très grande avancée.

1:53
Invité

Vous savez très bien que ces 211 milliards, c'est une compensation pour un niveau d'imposition très élevé. Que si, effectivement, vous faisiez l'opération de supprimer ces 211 milliards et tout d'un coup de baisser les impôts du même montant, vous auriez toujours des entreprises françaises qui sont les 3e plus imposées de l'Union européenne.

2:09
Sandrine Rousseau

Sauf que les 211 milliards d'aide, c'est un budget qui est bien supérieur à bien des pays européens et que par ailleurs, il n'y a aucune transparence sur l'utilisation de ces 211 milliards. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, aucun économiste n'est capable de dire combien reçoit chaque entreprise. Aucun économiste n'est capable de dire à quoi a été utilisé véritablement une partie de cet argent. Quand c'est des défiscalisations, c'est-à-dire quand c'est des suppressions de cotisations, là on peut à peu près le dire encore qu'il faut avoir le nombre d'embauches liées à cela. Mais en fait, sinon, il n'y a aucun indicateur.

Donc vous devriez plaider pour une baisse des impôts et une suppression des aides. On donne 211 milliards aux entreprises, 211 milliards, il n'y a aucune transparence sur le moindre euro donné dans ce cadre-là. C'est scandaleux.

2:54
Invité

Je précise pour la discussion que c'est un abus de langage de dire « Donner, on donne 7 milliards d'euros et on ne prélève pas tout le reste. »

3:00
Sandrine Rousseau

Non, non, non, il y a plus que ça en subvention.

3:03
Invité

Ce sont des aides et des allégements d'impôts pour les 200 milliards. Ce sont des exonérations de cotisations, vous avez dit vous-même. Elles sont conditionnées à des embauches. Si vous n'avez pas de salariés, vous n'avez pas d'exonération. Non, il n'y a aucune condition. Si vous n'avez pas de salariés, vous n'avez pas d'exonération.

3:16
Sandrine Rousseau

Non, non, c'est quand vous payez des salaires, vous avez les exonérations. Bah oui, donc vous avez embauché une personne. Mais sauf qu'il n'y a aucune espèce de contrôle sur, par exemple, des licenciements, sur, par exemple, le fait que les personnes soient en CDD ou en CDI. Là, on parle de très petite partie d'aide. Mais non, sur les 211 milliards, aucun euro de ces 211 milliards n'a de contrepartie. Aucune.

3:37
Invité

Ah bon ? Alors quand vous avez une embauche d'apprentis, par exemple, ce n'est pas une contrepartie à la prime pour les apprentis ? Quand vous avez une exonération sociale, ce n'est pas une contrepartie pour un salaire qui est versé ?

3:47
Sandrine Rousseau

L'exonération sociale, ce n'est pas une contrepartie contre une embauche. C'est-à-dire, quel que soit le niveau de besoin d'embauche, vous avez l'exonération de cotisation sociale. Il n'y a pas d'obligation d'embauche. Ce n'est pas vrai.

3:58
Présentateur

Donc voilà. Alors Sandrine Rousseau, vous êtes députée des écologistes de Paris. Et depuis des mois, vous vous battez contre cette loi Duplon, qui a pour but de redonner en quelque sorte de la compétitivité aux agriculteurs en allégeant certaines contraintes, notamment avec des pesticides, avec l'utilisation de l'eau. Sur la question des pesticides, vous, qu'est-ce qui ne va pas dans cette loi ? Qu'est-ce qui vous dérange ?

4:22
Sandrine Rousseau

Je précise qu'on met le focus beaucoup sur le pesticide, et je vais en parler, sur les néonicotinoïdes. Bien sûr. Je vais en parler, mais il n'y a pas que ça dans la loi Duplon. Et il faut aussi parler du reste, parce que tout est ajouté dans la loi Duplon. Donc la première des choses, c'est le fameux néonicotinoïde qui s'appelle l'acétamipride. L'acétamipride, c'est un néonicotinoïde qui vise à protéger les cultures de noisettes et de betteraves. Qui étaient interdits en France depuis 2018. Qui étaient interdits en France. Et cet acétamipride s'attaque au système nerveux central des insectes. Et on l'a retrouvé dans le liquide qui entoure le cerveau d'enfants.

C'est-à-dire qu'il y a 14 enfants qui ont été testés. Il y en a 13 qui ont de l'acétamipride dans le liquide céphalo-rachidien. C'est un néonicotinoïde dont la plupart des... Enfin, 1200 médecins ont fait une tribune pour dire qu'il était dangereux. Que l'ANCES a dit qu'il ne fallait pas le réautoriser. Les mutuelles de France ont dit qu'il ne fallait pas les autoriser. Il y a 22 sociétés savantes médicales qui ont dit qu'il ne fallait pas le réautoriser.

5:39
Présentateur

C'est précise que ce soir, Mme Agnès Pannier-Runacher préconise de faire appel justement à l'ANCES pour éclairer scientifiquement un débat parlementaire. Vous pensez que c'est une bonne idée, que c'est nécessaire pour éclairer le débat ?

5:49
Sandrine Rousseau

Non mais là, elle ne parle que de débat. La pétition qui explose tous les scores est à la surprise de tout le monde. Je dois dire, parce que moi je ne m'attendais pas à ce qu'elle... Je savais que l'opinion publique était très anti-loi, mais là, la vitesse à laquelle ça va est vraiment très impressionnante. Et il faut continuer à signer parce que c'est vraiment une manifestation de la volonté des personnes de ne pas être exposées à ce produit. Je dis à Mme Pannier-Runacher, un débat ne suffit pas. Un débat ne suffit pas. Il faut l'abrogation de cette loi. L'abrogation. Elle a été votée ou la non-promulgation. La non-promulgation ou l'abrogation.

6:29
Présentateur

Elle est votée, mais on attend la promulgation. Et vous dites par exemple au président de la République, on ne doit pas promulguer cette loi, c'est ça ?

6:35
Sandrine Rousseau

Alors déjà, il y a le Conseil constitutionnel qui doit appliquer le principe de précaution, et c'est très important. Je rappelle que dans les auditions qui ont été effectuées par Dupont lui-même, au moment de l'étude de sa loi, il n'y a eu aucun médecin, aucun scientifique de l'Inserm, rien du tout qui a été auditionné. Donc ça veut dire qu'on n'a auditionné que les industriels de l'agro-industrie. Et donc aujourd'hui, oui, on doit avoir des avis scientifiques, mais ils se sont tous exprimés. Le CNRS a dit son opposition, le Conseil scientifique du CNRS a dit son opposition à cette loi.

7:06
Invité

L'autorité de santé européenne a validé l'utilisation d'acétamipride dans absolument tous les pays européens, c'est-à-dire les 27, le seul pays qui ne l'applique pas, c'est nous.

7:16
Sandrine Rousseau

Oui, dont l'indépendance est tout à fait contestée et contestable. Et par ailleurs, tous ont pris l'engagement de sortir de l'acétamipride, simplement ils le font plus tard que nous, et nous, nous avons un devoir d'exemplarité, et d'excellence, j'ai envie de dire aussi, dans la qualité de la nourriture que nous fournissons aux personnes qui vivent en France. Et évidemment aussi, je dois le dire, des conditions de santé meilleures pour les agriculteurs, puisque évidemment, ceux qui sont exposés à ce néonicotinoïde risquent aussi pour leur santé, et notamment, je le dis par exemple, sur la fertilité et l'érection, ce qui devrait quand même en sensibiliser quelques-uns.

7:55
Présentateur

Sandrine Rousseau, les agriculteurs dont vous parliez à l'instant disent, si on n'a pas le droit d'utiliser ces pesticides ou ces insecticides, on ne vendra plus nos produits, on ne vendra plus les produits, et on va mourir rapidement. Vous comprenez quand même ce cri d'alerte des agriculteurs français ?

8:10
Sandrine Rousseau

Oui, c'est pour ça qu'il faut une politique publique d'accompagnement de ces agriculteurs, c'est pour ça qu'il faut interdire l'importation de produits contenant de l'acétamipride en France, pour protéger les agriculteurs, il faut aussi avoir un accompagnement, il faut des recherches pour des méthodes alternatives, mais notre santé n'est pas négociable. Notre santé n'est pas négociable.

8:29
Présentateur

Eh bien, on va écouter justement un agriculteur, on est en ligne avec Bruno Cardo. Bonsoir, vous êtes agriculteur céréalier dans les Hauts-de-France. Ces produits qui sont à nouveau autorisés grâce à la loi Duplan sont absolument nécessaires, donc pour vous, pour votre travail au quotidien, il vous faut ces produits pour produire.

8:45
Invité

Oui, j'aurais bien aimé qu'on parle ce soir d'une pétition pour interdire le tabac, ça aurait été beaucoup plus logique. Alors donc parlons de l'acétamipride, je vois que Mme Rousseau a beaucoup de mal à trouver ses mots sur ce sujet-là, étant de gagner qu'elle est députée de Paris et elle ne connaît pas l'agriculture française. Elle vous écoute en tout cas, monsieur. Ah bah c'est très bien si elle m'écoute. Là-dessus, concrètement, Mme Pannier-Runacher, vous en avez parlé, elle nous a donné des dérogations supplémentaires sur des insecticides. Ça ne va pas vous parler, mais ça s'appelle le Movento.

Cette année, j'ai utilisé ces insecticides en aspersion avec le méchant pulvérésateur, deux fois, plus un premier Tépeki, trois fois. Bingo, il y a de la jeunisse dans mes champs. Il y a de la jeunisse cette année dans mes champs de betterave sucrière.

9:29
Présentateur

C'est-à-dire que vos produits sont malades, c'est ça ?

9:32
Invité

Oui, c'est-à-dire qu'il y a eu énormément de pucerons, qu'il y a eu une partie de pucerons qui étaient virulents, virulifères, qui ont porté le virus de la jeunisse sur mes betteraves. Et de une betterave, on passe à 10, 20, 30 betteraves et c'est en train de s'agrandir. Le scénario cauchemar de 2020 où j'ai perdu 45% de ma production est en train de se reproduire. Je vous rappelle que la rentabilité n'est pas un gros mot. La rentabilité est importante pour aller vers les fameuses transitions qui apparemment sont obligatoires face au changement climatique, ça je l'entends.

Mais pour ça, ce n'est pas que de l'accompagnement qu'il va falloir, c'est bien plus que ça, c'est-à-dire de la cohérence et surtout être en harmonie avec les autres. Madame Rousseau a dit une bêtise, non, les 26 autres pays ne se sont pas engagés à sortir, c'est faux. Aujourd'hui, chacun a son plan de recherche. Nous, on a eu un super plan de recherche qui s'appelle PNRI, il est en cours, il avance. Je sais, ça ne va jamais assez vite, mais il faut toujours beaucoup de temps et beaucoup d'argent. On aura des alternatives. C'est pour ça que 3 ans avec un super cadre de cette loi, ça me paraît raisonnable sur le plan économique et technique. C'est ça qui est vraiment important pour nous.

10:39
Présentateur

Bruno Cardo, la mobilisation dont parlait à l'instant Sandrine Rousseau qui est importante, ça c'est un chiffre qui parle, c'est un argument massue. Il y a 1,5 million de Français qui disent non, on ne veut pas de ces produits.

10:53
Invité

Vous l'entendez ça aussi ? Mais très bien, la démocratie fonctionne, moi ça me va très bien tout ça. Le truc c'est que les signataires, tous les jours, enfin tous les jours, parfois ils prennent l'avion ou le train. Ils font entièrement confiance aux pilotes de l'avion ou du train. À aucun moment ils prennent leur place. Eh bien moi je fais exactement la même chose. C'est-à-dire que j'ai l'EFSA, l'organisme européen qui est tout à fait fiable, à l'inverse de ce que je viens d'entendre, c'était ignoble ce que je viens d'entendre, tout à fait fiable et tout à fait reconnu.

11:18
Sandrine Rousseau

Mais l'indépendance de l'EFSA est tout à fait...

11:20
Invité

Oui, oui, oui, blabla. Et pas blabla du tout en fait. J'ai ce guide, écoutez madame, j'ai ce guide, c'est l'EFSA, je ne suis pas scientifique et vous non plus d'ailleurs. Donc nous sommes obligés d'avoir un guide. C'est comme quand je prends l'avion, je fais confiance au pilote, donc je fais confiance à l'EFSA. L'EFSA me dit aujourd'hui c'est jusqu'à 2033, donc soit allons-y. Si d'ici là l'EFSA le retire, soit j'appliquerai la réglementation, comme tous les agriculteurs nous appliquons toujours la réglementation, même bien plus parce qu'on surtranspose pas mal en France. Et voilà, moi je suis obligé d'écouter ce guide.

Maintenant si vous voulez que j'arrête la betterave, mais ça va aller très très vite parce qu'on va arrêter, on va fermer les usines et on va être tous perdants madame Rousseau parce qu'on va quand même importer l'acétamipride. Et d'ailleurs vous l'avez très bien dit, et là on a un combat commun, c'est sur les importations, mais vous n'avez pas encore donné la solution, ni vous, ni madame Tondelier, ni monsieur Biteau, sur comment on fait les clauses miroir, la mesure miroir, ça marche pas. Comment on fait pour interdire toute cette merde, je cite Hugo Clément il y a deux jours sur RMC, toute cette merde qu'on est en train d'importer, comment on fait ?

On a un vrai combat commun là-dessus, allons-y ensemble. Et n'allons pas sur des trucs qui pour moi sont importants. Franchement cette pétition c'est important, c'est bien plus important.

12:30
Présentateur

Merci Bruno Cardo d'avoir été en ligne avec nous ce soir sur l'antenne de BFM TV. Sandrine Rousseau, donc une réponse à ce que disait à l'instant l'agriculteur.

12:39
Sandrine Rousseau

J'entends qu'il y a un risque de perte d'une partie de la récolte, j'ai pas de problème avec ça, et en effet c'est un sujet pour vous, pour vos conditions de vie, pour votre revenu, et ça il n'y a pas de... enfin on peut discuter de cela, mais pour autant si vous répandez ce produit-là, vous risquez de faire perdre non pas des hectares de betterave, mais la vie ou la santé à des personnes. Et en fait ça n'est pas équivalent. C'est aussi perdre la vie pour beaucoup d'agriculteurs. Ça n'est pas équivalent. Mais raison pour laquelle, en fait, on présente la loi Duplomb comme la réponse à la crise agricole, mais en fait que contient la loi... Pas la crise à la colère.

Ce qui est un peu différent. Ah bah oui, mais c'est pas du tout la même chose. Et la crise agricole en l'occurrence, elle appelait à des revenus décents. Elle appelait au fait que les agriculteurs puissent vivre dignement de leur métier. Que propose la loi Duplomb qui permet cela ? Rien. Il n'y a pas de prix plancher, il n'y a pas de médiateur dans les centrales d'achat. Qu'est-ce que vous proposez ? Il n'y a pas de relocalisation des centrales d'achat. On a appris il y a de ça deux jours que Carrefour et la coopérative U allaient se réunir pour faire une centrale d'achat pour peser encore plus sur le prix d'achat aux agriculteurs et aux producteurs. Donc en fait, on est dans une...

Il faut bien comprendre qu'aujourd'hui, le revenu des agriculteurs diminue parce que la valeur ajoutée va d'un côté aux intrants, c'est-à-dire aux matériels techniques, mais aussi aux pesticides, etc. donc les Monsanto, Bayer, etc. qui vendent très cher leurs produits aux agriculteurs et une partie de la valeur ajoutée est partie vers les... Pardon, je ne trouve plus mes mots ce soir, mais vers la grande distribution, etc. Donc en fait, on a vraiment un affaiblissement du revenu agricole, il y a un manque de rapport de force et en fait, rien n'est mis dans la loi du plan pour pallier ça.

14:33
Invité

Sandrine Rousseau, on a un peu envie de l'imprimer, on a envie de comprendre. Bon, vous interdissez ces produits, la production d'étrave et de noisettes baisse. Ce n'est pas interdit dans les autres pays européens, vous n'avez pas le pouvoir de l'interdire. Qu'est-ce qui va se passer ? On va les importer des autres pays européens, donc on va, dans des conditions qui sont encore moins contrôlées, dans d'autres pays, donc les abeilles, elles passent la frontière, enfin, il n'y a pas qu'en France, si on protège juste un petit carré de France, ça ne va pas faire grand-chose.

Et donc à la fin, vous allez forcément devoir les importer, ces betteraves et ces noisettes, puisqu'elles sont produites comme ça dans les autres pays, sinon il n'y a plus de production. Donc comment vous faites concrètement pour que les agriculteurs français continuent de produire et pour fournir en noisettes et en betteraves le marché français ?

15:22
Sandrine Rousseau

La cétamipride est interdite depuis 2018, donc ça fait 7 ans que c'est le cas. Mais il y a eu des dérogations, vous savez très bien sur la betterave, il y a eu des exceptions négociées. Non, mais c'est pas vrai que tous les betteraviers sont morts en France, ça n'est pas vrai. Donc à un moment, il faut juste avoir raison de garder.

15:36
Invité

Par ailleurs, je le redis... C'est pas vrai que tous les bébés sont morts de néo-nécotinoïdes non plus.

15:40
Sandrine Rousseau

Non, absolument, raison pour laquelle ça fait 7 ans qu'on s'en passe, on peut continuer à s'en passer. Monsieur, il y a eu des élections où ils avaient dénoncé, madame. Au nom de la rentabilité, c'est ce qu'on a fait par exemple pour continuer les autorisations du chlordécone contrairement aux alertes scientifiques qu'il y avait. La Martinique et la Guadeloupe sont les endroits où il y a le plus fort taux de cancer de la prostate au monde. La question c'est qu'est-ce qui compte en fait ?

16:12
Invité

Mais une fois que vous l'avez interdit, qu'est-ce qui va se passer ? Mettons-nous dans le scénario où vous avez gagné.

16:15
Sandrine Rousseau

Je vous dis, on interdit les importations de produits ayant utilisé...

16:20
Invité

Donc il n'y a plus de betteraves et plus de noisettes en France. Donc on enlève tous les produits avec des betteraves et des noisettes puisque partout ailleurs, c'est produits comme ça.

16:25
Sandrine Rousseau

Je vous parle d'interdiction d'importation. Donc au contraire, on protège les producteurs français. Si vous m'écoutiez, vous comprendriez absolument ce que je suis en train de dire.

16:33
Invité

Donc on se met en autarcie là-dessus ?

16:35
Sandrine Rousseau

Oui, tant que les autres n'ont pas interdit l'acétamipride. Par ailleurs, on est en train de négocier la politique agricole commune actuellement pour le prochain vote au niveau de l'Union européenne. Je demande à ce que le gouvernement français demande dans le cadre de la négociation de la PAC à ce qu'il y ait une interdiction de l'acétamipride.

16:54
Présentateur

Bruno Cardo, je vous ai remercié un petit peu rapidement. Je vois que vous restez avec nous, vous êtes là à l'écoute de ce débat passionné et passionnant. Qu'est-ce que vous voulez dire ?

17:04
Invité

Mais Mme Rousseau, je vous ai déjà demandé, dites-moi comment... Là, la PAC, ce ne sera pas à travers la PAC qu'on va y arriver. Là, c'est des règlements OMC, c'est du niveau européen. Comment on va mettre ces barrières-là ? Je vous ai dit, c'est un vrai combat qu'on doit avoir ensemble.

17:17
Sandrine Rousseau

Mais monsieur, je ne sais pas de quel syndicat vous êtes, mais par exemple la FNSEA a soutenu absolument tous les traités de libre-échange. Donc en fait, évidemment qu'aujourd'hui, on se retrouve dans cette situation-là. Si votre syndicat ne l'avait pas fait, alors nous ne serions pas dans cette situation.

Parce que la situation de concurrence déloyale dont vous parlez, elle vient du fait qu'on pousse l'agriculture vers un système de concurrence internationale comme n'importe quel produit industriel, alors qu'il s'agit de production de la terre et que ça n'est pas n'importe quel produit et que ce que vous mettez sur votre terre finit dans l'eau, finit dans notre alimentation et finit évidemment dans notre corps. Donc on ne peut pas considérer que la concurrence soit le facteur au nom duquel nous devons autoriser des produits dangereux pour la santé.

18:07
Invité

Vraiment, je vous invite, venez sur ma ferme. Il y en a plein de trucs à mettre au point. Parce que vous êtes...

18:12
Sandrine Rousseau

Je viendrai, je viendrai avec plaisir. Je viendrai avec plaisir.

18:16
Présentateur

Sandrine Rousseau, le texte vise également, je le disais, à faciliter le stockage de l'eau pour l'irrigation des cultures. Vous me disiez qu'il y avait d'autres points qui vous gênaient dans ce texte. Sur l'eau, par exemple, pour comment faire ?

18:26
Sandrine Rousseau

Sur l'eau, il y a des dérogations qui sont faites pour autoriser beaucoup plus facilement les méga-bassines, donc les retenues d'eau. Évidemment, vous connaissez le combat que nous menons contre les méga-bassines. Il y a aussi un autre aspect du texte de la loi Duplomb qui est la possibilité d'augmenter les élevages intensifs, notamment de porcs et de poulets, sans autorisation. Et il y a enfin des points qui sont passés un peu inaperçus dans le texte de la loi Duplomb, mais qui sont vraiment potentiellement très dangereux, qui est, par exemple, qu'il n'y a plus de séparation entre le conseil et la vente de produits phytosanitaires.

C'est-à-dire qu'en fait, ce sont les mêmes qui conseilleront et qui vendront les produits, dont je rappelle qu'ils font une première fois du profit quand ils vendent les pesticides, et c'est les mêmes entreprises qui vendent les médicaments contre le cancer, juste après. C'est tout gagnant, mais c'est nous qui perdons et qui perdons notre qualité de vie. Donc non, ça n'est pas négociable. Il n'y a pas de possibilité d'appliquer cette loi Duplomb.

19:27
Présentateur

Alors, on va essayer d'avancer. On a cette loi, ce projet qui a avancé. On attend la promulgation. Vous avez ces 1,5 million de signatures. Ça, c'est important. On aura peut-être 2 millions de signatures demain matin, après-demain. Qu'est-ce que vous allez faire maintenant ?

19:42
Sandrine Rousseau

Eh bien, maintenant, nous allons demander à ce qu'il y ait ce débat. Nous allons demander à ce que le président de la République ne promulgue pas la loi. Et le président de la République a la possibilité de faire voter une seconde fois ce texte à l'Assemblée. Nous allons lui demander de le faire.

19:59
Présentateur

Quand vous dites « nous allons le », c'est qui ?

20:01
Sandrine Rousseau

C'est toute la dossierie ? J'espère le plus largement possible. En tous les cas, le banc du NFP se sont tous exprimés là-dessus. Et si tout cela ne passe pas, eh bien, il y a encore d'autres étapes dans la lutte qui seront les niches parlementaires, puisque vous savez qu'une fois par an, nous avons une journée qui est réservée à chaque groupe parlementaire. Et donc, les groupes du Nouveau Front Populaire se sont tous, je crois, engagés à ce que, lors de leur prochaine niche parlementaire, il y ait un texte disant « abrogation de la loi du coup ».

20:30
Présentateur

Alors, il y a des députés qui ont été un petit peu pris à partie au cours des dernières heures, victimes de menaces. Alors, des députés qui sont pour ou contre cette loi et qui ont été visées par des menaces. Le ministre de la Justice, d'ailleurs, Gérald Darmanin, va, dit-il, systématiser les poursuites pénales lorsque des élus sont menacés et mettre en place, dit-il également, un accompagnement individuel. Ces députés de la République, menacés qu'ils soient, pour ou contre cette loi, par différents groupes...

21:00
Sandrine Rousseau

Dont je fais partie, d'ailleurs, oui.

21:01
Présentateur

Qu'est-ce que vous en pensez ? Vous trouvez que, là, il faut se calmer un peu ? Il faut discuter, échanger, et pas en arriver à la tension, aux menaces ?

21:09
Sandrine Rousseau

Alors, je pense que le dialogue est toujours meilleur que les menaces. Il n'y a pas de doute là-dessus. Maintenant, je pense qu'il faut aussi mesurer la colère qui s'exprime chez les personnes. C'est 1,5 million, ça n'est pas rien. C'est, encore une fois, la première fois qu'une pétition de l'Assemblée nationale... Parce qu'il faut comprendre que... Signer cette pétition, ça n'est pas complètement simple. Ce n'est pas n'importe quelle pétition qu'on a comme ça sur les sites Internet. Il faut avoir une identification à double facteur, etc.

Donc, pour que 1,5 million de personnes aient fait cette démarche, et j'appelle vraiment à ce que ça continue, eh bien, ça veut dire qu'il y a une volonté extrêmement forte qui s'exprime pour la première fois de manière massive, une espèce de mouvement citoyen écologiste que j'appelle véritablement à entendre parce qu'il est exceptionnel.

21:56
Présentateur

Alors, il y a votre pétition, cette pétition qui a recueilli 1,5 million de signatures. Bruno Cardo est toujours avec nous, l'agriculteur séréalé des Hauts-de-Seine. Vous allez faire une pétition, vous aussi, pour demander le contraire ?

22:08
Invité

– Non, pas le contraire. Alors, on va prendre un petit peu de hauteur parce que ça ne va pas faire de mal. J'ai déposé une pétition à l'Assemblée nationale qui devrait être validée demain ou après-demain pour dire stop aux 50% de notre assiette française qui est déjà importée. et tout ce qu'on est en train de décider là, en ce moment, et tout ce qu'on est en train de s'interdire, on l'importe quand même. J'insiste vraiment là-dessus. Vraiment. Donc, cette pétition-là, j'espère que Mme Rousseau va la signer parce que, je le répète, c'est notre combat commun. – Moi, je suis absolument contente

22:37
Sandrine Rousseau

que les produits agricoles soient des produits industriels et de libre-échange. Vraiment. Enfin, là-dessus, je n'ai aucun problème.

22:45
Présentateur

– C'est une bonne nouvelle, c'est une bonne information. Vous êtes au moins d'accord sur un point ?

22:50
Sandrine Rousseau

– Non, mais vraiment, je pense que l'agriculture doit nous protéger et non pas nous mettre en danger. Et ça doit être une agriculture de qualité et non de quantité. – Merci.