Eva Sas: "Il faut faire confiance aux écologistes pour faire de l’écologie"
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Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Il est 8h10, l'heure de notre grand invité. C'est notre dernier grand parti politique à la veille de ces échéances pour les départementales et régionales. Ce matin, on va s'intéresser à Europe Ecologie Les Verts. Ils nous semblent en compagnie de leur porte-parole. Eva Sasse, bonjour Eva Sasse. Bonjour. Merci d'être avec nous sur RCF. Pour commencer, Eva Sasse, je souhaitais vous faire réagir à l'invité un petit peu surprise de cette campagne. Les éoliennes électrisent le débat sur ces dernières semaines. Est-ce que vous êtes surprise de voir l'importance qu'elles prennent aujourd'hui dans le débat sur ces élections, notamment régionales ?
C'est vrai qu'il y a un enjeu sur la transition énergétique et c'est vrai qu'il y a de plus en plus d'éoliennes. On entend effectivement de plus en plus de citoyens qui s'expriment contre ce qu'ils considèrent être comme une pollution du paysage. Mais moi, je pense qu'il faut bien comprendre que la lutte contre le dérèglement climatique, elle passe par la transition énergétique et que nous avons besoin d'une énergie renouvelable. Maintenant, il faut l'accompagner et quand on a le choix, comme en Haute-France, entre l'EPR que propose Xavier Bertrand et les éoliennes, nous, nous faisons clairement le choix des éoliennes.
Mais une fois qu'on a dit ça, il faut bien sûr le faire avec les citoyens parce qu'on entend effectivement le fait que certains considèrent que c'est une nuisance.
On a manqué peut-être de concertation sur ces dossiers jusque-là ?
En tout cas, c'est des dossiers sur lesquels il faut un maximum de concertation parce que l'acceptabilité est en fait la condition du succès. Mais il va falloir aller vers plus d'énergie renouvelable. Je crois que les citoyens ont bien conscience qu'on ne peut pas continuer comme ça, qu'il va falloir faire une transition énergétique. On le dit souvent, il nous reste 10 ans pour agir et pour agir, il faut aussi de la volonté politique. Les éoliennes, ça fait partie de la transition énergétique tout à fait dans son ensemble.
Alors dimanche, les parties de gauche, on ne va pas faire le match avant qu'ils soient joués, mais bon, quand même, les parties de gauche pourraient enregistrer leur pire total de voix lors du premier tour d'une élection régionale. Est-ce que vous êtes inquiète ce matin, Eva Sasse, quand vous regardez un petit peu les tendances qui sont en train de tomber ou pas ?
Moi, je suis optimiste parce que je me rends compte que dans toutes les élections, les électeurs écologistes se décident souvent dans la dernière semaine. Donc on espère effectivement qu'il y aura un sursaut écologiste dans cette élection. Maintenant, c'est vrai que je constate que le total gauche est relativement faible. Nous sommes une force montante. J'espère que les électeurs nous donneront l'opportunité de déployer nos politiques publiques au niveau des régions. Donc non, je suis raisonnablement optimiste. Pourquoi ? Parce que les citoyens, ils ont pris conscience de la nécessité de la transition écologique. Ils le font dans leur quotidien.
Maintenant, il faut qu'ils passent le pas, effectivement, et qu'ils donnent aux politiques et aux forces politiques la capacité de les accompagner dans leur quotidien et dans cette transition qui est nécessaire.
Les Verts qui étaient jusque-là sur une bonne dynamique. 11 européennes, 13,5% des voix avec Yannick Jadot. Une vague verte au municipal avec des villes vraiment pas négligeables comme Lyon, Marseille, Bordeaux, Strasbourg. En 2015, les régionales ne vous avaient pas réussi, on peut le dire. Ça n'avait pas été facile. Est-ce que vous pensez que là, justement, notamment avec la crise sanitaire qui nous a mis en face de certaines réalités, y compris climatiques, écologiques, environnementales, est-ce que vous pensez que, du coup, ça peut être plus simple, malgré tout, de venir titiller ou chatouiller cet aspect-là des électeurs ?
En tout cas, oui. La prise de conscience, elle a eu lieu. C'est ce dont on se rend compte. La question, c'est est-ce que ça va être un déterminant de leur vote ? Est-ce que la prise de conscience écologique, elle va se traduire dans les urnes ? C'est la question qui va être posée à tout le monde dimanche. Moi, j'espère vraiment que les électeurs vont rendre concret, effectivement, cette transition écologique parce que les gestes au quotidien, c'est très bien, mais ça ne suffit pas. Moi, je suis, une fois de plus, optimiste parce que je pense qu'il y a besoin d'écologie dans cette société.
Vous l'avez dit, la crise sanitaire a fait prendre conscience du fait que nous empiétons sur l'habitat naturel des animaux sauvages et que cela peut conduire à ce qu'on a constaté, une zoonose, c'est-à-dire la transmission de maladies de l'animal vers l'homme. Tout cela, ça fait prendre conscience vraiment au-delà de ce qui avait déjà été constaté, c'est-à-dire notamment le dérèglement climatique. Et en ce moment, il fait très chaud et je pense que tout le monde se rend compte que ce n'est pas une vue d'esprit, mais c'est malheureusement une réalité maintenant dans notre quotidien. Cette prise de conscience-là, il faut qu'elle se traduise dans des politiques publiques.
Pourquoi c'est important ? Parce que 70% des solutions au dérèglement climatique sont au niveau local, et c'est notamment la politique des transports. Quand Karima Deli, dans les Hauts-de-France, propose de réouvrir des petites lignes de train, pourquoi ? Pour donner une alternative aux véhicules individuels. C'est concret et c'est là que ça se passe.
L'objectif, c'est de transcrire en acte, par exemple, les propositions ou une partie des propositions de la Convention citoyenne pour le climat ?
Absolument. La Convention citoyenne pour le climat, c'est d'abord un très bel exercice démocratique. C'est 150 citoyens qui se mettent ensemble et qui aboutissent, il faut le dire, aux solutions que proposent les écologistes. Donc c'est tout citoyen qui réfléchit sereinement à ce problème, aboutit finalement aux solutions qui ont été proposées d'abord par les écologistes et aujourd'hui par la Convention citoyenne pour le climat. Donc oui, c'est notre feuille de route. Très clairement, Emmanuel Macron avait dit qu'il les transposerait sans filtre. Bon, frère, c'est de constater que ça n'a pas été le cas.
Je crois qu'il faut faire confiance aux écologistes pour faire de l'écologie et nous allons le faire au niveau des régions, comme j'espère demain, peut-être au niveau national.
Vous venez de dire qu'il faut faire confiance aux écologistes pour faire de l'écologie. C'est vrai que quand on regarde un petit peu dans l'ensemble des partis politiques, il y a une tendance verte qui est assez affirmée. Beaucoup essayent ou en tout cas se prévalent d'avoir des idées, penser à l'environnement, avoir un programme qui est compatible. Vous considérez qu'il y a beaucoup de postures derrière et peu d'actes ? Quel regard vous portez un petit peu sur vos petits camarades ?
Justement parce qu'il y a eu cette prise de conscience de tous les citoyens. Aujourd'hui, toutes les forces politiques mettent du verre dans leur programme. Mais comme nous le disons souvent, les écologistes sont les seuls qui font de l'écologie après la campagne et dans les politiques publiques. Parce qu'on se rend compte que pour mettre en œuvre la transition écologique, il faut une volonté politique, il faut aussi de la cohérence. Malheureusement, on met souvent une petite touche de verre comme ça dans les programmes. Mais dès qu'on doit s'affronter réellement au problème, eh bien on recule. C'est ce qu'on a vu avec Emmanuel Macron. Il y a toujours eu une bonne raison de ne pas faire.
Il faut toujours faire plus tard. Il faut toujours faire au niveau européen. Et nous, ce que nous voulons, c'est vraiment la mettre en œuvre maintenant parce que nous n'avons plus le temps. Nous n'avons plus le temps d'attendre. Il faut agir maintenant contre le dérèglement climatique. Nous avons une responsabilité vis-à-vis des générations futures. Et nous n'avons malheureusement plus le temps de retarder cette transition écologique.
La filière bois lance un cri d'alarme ces derniers mois, ces dernières semaines. Il y a une pénurie qui est en train de s'affirmer sur notre territoire. Alors, quand on regarde un petit peu les chiffres, c'est assez intéressant. Deux arbres sur trois qui aujourd'hui sont abattus dans les forêts françaises sont vendus à la Chine. Est-ce qu'il n'y a pas une aberration totale ? Ne serait-ce que déjà dans le fonctionnement de se dire qu'on va abattre des arbres qui vont voyager, traverser la moitié de la planète pour aller en Chine. Comment est-ce qu'on peut agir contre ce genre de choses, Eva Sass ?
C'est d'abord s'occuper de la forêt française parce qu'elle est en très mauvaise posture du fait du règlement climatique. Et donc, on doit prendre soin de nos forêts. Malheureusement, en France, on a un office qui s'appelle l'Office national des forêts et qui n'est pas accompagné comme il le faudrait par les pouvoirs publics. On continue à détruire des emplois à l'ONF alors que c'est un enjeu majeur pour la lutte contre le règlement climatique. Et puis aussi, comme vous le dites, pour la filière bois. Donc, on a besoin de relocaliser l'économie. Et on a besoin de développer nos forêts en France.
Donc, pour ça, je pense qu'il faut vraiment, pour le coup, investir dans la forêt et dans l'ONF en particulier.
La mairie de Paris est en train de réfléchir depuis quelques jours à rendre le stationnement des deux roues à essence payante. D'ailleurs, Anne Hidalgo l'a annoncé pour la capitale cette semaine. Au fond, c'est une problématique qui concerne toutes les grandes métropoles. Est-ce que ça fait partie, au fond, des bonnes idées qu'on peut reprendre et appliquer partout en France ? Ou est-ce qu'on est juste, là encore une fois, dans ces postures qui ne changent pas véritablement la donne ?
L'objectif, c'est vraiment d'avoir une alternative aux véhicules individuels et aussi aux deux roues motorisées. Donc, oui, ce que nous prenons en matière de transport, c'est le transport en commun. Et puis, c'est les mobilités douces. Donc, c'est cela qu'il faut encourager. Donc, il faut une cohérence. Donc, l'objectif, ce n'est pas de passer de la voiture aux deux roues motorisées parce qu'effectivement, là, on aurait raté quelque chose. Donc, ça fait partie d'un ensemble cohérent. Maintenant, nous, notre objectif, c'est, comme je le disais, d'offrir vraiment des alternatives.
Donc, notre priorité, c'est surtout de réouvrir des petites lignes, d'améliorer l'accessibilité des transports, de les rendre sûrs aussi, puisque c'est une compétence de la région, la sécurité des transports, et de façon à ce qu'il y ait une mobilité plus douce et plus collective. C'est un objectif de cohérence. C'est pour ça que ça fait partie aussi de la politique écologiste de ne pas donner de passe-droit, en quelque sorte, finalement, aux deux roues motorisées, qui, jusque-là, ne payaient pas le stationnement à Paris, effectivement.
Une offre multimodale, bien évidemment, pour pouvoir aider, y compris les gens qui travaillent. Le télétravail est en train aussi, malgré tout, de changer la donne. On peut penser à ceux qui allaient au travail avec le train, avec les TER, compétences directes, des régions, et qui se posent la question de savoir, là, aujourd'hui, est-ce qu'ils vont devoir payer un abonnement en plein pot pour, normalement, toute la semaine, alors qu'en pratique, ils ne vont qu'au travail que deux ou trois jours dans la semaine ? Est-ce qu'il faut faire évoluer, vous pensez, nos offres et nos mentalités pour mieux adapter à la vie qu'on est en train de connaître, là, ces dernières semaines ?
Alors, déjà, la première chose, c'est qu'il faut que les employeurs continuent à prendre en charge, vraiment, totalement, les abonnements de transport. Ça, c'est la première chose, parce que, donc, ceux qui travaillent et qui ont besoin des transports collectifs pour aller à leur travail sont remboursés, quand même, en partie de leur trajet. Ensuite, effectivement, il va falloir faire évoluer nos offres. Ce n'est pas encore le cas, parce que c'est vrai que c'est quelque chose d'un peu nouveau, le télétravail. On va voir aussi comment ça se stabilise après la crise sanitaire, parce que les accords télétravail sont en train d'être signés dans les entreprises.
Donc, on ne sait pas quelle ampleur ça prendra, mais c'est vrai que ça change de fait nos modes de vie et qu'il faudra adapter, parce que c'est une question aussi de pouvoir d'achat. Il faut permettre aux gens aussi d'avoir des transports également moins chers.
Dans les deux minutes qui nous restent, Evassas, pour terminer, concrètement, aujourd'hui, à l'occasion de ces prochaines élections, mettre un bulletin pour un candidat Europe Écologie-Les Verts dans l'urne, ça signifie quoi, concrètement ?
Vous savez, être écologique, c'est vraiment une vision du monde différent. Ça veut dire qu'on a compris que le monde était fini et que ses ressources étaient limitées. C'est une autre vision de l'homme également. Ça veut dire que l'homme n'est pas que producteur consommateur, que c'est aussi un être qui est en recherche de sens, en recherche de convivialité, de culture. Et on l'a vu d'ailleurs au travers de cette crise sanitaire. Ça veut dire que toutes les solutions politiques qui vont découler de cette vision de l'homme et de cette vision du monde, elles vont être basées sur la sobriété et le partage. C'est pour ça que le projet écologiste, il est vraiment singulier, il est différent.
Donc, ce que j'ai envie de dire aux électeurs, c'est que si vous avez envie d'un monde de convivialité, de partage et de respect de l'environnement, il faut avoir le courage de voter écologiste. Je sais que parfois, on nous accuse de ne pas être crédible ou on a quelques réticences. Mais on le voit en fait dans les villes que nous avons, dans lesquelles nous sommes en responsabilité. La gestion au quotidien, elle est sérieuse, elle est crédible. Il faut faire confiance aussi aux écologistes au niveau des régions.
Pour terminer, cette campagne, comme toutes les familles politiques, vous êtes confrontés à la crise sanitaire. Alors même si elle est en train doucement de relâcher sa pression ces derniers jours, ça aurait été une campagne difficile ?
Oui, ça a été une campagne difficile d'abord parce que ça a été décalé plusieurs fois et que c'était dans l'incertitude, qu'on n'a pas pu aller au contact des gens comme on aime le faire, de la même façon que dans les autres campagnes électorales, effectivement. Néanmoins, je pense que les régionales, en tout cas dans les dernières semaines, elles se sont installées dans le paysage. Maintenant, j'encourage vraiment les électeurs à regarder d'ici dimanche, il leur reste peu de temps, tous les programmes, à choisir en conscience et surtout d'aller se déplacer dans les urnes parce que c'est vrai qu'une des grandes craintes que nous avons, comme toutes les forces politiques, c'est l'abstention.
Et je pense qu'il faut vraiment se saisir de cette opportunité de faire porter sa voix, notamment pour la transition écologique.
Merci beaucoup, Eva Sasse, d'avoir été avec nous. Je rappelle que vous êtes porte-parole d'Europe Écologie, Lévéa. Merci d'avoir été avec nous ce matin. Merci d'avoir regardé cette vidéo !
Eva Sas