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interviewINA Politique· 24 mars 2022 36 min

Envoyé Spécial "Mélenchon, le caméleon" | Archive INA

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:04
Jean-Luc Mélenchon

Il rêve d'en faire la capitale de sa France insoumise. Marseille a placé Jean-Luc Mélenchon en tête lors du premier tour de la présidentielle. Dans la foulée, la ville lui a offert son costume de député. Pourtant, même ici, auréolé du titre de premier opposant, il peine à mobiliser la rue contre la politique du gouvernement. — Bonjour, monsieur Mélenchon. — Bonjour. — Vous êtes content ? — Chouïa. — Chouïa ? Pourquoi ? — Parce que... On n'est pas assez unis, selon vous, dans la contestation, aujourd'hui ? — Ben, c'est pas une affaire de... C'est qu'il faut faire joindre l'ensemble des efforts syndicales, politiques, associatives.

Enfin, on va pas aller comme ça se faire déchiqueter au détail, quoi. Bon, enfin, je vais pas... — Bonjour, je suis là. — Bon, bon, bon, bon, bon... Nous sommes en novembre dernier. Il n'a rien perdu de sa popularité... — Ça me fait plaisir de me voir à ça. — ...ni de sa capacité à passer en un instant du sourire à l'intimidation. — Est-ce qu'il n'est pas trop tard, monsieur Mélenchon ? Est-ce qu'il n'est pas trop tard ? — Jamais, monsieur, dans la ville, il n'est jamais trop tard, jusqu'à la dernière seconde et la dernière minute. Surtout si la question lui déplait. — Prenez-nous ! — Prenez-nous ! — Prenez-nous ! — Prenez-nous ! — Et alors, vous comptez me faire une femme ?

— Allez, salut, ça va, ça suffit. — Prenez la question par rapport à ça. — Prenez la question par rapport à ça. — Alors quel est son vrai visage ? — Au-delà de ses coups de boutoir contre les journalistes, nous avons passé plusieurs semaines sur la piste d'un homme politique insaisissable. Charismatique et charmant autour de ses militants. — Je ne me rappelle plus, vous, qu'est-ce que vous faites ? — J'ai envoyé spécial. — Qu'est-ce que vous voulez ? Envoyé spécial chez les sauvages. Nous nous sommes glissés dans les coulisses du mouvement qu'il construit sur les ruines du socialisme. — Et ils ne me font pas un machin d'arrivée de star, moi, je veux pas de ça. On est pas au PS, ici.

Comment l'ancien apparatique du PS est-il devenu seul maître à gauche ? — International. — Oui. — Internationaliste et souverainiste à la fois. Séducteur et colérique, les différents Mélenchons forment un puzzle énigmatique. Malgré ses rapports houleux avec les médias, il a fini par accepter notre caméra. — On se met là ? — Oui. — Pour se livrer, comme rarement auparavant. — Pourtant que je m'installe bien. — Mélenchon, selon Jean-Luc. — On n'a pas commencé, j'espère. — Il compte déjà plusieurs vies, plusieurs identités et entame aujourd'hui une énième réinvention. — Nous sommes encore bien fragiles, mes amis, et nombreux sont ceux qui aimeraient nous voir chuter.

Mais souvenez-vous à chaque instant que c'est du monde entier qu'on vous regarde. — Cet homme a été condamné ! Visionnaire ou aveuglé par son propre destin, à 66 ans, Jean-Luc Mélenchon repart en campagne pour une dernière métamorphose. — Jean-Luc Mélenchon, c'est d'abord un casse-tête pour biographe, un homme qui, depuis sa naissance, se construit dans le mouvement permanent. — Vous êtes d'où, vous ? Un peu d'ici, un peu de là-bas ? — De partout. Et chaque fois qu'on m'a jeté à la figure les mots parachutés et tout ça, je l'ai toujours mal vécu, parce que j'ai eu l'impression que recommençait la scène initiale de tous ces pauvres pieds noirs jetés là comme ça.

— Cette scène initiale, son premier parachutage à Marseille, il l'a vécu avec des milliers d'autres pieds noirs qui, comme lui, débarquaient du Maroc. Car Jean-Luc Mélenchon est né à Tangier. Ce n'est qu'en 1962, l'année de ses 11 ans, qu'il traverse la Méditerranée et découvre la France pour s'installer à Yveto, en Normandie. — Donc on est remonté vers la Normandie au mois d'août. C'est ce qui fait le piquant de la chose. C'est qu'au mois d'août, à Tangier, Maroc, il n'y a plus une feuille verte. Tout est sec. Et là, cette campagne qu'on voyait par la fenêtre du train, tout était vert, des arbres, partout, des prairies. Alors c'était très exotique, quoi. Voilà.

Cette enfance, il l'abrandit toujours comme son vaccin contre le racisme. J'ai entendu des choses absurdes. J'étais gamin, mais... Alors bon, moi, j'étais le bico. Donc j'ai eu une expérience personnelle de ce que c'est que... d'être un bouilloule et un bico, parce que c'est comme ça qu'on parlait. Alors ça m'a forgé, si vous voulez, une identité universaliste qui fait que j'ai la chair de poule, dès qu'il est question de s'enfermer dans une communauté...

5:52
Présentateur

Dans quelques instants, nous arriverons guérir un tif tôt. Assurez-vous de ne rien oublier à votre place.

5:59
Jean-Luc Mélenchon

Tif tôt, vous descendez ? Non, non, ma jeunesse, il est déjà descendu, ça va. Sa jeunesse, justement, il en maîtrise moins le récit. Car en quelques années, Jean-Luc Mélenchon a vécu plusieurs vies en une. C'était dans le Jura, à Lonce-le-Saunier, la ville de Rouget-de-Lille, l'auteur de La Marseillaise. On retrouve sa trace dans l'hebdomadaire local, mais loin des pages politiques. Lorsqu'il avait 25 ans, Jean-Luc Mélenchon a été dessinateur de presse.

6:42
Invité

Alors voilà, là, ce sont les archives. Il était là dans les années 70, donc on doit retrouver, on doit retrouver, en 1977, on va retrouver, normalement, son travail. Il avait une chronique qui arrivait en fin de journal. Et voilà, c'était ces dessins-là. Ici, on en a quelques exemplaires. C'était La vie sur les branches.

7:10
Jean-Luc Mélenchon

La vie sur les branches.

7:11
Invité

Voilà, c'était en der, une petite réflexion un peu philosophique sur l'actualité. C'est signé Jean-Luc Mélenchon, ça ? C'est signé Mose, c'est Mose, c'est signateur, c'était Mose. Mais c'était lui qui faisait Moselle. Moselle, oui. Non, sans blague. L'immo les détails, impossible, mon journal ne s'intéresse pas aux détails. Voilà, c'est marrant, ça. C'est des petites choses. Alors là, c'est presque du sans-parole. Mais c'est difficile de faire passer un message dans du sans-parole. On a deux cases où il ne se passe rien. Et la troisième, les tragédies des autres sont toujours d'une banalité désespérante. C'est bien vu.

7:49
Jean-Luc Mélenchon

Plus étonnant pour un homme qui s'attaque si souvent aux médias, il signait aussi des articles, toujours sous pseudo, Jean-Louis Mula.

7:58
Invité

Ce qui est amusant, c'est qu'en fait, l'histoire dit qu'il voulait devenir journaliste à la croix du Jura et qu'il n'a pas été pris. Je ne sais pas pourquoi. Mais quand on regarde ses dessins, ce qui est amusant, c'est de se dire que s'il avait été embauché, il aurait peut-être été rédacteur en chef ou auditeur du journal. Et ça serait aujourd'hui un tranquille notable de province plutôt que d'être le leader de la France insoumise. Des fois, ça tient un peu de choses.

8:23
Jean-Luc Mélenchon

A l'époque, Jean-Luc Mélenchon se cherche. Il cumule les identités. Moz le caricaturiste, Jean-Louis Mula le journaliste. Mais aucun n'arrive à éclipser sans terre le militant trotskiste. Quand j'étais journaliste, donc dans le Jura, mon nom était connu comme celui d'un affreur révolutionnaire gauchiste des années 68. Alors, ceux qui m'ont embauché m'ont dit « bon, ça serait bien si tu mettais un autre nom, alors me v'la Mula ». Après, je m'en vais faire des dessins pour la croix du Jura. Monsieur, je vous demande de vous figurez que c'était beaucoup de courage de leur part que de m'embaucher pour y faire des dessins.

En plus, des dessins pitoyables, parce que, je ne sais pas où j'ai trouvé une idée pareille, mais c'était un dialogue entre un corbeau et une oie blanche. Rétrospectivement, je me dis « mais comment ces brageons ont accepté un truc pareil ? » Moi-même, je ne me suis même pas rendu compte de ce que je faisais. Mais je vous avoue que je n'avais jamais réfléchi au cours de ma vie sous langue sous laquelle vous venez de me le présenter. C'est-à-dire que c'est vrai que c'était plusieurs vies. Il y a un proverbe africain qui dit « il y a plusieurs personnes dans la personne ». Et peut-être que tout l'enjeu philosophique, c'est d'arriver à mettre ces personnes d'accord entre elles.

Les rares personnes qui ont connu tous ces Mélenchon successifs, assistés à ces différentes métamorphoses, vivent encore dans le Jura.

9:55
Invité

Salut Claude !

9:57
Jean-Luc Mélenchon

Gabriel Amard, son gendre. Et Claude Buchaud, son vieil ami vignoreux.

10:05
Invité

Tu ne me ramènes pas le vote. Allons s'il y a la même chose. Ah oui, d'accord.

10:10
Jean-Luc Mélenchon

Eux ne voient que la continuité dans le parcours de l'insoumis en chef. Sa conversion tardive à l'écologie, par exemple, aurait germé ici, il y a 40 ans. Claude Buchaud, pionnier du vin bio, en serait le principal artisan.

10:25
Invité

Il était journaliste, entre guillemets. Il faisait de la pige pour les journaux du coin, le progrès, la voie du Jura. Et moi, j'étais déjà dans le mouvement social, comme on dit. Les associations, l'agrobiologie... Parce qu'en fait, Claude, c'est le militant écologiste et décroissant qui a fini de nous... qui a fini le travail. Si vous voulez, moi, je vois bien, depuis le début des années 90, avec Jean-Luc Mélenchon, on écrit, on dessine des textes sur le fait qu'on ne peut pas être dans cette course folle au capitalisme transnational. au prix de détruire la planète. Et ça a donné un caractère concret au raisonnement politique.

11:09
Jean-Luc Mélenchon

Claude Buchaud a poussé l'engagement un peu plus loin. Pendant la campagne présidentielle, il a sorti de ses fûts le vin des Insoumis.

11:24
Invité

C'est celui-là ? Voilà. Alors ça, c'est... L'idée, elle date de 2016, vous voyez. Donc, il y a un an et demi. Et... Ah oui, il y a même le logo Jean-Luc Mélenchon 2017, là. Exactement. Cette cuvée, elle avait pour idée de créer un lien social, un lien entre tous les Insoumis de France, quoi.

11:48
Jean-Luc Mélenchon

Il en a vendu 5000 bouteilles à travers le pays. C'est lui qui en a eu l'initiative, tout seul. Et c'est ça qui lui plaît dans un mouvement qui n'est pas un parti comme les autres.

11:57
Invité

Quand vous êtes dans un parti politique, quelque part, il faut être aligné. Et je savais que, moi, le mouvement, ça me va très bien. On ne perd pas du temps à préparer des élections, des assemblées générales, etc. Au moins, on se rend compte, on discute, on bosse, on bosse sous le projet. Oui, ça me plaît beaucoup plus.

12:18
Jean-Luc Mélenchon

Pas de parti, pas de structure, mais un chef et des lieutenants ou des relais. Dans le Jura, c'est son gendre, Gabriel Amard, qui est aussi le gardien de l'héritage mélenchonien.

12:34
Invité

C'est quoi, ça ? Vous voyez, c'est sa médaille de sénateur de 95, quand il a été réélu sénateur en 95. J'avais dirigé cette campagne sénatoriale. Je venais d'être élu maire, j'étais tout jeune maire de Virichatillon-Lesson. Pourquoi c'est vous qui l'avez ? Parce qu'à un moment donné, il a déménagé de Massy pour aller à Paris, puis il m'a confié 2-3 objets, comme ça.

12:57
Jean-Luc Mélenchon

Il a rencontré Jean-Luc Mélenchon en 1986, épousé sa fille unique en 2016. Le couple a tous les livres du leader, en double, chacun le sien. Ils sont dédicacés ou pas ?

13:12
Invité

Peut-être pas, non, peut-être pas. Ah si. Celui-ci, il l'est. Vous voyez ? Pour Gabriel, mon camarade et mon fils. Ah oui, ben, on est tous un peu des fils spirituels quand on milite avec Jean-Luc Mélenchon, parce que c'est un passeur. Il veut nous faire la courte échelle, donc il a plein de fils.

13:32
Jean-Luc Mélenchon

Nous n'irons pas plus loin dans le chapitre familial. Chose rare en politique, les Mélenchons ne s'exposent jamais.

13:39
Invité

C'est la vie privée.

13:42
Jean-Luc Mélenchon

C'est un truc sacré, ça.

13:43
Invité

Oui, ben, écoutez, notre vie, c'est 90% du temps de la politique, de la vie associative, pour ce qui me concerne. Donc, oui, il y a besoin des fois de tirer le rideau. Et c'est un sage, mais c'est aussi un militant de combat. Donc, il est au poste de combat que les circonstances imposent.

14:07
Jean-Luc Mélenchon

Chef malgré lui, vraiment, Jean-Luc Mélenchon laisse entendre régulièrement qu'il pourrait abandonner la politique, se consacrer à la littérature. Nous le retrouvons à Marseille, où le nouveau député prend ses marques. Là où d'autres font les marchés, lui visite surtout les musées, les lieux de culture. Comme cette bibliothèque où nous l'avons suivi plusieurs heures, vue déambuler au hasard ou s'extasier devant un manuscrit du 15e siècle. Voilà la scène, là. Oui.

14:44
Invité

Voilà. Et donc là, vous avez Holoferme.

14:46
Jean-Luc Mélenchon

Vous vous rendez compte de ce que c'est ? C'est... Il y a entre lui et nous, il y a quoi, six siècles, maintenant ? Il y a plusieurs... Tout nous parle, tout nous dit quelque chose. Comment ils avaient organisé la page, ce qu'ils représentent. Vous voyez, là, le bâton qu'a ce type. Tout. Waouh. Vous dessinez, vous aussi ? Oui, oui, mais ça, on verra dans six siècles si il en reste quelque chose, puis bon, ça n'aurait pas d'intérêt. Tandis que ça, si, ça en a un. Mais son livre de chevet se trouve au rayon science-fiction. Et c'est peut-être l'une des clés du personnage. C'est quoi ça ? Expliquez-nous ce que c'est. Pour ceux qui vont parler. Celui-là, ça raconte... Un empire...

Un roman d'anticipation dans lequel le héros est un intellectuel capable de prévoir toutes les crises politiques d'une civilisation et de guider les hommes à travers les siècles en leur apparaissant sous forme d'un hologramme. J'ai lu ça, je devais avoir 20 ans, on va dire 25. Et cette histoire du gars qui apparaît en hologramme, bon, je vais pas vous faire un dessin, j'ai trouvé ça là-dedans. C'est là que vient l'idée de l'hologramme. Le personnage dont vous parlez, c'est quelqu'un qui est très cultivé, qui s'intéresse à la chose politique et qui apparaît en hologramme. Est-ce que c'est un modèle ? Est-ce que c'est un modèle ? Est-ce que c'est vous ?

Bien sûr, à l'époque où je l'ai lu, c'était ma tentation d'homme jeune, je trouvais le marxisme un peu sec, un peu creux, enfin, pas creux, non, c'est pas le mot. Je le trouvais trop mécanique, en tout cas tel qu'on me l'enseignait. Il y avait un côté, tandis que dans le roman d'Azimov, Celdon, il est anthropologue, il est sociologue, donc il prenait en compte tous les paramètres humains et culturels. Donc ça me fascinait, ça c'est suivant. Mais il se trompe à la fin ? Non, c'est pas qu'il se trompe. Non, j'ai mal dit la chose. Je ne vous raconterai pas l'histoire, vous n'avez qu'à lire le livre. Mais il a commis le péché d'orgueil de tous ceux qui croient avoir trouvé les clés.

16:40
Invité

Mais vous avez trouvé fond. Il est fort, hein, le gars.

16:43
Jean-Luc Mélenchon

Et s'il était lui aussi victime de son orgueil. Alors, où suis-je ? À Lyon ? Prisonnier de l'habit de prophète qu'il a endossé. Et maintenant, à Paris ! Les apparitions, les métamorphoses de Jean-Luc Mélenchon. Alain Duhamel les observe depuis 30 ans. Les deux hommes ont un point commun et un seul, avoir été des intimes de François Mitterrand. Oui. Mitterrand adorait passer en revue les dirigeants socialistes, les espoirs socialistes, comparer les personnes. Et puis, il a prononcé le nom de Jean-Luc Mélenchon. J'ai fait une petite grimace et il s'en est aperçu. Il m'a dit, mais non, non, non, ne le sous-estimez sûrement pas.

C'est quelqu'un qui est de bon niveau, il est cultivé et c'est un très bon orateur. Il arrivera peut-être à quelque chose, vous verrez, si son éloquence ne l'énivre pas. Bon, c'est ça mon premier souvenir de Mélenchon. Mais maintenant, c'est autre chose. Maintenant, il se présente un peu comme le prophète armé, armé de son éloquence, pas armé d'armes physiques. Mais je pense que dans sa tête, sa vraie vocation, maintenant, c'est ça. Prophète, gourou. L'accusation revient souvent car Jean-Luc Mélenchon fascine ses admirateurs et tient son auditoire en haleine comme peu d'hommes politiques. Plutôt à la façon d'un professeur charismatique.

C'est le dernier visage du jeune Mélenchon et notre dernière étape dans le Jura. Caricaturiste, journaliste, avant de basculer totalement dans la politique, il a aussi été enseignant dans ce lycée technique. Il avait une vingtaine d'années, ses élèves à peine moins. Pierre Coton était l'un d'eux.

18:46
Locuteur

À l'époque.

18:48
Jean-Luc Mélenchon

C'est Jean-Luc Mélenchon qui a pris cette photo de lui. C'est qui ça ? C'est moi. Cette rencontre fut la plus importante de sa vie. Regardez. Derrière. OK.

19:02
Invité

Loge des pions, je suis désolé, M. Mélenchon. Loge des pions. Voilà. Quand vous avez quelqu'un qui parle de philo, poésie, à des élèves qui sortent du technique avec une facilité comme ça, c'est génial. C'était génial pour nous. Pour vous donner un exemple, pour vraiment imaginer comment il pouvait être, je pense que vous connaissez le film Le Cercle des Poètes Disparus. M. Mélenchon, c'était ça. C'était ça. C'est... Voilà. Il ne nous a jamais demandé de nous mettre debout sur le bureau. On est bien d'accord. Il ne nous a jamais demandé ça. Mais peut-être qu'il nous l'aurait demandé. Je ne sais pas. Peut-être que certains auraient monté sur le bureau. Mais voilà.

Et comme on était en internat, on le retrouvait comme surveillant la nuit pour surveiller les dortoirs. On se retrouvait pour certains dans sa chambre. Autour de lui. Puis on discutait de tout. Et vous parliez de politique ? Non.

20:15
Jean-Luc Mélenchon

De plein de choses. Il n'est pas militant de la France insoumise mais fait partie de ceux que Jean-Luc Mélenchon a su toucher lors de la présidentielle.

20:25
Invité

C'est la première fois pour moi qu'il a vraiment mis l'homme qu'il est dans ses meetings. On est bien d'accord ? Parce que si si vous suivez ces meetings d'avant, il était plus dans l'agressivité. Il était plus là et il était un peu dans le rôle du professeur. Il faisait véhiculer un programme facile et je pense qu'il est encore dans les cordes. Parce que depuis quelque temps, il est retourné dans ses travers. On est bien d'accord.

20:54
Jean-Luc Mélenchon

Les travers que regrette son ancien élève sont revenus en pleine lumière lors de sa dernière prestation télévisuelle. Des sorties piquantes qui virent parfois à la colère.

21:06
Invité

Jean-Luc Mélenchon.

21:08
Jean-Luc Mélenchon

Ça y est, vous avez fini. Il y en a un qui veut en rajouter encore. Dans cinq minutes, vous êtes tous les deux par terre.

21:14
Invité

Vous étiez extrêmement pointus sur certains sujets et beaucoup plus laxistes que sur d'autres. Non, madame. Ça suffit.

21:20
Jean-Luc Mélenchon

Je ne suis pas laxiste.

21:21
Invité

Les questions sont justifiées. On va peut-être retrouver le sourire.

21:26
Jean-Luc Mélenchon

Vous l'avez toujours été à mon égard.

21:27
Invité

Pourquoi j'ai toujours été malveillée ?

21:28
Jean-Luc Mélenchon

Je pense que je vous connais, on se connaît depuis là. On arrête. C'est un glinglin. Notre reportage a failli prendre fin ce jour-là.

21:36
Invité

Et puis, l'autre Mélenchon a accepté

21:40
Jean-Luc Mélenchon

de renouer le dialogue après trois semaines de silence. Je ne demande pas qu'on m'approuve jusqu'on me respecte. Et pourquoi tant de haine entre nous, avec les journalistes ? Vous ne vous rendez pas compte de ce que j'endure depuis dix ans ? Tout y est passé. Ma maison, ma famille, des caricatures abominables, des choses volontairement injurieuses de la part de gens que je connaissais depuis longtemps, parfois. La volonté de blesser, et je ne le pardonne pas, certains. Et puis après, je suis dégoûté par un système pareil. Pourquoi vouloir blesser ? À quoi ça sert ?

On dit qu'on n'est pas d'accord avec vous, on me dévoile des petits modifs, on a la planification, on est dedans, c'est de la folie, il ne faut pas faire ça. Ok, on n'est pas d'accord. Quel besoin d'aller plus loin ? De passer sur un terrain aussi violent ? Bon, enfin bref. Allez. Au revoir. Au revoir. Au revoir, messieurs. Je pense qu'il a le sentiment d'être beaucoup plus maltraité que les autres. Alors que quand on se rappelle tout ce qu'on a pu dire sur Nicolas Sarkozy, sur François Hollande, sur Marine Le Pen, je veux dire qu'on ne peut pas dire qu'il soit maltraité par rapport aux autres, honnêtement. Mais lui, dans sa tête, si.

C'est aussi parce que l'univers médiatique, pour lui, est le bras armé de tout ce qu'il déteste dans la société. C'est le bras armé des dominants, c'est le bras armé des possédants, c'est le bras armé des chefs de file économiques, etc., sociaux, culturels. Donc il y a ça. Et puis, comme il est tout sauf bête, il y a aussi le fait qu'un bon moyen d'être populaire, c'est de s'en prendre aux journalistes.

23:23
Invité

Il n'y a pas de la part de Jean-Luc Mélenchon, me semble-t-il, un goût à cette adversité.

23:30
Jean-Luc Mélenchon

Raquel Garrido a été la porte-parole de Jean-Luc Mélenchon. Elle est encore son avocate, celle qui le défend coûte que coûte.

23:37
Invité

On est des têtes dures et puis on assume l'affrontement. Des coups, on en donne, des coups, on en prend. Mais au final, on ne se laisse pas détourner de nos objectifs.

23:47
Jean-Luc Mélenchon

Ce n'est pas sa faiblesse pour transformer l'essai et passer de premier opposant à gouvernement.

23:53
Invité

L'adversité. On parle de prendre le pouvoir suprême dans la cinquième économie, la cinquième puissance du monde. Vous pensez que le système il sait se faire ? Mais l'adversité, elle est colossale, colossale. N'importe qui, ayant subi ce qu'a subi Jean-Luc Mélenchon, aurait craqué dix fois déjà. Dix fois. Donc, sa force n'est pas seulement un atout, c'est même indispensable.

24:19
Jean-Luc Mélenchon

Mais il n'a pas toujours été l'homme de la rupture. Jean-Luc Mélenchon,

24:23
Invité

36 ans, le plus jeune sénateur de France.

24:26
Jean-Luc Mélenchon

Pendant 30 ans, c'est un autre visage qu'arborait Jean-Luc Mélenchon. Militant socialiste, discipliné, défendant l'union de la gauche à l'opposé de sa stratégie actuelle.

24:37
Invité

Si maintenant, la mode, c'est de se maintenir dès qu'on a 10% des voix, quoi qu'il arrive, il n'y aura plus

24:43
Jean-Luc Mélenchon

un seul élu de gauche en ce pays. sénateur, ministre, député européen, le futur insoumis n'a eu aucun mal à se fondre dans son environnement. Vous avez un côté un peu caméléon aussi. Vous avez eu différentes vies dans votre vie politique. Dans ma vie d'homme, oui, j'ai eu du goût à faire le caméléon. C'est-à-dire à être comme les autres là où j'étais. Ce n'était pas très dur en réalité. Par contre, en politique, je me reprocherais plutôt plutôt d'avoir eu du mal à rompre quand je savais qu'il fallait rompre. Au Parti Socialiste, j'ai passé quand même 30 ans. L'essentiel de ma vie politique est celle d'un socialiste très convaincu, très jaurès, si vous voulez. Mais j'ai eu du mal.

J'ai eu du mal à rompre. J'aurais dû, si vous voulez, dès 2005 quand il y a eu le référendum. Mais vous n'êtes pas parti non. En 2005, il ne quitte pas le PS mais fait campagne contre le traité sur la Constitution européenne en rupture avec la ligne de parti. Le nouveau Mélenchon se pose en boussole de la gauche. Le nom rassemble la gauche. C'est la leçon maintenant. Alors, il rassemble, il est joyeux, il est impertinent. et pour l'instant, nous avons le vent en poupe. Les figures de l'extrême gauche l'accueillent à bras ouverts. Olivier Besancenot, José Bové, Marie-Georges Buffet seront bientôt dans son ombre. ses partenaires se sont beaucoup trompés sur lui.

Ils ont cru que c'était simplement un orateur exceptionnel, mais un individu isolé. Et en fait, je pense que c'est également un stratège. Il est arrivé à dévorer le parti socialiste, il est arrivé à dévorer les écologistes et le parti communiste. Je veux dire, c'est un anthropophage en politique. Il a dévoré tous ses alliés. En 2008, il claque la porte du PS. Beaucoup y voient un suicide politique. Rares sont ceux qui le suivent dans son nouveau parti de gauche. La rupture est totale, y compris avec ses amis les plus proches. Jérôme Gage était jusque-là son bras droit au parti socialiste et son fils spirituel.

27:07
Invité

Vers 15-16 ans, j'ai rencontré Jean-Luc et puis il a, je pense, décelé mon intérêt pour la chose publique, pour la politique, pour l'engagement à gauche. Et puis donc, on ne s'est plus quitté à partir de ce moment-là. Et j'avoue que ça a été un formateur formidable. Et puis après, on est devenu amis jusqu'à une rupture qui a d'abord été une rupture politique. Parce que pour Jean-Luc Mélenchon, à un moment donné, si on n'est pas avec lui, s'il y a un peu de doute qui apparaît, alors on est contre lui. Notre quelques vingt années de compagnonnage et d'amitié se sont fracassées sur cette séparation, ce schisme de choix qui a été fait à ce moment-là.

27:43
Jean-Luc Mélenchon

Est-ce que, selon vous, c'est lui qui a été le faux soyeur du Parti socialiste ?

27:48
Invité

La première responsabilité des difficultés du Parti socialiste, c'est le Parti socialiste lui-même. Moi, j'estime, voilà, que la grande erreur, à un moment donné, du Parti socialiste, quand on a un talent en son sein, comme Jean-Luc Mélenchon, c'est de ne pas faire en sorte de le garder.

28:02
Jean-Luc Mélenchon

Jean-Luc Mélenchon refuse l'évolution socio-libérale du Parti socialiste. Mais son départ, c'est aussi sa rupture avec un autre ancien ami, François Hollande.

28:13
Invité

Nous avons connu, à un moment, un débat, une controverse sur la question du traité constitutionnel. Il faut la dépasser. Il faut savoir, maintenant, se rassembler, je pense, être avec la future majorité du Parti socialiste, celui qui peut rassembler les socialistes. Je lui en veux beaucoup.

28:41
Jean-Luc Mélenchon

Pas seulement d'avoir été aussi peu socialiste que l'a été le président Hollande. C'est-à-dire, il finit son mandat, il ne reste rien. Je peux vous citer quelque chose pour Jospin, j'ai les 35 heures, là, évidemment, vous redissez dans votre fauteuil, parce qu'il y a du pour, il y a du contre. La polémique continue. Vous réfléchissez, Café Hollande, rien. Rien. Tout de travers. Et puis, à la fin, tout passé par-dessus bord, la politique de l'offre à la place de la politique, la demande. On en joue comme ça, il passe à la télé et il annule 150 ans d'histoire de gauche avec un trait de crayon.

Et donc, ma rancœur contre lui n'est pas sur ce qu'il aurait dû faire un peu plus comme ci ou un peu moins comme là. C'est, de fond, il a détruit le mouvement socialiste en France. Et c'est un nouveau mouvement qu'il prétend lui construire. Pas simplement un parti, une lame de fond, quitte à ne pas tout contrôler. À la convention de la France insoumise à Clermont-Ferrand, la moitié des militants invités étaient tirés au sort.

29:51
Invité

On n'est pas un parti, on est un mouvement. On n'est surtout pas un parti. Un mouvement, ça rassemble quand même plus de gens. C'est beaucoup plus ouvert qu'un parti. C'est pour ça que je préfère que ça reste un mouvement.

30:05
Jean-Luc Mélenchon

C'est très ouvert, mais il y a un truc dont on ne discute pas.

30:07
Invité

C'est le leader. Alors, il n'y a pas de leader. Il n'y a pas véritablement de leader à la France insoumise. Il y a Jean-Luc, évidemment, parce qu'il s'est présenté comme président. Mais ce n'est pas notre gourou, ce n'est pas notre saint. Et lui-même l'explique, qui veut passer tout ce qu'il sait, le transmettre aux jeunes qui arrivent derrière.

30:25
Jean-Luc Mélenchon

Le leader s'est mis en retrait. On le cherche en vain dans les allées. Il préfère les coulisses.

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Invité

Dans sa loge,

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Jean-Luc Mélenchon

on retrouve l'ancien professeur entouré de sa très jeune garde. Jean-Luc Mélenchon a toujours su capter leur attention. Désormais, il leur donne aussi leur petite part de lumière. Et maintenant, on les prend de quoi, déjà ? Français.

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Invité

Français. Hein ? Français. Français.

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Jean-Luc Mélenchon

Plutôt que de prendre la tête d'un parti, il se place au cœur d'un mouvement, un élan de contestation qui promet des ruptures radicales. Il faut sortir du carcan. Il faut briser les chaînes. Il faut sortir des traités budgétaires européens qu'on préparait et signer Sarkozy et ensuite Hollande parce que c'est ça qui pousse le continent entier à la misère et à la guerre. Il est donc temps de tourner la page. C'est ça que nous ferons car il y aura une liste, l'Europe insoumise aux élections européennes. Le pari d'une gauche de rupture dans le rapport de force avec l'Europe a déjà été tenté. En Grèce, c'est notre dernière étape.

Ici, le cousin grec des insoumis, Syriza, a pris le pouvoir sur un programme mélanchonien. Mais une fois aux commandes, ses dirigeants ont dû mener une politique d'austérité, hausse de la TVA, allongement de l'âge de départ à la retraite. Le mouvement s'est déchiré. Un micro-parti grec rassemblant les plus radicaux a invité Jean-Luc Mélenchon. Vous allez bien ? Ça va ? Ça va, allez, oui. C'est une zone sinistrée, la Grèce. Là, il faut reconstruire après avoir été détruit. Si vous voulez, dans ce cas de plus important, la confiance. Ça, c'est très dur. Ici, c'est très dur. Mais en même temps, si on lâche le terrain, c'est fini.

Les insoumis d'hier semblent résigner aujourd'hui et la contagion menace. Je suis venu avec mes amis pour vous remonter le moral. Comme nous avons vu une fois la lumière, nous voudrions qu'elle brille toujours. Tenez bon, ne cèdez pas. L'échec du modèle grec, il le sait, est aussi un signal inquiétant pour son propre projet. Le soir, autour des quelques insoumis français d'Athènes, l'homme aux mille visages en arbore un que nous ne lui connaissions pas, celui du chef qui doute. Sa France insoumise a-t-elle un avenir ? Si ça se trouve, dans six mois, le mouvement sera un horrible chant-clos de querelles et de luttes.

Mais franchement, il faut accepter avec patience l'idée que nous ne savons pas comment cette structure va se mettre en place et si elle est diable. Est-ce que vraiment, le 21e siècle, celui du peuple, il va engendrer une organisation de type nouveau ou pas ? Ça m'intéresse de le savoir. Avant de quitter la Grèce éternelle, le chef de la France insoumise s'est rendu sur l'acropole. Jean-Luc Mélenchon se cherche encore un second souffle. On le dit parfois fatigué, démoralisé, ça l'énerve et l'amuse à la fois. Lui seul écrira la fin de l'histoire. En ancien journaliste, il voudrait presque le faire pour nous. C'est ça la narration en ce moment ?

Je ne sais pas, c'est ce qu'on a vu ce matin à compter que j'étais diapressif. C'est bien, c'est comme ça, peut-être sa défense. Purée, la panthérude comme il y a l'autre. La panthérude est l'avenir incertain. Le tribun a essoufflé, mais pas encore à bout de souffle. Seul rescapé d'une génération politique entière balayée par un renouvellement sans précédent, Jean-Luc Mélenchon est toujours à la recherche d'un rôle à sa mesure. Fausse oyeur ou sauveur de la gauche, là où d'autres voient un champ de ruines, lui prétend jeter les bases d'une nouvelle fondation. Sous-titrage Société Radio-Canada