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interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo (sur Site radio)· 29 mai 2023 26 min

Twitter, intelligence artificielle, lutte contre le cyberharcèlement... Ce qu'il faut retenir de l'interview de Jean-Noël Barrot

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Bonjour Jean-Noël Barraud. Bonjour. Le réseau social Twitter a décidé de quitter le code européen de bonne pratique contre la désinformation en ligne. C'est un texte qui est signé par les grands réseaux sociaux, Facebook, Twitter, etc. Des professionnels de la publicité, des fact-checkers qui s'engagent sur une base volontaire à mieux lutter ensemble contre la désinformation. Twitter donc qui s'en extrait. Quelle est la réaction officielle de la France, du gouvernement français ?

0:27
Jean-noël Barrot

La désinformation, c'est une des menaces les plus lourdes qui pèsent sur notre démocratie, c'est clair. Les ennemis de la démocratie dévoient la liberté d'expression pour instiller le mensonge comme un poison dans le débat public. On l'a vu au Capitole, on l'a vu... Aux Etats-Unis, pris d'assaut par des partisans de Donald Trump qui refusaient le résultat de l'élection. Absolument, on l'a vu avec les antivax également. Et c'est la raison pour laquelle l'Europe a décidé d'un code de pratique contre la désinformation. C'est 128 mesures qui ont été adoptées sur une base volontaire par 34 géants du numérique, parmi lesquels Facebook, Google, Microsoft et Twitter.

Mais à côté de ce code de pratique qui est une décision volontaire, il y a une règle qui va s'appliquer à partir du 25 août prochain et qui oblige les grandes plateformes de réseaux sociaux à lutter activement contre la désinformation.

1:18
Invité

Mais Jean-Louis Levaro, ce que dit Elon Musk, c'est pas que la désinformation ne sert à rien. Il dit que ce code est superfétatoire, qu'il est inutile. Il dit j'ai ma communauté qui est capable de faire de la lutte contre la désinformation en ligne.

1:28
Jean-noël Barrot

Eh bien écoutez, moi je souhaite que Twitter puisse se conformer d'ici le 25 août aux règles européennes nouvelles que nous avons adoptées. Sinon, il ne sera plus le bienvenu en Europe et force restera à la loi.

1:37
Présentateur

C'est quoi les règles précisément qui vont s'appliquer dès la fin de l'été en Europe ?

1:42
Jean-noël Barrot

Qu'est-ce qu'elle va changer pour Elon Musk justement ? Dès la fin de l'été, c'est un ensemble de règles qui va s'imposer aux réseaux sociaux et aux places de marché qui va les faire rentrer dans l'ère de la responsabilité. Avec des obligations de modération, c'est-à-dire de retrait des contenus illicites qui leur sont signalés. Avec des interdictions comme celle de faire de la publicité ciblée sur les mineurs par exemple. Mais aussi avec une obligation impérieuse, celle de lutter activement contre la désinformation. Et il faudra en faire la preuve sans quoi des amendes très lourdes pourront être prononcées. Et puis en cas de récidive, une interdiction d'activité dans l'Union Européenne.

2:14
Invité

C'est ce que vous voulez dire ? Si Twitter ne s'y conforme pas, il ne sera plus le bienvenu en Europe ?

2:18
Jean-noël Barrot

Il ne sera plus le bienvenu en Europe.

2:19
Invité

L'Europe peut couper Twitter en Europe ?

2:21
Jean-noël Barrot

Absolument et force restera à la loi.

2:23
Invité

Twitter peut être banni de l'espace européen ?

2:25
Jean-noël Barrot

Twitter, s'il ne se conforme pas à nos règles, sera banni en cas de récidive de l'Union Européenne.

2:31
Présentateur

Je précise que les règles prévoient des amendes qui peuvent monter jusqu'à 6% du chiffre d'affaires mondial des entreprises. On imagine donc que pour Twitter ou Facebook... C'est à peu près 300 millions d'euros pour Twitter. Oui. C'est sûr Twitter, Thierry Breton d'ailleurs a réagi. Twitter est devenu indispensable, y compris au monde politique.

2:47
Jean-noël Barrot

Twitter joue un rôle important dans le débat public. Mais nous ne pouvons pas prendre le risque qu'un réseau social tel que Twitter se laisse prendre en otage par les partisans de l'un des informations. et que, par conséquent, notre débat public, notre démocratie soit affectée. C'est la raison pour laquelle nous avons établi des règles claires. Et il faudra que Twitter s'y conforme.

3:09
Présentateur

Les réseaux sociaux sont devenus des sortes d'organes de presse ?

3:12
Jean-noël Barrot

Presque ? Il faut les considérer presque comme tels ? Les organes de presse sont assujettis à un régime de responsabilité très lourd. Vous le savez, un organe de presse doit disposer d'un directeur de la publication qui est tenu pénalement responsable des contenus qui sont diffusés par ces journaux, par ces médias. Jusqu'à présent, les réseaux sociaux n'étaient assujettis à aucune obligation. Avec un règlement que la France a porté l'année dernière, sous l'impulsion du président de la République, nous allons changer les choses et nous allons faire rentrer les réseaux sociaux dans une ère de responsabilité.

où on ne va pas leur demander d'être responsable de tous les messages qui circulent sur leur plateforme. Ça serait vain et ça serait une atteinte à la liberté d'expression. Mais en revanche, on va leur demander de prendre un certain nombre de mesures, de mettre en place un certain nombre de garde-fous pour que les contenus illicites qui transitent sur leur plateforme soient retirés dans les plus brefs délais et pour que la désinformation ne puisse pas y prospérer.

4:06
Invité

Est-ce que vous dites la même chose à ChatGPT qu'à Twitter ? Si vous ne vous conformez pas à nos règles, vous n'êtes plus les bienvenus en Europe. Je vous dis ça parce que Sam Altman, le patron de ChatGPT qui était en tournée européenne, s'est inquiété d'une régulation trop contraignante qui pourrait arriver dans l'Union européenne en disant « dans ce cas-là, nous on n'opérera plus en Europe ». Il est un peu revenu sur ses propos lors de l'étape parisienne.

4:26
Jean-noël Barrot

La double visite de Sam Altman, le fondateur de ChatGPT en France la semaine dernière, les propos qu'il a tenus témoignent de tous les atouts dont dispose la France dans cette course effrénée à l'intelligence artificielle générative. Une course dans laquelle nous ne devons pas nous laisser distancer. C'est une question de souveraineté et par ailleurs, nous en avons les moyens. Il faut protéger l'innovation. Pour cela, il faut investir et le président de la République aura l'occasion de faire des annonces dans quelques semaines et il faut réguler efficacement et intelligemment. Il y a quelque chose qui s'est passé il y a quelques jours et qui est très intéressant.

C'est que Google a lancé à son tour son propre ChatGPT qui s'appelle BARD. Il l'a lancé dans 180 pays autour du monde, sauf en Europe. En raison du risque réglementaire. En tout cas, c'est ce que Google a lancé.

5:17
Présentateur

En fait, c'est la protection des données, c'est le fameux RGPD.

5:21
Jean-noël Barrot

Alors, il est vrai que l'Europe est la première démocratie du monde à avoir décidé de se doter d'un cadre pour l'intelligence artificielle. C'est ce qu'on appelle le règlement IA, le règlement sur l'intelligence artificielle. Mais je considère qu'à ce stade, la position que le Parlement européen a prise sur le règlement sur l'intelligence artificielle est excessive et risque de faire sortir l'Union européenne. C'est-à-dire qu'on protège trop les données et faire sortir l'Union européenne de l'histoire technologique. Il est impératif, c'est une ardente obligation.

Il est impératif pour nous de disposer, dans les mois qui viennent, de modèles tels que ceux qu'ont développé ces géants américains.

5:59
Invité

Qu'est-ce que vous craignez avec cette réglementation ? Pour bien comprendre, vous dites qu'elle est peut-être excessive.

6:04
Jean-noël Barrot

Sur quel point de vue ? Elle est peut-être excessive. Je dis qu'à ce stade, la position du Parlement européen est excessive. Car elle impose des obligations d'audit, des obligations de transparence qui sont excessives pour ce type de modèle. Le type de modèle comme ChatGPT qui font l'objet d'une course effrénée dans laquelle nous ne devons pas nous laisser distancer, sans quoi nous nous enfermerions dans des décennies d'assujettissement et de dépendance technologique. Il faut que nous restions dans la course. Il faut évidemment donner un cadre au développement de l'intelligence artificielle. Mais à ce stade, la position du Parlement européen est excessive.

6:38
Invité

C'est-à-dire que vous êtes d'accord avec tous les experts qui disent que ce qu'on a fait jusqu'ici en régulant, c'est de favoriser les grands groupes américains qui, eux, ont une batterie de juristes pour contourner les règlements. Et puis finalement, on a tué l'innovation européenne.

6:49
Jean-noël Barrot

Pas tout à fait. Je pense que la régulation est nécessaire. On parlait tout à l'heure des réseaux sociaux. Et je me félicite de l'adoption l'année dernière de deux règlements majeurs à l'initiative de la France et du Président de la République qui mettent de l'ordre dans l'économie numérique et dans la société numérique. S'agissant de l'intelligence artificielle qui est une technologie émergente, il est impératif que nous puissions encadrer, mais avant cela, que nous puissions nous doter de ces outils-là, sans quoi nous serons dépendants des outils produits ailleurs. Les Américains continueront de développer leurs modèles aux États-Unis.

Les Français, parmi les meilleurs du monde, iront probablement aux États-Unis développer leurs propres modèles. Je souhaite que nous disposions dans les prochains mois de ce type de modèles pour conserver notre souveraineté et notre autonomie stratégique dans les domaines civils et militaires, car les applications telles que Tchad GPT auront des applications dans les deux dimensions.

7:42
Présentateur

Vous avez cité que les États-Unis, je ne remarque pas, la Chine non plus. Si, la Chine, évidemment, bien sûr. Oui, parce que c'est aussi les données qui permettent d'alimenter les intelligences artificielles et les rendre plus performantes. Elles sont très protégées en Europe. Elles le sont beaucoup moins, évidemment, en Chine. Jean-Noël Barraud, vous restez avec nous, ministre délégué à la transition numérique et aux télécommunications. 8h41, c'est l'heure du Fil Info avec Maureen Swignard.

8:04
Invité

Le président américain salue des alliés au sein de l'OTAN. Avec le président Erdogan, nous continuerons à avancer, complète le chef d'État français Emmanuel Macron. Recep Tayyip Erdogan, réélu président de la Turquie avec plus de 52% des voix, après déjà 20 ans passés au pouvoir. Faut-il fixer des taux de recyclage obligatoires au pays, faire payer davantage les pollueurs payeurs ou même interdire certains plastiques ? Des mesures en discussion à Paris. Les négociateurs représentant 175 États sont réunis pour mettre fin à la pollution plastique dans le monde. L'objectif est de sceller un accord d'ici deux ans. Le parquet de l'Orient indique procéder à des vérifications.

Un homme est en garde à vue. Ce trentenaire est un proche d'une femme retrouvée morte ce week-end. Le corps de cette femme repêchée dans une rivière, dans le Morbihan. Du monde, dès le milieu de matinée, sur les routes pour cette fin de week-end de la Pentecôte, c'est orange dans le sens des retours dans le Grand Ouest, le Nord et l'Île-de-France.

9:05
Locuteur non identifié

France Info.

9:05
Présentateur

Toujours avec Jean-Noël Barraud, ministre délégué à la transition numérique et aux télécommunications. On parlait tout à l'heure d'Elon Musk, le patron de Twitter. Il apporte aussi, le milliardaire américain, une aide considérable à l'Ukraine dans la guerre contre la Russie via son réseau internet Starlink, réseau par satellite. Il a menacé plusieurs fois de le couper, puisqu'Elon Musk est aussi proche de la droite américaine et donc indirectement de la Russie. C'est un acteur privé qui a trop de pouvoir finalement ?

9:39
Jean-noël Barrot

C'est un opérateur de satellite. Il en existe d'autres et en particulier l'opérateur français Orange dispose d'un opérateur de satellite et a aujourd'hui 3-4 fois plus de clients que Starlink dans notre pays même si ce n'est pas toujours un chiffre connu. Je crois qu'il nous faut pouvoir disposer de constellations souveraines et c'est la raison pour laquelle la France a soutenu l'initiative européenne Iris au carré, Iris 2 qui va nous permettre de disposer de cette autonomie-là. A quelle échéance ?

S'agissant des réseaux de télécommunication, il faut à la fois pouvoir disposer de la couverture mobile et fixe avec la fibre mais aussi veiller à ce que nous soyons couverts par les constellations de satellites.

10:24
Présentateur

Et ce sera à quelle échéance alors que l'Europe pourrait déployer sa propre constellation de satellites pour envoyer internet sur le plancher des vaches ?

10:31
Jean-noël Barrot

C'est dans la décennie qui vient mais je le rappelle, il existe d'ores et déjà des offres satellites auprès de votre opérateur en tout cas si vous êtes chez Orange, donc en quelque sorte nous n'avons rien à envier à Orange si l'on prend à la fois le projet européen et les offres déjà existantes sur le territoire.

10:47
Présentateur

Et ça veut dire que ce n'est pas tout de suite qu'on va se substituer à Starlink pour aider les Ukrainiens ?

10:51
Jean-noël Barrot

On a aidé les Ukrainiens à bien des égards et notamment en matière de télécommunication. Un certain nombre d'opérateurs se sont mobilisés pour apporter des solutions et de l'expertise. Il faut reconnaître à Elon Musk d'avoir agi très vite pour pouvoir donner à la fois aux populations ukrainiennes mais aussi à l'armée des moyens de communiquer. Mais nous ne sommes pas en reste et là aussi à l'initiative du Président de la République beaucoup a été fait y compris en matière de télécommunication.

11:17
Présentateur

Une petite dernière chose sur ce sujet, c'est aussi un moyen de lutter contre les zones blanches en France puisque vous citez Orange, le fait d'avoir un réseau satellitaire Internet.

11:26
Jean-noël Barrot

L'objectif qui est le nôtre c'est de couvrir avec les réseaux mobiles l'intégralité du territoire mais aussi de le faire avec le très haut débit et c'est la raison pour laquelle nous travaillons activement au déploiement de la fibre et nous sommes bien avancés puisque la France est le pays d'Europe qui est le mieux fibré. Mais ceci étant dit, il restera toujours quelques territoires, quelques locaux d'habitation qui sont si éloignés des centres-villes, des centres-bourgs qu'il faudra bien trouver une solution alternative à la fibre et dès lors le satellite s'y prêtera.

11:57
Invité

Jean-Noël Barraud, j'aimerais que l'on revienne un instant sur les réseaux sociaux avec dans l'actualité ce suicide atroce de la jeune Lindsay il y a deux semaines, 13 ans, elle était scolarisée dans un collège du Pas-de-Calais. Ses parents expliquent qu'elle était la cible d'insultes à répétition à l'école et sur les réseaux sociaux depuis la rentrée. Quelle responsabilité de ces réseaux dans le cyberharcèlement ?

12:16
Jean-noël Barrot

C'est un drame comme on en a connu beaucoup trop souvent ces dernières années. J'ai évidemment une pensée pour la famille. Et ce drame, il nous invite à continuer d'agir et d'accélérer pour faire reculer le cyberharcèlement en ligne. Qui touche les enfants, vous l'avez dit. Qui touche aussi les femmes. Les femmes ont 27 fois plus de chance, de malchance, de subir le cyberharcèlement sur Internet que les hommes. Et face à cela, il nous faut, je dirais, une approche à 360 degrés. Il nous faut travailler à la sensibilisation et à la sensibilisation des élèves.

Dès la rentrée prochaine, tous les élèves de 6e dans notre pays se verront dispenser un passeport numérique, c'est-à-dire un module de sensibilisation en salle informatique. Donc c'est un cours de Twitter et de Facebook. Qui les éduquera aux risques et aux bonnes attitudes à adopter en ligne lorsque l'on est témoin ou victime de cyberharcèlement. La loi de programmation du ministère de l'Intérieur, portée par Gérald Darmanin, la loi de programmation de la justice, portée par Éric Dupond-Moretti, vont là aussi ajouter des moyens dont je souhaite qu'ils puissent être orientés vers la prise des plaintes, l'instruction et les enquêtes de ces faits de cyberharcèlement qui ne sont...

13:31
Invité

Mais ça, ça prend du temps. C'est ce qu'on voit dans le cas de l'INSEE. Le harcèlement a été caractérisé, a été remonté à l'établissement. Et pourtant, le temps de le faire cesser, cette jeune fille passe à l'acte.

13:42
Jean-noël Barrot

Absolument. Et ça, ça suppose une sensibilisation beaucoup plus forte des enfants. C'est l'objectif de ce passeport numérique qui sera généralisé, qui est expérimenté actuellement, qui sera généralisé à la rentrée prochaine. Mais il faut aussi...

13:52
Invité

Vous dites qu'il faut bannir aussi les cyberharceleurs des plateformes.

13:54
Jean-noël Barrot

Je dis qu'effectivement, et ça fait partie des propositions que je porte dans un projet de loi qui sera examiné cet été, qu'il faut bannir, comme on le fait avec l'interdiction de stade pour les hooligans, celles et ceux qui, à répétition, se livrent à des actions de cyberharcèlement qui propagent la haine sur les réseaux sociaux, qui embrasent leur communauté.

14:15
Invité

C'est un juge qui décide ou c'est le réseau social qui décide ?

14:18
Jean-noël Barrot

C'est le juge, dès lors qu'il aura prononcé une condamnation à l'encontre d'une personne qui se sera rendue coupable de cyberharcèlement, comme les agresseurs de Mila ou les agresseurs d'Eddie Despréteaux, le juge pourra prononcer une peine complémentaire de bannissement à l'image de la peine complémentaire d'interdiction. Et encore une fois, ce n'est pas quelque chose qui se fera dans l'urgence, donc ça veut dire qu'il y aura eu un procès. C'est la raison pour laquelle je plaide pour une approche à 360 degrés, qui va de la sensibilisation à la sanction et qui touche toutes les générations parce que le cyberharcèlement n'épargne personne.

14:50
Présentateur

Le juge français pourra décider pour ces plateformes qui sont souvent américaines, notamment, ou chinoises, du bannissement.

14:57
Jean-noël Barrot

Le juge donnera l'obligation à ces plateformes de mettre tout en œuvre pour interdire la réinscription des auteurs de cyberharcèlement sur leur plateforme.

15:05
Présentateur

Parce qu'elles se cachent souvent derrière des lois californiennes, par exemple, qui sont plus protectrices de la liberté d'expression.

15:11
Jean-noël Barrot

En France, les plateformes appliquent le droit français. Et en Europe, elles appliquent le droit européen.

15:16
Invité

Vous disiez que ça touchait toutes les générations. Chiffre de la CNIL, la Commission nationale de l'informatique et des libertés. La première inscription à un réseau social en France intervient en moyenne vers 8 ans et demi.

15:26
Jean-noël Barrot

C'est jeune ? C'est très jeune ? C'est beaucoup trop jeune, sachant que ces plateformes ont fixé en général l'âge de 13 ans comme étant l'âge minimum pour s'inscrire sur ces plateformes.

15:35
Invité

C'est-à-dire qu'elles ne vérifient pas ?

15:36
Jean-noël Barrot

C'est-à-dire qu'elles ne vérifient pas. Et je veux saluer l'initiative parlementaire de Laurent Marcangeli, que j'ai soutenue, qui vient d'être adoptée à l'unanimité de l'Assemblée et du Sénat, et qui vient imposer à ces plateformes de vérifier l'âge des enfants et des utilisateurs lorsqu'ils s'inscrivent, mais aussi de recueillir le consentement des parents. Parce qu'avant 15 ans...

15:58
Invité

Il faudra une autorisation parentale.

16:00
Jean-noël Barrot

Il faudra l'autorisation parentale. Et c'est une étape qui est franchie dans la bonne direction. C'est à partir de quand ? Pour la protection des mineurs en ligne. C'est dans les mois qui viennent que cette obligation nouvelle s'appliquera. Et on va travailler maintenant que la loi est adoptée, ou presque, pour mettre en œuvre les mesures pour y parvenir.

16:20
Invité

Les parents décideront si les enfants peuvent s'inscrire, mais aussi si les enfants doivent sortir des réseaux sociaux. Ils pourront demander, j'ai cru voir que c'est les parlementaires qui ont ajouté ça au texte, demander la suspension du compte d'un enfant de moins de 15 ans.

16:32
Jean-noël Barrot

Absolument. C'est ce qu'on appelle la majorité numérique. Avant 15 ans, on a le droit de s'inscrire sur un réseau social, ou d'en sortir. Mais avec l'autorisation des parents. Mais avec l'autorisation des parents.

16:41
Présentateur

Et ça va se passer comment concrètement ? L'adolescent sera en ligne ? On va lui demander une photo de sa carte d'identité ? On va lui demander une signature numérique de ses parents ?

16:50
Jean-noël Barrot

Vous le savez, pour la protection des enfants en ligne, que ce soit sur la question des réseaux sociaux, ou de l'exposition à la pornographie, on en dira peut-être un mot. La mère des batailles, c'est la vérification d'âge. Cela fait deux ans que nous y travaillons, sur la question de l'exposition au contenu pornographique. Des solutions existent déjà. Elles sont imparfaites, mais elles existent. Et donc, les plateformes, les sites pornographiques pourraient s'en saisir. J'ai incité un certain nombre d'entreprises françaises à développer des solutions qui soient à la fois fiables, sur la mesure de l'âge de l'utilisateur, et qui garantissent zéro fichage, zéro piratage.

Pour qu'à l'avenir, nous puissions disposer d'outils de vérification d'âge en ligne, qui soient parfaitement adéquats et acceptés.

17:35
Présentateur

Justement, on va parler de ce fléau de la pornographie chez nos adolescents dans un tout petit instant avec vous, Jean-Noël Barraud, ministre délégué en charge de la transition numérique et des télécommunications. Maureen Suignard, 8h50, c'est le Filinfo.

17:50
Invité

37 missiles, 29 drones russes. C'est ce que l'armée ukrainienne dit avoir abattu pendant la nuit. Quinzième attaque de ce type en Ukraine depuis le début du mois. La réélection du président Erdogan, salué dans le monde, celui qui est à la tête du pouvoir turc depuis 20 ans, remporte la présidentielle avec plus de 52% des voix et signe pour 5 ans supplémentaires. Son rival, le social-démocrate Kemal Khelic Daroulou, a exprimé sa tristesse face aux difficultés, dit-il, qui attendent le pays. Un blessé par balle à Marseille la nuit dernière. Dans le 14e arrondissement de la ville, la victime est âgée de 32 ans.

Il était chez lui quand de faux livreurs de pizzas se sont présentés et lui ont tiré dessus. Il vient pour gagner le serbe Novak Djokovic. Débute Roland-Garros aujourd'hui, tout comme le numéro 1 mondial, l'Espagnol Carlos Alcaraz. Six Français aussi à l'affiche aujourd'hui, donc Caroline Garcia, Benoît Perre et Arthur Fils. Hier, c'est Lucas Pouille notamment qui a signé un exploit en se qualifiant pour le second tour après une traversée du désert.

18:51
Locuteur non identifié

France Info

18:52
Invité

La question de la majorité numérique qui se pose pour l'accès aux réseaux sociaux et aussi aux sites pornographiques. L'Arcom, la semaine dernière, révélait ses chiffres. Un tiers des moins de 18 ans consulte chaque mois au moins un site porno, proportion encore plus effrayante chez les 12-13 ans. Un garçon sur deux à cet âge consulte ses sites chaque mois. Ça veut dire que toutes les mesures qui ont été prises jusqu'ici, depuis 1992, une infraction qui existe sur l'exposition des mineurs à ces images à caractère sexuel, toutes les mesures prises n'empêchent pas les mineurs d'accéder à du contenu pornographique.

19:32
Jean-noël Barrot

La situation était connue, mais les chiffres publiés par l'Arcom sont terrifiants. Par leur ampleur, 2 millions d'enfants exposés chaque mois au site pornographique. Par leur progression, plus 40% en 5 ans. Et par la précocité du phénomène, vous l'avez rappelé, dès 12 ans, un garçon sur deux est exposé chaque mois à des images pornographiques. Pourquoi ? Parce que les sites ne vérifient pas l'âge de leurs utilisateurs, la majorité de leurs utilisateurs, alors même qu'ils y sont tenus par la loi.

20:04
Invité

Ils disent qu'on n'a pas les moyens techniques de le faire.

20:06
Jean-noël Barrot

Ils disent qu'ils n'ont pas les moyens techniques pour le faire. Ils disent qu'ils ne peuvent pas, mais en réalité, ils le peuvent, mais ils ne veulent pas. Pourquoi ? Parce que ces sites qui sont gratuits et qui déversent des contenus en libre accès sur Internet vivent de la publicité. Et notamment celles générées par le trafic, par les visites des mineurs, qui représentent 10 à 20% de leurs recettes. Ils exploitent les mineurs ? C'est dû, recèlent ni plus ni moins, et cela doit cesser. Alors, il est vrai qu'il y a deux ans, une loi a été prise qui impose aux sites pornographiques de vérifier l'âge de leurs utilisateurs.

20:39
Invité

Mais ils ne la respectent pas ?

20:40
Jean-noël Barrot

Ils ne la respectent toujours pas. Une procédure est en cours concernant les cinq sites pornographiques principaux dans notre pays. Le verdict sera rendu le 7 juillet. Je souhaite qu'il soit exemplaire. Et pour l'avenir, je propose que nous donnions à l'ARCOM le pouvoir de bloquer et de déréférencer sur les moteurs de recherche les sites pornographiques qui ne vérifieront pas l'âge de leurs utilisateurs. Ce sera la manière de donner à l'ARCOM le moyen de bloquer en quelques semaines les sites pornographiques qui ne se conformeront pas à leurs obligations, alors qu'aujourd'hui, ils ont fait traîner les choses devant la justice et que cette situation est tout à fait inacceptable.

21:20
Invité

Une sanction exemplaire en justice, c'est quoi ? C'est l'interdiction, par exemple, de ces sites ?

21:24
Jean-noël Barrot

C'est le blocage et le déréférencement. Aujourd'hui, c'est le juge qui peut prononcer cette peine à l'issue d'une procédure judiciaire. Je propose, pour aller plus vite et mettre fin à ce phénomène dramatique qui emporte des conséquences très lourdes sur la santé de nos enfants, troubles de l'alimentation, du sommeil, de l'attention, développement de conduites à risque de conduites violentes, eh bien, tout cela doit cesser. Et c'est la raison pour laquelle, lorsque le projet de loi que je porte et qui sera examiné au mois de juillet aura été adopté, l'ARCOM aura le pouvoir, en quelques semaines, de bloquer les sites qui ne vérifieront pas.

21:55
Présentateur

Encore une fois, c'est quoi l'outil que vous voulez mettre en place ? Parce qu'on a beaucoup parlé, par exemple, d'une empreinte de carte bleue pour essayer de... L'empreinte de carte bleue est une solution imparfaite, à bien des égards, mais elle existe.

22:07
Jean-noël Barrot

Oui, parce qu'un mineur peut avoir une carte bleue. Mais elle existe. Et il appartient au site pornographique de la mettre en place dès aujourd'hui pour faire cesser la situation. Ce serait mieux que rien. Ce serait mieux que rien. Mais je souhaite, pour l'avenir, et parce que vous l'avez compris, la vérification d'âge est un sujet pour les sites pornographiques, mais elle l'est aussi pour les réseaux sociaux, et en réalité, tous les services sur Internet dont nous voulons protéger nos enfants.

Eh bien, c'est pour cela que j'ai demandé à des entreprises de réfléchir au développement de solutions de vérification d'âge qui soient à la fois fiables et à la fois robustes et qui garantissent zéro fichage et zéro piratage.

22:45
Invité

C'est-à-dire que ça pourrait être un tiers de confiance, comme par exemple pour tout le public, un France Connect, qu'on utilise pour aller sur tout un tas de sites différents et qui authentifie qui est la personne derrière son ordinateur ?

22:54
Jean-noël Barrot

Alors, France Connect, c'est qui vous êtes. Et donc, on ne peut pas lui demander directement d'authentifier votre âge. Mais ce que l'on peut faire, c'est avoir des applications qui vont recueillir de la part de fournisseurs d'identité numérique, peut-être qu'un jour, France Connect en fera partie, une preuve anonyme de votre âge ou de votre majorité. Mais il faut l'écrire. Libre à vous de l'utiliser ensuite pour accéder à des services sur Internet.

Et de la même manière que lorsqu'aujourd'hui, nous effectuons un paiement sur Internet et que l'application de notre banque nous demande une vérification à partir de notre smartphone, on peut très bien imaginer que notre preuve anonyme de majorité soit stockée sur une application, sollicitée par les services réservés aux adultes ou limitée à un certain âge lorsque nous voulons y accéder.

23:40
Invité

Puisque vous évoquez les smartphones, c'est essentiellement le moyen par lequel ces jeunes publics accèdent à ces sites pornographiques. Quel rôle pour les opérateurs télécoms ? Est-ce que ça peut être, eux, le tiers de confiance ? Est-ce qu'on peut imaginer, par exemple, des forfaits spécifiques pour les mineurs ? Et l'opérateur télécom qui dira « Attention, vous êtes face à un mineur ou un majeur ? »

23:56
Jean-noël Barrot

Il me semble que certains forfaits existent déjà, mais en tout état de cause, la sanction, elle, le blocage, repose évidemment sur les fournisseurs d'accès à Internet, c'est-à-dire sur les opérateurs télécoms. Lorsque l'ARCOM, une fois mon projet de loi adopté, prononcera ou ordonnera le blocage des sites pornographiques concernés, c'est bien les opérateurs télécoms qui effectueront ce blocage.

24:23
Invité

Jean-Noël Barraud, l'actualité de votre secteur nous fait parfois basculer dans ce qui ressemblait il y a encore quelques années à de la science-fiction, on évoquait Elon Musk tout à l'heure. L'une de ces entreprises, Neuralink, va pouvoir commencer des essais cliniques sur des humains. Alors, quels essais cliniques ? Des implants placés dans le cerveau pour pouvoir contrôler les ordinateurs par la pensée ? Qu'est-ce que ça vous inspire ? Est-ce que ça vous intrigue ? Est-ce que ça vous fascine ? Est-ce que ça vous inquiète ?

24:46
Jean-noël Barrot

D'abord, permettez-moi de rappeler que c'est le même Elon Musk qui, il y a quelques semaines, signait un moratoire sur l'intelligence artificielle pour dire qu'il faut cesser tout cela. Ensuite, permettez-moi de saluer la prouesse scientifique des chercheurs du CEA et de l'école fédérale polytechnique de Lausanne qui viennent... Français et Suisse ? Français et Suisse, qui viennent de permettre à un homme paraplégique de 40 ans de retrouver l'usage de ses jambes grâce au numérique et à l'intelligence artificielle.

25:15
Présentateur

Et là, il n'y avait pas d'implans dans le cerveau, je le précise en l'occurrence. Il n'y avait pas d'implans dans la colonne vertébrale,

25:20
Jean-noël Barrot

mais à un boîtier extérieur au cerveau. Et c'est une très belle illustration de toutes les promesses de l'intelligence artificielle pour nous permettre de sortir des impasses thérapeutiques et de permettre de trouver une solution à des personnes qui avaient perdu tout espoir de guérison. Mais s'agissant du projet transhumaniste d'Elon Musk, le projet d'homme augmenté, ça n'est pas le mien, ça n'est pas le nôtre. Et en tout état de cause, le cadre bioéthique que nous avons en France s'y opposera.

25:46
Présentateur

Jean-Noël Barraud, merci beaucoup. Ministre délégué chargé de la transition numérique, très cher Naila Latrousse, bon vent. Et à tous et toutes, bonne journée. Au revoir. Au revoir.