Édouard Philippe peut-il "prendre le pouvoir ?" - Vidéo
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Edouard Philippe peut-il prendre le pouvoir en 2027 ? En tout cas, l'ancien Premier ministre a lancé sa campagne hier à Paris dans un grand meeting où le maire du Havre a essayé de fendre l'armure. Nous étions à l'Adidas Arena hier. Edouard Philippe a esquissé quelques éléments de programme et aussi quelques éléments personnels. Ce premier meeting d'Edouard Philippe, il est raconté par Clémentine Louise.
C'est dans une arène sportive, à l'Adidas Arena, qu'Edouard Philippe monte enfin sur le ring, deux ans après l'annonce de sa candidature.
Voilà, mes amis, voilà le moment où nous allons engager cette campagne pour la France.
Première étape pour l'ancien Premier ministre, adoucir son image à travers un bref autoportrait.
Je sollicite la confiance des Français et ils ont le droit de savoir qui je suis et ce qu'ils me constituent. Moi, je suis normand, né à Rouen. Né à Rouen en 1970, mes parents étaient professeurs de français. Je suis un fils de la classe moyenne.
Une entrée en matière délicate avant d'esquisser un programme strict dont l'objectif est de ramener le déficit public à 2% du PIB. Mais le normand l'assure, il n'y aura ni sang ni larmes, seulement quelques efforts et un peu de sueur.
Il faut baisser les dépenses sociales, supprimer les niches fiscales avant de songer à augmenter les impôts de ceux qui travaillent. J'assume de dire aux retraités qu'il faudra contribuer davantage au financement de notre système social. J'assume de dire aux cadres et aux employés du secteur public et privé qu'il faudra travailler plus longtemps.
Des mesures douloureuses, mais qui séduisent pourtant ces militants.
La réalité n'est pas toujours séduisante, malheureusement. On a envie forcément de se laisser tenter par d'autres propositions qui sont parfois plus sympas. Ce qui, moi, me parle, c'est le courage politique et il a la sincérité d'afficher le besoin de faire des choix forts.
Des réformes impopulaires, mais nécessaires aussi selon le maire d'Angers et secrétaire général d'Horizon.
On ne va pas adhérer à une baisse du déficit pour une baisse du déficit, mais adhérer au fait de pouvoir dégager des moyens pour l'école, pour la justice, pour faire face à tous les enjeux de transition climatique et en particulier d'adaptation qu'on est en train de vivre. Dans ces domaines-là, il va bien falloir qu'on soit capable de trouver des ressources pour agir.
Rien de très précis encore pour le reste du programme. Edouard Philippe balaye large, mais dévoile une première grande réforme, celle de l'école.
Je vous propose de concevoir et de mettre en œuvre une refonte massive de l'école, la plus importante peut-être depuis Jules Ferry. C'est la clé du redressement français !
Les sondages donnent aujourd'hui Edouard Philippe au second tour, juste derrière Jordan Bardella et à peine devant son rival direct, Gabriel Attal. Les deux anciens premiers ministres ont promis de laisser la place à celui qui arrivera en tête des sondages en février prochain. D'ici là, tout peut encore basculer.
– Et pour analyser politiquement ce lancement de campagne présidentielle d'Edouard Philippe, j'accueille sur ce plateau Elisabeth Martichoux. Bonjour Elisabeth. – Bonjour à vous. – Vous êtes notre éditorialiste politique pour Public Sénat. J'accueille également Stéphane Zumstek, bonjour. – Bonjour. – Vous êtes directeur du département politique et opinion à l'institut de sondage Ipsos BVA. Et puis bonjour à vous, Alison Tassin. – Bonjour. – Vous êtes grand reporter au service politique du Parisien. Alison, vous y étiez hier à l'Adidas Arena pour ce premier meeting d'Edouard Philippe. Est-ce que selon vous, ça a été une réussite ?
– Oui, plutôt parce qu'en fait, il y avait beaucoup d'attentes sur ce meeting. Edouard Philippe, il a une image assez raide, peut-être j'oserais un peu coincée. Et hier, dès son entrée sur scène, il est arrivé, point levé, avec une musique très dynamique. Il a cassé un peu cette image. Ses proches lui disaient, il faut que tu parles de toi. Et là encore, hier, le contrat a été rempli. Il a parlé de sa mère, sa famille, d'où il venait. Bref, il a donné un peu de lui. Ce qui est quand même quelque chose qui n'est pas évident chez Edouard Philippe, quand on le connaît et qu'on l'a suivi quelques années.
– Elisabeth, il vous a surpris, Edouard Philippe, dans ce premier meeting ?
– Surpris, non. Moi aussi, j'étais dans la salle. Je pense que, oui, la réponse est plutôt réussie parce qu'il est resté lui-même. C'est un techno, sérieux. Il a parlé de sa famille, mais quand même toujours avec un fond de pudeur. D'ailleurs, il a évoqué sa pudeur naturelle. C'est très important dans une campagne présidentielle de ne pas jouer un rôle, de ne pas être dans la composition. Et donc, il faut être sûr. Alors, parfois, il y en a qui réussissent très bien à être eux-mêmes parce que c'est spontané, parce que c'est leur tempérament. Ça n'est pas du tout celui d'Edouard Philippe. Donc, il y avait un enjeu, en effet. – Il a une nature austère.
Et ça peut être un austère qui se marre, comme dirait Lionel Jospin. – Voilà, mais il est classique. Il fait dans le classique. Et là, il a réussi à montrer une personnalité chaleureuse. Le mot est peut-être un peu fort, mais quand même, qui s'est dégagé de l'énergie, de l'enthousiasme, pour évidemment emporter l'adhésion. Il a bien composé avec son propre caractère et la capacité à parler de lui, encore une fois, dans certaines limites, aux Français, puisque, on le sait, c'est une rencontre entre le peuple et un candidat. Donc, il y avait du monde. En tout cas, il y avait une impression de monde, c'est important. Il a parlé de lui. Après, on pourrait évoquer les limites de cet exercice.
Mais globalement, c'est réussi.
– Alors, il a quand même dit qu'il ne ferait pas à la une de Paris Match. Ça, c'est une petite pique envoyée à Gabriel Attal, Stéphane Zumstek. C'est important, cet aspect personnel dans une campagne présidentielle vis-à-vis de l'opinion ?
– Absolument, c'est indispensable. Quelle que soit l'élection présidentielle, ça fait des décennies que c'est comme ça, oui, à un moment donné, il faut montrer que vous sentez la France, pour parler simplement, que vous comprenez la France, que vous avez compris les attentes des Français, que vous-même, vous pouvez apporter quelque chose de particulier. Les autres présidents de la République élus ou les autres candidats qui ont été battus l'ont fait lors des précédentes élections. Et c'était évidemment un passage obligé pour Édouard Philippière, je suis d'accord avec vous, rien de surprenant.
Il a fait le job, il a fait le travail, parce qu'il est assez bon, il est assez roué à ce genre d'exercice. Et son objectif, c'était de passer de quelqu'un d'un peu, ce que vous disiez, pas effacé, mais en tout cas un petit peu austère, à quelqu'un de sérieux, sérieux. Donc, il fend l'armure, il reste sérieux. Et là où il a surpris, je trouve, là où je ne l'attendais pas forcément, c'était dans sa péracité face aux extrêmes. Il a été assez bon. Et là encore, on voit très bien cette idée de bien montrer que ce n'est pas quelqu'un de lisse.
Ce n'est pas parce que vous venez du centre droit que vous êtes issu d'un parti dit de gouvernement, que vous n'avez pas grand-chose à dire ou pas grand-chose à apporter. Bien au contraire, il y avait cette pugnacité. Je l'ai trouvé plutôt bon à ce niveau-là. Rien de surprenant, c'est vrai. Rien de très concret non plus, parce que c'est un candidat qui, sans doute plus que les autres, marche sur des œufs, notamment sur le programme économique. On en reparlera peut-être tout à l'heure sur la retraite.
Les paris ou les choix qu'il va faire, qu'il va présenter aux Français, on a bien compris qu'il n'y aurait pas de sang, mais il y aurait de la sueur, ne vont pas forcément avec le sens de l'histoire aujourd'hui quand on pense à ce que pense l'opinion, en fait. Mais là, pardon, je relève juste quelque chose d'important encore sur l'attitude ou ce qu'il a donné de lui-même. Il s'est montré bagarreur. Vous avez raison de le dire. L'analogie avec la boxe, avec Édouard Philippe, évidemment, elle est tentante, elle est facile. Mais c'est vrai, il y avait un peu de ça. Il s'est montré apte au combat. Et il a bien caractérisé ses adversaires.
Il les a taclés suffisamment pour qu'on voit qu'il était dans cette logique quand même de l'adversité, de la compétition présidentielle. Et c'était important aussi. Ce n'est pas un mot. Voilà, il va y aller sur le ring.
Il a montré sa capacité à monter, effectivement, sur le ring. Vous en parlez, Stéphane Zumstek, justement sur le programme. Car son camp a beaucoup annoncé pendant des mois un programme massif. Alors là, il y a des éléments qui ont été dévoilés par Édouard Philippe, notamment sur l'école. Mais on a l'impression quand même qu'il reste prudent, notamment sur les efforts à faire pour le pays.
Oui, alors c'était assez intéressant, ce côté essayer de désamorcer le sang et la sueur qui lui collent à la peau. Il a essayé, en fait, de tourner ça vers du positif. C'est-à-dire, si je vous demande des efforts et les efforts que je vais vous demander, en fait, c'est pour la jeunesse. Et ça, ça a été très important pendant son discours. Il a prononcé 37 fois le mot enfant, autant que le mot croire. 37 fois également, croire ou croyance. Et ça veut dire qu'en fait, tous ces efforts demandés, c'est finalement une impulsion pour l'avenir, pour pouvoir faire des choses, notamment parler de l'école, pour pouvoir mieux payer les professeurs, a-t-il indiqué au bout d'un moment.
Et pareil, un petit peu aussi en contraste avec notamment Jean-Luc Mélenchon, en mettant en avant qu'eux et les filles, avec les mesures dépensières qu'ils proposent, eh bien, à la fin, ça deviendrait le FMI pour la France.
Stéphane Zomsek, c'est l'enjeu de la campagne d'Edouard Philippe, essayer de défendre un programme de rigueur, mais avec un côté positif, un peu le travailler plus pour gagner plus de Nicolas Sarkozy en 2017.
Mais avant tout, sans employer le mot rigueur. C'est plus facile pour nous de l'utiliser que lui. Oui, bien sûr, parce qu'il ne va pas reprendre ses projets d'âge légal de départ à 67 ans. C'est totalement... Quand on voit la difficulté, la fracturation de la société française pour passer de 62 à 64 ans, on comprend bien que ce n'est plus du tout dans les attentes des Français, y compris d'une partie de l'électorat de centre et de centre droit. Les actifs de droite ne sont pas plus pour une retraite, pour partir plus tard, que des Français qui ne sont pas forcément de droite. Donc ce sera un vrai challenge pour lui.
Il n'a pas exclu un effort sur la retraite.
Oui, mais il ne l'a pas exclu. Ce qui est aussi intéressant, ce qui est aussi un pari pour lui, c'est qu'il a bien expliqué qu'il faudrait que les personnes retraitées, les personnes âgées, ils contribuent à cette effort nationale. Et là, on voit très très bien quel est le risque électoral quand on voit la sociologie du vote d'Edouard Philippe ou de ses principaux challengers au centre et à droite. C'est essentiellement des grands bataillons de personnes âgées ou de retraitées ou de pré-retraitées. Donc ce sera compliqué pour lui.
Oui, il sera sur une ligne de crête, mais il s'adresse à la fois à un électorat âgé qui ne souhaite pas finalement être particulièrement mis à contribution, ça c'est naturel, mais aussi c'est un électorat qui est pour, quelque part, des réformes économiques, et notamment en ce qui concerne l'âge de départ à la retraite ou la capitalisation, par exemple, ou le financement. Donc ce sera une ligne de crête très compliquée pour lui. Je pense que son pari, c'est de se dire qu'à la fin, il ne doit en rester qu'un. Ça peut passer, ça pourrait passer, si à la fin, il était le candidat unique du socle commun, c'est-à-dire du centre et de la droite.
Et je pense que c'est beaucoup là-dessus qu'il parie. Sur un retrait à un moment donné, peut-être à la rentrée, peut-être un peu plus tard de Gabriel Attal, mais aussi, à mon avis, à l'incapacité des LR à se mettre d'accord sur un candidat.
On parlera de ces multiples candidats du Bloc central et de la droite. Sur le programme, Elisabeth Martichoux, elle a quand même aussi centré son discours d'une heure qu'un sur l'école, avec une refonte massive de l'école publique. Ce choix de l'école, c'est consensuel ? C'est ne pas prendre de risques vis-à-vis des différents électeurs ?
C'était cohérent dans son discours, parce qu'il a beaucoup insisté sur ce qu'il doit lui-même à l'école. Il a dit, dans notre famille, on est passé en trois générations des docs à Matignon, pour expliquer l'ascenseur social qui avait fonctionné pour lui. Et ensuite, évidemment, d'insister sur le fait que la machine était complètement grippée. Oui, il a beaucoup insisté. Il est beaucoup tourné autour de l'analogie de la responsabilité des parents vis-à-vis des enfants. Il ne veut pas, et c'est comme ça qu'il va justifier ensuite les efforts qu'il va demander, parce qu'il va en demander.
Juste par parenthèse, s'il y a une surprise, moi, que j'ai eue, quand même, c'est qu'il n'y a rien sur le comment. Hier, on pouvait s'attendre, quand même, à ce qu'il avance, certaines mesures, qu'il les mette en débat. Alors, peut-être qu'il a pensé que le 5 juillet, sa mesure qui pourrait percuter serait effacée par la décision concernant Marine Le Pen le mardi, que c'était de toute façon trop tôt, parce que les Français n'y sont pas. Il n'a pas tellement parlé aux Français hier. Si vous vous demandez, comme ça, à froid, qu'est-ce qu'on retient du meeting d'Étoile-Philippe ? On retient tout ce qu'on a dit avant, mais sur le fond, sur ce qu'il va présenter aux Français, il n'y a rien.
Il n'y a rien. Donc, je ne peux pas imaginer que ce ne soit pas, évidemment, volontaire, mais du coup, on est un peu frustré sur les efforts, la sueur qu'il va demander. On n'en sait rien. Mais ce qu'il a construit comme discours, comme raisonnement, c'est, voilà, vous, les électeurs, vous devez vous comporter comme des parents qui veulent le bien de vos enfants. La limite, dans la famille, les parents font des sacrifices pour leurs enfants. Eh bien, moi, je vais vous demander de faire des sacrifices pour vos enfants, ce qui justifie pleinement, évidemment, un programme où il y aura nécessairement un peu de difficultés à avaler.
Donc, Edouard Philippe, qui garde encore certaines cartes de son programme pour la campagne, d'autant, Alisson Tassin, qu'il a une certaine avance vis-à-vis de ses autres concurrents au sein du Bloc central et la droite, Gabriel Attal et Bruno Rotaillot. Et donc, c'est pour ça qu'il gère le match.
Oui, alors, il espérait quand même, à un moment donné, plier le match avant les vacances. On se rend compte que ce n'est pas le cas, même s'il a une avance assez notable sur, notamment, Gabriel Attal. Mais on a quand même noté que dans le discours hier, il a épargné quelques personnes. En creux, on a compris une critique envers Gabriel Attal quand il évoque la politique qui ne se fait pas sur TikTok ou sur des postes, sur les réseaux sociaux. On n'a pas entendu le nom de Bruno Rotaillot hier. On n'a pas entendu non plus le nom de Raphaël Glucksmann. Donc, vraiment, ses adversaires hier, ça a été l'ERN et ça a été Jean-Luc Mélenchon.
Mais c'est vrai qu'il épargne un peu tout le monde parce qu'on sent quand même qu'il a envie d'être, à un moment donné, le candidat du rassemblement. D'ailleurs, c'est très intéressant. Dans les thèmes évoqués hier, l'école, l'école qui en a parlé il y a quelques semaines, Gabriel Attal, il a parlé aussi beaucoup de l'IA. L'IA, ça fait partie aussi des quatre grands chantiers de Gabriel Attal. Gabriel Attal parle des frontières. Hier, Edouard Philippe a parlé de l'immigration. Donc, il se retrouve quand même sur beaucoup de thèmes. Et puis moi aussi, ce que j'ai envie de dire, c'est que l'école, c'était aussi quelque chose de très macroniste en 2017.
La campagne d'Emmanuel Macron était beaucoup autour de ça. Donc, finalement, on arrive quand même à retrouver pas mal de points communs quand on écoute assez attentivement ces différents discours.
Stéphane Zoumsteck, Edouard Philippe, c'est le candidat qu'il peut le mieux à même rassembler et les macronistes, et également les républicains ? Pour l'instant.
Pour l'instant. Pourquoi pour l'instant ? Parce que, là encore, évidemment, la campagne, elle est longue. C'est 10 mois. Et surtout, là, on parle d'un meeting d'hier. On ne l'a pas dit tout à l'heure. L'enjeu, ce n'est pas de réussir quand on lance son premier meeting. Ce n'est pas de réussir son entrée en campagne. C'est de ne pas la louper, de ne pas la rater. Rappelez-vous, on était plus tard dans la campagne, mais rappelez-vous, il y a cinq ans, Valérie Pécresse, et je crois que c'était porte de Versailles. Ça ne s'était pas bien passé et ça avait enrayé de façon définitive le reste de sa campagne.
Le grand avantage, pour répondre à votre question d'Edouard Philippe, c'est qu'il est équilistant. Dans cet espace du centre et de la droite, il plaît à tout le monde. Il ferait un président convenable, voire un très bon président, pour les gens du centre, du centre droit et de la droite. Il est suffisamment à droite pour un électeur LR et il n'est pas trop à droite pour un électeur du centre de Gabriel Attal. Et ça, évidemment, c'est un avantage par rapport à Gabriel Attal, quelque part, pas assez à droite pour la droite et Bruno Retailleau, trop à droite pour le centre. C'est un avantage fondamental pour l'instant.
Il y a un deuxième avantage qu'il a sur les deux autres, c'est qu'il a d'ores et déjà la stature d'un homme d'État. C'est le premier ministre d'Emmanuel Macron. Il est resté longtemps premier ministre. Il a affronté des périodes de crise. Les deux autres n'ont pas cet atout, n'ont pas cette caractéristique. Donc, pour l'instant, bien sûr, c'est ce qui explique pourquoi dans les mesures d'intention de vote, il est assez largement, je dis bien assez largement, devant les deux autres.
D'autant que dans les différentes familles politiques de la droite et du centre, Edouard Philippe commence de plus en plus à attirer les soutiens, y compris du côté des macronistes et des ministres actuels.
Oui, alors, deux ministres, en l'occurrence, qui étaient là hier en particulier, et on l'a souligné, parce que leur ralliement datait de quelques jours, c'est Maude Bréjean et M. Lefebvre. Mathieu Lefebvre. Mathieu Lefebvre, merci, pardon. Donc, ils étaient, oui, effectivement, deux proches de Gérald Darmanin. La question, c'est quand est-ce que Gérald Darmanin, lui, à quel moment est-ce qu'il le fera de façon très claire, va se rallier à Gérald Darmanin, qu'il a cité ? Il n'a pas cité beaucoup de monde, il n'a pas cité Emmanuel Macron. Il a cité le président de la République, sous l'action du président de la République. Exactement.
Il a cité Gérald Darmanin, c'est à peu près le seul du gouvernement, en dehors de l'accueil réservé à Maude Bréjean et Mathieu Lefebvre, en effet.
Alors, est-ce que ces soutiens sont finalement si bénéfiques pour lui, car Edouard Philippe joue aussi un duel face aux extrêmes, et notamment face au Rassemblement National ? On va l'écouter.
Le Rassemblement National de M. Bardella est, paraît-il, converti au libéralisme, à l'Europe, au capitalisme, et peut-être même, on ne sait pas encore très bien, à la réforme des retraites. Le Rassemblement National de Mme Le Pen, c'est l'inverse. Le Rassemblement National, c'est un en même temps qui ne s'assume pas. Social dans le Nord, libéral dans le Sud. Porte-voix revendiquée des classes populaires dans les campagnes, mais gourmande petit four à Monte-Carlo. Pour la dépense publique, mais contre... Alisson Edouard Philippe
a vraiment joué ce duel face aux extrêmes, mais il doit aussi se détacher de cette étiquette de soutien d'Emmanuel Macron, dans le sens du macronisme.
Oui, bien sûr. Alors, ce qui était assez étonnant aussi dans le public avec lequel on a pu discuter, c'est qu'il y avait beaucoup de monde qui avait pu voter Emmanuel Macron ou qui étaient précédemment issus de l'UMP. Il y avait quand même une petite teinture dans ce public, mais c'est vrai que là, il a quand même beaucoup, beaucoup, beaucoup tapé sur le RN. Alors, c'est intéressant, parce qu'effectivement, on l'entend, il a dû taper sur les deux, ne sachant pas qui serait candidat à l'issue de cette décision de mardi.
Entre Marine Le Pen
et Jordan Bardella. Donc, c'était assez intéressant de voir que quand même, il allait beaucoup à l'attaque là-dessus. Et le fait de ce problème de positionnement du RN vis-à-vis de certains éléments, ça, c'est quelque chose qu'il utilise beaucoup, parce qu'en fait, c'est pour dire qu'en réalité, il y a un côté populiste et qu'en fonction de la personne, il n'y a pas vraiment de colonne vertébrale à ce parti. C'est le message qu'il a essayé de faire passer hier et l'attaque qu'il a essayé de faire passer aussi.
– Et puis, il y a aussi ce discours comme quoi le RN ne serait pas assez à droite, notamment du point de vue économique, on l'entend aussi chez Bruno Rotaillot. Stéphane Zoumsteig, c'est encore porteur de se poser en rempart face au RN ?
– Alors, je note quand même qu'Édouard Philippe a changé un peu, a fait évoluer les façons des politiques de s'opposer au RN. Il est dans le concret. On n'est pas en train de parler de la collaboration de l'OAS pour répondre à votre question, parce que longtemps, ça a été le cheval de bataille de la lutte contre ce que l'on appelait à l'époque l'extrême-droite. Déjà, il y a un débat sur aujourd'hui comment appeler cette partie de la droite. Et là, il tape sur le concret. contre l'Europe, enfin, pardon, pour l'euro, mais contre l'Europe, pointant les, c'est un exemple, pointant l'incompréhension que peut susciter le programme, notamment économique, du Rassemblement national.
Mais au travers de tout ça, au travers de cette pugnacité, du côté bagarreur que vous souligniez tout à l'heure, il y a très clairement la bataille du meilleur rempart contre le RN qui se met en place petit à petit dans cette pré-campagne électorale. Jean-Luc Mélenchon, le centre-gauche, Édouard Philippe, tout le monde va jouer la carte de « je serai le meilleur rempart contre le RN ». – Est-ce que c'est encore un porteur dans l'opinion ? – Oui, alors c'est un porteur, oui, bien sûr, parce que le front, le barrage républicain, le front républicain des dernières élections législatives, on dit qu'il est mort, c'est totalement faux.
Il n'est pas mort, il fonctionnera encore si le Rassemblement national est au second tour l'année prochaine, il fonctionnera, mais dans toute la question de savoir dans quelle ampleur. Est-ce qu'il fonctionnera suffisamment pour faire barrage au Rassemblement national ou est-ce qu'il fonctionnera mais moins bien qu'en 2024 et donc insuffisamment pour empêcher une victoire du Rassemblement national ?
Et tout le pari d'Édouard Philippe là, c'est de montrer que c'est lui le principal rempart parce qu'il est sérieux économiquement, parce qu'il est sur le régalien ferme, c'est son choix, d'autres adopteront autre chose, Jean-Luc Mélenchon adoptera une autre tactique mais on voit très très bien que quand il tape aussi sur Jean-Luc Mélenchon, ce n'est pas pour shipper des voix aux Mélenchonistes, des zones de porosité entre le Mélenchonisme et le Philippisme, il n'y en a pas. Je ne sais pas si vous, vous connaissez des gens qui hésitent entre les deux candidats mais ça n'existe pas évidemment ou alors de façon marginale.
En revanche, c'est de décrédibiliser un certain nombre de ses adversaires en disant au second tour il n'y a aucune chance sauf si c'est moi et il est déjà en train d'installer cela dans l'opinion.
C'est ça, Édouard Philippe utilise l'argument de la crédibilité face au Rassemblement national et pas celui de la diabolisation.
Oui, tout à fait mais la difficulté contre le Rassemblement national et contre LFI c'est que dans une campagne présidentielle, il faut quand même faire rêver pour rassembler au-delà de son camp donc il faut faire croire au changement évidemment sans promettre n'importe quoi c'est ce qu'il dit lui les autres vous promettent n'importe quoi mais voilà il faut emporter l'adhésion il faut donner des perspectives c'est pour ça qu'il est joie à la fin il avait marqué joyeuse, heureuse il y avait trois qualificatifs extrêmement positifs pour caractériser sa campagne qui commençait hier parce qu'il doit être positif mais il ne peut pas promettre n'importe quoi c'est pas du tout sa cam pardon pour l'expression ce n'est pas du tout sa conviction c'est plutôt un réallot avec des convictions de droite il l'avait dit quand il était arrivé à Matignon je suis un homme de droite et je le resterai donc il faut être sur cette ligne de crête qui est assez compliquée faire rêver promettre le changement mais pas avec n'importe quoi il va essayer s'y essayer
On parlait du Rassemblement national à voir quel adversaire il va affronter dans cette campagne présidentielle puisque demain on saura si Marine Le Pen pourra ou non se présenter dans cette élection présidentielle 2027 puisqu'on va connaître la décision de la Cour d'appel de Paris dans l'affaire des assistants parlementaires parlementaires en tout cas Marine Le Pen pour l'instant elle reste confiante et elle donne aussi sa confiance à Jordan Bardella qui pourrait la remplacer en cas d'inéligibilité
Il ne se présentera à la présidentielle et si elle est élue Jordan sera Premier ministre Mais si mes amis mais si la justice m'interdit de me présenter à la présidentielle alors c'est avec une grande énergie moi aussi et une grande conviction et une grande confiance que je soutiendrai évidemment tous les jours et jusqu'à sa victoire la candidature de Jordan Bardella
Alison Tassin si jamais Marine Le Pen était empêchée de se présenter à l'élection présidentielle à cause de cette condamnation judiciaire ce serait un tremblement de terre dans la vie politique française ?
Oui alors c'est assez marrant parce qu'on a interrogé au sein du socle commun qui était leur préférence entre guillemets s'ils avaient à choisir entre Marine Le Pen et Jordan Bardella très clairement ils préfèrent affronter Jordan Bardella même s'il est plus haut que Marine Le Pen dans pas mal d'intentions de vote pour la présidentielle parce qu'il voit quelqu'un en Jordan Bardella de plus friable Marine Le Pen les Français la connaissent potentiellement une quatrième candidature à la présidentielle il y a le mot qui revient souvent c'est un peu la grand-mère des Français ils la connaissent il y a un côté beaucoup plus rassurant elle s'est un peu apaisée le nom Le Pen fait un peu moins peur donc très clairement dans le socle commun s'il y avait un choix à faire ce serait celui de Jordan Bardella même si il ne faut pas noter non plus un excès de confiance parce que l'écart dans les sondages est quand même peu importe le candidat du RN est quand même très très important avec le second on est au-delà de 30 points d'intentions de vote
Stéphane Zumstek si Marine Le Pen ne pouvait pas se présenter dans cette campagne présidentielle malgré la grande popularité de Jordan Bardella cela quand même bousculerait la campagne
en tout cas ça la clarifierait la question du Rassemblement National c'est de savoir au-delà de la décision des juges c'est non pas qui est le meilleur candidat du premier tour au RN effectivement il y a des mesures d'intention de vote qui montrent que Jordan Bardella fait un peu mieux ou ferait un peu mieux que Marine Le Pen parce qu'il est un peu plus populaire chez les jeunes et les gens de la droite un peu durs mais de la droite issue des LR est plus incline à voter pour lui que pour Marine Le Pen mais est-ce que ça ferait un bon candidat de second tour toute la question est là après bousculer ou créer une sorte de tremblement de terre politique moi je n'y crois pas parce que d'abord la condamnation en première instance de Marine Le Pen n'a pas fait bouger les lignes il n'y a pas eu de mouvement de contestation ou de l'électorat de la droite nationaliste pas du tout ça même a été accueilli avec une certaine indifférence et c'est ça le grand problème mais je pense que ça a été la grande déception pour Marine Le Pen c'est qu'à partir du moment où son électorat qui lui est très fidèle sait qu'il y avait à l'époque un plan B en l'occurrence Jordan Bardella tout aussi crédible qu'elle et bien cette décision a été accueillie d'abord avec l'acceptation de la décision des juges ça c'est des enquêtes d'opinion des français mais y compris aussi au sein de l'électorat de la droite nationaliste et quelque part aujourd'hui ils ont un candidat qui fait autant l'affaire que Marine Le Pen donc tout ça même si elle est empêchée demain ne suscitera ne devrait susciter absolument aucun mouvement de contestation ou d'indignation particulière au sein de cet électorat
c'est-à-dire que si elle est empêchée ce ne sera pas cette condamnation ce ne sera pas un poids politique apporté pour Jordan Bardella dans cette campagne
ah non pas du tout pas du tout parce que d'abord on le voit bien dans les mesures d'intention de vote ou dans les études où on compare les traits d'image de l'un et de l'autre il est tout aussi crédible et parfois sur certaines dimensions plus crédible que Marine Le Pen il fait autant l'affaire il est autant rassurant pour un électeur du rassemblement national il est encore plus rassurant pour les électeurs de la droite parce que là encore je ne sais pas où iront voter au second tour les sympathisons LR si les LR sont éliminés au premier tour
– Elisabeth Martichoux même si le rassemblement national joue la carte du plan B de la continuité en cas de condamnation de Marine Le Pen quand même s'ouvrera une période d'incertitude vis-à-vis de la candidature de Jordan Bardella
– Alors non ça va être la clarification demain l'incertitude – Mais sur sa capacité à réussir une campagne – Oui, alors vous avez raison mais à partir du moment où il sera candidat on va le regarder différemment Marine Le Pen a été déjà candidat – Oui non mais de facto – Il aura une stature – Il sera candidat donc le projeter à l'Elysée ça va être une possibilité qui n'était pas encore très claire c'est encore un peu vague et donc le regard va changer comment ça va imprégner les intentions de vote je ne sais pas
– Ce sera une cible aussi
– Ce que je veux dire c'est qu'il ne faut pas sous-estimer Jordan Bardella ceux qui peuvent penser que c'est une candidature effectivement friable moins solide que Marine Le Pen qui sortirait avec toutes ses cicatrices en disant j'ai réchappé même à la justice et lisez-moi si c'était lui je pense qu'on aurait tort quand même de considérer qu'il va s'effondrer
qui ne répondra pas
au premier tour ça c'est sûr au second tour on verra
– On suivra demain cette décision judiciaire tant attendue et les suites de cette décision dans la campagne présidentielle merci merci à tous les trois d'avoir participé à ce débat c'est la fin de cette émission merci à tous de l'avoir suivi et on se retrouve demain pour un nouveau numéro de Bonjour Chez Vous très bonne journée sur Public Sénat Sous-titrage ST' 501
Édouard Philippe