Tractations à gauche pour Matignon, coalition... L'interview en intégralité de Sandrine Rousseau
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On commence donc avec vous Sandrine Rousseau, les discussions traînent pour vous accorder sur un nom pour Matignon au sein du nouveau Front populaire et certains ne cachent même plus leur impatience, dont vous, vous l'avez exprimé très clairement ce matin sur l'antenne de RMC. Est-ce que votre message a été entendu ? Est-ce que ça avance ce soir ou en est-on ?
Je le renouvelle en tous les cas, moi je suis vraiment impatiente d'avoir un nom. Je pense que là, maintenant, on laisse la place en n'ayant pas de nom, on laisse la place à tous les commentaires et à toutes les manœuvres possibles. Impatient de voir agacé, non ? Pardon ? Impatient de voir agacé. Impatiente.
La gauche n'est pas à la hauteur ?
En tout cas, il faut qu'elle montre qu'elle l'est et là on a besoin de ce gouvernement, de ce nom de Premier ministre ou de Première ministre. Alors, vous savez pourquoi c'est compliqué, parce qu'il y a des équilibres partout à trouver et que derrière… C'est-à-dire concrètement, qu'est-ce qui bloque encore ? Il faut trouver non seulement le Premier ou la Première ministre, mais tout le gouvernement, les postes à l'Assemblée, etc. Puis tout cela dans un équilibre des forces.
C'est la faute de la gauche, si ça bloque, si je vous comprends bien, parce que vous avez eu des mots très durs et très lucides aussi ce matin. Vous avez dit, voilà, on perd trop de temps et on inquiète. Nous, la gauche, on est en train d'inquiéter les forces. Et donc, vous prenez votre part de responsabilité dans le blocage ?
Je pense à toutes les personnes qui étaient soulagées dimanche et soulagées que le Rassemblement national n'arrive pas en tête et heureux même que nous, nous arrivions en tête. Et puis là, on voit bien qu'une nouvelle inquiétude arrive, c'est qu'est-ce qui va se passer ? Il y a un blocage de la démocratie. Moi, je pense qu'il y a un principe simple, c'est on est arrivé en tête. D'accord, on n'a pas de majorité, très bien, mais on est arrivé en tête. Bon, ben voilà, qu'Emmanuel Macron nomme l'un d'entre nous ou l'un d'entre nous. Et puis derrière, si son hypothèse, c'est qu'on se plante, quelque part, qu'il nous laisse nous planter. Et puis voilà, et peut-être on ne se plantera pas.
Et s'il y en a d'autres qui veulent faire des motions de censure, qu'ils fassent des motions de censure. En fait, là, on a l'impression qu'Emmanuel Macron grippe complètement le système démocratique, alors qu'en fait, il y a un système démocratique. Et après, ça veut dire, oui, sans doute, une petite période d'instabilité. Je ne dis pas le contraire, mais en fait, là, il faut faire fonctionner nos institutions.
Mais revenons quand même sur vos discussions qui se tiennent en ce moment. Ça fait trois jours qu'on entend que ça bloque, notamment pour trouver un nom pour Matignon. Mais est-ce qu'au moins, vous vous êtes mis d'accord en l'espace de trois jours sur le mode de désignation ou même pas sur ce point-là ? Si, si, si, ça, ça, c'est débloqué. Alors ?
Eh bien, c'est la règle du groupe le plus fort et en fonction des équilibres à l'intérieur du nouveau Front populaire, c'est-à-dire qu'il y a un système de points, etc. Et donc, qui est, nous, le groupe le plus fort, alors ? Non, mais alors, non, vous ne m'aurez pas là-dessus, parce que vraiment, alors moi, je ne veux pas rentrer là-dedans. Moi, je veux vraiment qu'on trouve un nom, qu'on sorte un gouvernement, que les Français soient rassurés et qu'Emmanuel Macron nomme la personne...
Je ne veux pas entendre ce que vous nous dites, Sandrine Rousseau, et j'apprécie pour le coup votre honnêteté, parce qu'il y en a beaucoup qui tournent autour du pot dans votre corps depuis quelques jours. Donc, le mode de désignation, ce sera celui qui a le nombre de parlementaires le plus important.
Si j'en crois à tous ceux... Non ? Non, non, non, parce que c'est une répartition du gouvernement, non, mais voilà, c'est ça qui complique. Mais je vais vous dire, moi, c'est ça que je conteste en réalité, c'est ça que je dénonce. Vous y êtes en réunion, vous ? On est dans... Le nouveau Front populaire, c'est quand même beaucoup issu d'un mouvement social. C'est pour moi, quand même, la continuité du mouvement des retraites, avec l'union des syndicats, etc. Et qu'en fait, là, on est en train de donner aux partis et aux chefs de partis les clés de la répartition, alors qu'en fait, l'élan qu'il y a derrière est au-delà d'une répartition des partis.
Vous savez bien que ce qui se joue à gauche, c'est qui est dominant, qui va avoir l'hégémonie sur les autres. Et en fait, là, il nous faut nous mettre d'accord, maintenant, c'est bon.
On va jouer carte sur table. Qui bloque ? C'est les insoumis ?
Ah non, non, non. Malheureusement, ce serait trop facile. Ça ne vient pas des insoumis, le blocage. Ça ne vient de qui ? Non, non, mais je ne répondrai pas à cette question. Par contre, je veux qu'on avance, s'il vous plaît. Non, mais pardon, mais j'ai...
Ça vient des verts, parce que c'est aussi ce qu'on entend.
Vous n'avez toujours pas compris, du coup, qui avait le droit de désigner le Premier ministre ? Parce que vous nous avez dit...
Mais ce sera consensuel. Donc, en fait, c'est ça le sujet. Là, il y a des noms qui ont été proposés. Maintenant, ça va...
Le groupe le plus important dans ce nouveau Front Populaire, oui ou non ? Parce que c'est ce que vous avez sous-entendu. Et puis après, j'ai l'impression que vous aviez dit... Vous avez un peu temporisé.
Non, mais en fait, il y a plusieurs postes à poser et plusieurs noms à poser. Donc, en fait, il faut trouver une hiérarchie entre ces noms. Mais en fait, même à l'intérieur des formations politiques, il n'y a pas forcément d'accord. Mais moi, je voudrais qu'on sorte de ça pour dire... Voilà. Ils se sont engagés à sortir un nom. Moi, je les laisse faire. Ils se sont engagés à sortir un nom demain ou après-demain. Eh bien, nous aurons ce nom. À partir de là, ça va débloquer quelque chose. Je suis impatiente d'avoir ce nom, vraiment. Je pense que je ne suis pas toute seule en France à attendre ça avec une certaine impatience. Et après, on va à l'Assemblée le 18 pour s'installer.
On désigne le bureau de l'Assemblée. Et on fait fonctionner la démocratie qui est grippée depuis cette dissolution. Et quand je lis la lettre d'Emmanuel Macron qui nous dit que personne n'a gagné, etc., à un moment... Enfin, la question, c'est... Quand même, il y a un groupe qui est arrivé premier. Ça peut ne pas lui plaire. Et à la limite, je le comprends absolument que ça ne lui plaise pas. Mais de fait, c'est quand même nous qui sommes arrivés en tête.
Pardon, Sandrine Rousseau, mais la question, elle n'est pas là. C'est qu'Emmanuel Macron, on va refaire le même débat hier, mais il appelle qui ? Si vous n'arrivez pas à sortir un nom, si vous n'arrivez pas à vous mettre d'accord, on ne peut pas lui reprocher de ne pas appeler quelqu'un pour proposer une vaccination.
Oui, mais je n'ai jamais entendu aucun député...
Donc ça doit d'abord venir de vous, vous êtes d'accord ?
Je n'ai jamais entendu aucun député Renaissance, ni sortant, ni rentrant. Je n'ai entendu aucun ministre, ni sortant, ni rentrant, dire que nous étions arrivés premiers. C'est quand même un sujet. Enfin, je veux dire, c'est incroyable que personne ne le reconnaisse. C'est quand même un sujet de déni démocratique. Oui, mais ça fait... C'est ça qui m'inquiète, c'est qu'aujourd'hui, il n'y a pas de reconnaissance des forces en présence.
On en a beaucoup parlé.
Moi, je les aime tous, je vais vous dire, et je me rangerai, et avec enthousiasme, derrière n'importe quel nom qui sortira.
Mais est-ce qu'aujourd'hui, vous en voulez à vos camarades ? Vous dites, moi, je ne suis pas dans les discussions, est-ce que vous en voulez à vos camarades ?
Non, je n'en veux à personne, je dis juste qu'il y a une tension dans le pays. Parce qu'on sent de l'amertume, quand même, chez vous, dans vos propos. Ah non, mais vous sentez beaucoup trop d'amertume, trop souvent chez moi, d'ailleurs.
Non, je ne sais pas, c'est vous qui dit depuis ce matin, ça ne va pas assez vite, il faut qu'on prenne notre part de responsabilité, on n'est pas là.
On a besoin, en fait, de rassurer aussi les Français et Françaises, et je sens une inquiétude monter. Et d'ailleurs, moi, j'ai envie de leur poser cette question que j'ai posée aussi ce matin, c'est comment allez-vous, quoi, en fait ? Comment allez-vous dans cette situation ? Et j'ai l'impression que tout le monde est dans une forme d'inquiétude, tout le monde regarde les infos de manière presque compulsive et de manière très anxiogène. En fait, là, c'est ça qui, à mon avis, est nature à vraiment se transformer en quelque chose d'autre, et c'est pour ça que j'appelle à ce qu'on est.
Et c'est pour ça qu'on leur donne la parole aussi grâce à ces émotions, il y a des questions des spectateurs, Géraldine.
Il y a quelque chose que je ne comprends pas. J'entends les questionnements sur les noms, bon, les parties, je suis assez d'accord avec vous, ça a peu d'intérêt. Maintenant, il reste l'arithmétique. Vous êtes certes arrivé en tête, mais vous êtes très, très loin d'avoir une majorité absolue. Donc, dans tous les cas, vous allez devoir convaincre pour faire avancer vos sujets. Et ce que je n'entends pas du tout depuis plusieurs jours que tout le monde débat, c'est quelles sont nos priorités, quelles sont les mesures qu'on va faire passer en priorité, avec quelle majorité on va pouvoir les faire passer.
Et finalement, ce qui en découle, et ce n'est pas ce qui précède, ce qui en découle, c'est quelle personnalité va pouvoir incarner ce rassemblement sur les mesures qu'on aura identifiées susceptibles de passer et d'atteindre une majorité absolue à l'Assemblée. Et en fait, on a l'impression que le fonds a totalement disparu des discussions.
– Ah ben si, c'est ça, c'est grave, parce que nous avons quand même un programme avec des mesures qui sont très concrètes. Et il y a des lois, en fait, dans les lois que nous pouvons proposer issues de notre programme, il y a des lois qui peuvent très bien être consensuelles. Par exemple, la loi Grand H, qu'on appelait tous de nos voeux et toutes de nos voeux, si on propose une loi Grand H, il y aura des amendements des différents groupes politiques, mais on peut très bien trouver une majorité. Il y a Philippe Brun qui avait travaillé sur une loi sur les familles monoparentales. Comme ça, je pense que ça pourrait très bien aussi être tout à fait consensuel.
Moi, je pense qu'une autre loi tout à fait consensuelle pourrait être la police de proximité, qui est appelée beaucoup par les habitants et qui nous permettrait d'aller sur des choses. Et après, il y a des lois qui sont plus compliquées à faire passer. Et je cite cette loi parce que je sais que l'écologie n'est jamais très consensuelle. La loi Énergie-Climat pourrait être une loi qui nécessite plus de débats. Et là, il y a deux solutions. Soit on arrive à trouver, amendement par amendement, article par article, une majorité dans cette Assemblée. Soit nous n'y arrivons pas. Et je pense qu'il nous faut dire, nous accepterons d'être battus.
Parce qu'en fait, ça, ça ne l'est jamais dit dans la démocratie. C'est-à-dire qu'on se dit qu'on va passer en 49-3, etc. Mais là, comme nous n'avons pas de majorité claire, même si nous sommes arrivés en tête, eh bien, il nous faut accepter cette augure que d'être battus sur des textes. Eh bien, voilà. Et chacun prendra ses responsabilités. Et les LR diront qu'ils ont fait obstacle à la loi et qu'ils ont fait barrage à la loi climat. Mais ça ne fait pas...
Vous dites qu'il y a de l'immaturité même dans votre famille politique là-dessus ?
Là, j'ai l'impression qu'il y a de l'immaturité, je vais vous dire, partout. Alors là, vraiment, vraiment, vraiment, vraiment, on va continuer d'en parler.
Olivier Faure, qui d'ailleurs, lui, se dit prêt à aller à Matignon, voilà ce qu'il a dit sur la méthode, le mode de gouvernance. Je pense que chacun comprendrait que ce qui a été imposé par le 49-3 peut être éventuellement aussi défait par 49-3. C'était peu ou prou ce que disait hier soir sur ce plateau Éric Coquerel. Vous, vous êtes... De quelle école ?
Je pense qu'il ne faut pas utiliser de 49-3 parce que si, en fait, le 49-3, la réponse, c'est la motion de censure, puis 49-3, puis motion de censure, puis comme ça, il y a une escalade. Moi, je pense qu'il faut trouver une autre manière de gouverner. Les Français nous ont donné un mandat qui est un mandat où, en fait, ça nous oblige à travailler autrement. Peut-être que c'est ça, en fait, le message principal que nous envoyons. Et du coup, en n'utilisant pas les 49-3 et en acceptant, encore une fois, que des fois on gagne, des fois on perde et que chacun prenne ses responsabilités. Mais comment vous allez faire pour gouverner ? Parce qu'il y a une logique...
Pardon, Sandrine Rousseau, mais il y a un principe de réalité. Il y a une logique mathématique. Les députés Renaissance et les députés LR ont dit s'il y a un insoumis à l'Assemblée nationale, motion de censure, le gouvernement tombe. Donc comment vous allez gouverner avec une majorité ? Mais comment vous allez faire ?
Non, mais je veux dire... Enfin, moi, ils prendront leurs responsabilités vis-à-vis des Français. Et encore une fois, je regrette cette brutalisation du débat parce que je pense que dans la situation, encore une fois, d'inquiétude dans laquelle nous sommes, ça n'est pas la peine d'en rajouter. Et je trouve que ces espèces de déclarations qui sont des espèces de déclarations d'autorité comme ça dont on ne sait pas d'où elles viennent, sont de nature à brutaliser le débat. Moi, je voudrais que nous sortions de cela. Parce qu'en fait, si nous brutalisons, je vais vous dire que je peux brutaliser. Est-ce que je dirais qu'il n'y aura jamais un machin ?
Mais est-ce que dans un principe de réalité, encore une fois, est-ce que prendre votre part de responsabilité, ce n'est pas aussi s'affranchir des insoumis ?
Non, mais moi, je ne veux pas que nous nous affranchissions des insoumis. Je voudrais que nous respections le mandat qui nous a été donné, qui est le nouveau Front populaire. Moi, j'ai été élu par des électeurs et électrices.
Ce n'est pas texte par texte. C'est ça, essayer d'aller chercher des majorités par texte. Exactement.
Et si on n'y arrive pas, il faut acter que nous n'y arrivions pas.
Vous avez peut-être un nouvel allié, puisque ce soir, le Rassemblement National dit, on va d'abord peut-être vous faire expliquer ses propos, Arnaud, c'est le secrétaire général du groupe RN à l'Assemblée Nationale, Renaud Labaye, qui n'est pas la personnalité la plus connue du Rassemblement National, et qui dit que le RN ne censurera pas un potentiel gouvernement de gauche si celui-ci propose des mesures consensuelles. Pourquoi c'est lui qui le dit et pourquoi maintenant ?
Ça s'appelle la politique créationniste, c'est-à-dire au fur et à mesure, dès la journée, on crée de la politique. Je suis très étonné qu'il y ait des textes que le RN dise, nous regarderons chaque texte, nous les voterons, si ça va dans le bon sens, on le fera. Là, on parle d'un gouvernement, et on parle de la possibilité d'une censure d'un gouvernement qui est, dans l'imaginaire en tout cas des gens qui ont voté pour le RN, exactement l'inverse de tout ce qu'ils pensent, de tout ce qu'ils croient.
Et je ne vois pas, en plus, cette décision hyper politique, qui normalement devrait être la décision au moins de Marine Le Pen, présidente du groupe, voire des vice-présidents de l'Assemblée Nationale, M. Chenu et Mme Diaz, je ne sais plus si c'est... Edwige Diaz ? Edwige Diaz, exactement. Vous pouvez vous moquer de moi. Edwige Diaz, je savais que c'était Diaz, mais c'était le prénom qui me banquait. Ou sinon, en tout cas, est-ce que Bardella et le bureau politique du parti ont été au courant de la présence ? Quoi, ça veut dire qu'on ne peut pas prendre au prix de la lettre cette déclaration ? Je trouve que c'est une position hyper politique.
Ce n'est pas grave, mais je pense que c'est une décision hyper politique qui engage non seulement le parti, qui engage l'ensemble des députés, je pense qu'il y en a certains qui vont être très étonnés de cette déclaration, même s'ils sont très disciplinés, mais surtout pour le parti. C'est un message très curieux envoyé à des électeurs, même pas une semaine après le résultat des électeurs. Vous prenez, Sandrine Rousseau ? Et avant même l'apparition du gouvernement,
vous ne vous soutiendrez pas à prendre, non ? Non, je ne prends pas... Vous n'avez pas le choix, mais... Non, en fait, ils font ce qu'ils veulent. C'est-à-dire qu'ils prennent leur responsabilité dans l'Assemblée. Et moi, je n'ai pas à dire si c'est bien, si ce n'est pas bien. C'est eux qui choisissent en fonction et en responsabilité politique. S'ils décident ça, ils décident ça. S'ils décident autre chose, ils décident autre chose. C'est précisément ça, la démocratie. Moi, j'ai comme le sentiment qu'on a oublié ce que c'était. Et peut-être que... Est-ce que c'est un message qui est besoin ?
Et pardon de le reposer comme ça, mais peut-être qu'Emmanuel Macron nous a aidés quand même aussi à oublier ce que c'était la démocratie. Tellement, on a l'impression qu'il fait acte d'autorité après acte d'autorité, qu'il a une espèce de science incarnée de ce qu'il faudrait faire ou pas faire.
Mais Mme Monceau, à l'Assemblée, lors de la dernière mandature, vous disiez tout à l'heure, il faut arrêter, il ne faut pas brutaliser. Et vous avez raison. Mais lors de la dernière mandature, qu'est-ce qu'on a entendu comme brutalisation de la parole publique ?
Alors moi, je trouve qu'il y a une différence.
C'est pas Emmanuel Macron et Yael Brunet, président de l'Assemblée nationale. Mais beaucoup, il faisait passer toutes les lois à la cage du coffre. Mais Pablo, je dis pas que je... C'était hyper brutalisant, je suis d'accord avec le président. Mais Pablo, laissez-moi aller jusqu'au bout. Aussi par les groupes d'opposition qui ont beaucoup brutalisé le débat. Par les forces, pas pareil. Moi, je trouve qu'il y a quand même... Les Français n'ont pas du tout aimé le spectacle des deux dernières années à l'Assemblée. C'est moins qu'on puisse dire.
Ça, je l'ai entendu. Maintenant, je trouve qu'il y a quand même... On a dû vous le dire, quand même. Bien sûr, et c'est pour ça que je dis que je l'ai entendu. Mais il y a aussi une différence pour moi entre brutaliser les institutions issues de la Constitution et avoir des paroles fortes dans un hémicycle. Et j'ai entendu l'aversion, j'ai entendu le rejet qu'avaient les Français et Françaises des prises de parole enflammées que nous pouvions avoir.
Donc vous-même, vous avez tiré les leçons, finalement.
En tout cas, je l'ai entendu et je le dis, je vous ai entendu là-dessus. Mais par contre, je trouve que brutaliser nos institutions, brutaliser la Constitution, c'est autre chose. C'est un autre niveau de brutalisation. Et j'ai l'impression que nous sommes dans un moment de grand confusionnisme sur beaucoup de choses. Par exemple, quand on a eu la retraite qui était par un PLFSS rectificatif, c'est-à-dire par un texte qui rectifiait le budget de la sécurité sociale, ça n'est pas à la hauteur de l'enjeu. C'était une réforme qui modifiait la vie des Français et Françaises de manière massive. Ça nécessitait qu'il y ait un texte à part entière et pas une annexe à un texte déjà existant.
Quand derrière, le gouvernement a utilisé le 49-3, alors qu'il y a eu des manifestations d'une ampleur historique et qu'il n'y avait pas de majorité dans l'Assemblée nationale, peut-être à une ou deux voix, eh bien, il a d'une certaine manière brutalisé. Quand derrière, le groupe Liotte, qui était avec Charles Amédée de Courson, pardon, c'est pas quand même une figure de gauche, Charles Amédée de Courson qui a dit, c'est pas correct ce qui s'est passé, on va proposer une modification dans notre niche parlementaire. Que là, il y a encore eu un blocage avec un disjoncteur de la démocratie. Tout cela brutalise. Et tout cela ne permet pas de sortir d'une forme de confusionnisme.
Comment fonctionne la démocratie ?
Comment on en sort ? Comment on fait ? Vous dites, voilà, on va essayer de s'accorder texte par texte. On va essayer, voilà, de... Et puis, si on n'y arrive pas, on n'y arrive pas. Est-ce que vous êtes prêts, au sein du Nouveau Front Populaire, à faire des concessions sur votre programme ? Il y a une tribune, aujourd'hui, qui a été signée dans Le Monde par 70 intellectuels, responsables associatifs, ancien élus de gauche, et notamment José Bové, Cyril Dion, Noël Mamère, Aurélie Filippetti, Marisol Touraine et j'en passe.
Et ce que dit cette tribune, le Nouveau Front Populaire doit sans tarder tendre la main aux autres acteurs du Front Républicain pour discuter d'un programme d'urgence républicaine. Le programme présenté au législatif ne doit pas être le programme du point d'arrivée. Et cette tribune, ces signataires vous disent, ne faites pas ce qu'Emmanuel Macron a fait en 2017, en 2022. Il a oublié qu'il avait été élu par les voix de gauche. Vous lui avez reproché. Vous avez été élu par des voix de droite, par des voix centristes, par des voix du Front Républicain. Est-ce que vous êtes prête à faire des concessions sur votre programme ?
C'est ce que je vous dis. Je ne suis pas prête à faire des concessions en amont. Par contre, je suis prête à discuter à l'Assemblée nationale. Si, par exemple, on fait une réforme de l'hôpital et qu'il y a une discussion sur l'augmentation des salaires des personnels soignants, ce qui est une urgence, à mon sens. S'il y a des groupes politiques qui estiment que ça dépense trop d'argent public et que ça n'est pas possible, et s'il y a une majorité dans cet hémicycle pour dire que ça n'est pas possible, eh bien, voilà, la majorité s'exprimera. Je le regretterai parce que je pense que c'est une urgence.
Mais à la fin, en fait, c'est cela que n'a pas fait Emmanuel Macron, c'est qu'il n'a pas entendu... Moi, j'ai été chef de file sur beaucoup de textes, enfin sur plusieurs textes en tous les cas, pendant toutes les deux ans de cette mandature. Je n'ai jamais eu un coup de file d'un ministre, jamais, ou d'un cabinet de ministres, jamais, pour dire, ben voilà, qu'est-ce qui est important pour vous dans ce texte, comment on pourrait travailler à bon moment, par moment, par moment.
Elle n'a pas reçu les groupes, quand même.
Elisabeth Borne a reçu les chefs de parti, et je rappelle que pendant la réforme des retraites, pour revenir à ça, un des sujets, c'est que justement, les syndicats n'ont jamais été reçus chez la première ministre. Ça aussi, c'est une brutalisation de notre fonctionnement démocratique.
Ils n'ont pas été beaucoup reçus, mais ils ont été reçus.
Non, après, à posteriori. Madame Rousseau,
Depuis tout à l'heure, vous parlez de brutalisation, et je peux comprendre, en effet, les dernières années de la précédente mandature ont été extrêmement dures. Il y a eu un nombre de 43 noirs invraisemblables. Et puis aussi, l'utilisation de petits gadgets au sein de l'Assemblée nationale pour... Article 40. Exactement, pour couper le nombre d'amendements, pour limiter le temps de parole, pour limiter le temps réglementaire, de mettre toujours en procédure d'urgence et non pas en procédure normale. OK, ça j'ai compris.
Pourtant, depuis deux jours, on voit beaucoup d'articles avec des off qui expliquent que la France insoumise et d'autres mouvements liés au nouveau Front populaire feront tout pour empêcher, par exemple, le Rassemblement national, d'avoir des postes à l'Assemblée nationale.
Ça, pour moi, c'est respecter le mandat que nous avons qui a été de faire un désistement républicain et d'avoir la sortie des urnes qui nous met en premier en lien avec ce désistement républicain. En sorte qu'on ne peut pas faire le désistement républicain le dimanche des élections et puis arrêter dès le lendemain. Donc pour moi, ça fait partie du mandat que nous avons. Donc pas de postes dans la commission, pas de vice-présidence de l'Assemblée nationale. En tous les cas, nous, les écologistes, nous avons pris cette décision. Mais pour autant, voilà, si... Parce qu'il faut expliquer à ceux qui nous regardent
que ce Front républicain, il peut se reproduire au moment de désigner... Des réunions du bureau de l'Assemblée nationale. Ce qui ne s'était pas passé en 2022.
En fait, c'est quand même... Vous êtes en train de nous expliquer que votre mandat s'étend au fait qu'après l'élection, vous ferez blocage aux personnes élues par quand même un peu plus de 10 millions de Français. Ça va être dur à porter ça aussi dans le...
Non, je n'ai pas dit ça. J'ai au contraire dit le contraire. J'ai dit qu'il y aurait des débats dans l'Assemblée nationale et que nous travaillerons sur les majorités à l'intérieur de l'Assemblée nationale. Donc c'est juste pour les postes de direction. C'est sur les postes de direction parce que je pense que ça institutionnalise le Rassemblement national. Je pense que ça a fait partie de la montée du Rassemblement national qui a eu lieu entre les deux élections. Et là, nous avons acté toutes les forces démocratiques et de l'arc républicain que nous désistions pour que le Rassemblement national n'arrive pas à premier. Je pense qu'il faut continuer cette dynamique sur les postes.
C'est quand même possible, pardon, comme raisonnement. Oui, je suis d'accord. C'est-à-dire qu'on prend les voix du RN
sur des textes parce qu'on considère... Pardon, mais ça revient à cela. Non, je ne le prends pas les... On les laisse voter pour certains de nos textes et de nos mesures, mais par contre, on ne leur donne pas des postes à responsabilité.
Non, je dis, ils font ce qu'ils veulent sur les votes. Et voilà, si nous perdons, nous perdons. C'est la démocratie. Je n'irai jamais, moi, chercher une voie de ce côté-là. Mais voilà, l'Assemblée a cette configuration-là. Et je comprends que ce soit compliqué. Et vraiment, là-dessus, je l'entends. Et je comprends que la situation ne soit pas simple. Mais je vous dis aussi, c'est l'issue de votre volonté des Français et des Françaises qui s'est exprimée de cette manière.
Alors justement, vous parlez de la volonté des Français et des Françaises. La plupart des députés ont été élus... La plupart des députés hors Rassemblement national ont été élus avec soit des voix de droite pour certains députés de gauche, soit des voix de gauche pour certains députés macronistes. Oui, mais ça ne change rien, le raisonnement que je viens de dire. Alors justement, Bruno, je vais prolonger votre question avec la question d'un téléspectateur. Parce que vous savez que cette émission, c'est aussi la vôtre. Et vous pouvez poser des questions via le QR code qui s'affiche régulièrement sur votre écran.
Et on a Yann, justement, qui vous interpelle, Sandrine Rousseau, et qui dit comment peut-on parler de victoire du nouveau Front populaire quand la majorité des électeurs a voté contre un parti et non pour un parti ?
Ça, c'est une question qu'on me pose souvent. Et du coup, je vous réponds en vous disant que dans toutes les circonscriptions, il y avait un député du Rassemblement national, un candidat du Rassemblement national qui était présent. De sorte que s'il y avait une majorité de Français pour voter pour ce député, il y aurait eu une majorité de Rassemblement national à l'Assemblée. Donc, la volonté des Français et françaises a été qu'il n'y ait pas cette majorité au Rassemblement national. Voilà. Donc ça, il faut l'entendre. C'est la situation de la France actuellement. Oui, le Rassemblement national a une dynamique.
Le nouveau Front populaire propose un programme qui entend, qui prétend, qui espère pouvoir s'attacher aux racines de ce problème, avec des services publics, avec une meilleure rémunération des personnes les plus vulnérables, avec une protection des personnes qui sont isolées, etc. Voilà. Peut-être que ça ne marchera pas. Je n'en sais rien. Honnêtement, c'est l'analyse que nous posons et les propositions que nous faisons. Laissez-nous essayer.
Ça, c'est votre réponse à Yann. Alors Stéphane, lui, ce n'est pas vraiment une question. Il vous interpelle et il dit que le nouveau Front populaire n'existe déjà plus. Soyez honnête. Chaque parti souhaite voir son candidat à Matignon. Ce n'est pas une question de coalition. C'est juste devenu un choix personnel.
Non. Le nouveau Front populaire continue à exister. Et oui, évidemment, les tensions sont toujours sur les noms de personnes. Ça, je peux à la fois le regretter et le constater, évidemment. Mais pour autant, le nouveau Front populaire continue d'exister et nous sommes unis dans les combats que nous allons venir.
Mais vous, par exemple, pourquoi vous ne dites pas « pour moi, c'est Marine Tondelier ? » Parce que pour le coup, il y a un seul truc qu'on peut accorder, une seule chose qu'on peut accorder à ceux qui sont venus sur ce plateau, c'est qu'ils se mouillent, ils donnent des noms, les socialistes donnent Olivier Faure, LFI en général, c'est plutôt Jean-Luc Mélenchon ou Clémence Guettet. Pourquoi vous, vous ne vous prononcez pas ? Je ne comprends pas.
Je peux vous dire « pour moi, c'est Marine Tondelier » mais en fait, si je dis ça, après le PS, il va dire « pour moi, c'est Olivier Faure » et le LFI, il va dire « pour moi, c'est... » Ça ne fait pas avancer.
Ça ne fait pas avancer.
Vous pourriez préférer Olivier Faure
mais considérer qu'il est plus apte à aller en la vie. Je me suis dit
« il y a des négociations, je fais confiance aux négociateurs et aux négociatrices qui sont dans ces négociations. »
Moi, je voudrais juste ajouter quelque chose pour répondre à cette interpellation. C'est que la politique telle qu'on la pratique ou telle qu'on la voit se pratiquer depuis plusieurs années et tout particulièrement à gauche, elle se résout autour d'un concept qui est le concept de conflit. C'est-à-dire qu'il y a des conflits, il y a des rapports de force et puis c'est celui qui gagne le rapport de force finalement qui arrive à l'emporter. C'était le cas à gauche. Jean-Luc Mélenchon, il a remporté le bras de fer aux élections présidentielles de 2022. Derrière, c'est lui qui a posé les bases de l'accord de la NUPES.
C'est lui qui avait, avec sa formation politique, qui avait le plus de députés, etc. Là, le problème, c'est que le rapport de force, d'une part, il est plus équilibré, notamment entre le Parti Socialiste et la France Insoumise, mais d'autre part... – Il n'est pas encore complètement défini en ce moment. – Il n'est pas encore complètement défini et surtout, d'autre part, ce n'est pas la seule chose à prendre en considération pour aboutir à une solution parce que derrière, comme ça a été dit plusieurs fois, vous en avez qui disent « Ah oui, mais nous, on ne veut pas des insoumis, etc.
» Je rappelle entre parenthèses que si vous enlevez les insoumis du groupe Nouveau Front Populaire, ils ne sont plus les premiers. – Oui, mais le problème, c'est que c'est un épouvantail sur renaissance, c'est un épouvantail pour la réconciliation. – Non, mais donc là, la réflexion, ce n'est pas le rapport de force, c'est la consensualité. C'est-à-dire qu'il va falloir trouver, peut-être que le mot est un peu galvaudé, mais en tout cas, il va falloir trouver d'autres manières de déterminer qui au poste clé, quel point du programme on va mettre, non pas sur la base du rapport de force, mais sur la base de ce qu'on pourra faire après, du consensus. Et ça, c'est compliqué pour la gauche.
– C'est compliqué de trouver une figure consensuelle, on l'a bien compris.
– Non, mais ça, c'est ce que dit Pablo. Pablo est hyper important. – Non, il y a quelque chose, c'est qu'on est sortis des Européennes où on était dans un rapport de force, les trois listes, les quatre listes de gauche, à savoir qui aurait le meilleur score, etc. On s'est battus. Moi, je n'étais pas sur cette option, j'étais pour qu'on fasse l'Union. Mais du coup, on a quand même, je rappelle que la dissolution, elle a été annoncée le soir des Européennes, de sorte que nous n'avons pas eu le temps non plus de penser nos plaies, de prendre soin de nous, de poser les choses qui nous ont choquées de part et d'autre et de dire, voilà comment on fonctionne ensemble.
l'Union Européenne n'a pas eu le temps d'être posée et verbalisée et qu'on trouve des solutions qui soient démocratiques et politiques. – Vous êtes allé super vite à fournir vos fonds populaires à quatre jours, vous avez un programme, vous avez un nouveau fonds populaires.
– Et si vous avez le temps de lâcher les baskets, monsieur Blu,
ça fait quand même trois jours que vous cherchez votre bouton à cinq fois. – Non, mais parce qu'il y a eu une urgence à dire « on sera au rendez-vous ». – Mais là aussi, il y a une urgence, non ? – Oui, c'est pour ça qu'à la fin de la semaine, il y aura un…
– Et Pierre vous pose cette question, la nomination d'un premier ministre issu de la société civile, style grand patron social, ne serait-elle pas une clé pour débloquer la situation ?
– Ça fait partie des solutions possibles. – Ça fait partie des réflexions en cours au sein du MFP ? – Bien sûr, oui, tout à fait. – C'est-à-dire, vous avez des noms en tête issus de la société civile ?
– Ah ben, je ne ferai pas le même exercice que pour la politique, mais donc je me rends… – Non, mais vous, à titre personnel. – Non, non, mais bien sûr, là, il va falloir être innovant, donc ça fait partie de la clé du problème, peut-être. – Ça peut faire partie de la clé du problème.
– T'as-tu qu'il y avait Laurent Berger qui avait été évoqué, mais il a déjà balayé cette hypothèse ? Est-ce qu'il y a d'autres noms comme ça qui vous viennent ?
– Balayés sans totalement balayer non plus, ça reste un peu ouvert.
– Les gens de gauche sont trop modestes et humbles, les écologistes sont trop modestes et humbles. – Non, mais quel type,
quel type de figure de société civile ? – Non, mais je pense que des figures
qui ont un peu une hauteur par rapport au monde politique tout en gardant le nez dans les analyses pourront…
– Vous dites presque comme Bruno Retailleau, une personnalité située au-dessus des clans et des courants, une personnalité apaisante et incontestable.
– Il y a beaucoup de tendresse et d'après-midi dans ces déclarations. – Mais quelle personnalité
déjà pourrait apaiser dans votre compte ? – Je suis désolée. Voilà, eh bien, suspense. On aura la réponse demain, c'est ce que vous nous avez dit. – A priori, demain. – J'ai entendu ça, je vais vous dire, moi j'ai entendu ça. – Non, vous avez dit ça
il y a trois jours, en disant c'est dans les heures qui viennent. – Hier, on nous a dit que ça va être aujourd'hui.
– Je voudrais juste dire un dernier mot pour dire que pendant ce temps-là, quand même, Gabriel Attal n'a pas été rétabli dans son rôle de Premier ministre uniquement pour les affaires courantes. Il est en train de passer plein de trucs sur l'écologie avec des dérogations aux codes de l'environnement. Nicole Belloubet est en train de passer les groupes de niveau au collège, la réforme de la formation des enseignants. En fait, c'est grave parce que là, il n'y a pas de soutien et il n'y a pas de légitimité démocratique à ce qu'ils font. Donc arrêtez, s'il vous plaît, et respectons la démocratie. – Oui, mais prononcez-vous vous aussi, comme ça, les gens y vont plus vite. – Bien sûr, absolument.
Sandrine Rousseau