Sécheresse : les coopératives agricoles alertent sur de nouvelles hausses des prix alimentaires
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Questions et réponses
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- 1:43OuverteRéponse directe
Cette sécheresse, comment elle se manifeste sur votre exploitation ?
- 2:30OuverteRéponse partielle
Le gouvernement a mis 1,3 milliard d'euros pour ce plan d'urgence. Est-ce que ça peut suffire ?
- 4:07OuverteRéponse partielle
Est-ce que vous ressentez cette détresse, cette colère qu'on a chez de nombreux agriculteurs ?
- 4:56OuverteRéponse directe
Est-ce qu'elle va s'exprimer dans la rue ? Il y a des appels à manifester un peu partout en France pour demain.
- 6:03OuverteRéponse directe
Comment leur donner l'espoir ? Comment leur donner envie de devenir agriculteur demain quand on voit les difficultés que sont les vôtres ?
- 6:50OuverteRéponse directe
Est-ce que demain, les prix des conserves, du beurre, du yaourt vont augmenter au supermarché ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:51Invité politiqueFait
« Je m'exprime déjà ce soir au nom de la coopération agricole qui rassemble donc 2000 coopératives agricoles en France, soit trois agriculteurs sur quatre sur l'ensemble des territoires français. »
- 1:00Invité politiqueFait
« Effectivement, puisque j'ai envie de dire malheureusement la totalité des territoires français ont été impactés sévèrement depuis fin mai, à la fois par les semaines de canicule mais aussi cette sécheresse qui s'installe durablement. »
- 2:08Invité politiqueChiffre
« moins 60, moins 65%. »
- 2:34PrésentateurChiffre
« 1,3 milliard d'euros pour ce plan d'urgence qui est sur ce budget en ce moment. »
- 2:45PrésentateurChiffre
« un plan de relance, 500 à 700 millions d'euros, au cas où le budget de 2027 passe. »
- 3:25Invité politiqueChiffre
« l'enveloppe se situe entre 4,5 et 5 millions d'euros, ce qui représente au global, au final, environ 4 500 ou 5 000 euros par exploitation. »
- 7:33Invité politiqueChiffre
« nos coopératives agricoles demandaient une hausse tarifaire voisine de 3,5%. »
- 7:41Invité politiqueChiffre
« les grands distributeurs n'ont alloué que 0,05% de hausse, ce qui est très nettement insuffisant. »
- 8:33Invité politiqueChiffre
« Ils ont explosé entre 15 et 30-35%. Même le gaz, par exemple. Le gaz, c'est pire encore, c'est 170%. »
- 9:53Invité politiqueChiffre
« l'INSEE estime à 3,1% l'inflation sur les 12 derniers mois glissants. »
- 11:07Invité politiqueChiffre
« Nos outils ont, en moyenne, 23 années d'existence. »
Temps de parole
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- Présentateur25 %
- ?3 %
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France
Info. Bonsoir Dany Rochefort. Bonsoir. Merci d'être l'invité éco de France Info. Vous êtes donc le vice-président de la coopération agricole qui fédère les coopératives si célèbres en France. Vous représentez un tiers des marques alimentaires dans les rayons de nos supermarchés. Candia, Yoplait, Dossi, Paysans Bretons et j'en passe. Et vous êtes surtout agriculteur, éleveur de porcs dans les côtes d'Armor, producteur également de céréales. Vous êtes donc aux avant-postes de la crise que traverse l'agriculture en ce moment, cette sécheresse historique qui perdure.
On
le voit d'ailleurs en ce moment avec ces températures quasi records qui font chuter ces températures, les différentes productions.
Est
-ce que vous parviendrez à remonter la pente
?
Alors, je m'exprime déjà ce soir au nom de la coopération agricole qui rassemble donc 2000 coopératives agricoles en France, soit trois agriculteurs sur quatre sur l'ensemble des territoires français. Qui
vivent
une crise ces agriculteurs
?
Effectivement, puisque j'ai envie de dire malheureusement la totalité des territoires français ont été impactés sévèrement depuis fin mai, à la fois par les semaines de canicule mais aussi cette sécheresse qui s'installe durablement, qui est encore présente,
qui
a mis à mal à la fois les productions animales mais aussi les productions végétales. Et je voudrais d'abord avoir un message de soutien à l'ensemble des agriculteurs français, parce qu'étant moi-même agriculteur, je sais la fatigue qui s'est instaurée semaine après semaine, cette fatigue morale où on doit dans ces moments retrouver le goût et l'envie, j'ai envie de dire, de s'accrocher et de remettre en production l'ensemble de nos productions.
Concrètement sur votre exploitation des côtes d'Armor, je rappelle, producteur de porcs, producteur de céréales également, cette sécheresse, comment elle se manifeste ?
Eh bien, pour ce qui est de la sécheresse et aussi ces différentes vagues de chaleur, c'est surtout un impact sur les cultures de printemps. Moi, concrètement, sur mon exploitation, c'est la culture de maïs grain, dont j'ai besoin pour nourrir une partie de mes animaux, qui a été fortement déficitaire, c'est moins 60, moins 65%. Donc, c'est un impact très, très lourd. Dans un contexte où les matières premières, d'une manière générale, augmentent, je vais devoir donc acheter davantage d'aliments. Donc, un coût de production qui, dans les mois qui viennent, va véritablement exploser. Et on verra les
conséquences, justement, sur l'agroalimentaire. Mais sur cette sécheresse, le gouvernement a mis la main à la poche. 1,3 milliard d'euros pour ce plan d'urgence qui est sur ce budget en ce moment. C'est-à-dire que c'est de l'argent qui arrivera sur les exploitations. Et puis, hier, il a annoncé un plan de relance, 500 à 700 millions d'euros, au cas où le budget de 2027 passe.
Est-ce que ça peut suffire
?
Alors, effectivement, par rapport à la première annonce d'un peu plus d'un milliard d'euros, une bonne partie est consacrée au système assurantiel. Et je tiens à le rappeler, tous les agriculteurs ne sont pas assurés, y compris sur les territoires qui, jusqu'ici, ne connaissaient pas forcément ce qu'était une véritable sécheresse qui
s'installe. La Bretagne, typiquement
d'où vous venez.
En
premier lieu. Ce qu'il faut surtout retenir dans ce plan, c'est le fonds de réarmement, le fonds quasi, mais qui est quand même très, très insuffisant, puisque sur chaque département, en tout cas pour les quatre départements bretons que je connais, je sais que l'enveloppe se situe entre 4,5 et 5 millions d'euros, ce qui représente au global, au final,
environ
4 500 ou 5 000 euros par exploitation. Donc,
ce
qui est une goutte d'eau par rapport à l'immensité des pertes et des déficits de trésorerie que l'on va connaître. Parce que la difficulté aussi, c'est qu'on ne connaît pas encore toutes les conséquences de cette période. Il y a concrètement, effectivement, les récoltes qui ont pu s'opérer, mais il y a aussi les conséquences induites, notamment au niveau de l'élevage, où c'est encore les mois qui suivent qui vont nous montrer toutes les conséquences induites. Et justement,
est-ce que vous ressentez cette détresse, cette colère qu'on a chez de nombreux agriculteurs, chez vos collègues également
? Alors,
je parlerai surtout de fatigue. La colère, je ne crois pas que nous en sommes là. On en parlera plus tard, quand on parlera négociations commerciales. Mais je crois qu'aujourd'hui, c'est surtout une fatigue. Les hommes, comme les animaux, les cultures l'ont été, sont fatigués de cette période. Donc, aujourd'hui, il nous faut vraiment, nous, en tant que coopératives, redonner le goût et l'envie à nos adhérents, à nos agriculteurs, d'être convaincus que nous serons encore présents demain. C'est aussi le rôle de la coopérative,
d
'être solidaire de ces agriculteurs. Cette fatigue, comme
vous dites, peut-être cette colère qui arrivera. Est-ce qu'elle va s'exprimer dans la rue ? Il
y
a des appels à manifester un peu partout en France pour demain. Est-ce qu'il y aura des agriculteurs dans les cortèges demain ?
Concrètement, aujourd'hui, vous savez, après cette période, les agriculteurs sont dans les champs, commencent les emblavements d'hiver, c'est-à-dire les semis de blé, font aussi des semis d'appoint pour tenter de reconstituer les stocks d'affouragement qui sont trop déficitaires. Pour le fourrage pour les animaux. Exactement. Donc, les agriculteurs sont au travail. Aujourd'hui, je pense que c'est plutôt dans les semaines ou dans les mois qui vont suivre que chaque agriculteur va concrètement se rendre compte, j'ai envie de dire, du déficit de trésorerie et des conséquences sur la trésorerie.
Ensuite, pour revenir à la journée de demain, je comprends les inquiétudes, mais je regrette les violences. S'il y avait un message à adresser aux jeunes, je leur dirais que nous avons besoin des jeunes pour renouveler les générations dans nos activités, comme dans toutes les activités. Nous devons leur donner les clés pour leur donner l'envie aussi de s'investir et de faire mieux que nous, et de faire encore mieux que nous.
Mais comment leur donner l'espoir ? Comment leur donner envie de devenir agriculteur demain quand on voit les difficultés que sont les vôtres
aujourd'hui
?
Je crois que nous avons quand même des productions qui attirent, et on le voit. La preuve en est, c'est que s'installent en France chaque année environ 50% de personnes qui ne sont pas issues directement du milieu agricole. C'est la preuve que nos activités, nos métiers attirent. Nous sommes dans le vivant, à la fois dans les productions animales, dans les productions végétales. C'est souvent une passion, et j'ai presque envie de dire, il faut que ce le soit, une passion. C'est à nous, ensuite, coopérative, d'apporter notre soutien et d'apporter tout l'accompagnement nécessaire au quotidien pour l'agriculteur sur son exploitation. Et des débouchés,
donc du revenu. On y vient à ces chutes
de
production qui font monter les prix. On l'a vu, l'inflation alimentaire, elle est autour de 1,5%, grosso modo, surtout pour les fruits et légumes, pour le frais, et sur l'agroalimentaire. On sait qu'il faut quelques mois pour que ça s'exprime sur l'agroalimentaire. Est-ce que demain, Dany Rochefort, est-ce que les prix des conserves, est-ce que les prix du beurre, du yaourt, est-ce que ces prix
vont augmenter au supermarché ? Alors, ce que je peux vous dire, c'est que, rétroactivement, quand on regarde les négociations qui se sont déroulées au début de l'année 2026, quand globalement, nous, la coopération...
Vous
parlez de ces négociations commerciales entre l'agroalimentaire et la grande distribution.
On
le sait, elles se déroulent chaque année entre le 1er décembre,
le
1er mars et
la fameuse guerre des prix. Tout à fait, tout à fait. Très concrètement, en 2026, nos coopératives agricoles demandaient une hausse tarifaire voisine de 3,5%. Or,
les
grands distributeurs n'ont alloué que 0,05% de hausse, ce qui est très nettement insuffisant. Ça veut dire qu'on part déjà avec un déficit de compétitivité. Ça veut dire que...
Ça veut dire
que cette inflation, vous l'absorbez, vous l'avez dans vos
caisses en ce moment. Oui,
ça veut dire que nous avons déjà joué le rôle d'amortisseur pour encaisser ces coûts-là.
D
'autant plus que lorsque l'on... Dans la définition du coût de production d'un produit, d'un litre de lait, d'un produit carnet ou d'un légume, il y a la matière première agricole. Je veux parler de la loi EGalim. Donc, la matière première agricole, elle est sanctuarisée par la loi. C'est le prix qui est directement payé au producteur. Mais il
y
a tous les autres coûts industriels. L
'emballage, l'énergie,
le transport, la main-d'oeuvre, qui viennent s'additionner. Or, tous ces coûts-là, concrètement, ils ont explosé depuis 5 ans. Ils ont explosé entre 15 et 30-35%. Même le gaz, par exemple. Le gaz, c'est pire encore, c'est 170%. Donc, on comprend bien que nous sommes déjà dans une situation très inflationniste et qui, malheureusement, on ne voit pas la fin avec les différents conflits géopolitiques qui s'additionnent. L'Ukraine, Hormoz,
et j'en passe.
Donc, lorsque l'on re-rentrera en négociation, on devra véritablement parler, j'ai envie de dire, de hausse tarifaire.
Vous vous
demanderez
combien,
cette année
? Aujourd'hui, je ne peux pas vous dire très concrètement pourquoi. Parce qu'il faut attendre que toutes les récoltes soient terminées. Si on respecte le cadre de la loi EGalim, cela passe par
une
définition... Ce sont les indicateurs, un certain nombre d'indicateurs, qui nous livrent l'évolution des coûts. Et ensuite, on y additionne les coûts industriels. Et c'est seulement à partir de ce moment-là que nous sommes à même d'identifier précisément la hausse tarifaire
nécessaire.
Les grands patrons de la grande distribution intermarché, Leclerc, etc., multiplient les prises de parole pour, en disant, redouter une inflation de ces prix des produits alimentaires de 2 à 6%. Mais vu la crise du pouvoir d'achat aujourd'hui, ce n
'est
pas possible, ça ?
Concrètement, aujourd'hui, on ne peut pas donner de chiffres. Après, je crois que l'alimentation ne peut pas être la seule variable d'ajustement. Dans un contexte d'inflation, aujourd'hui, l'INSEE estime à 3,1% l'inflation sur les 12 derniers mois glissants. Donc,
ça
veut dire que si tout secteur d'activité est confondu, le consommateur doit malheureusement s'attendre à mettre davantage la main à la poche.
Bon,
on l'a bien compris, l'agroalimentaire vit une crise, puisque vous le dites, vous essayez de contenir cette inflation. C'est pourquoi vous interpellez les candidats à la présidentielle. On est à quelques mois du scrutin. Qu'est-ce que vous demandez ? Plus d'investissement ? Pourquoi ? Parce que sinon, l'agroalimentaire, qui je le rappelle, un cinquième puissance mondiale pour la France, va continuer de dévisser. L'an dernier, on fait des milliards, normalement, de bénéfices sur la balance commerciale. On a fait quelques millions.
On va dans le mur
?
Effectivement. On doit parler très concrètement compétitivité. Ça veut dire que, concrètement, les coopératives agricoles que nous sommes doivent retrouver une compétitivité, doivent retrouver de la rentabilité, déjà pour pouvoir rémunérer au juste prix les agriculteurs, pour qu'ils soient encore là demain, présents sur l'ensemble des productions, mais aussi que la coopérative puisse avoir des comptes positifs sur ses outils industriels, parce qu'elle a besoin d'investir. Nos outils ont, en moyenne, 23 années d'existence. Ça veut dire que,
pour
véritablement continuer d'être présents demain, notre mission, elle est simple. Notre mission, elle est de produire des produits de grande consommation, les produits laitiers, les produits carnés, les fruits et légumes, j'ai envie de dire, à un coût, à un prix, des produits sains, mais à un prix acceptable, abordable.
Et
pour cela, nous avons besoin de compétitivité, notamment par rapport à nos voisins directement européens.
Parce que voilà,
c'est ça, la France est en train de se faire
dépasser, notamment par l
'Italie, par l'Espagne. Quand on dit que notre balance commerciale prend du plomb dans l'aile d'année après année, ça veut bien dire que nos premiers concurrents, ce sont nos premiers voisins européens, l'Allemagne, l'Italie, l'Espagne, qui, eux, ont pu faire des gains de compétitivité par rapport à nous, et donc on doit rattraper ce retard.
Et vous allez mettre ce sujet à l'agenda politique, et ça commencera dès demain avec l'ouverture du Salon international de l'agroalimentaire au nord de Paris. Merci beaucoup, Dany Rochefort, vice-président de la coopération agricole, invité Éco de France Info. Merci.