Nathalie Arthaud : "Le gouvernement est complice de la politique génocidaire à Gaza !"
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Sud Radio, l'invité politique, Jean-Jacques Bourdin. Notre invité ce matin sur antenne de Sud Radio, Nathalie Arthaud, qui est porte-parole de Lutte Ouvrière. Bonjour.
Bonjour.
Lutte Ouvrière, c'est la fête, ce week-end, 7, 8, 9, dans le Val d'Oise, fête annuelle.
Oui, c'est ça.
Bien. Vous allez célébrer la victoire à la tête du PS. Non, non, c'est Olivier Faure. Non, vous n'allez pas recevoir Olivier Faure ce week-end, non ?
Ah non, non, non, c'est effectivement un regroupement d'organisations et tous ceux qui auront aussi envie de passer un moment de fraternité pour refaire le monde, parce que nous, nous sommes très clairement communistes. Vous voulez refaire le monde ? Ah oui, refaire le monde. Nous, nous sommes communistes, révolutionnaires, plus que jamais, j'ai envie de dire. Enfin, franchement, depuis que Trump est revenu à la Maison Blanche, je crois que les choses sont claires pour tout le monde. C'est-à-dire ? Le capitalisme, c'est la guerre. Voilà, c'est la guerre pour tout. Pour les marchés, pour les matières premières, pour les terres rares, pour les satellites, pour l'intelligence artificielle.
Enfin voilà, c'est la guerre. C'est la guerre. Et une guerre économique qui se transforme régulièrement en guerre tout court. Est-ce que c'est dans ce monde-là que nous voulons vivre ? Eh bien, nous, non. Nous, non. Nous sommes communistes pour changer ça, justement.
Vous voulez changer ça, vous allez nous dire comment ? Mais les partis populistes et l'extrême droite gagnent du terrain en Europe, dans le monde. Pourquoi, selon vous ?
C'est vrai. C'est vrai que l'évolution réactionnaire, barbare, de la société, prend, dans les pays impérialistes, ce visage-là, le visage des idées de plus en plus xénophobes, racistes, le visage de l'indifférence aux autres, j'ai envie de dire. L'indifférence vis-à-vis de ceux qui sont sous les bombes, l'indifférence vis-à-vis de ceux qui sont dans la misère, qui dorment sous les ponts. Voilà. C'est l'indifférence, c'est l'individualisme généralisé, c'est le repli, le chacun pour soi. Et ça, je vous dis, c'est une évolution barbare de la société.
Trump, mais Maduro au Venezuela, mais Poutine en Russie, mais Xi Jinping en Chine, mais vous voulez que je vous multiplie les exemples, mais la Turquie, mais... Enfin bon, je ne vais pas...
Et ici, ici, parce qu'on a les mêmes ici, les mêmes qui nous proposent exactement la même évolution, entre Zemmour, Le Pen, mais enfin Retailleau, et puis on voit qu'y compris beaucoup dans le centre sont attirés, aspirés par cette évolution de plus en plus réactionnaire. Ils nous mènent exactement au même endroit. Eh bien, moi, je peux vous dire que cette évolution-là, je la combats. Ce n'est pas le monde dans lequel j'ai envie de vivre. Et ce que je pense vraiment, ce qui me révolte et ce qui me conduit à vraiment pas baisser les bras et au contraire à avoir envie de me battre, c'est que je suis convaincue que la société, elle est capable de fonctionner autrement.
On n'a jamais eu autant de moyens de richesse, de moyens de les produire, autant de possibilités pour construire une autre organisation économique à l'échelle de la planète. C'est un immense gâchis ce qu'on est en train de connaître. Cette course au profit, on est en train de saccager l'humanité, de saccager la planète. Tout ça, pourquoi ? Pour qu'il y ait plus de milliardaires demain. Voilà la réalité de ce monde. Plus de Trump, plus de Musk, plus de tous ces clowns-là qui sont en train de nous enfoncer.
– Oui, Nathalie Arthaud, vous allez porter cette voix-là en 2027 ? Vous serez candidate en 2027 ? – Mais déjà, je vais la porter dans la fête, dans cette fête, dans cet immense rassemblement. – Vous la portez déjà ce matin, vous allez la porter.
– Parce que je pense qu'on a besoin de perspectives.
– Bon, mais est-ce que vous la porterez, cette voix, en 2027 ?
– Mais moi, j'espère qu'il va y avoir des réactions collectives et des révoltes générales bien avant 2027, j'ai envie de dire.
– C'est-à-dire ? Qu'est-ce que ça peut être, une réaction collective ?
– Ça peut être déjà des mouvements de grève, des mouvements de protestation pour dire non aux coûts qu'on est en train de recevoir ici. Parce qu'ici, il y a un recul pour les travailleurs quand même. C'est des plans de licenciement sur plan de licenciement. C'est la vie chère, c'est une précarité. Vous avez des femmes et des hommes aujourd'hui qui travaillent, qui travaillent dur, qui n'arrivent pas à se loger, qui n'arrivent pas à se soigner. C'est une réalité, y compris dans un pays riche. Et puis, c'est ce qui se passe dans le monde entier. Toutes ces régions à feu et à sang, c'est ce qui se passe aujourd'hui à Gaza.
Enfin, on a aujourd'hui une guerre d'extermination qui se déroule sous nos yeux et on est censé ne pas la voir, on est censé faire comme s'il ne se passait rien. Donc, c'est tout ça qui, j'espère, conduira demain à ce qu'il y ait des millions de gens dans la rue pour dire non, ça suffit.
– Puisque vous parlez de Gaza, grève des dockers à fosse sur mer qui refusent de charger dans un cargo des composants militaires en partance pour Israël. Là, vous appuyez cette grève, j'imagine. – Je leur dis bravo.
– Vous leur dites bravo. – Justement, ce que je leur dis et ce que je dis à tous les travailleurs, c'est que nous avons les moyens d'agir en fait. Nous ne sommes pas voués à compter les points et à être spectateurs de ce que décident un Netanyahou, un Trump, un Xi Jinping ou un Poutine. Nous ne sommes pas voués à les regarder passivement. On a les moyens de faire beaucoup de choses, nous les travailleurs. Parce qu'en effet, sans nous, il n'y a pas de livraison, il n'y a pas de cargaison, il n'y a pas de navire qui circule, rien ne peut être fait sans nous et même pas les guerres.
Donc en effet, si on prend conscience de ce rôle qu'on a là dans la société, eh bien on peut imposer par nous-mêmes beaucoup de choses.
– Nathalie Arthaud, une enseignante a été suspendue à Sens dans Lyon pour avoir organisé un hommage aux victimes civiles. Gazaoui, à la demande des élèves, cet hommage, des élèves volontaires sont restés dans la classe avant la sonnerie, de la récréation, d'autres sont sortis de la classe. Le principe de neutralité s'impose aux enseignants, dit le rectorat. Des syndicats d'enseignants appellent à faire grève pour Gaza, vous aussi ?
– Ah mais je suis complètement d'accord et solidaire avec cette collègue. Et si j'avais des élèves qui me l'avaient demandé, je l'aurais fait moi-même, je suis enseignante, j'aurais fait, oui, 7 minutes de silence. Écoutez cette neutralité, mais c'est de la blague, c'est de la blague. Mais bien sûr, parce qu'on a un gouvernement qui va nous dire finalement, là, oui, vous allez faire une minute de silence pour telle ou telle victime, là non, alors il faut qu'on s'indigne en fonction de ce qui est tamponné, validé par notre gouvernement. Moi, je ne suis pas d'accord avec ça.
– Mais vous appelez à la grève, vous appelez à la grève dans toutes les écoles, dans tous les établissements scolaires ?
– Nous avons un gouvernement qui est aujourd'hui complice de ce qui se passe et qui est en effet une politique génocidaire à Gaza.
– Qui demande un gouvernement, qui demande la reconnaissance de l'État palestinien.
– Ah bon ? Alors Emmanuel Macron dit, attention, je vais bientôt faire une grande déclaration pour reconnaître l'État palestinien. Mais au moment même où la possibilité physique, matérielle de cet État palestinien est en train de disparaître sous nos yeux. Mais c'est une farce, c'est une farce. – Est-ce que vous soutenez le Hamas ?
– Est-ce que vous soutenez le Hamas ?
– Absolument pas, absolument pas. Je dénonce une politique, et d'ailleurs une politique suicidaire, contre-productive du Hamas, mais ce que je dénonce avant tout, c'est la politique d'oppression, de colonisation, d'apartheid que mène l'État palestinien depuis 77 ans maintenant et qui est responsable de ce qui se passe aujourd'hui, non seulement à Gaza, mais aussi en Cisjordanie, au Liban. Vous savez, moi je pense que cette politique-là de Netanyahou, ce n'est pas une guerre contre le Hamas, c'est une guerre contre les Palestiniens, c'est une guerre d'extermination, ils utilisent l'arme de la faim aujourd'hui.
Vous avez vu les enfants qui n'ont que la peau sur les os, vous avez vu ce qui se passe aujourd'hui ? Quand il y a une distribution alimentaire, on a 20, 30 morts, les gens se font tirer dessus. C'est une guerre contre les Palestiniens. Et je peux vous dire que cette politique-là, sioniste, cette politique sioniste en effet de Netanyahou, mais de tous les gouvernements qui ont précédé, c'est une politique qui est criminelle contre les Palestiniens, mais c'est une politique qui est suicidaire pour les Israéliens.
Est-ce que cet anti-sionisme n'est pas en partie responsable des actes antisémites qui se multiplient en France ?
Mais évidemment, non, je pense et je suis convaincue que cette politique de sioniste qui consiste à expulser, qui consiste à faire partir, à se débarrasser en fait des Palestiniens, voilà, ça oblitaire le futur, l'avenir, y compris pour les Israéliens. Ils ne pourront pas construire un avenir de paix et de sécurité sur une montagne de cadavres. On ne fait pas la paix en remplissant les cimetières. La paix, la sécurité des Israéliens ne pourra être obtenue qu'en arrêtant ce massacre, qu'en arrêtant la colonisation, qu'en arrêtant la politique d'apartheid, qu'en reconnaissant l'égalité des droits avec les Palestiniens.
Et moi, l'avenir que je vois dans cette région-là, c'est un avenir où bien sûr il y a la place pour ces deux peuples, mais aussi pour les Druzes, mais aussi pour les chrétiens. Mais ça veut dire la reconnaissance des droits de chaque peuple. Voilà, et c'est une fédération de tous les peuples du Moyen-Orient.
Est-ce que vous pensez qu'une certaine gauche, une partie de la gauche, une partie de la gauche est dans l'ambiguïté, avec l'antisémitisme ? – Je vous le dis sincèrement, je rappelle quand même que l'antisémitisme est né au sein du socialisme révolutionnaire. Il faut le rappeler, vous le savez bien. C'était de l'anticapitalisme au départ. Pardon, mais oui.
– Et c'est une perspective qui a été très très vite combattue par justement les socialistes, les communistes, les révolutionnaires, parce qu'en fait, dès qu'ils se sont rendus compte de ce que ça voulait dire sur le terrain, c'est-à-dire l'expulsion de paysans palestiniens et finalement la spoliation de leurs terres, de leurs moyens de vivre, un certain nombre, ont vu que ce n'était pas une bonne direction et que finalement ça, ça allait conduire à des guerres sans fin. Vous savez, c'est pas... Quand on dit, ah oui, vous êtes antisémite, mais il y a des générations entières d'intellectuels, de militants juifs qui ont dénoncé cette politique-là.
– Mais enfin, l'antisémitisme est d'extrême droite comme d'extrême gauche, vous le savez bien, Nathalie Arthaud.
– L'antisémitisme, c'est un combat qu'en effet, les communistes révolutionnaires ont toujours mené. Vous savez, il y a un socialiste, Bebel, qui a dit que l'antisémitisme, c'est le socialisme des imbéciles. – C'est le socialisme des imbéciles. – Alors, il y a des imbéciles en France ? – Faire croire, faire croire que…
– Est-ce qu'il y a des imbéciles en France qui nourrissent le communautarisme et donc qui nourrissent une forme d'antisémitisme ?
– Mais aujourd'hui, vous savez, vous avez une... Aujourd'hui, qu'est-ce qui se passe ? Quelle est la campagne qui est menée du sommet de l'État ? C'est une campagne contre les étrangers, contre les immigrés, contre les musulmans. Tous les jours, on a droit à une petite mesure supplémentaire contre les musulmans, une proposition contre les étrangers. Et tous les jours, on nous explique que le danger, la menace, le problème, c'est celui qui vient d'ailleurs. C'est ça, la campagne. Et évidemment, cette campagne raciste, qui est une campagne xénophobe, qu'est-ce qu'elle provoque ? Eh bien, elle provoque le rejet, elle provoque le communautarisme. C'est cet engrenage...
– Elle provoque le communautarisme. – Mais bien sûr, c'est cet engrenage-là.
– Communautarisme, qui est encouragé, flatté à des fins électorales, bien souvent, parfois par des partis politiques. Vous n'êtes pas naïve, Nathalie Arthaud. – Non mais... – Vous savez que vous-même, vous êtes victime. – Vous voulez absolument me faire dire... – On vous accuse d'islamophobie !
Mais j'ai vu ça ! Vous êtes islamophobe ! – Bah écoutez, en tout cas, sûrement pas dans le sens de Retailleau, de Le Pen et de...
– Non mais je ne vous parle pas de Retailleau-Lautel, Le Pen, ce n'est pas eux qui vous accusent d'islamophobie.
– L'islamophobie, aujourd'hui, en effet, c'est cette campagne-là, cette campagne systématique. – Ce sont des militants, enfin... – Et vous savez, ce ne sont pas seulement des mots, ce ne sont pas seulement des mots, parce que quand vous avez un ministre de l'intérieur qui m'atteint au soir, enfin, qui semble mener une nouvelle croisade, en fait. – Nathalie Arthaud, je ne vous parle pas de ça, vous êtes en train d'éviter ma question, je ne vous parle pas de ça. – Moi, je le dénonce, je le combat, et je pense que cette campagne-là, elle tue, parce que je pense que le meurtre... – Oui, de Puget-sur-Argence, oui. – Oui, du Var et du Gard sont aussi le résultat de cette...
– Oui, mais Nathalie Arthaud, que disent ceux qui vous accusent d'islamophobie ? Pardon, vous les avez vus ! – Mais c'est ridicule ! – Que disent-ils ? Penser que critiquer le port d'un tissu permettra l'émancipation des femmes, très cons ! Voilà ce qu'ils vous disent ! Et vous avez vu !
– Oui, j'ai vu, écoutez, moi, je ne suis absolument pas d'accord avec ça, mais en même temps, j'ai toujours dit que, moi, effectivement, l'émancipation des femmes, c'était un combat fondamental pour nous, lutte ouvrière, voilà, que, évidemment, la liberté des femmes, leur droit de vivre en décidant de leur vie, sans avoir un tuteur, que ce soit un père, un frère ou un mari, et de s'émanciper, c'était une question fondamentale pour nous. Et nous avons toujours dit que les religions… – Quelles qu'elles soient ?
– Quelles qu'elles soient, d'ailleurs, quelles qu'elles soient, que ce soit le judaïsme, que ce soit l'islam, que ce soit le christianisme, c'est un obstacle, parce que toutes ces religions, elles infériorisent les femmes et elles cherchent à les contrôler, à contrôler leur corps. – Dans toutes les religions, les femmes sont inférieures aux hommes ?
– Mais bien sûr, absolument toutes, vous pouvez regarder dans les détails, elles n'ont pas accès aux mêmes droits que les hommes, et vous n'avez pas de curé-femme, par exemple, toujours pas, le pape, c'était forcément un homme, ça ne pouvait pas être une femme, évidemment, et puis, regardez, y compris leur combat par rapport à l'avortement, donc toutes les religions sont des obstacles, et ça, nous, nous le savons, des obstacles supplémentaires, parce que ce n'est pas le seul, c'est aussi, vous savez, la situation des femmes par rapport au travail, etc. Mais, en même temps, je ne suis pas dupe, quand un Attal ou quand un Retailleau explique…
– Vous êtes favorable ou pas à l'interdiction du port du voile ?
– Je suis absolument opposée à toute interdiction, parce que derrière tout ça…
– À toute interdiction ?
– À toute interdiction, à ces interdictions.
– Même dans votre classe ?
– Non, mais là, je ne suis pas pour remettre en cause cette loi-là, parce que je pense que…
– Vous êtes favorable à l'interdiction du port du voile, dans les établissements scolaires ?
– C'est ce qui se passe aujourd'hui, et je trouve que c'est, en effet, quelque chose de très bien pour toutes les filles qui ont envie, justement, de s'émanciper, de faire leur propre choix, etc. – Vous avez des élèves contraintes de porter le voile ?
– Est-ce que vous avez des élèves contraintes de porter le voile ?
– Oui, ça existe, ça existe, et je suis fondamentalement de leur côté. Mais quand j'entends Attal et Retailleau dire « il faut interdire », etc., je sais que ce n'est pas leur souci. Je sais que ça participe d'une campagne qui est nauséabonde, qui est dégoûtante pour stigmatiser les femmes musulmanes, pour stigmatiser l'islam, pour faire des amalgames, etc. Et cette campagne, encore une fois, je vous dis qu'elle est dangereuse, je la dénonce et je la combats.
– Est-ce que les lois de la République, les lois de la démocratie, priment sur les lois religieuses ?
– Mais, vous savez, tout ça c'est des grands mots, les lois de la République… – Non, ce n'est pas des grands mots, c'est une réalité aussi. – Les lois de la République, c'est théoriquement liberté, égalité, fraternité. Vous pouvez me dire, où est l'égalité dans cette société ? Elle est où l'égalité quand on n'a pas d'argent, quand on ne peut pas se loger, quand on n'arrive pas à trouver un travail ? Et ça c'est le cas de plein de femmes.
Pourquoi il y a des femmes, y compris qui sont françaises, de souche, j'ai envie de dire, puisqu'on est obligé de parler comme ça maintenant, qui subissent la loi des hommes, qui sont même sous emprise, qui sont frappés, et qui parfois sont tués par leur conjoint, par leur mari, etc. Pourquoi elles restent ? Pourquoi elles n'arrivent pas à se défendre ? Eh bien parce que justement, elles sont prisonnières, parce qu'elles n'ont pas la possibilité de vivre de façon indépendante économiquement.
Et cette loi-là de l'exploitation qui est au cœur de cette société de la République, comme vous dites, cette exploitation qui est vécue très durement par les femmes, eh bien c'est une prison, c'est un piège. Et moi c'est pour ça que je pense que le combat de l'émancipation des femmes, il doit d'abord commencer sur ce terrain-là, qu'elles aient le droit d'accéder à un travail, qu'elles puissent vivre dignement et qu'elles puissent choisir leur vie. Donc c'est un combat de travailleuses et de travailleurs contre l'exploitation, et aussi pour changer la société. On en revient à...
Puisque vous parlez des femmes, comment se fait-il ? Moi je me pose souvent la question, violence, saccage, pillage, après la victoire du Paris Saint-Germain, et en comparution, aucune femme, que des hommes.
Bah c'est pas nouveau que la délinquance... Non mais oui, oui. Voilà, enfin franchement... Oui c'est pas nouveau, mais c'est pas nouveau. Non c'est pas nouveau, mais plus que jamais.
Pardon, plus que jamais.
La délinquance a toujours été ça, mais encore une fois, moi j'entends Retailleau parler de barbares, des sauvages, etc. Mais c'est le fruit de leur politique.
Mais qui est responsable ?
C'est le fruit de leur politique.
C'est pas le pilleur, ni celui qui saccage qui est responsable.
Mais quand vous avez un gouvernement qui abandonne... Qui est responsable ? Qui abandonne l'éducation nationale, qui abandonne la jeunesse de ces quartiers, qui laisse les jeunes dans leur jus, y compris qui les rejettent. Donc ils ont de bonnes raisons. Non, ce que je dis, c'est que la responsabilité, elle incombe d'abord et avant tout à un gouvernement, à un État qui n'est même pas capable de défendre l'existence de services publics dans les quartiers populaires, même pas capable de mettre en place des crèches pour permettre aux femmes justement d'avoir un boulot, pas capable de s'occuper de ces jeunes, de leur donner un avenir, des perspectives émancipatrices.
Et ça, c'est de la responsabilité du gouvernement. Alors oui, je le dénonçais, leur politique. Et puis par ailleurs, d'ailleurs, j'ai envie de dire aussi autre chose. Moi, vous savez ces images-là, les trafics de drogue, ça me révolte. Parce que pour moi, c'est d'abord et avant tout un gâchis humain incroyable. C'est cette petite fraction, cette petite minorité de jeunes. Moi, j'en croise une partie. Et c'est des jeunes qui ont envie de vivre comme les autres, qui ont envie effectivement de profiter de la vie, de se construire un avenir, qui ont ces aspirations-là. Donc pourquoi ils finissent là, à être finalement des comportements asociaux, de l'individualisme ?
Ils gagnent en une journée ce qu'ils gagneraient en un an.
Mais parce que voilà, la société, elle est faite comme ça aussi. La société, elle est faite comme ça. Et tous ceux qui leur disent, ah oui, il faut se conduire comme des honnêtes gens, il faut respecter la loi, etc., etc., les retaillots, les leçons de morale, là. Déjà, qu'ils en fassent quelques-unes vis-à-vis de leurs propres amis. C'est-à-dire ? Écoutez, Sarkozy, Le Pen, Fillon, ils encombrent pas mal la justice, vous ne trouvez pas ? Ils encombrent pas mal les tribunaux. Et leurs leçons de morale, elles sont où, là ? M. Bayrou, qui n'a pas vu, il n'a pas vu, il n'a pas vu que pendant des décennies, les responsables de Notre-Dame de Bétharam, s'est vissé. Il n'a pas vu.
Il n'a pas vu ou il n'a pas voulu voir ? Ou pire, il a couvert. Et là, il n'y a pas de leçon de morale. L'exemple vient d'en haut. On a une société qui voue un culte à l'individualisme, le chacun pour soi, et qui nous dit, mais ne regarde pas les autres, occupe-toi de toi. Ah, il y a des gens qui meurent dans la rue. C'est comme ça, c'est la vie. Ah ben, vous croyez ? Ces jeunes, ils sont le reflet de tout ça aussi. Ils sont le reflet de tout ça. Donc, moi, j'en ai un petit peu marre qu'on s'attaque comme ça à cette jeunesse. Et cette jeunesse, moi, je travaille avec, et elle a plein d'envie, justement.
Anecdotique, mais ça fait une petite polémique, cette fameuse affiche de la Gay Pride, vous l'avez vue ?
Non, j'ai juste entrevu là, ce matin. Bon, mais vous savez, on fait dire tout et n'importe quoi. Non, c'est pas on fait dire.
Une femme voilée sur l'affiche, les couleurs du drapeau palestinien, on ne fait pas... Non, non, non. Femme voilée sur une affiche de la Gay Pride, alors que dans les pays musulmans, les homosexuels sont non seulement bannis, parfois torturés et même tués.
Oui, ben écoutez, moi, je... C'est... Ils ont fait l'affiche comme ça. Bon, ben voilà, c'est à eux de... Non, mais il y a... Encore une fois, il y a beaucoup de combats à mener dans la société.
Est-ce que pas tout est... Tout n'est-il pas récupéré à tort, parfois ? Est-ce que c'est pas contre-productif ? Alors que la Gay Pride, c'est fait pour aider, pour aider ceux qui sont homosexuels, hommes, femmes, enfin bon...
Non, mais contre-productif, je sais pas. Moi, je... Tous les matins, franchement, je me réveille en me demandant combien y aura-t-il de morts de plus à Gaza. Vous écoutez la radio le matin, vous réveillez ? Oui, j'écoute la radio. Et tous les matins, je me pose cette question-là. Et tous les matins, je me demande, je me demande, mais comment font-ils pour... Voilà, je me demande combien il y aura de morts de plus en Ukraine, hein ? Combien il y aura de morts laissées à Port-au-Prince par les gangs armés, tous les matins. Donc, et ça, si vous voulez que les gens se disent mais ça fait partie de notre combat, on doit le porter, on ne peut pas l'accepter.
Moi, ma conviction de communiste, révolutionnaire, internationaliste, c'est que l'humanité, elle est une et indivisible. Et que les souffrances, les guerres, la misère, bien sûr qu'elles doivent nous révolter de partout et que ça doit faire partie du combat quotidien de chacun. Et c'est la raison pour laquelle je pense que ce n'est pas tel ou tel dirigeant qui déconne. C'est qu'on est dans un système capitaliste qui mène à ça, qui mène à ça, qui mène à dresser les peuples les uns contre les autres, qui mène à ces guerres économiques et que j'en reviens au cœur même de notre système.
Les hommes sont le produit de ce système et ce système capitaliste, il faut le changer et c'est comme ça qu'on inventera et qu'on construira une autre humanité. J'en suis convaincue.
Nathalie Arthaud, merci. Il est 8h57.
Nathalie Arthaud