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interviewRMC — Face à Face· 21 octobre 2021 24 min

L'invité de Bourdin Direct : rançois Hollande - 21/10

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Vous écoutez RMC. RMC Bourdin Direct.

0:06
François Hollande

Jean-Jacques Bourdin. François Hollande, bonjour. Bonjour. Affronté, c'est le titre du livre que vous publiez aux éditions Stock Affronté, les risques majeurs pour la France. Avec qui ? Qui pour les affronter et comment les affronter ? Nous allons voir tout cela avec vous. Mais regardons l'actualité, le pouvoir d'achat qui est la préoccupation. Nous le disons ici depuis des mois, la première préoccupation des Français. Les prix des carburants, essence, gasoil, fuel. Que feriez-vous ? Un chèque carburant ?

0:45
Présentateur

D'abord, il y a ce que les Français n'avaient plus forcément à l'esprit, mais qui est revenu incidemment. Mais pour longtemps, ça s'appelle l'inflation. Nous allons connaître des hausses de prix liées à l'énergie, pour une part, liées à la réréfaction de certaines matières premières. Et à la reprise économique. Et à la reprise économique, et donc à des tensions sur le marché du travail. L'inflation est de retour. A partir de là, la question du pouvoir d'achat, elle est posée aujourd'hui, et elle sera posée demain.

Dans le livre que j'ai écrit, Affronté, je dis, nous allons avoir une grande mutation, et la mutation va venir, que le prix du carbone va augmenter considérablement, et donc les Français risquent de voir leur pouvoir d'achat amputé. Alors aujourd'hui, comme demain, je fais la même proposition, parce qu'il n'y a pas de raison de changer selon les circonstances. Dès lors qu'il y aura une hausse des prix, pas simplement des carburants, mais de l'énergie et d'autres produits, il y a deux façons de régler cette question. C'est d'abord les salaires.

Il est légitime que les salaires anticipent l'inflation, en tout cas la suivent, et il y aurait, de mon point de vue, nécessité à engager une conférence salariale, de manière à ce que les entreprises, selon leur situation, selon leur niveau de productivité, puissent augmenter les salaires, et sans doute, il y a un coup de pouce au SMIC qui est nécessaire. Et parallèlement, c'est la seconde option, qui n'est pas du tout contradictoire avec la première, « Oui, il faut verser des chèques énergie, des chèques carburants, des chèques qui permettent... » Des chèques ciblés. Ciblés, mais ciblés largement pour que les Français n'aient pas le sentiment que ce n'est jamais pour eux.

Et donc, il est très important qu'on invente un nouveau mécanisme de la redistribution qui ne passe pas simplement par les revenus directs, ce qu'on appelle les salaires, mais aussi par des interventions liées d'ailleurs aux produits des taxes. Il est assez légitime et même indispensable que l'État qui recueille des taxes et qui en recueille d'autant plus que les prix augmentent, les reverse sous la faute de chèques.

2:51
François Hollande

Les redistributs. Les gilets jaunes n'ont jamais vraiment disparu. Est-ce que vous croyez à une remobilisation ?

2:57
Présentateur

C'est toujours très difficile d'anticiper des mouvements qui avaient vu les gilets jaunes surgir. Ce que je crois, c'est que la douleur, la souffrance, parce que c'est de ça dont il s'agit, de beaucoup de Françaises et de Français qui sont victimes de cette amputation de pouvoir d'achat, tout ça est bien réel. Nous sommes à la veille d'une élection où ça peut prendre d'autres formes, y compris d'aller vers les unes ou de ne pas y aller, car c'est un risque aussi sérieux que celui de l'abstention.

Donc, il faut prendre cette question, non pas simplement comme une question d'un moment, parce que j'entends des propositions qui viennent en disant qu'il faut baisser les taxes, qu'il faut faire des chèques, comme si ça n'allait durer que quelques mois. Non, ça va durer longtemps. Et c'est pour ça qu'il faut des mesures structurelles. Par exemple, une autre mesure structurelle, je l'évoque dans mon livre, pour les années qui viennent, c'est que si on veut favoriser les véhicules électriques, c'est des primes très considérables qu'il va falloir verser aux acheteurs de ces véhicules pour qu'ils en terminent avec les énergies fossiles.

3:56
François Hollande

Un mot, avant d'entrer dans votre livre, François Hollande, sur la situation sanitaire. L'épidémie semble reprendre doucement, mais elle semble reprendre. Alors, passe sanitaire possible jusqu'à l'été, c'est bien ? Ça vous choque ou pas ? Parce qu'il y a eu grand débat à l'Assemblée nationale hier soir, depuis deux jours maintenant, sur cette mesure. Ça a été voté, donc possibilité d'avoir recours au passe sanitaire jusqu'à la mi-juillet, c'est bien ?

4:22
Présentateur

Je pense que ma responsabilité, j'ai été président de la République dans des circonstances très difficiles qui étaient la lutte contre le terrorisme, je mesure ce que c'est aussi de faire face à une crise sanitaire, c'est de dire que la vaccination, elle est indispensable pour sortir de cette...

4:37
François Hollande

Obligatoire ? Est-ce qu'elle devrait être... C'est ce qu'ont défendu les sénateurs socialistes.

4:41
Présentateur

Oui, obligatoire pour certaines catégories, obligatoire peut-être pour certains âges, mais le passe sanitaire est également nécessaire. Et alors, faut-il le prolonger jusqu'en juillet ? Ça serait effectivement une question qui mériterait d'être débattue. Mais il se trouve que le Parlement ne va plus siéger à partir de février, donc il est assez logique que ce soit le gouvernement, à condition qu'il fasse les concertations nécessaires, qui envisage de poursuivre ou de ne pas poursuivre le passe sanitaire.

5:08
François Hollande

15 mai 2017, François Hollande, la passation de pouvoir vient d'avoir lieu dans la voiture qui vous raccompagne chez vous. Vous êtes déjà ailleurs. À quoi pensez-vous à ce moment-là ?

5:18
Présentateur

Je l'évoque dans le livre, c'est un instant extrêmement brutal. Celui qui fait que vous êtes président et vous ne l'êtes déjà plus. Vous avez eu un agenda chargé, voire même surchargé. Vous avez pris des décisions très lourdes pour le pays et vous vous retrouvez avec vous-même, ce qui n'est déjà pas mal, avec votre famille sûrement, avec vos amis. Mais vous vous trouvez libre, ce qui peut être une vocation, mais aussi, d'une certaine façon, dans un vide. Et comment l'occuper ? Certains ont pensé qu'il fallait reprendre là où ils avaient laissé pour rentrer à l'Élysée, c'est-à-dire refaire une carrière politique et prendre les mandats qui étaient ceux détenus jusque-là. Je ne l'ai pas fait.

D'autres ont envisagé de rentrer dans les affaires. Ça se fait ici en France, mais aussi à l'étranger. Moi, j'ai voulu présider une fondation, aider les associations, écrire des livres pour les jeunes.

6:15
François Hollande

Et donc observer la vie du pays, observer la vie politique,

6:19
Présentateur

tout en étant un observateur engagé, car je ne suis pas un donneur de leçons. J'essaie de donner mes convictions.

6:26
François Hollande

Est-ce que vous êtes un observateur engagé, un commentateur politique ou un donneur de leçons ?

6:31
Présentateur

Non, je suis un homme engagé, qu'il a été très tôt dans sa vie, dès 18 ans, et qu'il le demeurera jusqu'à l'extinction des feux.

6:40
François Hollande

Quelques mots sur ce livre, Le Traître et le Néant. D'abord, le titre. Ça, ce n'est pas le mien.

6:45
Présentateur

Non, ce n'est pas le vôtre.

6:46
François Hollande

Que les gens ne le confondent pas. C'est le livre de deux auteurs que vous connaissez bien.

6:50
Présentateur

Oui, qui avait déjà trouvé un mauvais titre. Donc, je ne devrais pas commenter celui-là.

6:53
François Hollande

Ah bon ? Un président ne devrait pas dire ça, c'est un mauvais titre ?

6:56
Présentateur

Le livre était plutôt à la faveur de ce que j'avais fait. Le titre pouvait laisser penser que je n'aurais pas dû parler.

7:02
François Hollande

Ils s'étaient engagés à ne pas le publier avant la présidentielle de 2017 ? Oui ou non ?

7:08
Présentateur

Oui, au début, c'était ce qu'ils m'avaient dit. Et puis ensuite, ils ont voulu... Donc, ils vous ont trahi. Je ne dirais pas ça, mais ils ont voulu faire un coup, le présentant d'ailleurs, plutôt pour m'aider. Je ne crois pas que ça a été l'objectif atteint. Oui. Ils vous ont trahi. Ils n'ont pas respecté leur parole. Mais vous avez été souvent trahi, François Hollande. Mais parce que je fais confiance. Oui. Alors, peut-être à Saint-Or. Mais je crois que c'était une qualité dans la vie.

Si vous commencez à douter de tous les autres, si vous êtes dans la suspicion générale, si vous ne déléguez pas un certain nombre de responsabilités, alors vous n'êtes pas à la hauteur de ce que je crois être une fonction. La fonction présidentielle est une fonction éminente, qui appelle à prendre des responsabilités très lourdes, mais elle suppose aussi du dialogue, et ne pas rester dans la verticalité, ou dans un magistère qui serait lointain par rapport aux Français.

8:02
François Hollande

Emmanuel Macron vous a trahi ?

8:04
Présentateur

Il a été candidat alors que je ne l'avais pas encore fait connaître ma décision. Est-ce qu'il vous a affirmé qu'il allait vous soutenir à la présidentielle de 2017 ? Longtemps, il l'a affirmé. À vous ? Il vous l'a dit ? Les yeux dans les yeux, si je puis dire. Il est un membre d'un gouvernement, il était dans une équipe, lançant même un mouvement. Il ne me l'a pas présenté comme pouvant être une candidature. C'est au moment où... Mais il vous a dit, je vous soutiendrai ? Monsieur le Président, je vous soutiendrai ? Il me l'a dit jusqu'au moment où il ne m'a pas soutenu, et qu'il a fait un autre choix. Mais je veux dire, je l'évoque dans le livre.

La trahison fait partie de la vie politique, d'une certaine façon. Je le regrette, mais c'est un fait. Je ne vais pas ici prendre l'histoire. Il y a toujours des successions de personnes qui sont quelquefois douloureuses. Moi, ce qui me paraît le plus important, c'est de savoir si l'on trahit la parole vis-à-vis des électeurs, vis-à-vis des Français. Et de ce point de vue, je pense qu'une partie des électeurs d'Emmanuel Macron en 2017 qui attendaient un président, pas simplement virevoltant et ayant de la jeunesse pour faire bouger les choses, ils attendaient qu'un président réconcilie les Français après des périodes extrêmement douloureuses. Et de ce point de vue, il ne l'a pas fait.

Il a trahi les Français ? Non, il n'a pas respecté le pacte qu'il avait passé avec une partie de ses électeurs, je ne dis pas tous ses électeurs, qui était celui de la réconciliation.

9:29
François Hollande

Vous allez loin, parce que vous dites qu'il a été élu dans des circonstances exceptionnelles.

9:34
Présentateur

Oui, c'est vrai. Mais pourquoi ? Je crois que chacun peut le... Pourquoi ? Exceptionnel. Exceptionnel, quand vous avez...

9:39
François Hollande

C'est vous qui les avez créées, les circonstances exceptionnelles. En ne vous représentant pas.

9:42
Présentateur

Oui, il y a une partie de ces circonstances. La division de la gauche, le fait que... Je ne suis pas représenté, mais le fait que la droite ait maintenu un candidat alors qu'il était poursuivi par les juges et entouré par les affaires, la droite était en situation de gagner l'élection présidentielle de 2017. Elle s'est organisée pour la perdre, cette élection. Mais normalement, c'était vers elle qu'une majorité de Français regardait. Je ne dis pas que ça se serait passé ainsi, mais les circonstances ont été celles-là en 2017.

Mais ce n'est pas une raison, parce que les circonstances vous ont donné cette chance, que pour autant, il est responsable de la désorganisation et du désordre politique actuel. Car il y a un désordre politique. Et c'est ce que je veux essayer de démontrer auprès des Français. C'est que pour affronter des épreuves qui nous attendent, et par ailleurs, la mutation industrielle, écologique, sociale, et les événements internationaux, avec une dureté du monde, il faut quand même mettre de l'ordre dans notre vie politique. Et donc, ce que je mets en cause, c'est que le président Macron n'a pas créé un véritable parti, ni créé une coalition. La droite se désorganise au point d'attendre...

Vous, vous avez un parti !

10:52
François Hollande

Mais vous l'avez réduit à peau de chagrin ! En 5 ans, François Hollande, non ? Non, il ne s'est pas réduit à peau de chagrin. Vous avez perdu toutes les élections. On peut perdre des élections, mais on avait quand même des régions, des départements... Vous vous êtes retrouvés à 6%.

11:03
Présentateur

Non, ce n'est pas moi qui me suis retrouvé à 6%. Oui, pas vous, mais enfin... Non, non, mais c'est une différence éminente. Oui, c'est votre parti. Non, non, ce n'est pas mon parti. C'est un candidat de ce parti qui n'est d'ailleurs plus au Parti Socialiste, en l'occurrence Benoît Hamon. Donc, si le parti avait gardé la ligne qui était la mienne, je pense qu'il n'aurait pas fait le score qu'il a fait. Oui, malgré les fondeurs,

11:21
François Hollande

qui sont responsables en partie... Je ne vous le fais pas dire. Je ne vous le fais pas dire, oui. C'est ce que vous écrivez. C'est ce que vous écrivez. Bien, est-ce qu'il est un bon président ? Est-ce qu'Emmanuel Macron est un bon président ? C'est un jugement.

11:32
Présentateur

C'est le jugement du président précédent. Oui, ça sera offensé de l'établir. Mais moi, ce que je peux dire, c'est que dans la crise que nous venons de traverser, il y a nécessité de donner au président une légitimité. Quel que soit le sentiment que l'on peut avoir, quelles que soient les critiques, c'est nécessaire.

11:51
François Hollande

Elle a été bien conduite ?

11:52
Présentateur

Il y a eu des erreurs, sans doute, mais c'était une crise inédite, qui était une crise mondiale. Et moi, j'ai toujours appelé, dans les crises, que ce soit une crise terroriste ou une crise liée au virus, ou demain, une crise écologique. Il y a toujours nécessité de l'unité nationale dans ces moments-là. En revanche, je pense qu'il y a eu des erreurs graves dans ce quinquennat. Vous êtes durs. Je rappelle que ça aurait pu être le deuxième quinquennat de Nicolas Sarkozy. Suppression de l'ISF, baisse de la fiscalité sur les revenus du capital, ordonnance travail, remise en cause des droits des chômeurs.

12:26
François Hollande

Il change au gré des événements. Il n'a pas de doctrine. C'est l'air du temps en permanence. Défaut de cohérence. Il saute d'une conviction à l'autre comme une grenouille sur des nénuphars. Vous écrivez tout cela dans votre livre. Vous êtes extrêmement sévère. Vous faites une bonne citation.

12:44
Présentateur

Oui, je pense que l'inconstance est la marque de ce quinquennat. Et comment l'expliquer ? Emmanuel Macron est un homme intelligent, cultivé. Mais il a bien sûr des convictions, je l'imagine. Mais il n'a pas de doctrine. Or, quand il s'agit de présider la France, que l'on soit de droite, de gauche, du centre, il est très important d'avoir des références, d'avoir une ligne de conduite. Et c'est ce qui a marqué ce quinquennat. C'est une forme, non pas de pragmatisme, le pragmatisme est nécessaire, mais d'opportunisme qui fait qu'on est passé du pognon de dague ou quoi qu'il en coûte. Mais vous, le commentateur politique, l'observateur, engagé...

13:23
François Hollande

Oui, oui, ne confondez pas. Non, mais les deux,

13:25
Présentateur

parce que vous commentez aussi. La vie politique n'est pas faite que d'action. Quand on est à l'extérieur, on commente. On analyse, on observe, on analyse et on commente. Et on essaie, ce que j'ai essayé de faire avec le livre, de proposer. Et on propose. Oui, c'est vrai.

13:40
François Hollande

Tout commentaire sans proposition n'a pas de sens. François Hollande, je regarde. La gauche, alors vous êtes terrible, vous êtes terrible avec la gauche. Ce sont des Lilliputiens. Toutes les candidatures sont Lilliputiennes.

13:52
Présentateur

Elles sont Lilliputiennes. Quand vous êtes entre 2% et 8% dans les sondages, à 5 ou 6 candidatures, vous parlez de géants ? Il n'y en a pas à gauche. Ce que j'essaye de faire comprendre, c'est que si on veut sortir de ce marasme, de cette situation liée à la dispersion et à l'éclatement, il faut qu'il y ait une candidature qui se dégage. Que veulent les Français ? Cette candidature doit être celle de la... Il faut...

14:22
François Hollande

Non, non, mais c'est les Français qui vont choisir. Ils choisiront.

14:25
Présentateur

Ce n'est pas une alliance, des institutions d'État-major, ce sont les Français. Donc, la ligne que je propose, qui est une ligne socialiste, sociale-démocrate, c'est celle-là qui doit émerger de ce magma d'aujourd'hui, pour que les Français puissent au deuxième tour... Portés par Anne Hidalgo. Aujourd'hui, c'est Anne Hidalgo qui représente cette ligne. Vous voterez pour elle ? Je suis socialiste, je ne sais jamais cesser de l'être. Anne Hidalgo est socialiste. Vous voterez pour elle ? Je voterai pour elle.

Mais ce qui lui appartient de faire plus important, je pense que c'est à quoi elle s'attelle, je l'espère, c'est de faire un projet, un projet sur cette ligne-là, celle que je décris aussi dans le livre, et qui est, à mon avis, justifiée par les circonstances. On l'a vu dans la crise sanitaire, avec la nécessité de soutenir les services publics et d'assurer la solidarité, et de faire que l'État puisse jouer son rôle, mais avec du sérieux. Car mon pronostic, si vous voulez, si je dois en faire un, et c'est mon conseil, c'est que c'est la candidature la plus sérieuse qu'il emportera au deuxième tour de l'élection présidentielle.

Pas celle qui aura fait le plus de promesses, pas celle qui sera dans la surenchère, pas celle qui sera dans l'illusion, pas celle qui sera dans l'incantation, c'est celle qui sera sérieuse. La vôtre ? Non ! Ah bon ! Non, non, non, celle que Anne Hidalgo doit présenter...

15:45
François Hollande

Vous dites dans votre livre, vous écrivez « je proposerai ».

15:48
Présentateur

Oui, mais je propose, je parle en mono-personne. Pas au conditionnel. C'est écrit « je proposerai Aïe ». Oui, dans ce livre. Dans le futur, vous proposerez... Oui, je continuerai à proposer, parce que quel est le rôle d'un ancien président ? Est-ce que vous me dites ce matin, non, c'est certain, je ne serai pas candidat ? Oui, je ne suis pas candidat. Vous ne le serez pas. Jean-Jacques Bourdin, j'ai été président. Oui. Je n'ai pas à rechercher un destin que j'ai déjà accompli. Ce qui est ma responsabilité d'ancien président, c'est d'aider mon pays. Donc vous ne le serez pas ? En 2010.

16:21
François Hollande

En 2022, pardon ? Oui, en 2017, je n'ai pas été. Oui, vous n'avez pas été. Vous ne le serez pas en 2022, et vous ne le serez pas en 2027.

16:30
Présentateur

Et en 2032 ? Et en 2032, je réserve ma réponse.

16:32
François Hollande

Bon, d'accord. Bon, d'accord. OK. Bon, dites-moi, je vais passer sur la droite républicaine parce que vous dressez aussi le portrait de la droite.

16:40
Présentateur

Oui, mais elle a une responsabilité dans la situation que nous connaissons. La droite républicaine, qui a été donc écartée de l'élection de 2017 dans les conditions que l'on sait, à cause des affaires, pouvait se reconstruire. Et quand je vois qu'il y a des candidats tout à fait respectables qui ont quitté leur parti, qui reviennent aujourd'hui parce qu'il faut bien être choisi. Je me dis, mais qu'est-ce qu'ils comprennent ? Il faut financer ses campagnes. Sûrement. Qu'est-ce qu'ils comprennent de la vie politique ? Qu'est-ce qu'ils comprennent de la démocratie ? La démocratie, ce sont de grandes formations politiques.

C'est celles qui structurent le pays, qui donnent des références, qui permettent de comprendre le monde et les choix qu'il faut faire, qui attirent des talents et qui accueillent des nouvelles générations. Je crois au rôle des partis politiques. Et donc, la droite a perdu beaucoup de temps. Et aujourd'hui, s'il y a des candidats extrémistes qui surgissent au gré des modes médiatiques, mais aussi des discours qu'ils peuvent tenir et qui sont des discours extrêmement dangereux, eh bien, la droite a une part de responsabilité. On va penser à Éric Zemmour. Oui, et je pense que la droite devrait établir une étanchéité totale par rapport à Éric Zemmour.

17:48
François Hollande

Ce qu'elle ne fait pas, il y a une ambiguïté. Il y a une ambiguïté.

17:50
Présentateur

La ambiguïté, elle est permanente. Regardez ce que disent tel ou tel de ces candidats.

17:55
François Hollande

Mais Zemmour, Zemmour, est dangereux à vos yeux ou pas ? Il n'est pas dangereux. Lui, non.

18:02
Présentateur

Mais les idées qu'il défend. Éric Zemmour ne sera pas président de la République. L'extrême droite ne gagnera pas l'élection présidentielle. Mais les idées, les thèmes, les discours, les mots, les démons, devrais-je dire, qui sont inoculés, eux sont dangereux. Parce que ce sont des thèses que, peut-être, certains de nos compatriotes pensent tout bas. Le fait que, finalement, on n'est plus chez nous, que notre identité se perd, qu'il va y avoir un grand remplacement et que, finalement, ça serait mieux s'il n'y avait que... Installer la peur ? Oui, installer la peur et la haine. En pensant qu'il ne s'agit plus simplement d'arrêter l'immigration.

Ce qui peut, d'ailleurs, à un moment, être tout à fait présentable. Mais, là, il ne s'agit plus de cela. Il s'agit d'évacuer ceux qui sont français, qui vivent en France, qui se comportent selon les lois de la République, et en qui on dénirait le droit de pouvoir rester dans notre pays. Ou des femmes à qui l'on dit, mais vous savez, aujourd'hui, vos droits ne sont plus ce que l'on a, à un moment, présenté, au nom de l'égalité. Donc, il y a des thèses qui ne sont pas des thèses à faire avancer la France, mais la faire reculer, et encore avec une falsification de l'histoire.

Comme si notre histoire était ambiguë, faite d'ombre et de lumière, et que le maréchal Pétain, le général de Gaulle, finalement, c'était du pareil au même.

19:21
François Hollande

Est-ce que, compte tenu de la situation internationale, j'y viens, et notamment, pour moi, une crise majeure qui pourrait s'annoncer, c'est Taïwan, avec la volonté chinoise, l'impérialisme chinois, la volonté de considérer, parce que les Chinois le considèrent déjà, que Taïwan fait partie de la Chine, et la volonté de Xi Jinping, peut-être, d'envahir Taïwan, est-ce que vous voyez Éric Zemmour, président de la République, affronter une telle crise internationale ?

19:51
Présentateur

Je vais parler d'expérience. Oui, surtout que j'ai exercé cette fonction de président de la République. Une élection présidentielle, ce n'est pas un concours, ce n'est pas non plus un divertissement, ce n'est pas une tombola, c'est pour choisir celle ou celui qui va non seulement diriger la France, prendre des décisions sur le pouvoir d'achat, sur les questions économiques et sociales, majeures, mais c'est celui qui peut engager la force, qui peut même déclencher l'arme nucléaire, qui a la responsabilité de mener des négociations au plus haut niveau avec des dirigeants qui ne sont pas parmi les plus doux et les plus pacifiques de la planète.

Donc, avant que les Français fassent leur choix, je veux les mettre en garde. Ils peuvent avoir toutes les sensibilités, mais il faut qu'ils aient toujours conscience que leur président qui a des pouvoirs personnels peut engager le pays dans des conflits quelquefois extrêmement périlleux et prendre des décisions qui peuvent décider de la guerre ou de la paix voire même de l'utilisation de l'arme nucléaire. Que la France est membre permanent du Conseil de sécurité. Que la France est à l'origine des grandes négociations internationales, je l'ai fait sur la COP21.

Donc, prendre, si je puis dire, un farfelu dangereux comme éventuel président de la République, c'est prendre un risque pas simplement pour soi-même, pour son pays. Enfin, vous parlez de Taïwan. C'est vrai que c'est une des régions du monde où un conflit mondial peut se produire. Où la Chine est en train d'avancer sans savoir exactement jusqu'où elle peut aller. Le rôle de la diplomatie, le rôle de la politique et donc le rôle de la France aussi, c'est de dire, non, là, vous n'avancerez plus, Taïwan doit rester ce que cette île est aujourd'hui. Et que peut-on faire ? Que peut-on faire ? D'abord, lancer des avertissements.

Quand j'ai entendu Jean-Luc Mélenchon évoquer l'idée évoquer l'idée que si Taïwan remettait en cause son statut, c'est-à-dire ne se considérait plus comme une partie de la Chine, ça pouvait justifier une intervention de la Chine. Je dis là, il y a un très grand... Il a dit que Taïwan n'est pas un État, n'est pas une nation. Donc, il a laissé penser que Taïwan n'étant pas une nation, si Taïwan se proclamait, ce qui est le cas aujourd'hui, d'une certaine façon, autonome ou indépendante, alors, il pourrait y avoir une légitimité à l'intervention de la Chine.

Je ne sais pas si on se rend compte de la portée de ses propos, qui laissent donc penser à la Chine qu'elle pourrait éventuellement mettre la main sur Taïwan, alors même que la population de cette île n'en aurait pas fait la demande. Voilà où nous en sommes. Donc, il y a des sujets sur lesquels il est très important d'être clair parce qu'il ne s'agit non pas simplement du sort de notre pays, là, il s'agit du sort du monde. Vous savez, j'ai vécu un mandat où il y avait un monde qui était déjà dangereux. Il l'est encore davantage avec une Chine qui est devenue plus agressive. On l'a vu pour Hong Kong, on le voit aussi à l'intérieur.

Une Russie qui ne cesse d'avancer et qui prend toutes les places que l'Occident lui laisse. Vous avez vu ce qui se passe au Mali où maintenant c'est des mercenaires russes, qui sont des auxiliaires de l'armée russe qui sont présents, ils le sont déjà en Centrafrique. Vous avez des nouveaux empires, la Turquie, l'Iran qui avancent. Voilà la situation internationale. Choisir un président de la République en France, ce n'est pas simplement choisir un président de la République pour la France, c'est choisir un président de la République pour le monde parce que c'est ça notre statut de nation.

23:52
François Hollande

Merci François Hollande. Affronté chez Stock, le dernier livre de François Hollande qui était chez nous

23:56
Présentateur

ce matin sur RMC

23:58
François Hollande

et BFM TV. de la République