"La pensée critique est notre arme" - Discours pour la séance inaugurale de l'Institut La Boétie
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Merci. Une fois n'est pas coutume, je vais lire comme je le faisais dans les assemblées lorsque le temps était minuté et je le ferai d'autant plus que j'ai appris très récemment que je parlerai le dernier. Je demande à chacun d'entre vous ce que ça lui ferait de savoir qu'il parle après Abdou Rahmanou Arabi et Annie Arnaud. Il faut donc que l'émotion reste contenue dans la stabilité de l'écrit car parler après vous tous, pas seulement les deux derniers, tous ceux qui ont parlé auparavant, c'est une mission singulière. Comme vous tous, je crois à la force de l'esprit humain, à la gloire de ses expressions, à la continuité de ses efforts d'émancipation.
Je sais comme vous que quand l'humanité, comme c'est le cas aujourd'hui, cherche son chemin à tâtons, les consciences librement insoumises par les faits de l'art et des sciences marchent à nos premiers rangs. Voilà pourquoi un homme politique peut se sentir dérisoire. A parler après vous tous, après Abdou Rahmanou Arabi, après Annie Arnaud. Mais les lieux eux-mêmes aussi, pour peu qu'on soit capable de ressentir l'histoire et pas seulement de l'étudier et de la connaître. Ces lieux, ces lieux, ajoutent au sentiment étrange qui m'a pris en préparant ce texte.
Ce réfectoire a reçu, comment pourrais-je l'ignorer, à partir d'avril 1790, la société des droits de l'homme et du citoyen, sans lesquels ces droits ne sont rien. Cette société que l'on a surnommé ensuite le club des cordeliers. Ici, on parlait avant nous, Georges Danton, Camille Desmoulins, Hébert, Marat, Chaumette. Des noms qui, pour beaucoup d'entre nous, dans l'ensemble de la Révolution, claquent comme des drapeaux. Cela, vous le saviez. Mais combien savent ici que s'exprima aussi le seul mouvement politique féminin et féministe de toute la Révolution ?
Celui qui s'assemblait dans la société des citoyennes révolutionnaires de Paris, non seulement Terroigne de Méricourt, mais Pauline Léon, chocolatière, et Claire Lacombe, actrice. Elles animaient ce groupe révolutionnaire non-bixte. Elles réclamaient le statut de citoyenne et le droit au port d'armes, pour former des brigades féminines de défense de la Révolution. Encore une fois, le nom des femmes du peuple et leur radicalité a été effacé, et souvent remplacé par celui des femmes de la haute société, toujours mieux recommandées à leur époque comme à la nôtre. Certes, ces clubs furent ensuite indignement interdits.
Mais les femmes révolutionnaires, du temps de leur action, ont donné son sens complet à la Grande Révolution de 1789. Leur silence aurait relativisé, amoindri, l'onde de choc qui travaille encore ce peuple et une partie du monde, et qui a jailli de la Grande Révolution de 1789. Dans cette salle, vous le savez aussi, on a voté, avant l'Assemblée et avant toute autre organisation, la déchéance du roi, après sa fuite à Varennes. Ici, on a lancé la première pétition pour la proclamation de la République en France. Ainsi, les voix entendues avant moi et les lieux qui nous reçoivent ont ouvert un chemin, et nous venons en assumer la continuité du fil conducteur sous l'égide d'Étienne de la Boétie.
Le jeune insoumis du XVIe siècle, écoeuré par la barbarie de la répression des piteaux, des piteux, pauvre Jean Saint-Soumé étant à la taxe du sel, rédigea à 18 ans le discours montrant comment les tyrans et les monarques, de toutes sortes, sont d'abord forts de notre soumission. Il montre comment cette soumission devient volontaire quand nous choisissons de faire taire l'instinct de liberté qui nous anime tous comme tout être vivant, humains et bêtes.
Lui, puis Marie de Gournay, plaidant à la même époque l'égalité des hommes et des femmes devant la reine Médicis, c'était parmi d'autres, en pleine nuit des guerres de religion, la petite cohorte fondatrice de ce qui deviendra le siècle des Lumières, puis de la Grande Révolution, qui a eu un de ces nids dans ce lieu. Eux affrontaient alors un obscurantisme hégémonique qui combinait de la laissance à la mort un pouvoir religieux avec un pouvoir politique. Eux affirmaient et argumentaient la thèse d'une idée radicale que nous continuons de faire vivre, celle du manifeste de Pic de la Mirandole sur la dignité de l'homme, il voulait dire de l'être humain.
L'idée qui travailla les consciences dans le siècle des Lumières, puis culmina avec la déclaration des droits, et enfin avec la commune de 1871. L'être humain est son propre auteur. Rien d'autre que sa liberté ne fera jamais son histoire. Il lui revient donc de savoir librement et rationnellement s'il doit se soumettre ou bien s'insurger. Il a ses repères. Les droits fondamentaux de la personne humaine sont inaliénables, et ils forment la seule base légitime qui doit tenir lieu de règle à tout pouvoir politique qui doit la servir et la satisfaire. Liberté, savoir, raison, les trois convergent dans la revendication d'égalité des droits sociaux pour y accéder.
Cette feuille de route reste la nôtre. Car à notre tour, nous affrontons un obscurantisme et celui qu'à cet instant, je viens dénoncer dans ce lieu. C'est la doctrine néolibérale. Elle exige de nous une soumission complète à un ordre économique destructeur de l'humain et de la nature au nom d'une pure superstition. C'est la foi dans l'existence d'une main invisible, celle du marché, seule capable en tout point, et sur tous les sujets, de répondre aux besoins humains. Bien sûr, il s'agit d'une idéologie dominante, et bien sûr, venant après d'autres, elle est au service de la classe dominante. Mais elle est peut-être l'obscurantisme le plus prégnant qu'on ait jamais connu.
Car si les idées professées sont comme à l'accoutumée une justification de l'ordre existant, elles s'incrustent dans notre corps, jusque dans nos manières d'agir, nos goûts et nos comportements. Nombre d'entre nous, ici, pensons que la phase ascendante de cette idéologie est achevée. L'impasse sur laquelle elle débouche à la vue de tous, gagne les consciences. Mais l'ampleur des dégâts dans le saccage de la nature comme dans la destruction des sociétés est considérable. Son effet est maintes fois irréversible.
Qu'il s'agisse du dérèglement climatique ou de l'extinction de la biodiversité, de la baisse de la fertilité, du recul de l'espérance de vie en bonne santé, de la multiplication des zoonoses et l'obscénité des fortunes face aux masses de dénuées de tout. Quand une personne possède, comme dans ce pays, autant que 20 millions d'autres, nous font voir l'amorce d'une crise de la civilisation humaine, au moins aussi fondamentale que celle que connut l'ancien régime dans toutes les frontières.
Et cela au moment où le blocage des relations internationales par la logique de compétition pour l'appropriation des matières premières et pour la domination politique une fois de plus mettent à l'ordre du jour la possibilité d'une guerre totale et mondiale. absurde, ce système est capable de se nourrir de ses propres dévastations. Il est donc incapable d'assumer l'intérêt général. Il doit donc être remplacé au nom de cet intérêt général humain. Les conditions pour le faire sont dans l'émergence d'une volonté politique, écologique et sociale majoritaire. Elle ne peut se construire sans la contribution décisive d'une pensée critique globale alternative.
Notre ambition dans cette fondation est là. La doctrine néolibérale est un obscurantisme au sens littéral et radical du terme. Elle l'est dans tous les cas où le mot peut s'appliquer. Par exemple, quand elle veut faire croire que l'histoire accomplit un destin déterministe. Le terminus, la fin de l'histoire, ce serait l'instauration du marché dans tous les domaines. Ennemi des règlements et des lois, la doctrine néolibérale est d'abord l'ennemi du pouvoir citoyen qui les formule. Ces lois et ces règlements. Le néolibéralisme a donc une vocation autoritaire du fait même de ses prémices. Mais il avance masqué.
Le plus grave vient quand on mesure et dans ce moment d'esprit, je le souligne, quelle inversion du sens de l'histoire de la pensée il met en oeuvre. Ainsi, quand l'idéologie néolibérale domine le champ de la production des savoirs, le néolibéralisme agit alors en ennemi du savoir scientifique. Quand il paralyse ou interdit la libre circulation des connaissances en les privatisant. Quand il entrave de cette façon l'effet de culture cumulative qui est pourtant à l'origine de la civilisation humaine.
telle est la situation dans laquelle nous vivons avec la généralisation des brevets à la suite de l'accord de l'OMC en 1994 et que tous les états sont censés faire respecter crubuleusement dans leurs frontières. Ce droit de propriété sur les connaissances et les découvertes a été multiplié par trois alors a explosé le nombre des domaines du savoir soumis au régime de la propriété privée exclusive des détenteurs de brevets. Les questions les plus sensibles sont appliquées. Ainsi, depuis 2001, plus de 50 000 demandes de brevets ont été déposées sur les séquences génétiques. L'Office européen des brevets a déjà accepté en 2015 un brevet sur une tomate et une variété de brocolis.
C'est un début, bien sûr. De nombreuses autres demandes existent. Elles reviennent à vouloir créer un droit de propriété privée sur des espèces entières de nombreux organismes vivants. Il s'agit là d'une tendance de fond. Elle accompagne le développement d'un capitalisme tributaire. vivant davantage de propriétés intellectuelles abusives que de ses prouesses dans la production et l'investissement. La conséquence de cet obscurantisme s'est constatée à propos des vaccins pendant la pandémie du Covid-19. Ici, rappelons d'abord comment le partage gratuit par les chercheurs du monde entier des connaissances sur le virus est à l'origine de l'activité ensuite des laboratoires privés.
Ces derniers se sont pourtant appropriés le bénéfice de la mise au point et de l'exclusivité de la vente de ces vaccins. Cette vente limitée aux pays riches a permis 1 000 dollars de bénéfices par seconde sans aucun retour sur la recherche publique qui l'a rendu possible. Si bien qu'on a peut-être oublié comment jusqu'en 1959 il était interdit en France de déposer un brevet sur un médicament. A l'époque, le savoir scientifique se partageait gratuitement et universellement.
Dans ce registre du poids du marché sur l'avancée du savoir et la construction de l'esprit, doit-on aussi oublier comment les recherches sur cette famille de virus, le coronavirus, furent abandonnées en France parce qu'elles n'offraient pas de perspectives rapides d'entrer sur le marché. Ou bien à l'inverse, comment l'entreprise MG en déposant deux brevets sur deux gènes associés au cancer du sein a obtenu le droit d'interdire toutes les recherches sur ces deux gènes par les laboratoires hospitaliers et universitaires. L'usage des tests ainsi produits par MG sont facturés entre 3 et 4 000 dollars.
Le caractère criminel contre l'humanité de la rétention des savoirs est avéré par exemple quand on apprend comment des compagnies pétrolières ont caché pendant 40 ans leur connaissance sérieusement et scientifiquement établie sur les conséquences climatiques du recours aux énergies carbonées qui nous ont plongé dans le désastre du changement climatique dans lequel nous nous trouvons. Obscurantisme partout dans tous les domaines des choses de la construction de l'esprit. Obscurantisme quand la précarité des chercheurs bride leur liberté. Quand les appels à Roger minent les financements pérennes des travaux.
Quand ils donnent le pouvoir au temps court de la rentabilité sur le temps long du savoir fondamental. oui le temps long on n'a pas inventé l'électricité en pensant améliorer la bougie. Quand le crédit d'impôt recherche déversé à gros bouillons dans ce pays a pour premier bénéficiaire les chercheurs avérés à la pointe du savoir humain que sont la grande distribution du commerce et la banque. freiner la croissance empêcher freiner la connaissance empêcher la circulation des savoirs rentabiliser l'ignorance tel est le sens de cet obscurantisme néolibéral que je dénonce en votre nom.
Le néolibéralisme est un obscurantisme quand il professe la nécessité d'une croissance productiviste sans fin dans un monde de ressources finies ou encore quand il prône l'attribution d'un prix à la nature pour le cas échéant compenser les dévastations qu'on y opère. Mais ni la composition de la nature ni les conditions de sa pérennité ne peuvent se dissocier. Ils ne peuvent donc en aucun cas s'évaluer au détail. Ne faut-il pas encore qualifier cet obscurantisme de criminel quand il suscite par la publicité des consommations qui rendent malades d'obésité et de diabète pour des millions de personnes pour ne rien dire des cancers.
Et cela en consacrant des sommes considérables à injecter des besoins artificiels comme l'a établi l'entre nous ici par l'envoûtement publicitaire. N'est-ce pas un obscurantisme de prêcher le contraire de ce que les faits montrent de manière concrètement observable ? Ainsi, quand le néolibéralisme prétend organiser toute l'activité de la société par le système des prix et de l'échange marchand ou quand il intime à l'État de se retirer pour favoriser l'entreprise privée et sa folle énergie. Non, l'activité humaine ne correspond que bien rarement à des critères de marché.
Et sans doute, l'activité humaine n'est-elle vraiment humaine que quand elle est absolument gratuite, c'est-à-dire sans demande d'un retour sur investissement. Et en cela, elle est humaine. Et les domaines où le marché s'instaure désormais sont aussitôt en proie au chaos. On le voit pour l'énergie, les transports, la santé, l'éducation. Autant de domaines où l'économie de marché provoque des pertes de savoir et de savoir-faire au prix d'un recul net par-dessus le marché de l'efficacité du service. Non, l'État n'a jamais été aussi présent qu'aujourd'hui dans le financement à perte de l'économie de marché.
Aujourd'hui, l'État injecte en France davantage d'argent dans les entreprises sans aucune contrepartie qu'au temps où il finançait la planification écologique. Non, économique. Comme ça commence pareil. Aujourd'hui, l'État donne davantage aux entreprises qu'aux ménages. Mais sa ponction est plus grande sur les ménages que sur les entreprises. Le discours néolibéral est donc une négation du réel. Un rideau de fumée pour masquer un détournement massif de fonds publics au service de la cupidité qui l'accumule sans aucun retour sur la société puisque dans le temps où les profits ont explosé, le montant des investissements dans la production concrète a lui baissé.
Voilà ce qui pourrait se définir aussi comme une forme particulière du parasitisme. Un système qui n'est là que pour légitimer des inégalités et leur donner autant que possible la figure d'une discrimination naturelle par le racisme, par le sexisme ou par l'arrogance des dominants toisant ceux qui produisent et leur reprochant de ne pas avoir comme à l'Assemblée nationale faute de cravate les bonnes manières qui permettent aux gens importants de se reconnaître.
J'ai répété c'est de l'humour hein il y a les rouges quand même j'ai mis ma première cravate rouge quand j'ai eu une responsabilité politique à gauche et les vieux quand il n'y avait rien affichent de savoir ce que je racontais ils m'ont dit il faut mettre la cravate rouge le jour des élections voilà pourquoi le jour des élections parce qu'on n'a pas le droit de faire de propagande et comme ça les autres savent qu'on est rouge j'ai répété le mot obscurantisme parce que j'ai voulu dans ce moment où nous installons solennellement la fondation la Boétie lieu de réflexion d'esprit critique souligner l'inconciliable j'ai dit l'inconciliable qui sépare notre travail du néolibéralisme et de l'idéologie du marché capitaliste partout et pour tous notre sujet social écologique et politique est la plénitude de l'être humain son accès à l'harmonie avec ses semblables et avec la nature l'idéologie néolibérale de marché réduit l'humain à la marchandise qu'il contient sa force de travail il cherche à l'utiliser sans limite tout en la dépression sans cesse nous en avons l'exemple sous les yeux avec la réforme des retraites puisqu'elle prétend que le seul temps socialement utile serait le temps contraint de la production sans discuter aucun des aspects de cette réforme je veux pointer comment il y a pour eux une légitimité évidente naturelle tranquille à vouloir confisquer davantage de temps libre aux fonctions culturelles qu'il accomplit dans la vie une décision qui est à rebours du progrès historique qu'a représenté la diminution par deux du temps de travail depuis un siècle et la multiplication par cinquante de la valeur produite c'est un obscurantisme de demander de travailler plus pour produire plus non il faut travailler moins pour travailler tous et mieux réduire l'épuisement de la nature et de l'être humain mais aussi réduire la part incroyable du gâchis dans la production la distribution et la consommation gâchis masqué nié parce qu'il est compté comme un plus dans le PIB cet indicateur absurde un français par exemple consomme 26 kilos d'équipement électrique par an et électronique c'est comme ça et bien il en jette 21 kilos la même année 35% des 10 millions de tonnes d'aliments devenus des déchets sont perdus dans la production des industries agroalimentaires et dans la distribution commerciale travailler mieux travailler moins sans produire plus c'est la seule règle qui nous permet de commencer à considérer les déchets comme une mine les déchets comme un recours que l'on pourrait éviter l'idéologie néolibérale est un système d'idées au service d'un régime politico-économique qui réduit les êtres humains à une seule fonction consommer un seul statut socialement utile être un client et bien sûr un client actif quel monde alors un monde où règne une seule valeur une seule norme une seule beauté à contempler un seul dégire légitime à exprimer sans limite c'est la marchandise la marchandise est devenue un absolu un idéal toujours disponible toujours légitimement exigible sécable transportable évaluable en monnaie provisoire mais répétitive comme le désir qui en est la source jetable aussi comme tout ce qui encombre le besoin déjà satisfait la marchandise n'est pas un en dehors de nous elle est un rapport social et intime qui peut tout englober tout reformuler de l'humain s'il n'y prend garde et s'il n'allume pas les lumières de la raison sur l'obscurantisme de la consommation les modes d'emploi y sont une culture une façon de se comporter un signal de conformité sous le regard des autres les possessions même provisoires éphémères toutes sont une sculpture de soi dans ce monde l'être humain ses contradictions ses fantaisies ses raisons et ses déraisons l'être humain dans cette complétude que je viens de nommer du désordre qu'il contienne désordre fécond créateur et qui s'appelle tout simplement la vie les êtres humains sont une espèce en voie de disparition quand l'avoir devient la seule manière d'être le consommateur absorbe l'humain le client efface le citoyen la pulsion remplace la raison triple néant du sens humain triple disparition de l'humain à côté du transhumanisme qui confond lui une hypothétique perfection individuelle à coups d'exosquelettes et de genouillères entre autres là où pendant ce temps nous autres depuis Pic de la Mirandole et la Boétie mais surtout depuis Rousseau nous croyons à la perfectibilité collective permanente ainsi que le disait Condorcet et voici en face de nous surgir l'inhumanisme néolibéral il n'y a plus d'être il n'y a plus d'échange il n'y a plus que le marché c'est un monde où l'humain organise sa disparition comme sujet de l'histoire c'est le monde qui s'évalue dans le niveau du PIB où ne compte aucune des choses importantes ni le niveau d'éducation ni l'état de l'environnement ni la santé des populations ni le bonheur de vivre c'est l'indicateur et la doctrine qui font des pulsions et des désirs préfabriqués le tapis roulant de l'accumulation capitaliste et rien de plus en face de quoi l'esprit critique que nous construisons et que nous voulons construire et que nous argumenterons chacun à notre manière dans la liberté absolue de notre diversité chacun par le chemin de ses propres savoirs qui sont autant de portes d'entrée devant l'énigme qu'est et restera pour toujours la réalité devant l'esprit la vie de l'esprit et notre front de lutte notre fondation assume le projet d'être entièrement au service de la pensée critique du système capitaliste dans lequel nous vivons sans les outils sérieusement élaborés de cette pensée critique on ne peut comprendre ce qui se passe et encore moins sortir de l'impasse dans laquelle le système a enfermé l'humanité ainsi que l'a dit bien avant cet instant Kant la pratique sans la théorie est aveugle et la théorie sans la pratique est absurde de cette manière nous pensons formuler au fil du travail de pensée ce nouvel humanisme celui de notre temps bien sûr il répète de nouveau que les êtres humains seuls les seuls auteurs sont les seuls auteurs de leur histoire et de leur être comme disait la Boétie les humains sont comme la culture les a fait mais il le fait en assumant l'implication complète de l'humain avec tout le vivant dans un destin commun qui ne sépare pas les humains des animaux ni d'une forme quelconque de la vie fustelle végétale et il doit le faire en documentant sans trêve l'absurdité dévastatrice du système en produisant dans tous les domaines les éléments de compréhension alternative capables de nourrir l'action citoyenne et de reformuler la décision politique la pensée critique que nous travaillons est notre arme de démystification massive contre un système idéologique et un système économique basé sur le mensonge et l'abus de biens sociaux et l'abus de biens naturels et c'est à la Boétie qu'il me faut emprunter un slogan improvisé dans le contexte de la grève générale de mardi prochain qui sera un grand moment d'esprit populaire car que personne ne s'y trompe le refus de la retraite à 64 ans paraît-il mais vous savez tous que sera plus ce refus là c'est le refus d'un monde et le monde dont il est question c'est celui dont je viens de parler celui à la destruction duquel nous sommes organisés nous qui ne voulons et nous voudrons notamment le samedi 11 nous allons nous retrouver en famille dans les rues nous qui ne voulons ni de la retraite à 64 ans ni de son monde de coeur de corps d'esprit cessons de servir et alors nous serons libres merci
est-ce que j'ai un micro qui marche oui merci beaucoup pour votre présence à toutes et à tous j'ai deux annonces à vous faire l'une c'est qu'il y a un cocktail là-bas si vous voulez boire un verre avec nous avant de partir et la seconde c'est que je voulais juste profiter de ce dernier temps pour remercier toutes celles et ceux qui ont été volontaires pour organiser cette journée et faire en sorte qu'elle se passe bien comme ça et vous remercier à nouveau pour votre présence et à très bientôt puisque vous le voyez on a beaucoup de travail merci
merci merci
Jean-Luc Mélenchon