Zemmour:Le suicide français S01E01 Les années 70 la fin d'un monde
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- 13:12PrésentateurFait
« « En France, la Cour suprême, c'est le peuple. » »
- 13:22InvitéFait
« « Le Conseil constitutionnel estime que 32 des articles de cette loi immigration n'avaient pas de rapport avec le texte original, qu'il s'agissait donc de cavaliers législatifs. » »
- 13:46PrésentateurFait
« « La préférence nationale est anticonstitutionnelle. » »
- 39:42InvitéFait
« si ce n'est pas un français, la personne qui est interpellée, elle pense à pour du racisme. »
- 39:48PrésentateurFait
« Ce que nous appelions délinquance sera appelé désormais victime. »
- 41:29InvitéFait
« Vous n'avez pas, M. Mitterrand, le monopole du cœur. »
- 42:01InvitéFait
« je ferai ces réalisations à partir d'une économie en progrès. Alors que vous, vous avez l'idée étrange en réalité de vouloir faire ces réalisations à partir d'une économie brisée. »
- 43:22InvitéFait
« un projet qui, selon les termes même du président de la République, a pour objet de mettre fin à une situation de désordre et d'injustice et d'apporter une solution mesurée et humaine à un des problèmes les plus difficiles de notre temps. »
- 45:44PrésentateurFait
« l'ONU a décrété l'année de la femme »
- 46:04PrésentateurFait
« Ce décret, pris le 29 avril 1976, instaure le regroupement familial. »
- 47:08PrésentateurFait
« Nous voulons encourager l'immigration familiale régulière, c'est-à-dire faire en sorte que les femmes étrangères utilisent le dispositif que nous avons mis en place. »
- 48:42PrésentateurFait
« le président Valéry Giscard d'Estaing reconnaîtra que le regroupement familial aura été sa plus grave erreur de son septennat. »
- 52:58PrésentateurFait
« Ils manifestent contre la loi Abhi du nom du ministre giscardien de l'éducation nationale. »
- 53:33PrésentateurFait
« Tout le monde ira dans un seul et même collège, le fameux collège unique dont on n'a pas fini de mesurer encore aujourd'hui les conséquences désastreuses. »
- 53:42PrésentateurChiffre
« 20% des élèves entrant en sixième ne savent pas déchiffrer un texte. »
- 55:20PrésentateurFait
« 50 ans après la loi Habib le niveau s'écroule toujours davantage année après année. »
- 55:30PrésentateurFait
« Les classements internationaux PISA sont une honte pour la France la reléguant au niveau de la Bulgarie ou de la Turquie. »
Temps de parole
- Présentateur75 %
- ?10 %
- Invité5 %
- Invité 23 %
- Invité 32 %
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Française, Français,
le
général de Gaulle est mort.
La
France est veuve.
L
'annonce de la mort du général de Gaulle est un véritable traumatisme pour les Français. Dès le lendemain, ils sont des dizaines de milliers à venir se recueillir au pied de ces bureaux parisiens.
Les
jeunes pour le moment, et pas seulement eux, se souviennent. Les témoignages, couchés sur les registres ouverts depuis hier à Venue de Breteuil, en sont une preuve émouvante. Je peux savoir ce que vous avez inscrit sur le... J'ai dit que mon général, les jeunes ne vous oublieront pas,
et
que vous resterez au plus profond
dans
nos cœurs, vous resterez à jamais. Moi j'ai écrit au plus illustre chef d'État.
Et
vous ? Et moi j'ai écrit au génie qu'elle sera jamais gravée dans mon cœur.
Je
crois que la jeunesse
ne
l'oubliera jamais. On lui doit trop. On lui doit tout. Excusez-moi.
Les
11 et 12 novembre 1970, Paris est la capitale du monde. Tôt ce matin,
des
centaines, puis des milliers, puis des dizaines de milliers de Parisiens s'étaient rassemblés dans toutes les rues avoisinant la cathédrale Notre-Dame,
où
devait être célébré à 11h le service solennel à la mémoire du général de Gaulle.
A
l'intérieur,
la
cathédrale ressemble à l'Assemblée Générale des Nations Unies.
Le
monde entier est venu rendre hommage au général.
Le
roi Baudouin de Belgique,
le
prince Charles d'Angleterre, le président américain Richard Nixon, le soviétique Nikolai Podgorni, le chat d'Iran, Léopold Sédar Senghor, président de la République du Sénégal, L'empereur d'Ethiopie a y laissé l'acier, en grand uniforme, l'israélien Ben-Gurion.
Bien
sûr,
le
gouvernement est réuni au grand complet autour du premier ministre, Jacques Chabondelmas.
Cet
hommage du monde entier est personnel, puisque le général
a
quitté le pouvoir avant sa mort, et qu'aucun régime protocolaire ne l'impose.
Ils
sont venus parce que c'était lui.
Ils
sont venus parce qu'ils avaient raté l'enterrement de Churchill,
qu
'ils n'avaient pu se rendre aux obsèques de Staline,
que
c'était le dernier géant de la Seconde Guerre mondiale.
Le
dernier géant, tout court.
Les
siècles passent, mais l'histoire compte peu de très grands hommes. Il n'y a aucun doute, il a été l'un des plus grands parmi les grands. J'ai tenu à exprimer en mon nom, au nom de mes amis, au nom de tout le peuple soviétique, nos profondes condoléances à l'occasion du décès de cet homme d'Etat hors pair.
Et
en faisant cela, c'est au fond rendre hommage à
la
France, à son histoire.
Au
même moment, dans son village de Colombais-les-Deux-Églises, les obsèques du général de Gaulle sont modestes, comme il l'avait souhaité dans son testament.
Une
messe simple, sans discours officiel.
C
'est à lui
que
nous adressons notre prière
pour
Charles de Gaulle,
pour
sa famille,
pour
la France.
Le
soir même, à Paris, sous une pluie battante, des centaines de milliers de Français remontent les Champs-Élysées vers la place de l'Étoile pour un dernier hommage et une dernière Marseillaise sous l'arc de triomphe.
Plus
de 50 ans ont passé depuis la mort du général de Gaulle
et
les Français ne reconnaissent plus la France. Pourtant, apparemment, rien n'a changé. Le pays est en paix depuis 60 ans, la Vème République fonctionne depuis 65 ans, les médias informent, les politiques s'affrontent, les acteurs et les chanteurs distraits, les grandes tables régales, le petit noir est servi chaud aux ingues des bistrots,
les
jambes des Parisiennes font tourner les têtes.
De
loin, rien n'a changé. La rue a fière allure, mais de près, tout est dévasté.
Tout
est apparemment intact. Seule l'âme du lieu s'est envolé.
Le
président de la République préside,
mais
il n'est plus un roi.
Les
politiques parlent,
mais
ils ne sont plus entendus.
Les
médias ne sont plus écoutés.
Les
intellectuels, les artistes, les grands patrons, les éditorialistes, les économistes, les magistrales et aux fonctionnaires, les élus, sont suspectés.
Les
mots eux-mêmes sont faisandés.
On
fait église quand on n'y va plus, on fait famille quand on divorce, on fait France
quand
on ne se sent plus français.
On
exalte le vivre ensemble quand les communautés se séparent.
On
impose la parité homme-femme en politique
quand
elle devient subalterne dans le mariage.
La
République, une et indivisible,
est
plurielle et divisée comme jamais.
C
'est la République Potemkin.
Tout
est en carton-pâte. Tout est factice.
Tout
est retourné, renversé, subverti.
Comment
en est-on arrivé là
? La
vérité est qu'il y a désormais dans notre histoire et même dans notre imaginaire collectif national un avant mai 68 et un après mai 68.
Comme
il y a eu pendant deux siècles un avant 1789 et un après 1789.
un
peu si j'osais, je dirais comme il y a un avant Jésus-Christ et un après Jésus-Christ.
Pour
arriver à cette rupture
dans
notre histoire, les méthodes d'action de nos combattants progressistes peuvent être selon moi synthétisées en trois principes cardinaux.
La
déconstruction,
la
dérision,
la
destruction.
La
déconstruction car rien, même les institutions les plus solides n'a été considérées comme naturelles.
La
dérision car tout, même le plus sacré j'allais dire, surtout le plus sacré, pouvait être et devait être moqué. Et la destruction car rien n'a tenu debout.
Avec
un tel triptyque, déconstruction, dérision, destruction, ce sont les institutions les plus solides qui ont été ainsi sapées. L'État, la nation, le peuple, l'école, la famille, le travail, la démocratie.
Notre
imaginaire collectif national est devenu un véritable champ de ruines. Alors,
après
la mort du général de Gaulle, année après année, loi après loi, président de la République, après président de la République, la France s'est lentement déconstruite.
C
'est l'histoire de cette déconstruction que je veux vous raconter aujourd'hui. L'histoire de cette plongée est dans les eaux glacées de l'individualisme et de la haine de soi. 50 ans. 50 ans de l'histoire de notre pays pour ce que j'ai appelé le suicide français.
Le
processus de déconstruction a commencé bien avant la mort du grand homme. Le 28 avril 1969, le général de Gaulle démissionne à la suite du référendum où le non l'emporte contre sa politique. Désavoué,
il
quitte le pouvoir
avec
panache.
Si
je suis désavoué,
je
cesserai aussitôt
d
'exercer mes fonctions.
Un
mois et demi seulement après son départ, une première loi s'attaque à la famille traditionnelle. Le ministre de la Justice, René Pleven, propose de remplacer l'autorité paternelle par l'autorité parentale.
Une
révolution dans le code civil de 1804.
Les
débats parlementaires sont passionnés.
Et
les français sont divisés.
Qui
commande ? Le mari automatiquement. Vous aimeriez que ça change
?
Ah non, absolument pas.
Puisque
c
'est
lui qui ramène l'argent à la maison, il est donc nécessaire que la femme tienne sa place et fasse le ménage et s'occupe de ses enfants.
J
'estime que la femme a son mot à dire également en ce qui concerne l'éducation des enfants.
La
loi est adoptée et est en passe de modifier profondément la vie des familles françaises.
L
'épouse devient un peu plus légale de son mari. Son autorisation sera suffisante pour les actes habituels de gestion du ménage et d'éducation des enfants. Inscription dans une école, pratique du sport, autorisation d'intervention chirurgicale, demande de passeport.
Si
l'on en croit l'impérieux ministre, le père a donc été l'obstacle au bonheur de toutes les familles depuis toujours. Affreuses responsabilités historiques des hommes, tous coupables. Pourtant, si l'on en croit de nombreux pédopsychiatres, le grand Aldo Nahori en tête, le père est une invention capitale pour interdire l'inceste et mettre des obstacles à la fusion entre la mère et l'enfant.
Il
incarne l'autorité.
Mais
sans le soutien de la société, il n'est plus rien.
Il
n'est plus légitime pour incarner sa loi.
Il
est condamné à être une seconde mère.
Il
y
a
des tâches à fournir, il faut les faire, c'est tout.
Il
ne
s
'agit pas de faire un cloisonnement catégorique avec des
rôles bien
définis comme les gens
entreforts.
40 ans plus tard,
les
revendications en faveur de l'homoparentalité apparaîtront comme une continuité logique puisque la distinction entre les
sexes
du père et de la mère n'entre plus en ligne de considération pour définir leur rôle respectif.
Un
an plus tard,
en
France,
personne
ne s'intéresse au droit. C'est pourtant en ce jour du 16 juillet 1971 que nous avons abandonné sans le savoir les rivages de la République fondés depuis 1789 sur le suffrage du peuple et que nous sommes entrés les yeux fermés sur le chemin chaoteux du gouvernement des juges. La séance est ouverte.
Ce
jour de juillet,
le
Conseil constitutionnel annule une loi à Marcelin du nom du ministre de l'Intérieur de l'époque réglementant la loi d'association car elle déroge, selon les sages, à un des principes fondamentaux reconnus par les lois de la République. Ces principes sont mentionnés dans le préambule de la Constitution de 1946, elle-même reprise dans le préambule de la Constitution de 1958.
Ce
qui signifie qu'ils ont été insérés comme une référence philosophique
et
non pas comme une prescription juridique.
La
manœuvre était habile et se révéla promise à un grand avenir. Le juge pioche et piochera dans la déclaration des droits de l'homme de 1789 ou encore dans celle de 1946 et plus tard dans les conventions européennes des droits de l'homme des principes qu'ils découvrent, interprètent, modèlent, façonnent
tel
un alchimiste doué. Le Conseil constitutionnel avait été créé à l'origine pour que le Parlement respecte bien les contraintes nouvelles que lui avait imposées la Constitution de la Ve République.
Il
n'y avait pas du tout été forgé
pour
contrôler la loi sur le fond.
Ce
jour-là,
les
juges du Palais Royal
ont
fomenté un véritable coup d'État.
À
partir de ce jour, les élus de la nation s'inclineront devant des juges non-élus. Conseil constitutionnel, Conseil d'État, puis Cour européenne de justice ou Cour européenne des droits de l'homme s'arrogeront des pouvoirs qui ne sont pas les leurs
pour
rendre des décisions politiques.
Le
Conseil constitutionnel allait au fil des années se transformer en une sorte de Cour suprême à l'américaine. Le général de Gaulle avait dit pourtant «
En
France, la Cour suprême, c'est le peuple
». Nous
en avons eu un exemple récent, en décembre 2023, lorsque un tiers de la loi sur l'immigration de M. Darmanin a été abrogé par le Conseil constitutionnel.
Le Conseil constitutionnel estime que 32 des articles de cette loi immigration n'avaient pas de rapport avec le texte original, qu'il s'agissait donc de cavaliers législatifs. Alors ils se défendent évidemment ici de toute décision politique.
C
'est un avis qui est basé sur le fond, un avis juridique. Quelques mois plus tard,
le président du Conseil constitutionnel, Laurent Fabius, précisait sa pensée dans une interview accordée au journal Le Monde. Que disait-il ? Il disait «
La
préférence nationale est anticonstitutionnelle
». Pour
attester cette phrase,
le
président du Conseil constitutionnel exhumait un article de la déclaration des droits de l'homme, même pas celle de 1789, non, celle de 1946, au texte aussi brumeux que généron. Laurent Fabius, en vérité, n'en a cure. Il s'impose ainsi au président de la République, au Parlement et au peuple français. Désormais, les juges vont s'octroyer un pouvoir de plus en plus important dans la société française. Après le Conseil constitutionnel, après les grands juges,
les
petits.
Le
6 avril 1972, à Bruy en Artois, dans le nord de la France, le cadavre d'une jeune fille est découvert sous de vieux pneus par deux enfants jouant au ballon dans un terrain vague.
L
'autopsie révélera qu'elle a été étranglée avec un foulard, frappée à coups de hache,
mais
pas violentée. Brigitte
n
'avait pas 16 ans.
Son
père, Louis De Verve, est un mineur des houillères, avec sa femme Thérèse, ils resteront dignes dans leur malheur comme des incarnations d'ouvriers chez Zola.
La
mort tragique de cet enfant du peuple sera annoncée par un entrefilet dans la presse locale.
L
'affaire est dirigée par le juge d'instruction Henri Pascal. A 52 ans, l'homme estime ne pas avoir eu la carrière qu'il mérite et s'est toujours senti déclassé.
Le
juge Pascal, comme on l'appellera rapidement, est un militant de la première heure du syndicat de la magistrature, né après mai 68.
Après
une enquête sommaire, il arrête le notaire de la ville, Jean-Pierre Leroy. Riche, membre du Rotary Club, l'homme qui n'est pas marié fréquente les bordels de l'île.
Le
juge a trouvé son coupable idéal et offre l'arrestation du notaire au photographe, menotte au poignet,
ce
qui déclenchera un ourvari médiatique jamais vu en France depuis l'affaire Dominici.
À
Bruet, en Artois, Pierre Leroy, notaire et fils de notaire, l'une des plus grosses fortunes du pays, est en prison. Malgré ses protestations, il est inculpé pour le meurtre d'une jeune fille de 16 ans, Brigitte Devers. Est-ce que vous avez des problèmes matériels ?
Non,
il n'y a pas de problèmes matériels caractérisés, tout repose sur des raisonnements, des raisonnements logiques, des déductions.
Les juges rouges avaient forgé une théorie et une pratique
de
la justice révolutionnaire. La lecture de Marx leur avait appris à faire du droit un instrument de la lutte des classes. Cette affaire de Bruet en Artois est la première mise en pratique de cette théorie de la justice révolutionnaire qui n'a pas grand-chose à voir avec la justice.
Le
petit juge sera bientôt rejoint par des alliés bruyants,
des
militants d'extrême-gauche, dits maoïstes, venus soutenir cette classe ouvrière qu'ils idolâtrent, et dans laquelle ils rêvent de s'immerger. Dans leur délire paranoïaque, ces militants cachent leur nom et prennent des pseudonymes.
Le
chef régional de l'organisation se fait appeler Marc.
Il
est chargé de garantir la pureté idéologique de l'opération et de mettre en place une agence de presse locale pour concurrencer la presse bourgeoise.
Marc s
'appelle de son vrai nom Serge Julie. Son journal
Pirate
utilise les journalistes militants de l'agence de presse Libération, créé neuf mois plus tôt sous le parrainage prestigieux de Jean-Paul Sartre
et
de Maurice Clavel.
Les
jeunes maoïstes sont des puritains qui vitupèrent contre la vie cochonne des bourgeois.
Le
1er mai 1972, La cause du peuple, le journal maoïste, publie une double page consacrée au crime et titrée « Et maintenant ils massacrent nos enfants » et sous-titrée de manière explicite « Le crime de Bruet, il n'y a qu'un bourgeois pour avoir fait ça ».
Le
juge Pascal n'a jamais présenté la moindre preuve matérielle de la culpabilité du notaire.
C
'est en se fondant sur son intime conviction
qu
'il inculpe le notaire pour homicide volontaire
et
qu'il le jette
en
prison.
«
À partir de maintenant je ne peux plus rien vous dire. Pourquoi donc, monsieur le juge ? »
«
En raison du secret de l'instruction, à partir de maintenant je veux me tenir strictement au secret de l'instruction.
Je
n
'ai
absolument rien à vous dire. Mais pourtant ces jours derniers vous acceptiez volontiers
de parler. » « Et bien maintenant il y en est
différemment je ne peux plus parler.
»
Trois mois plus tard, toujours en l'absence de preuve, la cour d'appel d'Amiens désavoue le juge et fait relâcher Pierre Leroy le 18 juillet 1972. Il ne sera jamais jugé.
L
'assassin ne sera jamais retrouvé et le juge Pascal se posera en victime d'une cabale contre sa corporation.
tous
ont été dépassés par cette guerre idéologique
mais
la justice française ne sera plus jamais la même.
Et
l'homme blanc hétérosexuel de la bourgeoisie française sera un coupable à jamais. Un coupable de tout,
un
coupable pour toujours.
Alors
que la France se passionne pour l'affaire de Bruy en Artois, le ministre de la justice René Pléven plastrone mais c'est pour une autre raison.
Il
est très fier de lui et pourtant, et pourtant sans le vouloir ni même le savoir, il va mettre fin à une certaine idée de la liberté d'expression en France par le vote d'une loi
ici
à l'Assemblée nationale le 1er juillet 1972.
Cette
loi visant à réprimer plus sévèrement le racisme fut ce genre de loi votée à la va-vite et à main levée dans des hémicycles aux trois quarts vides où les rares présents s'agitent en tous sens pour tourner les clés de vote de leurs chers petits camarades absents. Votez quasiment en catimini.
Elle
va pourtant nuire gravement à la démocratie française.
Les
députés examineront demain six propositions de loi car le racisme et la xénophobie sont insidieusement présents dans les actes, les paroles ou les écrits de tous les jours.
Dans
la presse et les moyens audiovisuels, un délit
nouveau serait créé. Toute
provocation à la discrimination raciale ou à la haine fondée sur l'origine ethnique, nationale ou sur l'appartenance ou non à une religion serait sévèrement punie.
La
diffamation raciste également.
Depuis
la loi Pléven,
la
presse et l'imprimerie ne sont plus libres en France. En dépit de la pureté de ses intentions, cette loi est une véritable régression. Elle introduit de la subjectivité là où régnait l'objectivité. elle condamne pour des intentions et non pour des faits. Elle donne au juge le droit et même le devoir de sonder les cœurs et les âmes. Les associations antiracistes pourraient se porter partie civile. Enfin, le code pénal serait complété
pour punir plus lourdement ceux qui, fonctionnaires ou particuliers, refusent pour des raisons raciales un emploi, un logement ou un service
à un étranger.
Ce
principe de non-discrimination entre Français et étrangers interdit toute préférence nationale, sape toute notion de frontière, ruine la différence entre l'intérieur et l'extérieur et assimile
le
patriotisme au racisme. La loi Pléven est potentiellement, sans que personne ne s'en soit rendu compte à l'époque, la dissolution programmée
de
la nation française
dans
un grand magma planétaire.
Les
voix
sont
les mêmes, douces, chaleureuses, mélancoliques, sans animosité aucune comme résignées.
Dans
nos souvenirs, les deux chansons se mélangent car les textes se mêlent. Le petit jardin est près de la chaussée d'Antin chez Jacques Dutronc et la maison est près de la fontaine chez Nino Ferrer.
Pour
nous, à leur place, il n'y a que du béton,
des
parkings
et
de l'hydrogène sulfuré.
On
ne sait plus qui dit quoi puisqu'ils chantent la même chose. Leur révolte juvénile, impuissante et pleurée pacifique, marque pourtant un basculement historique major.
Depuis
les Lumières, voire depuis la Renaissance, le progrès et le bonheur se conjuguait ensemble. Mais en cette fin d'année 1972, pour la première fois,
la
jeunesse
reniait le
progrès
en
reprenant les chansons de Nino Ferrer et de Jacques Dutronc.
L
'écologie politique commençait alors sa longue marche. Des jeunes gens chevelus occupent le Larzac et élèvent des chèvres en Ardèche, refusant la société industrielle devenue à leurs yeux la société de consommation.
Leur
archaïsme est alors furieusement moderne. Politiquement, ils se placent aux antipodes de la droite mauracienne et traditionnaliste qu'ils abordent en reprenant pourtant toutes ces intuitions.
La
longue marche des verres en politique commençait alors. Ceux qui l'ont vu se souviennent encore de l'ingénieur agronome René Dumont, premier candidat écologiste de l'histoire, buvant un verre d'eau lors de la campagne de l'élection présidentielle de 1974.
C
'est pourquoi je bois devant vous un verre d'eau précieuse puisque avant la fin du siècle, si nous continuons un tel débordement, elle manquera. puis de la légèreté aristocratique de Brice Lalonde et de la perruque
d
'Antoine Wechter.
Ils
se feront bientôt écraser
par
une extrême gauche qui réussira son opéat sur l'écologie politique par ses méthodes impitoyables et sectaires. Alors,
les
verres deviendront ce curieux parti qui s'adresse non pas aux paysans, mais aux petits bourgeois des villes,
qui
contestent la mondialisation
mais
qui détestent les frontières,
qui
veulent des produits fabriqués localement mais avec une main d'oeuvre venue du monde entier, qui rejettent l'énergie nucléaire alors que c'est l'énergie la moins carbonée. rien de très cohérent pour un esprit rationnel mais
avec
l'écologie politique nous ne sommes plus dans le registre de la raison,
nous
sommes dans le domaine de la foi. Revoir aujourd'hui Elle court, elle court la banlieue nous transporte des siècles en arrière dans un univers presque aussi exotique qu'un film en costume du 18e siècle. Cette comédie nous plonge dans la vie d'un couple qui s'installe dans une cité moderne de la grande banlieue parisienne
à
Auberge-en-Ville.
Non,
la banlieue n'a pas toujours été ce rebut désolé, redouté.
Elle
fut une destination rêvée et même désirée par des familles venues de la campagne qui découvraient et baubis
les
conforts de la ville moderne. Salle de bain, chauffage central et les jeunes couples des centres-villes qui y trouvaient enfin de l'espace pour leur progéniture.
On
vous offrirait les mêmes prix à Paris.
Est
-ce que vous préféreriez à
l
'été Paris ?
Non, non, non,
absolument
pas. Pourquoi ? Parce
que c
'est... On
est beaucoup moins libre. En fait, c'est le bruit, c'est la circulation. Ici, on est quand même au calme.
La
banlieue heureuse a vraiment existé et elle ne fut pas une chimère
avant
de devenir cette zone de non-droit, ce ghetto pour trafiquants de drogue et délinquants en tout genre. Toutes les explications échafaudées par les sociologues, les urbanistes, les géographes pour justifier la situation actuelle s'effondrent en quelques images.
Non,
ce ne sont pas les tours en hauteur, les cages d'escaliers ou l'absence de rues
qui
provoquent les bandes et la violence.
Ce
sont les bandes et la violence qui transforment le paradis en enfer. Ce ne sont pas les structures, mais les populations et même le changement de population
qui
façonne l'environnement.
dans
Elle court, elle court, la banlieue, les conflits existent, ne sont pas à nier, mais sont avant tout générationnels.
Les
heurts restent encore discrets, peu de violence, encore moins de haine. Il n'y a pas de viol, pas de trafic.
On
ne tire pas sur la police et les commissariats ne sont pas barricadés derrière des pégrillages. Les médecins, ni les pompiers, ni les professeurs ne sont passés à tabac.
On
sent que l'époque
n
'imagine même pas de tels débordements.
La
banlieue est alors tenue en main par le Parti communiste qui, avec ses innombrables associations, crée et forge le lien social indispensable à ses populations.
Une
église matérialiste qui a son Saint-Siège à Moscou, remplaçant une église catholique en déclin. C'est ce monde-là que le capitalisme consumériste, les idéologies libertaires et l'immigration de masse s'apprêtent à détruire.
A
l'époque, l'État fait un effort financier considérable au service de la banlieue et de ses habitants.
Le
25 avril 1973, sous Georges Pompidou, on inaugure le boulevard périphérique qui facilite les liens entre Paris et sa banlieue.
Et
c'est le même pouvoir gaulliste qui lance les lignes de RER pour renforcer et supplanter les traditionnels trains de banlieue dépassés par l'afflux soudain de populations.
Mais
le RER, boulot dodo, fatigue ses nouvelles classes moyennes du tertiaire embourgeoisées par les Trente Glorieuses. Elle délaisse la banlieue, débarque dans les quartiers populaires de l'Est parisien et annonce sa gentrification et les futurs bobos.
La
place est libre dans les périphéries des grandes villes pour d'autres populations venues principalement du Maghreb et de l'Afrique.
Aujourd
'hui, elle court toujours la banlieue mais elle court à l'abîme. Elle ne le sait pas alors elle ne l'imagine même pas. Ce film restera à la trace enfouie d'un moment de bonheur fragile et ingénieux. Vingt ans après, le prochain film sur la banlieue s'intitulera
La
haine.
Michel
Delpeche est un de ces chanteurs talentueux et populaires qui incarnent l'avènement de la génération du baby boom.
Il
chante pour elle, il chante ses émois, ses découvertes, ses coups de cœur. Il chante aussi ses peines et ses choix. Avec une grande sensibilité, il est en train de former les contours d'un divorce banalisé et déculpabilisé. Plus question de se déchirer, plus question de s'inventer des fautes des adultères, des constats du huissier.
Il
est l'homme des arrangements et des compromis.
Il
est au-delà des rancunes, des mesquineries, des haines, même dans la rupture. Le cocu n'est plus furieux des ridicules.
Il
est compréhensif.
Tu pourrais même faire aussi
un
demi-frère à Stéphanie.
Ce
serait merveilleux pour elle. Michel Delpech le compte d'une voix affectueuse. Il fait la paix, pas la guerre.
Il
chante un nouveau mode de vie. Pendant des siècles, le mariage fut une institution essentielle à la stabilité des familles et à la société.
Le
divorce, rendu légal en 1884 mais resté au fond illégitime, doit rester exceptionnel. L'ensemble de la société, législateurs, justice, église, s'efforce donc de le limiter.
Une
société où la pérennité de la famille est préférée au bonheur des individus,
où
on ne divorce pas
pour
préserver les enfants.
Mais
au début des années 70, la libération des mœurs vécues de manière anarchique pousse à la multiplication des séparations.
Les
lourdeurs juridiques du divorce freinent une génération pressée et impatiente.
Les
femmes sont à la pointe de cette révolution. Elles poussent au mariage d'amour et veulent pouvoir refaire leur vie quand l'amour s'éloigne. Elles demandent le divorce quand leur époux les trahi ou quand elles ont trouvé une nouvelle âme seule.
Cette
chanson de Michel Delpech sous son air anodin annonçait une mutation des valeurs radicales.
Toute
l'histoire du divorce nous est annoncée en quelques vers.
La
souffrance ineffable des enfants, la négation des pères, les familles recomposées. Deux ans plus tard,
en
1975, une loi autorise
le
divorce par consentement mutuel.
D
'un côté, les grands, les super ou hypermarchés.
De
l'autre, les petits, les petits commerçants, les petits artisans, ceux qui ont trouvé cet été un défenseur acharné, Jean Royer.
En
ce début des années 70, Jean Royer est maire de Tours mais il est aussi ministre du commerce et de l'artisanat. Aux yeux de la gauche mais aussi de nombreux gaullistes et libéraux, il incarne la figure emblématique de l'infâme conservateur du réactionnaire Fieffet.
Il
connaît bien les petits commerçants de sa ville de Tours et a à cœur de les défendre.
C
'est à cette époque-là que s'installent dans les périphéries des villes les premiers supermarchés.
Le
premier hypermarché Carrefour, créé en 1963 par Marcel Fournier à Saint-Geneuve-des-Bois, est d'une superficie de 2500 mètres carrés avec 400 places de stationnement.
Pour
limiter la prolifération de ces grandes surfaces et défendre les petits commerçants, Jean Royer rédige une loi cadenas rendant obligatoire une autorisation administrative pour toute création de grandes surfaces supérieures à 1500 mètres carrés.
Il
faut tout aussi bien écarter le corporatisme que surtout écarter l'anarchie dans la prolifération des grandes surfaces qui conduiraient à écraser à l'amont les petits concurrents.
En
obtenant le vote de sa loi, Jean Royer a gagné une bataille.
Mais
il va perdre la guerre. Les hyper et les super devinrent à cette époque les temples de la nouvelle religion où on se précipitait en famille alors qu'on désertait les anciennes églises. Nos élites
faisaient
alors le choix qu'on allait payer des années plus tard du consommateur contre le producteur, des importations contre les exportations, des prix bas
contre
la qualité, de la finance contre l'industrie et de l'agrobusiness contre les paysans.
En
centre-ville, les rideaux se ferment les uns après les autres. Les rues se désertifient.
Les
commerces de bouche périclite. Seules, les boutiques de vêtements et de luxe subsistent.
Le
commerce urbain est devenu le royaume des succursalistes, des franchisés, des financiers.
Les
technocrates qui avaient favorisé l'essor de la grande distribution en sont devenus les patrons.
Aujourd
'hui, toutes les entrées de nos villes sont abîmées par des blocs d'usines et des panneaux publicitaires.
Mais
la grande distribution est intouchable, inattaquable, inatteignable, indéboulonnable.
Les
gouvernements tremblent devant un coup de gueule télévisuel de Michel-Edouard Leclerc. Bonjour, merci de m'accueillir.
ou
une pression discrète des patrons de carrefours ou de casinos. Il y a des financiers qui sont pour l'inflation et donc c'est un combat politique. Ce n'est pas qu'un combat entre distributeurs et industriels.
Les
politiques défendent le pouvoir d'achat.
La
grande distribution agit pour les prix bas.
Les
politiques luttent contre le chômage, en particulier celui des non qualifiés.
La
grande distribution aussi. 3 millions de salariés y travaillent, 20% des emplois privés. Ils créent entre 10 000 et 20 000 emplois par an. Et tant pis
si
3 emplois de proximité sont détruits pour un emploi créé dans la grande distribution. Celle-ci a forgé un nouveau prolétariat à la Zola, en majorité féminin, taillable et corvéable. A Merci.
La
religion des prix bas alimente le chômage de basse. Il y a dans chaque client de grande surface un consommateur qui détruit son propre emploi.
On
peut dire que les grandes surfaces ont été des pouces au crime de la désindustrialisation, de la délocalisation
et
de la malbouffe.
Le
20 mars 1974 sort dans les salles Les Valseuses de Bertrand Blier. Ce film-choc, interdit au moins de 18 ans, imprime sur pellicule l'esprit de la jeunesse
dans
les années 70.
« Ils
ne respectent rien. Ils sont jeunes, drôles, truculents.
Un
amoralisme joyeux les anime.
Ils
volent et squattent sans vergogne.
Les
deux compères des Valseuses prennent l'hexagone pour un grand self-service où ils se servent sans se gêner. Les deux garçons, interprétés avec un naturel exubérant par Gérard Depardieu et Patrick Devers, errent en liberté dans une France transformée en Far West en compagnie de leur égérie jouée par une actrice sortie du café-théâtre Miu Miu
qu
'ils partagent comme une bonne bouteille de vin sans se poser de questions éthiques ou sentimentales.
Le
film Les Valseuses met en scène une double subversion nihiliste.
Elle
fait de la sexualité ostentatoire et de la délinquance les ingrédients d'une formidable contre-culture qui va peu à peu subvertir puis remplacer. la culture traditionnelle. A partir des années 80, cette contre-culture deviendra culture officielle puis, avec l'arrivée de la gauche au pouvoir, elle deviendra culture d'État.
La
prison
et
la famille deviendront des objets de détestation identique. Toute la société en sera durablement déstabilisée. La délinquance en sortira renforcée, démultipliée, décuplée et les défenseurs de l'ordre
seront
désormais
affaiblis,
fragilisées, délégitimées.
Les
sociologues nous expliqueront doctement que, à l'instar de la différence des sexes, l'insécurité n'existe pas.
qu
'il n'y a qu'un sentiment d'insécurité qu'il faut combattre.
Ce
qu'il ne faudrait pas, c'est que la population française en général se crispe sur ses peurs, se crispe sur cette espèce de montée de la violence
qu
'on a quand même un petit peu fabriquée,
il
faut le dire, et du coup, renforce cette spirale en excluant davantage qui entraînera plus de violence, qui entraînera plus d 'exclusion, on ne s'en sortira pas. Très souvent, les jeunes reprocessent aux policiers d'avoir des méthodes trop sévères avec eux, voire d'être racistes. Quelle est votre position ? Absolument pas. C'est-à-dire, de notre part, non, aucun racisme. Mais bien sûr, du fait que une intervention se fait, automatiquement, si ce n'est pas un français, la personne qui est interpellée, elle pense à pour du racisme.
Ce que nous appelions délinquance
sera
appelé désormais victime. Et ce que nous appelions victime sera appelé désormais coupable.
ne
restera que le mépris d'une loi ridiculisée et des prédateurs arrogants qui s'empareront de tout ce qu'ils convoiteront jusqu'aux femmes
avec
la haine de la France
comme
drapeau.
Mesdames, messieurs, le débat entre les deux candidats, M. Valéry Giscard d'Estaing et M. François Mitterrand,
le
19 mai, vous élirez l'un de ces deux candidats président de la République.
Ce soir-là, 20 millions de Français assistent au duel télévisé entre le socialiste François Mitterrand et le libéral Valéry Giscard d'Estaing.
Nous
sommes à quelques jours du second tour de l'élection présidentielle.
Le
spectacle fut brillant, les duelistes talentueux. Jamais, jamais, leurs successeurs
ne
parvint à leur niveau.
Le
débat est élevé,
le
vocabulaire est riche,
les
échanges tendus.
Laissez-moi vous dire,
je vous venez de dire qu'elle ne correspond plus
à la réalité politique
française. Nous avons un débat précis,
il faut informer les Français. Je m'excuse d'avoir à vous
répéter que je l'ai déjà dit. L'histoire a retenu de tout le débat une réplique savamment préparée par Valéry Giscard d'Estaing et placée fort à propos.
Je vais vous dire quelque chose que je trouve toujours choquant et blessant
de
s'arroger le monopole du cœur. Vous n'avez pas, M. Mitterrand, le monopole du cœur. Vous ne
l
'avez pas.
J
'ai un cœur comme le vôtre qui bat sa cadence et qui est le mien. Vous n
'avez pas le monopole du cœur.
Mais
la vérité est que la suite
est
encore plus intéressante que cette formule célèbre. Je suis convaincu que si
je suis élu président de la République, les personnes âgées, les travailleurs au SMIC, les jeunes en ce qui concerne la formation scolaire, rurale ou citadine, M. Mitterrand, ils connaîtront exactement les mêmes réalisations que celles que vous ambitionnez de faire. Seulement, moi, je ferai ces réalisations à partir d'une économie en progrès. Alors que vous, vous avez l'idée étrange en réalité de vouloir faire ces réalisations
à
partir d'une économie brisée.
Les
Français croient alors qu'ils vont devoir faire un choix de société entre libéralisme et collectivisme.
En
réalité, les deux champions de la vie politique nationale des années 70 conduisaient le pays, sans le dire, peut-être même, sans s'en douter, vers le même modèle économique et social, à savoir la social-démocratie.
Alors, lorsque
Valéry Giscard d'Esta a gagné avec son libéralisme avancé,
il
a en vérité fait le lit
d
'une société libérée des carcans de la tradition
et
qui ne pourrait que se donner à la gauche
sept
ans plus tard.
L
'ordre
du
jour appelle la discussion du projet de loi relatif à l'interruption volontaire de la grossesse.
La
parole est à Mme le ministre de la Santé.
J
'interviens aujourd'hui à cette tribune
pour
proposer aux élus de la nation une profonde modification de la législation sur l'avortement, un projet
qui,
selon les termes même du président de la République,
a
pour objet de mettre fin à une situation de désordre et d'injustice
et
d'apporter une solution mesurée et humaine à un des problèmes les plus difficiles de notre temps.
Du
14 au 17 janvier 1975, l'Assemblée nationale a examiné un texte de loi devenu légendaire. Porté par Simone Veil, il légalisait l'interruption volontaire de grossesse.
Les
débats furent agités dans toute la société.
Les
militantes féministes réclament en toute priorité une sexualité heureuse et déchargée des angoissants problèmes matériels et elles revendiquent la contraception libre et gratuite et la liberté de l'avortement.
Dans
l'hémicycle comme dans l'opinion, c'est l'opposition entre le progrès et la réaction, entre la liberté des femmes et la répression par les hommes, entre les gentils et les méchants, entre la gauche et la droite.
Mais
pour une fois, essayons de regarder à travers les yeux des opposants, ceux qui ont perdu, les vaincus
et
le plus prestigieux d'entre eux, Michel Debray.
«
J'ai honte
de
l'ignorance dont font preuve au regard du bonheur humain
comme
au regard de la nation, les propagateurs ou les complices d'une action hostile à l'enfant.
»
Michou la colère. Ainsi l'appelait-on alors dans un sarcasme méprisant. Lorsque Michel Debray s'oppose à cette loi, il ne sort ni son revolver ni son crucifix. Il sort sa calculette. Il compte et il pleure. Il compte
les
enfants perdus, selon lui, par la France et il se lamente sur la puissance perdue à tout jamais. Il parle de démographie, il parle d'intérêt national dans la compétition mondiale.
« Il faut, dans les sociétés modernes, rééquilibrer les situations afin d'encourager conception et naissance.
Il
y va, mes chers collègues, de l'intérêt de la famille,
de
l'intérêt de la nation, de l'intérêt de la femme.
»
Mais son discours n'est pas entendu.
«
Pour 284, contre 189,
l
'Assemblée nationale a adopté.
» Ce
mouvement est irréversible, universel. Cette année-là, en 1975, l'ONU a décrété l'année de la femme et depuis lors,
la
baisse de la natalité française n'a cessé de s'aggraver.
Mais un
an plus tard, un décret pris discrètement par le gouvernement
va
régler, croit-on, cette question de la natalité française. Ce décret, pris le 29 avril 1976, instaure
le
regroupement familial.
Le
président Pompidou
a
fait venir des millions de travailleurs immigrés dans les usines françaises. Recrutés dans les campagnes algériennes et marocaines,
de
préférence à des citadins urbains trop éduqués, paradoxalement trop francisés.
Une
main-d'oeuvre
peu
chère
et
corvéable à Merci qui fait le bonheur des patrons du bâtiment et de l'automobile.
«
Nous avions exclusivement ou pratiquement exclusivement la main-d'oeuvre française.
Pour
arriver à l'attirer, nous serions obligés
de
la payer
25
et 30 % plus cher.
»
Quelques années plus tard,
le
président Giscard d'Estaing, lui,
pour
des raisons humanitaires, prendra un décret qui va changer
la
face de la France, le regroupement familial.
«
Nous voulons
encourager l'immigration familiale régulière, c'est-à-dire faire en sorte que les femmes étrangères utilisent le dispositif que nous avons mis en place.
Et
pour cela, nous avons prévu un certain nombre d'incitations, en particulier une prime d'installation qui couvrira en gros trois mois de loyer et qui permettra à la famille d'arriver avec un bon départ.
» Une
alliance improbable voit alors le jour entre, d'un côté, les humanistes, conseillers d'État, épiscopats ouverts sur le monde ou encore démocrates chrétiens et le patronat. Après la prise de ce décret, le 29 avril 1976, des centaines de milliers de femmes et d'enfants quittent leur douard
pour
rejoindre un mari ou un père qu'ils connaissent à peine. Aussitôt, pour les services sociaux et du logement, c'est le branle-bas de combats. Leur principe est simple, ces populations ne sont pas différentes des paysans français venus dans les villes au 19e siècle. Elles doivent donc être assimilées et éduquées à se servir d'une brosse à dents, d'un stylo, d'une machine à laver
et
à suivre les études de leurs enfants à l'école.
Quand
j'ai parlé du couscous, bien entendu, on ne donne pas du couscous à un bébé.
On
peut commencer à donner la semoule, oui, le jus, pas,
parce
que ça pique et puis ce n
'est
pas très bon pour lui.
Tout
le monde y croit
ou
fait semblant d'y croire, oubliant la prophétie du général de Gaulle comparant les arabes et les français à l'huile et au vinaigre. Au bout d'un moment, disait le général, ils se séparent. Quelques années avant sa mort, en 2020, le président Valéry Giscard d'Estaing reconnaîtra que le regroupement familial aura été sa plus grave erreur de son septennat.
Dupont
-Lajoie, le film d'Yves Boisset, c'est le racisme au coin de la rue. Ce film, nous allons le voir ce soir et nous devons nous demander à cette occasion si nous ne sommes pas un peu comme les personnages de ce film, comme ces français qui n'aiment pas les arabes, qui les chargent de tous les mots et qui n'hésitent pas parfois à les corriger comme, soi-disant, ils le méritent.
Dans son film, sorti au cinéma le 26 février 1975, Yves Boisset y dépeint une caricature du français beauf et raciste. Il est un peu question de tout ce qui préoccupe le français moyen, de tout ce qui vous préoccupe, de tout ce qui me préoccupe, c'est-à-dire la bouffe, le cul, la voiture, la télévision et, entre autres choses, aussi le racisme qui est un problème qui nous préoccupe tous. Ils sont laids, bêtes et méchants.
Ils
sont vulgaires et libidineux, xénophobes, misogynes et racistes.
Ils
jouent au tiercé, boivent des coups au comptoir et passent leurs vacances au camping. Jean Carmet et Ginette Garcin composent un couple de Thénardier-Séventis avec un rare talent. Cosette est joué par Isabelle Huppert au sortir de l'enfance. Elle meurt pour avoir résisté à la tentative de viol du père Thénardier qui la cache dans un chantier voisin pour faire accuser un travailleur immigré. Dans Dupont-la-Joye, Yves Boisset forge une mythologie.
Ces
Arabes superbes sont aux yeux de sa caméra les nouveaux prolétaires exploités et méprisés tandis que les ouvriers employés représentants de commerce de la petite bourgeoisie franchouillarde
sont
voués aux gémonies. Boisset n'est pas le seul à mépriser le peuple français. A la même époque, d'autres portent le fer dans la même plaie. Dans Hexagone, Renaud traite les Français de roi des cons.
La
France des Versaillais, la France de Vichy, la France des collabos, la France de la bêtise et de la haine, la France de Le Pen. Voici Hexagone.
Cabu
dessine les beaufs et Coluche brocard de Gérard, le père alcoolique qui reproche à son fils de fumer des pétards.
Gérard ! Pour
la première fois dans les années 70, les jeunes révoltés ne s'en prennent pas seulement aux classes supérieures, aristocratie ou bourgeoisie, mais aussi aux classes populaires. Quelques années plus tôt, ils ne juraient pourtant que par le prolétariat, le monde ouvrier, sanctifié et même idolâtré.
Mais
en mai 68, la rencontre de ces jeunes révoltés et de leurs héros prolétariens s'était mal passée. Les ouvriers, cornacés par la CGT, ont repoussé les gauchistes à la sortie des usines Renault.
Les
ouvriers ne voulaient pas faire la révolution,
mais
acquérir le confort petit-bourgeois.
Ils
ne désiraient pas détruire la société de consommation,
mais
y entraient.
Alors, cette
jeunesse trouvera son nouveau peuple élu, l'immigré, victime du peuple français, vulgaire et forcément raciste.
À
la fin du film, le jeune arabe dont le frère a été tué dans la ratonnade improvisée fait irruption dans le café de Jean Carmet avec une arme à la main.
Il
met en joue
et
tire.
Le
film s'achève
sur
un appel au meurtre.
Le
peuple français doit mourir.
Un
même collège pour tous. C'est un peu le slogan de la réforme de l'enseignement mise au point par M. Abhi et qu'il vient d'écrire dans le détail cet après-midi au cours d'une conférence de presse.
En
ce début d'année 1975, collégiens et lycéens envahissent les rues des grandes villes de France.
Abhi, ça suffit ! Ils
manifestent contre la loi Abhi du nom du ministre giscardien de l'éducation nationale. Pourtant, cette loi aspirée des revendications de la gauche devrait les réjouir puisqu'elle met en place le collège unique. Fini la sélection opérée entre les élèves dirigés vers l'enseignement général et ceux orientés vers l'enseignement technique.
Ça, la
réforme n'en veut plus.
Il
n'y aura plus de filière d'entrée en sixième.
Les
mêmes classes pour tous, les mêmes programmes pour tous. Et pour ceux qui sont à la traîne, un soutien particulier des professeurs.
Un
enfant doit avoir plusieurs années pour faire ses preuves.
«
Tout le monde ira dans un seul et même collège, le fameux collège unique dont on n'a pas fini de mesurer encore aujourd'hui les conséquences désastreuses. » 20% des élèves entrant en sixième
ne
savent pas déchiffrer un texte. S'adapter à eux, c'est cesser d'enseigner à tous les autres.
Très
vite, la violence s'est installée dans les classes sans parler des trafics et aujourd'hui du harcèlement.
Pour
échapper à ce désastre, les classes moyennes prennent d'assaut l'école privée.
Mais
pour comprendre ce désastre, il faut remonter des décennies en arrière.
Au
moment de la libération, le général de Gaulle, enferré dans son alliance avec les communistes pour éviter la guerre civile
et
se dégager d'une telle américaine arrogante, cède à la gauche
tous
les pouvoirs sur l'éducation nationale.
Les
communistes signèrent avec le fameux rapport Langevin-Vallon la feuille de route que la droite appliquera sans broncher.
C
'est d'abord l'école primaire qui est attaquée.
Elle
qui s'enorgueillissait à juste titre d'être la meilleure école du monde sera peu à peu détruite par les pédagogistes.
La
sélection républicaine par le mérite, par le travail est mise en cause. La transmission du savoir détenue par le maître est remplacée par la sacralisation de l'enfant qui devient l'acteur de la construction de ses savoirs.
Le
résultat est consternant.
abaissé
inexorablement les niveaux de l'école primaire
puis
du collège unique ne cesseront de dégringoler.
Face
à leur échec de plus en plus cruel les progressistes s'accrochent alors au fétichisme du diplôme. L'obtention du diplôme remplace l'acquisition du savoir.
Mais
à son tour
c
'est le diplôme
qui
ne vaut plus grand chose. 50 ans après la loi Habib
le
niveau s'écroule toujours davantage
année
après année.
Les
classements internationaux PISA sont une honte pour la France la reléguant au niveau de la Bulgarie ou de la Turquie. En 2023 le ministre de l'éducation nationale Gabriel Attal annonçait triomphalement le grand retour des classes de niveau.
On
se mettait à espérer la fin tant attendue du collège unique.
Là à
peine Gabriel Attal s'installait-il à Matignon en janvier 2024 que son successeur Ruth Grenelle la socialiste Nicole Belloubet faisait comprendre qu'elle ne donnerait pas corps à la promesse de son prédécesseur. Chez les syndicats de profs et la vieille garde des théoriciens du pédagogisme on respirait
on
avait eu chaud
on
ne change surtout pas
une
équipe qui perd.
Notre
époque a été tout entière dessinée par mai 68.
Nous
sommes tous qu'on le veuille ou non des enfants de mai 68 ou plutôt de la décennie qui a suivi car cette décennie 70 a mis tous les moyens au service de la destruction de l'ancien monde pour faire table rase du passé.
La
littérature et le cinéma la radio et la télévision la publicité la bande dessinée
l
'école l'université
les
syndicats ouvriers mais aussi patronaux
jusqu
'aux églises l'église catholique mais aussi les institutions juives et protestantes
sans
oublier les grands groupes économiques et même l'état et sa machine bureaucratique tous se sont mis au service de cette nouvelle idéologie de ces nouvelles idées cette nouvelle vision du monde né en mai 68
à
la fin des années 70 commence la désindustrialisation de notre pays et une époque confuse où le vieux monde tarde à mourir et où le nouveau s'impatience
alors place
aux années 80 et que la fête commence
et que
la fête
commence pour
les autres s
'impatience les années 90 entaires vont seむ