Eric Pliez, du Samu social de Paris : "On n'a pas été bon partout"
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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- 0:32OuverteRéponse directe
Pour vous, la priorité des priorités pour les populations en grande précarité, c'est quoi aujourd'hui ?
- 1:18OuverteRéponse directe
C'est-à-dire logement, éducation, etc. ?
- 1:43OuverteRéponse directe
La population en grande précarité a-t-elle évolué au fil des années ?
- 2:29OuverteRéponse directe
Comment avez-vous appréhendé ce changement ?
- 3:22OuverteRéponse directe
Est-ce qu'on va vers des logements pour les personnes en précarité, des vrais logements ?
- 4:30OuverteRéponse directe
Des alternatives à l'hébergement hôtelier, ce serait quoi exactement ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« On dit qu'il y a 9% de la population qui vit sous le seuil de pauvreté. »
- 2:24InvitéChiffre
« 16% de jeunes parmi les populations accueillies par nos centres. »
- 6:56InvitéChiffre
« 4000 gamins sortent de l'aide sociale à l'enfance tous les ans. »
- 7:15InvitéFait
« Aujourd'hui, ils n'ont pas le droit au RSH. »
- 7:44InvitéChiffre
« 30% du RSA n'est pas réclamé. »
- 8:29InvitéFait
« Je considère que ça marche plutôt mieux en France qu'ailleurs. »
Temps de parole
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France Inter, Laetitia Gaillet, le 6-9 de l'été. 8h19, bonjour Eric Plièze. Bonjour. Eric Plièze, président du SAMU Social, vous dirigez également l'Aurore, une association qui travaille à l'hébergement, l'accompagnement et les soins des personnes en situation de précarité ou d'exclusion vers une insertion professionnelle ou sociale. Le gouvernement, Eric Plièze, a fait sa rentrée cette semaine. Et parmi les grandes annonces attendues, on l'a dit, il y aura le plan pauvreté. Agnès Buzyn, la ministre de la Centrée, devrait le présenter mi-septembre.
Eric Plièze, avant de parler des pistes envisagées dont on a entendu parler pour ce plan, pour vous qui êtes un acteur du terrain, la priorité des priorités pour ces populations en grande précarité, c'est quoi aujourd'hui ?
La priorité des priorités pour moi, c'est de donner un toit et une capacité à travailler à chacun. Parce que je pense que la pauvreté ne se saucissonne pas. Et la pauvreté des enfants qu'on met en avant dans ce plan, c'est d'abord la pauvreté des parents. C'est bien d'un ensemble sur lequel il faut agir aujourd'hui. C'est-à-dire à la fois, évidemment, travailler à ce que les générations futures aient plus de chance, mais aussi que leurs parents puissent dignement, vivre dignement aujourd'hui, avoir un emploi ou ne pas vivre dans des logements insalubres qui donnent des drames comme ceux qu'on a vus à Aubervilliers cette semaine.
Oui, il y a eu un incendie. Vous le dites, c'est un tout ? C'est-à-dire logement, éducation, etc. ?
Logement, éducation, santé, et puis travail, ou activité en tout cas pour ceux qui sont le plus loin du travail, leur permettre de remettre à pied à l'étrier d'une activité, ce qui me semble indispensable et un des éléments fondateurs d'une remise en route.
Éric Pliese, la population aujourd'hui en grande précarité, c'est une population qui a évolué au fil des années ?
Oui, bien sûr. On dit qu'il y a 9% de la population qui vit sous le seuil de pauvreté. Ça, c'est une chose. Maintenant, ce qu'on voit, nous, au SAMU Social, très clairement, c'est qu'on est passé essentiellement, il y a 20 ans, d'hommes isolés à la rue, plutôt vieillissants. Aujourd'hui, toute la population peut se retrouver dehors. On a une majorité de familles qui sont accueillies. En Ile-de-France, par exemple, sur 80 000 places d'hébergement, la moitié sont occupées par des familles, souvent à l'hôtel, on pourrait y revenir, c'est un des sujets du plan. Mais aussi des femmes seules, 10% du public qui appelle le 115 aujourd'hui. Des jeunes, des vieux.
16% de jeunes parmi les populations accueillies par nos centres.
Et c'est à ce point-là, ce changement, en fait, vous, comment vous l'avez appréhendé, en fait ?
Je pense qu'on n'a pas été bon partout. L'arrivée des familles, au départ, ça a été vécu comme quelque chose de marginal. Donc, on a mis les premières familles à l'hôtel parce qu'il n'y avait pas de centre d'hébergement dédié à ces familles. Et puis, on s'est retrouvés après complètement débordés. Ce qui nous donne aujourd'hui, comme je vous le disais, en Ile-de-France, plus de 40 000 personnes qui, chaque nuit, sont accueillies dans des hôtels et qui vivent mal parce qu'elles ne peuvent pas se faire à manger, parce que les enfants sont très loin des écoles, parce que les gens sont très perdus, très isolés dans ces hôtels. Donc, ça fait partie d'un des axes, à mon avis, importants du plan.
Comment on sort de cette logique de l'hôtel pour aller vers des hébergements plus dignes qui vont mieux accompagner les personnes.
Vous avez fait partie, le SAMU social a fait partie des travaux autour de ce plan pauvreté. Vous parlez de l'hôtel. Est-ce que là, vraiment, on a quelque chose ? Vous êtes entendu sur ce sujet-là, c'est-à-dire qu'on va vers des logements pour des personnes en précarité, des vrais logements ?
Écoutez, moi, il y a des propositions très intéressantes dans le plan. Après, on va y revenir. L'inquiétude, après, c'est effectivement quels seront les arbitrages budgétaires de ce plan et qu'est-ce qui sera mis en avant. Oui, l'idée, c'est quand même de favoriser l'accès au logement des personnes. En même temps, on sait que c'est là que ça bloque pour certains. Un, on manque de logements accessibles, en tout cas dans les zones tendues comme l'Île-de-France. Deux, on a aussi des personnes qui sont sur le territoire depuis de nombreuses années et en situation non régularisée.
C'est pour ça que nous, on défend au moins un droit à l'accès à un travail qui permettra à ces personnes, au bout de deux ans sur le territoire, de pouvoir sortir de cette situation de dépendance, quelque part, du système de l'hébergement. Donc, on voit que c'est un plan d'ensemble qui est à développer. Et oui, parmi les propositions, les alternatives à ces réponses hôtelières figurent en bonne tête et j'espère qu'elles seront reprises.
Effectivement, des alternatives, ce serait quoi ? C'est un logement, ce serait quoi exactement ?
Les alternatives idéales, c'est évidemment un logement pérenne pour tous, mais on sait que ça va mettre du temps. Donc, ça peut être aussi des systèmes de co-logement, de co-hébergement, de co-location. Ça peut être des systèmes aussi d'occupation de sites temporaires, par exemple, installer des modulaires sur des fonciers vacants. Il y en a en Ile-de-France. Et à mon avis, d'ailleurs, sur ce type de territoire, c'est effectivement sortir d'une logique strictement « chacun ses pauvres, Paris garde ses pauvres, la banlieue n'en veut pas », mais d'un partage équilibré, harmonieux. Et je pense qu'on a des territoires qui permettent largement d'accueillir ces personnes.
Éric Plièze, dans ce plan pauvreté, on connaît la philosophie générale, pas de nouvelles aides, mais un accompagnement réel vers l'activité, la santé, le logement et l'éducation. Vous le dites aussi, les enfants sont la priorité. C'est vraiment à tout niveau. On vient de parler du logement, mais pour la jeunesse, ça commence dès tout petit.
Oui, si vous voulez, c'est...
Il y a quand même une phrase d'Agnès Buzyn, excusez-moi, il y a quand même une phrase d'Agnès Buzyn qu'on a retenue, en fait, qui était de dire « on construit des générations, finalement, de pauvres, entre guillemets ».
Je crois qu'il faut à la fois s'attaquer aux racines, préparer les générations futures, et en même temps, on sait bien que ces générations futures, d'abord, l'égalité parfaite n'existera pas, les gens peuvent être victimes d'accidents de la vie, notre boulot à nous, c'est de prendre en charge les accidentés de la vie, et je pense que le rôle de l'État, c'est de corriger ces accidents de la vie. Donc oui, bien sûr, il faut démarrer avec les enfants, on a tous admis cet angle d'attaque, mais en considérant qu'on est vraiment dans un ensemble, où, de toute façon, la pauvreté, c'est aussi les parents qui la vivent, et c'est l'exemple des parents qui va aussi construire ces enfants.
C'est-à-dire qu'on peut donner un petit déjeuner dans les écoles tous les matins aux enfants, si les parents continuent d'être chômeurs à la maison et de déprimer de ça, on n'avancera pas. Donc c'est vraiment un ensemble, donc je pense que, oui, c'est bien d'aborder par les enfants, mais c'est bien un ensemble de sujets qu'on doit traiter sur ce plan.
Et ça va, alors, on parle des enfants, il y a pour les jeunes en précarité, il y a une proposition, en tout cas parmi les pistes envisagées, la formation pour ces jeunes obligatoires jusqu'à 18 ans.
Je pense que c'est très important de maintenir la jeunesse en formation, de l'inciter, de l'accompagner pour qu'elle y reste. C'est très important aussi d'aider ces jeunes de 16-25 ans. 4000 gamins sortent de l'aide sociale à l'enfance tous les ans, on en retrouve une grosse partie dans nos centres d'hébergement. Parce qu'à 18 ans, tout d'un coup, ils sortent sèchement. Il ne faut plus de sorties sèches de l'aide sociale à l'enfance, c'est une des propositions. Ensuite, je considère, moi, que les jeunes de 16-25 ans doivent avoir des ressources minimums. Aujourd'hui, ils n'ont pas le droit au RSH. Je vous disais, 16% des publics accueillis en hébergement sont des jeunes de 16 à 25 ans.
Il faut changer ce curseur aussi et rapidement.
Alors, on a l'impression que toutes les pistes qui sont envisagées, ça résulte quelque part du bon sens. Mais pourquoi on n'y est pas arrivé avant ? Pourquoi on n'y est pas...
Je pense que d'abord, il y a un problème de moyens. Réduire, permettre un meilleur recours aux prestations sociales, 30% du RSA n'est pas réclamé, ça veut dire des investissements supplémentaires. Donc, il y a des choix, je pense, budgétaires et donc politiques à faire. Et puis, effectivement, je pense qu'aujourd'hui, on s'aperçoit qu'on a beaucoup de politiques et d'interventions sociales qui sont très cloisonnées. Et je pense que rechercher le décloisonnement et travailler sur un ensemble, me paraît là une mesure de bon sens qui peut-être n'a pas été suffisamment abordée jusqu'ici.
Éric Plièze, on a créé le RMI en 88, la CMU en 99, le RSA en 2009, les emplois d'avenir pour les jeunes en difficulté en 2012. Chaque gouvernement a eu ces mesures. Alors, la question, je vous la repose, pourquoi ça ne marche pas ? C'est parce qu'il n'y a pas de cohérence et que là, on va, d'un coup de baguette magique, avoir une cohérence d'ensemble que le gouvernement Macron va mettre en place ?
Moi, je considère que ça marche plutôt mieux en France qu'ailleurs. Je considère que la protection sociale en France a beaucoup protégé les populations pendant cette période de crise dont nous sortons. Donc, je ne suis pas certain que ces mesures n'aient pas marché. Après, elles peuvent aller plus loin, elles peuvent être beaucoup plus...
Elles en méritent d'exister en tout cas, mais elles n'ont pas résolu tous les problèmes.
Non, mais je ne suis pas sûr qu'il y ait beaucoup de pays qui aient résolu tous les problèmes. Après, je pense qu'on n'a pas été assez loin. Je pense que l'ambition... Nous avons besoin aujourd'hui, effectivement, d'une politique globale, d'une politique publique cohérente et, comme je le disais, qui doit prendre aussi en compte le fait que les accidents de la vie arriveront dans toutes les sociétés.
Et vous êtes confiant là ?
Écoutez, j'ai bon espoir. Je pense que le plan est bon, je pense que le plan est ambitieux et j'espère que le gouvernement suivra les propositions de ce plan au maximum.
En tout cas, on attend les arbitrages et donc ce sera mi-septembre. Dernière question, très rapidement. Il n'y a pas un côté désespérant ? Vous êtes un acteur de terrain depuis longtemps, mais à chaque fois, il n'y a pas un côté désespérant de se dire...
On a de belles réussites, c'est ce qui nous aide à continuer.
Ce sera la phrase d'optimisme du jour. Merci Éric Pliese, président du Samu Social, d'avoir répondu à nos questions.