Législatives : "Mon objectif n'est pas de refaire la majorité présidentielle", assure Édouard Philippe
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
France Inter. Législative 2024. Nicolas Demorand. Et avec Yael Gauze, nous recevons ce matin le président du parti Horizon, maire du Havre, ancien Premier ministre d'Emmanuel Macron. Question, réaction, 0145 24 7000 pour le standard ou sinon l'application France Inter. Edouard Philippe, bonjour. Bonjour. Et bienvenue à ce micro à quatre jours du premier tour des législatives. On va évidemment parler de votre programme, de vos candidats Horizon, de l'avenir de ce qu'on appelle encore la majorité présidentielle. Mais un mot d'abord sur ce sondage paru hier pour le quotidien L'Opinion et la fondation Jean Jaurès. Il analysait les émotions qui traversent les Français depuis la dissolution.
Quatre sentiments dominent la fatigue, la colère, la tristesse et la peur. Ces sentiments vous traversent-ils aussi parfois ces derniers jours, Edouard Philippe ? Et qu'avez-vous à dire ce matin aux Français qui les éprouvent ?
La fatigue, non. Mais je n'ai pas lu l'étude dont vous parlez. Mais je trouve que ce qu'elle révèle correspond, je dois dire, assez bien à ce que je ressens. Je suis beaucoup en campagne aujourd'hui, enfin depuis le début de cette campagne législative, depuis d'ailleurs la campagne européenne. Et donc je me promène beaucoup en France, je rencontre beaucoup de Françaises et de Français. Et je ressens, je dois dire très clairement, cette inquiétude, cette colère. Peut-être un peu cette fatigue.
J'ai été frappé du nombre de gens qui me disent qu'ils auraient aimé, après cette élection européenne, dans la perspective à la fois des Jeux Olympiques, du championnat d'Europe de football, d'un été qui arrivait. Souffler un peu ? Souffler un peu, c'est vrai. Donc il y a ça. Je trouve que les mots que vous utilisez et qui sont décrits par cette étude correspondent très bien.
Et la peur, vous la sentez aussi ?
Oui, je sens une très forte inquiétude et une certaine colère. Beaucoup de gens sont désarçonnés, ne savent pas dans quel sens le pays va aller, ne savent pas si sa stabilité politique est garantie. Donc oui, il y a une vraie inquiétude qui s'exprime, c'est vrai.
Il y a les mots de l'émotion, il y a les mots aussi du chef de l'État, qui dans un entretien fleuve accordé à un podcast lundi, évoquait la perspective d'une guerre civile au soir du second tour, si les extrêmes, je le cite, l'emportent. Est-ce que le président ne crée pas lui aussi un climat anxiogène, voire éruptif dans le pays par ces mots ?
Moi, je pense qu'il faut que tout le monde ait en tête que nous vivons dans une démocratie. Elle n'est pas toujours célébrée, elle est probablement imparfaite, mais elle est une vieille et belle démocratie, néanmoins. Dans une démocratie, il y a quelques principes qui sont intangibles et pour lesquels il faut se battre. D'abord le respect de la loi, le respect de la constitution, et puis le fait que les résultats qui sont issus de l'élection sont souverains. C'est le peuple qui s'exprime. C'est d'ailleurs une très grande responsabilité, mais c'est le peuple qui s'exprime. On ne peut pas mettre en cause, avant les résultats d'une élection, les résultats de cette élection.
Et on doit accepter, lorsqu'on est un démocrate, le résultat de l'élection. Et ça vaut pour tout le monde. C'est un fait. Donc ça, c'est la première chose qu'il faut dire. Et je vois bien des gens dire, si tel gagne, ou si tel autre gagne, alors nous n'obéirons pas, ou nous ne respecterons pas. Je crois que c'est fondamentalement se placer en dehors du pacte démocratique qui nous lie tous. C'est la première chose que je veux dire. La deuxième chose que je veux dire, c'est que nous sommes dans un pays où la société est tendue. Nous sommes dans un pays qui est souvent prompt, et il l'a montré dans son histoire, à des très grandes divisions. Et à des très grandes tensions.
Et ce n'est pas parce que ça a existé qu'il faut dire que ça n'est pas grave. C'est un fait. Et je pense que les responsables politiques, quels que soient leurs choix, quels que soient leurs orientations, quels que soient leurs convictions, même d'une certaine façon, doivent d'abord et avant tout rappeler et appeler aux valeurs du rassemblement. C'est très facile d'exister en clivant. C'est très facile d'exister en parlant à une petite section de la société, à une petite section du peuple, en disant, nous avons raison, ils ont tort, nous sommes dans le vrai, ils sont dans le faux. C'est assez facile. Le président n'aurait donc pas dû dire ça ?
Ce n'est pas du tout ce que je suis en train de dire. Vous voyez bien que quand je parle de cela, je ne parle pas du président de la République. Mais je voudrais dire que, et c'est ce que j'essaie de faire, comme maire du Havre, et comme responsable politique, je pense que nous devons en permanence veiller au rassemblement, veiller à l'ouverture. Si dans cette campagne, j'appelle à une nouvelle majorité parlementaire, constituée par des forces politiques qui ne sont pas simplement celles qui existaient dans feu la majorité présidentielle, c'est bien, dans cette optique, d'essayer de construire avec des bases politiques plus larges, un mouvement qui permette à la France d'avancer.
C'est ce que j'essaie de faire au Havre, et ça me paraît indispensable. Et je pense qu'il est utile, dans ce moment, de très grande inquiétude, de très grande tension, et peut-être même aussi de colère, que des voix s'expriment en rappelant les fondements de la démocratie, et en expliquant que nous avons besoin de travailler ensemble.
Avez-vous des électeurs RN autour de vous, Edouard Philippe, parmi vos proches, des amis, de la famille ? J'ai mécaniquement
des électeurs RN. Je parle de vos proches. Je ne crois pas... Oui, oui, la réponse est oui. Vous leur dites quoi ? D'abord, pardon, mais je ne crois pas qu'un électeur RN soit un électeur RN pour toutes les élections, pour toute la vie, dans toutes les circonstances. Voter aux Européennes pour le Rassemblement National, ça ne veut pas dire que l'on va voter au Rassemblement National pour des élections législatives ou pour des élections municipales. Ça ne veut pas dire qu'on absorbe tout le programme, toute la doctrine. Je ne crois pas que ça veut dire ça. Je pense que les choses sont plus complexes que ça, et que... Bon, ça, c'est la première chose.
La deuxième chose, c'est que j'ai rencontré plein d'électeurs RN dans cette campagne. J'ai fait une réunion dans un café à Suip. Suip, je peux vous dire que le Rassemblement National aux dernières élections européennes a fait un score élevé. Suip, c'est dans la Marne. Bon, j'ai discuté avec des gens qui avaient voté pour le Rassemblement National. D'abord, un mot pour vous dire que cette discussion a été possible. Ça a été une discussion calme, une discussion claire, je dois dire. Vous les avez fait changer d'avis ? Je ne sais pas. Mais en tout cas, je leur ai dit ce que je croyais, ils m'ont dit ce qu'ils croyaient, et nous avons eu un débat démocratique.
Et je pense que c'est très heureux de dire que l'on peut avoir, et que l'on doit avoir un débat démocratique. D'ailleurs, pardon, mais ça sert à ça une campagne électorale. Donc, oui, bien sûr, je connais, oui, bien sûr, j'ai dans mon entourage des gens qui votent au Rassemblement National, et j'essaie de leur dire les risques qui s'attachent à une domination du Rassemblement National sur l'Assemblée et sur le pays demain. Pourquoi je ne suis pas d'accord avec un certain nombre des propositions qui sont formulées ? Je n'en vois pas d'anathème, mais je fais part de des accords qui sont extrêmement profonds, extrêmement fermes.
Le pays est divisé, vous l'avez dit, fracturé, il y a de la fatigue, de la peur. Vous avez été Premier ministre d'Emmanuel Macron, membre de cette majorité présidentielle depuis des années. Quelle responsabilité avez-vous, vous, Edouard Philippe, dans la situation actuelle de la France ? Une part. Laquelle ? J'ai du mal à la quantifier,
mais une part. Non, on ne demande pas des pourcents, mais une description. J'ai une part de responsabilité. J'ai été maire d'une grande ville depuis 2010, Premier ministre pendant trois ans, député dans l'opposition de 2012 à 2017. Je me suis exprimé, j'ai fait des choses, j'ai tenté des choses, j'ai réussi des choses, j'ai raté des choses. J'ai une part de responsabilité, comme tous les responsables politiques, et permettez-moi de dire, pas seulement les responsables politiques, comme tous nos concitoyens et nos concitoyens ont une part de responsabilité. C'est ça une démocratie.
J'ai une part peut-être un peu plus grande parce qu'effectivement, j'ai eu l'honneur d'exercer des responsabilités importantes à Matignon. Est-ce que ça veut dire qu'il faut jeter le bébé avec l'eau du bain ? Je voudrais dire que, alors même que j'ai conscience, et que je le dis très clairement, de ne pas avoir tout réussi, de ne pas avoir tout bien fait, je voudrais dire quand même que dans les trois années où j'ai été Premier ministre, le déficit en France a baissé. Je voudrais dire que pendant ces trois années, le chômage a baissé, et a baissé massivement. Je fais partie d'une génération qui est venue à la réflexion publique. J'étais tout petit, j'avais 11, 12 ans au début des années 80.
Bon, à partir du début des années 80, la problématique systématique dont on parle dans le débat public, c'est le chômage. Le chômage de masse. Le chômage qu'on n'arrive pas à faire baisser. Je constate que, dans ces trois années que j'ai passé à Matignon, et ensuite, le chômage, il a effectivement baissé. L'apprentissage a effectivement augmenté. Les investissements en France ont effectivement augmenté. On a créé plus d'emplois industriels qu'on en a détruit et c'était la première fois depuis très longtemps. Donc, je ne dis pas que tout va bien.
Mais décrire la France après ces sept années ou après les trois années que j'ai passé à Matignon comme une France où rien n'irait, c'est aussi, d'une certaine façon, une facilité de langage qui ne correspond pas à la réalité. Qu'est-ce qui fait grimper l'ERN alors ? Beaucoup de choses qui viennent se conjuguer. un appauvrissement des classes moyennes populaires dont, Nicolas Demorand, vous savez parfaitement qu'il n'est pas propre à la France.
Ce déclassement, ce appauvrissement relatif et parfois absolu des classes moyennes populaires, c'est-à-dire de Françaises et de Français qui travaillent, c'est un phénomène qui est très net en France, qui est plutôt moins net en France d'ailleurs que dans d'autres pays, mais qui affecte tous les pays d'Europe occidentale et qui crée partout en Europe occidentale une colère, un déclassement et une envie de renverser la table politique qui s'est exprimée en Italie, qui s'est exprimée au Royaume-Uni et qui continue à s'exprimer en Allemagne. Donc, le phénomène, il n'est pas spécifique à la France. Ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas des causes françaises, mais il n'est pas spécifique.
Le déclassement, la difficulté que nous avons à répondre à des interrogations et à des problèmes que vivent les Français en matière de sécurité, en matière d'accès aux services publics, en matière d'éloignement des centres de décision, puisqu'on a l'impression qu'on n'a plus prise sur le monde. Tout ça, c'est vrai, tout ça, ça existe et tout ça, il faut bien le reconnaître, nous n'avons pas réussi à apporter des réponses suffisantes. Mais ça ne veut pas dire et après tout, on a le droit d'avoir un discours nuancé. Si on ne peut pas avoir un discours nuancé à cette antenne, on ne pourra l'avoir nulle part.
Bon, on a le droit aussi de dire que dans ces dernières années, il y a des choses qui ont été faites et qui permettent d'aller dans le bon sens.
On en revient à la campagne.
La nuance est minoritaire. La nuance... Dans l'époque. La nuance et essayer d'avoir un constat objectif sur les choses, c'est le socle sur lequel on peut s'appuyer pour avoir un débat démocratique. Et il faut le revendiquer. Je connais trop de gens qui aiment cliver, je connais trop de gens qui aiment raser gratis, je connais trop de gens qui prospèrent en politique sur des affirmations simplistes.
Alors le débat démocratique, justement, on en revient à la campagne. J-4, avant le premier tour, votre parti Horizon présente 82 candidats, c'était 58 en 2022. Horizon qui va seul à l'élection sous ses propres couleurs. Vous ne vous êtes pas enregistré en préfecture sous l'étiquette commune ensemble des différentes parties de la coalition présidentielle. Est-ce une émancipation ? Est-ce une rupture ? Écoutez, je suis attaché en toute matière à mon indépendance.
Indépendance d'esprit, autant que c'est souhaitable, c'est-à-dire absolu, et indépendance politique et indépendance financière. J'y suis extrêmement attaché et il se trouve que le parti que j'ai créé, Horizon, créé en 2021, a grandi. On a aujourd'hui près de 27 000, un peu plus de 27 000 adhérents à jour de cotisation. On a beaucoup d'élus locaux qui nous ont rejoints et nous avons considéré que nous pouvions assumer cette indépendance. Mais je voudrais vous dire que l'indépendance, ça ne veut pas dire l'isolement. Ça ne veut pas dire un splendide isolement. L'indépendance, c'est au contraire la capacité qu'on a à choisir librement de travailler avec d'autres.
Et vous aurez remarqué dans cette campagne majorité parlementaire.
Avec un cordon coupé avec Emmanuel Macron ?
C'est-à-dire un travail avec des forces politiques qui étaient à l'intérieur de la majorité présidentielle jusqu'à présent et avec des forces politiques qui avaient choisi et après toussé leur droit de ne pas y être. Et donc, moi, je veux travailler avec d'autres. Vous avez dit
qu'Emmanuel Macron avait tué la majorité présidentielle.
Le mot tué, le mot effort, ça signifie quoi d'ailleurs ? J'ai pris acte de ce qu'il avait lui-même en prononçant la dissolution de l'Assemblée nationale mis un terme à la majorité parlementaire telle qu'elle était sortie des urnes en 2022. Ça n'est pas moi qui l'ai décidé. Ça n'est pas vous. C'est le président de la République. On sent un reproche, un regret d'ailleurs. C'est le président de la République qui l'a fait. J'en prends acte. Et je veux construire non pas la même chose mais quelque chose qui soit plus large, plus stable et plus ouvert. Donc, cette indépendance que je revendique, elle n'est pas un isolement.
Elle est au contraire le moyen, me semble-t-il, de travailler avec d'autres et de construire avec d'autres. Est-ce la fin du macronisme, Édouard Philippe ? Écoutez, je ne sais pas si c'est la fin du macronisme. Ce que je sais, c'est que c'est une élection qui est absolument décisive. Je sais qu'en France, on aime à la fois tout ramener au président de la République et on aime déplorer que tout soit ramené au président de la République. Honnêtement, ces deux sentiments sont extrêmement puissants et je suis certain que si on prend une tranche de matinale de trois heures, vous les entendrez tous les deux formulés à des moments. Ça fait partie des magnifiques contradictions françaises.
Je me permets d'indiquer que l'élection législative que nous allons trancher le 30 juin et le 7 juillet n'est pas une élection présidentielle, qu'Emmanuel Macron n'est pas candidat à l'élection législative et qu'il s'agit pour les Françaises et pour les Français souverainement de déterminer la majorité et donc le gouvernement et donc la direction dans laquelle la France s'engage dans les années qui viennent.
Bon, là, on prend la direction du standard. Gilles, bonjour.
Oui, bonjour.
Gilles Lagrenneuble.
Oui, Gilles Lagrenneuble, c'est ça. Bonjour M. le Premier ministre. Bonjour M. Gose. Bonjour M. Demeurant. Bonjour. Voilà, je vous trouve, M. le Premier ministre, un peu sévère avec le Président de la République. Après tout, vous lui devez d'avoir été Premier ministre sans avoir été très très connu sauf au Havre. Certes, cette dissolution avant les yeux n'est pas l'idéal mais y a-t-il une date idéale ? Cette dissolution ne serait-elle pas arrivée dans quelques mois et nous serons dans la même situation difficile ? N'êtes-vous pas un peu dans la logique où on casse le thermomètre ?
Personnellement, je préfère le comportement de Gabriel Attal qui se bat comme un lion et je reste optimiste, je n'exclus pas la constitution du plafond de verre contre le Rassemblement National. Je vous remercie.
Merci à vous, Gilles, pour cette intervention. Edouard Philippe vous répond. Merci beaucoup.
Écoutez, vous avez raison de dire qu'il faut se battre et personnellement, je me bats très activement dans cette campagne électorale. Je fais des déplacements tous les jours, je vais soutenir des candidats qui ne sont d'ailleurs pas simplement monsieur des candidats horizon, qui sont des candidats qui s'inscrivent dans cette nouvelle majorité parlementaire que j'appelle de mes voeux. Parfois ce sont des candidats modem, parfois ce sont des candidats renaissance. Je le fais avec plaisir et avec combativité. Je ne suis pas exagérément dur avec le président de la République.
Je dis ce que je pense, je lui dois le respect parce qu'il est président de la République et j'ai le respect des institutions. J'ai été, je crois, d'une parfaite loyauté avec lui lorsque j'étais Premier ministre et c'est naturel car quand on est Premier ministre et quand on est Premier ministre choisi disposant d'une majorité qui s'inscrit dans l'action du Président, c'est comme ça qu'il faut être. Mais je ne peux pas renoncer à ma liberté de parole. Je ne peux pas ne pas constater que cette dissolution et la façon dont elle a été conduite ont mis un terme à ce qui était sorti des urnes en 2022. Et je ne crois pas qu'il faille essayer de recommencer la même chose.
Je pense qu'il faut avec ceux qui étaient dans la majorité présidentielle mais dans une logique un peu nouvelle, plus ouverte, créer une nouvelle majorité parlementaire avec des forces politiques qui s'inscrivent dans ce grand bloc central que j'appelle de mes voeux. Et je ne suis pas sûr, contrairement à ce que vous disiez, que le Premier ministre actuel dise des choses qui soient si différentes.
Justement, vous parliez de votre bloc nouveau à imaginer qui irait de la gauche midérandienne, vous dites, à la droite conservatrice. De la gauche sociale-démocrate.
C'est-à-dire de cette gauche qui existe, qui électoralement aujourd'hui a du mal à exister, mais qui s'est exprimée autour notamment de Raphaël Glucksmann. C'est-à-dire d'une gauche pro-européenne. C'est-à-dire d'une gauche qui ne renonce pas à l'économie de marché, mais qui sait qu'il faut l'encadrer. Jusqu'aux républicains. C'est-à-dire d'une gauche qui peut et a l'habitude de discuter et de travailler, c'est souvent vrai localement, avec des forces politiques qui ne sont pas simplement LFI et la partie la plus gauche et la plus dure
du Front Populaire. Mais soyons pragmatiques, est-ce que vous pensez que des sociodémocrates, même ceux qui n'ont pas rejoint le Front Populaire, peuvent suivre la majorité, vous, quand elle durcit les règles de l'assurance chômage par décret, quand elle fait la loi immigration ou quand elle réforme les retraites ? Mais mon objectif
n'est pas de refaire la majorité présidentielle. Et je vous remercie de m'offrir la possibilité de le dire à nouveau. Mon objectif, ce que je souhaite, ce que je propose, ce pourquoi je me bats avant le premier tour pour avoir une chance de le faire après le second, c'est de tendre la main aux forces politiques qui ne sont pas dans la majorité présidentielle, qui ne veulent pas rentrer dans la majorité présidentielle, mais qui peuvent s'entendre pour faire le constat qu'un certain nombre de mesures prioritaires sont bonnes pour le pays en matière d'éducation, en matière de défense, en matière de justice, dans beaucoup de domaines où nous pouvons faire avancer le pays.
Ce que je dis semble curieux en France et pourtant, c'est la norme ailleurs. C'est la norme dans toutes les grandes démocraties parlementaires. C'est même ce qui se pratique à certains égards dans les collectivités territoriales. Dans ma majorité au Havre, et je suis heureux de parler du Havre à cette antenne, dans ma majorité du Havre, il n'y a pas un parti monocolore. Ça n'existe pas. Il y a des gens qui viennent de la droite conservatrice, il y a des gens qui viennent de la gauche. Et ensemble, ils s'entendent sur un projet dont ils considèrent qu'il permet de faire avancer le Havre dans le bon sens. C'est ça que je propose aux Françaises et aux Français.
C'est ça que je propose aux forces politiques en leur disant acceptons l'idée après l'élection de parler, de travailler ensemble et de voir comment on peut faire avancer le pays. Ça me paraît être du bon sens et je suis certain, je suis certain qu'un très grand nombre de Françaises et de Français n'ont pas envie d'être prisonniers du piège mortifère dans lequel on les enferme entre LFI d'un côté et le Rassemblement National de l'autre.
Daniel est au standard. Daniel, bonjour. Bonjour. Vous nous appelez de Villeurbanne. Oui. D'abord, merci France Inter de prendre ma question.
Merci à vous.
Merci France Inter dont je demeure malgré tout un auditeur réitéré. Et voilà ma question. En cas de triangulaire, au second tour, si le Rassemblement National est en tête et si vous pouvez vous maintenir, un, est-ce que vous vous maintenez ? Deux, vous vous désistez et dans ce cas-là, est-ce que vous vous désistez avec consigne de vote ou sans consigne de vote ? Merci. Merci Daniel. La question est très précise et la réponse doit l'être aussi. Edouard Philippe.
Alors c'est une très bonne question, monsieur. Je vous remercie de me l'avoir posée. Je ne vais pas y répondre. Mais je vais vous dire pourquoi je n'y réponds. D'abord, j'y répondrai mais j'y répondrai le moment venu. Je ne vais pas y répondre non pas du tout parce que ce serait une mauvaise question. Je ne vais pas y répondre parce qu'elle est à l'opposé de ce pourquoi aujourd'hui, je me bats. Aujourd'hui, je me bats pour le premier tour et je me bats pour que dans le maximum de circonscriptions et si possible dans toutes les circonscriptions, nous nous trouvions justement dans une situation qui ne soit pas le face-à-face entre LFI et le Rassemblement National.
Et donc, j'essaie d'expliquer avec mes mots, avec ma conviction, avec mon enthousiasme que les Français ne sont pas prisonniers de cette tenaille et qu'il y a une alternative. Qu'il y a une alternative dans un espace central qui existe, qui est composée de forces politiques diverses, c'est vrai, dont je ne revendique pas la totalité de cet espace central, mais qui existe. Et que les Français, et qu'un très grand nombre de Français en tout cas, préféreront avoir un choix qui ne soit pas contraint par ce face-à-face entre LFI d'un côté et le Rassemblement National de l'autre.
Et si je réponds à votre question aujourd'hui, alors la seule chose dont on va discuter dans les derniers jours de la campagne, ce sera le bien fondé ou le mal fondé de telle ou telle position. La question que vous me posez est une bonne question et je vous garantis qu'au soir du premier tour et au lendemain du premier tour, j'aurai l'occasion de m'exprimer de façon extrêmement claire sur le sujet.
Mais d'ici là, avez-vous quelque chose à dire aux électeurs de gauche qui ont voté Emmanuel Macron à deux reprises en 2017 et 2022 pour faire barrage à Marine Le Pen ?
Je peux leur dire de façon très claire que je ne fais et qu'il n'y a dans mon esprit aucune espèce de confusion entre les formations politiques, les candidats, les électeurs, les militants qui s'inscrivent au Parti Socialiste avec lequel j'ai des différences qui sont notables chez les écologistes avec qui j'ai des différences qui sont notables et qui le notent d'ailleurs très justement avec les communistes qui sont mes adversaires au Havre qui ne m'ont pas exactement fait de cadeau. Mais pas avec les insoumis ? Et avec les insoumis. Et avec les insoumis ? Non, non, non.
Je considère que je fais la différence entre des partis, entre des électeurs et avec la France insoumise ou le NPA pour lequel j'ai beaucoup plus de mal à engager une discussion sereine et pour lequel j'ai beaucoup plus de mal à accepter des positions qui sont non seulement très souvent limite mais bien souvent de l'autre côté de la limite.
On parle beaucoup retraite dans cette fin de campagne législative. Objectif 60 ans du côté du Nouveau Front Populaire. ORN c'est 60 ans si on a travaillé et on a commencé à travailler avant 20 ans. En octobre 2022 vous appeliez dans le Parisien à bouger, bouger beaucoup sur les retraites. Vous parliez d'un report à l'âge d'égal de l'âge d'égal à 65, 66 ou 67 ans. Est-ce que vous l'assumez toujours ? Oui, je disais
ce qu'il se passe dans les pays qui nous entourent. Je pointais et je suis fasciné et je suis fasciné qu'en France on n'accepte pas et j'espère que sur France Inter vous me permettrez de dire qu'en Espagne pays dirigé par la gauche et par une gauche ambitieuse c'est pas une gauche à la petite semaine gauche ambitieuse une gauche de gauche bon est-ce qu'on a rabaissé l'âge de départ à la retraite en Espagne ? La réponse est non on l'a augmenté est-ce que le gouvernement de Pedro Sanchez est revenu sur cette mesure ? Pas du tout. En Italie pays dirigé par un gouvernement à droite et très à droite est-ce qu'on est revenu sur l'âge de départ à la retraite qui est à 67 ans en Italie ?
La réponse est non alors même qu'on s'y était engagé pourquoi ?
Parce que la démographie des systèmes européens des pays européens elle ne ment pas parce que l'équilibre des systèmes de retraite impose dans notre démographie et dans nos sociétés de travailler plus longtemps je me borne à dire que l'idée selon laquelle notre pays pourrait être plus prospère en travaillant moins est une idée fausse et qu'on peut toujours vouloir raser gratis on peut toujours vouloir pendant la campagne électorale dire aux électeurs ce que l'on pense qu'ils ont envie d'entendre mais je ne fais pas de la politique comme ça j'essaie de dire les choses telles que je les vois ça ne veut pas dire que j'ai toujours raison et ça laisse parfaitement la place à tous ceux qui ne sont pas d'accord avec moi mais j'essaie de dire la réalité telle que je la vois
Jordan Bardella a annoncé en conférence de presse que certains postes dits stratégiques de la fonction publique seraient fermés aux binationaux comment avez-vous reçu cet engagement du Rassemblement National Edouard Philippe ?
J'y vois la trace que d'ailleurs le Front National a essayé de gommer considérablement depuis que monsieur mais c'est comme ça avec le Rassemblement National vous savez vous me posez ma question la question sur les retraites il y a plein de gens qui ne sont pas d'accord avec moi mais moi au moins je suis clair est-ce que le Rassemblement National est clair ?
Je ne sais pas je n'ai pas bien compris leur position un coup c'est 60 ans puis hier on a appris que c'était 66 ans je pense qu'il y a des gens qui ont été surpris vous voyez sur les binationaux j'y ai vu la trace de quelque chose qui est à mon avis assez régulier au Front National c'est le besoin de créer des catégories de français et clairement quand le Front National dit ça il crée même si c'est pour quelques postes même si c'est pour quelques postes stratégiques de catégories de français il y avait dans le gouvernement sortant un ministre de l'industrie Roland Lescure que j'ai personnellement trouvé remarquable j'ai trouvé que c'était un très bon ministre j'ai trouvé que c'était un très bon parlementaire lorsqu'il était président de la commission des affaires économiques vraiment un très bon ministre quelqu'un d'ailleurs qui a eu des relations poussées et je crois confiante avec les organisations syndicales vraiment je le dis un très bon ministre bon il est franco-canadien quand on est ministre et quand on est ministre de l'industrie et de l'énergie on voit passer un certain nombre de dossiers est-ce que selon le Front National monsieur Lescure n'aurait pas dû être ministre est-ce que c'est pourquoi ?
parce que dans sa vie il a vécu au Canada et qu'il allait à la nationale parce que son père ou sa mère est d'une autre nationalité est-ce que ça veut dire que l'on peut dans notre pays créer des catégories de français dans leur relation à la citoyenneté
on est un parti républicain
quand on fait ces différences entre les français on a le droit de se poser des questions je pense que derrière cette proposition qui concerne sans doute peu de gens il y a quelque chose de beaucoup plus fondamental qui se joue et je dis et je dis notamment aux plus jeunes d'entre nous qui nous écoutent qui ont été sensibles au discours de monsieur Bardella réfléchissez bien
merci Edouard Philippe d'avoir été au micro d'Inter ce matin merci
Édouard Philippe