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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 3 octobre 2022 24 min

Sandrine Rousseau : "Il n'y a pas d'inquisition féministe. Juste la protection d'une parole des femmes"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin la députée Europe Écologie-Les Verts de Paris. Questions et réactions, amis auditeurs, au standard 01 45 24 7000 et sur l'application de France Inter. Sandrine Rousseau, bonjour. Bonjour. Et bienvenue sur Inter. La guerre, vous le savez, est au cœur de l'Europe, en Ukraine. Les Iraniennes risquent leur vie pour défendre leur liberté. L'extrême droite arrive au pouvoir en Italie. La France risque d'avoir des coupures de gaz et d'électricité cet hiver. L'inflation n'a jamais été aussi forte qu'aujourd'hui.

Mais le parti Europe Écologie-Les Verts semble recroquevillé sur lui-même, pris dans une tempête interne qu'on va essayer de comprendre avec vous ce matin. Tout de même, n'avez-vous pas l'impression d'être déconnecté, figé dans un jeu de massacre qui vous rend inaudible sur tous les autres sujets ?

0:48
Sandrine Rousseau

Déjà, ce n'est pas un jeu de massacre. C'est une question fondamentale qui est l'égalité femmes-hommes. Et par ailleurs, nous sommes présents sur les autres sujets. La question, c'est quel est le relais de cette parole sur les autres sujets ? Il y a eu une conférence de presse la semaine dernière du groupe écologiste. Et moi, je n'y suis pas allée précisément pour ne pas perturber le discours écologiste et pour ne pas perturber la force des paroles qui étaient posées dans cette conférence de presse. Et quasiment rien n'a été retenu par la presse de cette conférence de presse. Parce qu'en fait, les journalistes y allaient sans doute pour trouver du sang et des larmes.

Et en fait, ils n'y ont pas trouvé ça. Donc, ils ont trouvé de l'écologie. C'est la faute des journalistes. Non, non, ce n'est pas de la faute des journalistes. Mais c'est vous qui ont été sur la place publique les sujets. Ce n'est pas de la faute des journalistes. Mais c'est aussi la difficulté que l'on a à poser un discours sur l'écologie et à être entendue pour cela. Moi-même, qui porte des mesures radicales et une écologie que j'assume être de rupture, eh bien, finalement, on retient beaucoup plus mes combats sur l'égalité femmes-hommes que sur l'écologie, alors même que je prône vraiment un changement radical de modèle, un ralentissement. Alors, on l'entend quand je parle du barbecue.

Mais on ne l'entend pas quand je parle, par exemple, de changer radicalement notre manière de consommer, de ralentir notre système, de diminuer notre temps de travail à quatre jours. Par semaine, etc.

2:07
Invité

Et c'est ça, le sujet aujourd'hui qui est sur la table. On va en parler. On va parler de l'écologie, je vous rassure, de la réforme des retraites et de la valeur travail. On va parler de tout ça. Mais d'abord, vous l'avez entendu sur notre antenne parce que vous avez réagi quasiment directement sur Twitter. Elisabeth Baninta vous a durement attaqué à ce micro la semaine dernière. Ses propos ont beaucoup fait réagir. Elle dit notamment avoir été choquée par le fait que vous ayez relayé publiquement à la télévision les problèmes personnels qui opposent Julien Bayou à son ex-compagne.

Elle vous accuse de mépriser la justice, de jeter quelqu'un au pilori et à la vindicte publique et d'être dans la toute puissance. Ce sont ces mots. Comment avez-vous pris cela ? Comment réagissez-vous ce matin ?

2:41
Sandrine Rousseau

Je me suis souvenu des propos qu'avait tenus Elisabeth Baninta au moment où Dominique Strauss-Kahn avait été arrêtée après l'affaire du Sofitel et où elle avait demandé que les féministes s'excusent. Mais à partir du moment où on incrimine les féministes, où on leur demande de s'excuser, où on estime qu'elles vont trop loin, qu'elles ne portent pas le bon combat, qu'elles n'ont pas la bonne parole, et bien quelque part on est du côté de l'ordre tel qu'il est actuellement et qui est un ordre patriarcal. Et oui, je porte une voix qui dérange cet ordre-là. Et évidemment c'est toujours compliqué à le porter.

3:15
Invité

Pour vous, elle n'est pas féministe, Elisabeth Baninta ?

3:18
Sandrine Rousseau

Je pense qu'elle a eu des propos, mais ça a été extrêmement bien dit à votre micro par Anne-Cécile Maïfert. Elle a des propos qui, sur le corps des femmes et sur la grossesse, enfin sur les périodes de maternité, étaient intéressants. Mais depuis, en effet, elle n'a jamais soutenu le combat féministe. Et c'est un combat qui systématiquement dérange. Je relisais ce week-end et j'ai réécouté ce week-end la voix extraordinaire de Gisèle Halimi, qui disait combien elle dérangeait durant son combat. Aujourd'hui, on la monte au pinacle et on estime que c'est une bonne féministe. Mais à l'époque, elle était extrêmement contestée.

Elle a même été menacée d'être virée de son groupe politique à l'Assemblée nationale. Donc voilà, les voix des féministes dérangent.

4:02
Présentateur

Mais elle n'est pas la seule, Elisabeth Baninta, à être mal à l'aise, disons. Clémentine Autain, députée LFI, membre comme vous de la NUP, quand Sandrine Rousseau évoque la tentative de suicide de l'ex-compagne de Julien Bayou. Je ne sais pas si cette femme a envie que toute la France le sache. Eva Jolie, la fin ne justifie pas les moyens. Attention à ne pas desservir la cause des femmes. Karim Adéli, eurodéputée écologiste de votre parti, dit que c'est le délire, le féminisme n'est pas l'inquisition. Il est temps de se parler maintenant, avant qu'il ne soit trop tard. Vous leur répondez quoi à elles ? Ce sont des femmes de gauche, féministes, et elles ne sont pas à l'aise.

4:37
Sandrine Rousseau

Alors permettez que je mette Clémentine Autain à part dans les personnes que vous avez citées, précisément parce qu'en effet, quand j'ai parlé sur cet avou, et peut-être est-ce l'erreur que j'ai faite, de ne pas dire que c'était en accord avec la victime que je disais cela. Et donc voilà, quand on n'a pas cette information, évidemment la manière dont je l'ai dit peut paraître choquante pour les autres. Dès lors que l'on parle d'inquisition, on renvoie encore une fois à un imaginaire, qui est l'imaginaire des sorcières, l'imaginaire de ces femmes que l'on brûlait sur des bûchers. Et il n'y a pas d'inquisition féministe.

Il y a juste la protection d'une parole des femmes, et le fait que cette parole soit entendue et respectée. Je rappelle quand même que pour qu'une femme parle, il y a un processus personnel à faire qui est très compliqué, qui est très lourd et qui est très douloureux. Et c'est comme une espèce de cristal, c'est-à-dire que ça peut se briser à n'importe quel moment. Les femmes peuvent renoncer à leur parole à n'importe quel moment si elles ressentent en face de la violence.

Le rôle que j'incarne en politique pour l'instant, et j'espère que nous serons nombreux et nombreuses à le faire à l'avenir, c'est de protéger cette parole pour que ce cristal ne se brise pas et de dire vous avez un espace pour le dire, c'est tout.

5:45
Invité

Sandrine Rousseau, la libération de la parole des femmes, et je pense que très souvent le matin, on donne la parole aux femmes, encore il y a deux semaines, avec Hélène Devinck, elle est nécessaire.

5:55
Sandrine Rousseau

Quelle forte parole d'ailleurs d'Hélène Devinck, bravo à elle.

5:58
Invité

Je pense que tout le monde est d'accord avec ça, sur la libération de la parole des femmes, et c'est nécessaire. Je pense que Karim Adéli ou Eva Jolie, qui font partie de votre parti, le conviennent. Mais moi je voudrais savoir, si on n'est pas passé avec vous de la libération de la parole des femmes, à la sacralisation de la parole des femmes, à la présomption de vérité quand une femme parle, et à la présomption de culpabilité quand c'est un homme qui est mis en cause.

6:17
Sandrine Rousseau

Ça n'est pas une présomption de vérité, c'est une présomption de respect de cette parole. C'est différent, c'est-à-dire que... Il faut bien comprendre que quand les femmes parlent de violence, les premières réactions qu'il y a en face d'elles, souvent, c'est qu'elle est folle, c'est pourquoi elle était là, pourquoi elle s'est habillée comme ça, est-ce que tu avais bu ? Et en fait, toutes ces questions qui sont renvoyées au comportement, et qui renvoient au comportement des femmes, sont en fait une manière de décrédibiliser la parole des femmes. La révolution qui est en train de se faire, c'est un a priori de respect, de dire, si elle le dit, on doit l'écouter.

L'entendre femme ne veut pas dire qu'elle a raison. Elle a évidemment une perception qui est personnelle de ce qui s'est passé, et peut-être même que certaines mentent. Mais toutes les études montrent d'ailleurs qu'elles sont extrêmement minoritaires. Mais il y a une présomption de respect, et une présomption d'espace dans lequel cette... Pardon, la construction d'un espace dans lequel cette parole a sa place. C'est ça que l'on fait.

7:22
Invité

Mais cet espace, il est où ? Il est à la télévision ou il est devant la justice ? C'est ça que... Alors, j'aimerais beaucoup... Pour respecter la parole des femmes, ça se passe où ? Ça se passe à la télévision, comme vous l'avez fait, ou ça se passe devant les tribunaux, avec des plaintes qui sont déposées, qui sont traitées, et peut-être une condamnation ?

7:38
Sandrine Rousseau

J'aimerais beaucoup que toutes les personnes qui renvoient systématiquement à la justice mettent autant d'énergie à faire en sorte que la justice traite les cas. Les cas de classement sans suite de plaintes ont augmenté, et notamment depuis qu'Éric Dupond-Moretti est garde des Sceaux. Le nombre de condamnations pour viol est scandaleusement bas. Scandaleusement bas. Pourquoi ça n'est pas un scandale national ? Pourquoi ne nous levons-nous pas ?

Pourquoi toutes les bonnes consciences qui me disent que je vais trop loin, que je desserre la cause et tout ça, pourquoi toutes ces bonnes consciences-là ne se lèvent-elles pas d'un bond pour dire qu'il est absolument scandaleux qu'il n'y ait que près de 800 viols condamnés sur les 95 000 qu'il y a chaque année ?

8:20
Invité

Je pense qu'elles le disent aussi.

8:21
Sandrine Rousseau

Non, je ne sais pas si Karima Deli... Je les entends moins là-dessus. Et par ailleurs, la justice n'est pas le seul espace dans lequel nous pouvons traiter ces cas-là. En politique, il y a une question de l'éthique. C'est-à-dire, quels sont les représentants et qu'est-ce qu'on leur demande à ces représentants et ces représentantes ? La question éthique est une question politique. Et quelque part, elle est en dehors de la justice. Et par ailleurs, je termine là-dessus, quand on parle de justice, on parle uniquement de pénal. Mais en fait, il y a d'autres justices. Il y a les prud'hommes, il y a la justice civile, il y a d'autres juridictions.

Et en fait, le pénal ne résout pas toutes les questions et ne permet pas de traiter toute la violence sexiste et sexuelle.

9:03
Invité

En l'espace sur Julien Bayou, il a dû démissionner alors qu'il n'y a pas de plainte, pas d'enquête judiciaire, pas de faits répréhensibles pénalement, vous le dites vous-même. Il tombe à cause, je vous cite, d'un comportement de nature à briser la santé morale d'une femme. Non, moi je voudrais savoir ce que ça veut dire, parce que la sémantique est importante. Il tombe, cet homme, à cause d'un comportement de nature à briser la santé mentale. Qu'est-ce que vous voulez dire ?

9:29
Sandrine Rousseau

Déjà, je réfute le fait qu'il tombe. C'est-à-dire que personne n'a appelé à sa démission. Le seul qui ait demandé une mise en retrait, c'est Yannick Jadot. Moi, je n'ai jamais demandé sa démission. Jamais, d'aucune manière.

9:40
Invité

Hier, vous l'appelez à se taire pendant trois mois.

9:44
Sandrine Rousseau

Oui, le temps que l'enquête se fasse, je pense qu'il est bon qu'il ne prenne pas la parole. C'est tout. Ne pas prendre la parole, ça n'est pas dramatique. Et je ne l'ai jamais appelé à démissionner. Et quand vous dites, il tombe pour... C'est en cela qu'il y a un problème. C'est qu'en fait, lui-même a décidé de démissionner. Lui-même a décidé de démissionner, sachant l'effet médiatique que cela aurait. C'est sa défense. Je la respecte. Mais il savait ce qu'il faisait à ce moment-là.

10:10
Invité

C'est quoi un comportement de nature à briser ?

10:12
Sandrine Rousseau

Expliquez-moi, c'est quoi un comportement de nature ? Il décide lui-même de démissionner. En plus, il était en situation de cumul, ce qui, de toute façon, était une situation dérogatoire. C'est quoi un comportement de nature à briser la santé morale ? Eh bien, je ne peux pas aller dans le détail de ce que j'ai entendu, puisque je respecte la confidentialité des échanges que j'ai eus avec la personne qui m'a parlé. La seule chose que je puisse dire, c'est l'état dans lequel je l'ai vue, cette femme. Et je l'ai vue dans un état de souffrance psychique qui était important. C'est tout.

10:44
Présentateur

Et puis, il y a donc cette enquête de libération qui révèle que, depuis trois ans, Julien Bayou vivait sous la pression d'un collectif féministe informel, les Louv Alpha, qui lui reprochait sa conduite, enquêtait sur ses relations avec les femmes. Est-ce vrai ? Avez-vous eu connaissance de ce collectif qui aurait mis Julien Bayou sur surveillance et essayé de le faire tomber, pour reprendre les mots de Léa ?

11:05
Sandrine Rousseau

Alors, il n'est pas tombé, je le répète. Il a décidé de lui-même de démissionner sans aucune injonction à le faire. Mais sur ce collectif, est-ce que vous saviez ? Et par ailleurs, sur ce collectif, non, j'ignorais totalement qu'il existait. Mais je récuse aussi le fait que ce soit un collectif qui enquête sur la situation de Bayou et qui mette sous pression Bayou, selon vos termes. Puisque, en fait, ce sont des femmes qui se parlaient et qui cherchaient à protéger de nouvelles conquêtes de Julien Bayou et qui l'ont sans doute faite maladroitement peut-être. Pourquoi pas ? Mais les femmes ont le droit de se parler. Les femmes ont le droit de se prévenir.

Les femmes ont le droit aussi de dire qu'elles souffrent et qu'elles souffrent ensemble. Et en fait, quand Gérald Darmanin est nommé ministre de l'Intérieur, donc quand il est nommé à la tête des policiers, c'est-à-dire l'instance qui est la plus douloureuse pour les femmes puisqu'on sait que porter plainte est un véritable supplice parfois et que les plaintes ne sont pas reçues. Et bien, quand on pose la question à Emmanuel Macron, il répond, on a discuté d'homme à homme. Et en fait, ça, ça passe. C'est-à-dire, ça, c'est de la grande politique. Ça, c'est quelque chose de noble.

Alors que quand les femmes se parlent entre elles pour se protéger, là, il y a complot, il y a inquisition, il y a enquête. Franchement, tout ce vocabulaire-là, et c'est cela qu'il faut renverser.

12:29
Invité

L'article de Libé, vous pensez qu'il pose question ou non ? Vous avez dit hier que vous le trouvez problématique. En quoi il est problématique, l'article de Libé ?

12:36
Sandrine Rousseau

Il est problématique parce que déjà, il prend des termes qui sont des termes, à mon avis, qui ne sont pas objectifs. Typiquement, par exemple, l'enquête, sous surveillance, ce sont des termes qui ne sont pas neutres. Et par ailleurs, pour avoir appelé une des personnes que j'ai cru reconnaître dans cet article, elle n'a pas été appelée par les journalistes de Libération. Et donc, je veux dire, citer des personnes en changeant les noms, sans jamais les interroger, et en mettant en plus dans cet article un brouillon de mails. Enfin, je ne sais pas quelle est la solidité des propos qui sont tenus. Mais de toute façon, je respecte le travail des journalistes.

Mais même en regardant ce qu'il y a d'écrit, je ne pense pas qu'on franchisse aucune ligne rouge.

13:22
Présentateur

Alors, il y a différentes réactions sur l'application, notamment Lucille. Mais cette intervention va dans le sens d'autres interventions. Je suis féministe, militante, j'aurais aimé que Mme Rousseau agisse de manière responsable, entre guillemets, c'est-à-dire accompagner l'ex-compagne de Mme Bayou auprès de la police pour porter plainte et laisser la justice suivre son cours tout en l'accompagnant au quotidien ou l'aider à trouver l'aide nécessaire au quotidien. Voilà, une réaction parmi d'autres. Allons dans ce sens-là. Que pouvez-vous répondre à notre auditrice, André Rousseau ?

13:55
Sandrine Rousseau

Alors, je vais répondre deux choses. Déjà, quand on commence en me disant « Je suis féministe, mais... » C'est qu'il y a un sujet, exactement comme on pourrait dire « Je suis raciste, je ne suis pas raciste, mais... » Et puis, la deuxième chose, c'est que je l'ai accompagnée, cette femme. Et je l'ai accompagnée, non pas vers le commissariat d'abord, mais vers des avocats et des avocates pour que son témoignage puisse être entendu par des personnes qui sont d'abord protectrices. Et c'est cela qu'il faut bien entendre parce que quand j'entends « Il faut l'amener vers le commissariat, vous auriez dû l'accompagner, etc.

» Se rend-on compte de la violence que c'est d'aller déposer plainte, de déposer au commissariat, d'aller en justice quand on est soi-même fragilisé ? Cette femme avait besoin d'aller mieux avant toute démarche. Et aller mieux, c'est lui offrir un espace de parole qui soit un espace de parole de confiance.

14:43
Présentateur

Allez, on va au standard maintenant. On nous attend Benjamin. Bonjour et bienvenue !

14:47
Auditeur

Bonjour France Inter. Bonjour Madame Rousseau. Bonjour. Vérité alternative, élimination de ses concurrents, buzz permanent. N'êtes-vous pas finalement une sorte de Donald Trump à la française en un peu moins blond, en un peu moins masculiste ?

15:04
Présentateur

Merci Benjamin pour cette question cash, on va dire. Sandrine Rousseau vous répond.

15:08
Sandrine Rousseau

Alors Benjamin, je ne vois pas en quoi j'ai posé des vérités alternatives, mais sans doute avez-vous des éléments, parce que moi je ne crois pas que rien de ce que j'ai posé dans le débat politique ait été contredit par des faits, et notamment sur les tâches domestiques, où j'ai reçu nombre de messages d'hommes qui m'expliquaient que jamais ils ne tiendraient l'aspirateur et qu'ils me traitaient des pires noms d'oiseaux que je ne dirais pas ici.

Quand j'ai parlé du biftec, il s'est avéré qu'en effet, il y avait une consommation différenciée de viande et que s'intéresser à la représentation que nous pouvions avoir de la viande et du rôle que ça jouait sur notre santé ou sur notre force pouvait être de nature à changer nos comportements.

Donc en fait, ce que vous dites là, c'est une attaque en règle et je voudrais juste alerter les auditeurs et auditrices sur ce qui est en train de se passer actuellement dans le débat politique et les attaques dont je fais l'objet qui sont en fait une forme de montée de réactionnaire et on le voit dans l'ensemble des pays où l'extrême droite monte, eh bien il y a des attaques coordonnées ou pas et des effets de meute contre des femmes politiques de gauche et vraiment, je pose ici contre des femmes politiques de gauche. Quand est-ce que la France réagira là-dessus ?

Parce que nous avons un problème qui est la protection aussi de la parole des femmes dans l'espace politique et non, je n'ai pas de vérité alternative. Très cher Benjamin.

16:29
Invité

Vous parlez des femmes de gauche, qu'est-ce qui s'est passé hier à la manifestation en soutien aux femmes iraniennes à Paris ? Une mobilisation donc pour dire le soutien à ces femmes qui s'arrachent leur voile et se coupent les cheveux. Selon l'AFP, vous auriez été avec d'autres femmes de gauche notamment Manon Brie de la France Insoumise huées et sifflées. On a entendu le mot dégage, le mot collabo. Qu'est-ce qui s'est passé hier ?

16:54
Sandrine Rousseau

Alors déjà, j'étais invitée à cette manifestation et j'étais invitée à prendre la parole par les organisateurs et organisatrices de cette manifestation que je remercie vraiment beaucoup de cette invitation. Je suis extrêmement respectueuse et même extrêmement impressionnée par le combat que mènent les Iraniennes en Iran parce que c'est de leur vie qu'elles peuvent payer ce combat et donc vraiment immense respect comme les afghanes dont on ne parle plus mais qui ont elles aussi un courage absolument inouï. Ce qui s'est passé hier, c'est que les trois femmes de gauche qui ont parlé, c'est-à-dire Manon Aubry mais aussi Laurence Rossignol et moi-même avons été sifflées.

Et je me demande, je me pose cette question, pourquoi dans une manifestation qui est en soutien des femmes, les femmes sont-elles sifflées ? Je me pose cette question et je me dis que...

17:35
Présentateur

Olivier Faure l'aurait été aussi selon l'AFP.

17:38
Sandrine Rousseau

Il y a eu quelques sifflées pour Olivier Faure et c'est extrêmement faible par rapport à ce qui s'est passé sur Manon Aubry, Laurence Rossignol et moi. Et voilà, je me demande quelles étaient les intentions des manifestants de siffler ces femmes et j'ai toujours l'impression que le féminisme est bien quand il est loin et que finalement quand il est en France, il est moins acceptable.

18:00
Invité

Vous vous demandez pourquoi vous avez été sifflées. Peut-être parce que certaines se sont rappelées de vos mots il y a quelques mois sur la chaîne parlementaire quand vous disiez le voile, ce n'est pas l'islam politique. Le voile, ça peut être un objet d'embellissement. Aujourd'hui que les femmes iraniennes s'arrachent leur voile, est-ce que vous pouvez peut-être accepter l'idée qu'il y a une forme de paradoxe au moins ?

18:19
Sandrine Rousseau

Mais les femmes iraniennes demandent à être libres de s'habiller comme elles le souhaitent. Et en fait, ce que l'on doit poser dans le débat politique, à mon sens, c'est la liberté des femmes. La liberté, l'immense liberté des femmes. Et le fait que la colère contre les contraintes et les assignations des femmes peut devenir révolution, on le voit en Iran. Mais ce que je veux dire par là, c'est que la liberté de s'habiller comme l'on veut, elle est valable en Iran comme en France. Et au fond, le voile est un signe

18:49
Invité

d'embellissement, vous le maintenez ?

18:51
Sandrine Rousseau

Il y a des youtubeuses, etc., qui travaillent sur la manière de mettre les voiles pour que ça soit beau, etc. Mais en tous les cas, je ne veux pas rentrer là-dedans. Ce que je veux dire, c'est que quand bien même on considère le voile comme une forme d'asservissement, et moi je considère que le voile est un vêtement sexiste, donc je n'ai pas de problème avec cela, mais quand bien même on considère que le voile est un vêtement sexiste comme je le fais, et bien s'adresser dans le cadre de la domination masculine aux opprimés plutôt qu'aux oppresseurs, c'est une erreur. C'est toujours une erreur.

19:23
Présentateur

C'est la rentrée parlementaire aujourd'hui. Emmanuel Macron a tranché, vous le savez, il proposera avant la fin de l'hiver sa réforme des retraites. Appellerez-vous Sandrine Rousseau à la mobilisation générale contre ce texte ?

19:36
Sandrine Rousseau

Bien sûr, et avec force de surcroît puisque les textes qui nous sont présentés montrent une fuite en avant vers le libéralisme et surtout un libéralisme inutile, nous n'en avons pas besoin de cette réforme du chômage. Aujourd'hui, ce dont nous avons besoin c'est les retraites. Des retraites de la même manière. Les deux réformes sont... Assurance chômage et retraite.

En fait, les deux réformes procèdent de la même intention du gouvernement, c'est-à-dire qu'on squeeze, on met de côté les syndicats qui sont des défenseurs des salariés et on met de côté la qualité des emplois, c'est-à-dire qu'on ne considère pas que la qualité des emplois, le mal que ça fait à nos corps, le fait qu'on est mal au dos et que plus on a des emplois précaires, plus les emplois sont difficiles et on donne tout pouvoir au gouvernement de décider du taux d'indemnisation chômage ou du taux d'indemnisation retraite. Et on met complètement de côté les partenaires sociaux qui historiquement ont toujours défendu les salariés.

Et c'est une réforme historique, c'est une réforme libérale historique et c'est en cela que je dis qu'Emmanuel Macron a une forme d'extrémisme libéral parce qu'en plus il n'y a pas besoin

20:42
Invité

de ces réformes actuellement. Alors justement, il y a un débat théorique à gauche en cette rentrée sur la valeur travail. Fabien Roussel a dit je ne veux pas être la gauche des allocs. François Ruffin à ce micro expliquait que attention, on est en train de passer le parti des salariés est devenu dans l'esprit commun le parti des assistés. Les gens me disent sur les marchés moi je ne voterai pas pour la gauche parce que la gauche c'est les cassos, c'est ceux qui ne se lèvent pas le matin qui restent à l'appartement et vous vous dites vous assumez et vous dites non, le travail est une valeur de droite.

21:11
Sandrine Rousseau

Je dis surtout que nous avons un droit à la paresse et c'est sans doute cela qui a le plus choqué les esprits mais en fait

21:18
Invité

le travail est une valeur de droite qui m'interroge.

21:21
Sandrine Rousseau

Je vais y revenir mais si on regarde la question écologique en face et si on regarde ce qui s'est passé cet été comme le début de quelque chose et bien il nous faut absolument prendre la mesure de la catastrophe qui est face à nous et donc il nous faut ralentir.

Ralentir ça veut dire diminuer notre temps de travail ça veut dire aussi réinvestir le fait d'avoir des temps hors travail et le fait que le travail ne soit pas tout dans la vie et en fait c'est ça que j'ai essayé de poser dans le débat en disant la valeur travail quelle que soit la qualité du travail travailler pour travailler et même si on se lève à 5h du matin même si ce sont des métiers qui nous exposent à des produits chimiques à des maladies professionnelles etc.

et bien ça ça n'est pas les valeurs de gauche les valeurs de gauche c'est de protéger les personnes et de dire que le travail n'est pas tout dans la vie et que oui avoir des allocations chômage finalement c'est un droit ça n'est pas une charité ça n'est pas un don que l'on fait aux personnes c'est un droit acquis parce que nous avons nous-mêmes cotisé pour ces allocations chômage

22:19
Invité

est pour vous une valeur de droite aujourd'hui quelqu'un qui défendrait le travail c'est quelqu'un de droite forcément

22:24
Sandrine Rousseau

là je pense que vous caricaturez ce que je viens de dire et par ailleurs quelqu'un qui dit le travail

22:30
Présentateur

c'est pas une force d'émancipation le travail

22:33
Sandrine Rousseau

c'est une force d'émancipation à condition que vous ne vous leviez pas à 4h du matin et que vous n'ayez pas mal au dos des 35 ans c'est une force d'émancipation à partir du moment où le travail vous permet de dépasser le seuil de pauvreté c'est une force d'émancipation à partir du moment où le travail vous permet de vivre dignement ce qui n'est pas le cas de la plupart des emplois qui sont créés aujourd'hui et donc la valeur travail si on ne parle pas de la qualité du travail et bien oui c'est une manière d'asservir

22:57
Invité

Dernière question rapidement le projet de loi énergie et énergie renouvelable arrive au parlement est-ce que le groupe vert le votera le groupe écologie les verts votera ce texte ou pas qui vise à doubler les investissements dans le renouvelable

23:10
Sandrine Rousseau

Nous n'avons pas encore pris de position de groupe mais nous avons une transition écologique et énergétique à faire et développer les énergies renouvelables mais je ne vais pas parler au nom du groupe Mais vous êtes 23

23:20
Invité

au groupe vert le texte arrive dans deux semaines vous n'avez toujours pas pris la position de groupe

23:24
Sandrine Rousseau

D'abord il y a le chômage d'abord il y a le PLFSS ça leur permettait qu'on fasse texte par texte et ensuite on a déjà travaillé les amendements entre nous pour savoir ce que nous allions porter et la position de groupe finale nous la dévoilerons bientôt

23:36
Présentateur

Merci Sandrine Rousseau et on nous fait savoir que Laurence Rossignol n'a pas été sifflée qu'elle a pu faire son discours jusqu'au bout

23:45
Sandrine Rousseau

Je vous assure j'étais là

23:47
Présentateur

et que nous pouvons le confirmer de ses propres propos

23:52
Sandrine Rousseau

Ah non non oui peut-être mais je vous assure qu'elle a été sifflée Elle a malentendu Oui

23:56
Présentateur

En tout cas c'est dit Merci encore

24:00
Sandrine Rousseau

France Inter

Sandrine Rousseau : "Il n'y a pas d'inquisition féministe. Juste la protection d'une parole des femmes" — Sandrine Rousseau · Pourquijevote