Julien Bayou : "Je suis scandalisé qu'on puisse aider autant Renault sans contrepartie"
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Nous recevons ce matin dans le grand entretien le secrétaire national d'Europe Ecologie, Les Verts. Vous pourrez dialoguer avec lui évidemment dans une dizaine de minutes. 01 45 24 7000, les réseaux sociaux ou l'application mobile de France Inter. Julien Bayou, bonjour. Bonjour. Et merci d'être à notre micro ce matin, trois jours après la fameuse vague verte qui a permis aux écologistes d'emporter des villes comme Strasbourg, Poitiers, Besançon, Lyon, Bordeaux. Vous êtes présent aussi dans des villes emportées par des socialistes avec lesquelles vous avez fait alliance Paris pour n'en citer qu'une. L'écologie avait déjà gagné la bataille des idées.
Le consensus était acquis sur la nécessaire lutte contre la crise climatique. Alors qu'est-ce que la journée de dimanche a changé pour vous les écologistes ? Elle rebat les cartes mais dans quel sens ?
Pour nous la journée de dimanche elle est historique. Donc évidemment on est très heureux. Moi j'attends avec impatience de voir les premiers pas de nos mères que vous avez reçus lundi. Jeanne Barzellian à Strasbourg, Pierre Grumic à Bordeaux, Grégory Doucet à Lyon. Et je ne peux pas les citer toutes et tous. Et ça c'est un plaisir de pouvoir dire ça évidemment. Ça nous confère une grande responsabilité. Ces résultats ne viennent pas de nulle part. C'est 40 ans de combat écologiste. C'est des héros ordinaires qui ont porté l'écologie quand ça n'était pas populaire. Ces résultats ça n'est pas la victoire de LV. On ne l'a pas réussi seul.
Et c'est aussi parce que tout simplement vous l'avez dit le dérèglement climatique est engagé. Et donc les citoyens et les citoyennes disent on est prêt pour le changement. Et donc la tâche est immense. Imaginez gérer la ville de Marseille après 25 ans de gestion, si on peut dire de carence de la droite de Godin. qui laisse les immeubles s'effondrer, c'est les écuries d'Eugias. Donc c'est un travail titanesque. Vous n'avez pas gagné encore à Marseille. C'est ce que je vous m'en redis, tout à fait. Donc la tâche est immense et pour nous ça nous confère une grande responsabilité. Vous disiez est-ce que c'est une vague ?
Moi je pense qu'il faut arrêter avec le mot vague parce que vous pourrez avoir un reflux. Or là je pense qu'il y a une cristallisation, peut-être même une recomposition du champ politique. Vous avez finalement le bloc national populiste du Rassemblement National qui malgré la victoire à Perpignan finalement rate son implantation. Vous avez ce qu'il faut bien appeler un bloc conservateur. C'est-à-dire que devant l'obstacle LREM choisit les coalitions anticlimat. A Lyon, à Strasbourg, à Bordeaux, à Toulouse, vous avez des alliances.
Oui on va en parler.
Et le troisième bloc c'est le vôtre c'est ça ? Et c'est le bloc que vous appelez comment ? De la transition écologique dans la justice sociale. Il y a toutes celles et ceux qui placent l'écologie comme centre de gravité. La démocratie, l'écologie c'est pour aller vite, l'environnement, la justice sociale, la démocratie. Et je vais même vous dire, ces personnes-là qui ont pu voter pour Emmanuel Macron en 2017 et qui ont vu leur champion entre guillemets se déporter sur Wauquiez, je les appelle à rejoindre ce bloc de la transition. S'ils ont cru à la démocratie renouvelée, c'est sur l'écologie que ça repose aujourd'hui.
C'est Gérard Collomb qui s'est déporté sur Wauquiez, il n'était pas appuyé par la République en marche.
Mais c'est ce qui s'est passé à Bordeaux par contre. Là où il y avait des partisans de l'interdiction de l'IVG pour les femmes.
Julien Bayou, c'est certes une victoire historique et vous avez raison de le dire, mais elle est empérée par deux choses. D'abord une abstention puissante, 6 Français sur 10 ne sont pas allés voter, on le rappelle dimanche. Et deuxièmement, ça reste, ça reste, même si ça change un peu, ça reste vraiment un vote de centre-ville. Et vous ne percez pas encore dans les zones rurales où le vote de droite est très fort, reste très fort. Est-ce que vous ne craignez pas de ne parler qu'à une catégorie de Français, c'est-à-dire les jeunes et les urbains, et de ne pas réussir à toucher les classes populaires ?
Alors, deux points là-dessus, parce qu'il y a une percée des écologistes un peu partout. Si on parle des quartiers populaires, vous avez Arcueil, vous avez Savigny en Ile-de-France, Corbeil ou Colombe, où Shemovic a gagné. Autour des grandes villes, vous avez Schiltigheim, où Daniel Dambard a été élu des premiers tours.
Mais bien sûr que vous allez m'en sortir, il y a beaucoup de communes en France.
Et des villages, Saint-Pierre-du-Volvain, où Laetitia Sanchez a gagné au premier tour.
D'accord, reconnaissez.
Je ne peux pas vous laisser dire que c'est uniquement les métropoles. Par contre, on a effectivement un prisme média, mais parce que ça dit quelque chose de la recomposition en cours, comme je le disais. Et sur la question de l'abstention, finalement, il y a des gens qui se sont abstenus pour des questions sanitaires, la crainte. Mais c'est bien plus que ça, on le sait, chaque élection, l'abstention progresse. Pour nous, il y a une question de personnes qui sont presque assignées politiquement à résidence. C'est-à-dire qu'ils ont l'impression que la politique, ce n'est pas pour elles, pas pour eux.
Et moi, je fais confiance à nos maires pour dire, eh bien, nous serons les élus de tous les habitants, qu'ils aient voté ou non. Et qu'ils aient d'ailleurs le droit de vote ou non, parce que dans beaucoup d'endroits, finalement, les maires sont élus avec très, très peu de participation. Et en plus, comme il y a des personnes étrangères qui payent des impôts, mais qui n'ont pas le droit de vote, eh bien, elles ne sont pas représentées. C'est par exemple le cas de Besançon-Anne Vigneault, veut réunir l'ensemble des forces politiques pour justement dire, je vais être la maire de tous les byzantines et les byzantins.
Alors, pendant la campagne des Européennes, il n'y a pas si longtemps que ça, et après, Yannick Jadot a défendu l'autonomie des Verts en refusant d'inscrire l'écologie à gauche. Pendant ces municipales, c'est avec des forces de gauche que vous avez passé des alliances, Julien Bayou. Alors, est-ce qu'on peut dire aujourd'hui que le point idéologique est clarifié, qu'il est tranché, que Europe Écologie des Verts est bien une force de gauche ?
Eh bien, je vais vous retourner la question. Moi, je demande aux forces de gauche si elles sont écologistes. Et donc, vous avez vu, dans ces élections, il y a des configurations très, très différentes. À Lyon, il y a eu un rassemblement au second tour, alors qu'à Tours ou à Besançon, les écologistes Emmanuel Denis ou Anne Vigneault, qui ont été élus, sont partis avec des rassemblements très larges dès le premier tour. Donc, la question, le point commun dans ces victoires, en fait, c'est l'écologie, l'environnement, la justice sociale, la démocratie. Et donc, qu'est-ce que vous voulez dire ?
Et là où les socialistes sont compatibles, et je pense par exemple à Rennes, où non seulement il y a eu un accord de second tour, mais il y a même une construction de projet collectif commun entre Mathieu Thurier, écologiste, qui est arrivé deuxième, et puis Nathalie Appéré, socialiste, qui est arrivé première. Là où c'est possible, eh bien oui, on n'a pas de difficulté à faire avec les forces qui s'écologisent. On a vu, par contre, bien sûr, que LREM choisissait plutôt la droite quand elle voyait que les écologistes pouvaient arriver. Et vous plutôt la gauche. Et on a vu aussi certaines socialistes, il faut bien le dire, choisir de se maintenir, comme Catherine Trottmann à Strasbourg.
Ça n'a pas empêché la victoire de Jeanne Barzayon.
Oui, donc le mot gauche, vous ne l'employez plus, ce n'est plus dans le vocabulaire ?
Je pense qu'en fait, aujourd'hui, finalement, la gauche et la droite se sont construites. Ce clivage, il n'est pas effacé. Mais l'écologie appelle à le redéfinir. La question n'est plus uniquement est-ce qu'on produit ou est-ce qu'on répartit ? C'est un peu stérile comme question. La question de comment on produit, et notamment la question de l'exposition des travailleurs et des travailleuses aux risques environnementaux, ne peut plus être passée sous silence. On ne peut plus dire opposer l'économie et l'écologie. Il n'y a pas d'économie sur une planète morte.
Et donc, vous voyez bien qu'il y a cet aspect de transition qui est l'enjeu du XXIe siècle, l'écologie, la transition écologique dans la justice sociale. Et encore une fois, toutes les forces qui s'écologisent, nous sommes ouverts au dialogue. Nous ne réussirons pas seuls les prochaines échéances. Nous, on a les yeux évidemment rivés sur les premiers pas de nos maires. Mais mon rôle en tant que secrétaire national, c'est bien de préparer les prochaines échéances. Une candidature écolo à la présidentielle et pour l'emporter. Et ça, évidemment, nous ne le ferons pas seuls.
On aura des questions à vous poser sur la présidentielle. Mais d'abord, et c'est l'actualité brûlante si j'ose dire, vous dites qu'il ne faut plus opposer l'écologie et l'économie. Cas concret avec les avions. Les avions, ça pollue, mais en même temps, ça crée beaucoup d'emplois. Airbus a annoncé hier qu'ils allaient supprimer approximativement 15 000 postes, soit 11% de ses effectifs dans le monde d'ici à l'été 2021. 5 000 postes en France. L'ampleur de ces suppressions de postes est excessive, dit Bercy, qui demande à Airbus de revoir sa copie. Que peut faire un avionneur qui ne peut plus vendre d'avion ?
Eh bien, il faut revoir les activités. Vous savez, il y a une chute immense du trafic aérien. Et en vérité, il y a beaucoup de vols qui sont arrêtés. Nous, on est pour la limitation ou la réduction ou l'arrêt des vols, notamment courts, des vols à l'intérieur. Je constate que les Paris-Bordeaux ont repris, malgré toutes les promesses de Bruno Le Maire. Nous, nous sommes pour des conditions environnementales et sociales au plan de sauvegarde sur l'automobile, sur l'aérien. Il n'en est rien, malgré toutes les promesses. Et l'enjeu, c'est sauver les emplois, pas forcément les actionnaires. Si vous voulez, on est un peu dans le... Toulouse, par exemple, est très très dépendant de l'aéronautique.
Donc l'enjeu, c'est bien sûr de sauver ses emplois, mais aussi de préparer la transition pour que Toulouse et ses alentours soient moins dépendants d'une seule monoactivité. C'est un peu, si vous voulez... Malheureusement, il faut tirer les leçons de ce qu'on a mal fait à propos des mines de charbon, qui étaient condamnées. Et il y a eu un acharnement thérapeutique pour sauver les patrons des mines. Et on a laissé et les salariés et les régions sur le carreau. Et donc l'enjeu d'un état stratège, c'est bien de préparer la suite. Et donc à 20 ans, à 50 ans, à 100 ans, il faudra taxer le kérosène et il y aura moins d'avions. En tout cas, si ces avions continuent de polluer autant.
Je pense aussi également aux riverains et aux riveraines. On a eu, pendant le confinement, un arrêt des vols. Est-ce que tout doit repartir comme avant ? Les gens qui habitent à Deuil-la-Barre, est-ce qu'on ne peut pas leur offrir une soirée tranquille ? Et donc faire un couvre-feu plus large sur les vols de nuit, tout simplement, puisqu'il y a moins de trafic aérien.
Vous pouvez faire un couvre-feu sur les vols de nuit ?
Mais bien sûr, ça existe à... Alors je me tourne régulièrement, mais ça existe à Orly et pas à Roissy. Pourquoi ne pas l'étendre ? Pourquoi est-ce que, parce que vous habitez à Deuil-la-Barre, quand vous dites à votre enfant, couche-toi à 21h, et bien il y a des avions jusqu'à 22h. Vous voyez ? Pourquoi ne pas profiter ? C'est ce que dit Bruno Latour. Il y a des activités qui ont été arrêtées avec la crise. Pourquoi est-ce que tout devrait repartir comme avant ? Tirons les leçons de la crise, choisissons les activités que nous voulons encourager, le soin, bien sûr, la transition écologique, et choisissons celles que nous voulons réduire.
Airbus, Air France, Renault, des entreprises qui ont reçu des aides massives de l'État, des prêts garantis de plusieurs milliards d'euros. Faut-il, en contrepartie, Julien Bayou, leur interdire de licencier, ou ce serait totalement irréaliste ?
Mais ça n'est pas du tout irréaliste. C'est vos impôts, c'est mes impôts qui financent des licenciements. Est-ce que vous trouvez ça logique ?
Parce que si vous répondrez qu'il y a un risque de faillite,
ne peut-on pas tirer les leçons de la crise de 2008, où on a arrosé sans contrepartie, et notamment les constructeurs automobiles, et qu'est-ce qu'on a eu ? On a eu des délocalisations, il n'y a plus que 25% de la production de Renault qui est faite en France. On a eu à fond sur le diesel, y compris les tricheries sur les tests, et puis on a eu des SUV. Est-ce que c'est ça qui correspond véritablement à l'intérêt public ? Et donc, sur Air France, sur Renault, moi je suis scandalisé qu'on puisse les aider autant, sans aucune contrepartie. Est-ce qu'on a les salariés ? Non, puisqu'il y a des licenciements.
Donc vous voyez bien que l'enjeu, ce n'est pas de sauver les actionnaires, mais de sauver les emplois. Et j'insiste, un état stratège, c'est celui qui prépare ces filières à la transition.
Julien Bayaud-Domix nous disait à l'instant, dans son édito tout à l'heure, que la consommation avait retrouvé quasiment son niveau d'avant confinement. Et ce n'est pas seulement la consommation de rattrapage, dit-il, mais c'est aussi les achats de voitures qui explosent. Les achats de voitures grâce à la prime à la casse. Cette très forte reprise de la consommation, vous vous en réjouissez ou non ? Vous trouvez ça inquiétant ?
Mais moi, ça dépend pour quoi faire.
Pour acheter des voitures, par exemple.
Parce que si c'est toujours plus et que ça ne sert pas à grand-chose, vous voyez ce que je veux dire, c'est que... Parlez-moi des voitures. Non, mais on revient sur le débat de la croissance. Le secteur de l'automobile... On revient sur le débat de la croissance.
Le secteur de l'automobile est à terre, vous le savez, depuis trois mois notamment, déjà avant, mais depuis trois mois, avec ce qui s'est passé. Est-ce qu'on se réjouit qu'il reparte, ce secteur ?
Ça dépend quelle voiture ? Non, pas du tout. Parce qu'on pourrait réfléchir à un changement d'usage de la voiture. On doit de toute manière réduire drastiquement la place de la voiture en ville. D'ailleurs, pendant le confinement, on se l'est tous un peu dit. Quel plaisir ! C'est subi, évidemment, le confinement. Mais d'avoir des villes où on peut respirer, où il y a moins de bruit, parce que tout simplement, le trafic s'est arrêté. Encore une fois, est-ce que tout doit repartir comme avant ? Les victoires de nos maires à Lyon, à Bordeaux, à Strasbourg, elles se sont faites aussi sur la promesse de ville où il fait bon vivre. Grégory Doucet parle d'une ville 100% cyclable.
C'est bien l'objectif. Réduire la place de la voiture en ville, c'est aussi redonner de l'espace public. Et quand vous voyez des terrasses qui s'étendent sur les places de stationnement, est-ce qu'on troque des places de stationnement contre du bien-être ? Et c'est aussi bon pour l'économie, les cafetiers, et ainsi de suite.
Emmanuel Macron a retenu 146 des 149 propositions de la Convention citoyenne sur le climat, réécriture de l'article 1er de la Constitution, qui sera soumise à un référendum. Il a pris l'engagement de défendre le crime d'écocide à échelle internationale, puis en droit français, moratoire sur la construction de nouvelles zones commerciales et la bétonisation qu'elles impliquent. Est-ce que vous applaudissez, Julien Bayou ?
Alors, j'ai envie d'applaudir. Pour l'instant, il a annoncé des annonces. Il n'y a pas de très, très concret. Par exemple, sur ces questions de moratoire de centres commerciaux, j'attends de savoir si Val Tolosa, à plaisance du Touche, à côté de Toulouse, est annulé. Si les travaux de terrassement à Persan dans le 95 sont annulés. Vous voyez, c'est des noms de combat.
Du concret, par exemple. Du concret, combat ancien des écologistes, combat de 40 ans. François Hollande s'y était engagé, il ne l'a pas fait. C'est Emmanuel Macron qui a fait un déguerre.
Fessenheim, c'est une grande victoire écologique. Mais je vais répondre quand même sur la Convention citoyenne. Non, mais attendez, je vais répondre quand même. Parce qu'on attend du concret. C'est une belle innovation démocratique. Nous, nous reprenons 100% des propositions. Nous les portons. Et d'ailleurs, en vrai, nous les portons déjà. Parce que c'était dans le projet des écologistes au municipal. On attend du concret. Et cet aspect de mettre enfin l'écocide dans le droit français, oui, mille fois oui. Mais vous voyez, il y a du flou. Il a dit, vous l'avez dit, on va le porter au niveau international, puis peut-être au niveau français. Pourquoi attendre ? Faisons-le d'emblée.
Je constate juste qu'il y a trois mois, le gouvernement s'était opposé à l'inscription de l'écocide dans le droit français. Encore hier, un amendement porté par Mathieu Orphelin sur la rénovation thermique a été rejeté. Encore avant-hier, le ministre de l'Agriculture a dit en fait, le glyphosate, ça sera beaucoup plus tard. Et encore hier ou avant-hier, Bruno Le Maire disait que finalement, sur la publicité, on n'allait pas réduire. Vous voyez, donc, moi, j'ai envie d'applaudir et nous applaudirons quand ça ira dans le bon sens. Aujourd'hui, c'est des annonces d'annonces.
Sur Fessenheim. Alors, sur Fessenheim.
Oui, je ne veux pas avoir l'air de... Il y a beaucoup de questions au standard sur le nucléaire. Fessenheim et on ira après au standard. Fessenheim. Cette centrale, elle était obsolète. C'est une longue bataille des écologistes et pas seulement français. L'Allemagne, les luxembourgeois, les Suisses nous ont réclamé la fermeture. Elle est depuis 1977 sur une zone sismique, inondable. Et en plus, ces réacteurs étaient vieillissants. Pour la remettre aux normes des sécurités, on compte à 1,5 milliard à 2 milliards par réacteur.
Donc, vous vous réjouissez ?
Évidemment qu'on s'en réjouit. Et d'ailleurs, il y a de l'activité locale et non délocalisable de très haut niveau pour des décennies sur le démantèlement. On parle de 2040, mais on sait que ces chantiers vivent plus longtemps.
Non, mais parce que vous avez habituellement, vous dites, alors je ne sais pas si c'est une posture politicienne ou vous le pensez vraiment, que le bilan d'Emmanuel Macron sur l'écologie est globalement, allez, on va dire décevant pour ne pas dire nul. Absolument. Voilà. Quand même, il a fermé Fessenheim. Il a renoncé au projet d'Europa City. Notre-Dame-des-Landes, il l'a fermé également. La loi sur le plastique. Il y a toute une série de choses. Les centrales à charbon. Vous trouvez... Non, pardon. Non, juste, est-ce que c'est nul ce bilan-là au bout de trois ans ?
Ce n'est pas suffisant. Ce n'est pas suffisant. Il a fait 34 degrés hier dans la mer de l'Arctique. Là où il y a encore des...
C'est la faute d'Emmanuel Macron ?
Non, ce que je veux dire, c'est que la France doit faire sa part et plus que sa part. Et à ce niveau-là, à ce rythme-là, continuer l'entêtement sur l'EPR de Flamanville, on va faire tout simplement faire... EDF va faire faillite devant ce mur d'investissement de 200 milliards d'investissements réalisés si on ajoute Inclay Point, Bure, Le Grand Carénage, et ainsi de suite.
Christian est au standard d'Inter. Je vous salue, Christian. Bonjour et bienvenue. Oui, bonjour à tous. C'est sur le nucléaire que vous vouliez intervenir.
Oui, c'est exactement parce que, Julien Bayou, vous indiquez que la priorité, votre priorité au niveau de votre parti, c'est la lutte contre le réchauffement climatique et par ailleurs, vous venez encore de le montrer, vous êtes contre le nucléaire. Or, le nucléaire, c'est l'énergie qui est la plus propre au niveau précisément du CO2 et donc la meilleure pour éviter le réchauffement climatique et en plus le nucléaire. Et comme vous dites, effectivement, il y a des anciennes centrales qu'il faut fermer mais il y a de nouvelles générations qui arrivent. Il y a plus loin la fusion qui n'aura plus les défauts, notamment au niveau des déchets qu'il y a actuellement.
Donc, le nucléaire, c'est l'avenir et c'est l'avenir aussi pour le climat. Donc là, il y a une contradiction qui évidemment ne se voit pas au niveau municipal mais au niveau national, elle est absolument béante.
Merci Christian pour cette question. J'en ajoute deux. Suzanne, dans le même ordre d'esprit, le démantèlement de Fessenheim dans une période de recherche d'énergie décarbonée, quelle cohérence, demande Suzanne Florian. j'aurais aimé voter pour vous mais je ne supporte pas vos positions anti-nucléaires alors que si on est un écologiste, ça n'a aucun sens d'être anti-nucléaire et je ne compte pas les positions anti-ondes, anti-vaccins chez certains de vos élus. Allez-vous faire le ménage ? Ce n'est pas le même sujet, vaccins évidemment, mais sur le nucléaire, expliquez à nos auditeurs votre position et répondez à Christian sur le paradoxe
qu'il vous soumet. Merci Christian de me donner l'occasion de préciser. Nous ne disons pas arrêter le nucléaire tout de suite, nous disons acter aujourd'hui la sortie du nucléaire au fur et à mesure de l'obsolescence des centrales. C'est complètement utopique d'imaginer que ces centrales construites en 77 ou 80 puissent perdurer à vie. Encore une fois, cet aspect de grand carénage, c'est-à-dire en gros la mise aux normes de ces centrales qui passent les 40 ans, la mise aux normes post-Fukushima, c'est 1 à 2 milliards par réacteur. Il y en a 56, donc on peut faire le calcul, on est aux alentours de 100 milliards. Le centre d'enfouissement des déchets, 30 à 50 milliards.
Inckley Point, 25 milliards. Le directeur financier d'EDF avait démissionné en disant ça, on ne sait pas faire et EDF va dans le mur. Donc si vous n'entendez pas les arguments des écologistes sur le risque nucléaire, entendez l'argument économique. Sur la question du climat, non, je ne peux pas vous laisser dire, Christian, que l'énergie nucléaire est la moins carbonée. C'est l'éolien, c'est le photovoltaïque qui sont d'ailleurs deux à trois fois moins chers. Oui, mais quand vous regardez ce qui s'est passé en Allemagne,
ils ont renoncé au nucléaire, ils ont réhabilité les centrales à charbon qui sont beaucoup plus polluantes.
Parce qu'ils l'ont fait dans la précipitation. C'est pour ça que la mesure raisonnable, constructive et cohérente, c'est d'acter aujourd'hui et de faire monter en charge les énergies renouvelables. Imaginez ces 200 milliards, j'ai fait le compte, Burr, Inckley Point, EPR et le Grand Carénage, vous arrivez à 200 milliards, non seulement EDF fait faillite, mais par ailleurs, vous n'avez pas préparé la suite. Et donc c'est ça la responsabilité. Et je rajoute un argument qui est pour moi extrêmement fort, c'est que ces déchets qu'on produit, la durée de vie, elle est estimée entre 10 et 100 000 ans, trois fois, trois fois pour le minimum, la durée qui nous sépare de l'invention de l'écriture.
Dans quelle langue on dit attention dangereux ? Vous voyez ce que je veux dire ? C'est qu'on est en train de jouer avec des choses qui nous dépassent. Et sur la question de la fusion, on pourrait développer. ITER a toujours pas démarré. On est à 18 milliards, je crois. Ces 18 milliards auraient été investis dans la rénovation thermique. Là, pour le coup, vous avez des emplois concrets. C'est ce que ça prête à faire Bruno Bernard à la métropole de Lyon.
Julien Bayou, qu'est-ce que vous pensez de la 5G ? Le nouveau maire écologiste de Bordeaux, Pierre Euromic, a affirmé qu'il souhaitait ouvrir le débat sur la 5G, alors même que Bordeaux fait partie des territoires français qui ont été choisis pour tester la 5G l'année prochaine. Plusieurs autres maires écolos fraîchement élus ont manifesté leur opposition à la 5G à Nantes, à Grenoble, à Besançon. Est-ce qu'il faut ouvrir le débat sur la 5G ? Est-ce qu'il faut un moratoire sur la 5G ? Est-ce que vous êtes contre la 5G ?
En fait, votre question est incroyable. Faut-il ouvrir le débat ? C'est-à-dire que, comme vous le dites, Bordeaux a été choisi pour expérimenter sans que les habitants et les habitantes soient consultés. Donc, encore heureux, bien sûr, je soutiens évidemment à 100% Pierre Euromic qui dit, mais attendez, bien sûr que ça mérite un débat. Et donc, c'est notamment pour ça que nous soutenons la proposition de loi d'Elphine Bateau qui propose un moratoire et qui propose d'approfondir le débat. Nous, notre enjeu sur la 5G, c'est qu'en fait, elle est extrêmement consommatrice d'énergie. Pourquoi ? Pour regarder plus vite la pub. Est-ce que c'est ça l'enjeu ?
Là où, par contre, il y a des territoires qui ne sont absolument pas encore desservis par Internet. Donc, si vous voulez, pour qu'en centre-ville, on ait la 5G plutôt que la 4G, une consommation folle, 3 ou 4 ou 5 fois plus, en vérité, on ne le sait pas très bien puisqu'on n'a pas les éléments fournis par les constructeurs. Ça pose également des questions d'autonomie stratégique du pays. Là où il y a des territoires qui sont complètement relégués et eux, ils n'ont toujours pas le 512 cas. Vous voyez, donc, à un moment, si on est sérieux avec l'idée de démocratie, on consulte les habitants, excusez-moi, voilà.
Et puis, si on est sérieux avec cette affaire d'égalité des territoires, on se préoccupe des personnes qui sont laissées pour compte aujourd'hui de l'accès Internet Aujourd'hui, l'accès aux services publics, ça passe de plus en plus par Internet. Ce n'est pas le passage de la 4 à la 5G qui le fait. Mais par contre, il y a des endroits qui sont dans des zones blanches et dont il faut leur permettre d'avoir accès à ce droit, tout simplement.
Une dernière question sur 2022. Vous avez dit nous voulons porter une candidature franchement écolo et nous voulons gagner, nous voulons le pouvoir. C'est ça, en 2022 ? Vous le dites maintenant,
nous voulons le pouvoir. C'est ce pourquoi j'ai été élu. Parce que les écologistes l'ont tant dans leur mentalité et notre mandat, c'est de préparer les échéances. Alors là, évidemment, on est dans les municipales. Demain, les régionales, j'imagine, bien sûr.
Si elles se tiennent.
Écoutez, nous, je ne comprends pas
cette affaire de marchandage.
Je note que Raymond Avrier, maire honoraire de Grenoble, a porté plainte pour un signalement de trafic d'influence. C'est un peu ça l'affaire, quand même. Je vous donne des subventions en échange du report des régionales.
Pourquoi aucune figure écologiste ne s'impose aux yeux des Français, Julien Bayou ? Ni vous, ni Yannick Jadot, ni Éric Piolle, les Français ne vous connaissent pas. Comment vous l'expliquez ?
Vous savez, on gagne à être connus. L'enjeu, non mais plus précisément, les gens ne connaissaient pas forcément Grégory Doucet en net déficit de notoriété par rapport à Colomb. Les gens ne connaissaient pas forcément Jeanne Barzéguian en net déficit de notoriété par rapport à Catherine Trottmann. Mais ils ont été élus, non pas sur leur parcours, même si je vous invite à les découvrir, ils ont été élus sur la promesse de l'écologie. Il y a une aspiration. Les Françaises et les Français ont dit dimanche, nous sommes prêts, nous sommes prêtes. C'est aussi ce que dit la Convention citoyenne pour le climat. Et nous, nous sommes en train de nous préparer pour répondre à ces enjeux.
Yannick Jadot est un bon candidat pour 2022 ?
Oui, il est un bon candidat. Il y en aura d'autres. On aura le temps de la désignation en temps utile. Et ce n'est pas moi qui vais le décider.
Il n'y aura pas des primaires ?
Écoutez, sur une échéance aussi cruciale, je me vois mal décider dans le secret d'un huis clos à 15 de notre direction. Donc évidemment, les adhérents et les adhérentes vont voter. Et si vous voulez y participer, rendez-vous sur soutenir.elv.fr. L'adhésion est à prix libre.
Merci Julien Bayou d'avoir été au micro d'Inter. Ce matin, je rappelle que vous êtes le secrétaire national d'Europe Écologie Les Verts. Merci encore.
Julien Bayou