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Podcast / conversationEurope 1 (sur YouTube)· 10 octobre 2026 49 minActualité / polémiqueSantéJusticeInstitutions & élections

Hondelatte Raconte : L’affaire Christine Malèvre (récit intégral)

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Chapitres

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 8:46non_speechChiffre
    « Les policiers demandent alors la liste des morts survenue depuis 1997, date de l'arrivée de Christine Malèvre dans le service. Ils en compte 198. »
  • 10:03Christine MalèvreFait
    « À certains j'ai injecté du chlorure de potassium et à d'autres j'ai administré des fortes doses de morphine, des doses beaucoup plus fortes que celles qui étaient prescrites. »
  • 11:57Bernard KouchnerFait
    « Je réagis avec tristesse, avec sérieux, mais avec compassion. Je pense que c'est un drame que nous pouvons chacun d'entre nous affronter. »
  • 44:06Richard PalinFait
    « une jeune femme qui est en grande souffrance personnelle, qui ne supporte pas la souffrance des autres et qui éteint la souffrance réelle ou supposée des patients pour éteindre sa propre souffrance. »

Temps de parole

  • ?99 %

≈ 3,7 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Locuteur

Ondelat raconte Christophe ondelat. Je vous raconte l'histoire d'une infirmière qui donnait la mort, Christine Malèvre. C'est une histoire qui remonte à la fin des années 90. Elle était infirmière à M la jolie. Elle a été condamnée pour avoir sans concertation ni avec ses collègues, ni encore moins avec les familles, tuer six de ses patients. Cette histoire est aussi l'histoire d'un grand malentendu parce qu'au début, certains ont pu croire que c'était une madonne de l'euthanasie. Et bien pas du tout, vous verrez. Richard Palin, j'ai écrit cette histoire avec Thomas. Réalisation Céline Lebras. Europen Christophe Onelat.

0:48
Non speech

[musique]

0:52
Locuteur

Cette histoire commence en mai 1998 à l'hôpital François Kené de Mantel la Jolie dans les Ivelines dans le service neurologie et pneumologie au chauvé d'un homme de 71 ans qui s'appelle Jacques Guiton. Il a un cancer du poumon, une sacrée merde. Il est condamné. Le médecin qui le suit a été très franc avec lui. Je suis désolé, monsieur Guiton, on est arrivé au bout de toutes les tentatives. Combien est-ce qu'il me reste à vivre, docteur ? C'est difficile à dire. Une semaine, de semaines maximum. Et sa famille aussi est au parfum. Ils ont deux [raclement de gorge] semaines maximum pour lui dire au revoir.

1:40
Non speech

[musique]

1:45
Locuteur

Mais il ne tient pas de semaines. Le dimanche 3 mai, il s'éteint brutalement dans [musique] l'après-midi. Il s'éteint d'un coup, personne ne l'a vu venir. L'équipe soignante est stupéfaite. Enfin, son état n'a pas pu se dégrader aussi vite. Enfin, c'est incroyable. Ouais, tu as raison. Il y a il y a un truc qui colle pas. Il y a un truc est pas logique. Et là, tout le monde se souvient que depuis le matin, l'une des infirmières, Christine, Christine Malève a répété plusieurs fois. Ça sera pour nous he le décès. Moi, je pense qu' il va pas tenir l'après-midi. Comment le savait-elle ?

2:26
Non speech

[musique] [musique]

2:37
Locuteur

Dans la foulée, une aide soignante décide d'aller voir le chef de service, le docteur Hill. Entrez ! Docteur H, pardon de vous déranger. Dites-moi, je voudrais vous parler et d'abord vous demander si si vous trouvez pas bizarre que la plupart des décès qui surviennent dans le service arrivent quand quand Christine Christine Malèvre est là. Vous êtes en train de me dire que selon vous, Christine a eu un rôle dans le décès du patient qui est mort aujourd'hui. C'est ça. Oui. Oui, on le pense. On est plusieurs à le penser et pas que pour celui d'aujourd'hui. Vous verriez la tête du docteur Hill, il est stupéfait. Il tombe de l'armoire et d'autres membres de l'équipe viennent le voir.

Mais vous avez des exemples précis euh antérieur au décès de monsieur Guiton ? Oui. Oui. En novembre dernier, par exemple, j'ai vu j'ai vu de mes yeux Christine injecter de la morphine à un patient. une dose qui était prévue pour 12h et elle l'a injecté d'un coup et le patient est mort dans les 24 heures. Je je l'ai vu. Mais ce jour-là, vous n'y avez pas demandé de de s'expliquer là-dessus ? Si si, elle m'a dit qu'elle s'était trompée, que la seringue était partie toute seule et elle était assez paniquée par ma question. Je m'en veux de d'avoir mis autant de temps à vous parler. Mais vous comprenez docteur, jusque-là on avait que des doutes.

On se disait c'est le hasard mais aujourd'hui on a des des certitudes. Ça alors j'en reviens pas. Vous devez savoir que depuis des mois, il y a une blague qui circule dans le service. On dit tiens, Christine est là, ce sera pour aujourd'hui.

4:39
Non speech

[musique]

4:41
Locuteur

C'est une affaire très grave. Cette infirmière Christine Malèvre abrégerait [musique] la vie de ses patients. Le docteur H va tout de suite en parler au directeur de l'hôpital qui lui aussi tombe des nu. Il appelle immédiatement le procureur de la République. Écoutez, j'ai bien noté, monsieur le directeur, hein. Envoyez-moi tout de suite une lettre, une lettre circonstanciée. Et le directeur se met à l'écriture de sa lettre. Une infirmière du service de neuropneumologie, madame Christine Malèvre, est soupçonnée de pratiquer l'euthanasie active. Si la gravité des faits était avérée, cela justifierait une enquête. Et le même jour, le directeur convoque l'infirmière dans son bureau.

Il est debout et il lui dit ce qu'il sait. Mais enfin, monsieur le directeur, ce ce sont des rumeurs tout ça. C'est infondé. J'ai j'ai jamais rien fait de tel. Écoutez mademoiselle, je ne vous suspends pas pour l'instant, mais à compter de demain, vous irez travailler aux consultations externes. Et vous êtes coupable, mademoiselle ma lèvre, je vous plains. Voilà, voilà comment commence cette histoire et vous n'êtes pas au bout de vos surprises. [musique]

6:08
Non speech

[musique]

6:10
Locuteur

Quand elle rentre chez elle, ce soir-là, Christine Malèvre se fait couler un bain chaud et ensuite elle écrit une lettre. Je préfère partir de ce monde où l'on protège les salots, où l'on accuse les innocents. Je pars ailleurs à l'avenir. N'accusez pas sans savoir. Elle avale cinq boîtes d'anxiolitique, elle se plonge dans la baignoire et elle s'endort. Son compagnon la découvre plusieurs heures plus tard. Elle respire encore. Il appelle le Samu et Christine Malèvre est transportée en réanimation à l'hôpital de Mant la jolie, celui où elle travaille, celui où on l'accuse. Dans les heures qui suivent, le directeur prévient la sœur de l'infirmière.

Oui oui, vous devriez lui trouver un avocat et à titre personnel, je pense qu'il faudrait la placer dans un hôpital psychiatrique. Si vous ne le faites pas, je demanderai moi-même son placement d'office. D'accord ? Ce qu'il fait, l'infirmière Christine Malèvre entre dans une clinique psychiatrique et le procureur charge la police judiciaire d'ouvrir une enquête. Le directeur réunit alors toute l'équipe et tous les cadres. Bien, je vous demande à tous de vous mettre au service de la justice dans ce dossier, de ne rien cacher, de répondre à toutes les questions qui vous seront posées, d'accord ? Toutes, vous leur dites tout, même si c'est difficile à dire.

8:01
Non speech

[musique]

8:05
Locuteur

Et les flics débarquent et il commencent à interroger un par un les membres du service. Moi, je pense que Christine, elle a elle a comme une attirance Oui. une attirance particulière pour les soins mourants. Moi, je dirais que que sa présence au côté des mourants a toujours dépassé le cadre de son métier, ça c'est sûr. par exemple, je l'ai vu aller à des enterrements de patient. Ah mais c'est simple, quand il y a une toilette mortuaire, bah elle est toujours volontaire, elle demande toujours à l'affaire.

8:42
Non speech

[musique]

8:46
Locuteur

Les policiers demandent alors la liste des morts survenue depuis 1997, date de l'arrivée de Christine Malèvre dans le service. Ils en compte 198. C'est beaucoup mais c'est un service de fin de vie. Et à côté, il colle l'emploi du temps de l'infirmière et là ça saute aux yeux. On meurt plus quand elle est là. Alors quelle est sa part ?

9:14
Non speech

[musique]

9:20
Locuteur

Le 7 juillet, après de mois d'enquête, les policiers de la PJ convoquent pour la première fois Christine Maleur. Elle arrive tout droit de sa clinique psychiatrique. Mademoiselle Malèvre, je vous informe qu'à daté de cet instant, vous êtes placé en garde à vue et le commandant qui l'interroge se met à érainer un par un le nom des patients mort alors qu'elle travaillait dans le service. Lui ? Lui ? Oui, c'est moi. Et et elle aussi elle assume 30 décès. 30 Et par quelle méthode est-ce que vous avez procédé madame ?

Et bien à certains j'ai injecté du chlorure de potassium et à d'autres j'ai administré des fortes doses de morphine, des doses beaucoup plus fortes que celles qui étaient prescrites. Vous noterez qu'elle ne se cache pas derrière son petit doigt. Elle assume. Et naturellement, à l'issue de ses aveux, elle est présentée à un juge d'instruction, Richard Palain, qui la met [musique] en examen pour homicide volontaire. Même si devant lui, elle tente de mettre un petit bémol aux aveux qu'elle a fait en garde à vue. Vous savez, monsieur le juge, c'est c'est un service qui est lourd et difficile. Alors, disons que j'ai aidé un certain nombre de personnes à mourir.

C'est un peu et même pas mal en dessous de ce qu'elle a dit au policier. Et le juge s'aperçoit par ailleurs qu'elle a avoué des décès survenus des jours où elle était absente à éclaircir. En attendant, il décide de la renvoyer dans son établissement psychiatrique. Elle a quand même tenté de se suicider. Jusque-là, l'affaire est restée confidentielle, mais avec la mise en examen, ça ne pouvait pas durer. C'est le journal Le Parisien qui sort l'histoire à la une juillet 1998. Avec ce titre, l'infirmière avoue l'euthanasie d'une trentaine de malades. L'euthanasie ? Alors que le juge, lui l'a mise en examen pour meurtre avec préméditation.

C'est pas la même limonade, mais de fait dans l'opinion, cette histoire vient réveiller le vieux débat sur l'euthanasie en France. Et le top départ est donné le soir même par le secrétaire d'État à la santé, Bernard Kouchner au JT de France 2. Je réagis avec tristesse, avec sérieux, mais avec compassion. Je pense que c'est un drame que nous pouvons chacun d'entre nous affronter. Dès le début de cette histoire, on parle d'euthanasie et à un moment, il faut que le procureur rappelle que ça n'est pas le sujet. On peut parler de cette réserve que c'est un mot qui ne figure pas dans le code pénal. Autrement dit, c'est un concept de monsieur tout le monde ou même de gens éclairés si vous voulez.

Ce n'est pas un concept juridique. Ça veut dire en clair que si vous tuez une personne, d'ailleurs on a eu des affaires de ce genre qui sont passés devant les cours d'assis mais qui concernait un proche par exemple qui avait abrégé les souffrances d'une personne, elle ne comparaissait pas pour euthanasie. Elle comparaissait pour homicide volontaire et parfois pour assassinat. Ici on est sur des homicides volontaires. Ce yatus entre eux, est-ce que c'est un meurtre ou est-ce que c'est de l'euthanasie et le cran malentendu de cette histoire ? [musique] Ce débat qui s'ouvre sur l'euthanasie, c'est pas béni pour la défense de Christine Malèvre. Pas béni.

Et donc ma foi, elle pousse son avantage d'autant qu'elle est libre. 4 mois après sa mise en examen pour meurtre. Pour meurtre, la voilà sur le plateau de la marche du siècle, l'émission de Jean-Marie Cavada sur la 3. Un débat sur l'euthanzie. Dans quel état d'esprit êtes-vous aujourd'hui, mademoiselle Maèvre ? Et d'abord pourquoi vous avez décidé de parler ce soir ? Bonsoir. Bonsoir. Bien, je crois que maintenant il faut le débat est ouvert et en tant qu'infirmière ayant vécu auprès de malades qui souffraient, qui réclamaient à mourir, auprès de famille aussi, mon témoignage peut être utile aujourd'hui.

Tout s'est fait dans un climat de confiance avec des avec des patients, avec une toute une relation, des relations humaines se sont instaurées entre ces patients et moi. Et lorsqu'on a rien à proposer aux malades, pas de service spécifique, quand on on sait que la médecine n peut plus rien, faut-il se défiler ? Faut-il laisser ces malades souffrir ? [musique] Elle est là toute gentille, toute douce avec ses bonnes grosses joues. Elle ne ressemble pas à l'idée qu'on se fait d'une empoisonneuse. On se dit qu'on voudrait la voir comme infirmière et en une soirée, elle devient la passionnariat des militants [musique] proeutanasie.

L'association, pour le droit de mourir dans la dignité, lui apporte son soutien dès le lendemain. Et dans la foulée, elle reçoit 400000 franc de dons. Les gens s'emballent dans leur tête un peu exaltée, cette gentille dame a gentiment aidé à mourir des petits vieux au bout du rouleau qui lui réclamait une piqûure à coré à cri. Mais est-ce que c'est vraiment ça qui s'est passé ? Ondelâre raconte [musique] la suite de votre récit. Quand il la voit à la télé, je peux vous dire qu'il y en a qui font des bons sur leur canapé. Et oui, les familles, les familles de tous ces gens qui sont morts. Le maout par exemple, sa femme Denise avait 48 ans et un cancer du poumon.

Elle est entrée à l'hôpital pour une chimio, juste une chimio. Et elle y est morte. Il a jamais compris pourquoi et il se souvient très bien que cette Christine Malèvre était là. Alors il porte plainte et il prend un avocat. Maître Maurice, présenter Christine Malèvre comme une victime, c'est profondément indécent vis-à-vis des victimes. À la suite de la constitution de partie civile de monsieur Leemout, il y a six nouvelles parties civiles qui vont se constituer cette semaine et je crois que nous aurons à ce moment-là un débat beaucoup plus équilibré par rapport à ce qui existe jusqu'à présent. Et dans la foulée, d'autres familles portent plainte.

a commencé par la veuve de Jacques Guitton, le dernier patient. Et là, retournement de situation. Devant le juge Palin, Christine Malèvre n'assume plus que quatre morts. La miss est revenue sur ses aveux. Et après ma foi, la presse qui jusque-là était plutôt du [musique] côté de l'infirmière fait un brusque mouvement de balancier. Souvent presse varie. Le magazine l'Express publie un article qui fait sensation et qui refroidit un peu les ardeurs de certains. Il est signé Anne-Marie Caster. C'est une journaliste médicale qui a révélé entre autres l'affaire du sang contaminé. Son papier s'appelle Mortelle Compassion et c'est un portrait terrible de Christine Malèvre.

Chiffre à l'appui, [musique] Anne Marie Caster l'accuse d'euthanasie massive et elle révèle le tableau des décès et en parallèle l'emploi du temps de Christine Malèvre. Ça saute aux yeux. C'est beaucoup plus qu'un petit coup de main à des petits vieux au bout du rouleau. Et là d'un coup les journalistes changent de camp. Vous savez ce que c'est hein ? Tout est bon dans le cochon et la fée d'un coup devient sorcière.

17:18
Non speech

[musique]

17:19
Locuteur

Et assez vite, on avant des expertises psychologiques de Christine Malèvre. C'est une personne à la dérive qui souffre et qui tente de se sauver dans une sorte de mission. Et puis vient l'expertise psychiatrique. Elle tisse avec le patient une sorte de lien secret dans lequel se déroule une sorte de serment. C'est une perversion de la relation en dehors de toute hiérarchie, en dehors d'un tiers sans aucune référence à la loi. Mademoiselle Malèvre se trouve ainsi en situation de donner la mort sans jamais en référer à personne. [musique] Depuis toutes ces révélations, la passionnaria a perdu du poil de la bête, mais elle trouve un éditeur, Bernard Fixo, pour publier un livre mais àux.

Il paraît en mars 1999, soit 10 mois après sa mise en examen. Et la voilà sur Europin pour en faire la promo chez Elk Cabach.

18:24
Non speech

[musique]

18:25
Locuteur

Il est tout juste 8h20. Jean-Pierre El Cabache, vous recevez Christine Malèvre. Christine Malèvre, bonjour. Bonjour. Merci d'être là. Infirmière, vous attendez en ce moment votre procès. Oui. Vous êtes mise en examen pour meurtre. Comment vous expliquez-vous ou vous définissez les gestes et les actes que vous avez fait vous-même ? Le terme de meurtre me me fait me fait mal parce que je considère pas avoir tué ces patients. Je les ai aidé à mourir et et le terme de tuer est un terme tellement dur, je peux pas m'y faire. Alors, vous avez reconnu trois ou quatre disparitions de votre propre fête.

Oui, trois euthanas et un cas où j'ai agi de mon propre chef en augmentant une dose de médicaments sans prescription médicale. Devant le ou les policiers qui vous interrogaient, vous avez reconnu une trentaine d'actes. Oui. Cette garde à vue a été un moment horrible, terrifiant pour moi où j'ai paniqué, où j'ai perdu pied. Ça a été, j'étais face à un homme qui me considérait déjà comme une criminelle, qui me menaçait, qui brandissait des documents comme quoi il avait les preuves. Ce livre, évidemment, les avocats des familles de victimes [musique] tentent de le faire interdire. Enfin, mettez-vous à leur place. Cette femme est accusée d'avoir tué leurs proches.

Et elle publie un livre et se donne le beau rôle. Elle fait croire qu'elle s'est retrouvée toute seule face à des malades abandonnés par leur famille. Mais c'est faux. En fait, Didier Baudé par exemple, il a veillé son père jusqu'au bout et sa femme aussi. Ils étaient là, il lui tenait la main. On ne leur a rien demandé, on ne les a pas consulté. Alors oui, oui, ils sont choqués par ce livre, mais le livre n'est pas interdit. [musique]

20:17
Non speech

[musique]

20:19
Locuteur

Mais le juge d'instruction, lui le juge pas là, il n'est pas là pour trancher un débat de société, il est là pour dire si Christine Malèvre a tué avec ou sans concertation avec ses collègues, avec ou sans concertation avec les familles, avec ou sans concertation avec les malades, des patients de son hôpital et donc il désigne des experts pour rendre un rapport statistique, un rapport qui met en parallèle la mort de patient et la présence de l'infirmière dans le service. Et ce rapport confirme le tableau déjà dessiné par les policiers. Quand elle est présente, on meurt plus dans cet hôpital. Ensuite, il désigne un médecin expert et le charge de se pencher sur 21 cas suspects.

Et ce médecin démontre qu'à partir des fiches de soins, dans les 21 cas, la souffrance et la douleur étaient parfaitement pris en charge par l'hôpital. À un moment, le juge hésite. Est-ce que je fais exhumer les corps pour réaliser des autopsies ? Et puis il se dit à juste titre, ça ne sert à rien parce que de la morphine, on va forcément en retrouver puisque tous les malades du service [musique] en prenaient et on sera incapable de la doser et de dire à un moment si elle a un peu poussé sur la seringue. Quant au chlorure de potassium qu'elle a utilisé pour en finir, il en faut une si petite dose qu'elle sera indétectable. Et donc, on fiche la paix aux morts, ils restent là où ils sont.

21:52
Non speech

[musique]

21:58
Locuteur

Et puis à un moment, le juge décide de reconstituer un geste. Un geste que Christine Malèvre a décrit en interrogatoire. Un geste malheureux, dit-elle, pratiqué sur une certaine Dominique Kossman qui était en phase terminale d'un cancer et qui pour elle est un accident. Bien, j'étais en train de lui administrer de la morphine et la dose est partie d'un coup. D'un coup, bien vérifions. Le juge fait venir tout le matériel dans son bureau, la pompe amorphine, la seringue qu'on met dedans, la poche de produit et il lui demande de refaire le geste. Allez-y, madame Malèvre, procédez comme vous avez procédé ce jour-là. Allez-y. La machine qui actionne la seringue ne peut pas produire une surdose.

Elle peut augmenter un peu la dose de morphine mais pas vider [raclement de gorge] toute la seringue d'un coup. Donc elle l'a sorti de la machine et d'ailleurs une de ses collègues témoigne que ce jour-là elle a trouvé la seringue hors de la machine vide. C'était une grosse seringue. Allez-y madame Malèvre, allez-y appuyez sur la seringue pour évacuer le produit. On vous regarde

23:13
Non speech

[musique]

23:16
Locuteur

et là appuie elle appuie sur la seringue comme un soudain. Mais c'est une grosse seringue avec un tout petit orifice d'évacuation [musique] et c'est dur. Elle n'y arrive pas, il lui faut un temps fou et beaucoup de force. Donc ça n'est pas un geste accidentel, c'est un geste volontaire. Conclusion du juge après cette reconstitution, c'est une meurtrière et sa place est en prison parce que jusque-là, elle était libre et le soir même, elle dort à la maison d'arrêt de Versailles. Pas longtemps, hein. Son avocat demande immédiatement sa remise en liberté et [musique] 8 jours plus tard, il l'obtient.

23:59
Non speech

[musique]

24:00
Locuteur

Quand elle sort de prison, Christine Malèvre pourrait se dire "Je vais m'en sortir." Erreur car dans la foulée, au contraire, sa responsabilité est aggravée par le juge. Elle était mise en examen pour meurtre. La voilà mise en examen pour assassinat. Elle a voulu tuer et désormais donc elle risque la perpétuité.

24:25
Non speech

[musique] [musique]

24:31
Locuteur

Après une année et demi d'instruction, le juge Pala a retenu 11 dossiers. 11 dossiers dans lesquels il paraît clair que l'infirmière a donné la mort. Mais finalement, la chambre de l'instruction n'en retient que sep. Sep dossiers dans lequel il paraît clair qu'elle a poussé la seringue volontairement. Ça n'est donc plus une madonne de l'euthanasie. C'est une tueuse en série. Alors, comment va-t-elle se défendre ? Elle prend un nouvel avocat, maître Charles Libman, un ténor du barreau de Paris, qui plus membre de l'association pour le droit de mourir dans la dignité. Il lui propose une nouvelle stratégie. On va plaider que vous êtes innocente, Christine, mais vous n'avez rien fait.

Ils auront beaucoup de mal à prouver l'inverse. Le procès est programmé pour janvier 2003 devant la cour d'assise de Versailles et Christine Malèvre on paraîtra libre.

25:28
Non speech

[musique]

25:31
Locuteur

Dès le premier jour d'audience, le grand malentendu de cette histoire explose au grand jour. Finalement, Christine Malèvre veut bien assumer deux décès. Celui d'Hubert Bruel et celui de Patrick Hogel. Je n'ai fait que soulager leur souffrance. À leur demande, je précise. Et là, l'avocat de la famille Bruel, maître Olivier Maurice, bondit. Enfin, c'est faux. Bruel n'était pas en fin de vie du tout. Elle vient d'affirmer qu'il était dans le coma depuis 24 heures quand il est mort. C'est faux. Elle m Le président demande alors à Christine Malèvre de préciser dans quelles conditions est mort Patrick Ogel.

Et bien à 14h, il il m'a dit qu'il fallait que je l'aide à partir là maintenant et donc je lui ai administré du chlorure de potassium. À 15h15 il était mort. Mais là encore ça ne tient pas. Selon les médecins, Patrick Hogen ne pouvait plus parler et sa veuve vient enfoncer le clou à la barre. Et enfin, Patric n'aurait jamais demandé ça à une inconnue. Il me l'aurait demandé à moi. Je suis infirmière. Il me l'a jamais demandé. Elle est infirmière et elle est sa femme et donc on la croit. Et une autre veuve, Nicole Guiton, vient dire à peu près la même chose.

Pourquoi est-ce que mademoiselle Malève ne s'est pas adressé à moi alors que depuis le matin, elle assurait toutes les aides soignantes que mon mari allait mourir. À cause d'elle, j'ai même pas pu lui dire à Dieu. Mais parmi les victimes, il y a aussi des gens qui la défendent. Le veuve, par exemple, de l'une des sep victimes qui a refusé de porter plainte. Madame Malèvre s'est occupé de ma femme pendant 6 mois. Je l'ai trouvé très compétente et je n'ai aucun soupçon sur elle. Même attitude chez un frère d'un autre patient de 29 ans mort d'un cancer du poumon. Elle s'occupait de lui alors alors qu'il n'était pas dans son service. Je ne lui en veux pas du tout.

27:50
Non speech

[musique]

27:53
Locuteur

Au total, 70 témoins défilent à la barre dont beaucoup de ses collègues qui enfoncent le clou. Aucun, vous entendez, aucun ne la défend. Le 5e jour, l'euthanasie est de retour dans le débat avec le témoignage de la psychologue Marie de Henzel, connue pour ses positions en faveur du droit à mourir dans la dignité. Elle a rencontré Christine Malèvre 1 heure, mais elle a une opinion. Ça n'est absolument pas un monstre ou ou un sériel killer. Je dirais que c'est une idéaliste déboussolée qui s'est fixé une mission imaginaire. Mais vous condamnez ces actes, madame ? Oui. Oui. Je ne peux pas les cautionner mais on ne peut pas les juger sans les restituer dans un cadre sociétal.

viennent ensuite les experts psychiatres, un premier expert. Je dirais qu'elle projette sur les autres ses propres souffrances. Et un deuxième expert psychiatre, elle a l'impression que les autres soignants n'ont pas la même responsabilité qu'elle. Elle a l'impression que le système s'en fout. Elle se dit dévouer corps et âme. D'où l'idée d'aider les malades à moins souffrir.

29:16
Non speech

[musique]

29:20
Locuteur

On approche de la fin. L'avocat général se lève pour son réquisitoire. À l'issue de deux semaines d'audience, je dois reconnaître que je ne sais pas qui est Christine Malèvre. Je ne suis pas parvenu à cerner sa personnalité. Est-elle une pauvre fille dépassée par la situation ou est-elle une tueuse méthodique ? Je ne le sais pas, mais je sais qu'elle a donné la mort et en conséquence, je vous demande de la condamner à une peine qui ne saurait être inférieure à 10 années de réclusion criminelle.

30:00
Non speech

[musique]

30:02
Locuteur

10 ans. Les familles sont stupéfaites. Elles s'attendaient à plus de soutien de l'avocat général. va-t-elle être [musique] acquité ? Après la plaido de son avocat, maître Liman qui plaide l'innocence d'un bout à l'autre, le suspense est total. Le délibéré dure 4 heur et à l'issue, elle est reconnu coupable de 6 des sept assassinats. Vous êtes condamné, madame Malèvre, à 10 années de réclusion criminelle et à une interdiction à vie d'exercez le métier d'infirmière. Je vous remercie. L'audience est levée. 10 ans, elle fait appel. Elle est rejugée en octobre 2003 par la cour d'assise de Paris et après 7h30 de délibéré, sa peine est alourdée.

Madame Malèvre, vous êtes condamné à 12 années de réclusion criminelle et à une interdiction à vie d'exercer votre métier d'infirmière.

31:03
Non speech

[musique]

31:07
Locuteur

Finalement, Christine Malèvre n'a passé que 4 années en prison. Elle est sortie en 2007. Depuis, elle s'est mariée et elle est devenue comptable. [musique] Pour commenter son histoire du jour, Christophe Onelat reçoit un invité, acteur direct de son récit. À plusieurs [musique] reprises dans cette histoire, j'ai évoqué le juge Richard Palin qui est le juge d'instruction de cette affaire. Il a accepté aujourd'hui de revenir plus de 20 ans après le début de son enquête sur les faits et sur son instruction. Est-ce que monsieur Palain, j'ai réveillé des souvenirs ou est-ce que vous vous souvenez de toute [raclement de gorge] cette histoire ?

Parce que c'est pas banal dans dans la vie d'un magistrat instructeur hein comme affaire. Ah non, vous avez réveillé des souvenirs parce que comme vous le dites si bien, l'eau a coulé sous les pontes, ça fait maintenant 20 ans. Donc il y a un certain nombre de choses que je n'ai pas gardé en mémoire et d'autres en range qui sont assez assez clairs dans ma dans ma tête. Alors ce que je je voudrais revenir à ce moment particulier qui est le moment où le débat sur l'euthanasie démarre à la télévision, à la radio, dans les journaux. Il y a d'abord la prise de position de Bernard Kouchner. Ensuite il y a l'émission La marche du chèque de Jean-Marie Cavada. Vous la regardez cette émission ?

Non, je regarde pas. Je regarde pas et je participe par principe. C'est c'est quasi un principe. C'est c'est pas que ça ne m'intéressait pas, mais je trouvais que ça polluerit ma réflexion. Et puis mon travail de juge d'instruction, c'est avant tout de bâtir un dossier, donc de rechercher des preuves. C'est un travail long, minutieux, ça se résume pas à des échanges d'arguments entre les pro et les contre euthanasie. Donc c'est pas c'est pas mon débat et j'ai pas envie d'y participer. J'ai pas j'ai pas envie de de savoir ce qui se dit.

Ce qui compte pour moi, c'est ce qui se dit dans mon cabinet d'instruction avec Christine Malèvre assistée par son avocat au vu des éléments que moi j'ai déjà dans le dossier. Couchner, il vous énerve à ce moment-là ? Non, il est pas j'ai il est il est dans son si c'est un débat sur l'euthanasie, il est dans son rôle. Euh mais moi ce que je vais découvrir au fur et à mesure, c'est qu'on est peut-être loin de l'euthanasie et que ça n'a peut-être aucun rapport avec l'euthanasie. Alors la société française manifestement à cette période est prête à avoir ce débat. Ce dossier déclenche ce débat mais moi j'ai pas participé et c'est pas mon rôle [raclement de gorge] et j'ai j'ai rien à apporter.

Et le livre alors ça le livre c'est c'est un cas quasi unique parce que lorsqu'on est mis en examen pour assassinat il est absolument impensable en France qu'un éditeur accepte de publier un livre mais là oui. Ben je l'ai pas lu non plus. Je vous rappelle que [raclement de gorge] à ce moment-là, moi j'ai déjà entendu Christine Malèvre à plusieurs reprises. Je crois avoir lu et je me souviens à peu près que nous avions euh effectué, j'ai effectué h interrogatoires si je me souviens bien. C'est une trentaine d'heures d'interrogatoire et on a eu le temps de s'expliquer si vous voulez. Donc le livre c'est forcément un plédoyer prodomo, mais ce plédoyer prodomo, moi je ne m'intéresse pas.

Je vais le mettre, on va le mettre en relation et en rapport avec ce que moi j'ai dans mon dossier. Et je je vous le dis, je suis toujours à la recherche de preuves depuis le début, que ce soit des preuves testimoniales ou des preuves objectives dont vous avez parlé tout à l'heure, ce sera la reconstitution. C'est difficile quand même, j'imagine, quand un débat comme ça s'empare de la société, s'empare des médias, on imagine que ça serait aujourd'hui avec les réseaux sociaux de rester froid. Je vais vous dire que je regarde pas la télévision et j'écoute pas la radio, je lis pas la presse, donc je ne participe [rires] pas au débat.

Et d'ailleurs, si j'y participais, je ne serais pas en capacité et en mesure d'instruire un dossier que l'objectivité, l'impartialité qui s'impose. Moi, je suis pas centré sur un débat de société, je suis centré sur la situation personnelle, juridique, pénale de Christine Malac. J'ai en face de moi une personne et cette personne il faut que je détermine si les faits qui lui sont imputés ou reprochés ils sont établis ou ils ne sont pas établis. C'est ça tout mon travail d'enquête. Dès dès la mise en examen, vous partez néanmoins à avant que vous ne connaissiez véritablement l'enchaînement des faits. Vous partez sur meurtre avec préméditation.

À partir de quand est-ce que votre conviction est claire que cette femme a fait beaucoup plus que pousser une petite dose au bout de sa seringue parce qu'un patient lui disait "Je veux mourir, je veux mourir ?" Le cheminement, pardonnez-moi, est un petit peu plus complexe. Quand le dossier est ouvert à mon cabinet, un jour de permanence comme tant d'autres, je sais seulement, parce que le procureur me l'a dit, que ce jour-là, on va ouvrir une information judiciaire à mon cabinet pour euthanasie. L'euthanasie, ça n'existe pas en droit français, c'est meurtre ou assassinat.

Mais à partir du moment où on parle d'euthanasie, c'est le courrier qui avait été adressé par le directeur de l'hôpital et qu'on qualifie de meurtre, c'est-à-dire qu'on retient la qualification la moins la moins grave, défaut de dire la plus douce. Et donc dès le départ quand je reçois Christine Malèv qui d'ailleurs va dire très peu de choses lors de son interrogatoire de première compar où elle est assistée par ses avocats et je ne l'interroge pas. Je l'interroge pas pour deux raisons.

La première c'est qu'elle me dit elle me fait dire par ses avocats dès avant qu'elle ne répondra pas à mes questions mais qu'elle va simplement faire quelques déclarations qu'on appelle spontané dans notre jargon. Hm. Et puis dans un 2uxè temps, j'ai je prends en considération le fait que je sais qu'elle a fait une tentative de suicide, qu'elle est hospitalisé en hôpital psychiatrique depuis 2 mois et il est hors de question si vous voulez d'ailleurs, il y a pas de raison que les choses se passent ainsi, il est hors de question que notre entrevue ne soit pas autrement marquée que par le saut de la courtoisie.

Donc il y a dès le départ et parce que c'est peut-être une affaire d'euthanasie et parce que le dossier au départ même s'il est extrêmement bien fait par les enquêteurs du SRPJ Versailles qui sont la crainte des enquêteurs s'il est très bien fait il est quand même pas complet. La preuve c'est qu'on ouvre une information judiciaire. Donc je sais parfaitement qu'il y a un travail important qui m'attend et pour être très clair, j'ai je ne suis pas mal disposé à l'encontre de Christine Malèbre et je me dis même qu'elle a peut-être raison contre tout le monde. Donc vous ne fermez aucune porte au début de votre enquête.

Vous-même vous vous ce que j'entends là c'est que vous avez une oreille qui est un peu ouverte sur cette question de l'euthanasie. Alors, non seulement je ferme aucune porte, mais j'ai envie de dire, je les ouvre toutes. C'est-à-dire que avant de concevoir mon dossier et d'avancer au fur à mesure, va falloir que j'entende Christine Malèvre, qu'elle me donne hm euh ses argumentations, sa vision de ce que des actes qu'elle a pu commettre.

D'abord qu'elle me dise ce qu'elle a fait parce que je vous rappelle qu'en première comparition quand je l'entends pas la première fois de façon très succinte, elle reconnaît très peu de choses et que les 20 ou 30 cas à la louche comme cela devant le SRPG Versaill, on en parlera plus jamais.

Donc il va falloir qu'à rebour je reconstitue un dossier et il suffit pas de dire il faut prouver et prouver tes euthanasies alors que la les scènes se passent par définition sans témoin et que la personne qui a été euthanasié évidemment n'est pas là pour nous dire ce qui s'est passé et bien ça nécessite des recherches à la fois techniques sur le plan médical sur le plan de personnalité et puis entendre entendre tous les les personnes qui ont pu travailler au côté Christine Malèvre et qui par bride ont surpris des éléments qui leur paraissaient incongru ou incompatible avec un exercice normal de la profession d'infirmier.

Richard Palin, vous avez été le juge d'instruction qui a mené cette enquête. Ce point-là est essentiel. Vous avez réussi à démontrer dans votre bureau en en sa présence et en présence de de ses avocats qu'il n'est pas possible de déraper quand on fait une injection de morphine parce que c'est ça la vérité. Si on veut vraiment injecter toute une grosse seringue de morphine à quelqu'un, il faut vraiment le vouloir et appuyer dessus longtemps. C'est ça, hein.

Alors pour être très clair, j'avais dit à Christine Malèvre à l'origine quand je l'avais notifié sa mise en examen pour homicide volontaire, c'estd pour meurtre, je lui avais dit et après quand je l'avais entendu, "Écoutez mademoiselle, je veux bien vous croire, je veux bien entendre ce que vous me dites quand vous décrivez un service qui dysfonctionne, un mourroir et les raisons pour lesquelles vous avez été amené à agir. Et si un jour je vous prends en défaut, alors vous perdrez cette confiance et le dossier prendra une autre tournure. Et [raclement de gorge] en fait, il n'y avait pas d'éléments objectifs dans le dossier.

Il y avait que des témoignages de collègues qui avaient surpris des gestes inappropriés. Il y avait ses propres réponses, il y avait quelques éléments médicaux, mais on avait très peu de choses. Et moi, j'attendais à un moment ou à un autre pour faire la part de l'eau, la part du feu, j'attendais quelque chose qui soit objectivement indiscutable. Et elle avait décrit, Christine Malèv avait décrit à l'occasion de ses interrogatoires une certaine circonstan où elle avait été amené à euh augmenter légèrement la dose de morphine d'un patient.

Et puis la la seringue était partie ce qu'on appelle techniquement au bolus, c'est-à-dire que l'intégralité de du contenu de la seringue était s'était échappé dans la tubulure et ça avait provoqué puisque c'était de la morphine une overdose. Une overdose tout simplement par arrêt cardiaque. Et donc c'était comme elle m'avait décrit la scène, j'avais décidé seul élément objectif que je pouvais essayer de reconstituer. J'avais décidé une reconstitution dans mon bureau. qu'on avait fait venir, j'avais fait venir euh un certain nombre de personnes techniciens, techniciennes, Christine Malève, ses avocats et puis tout le matériel pour se faire.

Sauf que ça paraissait quasi évident et vous l'avez très bien rappelé tout à l'heure dans votre présentation, les liquides sont incompressibles. La seringue contient un certain nombre, un certain nombre de millilitres de produits, mais le le chat de de la seringue, le trou de la seringue est est très étroit, très très étroit. Donc vous pouvez vous asseoir dessus euh même si vous pesez le poids d'un éléphant si vous voulez, ça peut pas partir en bonus. Donc il faut appuyer fortement, longuement pour euh euh pouvoir augmenter même légèrement même légèrement le le débit de seringue.

Et là si vous voulez, c'était la preuve que sur ce point, en tout cas elle m'avait menti et à partir du moment où elle m'a menti sur ce point, l'ensemble de sa défense, de sa stratégie n'était plus recevable de la de la même façon parce qu'elle pouvait avoir menti et c'était le cas. je pense sur d'autres sujets. C'est c'est ce fameux moment où vous la prenez en défaut et vous ne la croyez plus du tout. Sa parole est remise en doute et tout ce qu'elle a pu me dire antérieurement, que ce soit sur le fonctionnement du service, sur la sur ses relations avec les patients, sur un certain nombre d'éléments techniques, tout ça tout d'un coup est frappé du saut de la suspicion.

Alors qu'est-ce que je fais ? Et c'est très symbolique pour marquer le coup. Je l'incarcère le soir même. C'est-à-dire que je lui signifie que le dossier a changer de physionomie. Il a basculé en quelque sorte. Il y avait d'autres éléments qui vont faire basculer le dossier, mais il a basculé. Nous ne sommes plus dans un dossier dont on pouvait considérer que c'était un dossier d'euthanasie et qui pouvait permettre de lancer un grand débat national sur l'euthanasie.

Nous sommes dans un dossier criminel, c'est-à-dire une jeune infirmière qui pour des raisons qui lui appartiennent et qui sont à mon sens et ce que disait l'expertise de nature psychologique euh s'est laissé aller à une dérive qui est pénalement répréhensible. Je commets peut-être une petite erreur stratégique puisque je lui notifie pas ce jour-là une qualification d'assassinat. L'assassinat c'est la préméditation. Mais si vous voulez et tout le monde l'entend, une qualification de meurtre c'est une chose, une qualification d'assassinat ça une autre connotation, c'est autre chose.

Au procès, l'avocat général dit quelque chose que j'ai rarement entendu dans la bouche d'un avocat général au bout de deux semaines de procès. Il dit "Je dois reconnaître que je ne sais pas qui est cette femme. Je ne suis pas parvenu à cerner sa personnalité." Est-ce que vous diriez ça vous aussi ? B, c'est-à-dire que moi, j'ai lu Les expertises psychiatriques et médico-sychologiques. Ouais. Et le dossier le de le le 2e point de basculement qui d'ailleurs je crois intervient avant la reconstitution, ce sont les expertises médico-psychologiques et psychiatriques. Et elle donne la clé à mon sens, elle donne la clé. Moi, je suis pas expert psychiatre.

Je me permettrai pas d'intervenir sur ce point ou d'avoir le moins le moindre jugement. Mais les experts nous disent quoi ? Ce que j'ai retenu en substance. une jeune femme qui est en grande souffrance personnelle, qui ne supporte pas la souffrance des autres et qui éteint la souffrance réelle ou supposée des patients pour éteindre sa propre souffrance. Voilà moi ce que ce que ce que j'ai retenu puisque vous avez rappelé les termes des [raclement de gorge] expertises psychiatriques tout à l'heure.

Donc à mon sens c'est la clé h c'est la clé c'est le ressort psychologique qui fait de Christine Malève non pas comme certains ont voulu l'appeler la madonne ou la représentante ou la porte-parole de l'euthanasie mais simplement une jeune fille qui est en grande perdition. Alors, je voudrais dire à ce sujet quelque chose qui à mon sens n'a pas été suffisamment dit au procès, même quand on m'a cité à à la cour d'assise, la question n'a pas été abordé et je le regrette. Le service dans lequel euh travaillait Christine Malèvre était loin d'être un mouroir. C'était pas un service de fin de vie.

C'était un service dans lequel des gens guérissaient qui étaient en rémission, qui sortaient de ce service. Les gens ne mourraient pas tous. Ça c'est une une exactitude. En revanche, un service extrêmement difficile, extrêmement difficile. Et moi j'avais entendu de très nombreux enfin l'ensemble des êtres soignants et puis des infirmiers et infirmières qui étaient là et c'était très souvent et la plupart de jeunes personnes de jeunes filles et je me disais quand même que confier à ces jeunes personnes des services des responsabilités aussi lourdes où effectivement il y avait un nombre de décès qui était important. Je crois qu'il y en avait eu en 97 83.

La mort était quand même omniprésente et je trouvais que c'était une tâche extraordinairement lourde pour de de jeunes femmes qui avaient pour la plupart moins de 30 ans. Malève avait moins de 30 ans. Quand le verdict tombe 10 ans premier verdict, 12 ans verdict d'appel. Euh d'abord vous êtes vous vous informez, on vous tient au courant parce que je sais qu'il arrive que les magistrats instructeurs soient pas tenu au courant de la suite. Enfin ça vous ça vous paraît collé ? Alors oui, je la prends. Ça c'était pas très difficile quoi quand je vous dis que j'écoute pas la radio euh sur les affaires qui m'intéressent.

[raclement de gorge] Non, mais enfin quand même, je me tiens un petit peu à informer de de l'état de l'état du monde. Après, si vous voulez, moi je suis pas intéressé au quantum de la peine. Le travail du juge instruction, en tout cas, c'est comme ça que je le conçois, c'est de d'instruire un dossier qui concerne en l'occurrence une personne particulière, d'essayer de recueillir des éléments d'information et puis ces éléments d'information, je les transmets, je les communique à une juridiction de jugement qui qui va dire si ça correspond à des preuves. Monsieur quand vous entendez 10 12 vous vous dites tiens c'est juste il aurait pu prendre 20 assassinat 10 12 c'est c'est assez rare.

La qualification d'assassinat suggère qu'on commence à s'approcher de la perpète. Oui mais c'était quand même très symbolique. La qualification d'assassinat ça ne changeait pas le fond du problème, ça changeait pas la difficulté d'exercice du métier, ça changeait pas la personnalité de Christine Malèvre et il y avait beaucoup à dire sur la personnalité de Christine Malèvre. Moi, je je crois qu'une des erreurs en terme de stratégie de défense de Christine Balev, c'est d'avoir changé d'avocat et d'avoir rejoint le club de de ceux qui de l'association ou le club de ceux qui pensaient que c'était un dossier d'euthanasie. Et je pense que ce dossier méritait qu'on se consacre à Christine Malèv.

C'était son dossier elle. C'était pas un dossier emblématique d'euthanasie et je pense qu'il fallait pas c'était une erreur d'élargir le débat. Monsieur Palin, j'ai une dernière question pour vous. J'ai noté qu'aujourd'hui vous êtes devenu parcutier. C'est-à-dire que vous êtes du côté du procureur. Vous avez changé de camp. C'est pas courant ça non plus. C'est c'est plus intéressant. Juge d'instruction. Non. Bah il y a il y a un âge pour tout.

faut être raisonnable mais mais surtout si vous voulez euh c'est assez assez fréquent dans dans la magistrature et puis on peut très bien exercer le métier de parquetier avec le même état d'esprit, la même indépendance d'esprit que quand on est juge d'instruction, c'est-à-dire chercher la vérité sans s'accrocher à des idées toutes faites ou à des postures. Merci beaucoup Richard Palin de m'avoir accordé ce petit moment tant d'anné sur cette affaire. Christine Malèvre. Des [musique] centaines d'histoires disponibles sur vos plateformes d'écoute et sur europein.fr. Faire.