Crise migratoire en Turquie : l’Union Européenne à l’épreuve ?
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les matins de france culture 7h 9h guillaume erner j'ai sous les yeux le journal l'humanité qui comme titre au cauchemar des réfugiés à la frontière gréco-turque des milliers de syriens expliqué l'humanité sont coincés entre deux feux sur la frontière entre la grèce et la turquie erdogan fait chanter l'europe mitsotakis met en scène sa guerre aux exilés les politiques migratoires de l'union européenne sombre dans les eaux de la mer egée et du fleuve evros bonjour didier billion vous êtes directeur adjoint de l'iris que sait-on aujourd'hui sur la situation à cette frontière et plus généralement sur ce qui se passe autour de la question des réfugiés en turquie oui nous sommes dans une situation d exacerbation des tensions puisque nous savons que ce problème est récurrent qu'il y avait eu un accord entre l'union européenne et la turquie en 2016 qui avait permis vous me pardonnerez l'expression de fixer les réfugiés syriens sur le sol turc en échange d'une aide financière déjà constatant qu'une bonne partie de la financière promise n'a pas été versé à la turquie mais à la limite c'est secondaire en l'occurrence ce qui nous importe c'est la question humaine et c'est le drame or ces derniers jours nous savons qu'il y a eu des combats qui se sont développées dans la province d'idlib des combats sérieux qui ont entraîné la mort de nombreux soldats turcs ainsi que deux soldats syriens et évidemment vu de l'ampleur des bombardements russes et syriens sur la région d'idlib il ya un tiers de la population c'est à dire à peu près un million de personnes qui font mouvement vers la frontière turque et qui se massent à cette frontière les turcs ont décidé de bloquer la frontière alors vous me direz quel est le rapport entre les deux éléments c'est parce que en turquie même il y a déjà 3 millions 600 700 mille réfugiés et qui évidemment erdogan exerce un chantage insupportable on peut le concevoir c'est à dire ayant peur s'inquiétant d'un nouvel hypothétique flux de réfugiés venant de syrie de la province d'idlib il a décidé d'ouvrir ses frontières sur le nord de la turquie en disant ma messieurs les européens débrouillez vous et prenez votre part de responsabilité il ya beaucoup d'informations dans ce que vous venez de dire didier billion pourquoi l'union européenne n'a t'elle pas versé la somme qui est dû à erdogan à la turquie la somme qui était convenu lors de cet accord de mars 2016 c'était environ 6 milliards d'euros de dollars parce qu'il y avait à l'époque parité entre les deux monnaies avec une clause spécifique c'est à dire que ces sommes d'argent été versés sur des projets précis c'est à dire en direction des ong turque qui montaient des projets d'insertion des réfugiés syriens donc ce n'était pas des sommes qui était versée directement à l'état or nous connaissons la mécanique eu souvent bureaucratique de l'union européenne c'est à dire que pour mettre en oeuvre un projet pour qu'il se concrétise et donc pour qui les îles puis sept récipiendaires des aides européennes cela prend beaucoup de temps ce qui explique le décalage et on estime qu'aujourd'hui à peu près 3 milliards un peu moins de 3 milliards d'euros ont été effectivement versées donc perdre one débat il en reste 3 me verser parce que par ailleurs les autorités turques prétendent les chiffres seraient à vérifier j'ai pour ma part si je n'y suis pas parvenu c'est un peu opaque mais en tout cas les autorités turques disent que la turquie a dépensé 25 milliards de dollars pour l'aide aux réfugiés donc 15 uniquement à la charge de l'état turc alors peut-être ces chiffres sont-ils exagéré mais ce qui est vrai c'est que la turquie et deux sur ce point précis je lui rends hommage à accepter ces trois millions six cent mille réfugiés une population de 80 mille 80 millions tout à fait ça fait beaucoup on imagine ça fait beaucoup alors une partie de ces réfugiés en turquie se trouvent dans des camps alors le mot évidemment est toujours connoté négativement mais il est vrai que c'est tendance et toi il ya un effort réel on peut toujours critiquer que ce ne soit pas parfait ce qui est probablement vrai et de toute façon ce n'est jamais drôle d'être assigné à un camp militaire niveau sanitaire il ya un effort au niveau éducation des enfants c'est environ 400 milles peut-être sur les 3 millions 600 mille ça y est la grande majorité se trouvent disséminées dans la turquie certains de ces réfugiés des classes moyennes syrienne vivent à peu près confortablement en exil certes mais à peu près confortablement mais la plus grande partie vit dans la misère il suffit désormais depuis déjà deux trois quatre ans d'aller dans quasiment toutes les grandes villes de turquie pour voir ces nombreux réfugiés ces gosses qui sont en train de mendier au carrefour vendre des paquets de kleenex ou de ou de bouteilles d'eau c'est véritablement en difficulté un enjeu alors dernière chose qui est tout à fait remarquable c'est ce que jusqu'à ces derniers mois cette présence massive de réfugiés syriens en turquie n'a pas suscité de débat politique ou politicien au sein de la turquie hier qu'il y avait une acceptation d'une très grande majorité de la population turque cet a noté quand on connaît les problèmes qui se déroule au sein de notre union européenne jeudi là encore les turcs l'ont finalement nous nous ont finalement donné une leçon cette situation est en train se modifie il faut le reconnaître parce que monsieur erdogan encore lui instrumentalise évidemment cette question nous savons nous nous rappelons qu'aux dernières élections municipales au printemps dernier il a perdu quand même ankara et istanbul et évidemment ça devient désormais à l'électorat qui l'agitent pour des raisons politiciennes village it comment parce que l'instrumentalisation de la question des réfugiés elle peut prendre différentes formes de quoi s'agit-il aujourd'hui pour erdogan qui est c'est utile de faire didier réunion alors il ya deux types de réponses mais enfin qui vont dans le même sens il considère désormais que la charge est trop importante pour la turquie et donc qu'il préconise qu'une partie des réfugiés syriens soient recaser en syrie même alors vous vous rappelez par exemple qu'à l'automne dernier au mois d'octobre dernier il y avait une opération militaire appelée source de paix qui avait abouti à la mise en place d'une bande de sécurité le long de la frontière turco syrienne et r douanes a dit bien nous allons déplacer remettre leur un million de syriens ce qu est une vue de l'esprit comment peut-on déplacé un million de personnes dans une zone qui est pas tout à fait stabiliser c'est le moins qu'on puisse dire donc une partie pour lui serait devrait être renvoyé en syrie directement yvan éventuellement contre leur gré d'ailleurs car je pense que la grande majorité des réfugiés syrie actuellement de valve sur steam ne veulent pas retourner en syrie pour des raisons de sécurité puis par ailleurs d'ailleurs le pouvoir de bachar assad ne veut pas récupérer ces réfugiés alors deuxième pan de la réponse basse et l'union européenne on y arrive c'est à dire que monsieur douanes et sur ce point il n'a pas tort c'est qu'il considère que les européens se sont un peu débarrasser de ce problème des réfugiés que l'accord de 2016 leur a permis de mettre la poussière sous le tapis si vous me passez l'image et puis depuis lors de ne plus s'en préoccuper oui mais sauf qu'aujourd'hui le problème se reposera il ya panique au sein des instances européennes nous avons vu hier des déplacements de dirigeants européens à la frontière gréco-turque très bien parce qu'une chose est certaine c'est que les grecs dont on sait quand même les difficultés économiques l'affaiblissement du pays ne pourront faire face seule à cet afflux nouveau de réfugiés donc il ya une manoeuvre politique qui est mis en oeuvre par monsieur erdogan ce qui est tout à fait critiquable mais sur le fond du dossier on doit comprendre que l'union européenne n'a pas été à la hauteur de ses responsabilités la pression turque didier billion elle a pris la forme par exemple de car qui ont permis à ces migrants d'aller à la frontière donc c'est vraiment une entreprise gouvernementale sans aucun doute c'est clair et net d'autant que nous savons précisément que l'écart qui ont été affrétés pour emmener ces réfugiés vers air devient absolument puisqu'il partait de municipalité d'istanbul qui sont tenus encore par le parti de monsieur dingue parce qu'à istanbul est aux mains de l'opposition mais c'est comme à paris il ya des sortes d'arrondissement donc il ya des arrondissements qui sont encore aux mains de la cape et le parti de monsieur r 2 add notamment le quartier de faty c'est une un des bastions de monsieur erdogan dans dans istanbul et comme par hasard il ya des cartes de nombreux cars qui ont été affrétés 2 ce quartier là donc la chose est nette et claire c'est une décision politique une volonté d'instrumentalisation de la part de monsieur r de ran ce qui est pas très éthique ce qui n'est pas très moral mais il faut replacer dans le contexte encore une fois et ces réfugiés sont remontés dans les cars avec la promesse faite par les autorités turques qu'ils allaient pouvoir entrer en europe sans difficulté et et oui et effectivement la partie turque à la frontière turque a été ouverte donc les quarts ont pu passer sauf qu'ils n'ont pas pu aller plus loin parce que de l'autre côté notamment grèce eh bien on a vu des photos terribles d'ailleurs avec des rouleaux de barbelés qui ont été déployés sur les routes avec des hommes en armes qui sont de la partie grecque et qui empêche au sens physique du terme à six réfugiés de passer c'est une illusion alors ça peut marcher quelques jours quelques semaines éventuellement mais nous savons bien que 1 nous ne pouvons pas transformer l'union européenne en forteresse en tout cas ce serait un affaissement du projet européen et puis surtout la question c'est que les réfugiés nous le savons parfaitement on peut les bloquer un endroit mais ils trouveront d'autres voies pour passer par les montants c'est une région un peu compliqué à surveiller on peut pas mettre un policier ou un militaire tous les 50 mètres donc c'est cette situation aujourd'hui est insoutenable quand on voit les vidéos qui nous proviennent de ces lieux de non passage en réalité mais la solution est évidemment elle n'est pas sécuritaire a les politiques il s'agirait encore une fois que nous prenons toutes nos responsabilités alors parlons politique didier billion il ya la question humanitaire que vous venez d'évoquer avec ces réfugiés et puis il y a le chantage d'erdogan et là on a du mal à comprendre erdogan a aujourd'hui un bras de fer en cours avec la russie sur le front syrien et on comprend mal en fait pourquoi est ce bras de fer est instrumentalisé comme entre les européens qu'est ce que les européens pourraient faire alors même qu'il a décidé pour des raisons vous allez nous expliquer est deux s'opposer à vladimir poutine j'ai une nuance par rapport à ce que vous dites c'est qu'évidemment aujourd'hui il y a une tension importante entre ankara et moscou pour autant moi je suis ça quotidiennement quasiment heure par heure je constate que chacun sait jusqu'où ne pas aller ni monsieur boutigny monsieur r douanes ont véritablement intérêt se fâcher vraiment et a coupé les ponts chacun a intérêt à maintenir ce partenariat réel important qui s'est approfondie au cours des dernières heures quel est le but du bras de fer alors aux journées r2 ya deux aspects vous savez très rapidement il ya eu un accord entre les turcs et les russes il y a en septembre 2010 sept après 2018 pardonnez moi à propos de ceux de idlib ce sont les accords de sotchi monsieur r douanes avaient accepté d'être responsable de la démilitarisation de la région c'est-à-dire pour parler clair il fallait retirer l'armement lourd aux jihadistes il s'est un peu pousser du col il a un peu roulé des mécaniques parce qu'évidemment il s'agit pas d'avoir fait dix ans de sciences politiques pour comprendre que c'était mission impossible il lie ces faits manoeuvré par monsieur poutine l'enjeu c'était justement de pouvoir avoir un rôle dans la solution politique négociée en ciel c'est ça l'obsession de leur donner c'est de ne pas être marginalisés sauf que quand on regarde les rencontres entre monsieur poutine qui est un joueur d'échecs qui a toujours trois quatre coups d'avancé et monsieur r douanes qui fonce comme un bellier il ya une sorte de jeu de dupes et là monsieur et redonne s'est fait manipuler sauf que et c'est là où les choses se compliquent il ya eu un accroissement des bombardements de l'aviation russe et syrienne sur la zone dj pour soi disantes éradiquer les djihadistes ce qui a induit cette poussée de déplacés vers la frontière turque voyais tous les gars tout se lit donc je pense qu'il faut faire très attention être attentif avec ce qui va se passer demain même à moscou puisque monsieur r douanes et poutine se rend compte je pense que poutine aurait tout intérêt à faire des propositions politiques mesure douanes de façon à ce que celui ci retire ses troupes de la province d'idlib mais qui une phase la tête haute il fait il ne faut pas humilier la turquie ce serait une erreur alors quelle est la solution plus facile à dire confortablement installé derrière son micro qu'à faire mais je pense que déjà monsieur poutine pourrait proposer la mise en oeuvre la mise en place d'une zone de sécurité d'une bande de sécurité à l'inter de laquelle les réfléchi déplacés syriens pourrait se retrouver et vers laquelle une aide humanitaire massive pourrait parvenir car nous sommes dans une situation désastreuse l'onu a déclaré il ya quelques jours que la situation ait libé la pire que la syrie n'est jamais connue depuis neuf ans d'un point de vue humanitaire et pourtant la syrie a beaucoup souffert donc il est plus que jamais nécessaire dans les meilleurs délais d'envoyer massivement d une aide humanitaire qui pourraient être pris en charge par l'union européenne par l'onu que sais-je encore là il y a urgence mais pour ce faire il faut d'abord un accord politique et donc la réunion de demain entre moscou et ankara est tout à fait fondamental mais encore une fois je pense que ni moscou ni monsieur poutine ni la turquie monsieur erdogan ne veulent véritablement se fâcher parce que chacun a besoin de l'autre dans un bras de fer compliqué à l'égard des puissances occidentales et de l'union européenne mais là on comprend bien et effectivement le bras de fer tel que vous le décrivez d'idées bignon avec erdogan d'un côté et poutine de l'autre ce que l'on comprend mal c'est finalement qu'est-ce que l'union européenne pourrait faire elle a aujourd'hui deux questions il ya la question en syrie et puis la question de cet afflux de migrants à la frontière gréco turque ihh est aussi le second problème auquel doit faire face oui tout à fait je pense franchement que sur la résolution politique du conflit syrien qui a véritablement trop tarder désormais l'union européenne est démonétisé la suite d'erreurs accumulées par les dirigeants européens nous place je le regrette mais c'est ainsi en situation de spectateurs nous ne pouvons plus peser un élément d'actualité mais pourquoi fait-il dans ce cas là les patients parce qu'il ya l'autre versant comme vous l'indiquez très bien il ya la question politique et militer ancien est la conséquence est la question des réfugiés horaires douanes pense qu'il peut peser sur l'union européenne considérant pour les raisons que nous avons évoquées précédemment qu' il n'y a pas de raison que toute la charge des réfugiés sur la turquie donc ils exigent désormais de manière critiquable certes mais il exige que les européens prennent toutes leurs responsabilités sur la question du chantage exercé par erdogan là aussi il faut relativiser les choses bon c'est compliqué dans un domaine ou l'humanitaire devrait primer erdogan dit que ce sont des centaines de milliers voire des millions de réfugiés qui vont se masser à la frontière ils exagèrent les chiffres c'est 900 milles et déplacé 900 mille à un million de déplacés ça veut dire je pense d'après les chiffres que je possède au moins trois à quatre cent mille personnes le long de la frontière quand même mais c'est pas des millions ce serait exagéré on a dance à des chiffres très inférieurs hier de l'ordre d'une dizaine de millions en or c'est beaucoup plus et beaucoup plus parce que en plus la question est de savoir jusqu'où on considère que c'est la zone frontalière évidemment ils ne sont pas collées sur la ligne de la frontière elle même mais c'est une région qui est infiniment troublé par la l'ampleur des bombardements l'ampleur des combats donc s'il ya véritablement un mouvement de masse 900 mille personnes environ vers le nord c'est à dire vers la frontière ça ne veut pas dire que tous ont collé à la frontière voyez il faut essayer de visualiser ce que ça signifie mais ce qui est vrai c'est qu'un tiers de la population de la province d'idlib est en train d'être d'être déplacé au sens littéral du terme qu'une partie de ces hommes et femmes j insiste quand même parce que nous sommes dans une situation où il fait très froid c'est une zone montagneuse il ya des hommes des femmes des enfants qui dorment sans abri s'entendent sans rien ce ne sont pas des centaines mais mais probablement des milliers qui sont sans abri mais au sens le plus littéral du terme non client et urgence alors cette urgence elle est aujourd'hui à nos portes on en voit en tout cas le caractère aigu didier billion est-ce qu'il est également possible de se dire qu erdogan joue un va-tout parce que vous l'avez dit il est dans une situation où politiquement qui n'est pas très favorable est-ce que c'est l'une de ses dernières chances y at il une forme d'énergie du désespoir dans cette pression non dernière chance je pense que ce serait exagéré parce que je rappelle toujours que s'il a perdu par exemple de grandes villes et ô combien symbolique notamment istanbul l'année dernière aux municipales le résultat global de ces élections municipales c'était 44% pour son parti donc c'est pas quelqu'un qui est à genoux mais il est clair qu'il a mangé son pain blanc que les difficultés s'amoncellent politiquement économiquement et puis ces aventures militaires ou monsieur r- douanes en rajoute sur la rhétorique guerrière militariste agitant la fibre nationaliste de la turquie a ses limites parce que les cercueils commencé à revenir vers la turquie les martyrs les fameux martyrs on se rappelle que jeudi dernier c'est 34 soldats turcs y sont morts en un coup si je puis dire puisque il était appliqué dans un immeuble qui a été touchée par un missile russe de fabrication russe au passage donc effectivement cette sorte de fuite en avant de monsieur douanes a ses limites et il serait temps que lui aussi reprenne son sang-froid et reviennent à la politique avec un grand p didier billion vous êtes directeur adjoint de l'iris vous restez avec nous dans quelques instants vous serez rejoint par bernard kouchner médecin co fondateur de médecins sans frontières ancien ministre des affaires étrangères on fera le point sur cette crise migratoire en turquie 8 heures sur france culture
Bernard Kouchner