Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
InterviewFrance Culture — L'invité(e) des Matins (sur Site radio)· 7 août 2023 9 minComplaisantPortrait personnelCulture, médias & sportInstitutions & élections

Erik Orsenna rend hommage à la "Mère supérieure" de l'Académie française, Hélène Carrère d'Encausse

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 80 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:40OuverteRéponse directe

    Comment vous êtes-vous rencontré bien avant l'Académie française ?

  • 2:39OuverteRéponse directe

    Quelles conséquences ce mélange d'autoritarisme et d'affection a-t-il eu pour la langue française ?

  • 2:50OuverteRéponse directe

    Vous qui dites que la langue doit vivre et évoluer, aviez-vous la même vision qu'elle ?

  • 6:17OuverteRéponse directe

    Elle s'est vue reprocher une indulgence vis-à-vis de la Russie, confirmez-vous son engagement pour l'Ukraine ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:00Invité politiqueFait
    « Nous avions le même éditeur qui était la maison Fayard avec Claude Durand. »
  • 1:09Invité politiqueFait
    « Elle avait bien compris que cette puissance reposait sur des fragilités identitaires incroyables. »
  • 3:00Invité politiquePromesse
    « elle m'avait chargé d'un rapport que je vais remettre au début du mois d'octobre sur l'intelligence artificielle »
  • 3:17Invité politiqueFait
    « je pensais que ces langues régionales menaçaient l'identité de la France »
  • 3:31Invité politiqueFait
    « la lutte contre ce bon problème et la fausse solution, c'est-à-dire l'écriture inclusive »
  • 3:49Invité politiqueFait
    « elle a appris le français à 4 ans et demi »
  • 7:01Invité politiqueFait
    « elle me disait, dès les années 90, elle me disait, il ne faut pas humilier la Russie, la Russie est un grand peuple. »
  • 7:21Invité politiqueFait
    « il fallait disjoindre complètement, évidemment, ce Poutine de la Russie »

Temps de parole

  • Présentateur59 %
  • Présentateur 231 %
  • Hélène Carrère D'encausse11 %

1,2 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:01
Présentateur

Transculture, les matins d'été, Julie Gacon. À l'Académie française, dont elle était depuis 24 ans secrétaire perpétuelle, première femme à ce poste, elle occupait le fauteuil numéro 14, dont elle disait qu'il était le plus beau. Rappelait qu'il avait été occupé par les deux frères Corneille, oui, ils étaient deux, dont Thomas Corneille qu'on connaît moins, Victor Hugo, le comte de l'île, le maréchal Lyotet, Hélène Carrerdanco s'est morte samedi au terme d'une vie de 94 ans. Bonjour Éric Orsena. Bonjour Madame.

Merci beaucoup d'être avec nous ce matin pour nous parler d'Hélène Carrerdanco, ce qui vous a fait entrer à l'Académie française et qui disait de vous que vous étiez comme son petit frère. Peut-être que vous pouvez nous raconter d'abord comment vous vous étiez rencontré bien avant l'Académie française. Est-ce que c'est votre passion commune pour l'histoire qui a fait se croiser vos routes ? Alors moi, je suis un économiste, c'est-à-dire un historien manqué. Nous avions le même éditeur qui était la maison Fayard avec Claude Durand. On se croisait beaucoup et j'avais suivi avec passion tous ses écrits sur l'Union soviétique en train d'éclater son côté complètement visionnaire.

Elle avait bien compris que cette puissance reposait sur des fragilités identitaires incroyables. Donc une amitié était née et un jour on se croise dans les escaliers. Elle me dit, si vous êtes battu, quelle est votre réaction ? Alors je lui dis, mais battu à quoi ? À l'Académie française, bien sûr. Alors, soyons francs, je n'y pensais pas en me rasant tous les matins, mais de temps en temps, je disais, bon, dans 15 ans, dans 20 ans, et puis voilà. Et elle m'a pris sous son aile, on peut dire. Et puis, un mois après, j'ai été élu. Donc c'était ma maman, en fait. C'était une autre maman. C'était une autre maman. Vous parliez d'elle comme la, comment vous disiez déjà, la dame patronne.

La mère supérieure. La mère supérieure, pardon, de l'Académie française. Vous savez, c'est exactement, on est tous un peu des religieux, des religieux de la langue. Et donc, elle était la mère supérieure. Donc, à la fois, ce mélange incroyable de très autoritaire, il fallait. La dernière fois que j'ai vu, c'était le 8 juillet dernier, imaginez. Elle m'enculait vertement parce que je ne venais pas assez. Alors, je lui ai dit que j'étais prise sur mon métier, les questions de l'eau, de la sécheresse. Bon, elle m'a pris, mais il faudra revenir. Donc, elle était très autoritaire et immensément affectueuse.

C'est-à-dire que quand l'un de nous avait des problèmes de santé, et comme nous ne sommes pas jeunes, ça nous arrive souvent, elle nous appelait, elle venait nous voir, enfin. Et ce mélange d'autoritarisme et d'affection, c'est exactement une maman. Une maman, alors de temps en temps, une maman exaspérante, mais qui on peut aimer plus qu'une maman ? Ça a été vraiment ma deuxième maman. Ce mélange d'autoritarisme et d'affection, quelles conséquences a-t-il lues pour la langue française ? Elle présidait la commission du dictionnaire. Est-ce que vous aviez la même vision de ce qu'est la langue ?

Vous qui dites souvent qu'elle doit vivre la langue, qu'elle doit évoluer, qu'elle doit être ouverte. Alors, Hélène a traversé une période extrêmement intéressante et compliquée, parce qu'à la fois, elle a dû affronter la modernité, c'est-à-dire les SMS, et elle m'avait chargé d'un rapport que je vais remettre au début du mois d'octobre sur l'intelligence artificielle, donc la modernité, ce n'est pas simple. Ce grand défi de la langue face aux robots est d'autre part l'identité. Alors, il y a eu, on s'est un peu affronté, je pensais que ces langues régionales menaçaient l'identité de la France, parce que pour elle, la France et la langue française, c'était la même chose.

Et puis, il y a eu la question des genres aussi, c'est-à-dire la lutte contre ce bon problème et la fausse solution, c'est-à-dire l'écriture inclusive, vous voyez.

Elle s'y opposait en effet sur le français qui était constitutif de sa culture, ce n'était pas sa langue maternelle, son père était géorgien, sa mère germano-russe, on parlait russe chez elle, elle a appris le français à 4 ans et demi, elle raconte qu'on l'a envoyé en Bretagne, d'où elle est rentrée en connaissant par cœur les fables de la Fontaine, et elle l'a d'ailleurs dit dans son discours de réception à l'Académie française, tout le cauchemar de sa petite enfance était d'avoir un nom à coucher dehors, l'expression est d'elle, Zoura Bishvili, alors qu'elle aurait aimé s'appeler Dupont.

Alors qu'il y a un nom, oui, alors que c'est un nom magnifique, avec une des plus grandes pianistes qu'il soit, donc j'adore ce nom, j'adore ce nom merveilleux. Et en 2019, dans l'émission A Voix Nues sur France Culture, à Martin Kenen qui lui demandait quelle étincelle de génie russe elle pensait posséder, elle répondait ceci.

4:24
Hélène Carrère D'encausse

Je possède incontestablement, c'est une chose dont je suis redevable, je dirais au milieu dans lequel j'ai vécu, c'est-à-dire à mes parents, à mes maîtres, à tout le monde. J'ai toujours compris que la culture, la littérature, la musique, tout ça était porteur d'un génie, le génie national français, le génie national russe, et j'ai été nourri de la littérature russe. Personne ne m'a nourri de force. Ce n'est pas à l'école, à l'école française, on ne nourrit pas de littérature russe, on l'évoque, mais j'ai toujours eu des livres en russe, je crois que j'ai lu tous les grands auteurs russes, avec une passion extraordinaire, c'est une langue merveilleuse, c'est d'une beauté rare.

Et en plus, à mon avis, ce n'est pas une langue facilement traduisible, je dois dire que les traductions me tuent absolument, même quand les traducteurs sont très bons, parce qu'il n'y a pas que les mots, il y a un souffle. Il y a un auteur qui, pour moi, est un des plus grands auteurs du monde, c'est Gogol. Je mets au défi, qui que ce soit, de comprendre Gogol autrement qu'en russe.

5:21
Présentateur

Voilà qui doit vous parler. Éric Orsena, vous qui avez travaillé sur la traduction de Nabokov, dans votre roman Deux Etés. Écoutez, c'est bouleversant de l'entendre, parce qu'elle a une extraordinaire précision, elle a une passion, évidemment, qu'on sent à chaque mot, et une maîtrise incroyable. Je n'ai jamais vu, de ma longue vie déjà entière, je n'ai jamais vu quelqu'un avec une telle volonté. C'est-à-dire qu'elle ne lâchait rien. Et quand on voit la manière dont elle est morte, elle est morte debout. Elle était vraiment en forme, elle devait cacher des menaces, qu'avec sa grande élégance, elle ne nous montrait pas.

Mais quand le 8 juillet, je l'ai vue, elle tenait la séance, et c'est comme ça qu'elle nous a quittés, debout. C'est une énergie, et c'est rare, vous savez, les énergies qui sont généreuses. C'est très rare, les énergies généreuses. Éric Orsena, je crois que vous avez aussi une énergie très généreuse, mais ça, c'est un aparté. Il se trouve qu'Hélène Carrère d'Ancause s'est vue reprocher vers la fin de sa vie, une forme d'indulgence vis-à-vis de la Russie, en l'occurrence de Vladimir Poutine.

Mais cette année, elle s'était plus discrètement, c'est vrai, engagée pour l'Ukraine, en fournissant une aide financière de l'Académie française à une ville ukrainienne, en se proposant d'aller donner des conférences. On l'a moins entendue, mais confirmez-moi, elle l'a fait. Est-ce que ça faisait partie des discussions que vous pouviez avoir ensemble, avec vous, qui avez souvent dit que la France doit vraiment prendre la mesure de la menace que peut représenter Vladimir Poutine ? Bien sûr, mais c'était des longues conversations, parce que, comme nous avions le même éditeur sur la houlette formidable de Claude Durand, nous parlions de la Russie.

Et elle me disait, dès les années 90, elle me disait, il ne faut pas humilier la Russie, la Russie est un grand peuple. Donc, c'est comme ça qu'on peut expliquer un peu cette indulgence vis-à-vis de ce fou absolu et meurtrier qui est Poutine, vous comprenez ? Donc, là, c'était ces éléments-là. Et elle s'est rendue compte que ce n'était pas possible, et qu'il fallait disjoindre complètement, évidemment, ce Poutine de la Russie, à qui il fait, évidemment, le plus grand mal. Donc, c'était quelqu'un qui avait beau être autoritaire, mais qui se remettait en cause. Et regardez comme elle a ouvert l'Académie.

Quand je vois ses amis qui sont arrivés, parce que vous savez, on dit l'Académie, c'est une famille, mais c'est aussi des amitiés. Alors, quand je vois mes amitiés, mes amitiés nouvelles, avec le Liban, avec Amine, avec Amine Malouf, et l'origine russe, avec Maïkin, et puis Haïti, et le Québec, avec Danila Ferrière, le Pérou, avec Vargas Llosa, l'Italie, avec Maurizio Serra, vous voyez, c'est une ouverture incroyable. Donc, d'un côté, on peut dire, ouais, elle était traditionnaliste, comme ça, etc. Mais pas du tout. Elle avançait, simplement. Elle ne voulait pas lâcher l'essentiel. Elle, dont la devise à l'Académie française était « Heureux les pacifiques », le serment sur la montagne.

Et c'est elle qui l'avait choisie, comme le veut la coutume. Merci beaucoup, Éric Orsena, d'être venu nous parler d'élève carrière d'Angusse. J'avais juste un point de différence avec elle, c'est qu'elle était au fauteuil 14, ce qui est très beau, mais le mien, le fauteuil 17, celui de Pasteur et du commandant Cousteau, il est pas mal non plus. Vive la Calébuce. Parce qu'elle disait toujours que le sien était le plus beau. Mais justement, je disais, non, Hélène, le mien est le plus beau et plus beau que le vôtre. Voilà. Merci beaucoup, Éric Orsena, d'être venu nous parler d'Hélène Carrère d'Angusse.

Erik Orsenna rend hommage à la "Mère supérieure" de l'Académie française, Hélène Carrère d'Encausse — Hélène Carrère D'encausse · Pourquijevote