Présidentielle : vers un candidat hors système ? - C dans l’air l’invité - 07.05.2025
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
A demain. ... - C.Roux: Bonsoir.
Bienvenue dans "C dans l'air". A 2 ans de l'élection présidentielle, une vaste enquête a été menée par l'institut de sondage Ifop. Résultat: victoire Du RN au second tour, en particulier de J.Bardella, sauf dans un cas de figure: un face-à-face entre J.Bardella et E.Philippe.
Le jeu reste ouvert, y compris en France, avec l'irruption de 2 candidats antisystème. B.Leridon est avec nous.
Bonsoir. Merci d'avoir accepté cette invitation. Vous êtes directrice éditoriale de l'Institut Montaigne et spécialiste des questions démocratiques et institutionnelles.
Un mot pour commencer. Ce sondage est le premier gros sondage. 10 000 personnes interrogées.
C'est une surprise pour certains, malgré les affaires et les condamnations: le RN conserve sa dynamique. - B.Leridon: Il y a un socle fidèle.
La condamnation de M.Le Pen et de son parti ne l'a pas érodé. La stratégie de dédiabolisation n'est pas du tout impactée par ces sondages.
Il faut être très prudent. Je regardais les sondages, en 2010, 2 ans avant l'élection de 2012. D.Strauss-Kahn était crédité de 29 % d'intention de vote.
On sait ce qui a suivi. 2015, autre exemple: E.Macron ne figurait même pas parmi les personnalités testées.
M.Le Pen était créditée de 31 % d'intentions de vote. Elle ne fera "que" 21 % au premier tour.
Il faut faire attention aux dynamiques auto-réalisatrices. - C.Roux: Ce qui est intéressant dans ce sondage, c'est aussi le fait que J.Bardella soit testé dans une première version et pas M.Le Pen.
Cela a été corrigé ensuite. Il fait mieux que M.Le Pen.
Ce sondage n'aura peut-être pas d'utilité dans 2 ans, mais aujourd'hui, ça pose question au sein du RN. - B.Leridon: Absolument.
C'est une rupture historique. Depuis que le FN, puis le RN, est candidat aux élections présidentielles, ça a toujours été incarné par une figure Le Pen. On commence pour la 1re fois à envisager l'hypothèse que ce plan B soit de plus en plus crédible... - C.Roux: Certains dans ces sondages sont testés pour tester leur potentiel électoral dans l'opinion française.
Certains ne sont pas candidats et sont plutôt des figures antisystème. C'est le cas de C.Hanouna.
Dans un sondage, il était à 10 %, quasiment le score de LR. On l'avait vu à la une de "Valeurs actuelles". Il a corrigé le tir depuis en disant qu'il ne se présenterait ni en 2027, ni en 2032, ni en 2037.
Il dit "peut-être en 88." Il représente la figure du candidat antisystème? Cela peut trouver un écho? - B.Leridon: Ce n'est pas anodin, même s'il a démenti avec un peu d'humour, dans la séquence actuelle, que ce type de candidature soit prise au sérieux.
Les médias les mettent en une de leurs couvertures...
Les sondages vont tester ces hypothèses. Il faut être vigilants. Le potentiel électoral n'est pas l'intention de vote.
On interroge les Français. "Est-ce que vous pourriez voter?" Ce n'est pas une intention de vote stricto sensu au premier et second tour.
C'est fragile. Cela ne signifie pas qu'il y aurait 10 % d'intentions de vote à l'égard de C.Hanouna.
Dans la période qu'on traverse...
Il y a d'autres candidats antisystème dans le monde entier. D.Trump, c'est ça.
Il a été animateur et producteur d'émissions télé. Comme Zelensky. Il a gagné l'équivalent ukrainien de "Danse avec les stars".
On peut penser à B.Grillo, en Italie. - C.Roux: Le Mouvement 5 étoiles.
Pourquoi maintenant? Vous avez produit une longue enquête dans "Libération" sur ce sujet. Pourquoi, dans l'ensemble de ces pays, et peut-être aujourd'hui en France, il y aurait une fenêtre de tir pour des candidats qui ne seraient pas pour la présidentielle au suffrage universel direct mais qui seraient issus du monde de la télé ou d'autres univers? - B.Leridon: La principale raison, c'est l'immense défiance à l'égard des partis politiques et des politiciens de métier.
Dans la dernière édition du baromètre de la confiance du Cevipof et de Sciences Po, c'est 16 %. Il n'y a aucune institution représentant la France qui atteint des scores aussi faibles. Il y a une défiance immense à l'égard des politiques aujourd'hui.
Il y a un désir d'autre chose. - C.Roux: Le sujet n'est plus tabou. 58 % du pays ne sait pas encore pour qui voter. 58 % du pays espère l'émergence de candidats hors système.
C'est un sondage pour "Le Figaro". 58 %! - B.Leridon: Ca ne veut pas dire que 58 % voteraient, mais ils estimeraient que ce serait sain de faire un débat démocratique qui intègre des personnes de la société civile. - C.Roux: D'autres personnes se sentent pousser des ailes, ou en tout cas, ils y pensent.
Ecoutez ce que dit M.-E.Leclerc à France Inter. - M.-E.Leclerc: Je ne suis pas un homme de pouvoir mais j'ai envie d'être utile.
Je vois plein de choses dans la société française qui ne fonctionnent pas. Quand je vois le Parlement et le gouvernement paralysés, faute de majorité, peut-être d'un plan d'action...
Je suis un militant de la décentralisation. Il faut que les régions se substituent aux initiatives de l'Etat. La loi sur le cumul a fait qu'on n'a pas des gens très pragmatiques à l'Assemblée nationale.
J'ai envie de me battre dans la société française, nourrir la vie politique. - C.Roux: Un candidat hors système, ou un patron. - B.Leridon: On voit que l'hypothèse d'un entrepreneur candidat gagne du terrain en France.
Ce ne sont pas les mêmes ressorts que le dégagisme ou la défiance qu'incarne un peu la candidature hypothétique d'un C.Hanouna. C'est l'idée d'un entrepreneur, comme M.-E.Leclerc, et peut-être sensible à l'augmentation du pouvoir d'achat des Français...
Il y a le sentiment de l'efficacité. L'entrepreneur est efficace. Face au constat d'inefficacité généralisée de la politique, ça peut être attrayant. 7 Français sur 10 seraient favorables à un candidat entrepreneur à l'élection présidentielle. 2 sur 3 considéreraient que ce serait une bonne chose d'avoir un président avec un passé d'entrepreneur. - C.Roux: Le sérieux, la crédibilité, les années passées à faire des banquets républicains et à sillonner la France, le parcours académique du politique français...
Tout ça n'incarne plus, ne pèse plus dans la décision des Français, dans l'idée qu'ils se font de celui ou celle qu'ils veulent pour l'Elysée? - B.Leridon: Ca pèse, mais moi, surtout dans une période un peu polycrises comme celle qu'on traverse actuellement.
Il y a un sentiment d'insécurité globale, instabilité économique... - C.Roux: Ca ne plaide pas pour l'expérience? - B.Leridon: Si, mais il y a le sentiment que ceux qui sont aux responsabilités n'ont pas réussi à gérer ces situations.
On va se tourner vers autre chose. Ce qui m'a frappée aussi, c'est le principal moteur de vote, c'est la volonté de rupture totale et de changement. - C.Roux: C'est toujours le cas? - B.Leridon: De façon très forte.
Il y a une volonté de rupture, mais ça ne veut pas nécessairement dire pour quelque chose de totalement antinomique avec ce qui a déjà été de trop radicale. - C.Roux: Par rapport à ce qu'ont pu faire Coluche, Bigard...
A l'époque, ils n'avaient aucune chance de gagner la présidentielle. C'était des candidatures d'amuseurs, de témoignage...
Vous pensez qu'aujourd'hui, il y a un espace pour un candidat antisystème qui ne soit pas juste là pour animer la campagne? - B.Leridon: E.Zemmour, d'une certaine manière, incarnait les prémices de 2022.
Il venait des médias politiques. Il avait une légitimité sur les sujets sur lesquels il s'exprimait. La fenêtre d'Overton s'est progressivement ouverte.
Cela plaide pour une évolution de la façon dont on a envie de se voir représentés, dont on pourrait voter. - C.Roux: Dans un contexte international que vous avez rappelé, un peu agité, on a entendu E.Macron parler de "l'internationale réactionnaire", des puissances étrangères qui se mêlent des élections.
On l'a vu en Allemagne avec E.Musk et l'AfD. Est-ce que c'est une de vos craintes qui vont pousser un candidat antisystème via les réseaux sociaux? - B.Leridon: Absolument.
Vous avez mentionné l'AfD et A.Weidel, qui a été soutenue par Musk. Elle n'a pas eu besoin de E.Musk.
Elle était déjà très haut dans les sondages avant l'intervention de Musk. Ce qui est très préoccupant, c'est ce qui s'est passé en Roumanie, avec une première élection l'année dernière de C.Georgescu, qui était inconnu 3 mois avant l'élection, qui a fait uniquement une campagne sur les réseaux sociaux qui se retrouvait premier au premier tour.
Le premier tour a été annulé.
Édouard Philippe